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Le blog d'André Boyer
Articles récents

LA FRANCE, UNE SUPERPUISSANCE MALMENÉE

23 Janvier 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BATAILLE DE PAVIE (1525): FRANÇOIS 1ER SE REND À CHARLES QUINT

BATAILLE DE PAVIE (1525): FRANÇOIS 1ER SE REND À CHARLES QUINT

Philippe le Bel peut être considéré comme le véritable  créateur du pouvoir centralisé de l'Etat Français. Après son règne, viennent les temps de crise du XIVe et XVe siècles, avec rien moins que la guerre de Cent Ans à partir de 1328 en France et la Peste ravageant l’Europe en 1347-1351.

 

La guerre de Cent Ans est le résultat du conflit entre deux prétendants au pouvoir de la superpuissance qu’était alors la France. En 1328, Philippe de Valois a été choisi comme Roi de France parce que l’entourage du roi défunt, son cousin Charles IV Le Bel, ne voulait pas être évincé par l’équipe du roi d’Angleterre, Edouard III, pourtant petit fils de Philippe le Bel alors que Philippe de Valois n’était que son neveu.

Elle met en relief l’inefficacité de l’armée française, qui s’appuie sur un pays exploité, démoralisé, appauvri par Philippe Le Bel et ses successeurs. Philippe VI envoie à la bataille de Crécy (1346) ses chevaliers accompagnés d’une mauvaise piétaille, composée à cinquante pour cent de mercenaires génois. Ils trouvent en face d’eux une petite armée d’un modeste royaume.

D’un côté trente mille hommes d'armes français et génois qui font face à moins de sept mille anglais, et ces derniers les battent à plat de couture. La victoire des Anglais à Crécy a été la victoire de l'obéissance sur l'indiscipline, de l'organisation sur l'imprévoyance, du commandement anglais sur le commandement français. Elle fut la première d’une longue série de batailles perdues par un pouvoir arrogant, désorganisé et prodigue du sang de ses soldats.

À partir de 1347, ce ne fut que successions de défaites, de révoltes, de complots, de trahisons, de capitulations. Le royaume de France en profita pour inventer l’impôt permanent, sous la forme d'une gabelle sur le sel, de taxes indirectes et d'impôts directs levés sur chaque feu : les fouages. 

En août 1415, la même catastrophe militaire se reproduisit lorsque le Roi Henry V d'Angleterre débarqua dans l'estuaire de la Seine.Charles VI envoya à sa rencontre une armée forte d'environ vingt-cinq mille hommes, alors qu’Henry V ne disposait que de six mille hommes. Près d’Azincourt, la tactique française conduisit à une débandade pire encore que celle qui avait suivi la bataille de Crécy, puisqu’il y eut dix mille morts du côté français contre six-cents du côté anglais.

Finalement, le nombre et les progrès tactiques permirent à Charles VII, Jeanne d’Arc représentant symboliquement le peuple français, de reconquérir les territoires perdus et d’inventer incidemment le premier impôt permanent institué en France, la taille.

Cessant provisoirement d’accroitre la pression fiscale, Louis XI  se préoccupa, malgré l’image de dureté qu’il a laissée aux écoliers avec ses cages de fer où il emprisonnait ses ennemis, d’encourager la prospérité économique, se montrant souple à l’égard des franchises des villes et du pouvoir de l’Église et parvenant même, vertu rarissime, à réduire la pression fiscale. Un roi libéral.

Après Louis XI, de 1483 à 1515, vinrent Charles VIII, Louis XII et François Ier. Leur obsession commune fut de conquérir l’Italie, en utilisant la supériorité démographique de la France sur les villes et les duchés italiens désunis.

Les défaites succédèrent aux victoires, si bien que le seul avantage de ces guerres, si l’on compte pour rien les morts et les destructions, fût d’aider la France à rattraper son retard culturel et artistique sur l’Italie. Encore que Louis XII soit resté dans la mémoire nationale comme celui qui a su humaniser la justice de l’époque et qui parvint à réduire les impôts grâce aux richesses de l’Italie si bien qu’il fut sans doute, de son vivant, le plus populaire des rois de France.

En revanche, François Ier continua dans la lignée de Philippe le Bel en donnant une impulsion décisive à la pratique de la « monarchie absolue ». C’est lui qui a forgé la formule « Car tel est notre bon plaisir », et c’est lui aussi qui, en matière religieuse, signa le concordat de Bologne qui plaçait l’épiscopat français sous la coupe du roi.

Il imposa aux prêtres d'enregistrer les naissances et de tenir à jour un registre, fondant de la sorte l'État Civil en France, avec l’obsession du contrôle de la population. L’économie du pays fut sacrifiée à des constructions excessives qui furent autant de gouffres financiers et surtout à ses guerres contre les Habsbourg qui mobilisèrent des sommes énormes et obtinrent des résultats calamiteux.

Il est frappant, à cet égard, que tout le monde connaisse la victoire de Marignan (1515), mais c’est sans doute pour mieux oublier la défaite de Pavie dix ans plus tard qui entraîna la capture du roi par Charles-Quint et le désastreux traité de Madrid par lequel le roi renonçait au quart de la France.

Pour faire face à toutes ces calamités provoquées par sa mauvaise politique extérieure, François Ier doubla la taille et tripla l'impôt sur le sel, la gabelle ! Il se sépara aussi de pierres précieuses appartenant à la couronne, aliéna des territoires royaux et fut le premier roi à vendre des charges et des offices pour obtenir des liquidités !

 

On se demande encore pourquoi il est resté un roi populaire dans la mémoire collective.

 

À SUIVRE

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ADIEU LA CHINE

15 Janvier 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

ADIEU LA CHINE

Après ce que l’on pourrait appeler l’opération « Chat de madame Crochemore », je suis intervenu beaucoup plus modérément en Chine, jusqu’à ne plus y être retourné depuis 1992.

 

Il est vrai que j’avais d’autres chats à fouetter, si je puis dire, comme la suite de cette chronique l’exposera. Et cela d’autant plus que le management de l’opération m’a progressivement échappé, d’une part parce que la direction de l’IAE de Nice ne se souciait pas de gérer le programme chinois alors que l’IAE de Paris ne demandait que cela et d’autre part parce que j’étais plus accaparé (et plus intéressé) par l’organisation de nouveaux programmes que par la gestion quotidienne d’un programme routinier. J’ai en revanche dirigé plusieurs travaux sur la Chine.

Avant de passer aux actions que j’ai menées après le transfert de notre programme de Tianjin à Pékin à l’été 1990, il me faut revenir à ce qui s’est passé en même temps que l’opération Chine et que je n’ai pas encore abordé.

Tout d’abord, je crois que je n’ai jamais abordé cette question dans mes billets, j’avais déjà dirigé et fait soutenir trois thèses en 1988, lorsque j’ai fait soutenir Ali El Idrissi. Ces trois thèses étaient celles, en 1983, de Léopold Ahounou, un Béninois qui est devenu professeur de gestion au Sénégal, ainsi que celle de Bassirou Tidjani en 1984, un Sénégalais qui est devenu une personnalité connue parmi les professeurs de gestion africains au point qu’il a dirigé plusieurs concours interafricains de sélection des professeurs en sciences de gestion (concours CAMES).

Ces deux thèses, qui provenaient de mon séjour au Sénégal, étaient les premières des quarante-deux thèses que j’ai fait soutenir au cours de ma carrière de professeurs. Celle d’Ali El Idrissi, en 1988, après celle de Liliane Azzi (1987), dont j’ai perdu la trace, était une thèse purement niçoise. Elle a constitué le point de départ de la belle carrière d’Ali El Idrissi à l’IUT de Nice et d’une grande amitié qui perdure.

L’année suivante, en 1989, j’ai fait soutenir Michel Dromain, aujourd’hui disparu, qui avait conduit une extraordinaire recherche sur les  associations rotatives d'épargne et de crédit au Sénégal, en d’autres termes les « tontines », remarquable par le nombre des personnes interrogées et ce qu’elle révélait sur l’épargne des Sénégalais, bien supérieure à ce qu’énonçaient les enquêtes officielles. Michel Dromain apportait ainsi sa pierre à la théorie du développement spontané de Marc Penouil, aujourd’hui largement oubliée.

Mais si l’on a suivi mes billets précédents, on peut se rendre compte qu'à l'époque l’encadrement des thèses n’était ma préoccupation principale, de même que la recherche en Sciences de Gestion.

Je publiais néanmoins quelques articles pendant la période 1988-1990, très active quant à l’organisation de formations à l’étranger, sur la gestion publique, sur la consommation familiale des Chinois, dont j’ai regretté précédemment qu’elle ait fort peu attiré l’attention. J’ai également présenté en mai 1989 une communication sur le « Catholicisme, Protestantisme et Esprit du Capitalisme » dans un cadre curieux et magnifique, la belle bibliothèque érigée par l’Arabie Saoudite sur la corniche d’Anfa à Casablanca, où j’étais supposé jouer le rôle du méchant capitaliste chrétien face aux vertueux islamiques.

À ce moment de ma carrière, j’allais d’un pays à l’autre, du Maroc à la Chine de Tiananmen, pour me rendre en été à Kingston en Ontario comme professeur invité et au Viet Nam pour une mission de prospection.

Quand j’ai repris mes cours au sein de l’IAE de Nice à l’automne 1989, j’ai appris que Jean Saide, le directeur de l’IUT de Nice, se représentait sur le poste de directeur, après un long mandat engendré par des réformes successives de l’enseignement supérieur qui avaient suspendu un temps le renouvellement des mandats électifs à l’université. Soutenu par les départements GEA et dans une moindre mesure TC, je me suis également présenté à la direction de l’IUT, alors que j’avais déjà muté d’un poste à l’IUT à un poste à l’IAE, mais je n’y voyais pas à l’époque de contradiction. Dans ce genre de guerre picrocholine, les échanges ont été vifs. J’ai préparé longuement mon discours devant le conseil qui devait statuer, discours au cours duquel j’ai commis l’erreur d’attaquer personnellement Jean Saide, ce qui a servi de prétexte moral à ses partisans, de toutes façons majoritaires au sein du Conseil, pour justifier pleinement leur vote. J’ai donc été battu.

Mais au fond de moi-même, j'étais battu d'avance car je me sentais alors en situation de faiblesse psychologique et je ne m'étais présenté que pour ne pas me dédire de mes engagements vis à vis de mes collègues de l'IUT. Pour autant, cette défaite n'a fait qu'accroitre la détresse psychologique que je ressentais, après avoir trop bougé, trop agité d'idées, trop lutté. On ne peut se battre contre le reste du monde très longtemps. Il me fallait souffler.

 

D'ailleurs, avant cette campagne électorale et cette élection qui ont eu lieu en novembre 1989, je m’étais rendu le mois précédent en mission à Hanoi afin d’étudier la possibilité d’y créer une école de gestion, qui était projetée par le Ministère des Affaires Étrangères, une mission pour le moins nostalgique…

 

À SUIVRE

 

 

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LA VIE DES PLANTES

10 Janvier 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LA VIE DES PLANTES

Étudier la vie des plantes, c’est se poser la question de la vie tout court.

 

La question qui a notamment été abordée au travers du livre de Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres, dont la thèse fondamentale, même si elle est sans doute excessivement anthropomorphique, consiste à montrer un exemple de « savoir-vivre ensemble » dans la forêt.

L’approche de Peter Wohlleben s’appuie sur les travaux de la microbiologiste américaine, Lynn Margulis qui a montré dans les années 1970 que les cellules eucaryotes (organismes avec un noyau) seraient nées d’une suite d’associations symbiotiques entre différents procaryotes (organismes sans noyaux). La découverte qu’il a fait de l’endosymbiose, avec l’apparition de la cellule eucaryote, ne relève pas de la guerre ou de la compétition, mais d’une symbiose, d’une coopération.

Il s’agit d’une théorie qui a permis à la biologie d’abandonner dans ce cadre le paradigme belliciste, selon lequel la nature serait un espace de lutte de tous contre tous,  en d’autres termes le paradigme de Darwin. Le succès de La vie secrète des arbres réside justement dans un message opposé à celui de Darwin, puisque la collaboration entre les plantes y apparait comme une force créatrice.

En outre, les préoccupations écologiques de la population favorisent le nouvel intérêt qu’elle porte au règne végétal. Conscient de la profonde modification de l’ordre naturel provoquée par l’humanité́, cette dernière serait devenue plus attentive aux autres formes de vie et aux interactions entre espèces, qu’elles soient humaines, animales ou végétales. Il en résulte que la vie des abeilles ou celle des arbres sont devenues des questions politiques.

Il s’y ajoute enfin que, depuis les années 1970, l’humanité a été progressivement obligée de reconnaitre que l’être humain n’était pas le seul à incarner une intelligence. La révolution de l’informatique nous conduit déjà à accepter l’existence d’une l’Intelligence Artificielle dont sont dotées les machines, mais on a aussi attribué des formes d’intelligence à des espèces animales de plus en plus nombreuses. Demain, ce sera au tour des bactéries d’être reconnues comme intelligentes, si l’on se fie aux recherches du neurobiologiste Antonio Damasio.

Il restait donc à reconnaitre que les plantes avaient, elles aussi, une forme d’intelligence. Le pas a été́ franchi par Stefano Mancuso, l’un des fondateurs de la neurologie végétale avec František Baluška, de l’université́ de Bonn.

Cet élargissement du concept d’intelligence nous invite à renouveler notre pensée sur les plantes.

Ainsi, dans La vie des plantes, Emmanuelle Coccia avance que l’être humain ne pourra jamais comprendre une plante sans avoir compris ce qu’est le monde. Car les plantes sont à̀ l’origine de notre monde, en contribuant à̀ produire massivement l’oxygène de l’atmosphère, et donc à̀ rendre la Terre habitable tout en constituant le premier maillon de la chaîne alimentaire.

Si bien que le monde est beaucoup plus végétal qu’animal, sachant que la plante est bidimensionnelle alors que l’animal est tridimensionnel.  En effet, toute la vie des plantes se passe en surface, ces dernières ayant tendance à se développer à l’infini, tandis que les corps animaux produisent des espaces intérieurs et que le corps animal ne commence sa reproduction qu’à la fin de sa période de croissance tandis que le corps végétal ne cesse de s’accroitre, avec des organes reproducteurs temporaires.

La plante, observe Emmanuelle Coccia, ce sont des feuilles, des racines et des fleurs. La feuille est la partie la plus importante d’un végétal puisque c’est par elle que s’accomplit la photosynthèse, tandis que la racine, tout en permettant à la plante de vivre à la fois dans deux milieux, aérien et souterrain. n’est pas aussi importante, puisqu’elle est apparue très tardivement dans l’évolution du règne végétal.

La fleur, quant à elle, incarne l’intelligence des plantes au sens où elle insuffle de la forme à de la matière, à partir des graines qu’elle produit, ces graines qui constituent le lieu de mélange des gènes lors de la reproduction.

 

Concluons donc avec cette symbolique du mélange, qui fait de chaque être vivant, humain, animal, végétal, un organe de la Terre, indissociable de ses autres organes…

 

BIBLIOGRAPHIE :

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RÉSISTER EN CETTE ANNÉE 2022

2 Janvier 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

ALBERT CAMUS

ALBERT CAMUS

Permettez-moi, avant tout autre propos, de vous souhaiter une excellente année 2022, pendant laquelle vous saurez faire des rencontres, avoir de nombreux échanges, apporter votre aide à ceux qui vous solliciteront et la recevoir de ceux qui voudront bien vous entendre. En somme, vivre en étant pleinement dans ce monde.

 

Revenant vers mes billets qui sont une forme de partage entre vous et moi, parcourant les 63 billets que j’ai publiés en 2021 sans même mentionner les 1002 articles que contient ce blog depuis 2009, je me demande si je ne suis pas obsédé par le pouvoir, l’histoire du pouvoir et son miroir, le futur du pouvoir.

Parce que je me sens solidaire de toutes les victimes de manipulation, je crois plutôt que je suis surtout obnubilé par l’abus de pouvoir. En même temps, je sais bien que tout le monde cherche à influencer tout le monde. N’est-il donc pas vain et même hypocrite de traiter de ce thème, car est-ce que je ne cherche pas moi-même à manipuler les autres ? 

Certes, mais pour reprendre l’universelle expression d’Albert Camus, « il n’y a pas de justice, mais il y a des limites ». Je pense qu’un certain respect mutuel doit imprégner les échanges entre les êtres humains pour que notre société fonctionne. Et pas seulement entre êtres humains, mais aussi avec tous les êtres vivants et la nature qui nous nourrit. Au fond, quand j’y pense, je ressens instinctivement un sentiment de solidarité avec notre monde. En revanche, je vibre d’indignation lorsque je suis le témoin, a fortiori la victime, de paroles ou d’actes de mépris, que ce soit envers un être humain, un animal ou envers la nature.

Voilà ce qui inspire le fond de nombre de mes billets. Mais est-ce que j’ai raison de m’intéresser à cette question, plutôt que de vous parler du chant des petits oiseaux, du plaisir de boire du vin, des bons films, des bonnes séries et des bons livres ou de sujets plus fondamentaux comme l’amour, les joies de la vie ou ses souffrances? Franchement, je ne sais pas et la seule réponse que je puisse faire est d’aller au fond de moi-même, non pas pour me livrer à une vaine confession, mais pour m’interroger avec vous sur ce qui est vraiment important dans la vie. 

À mon avis, ce qui est vraiment important dans la vie, c’est la vie.

Cette expression n’est qu’en apparence tautologique, car beaucoup diraient que c’est le bonheur qu’ils recherchent, qu’ils aimeraient atteindre, qui est hors de portée ou au contraire tout proche, ou dans lequel ils s’immergent, les bienheureux. Un bonheur passé, dont ils se souviennent à tort ou à raison, un bonheur enfui qu’ils aimeraient bien rattraper.

Mais moi le bonheur, ça ne m’intéresse pas comme sujet de réflexion.

Car je ne cherche pas spécialement à l’atteindre d’autant plus que j’ai remarqué que lorsqu’il arrive, c’est tout seul, sans prévenir. Il s’invite de lui-même et quand je me rends compte de sa présence que j’imagine fugace, je n’en parle pas trop pour ne pas l’effrayer, le bonheur, et le chasser prématurément.

Alors le bonheur, appelez cela de la superstition, je ne compte pas en discourir, ni devant vous, ni en privé. Et par conséquent, je ne peux pas vous parler non plus des succédanés du bonheur, l’amour, l’argent, la gloire ou le pouvoir. Ce sont des sujets encore plus dangereux que le bonheur, parce qu’une fois atteints, ils  apparaissent illusoires pour celui qui comptait justement y rencontrer le bonheur et de véritables drogues pour celui qui s’y adonne sans réserve. 

En somme, je crois qu’il est vraiment très louable de s’intéresser au bonheur, à l’amour, à l’argent, à la gloire ou au pouvoir, mais moi je ne vois pas quoi écrire d’utile pour vous et pour moi sur ces sujets, quelles observations faire, quelles recommandations donner.  

Sur la vie, oui, je crois que je peux écrire, parce qu’elle offre tant de facettes et de pièges! Dans la vie, il y a bien des choses que nous ne pouvons pas maîtriser, notre héritage génétique, l’éducation que nous subissons, les revenus de nos parents, le pays où nous naissons.  Que dire là-dessus ? À mon avis, rien que vous ne sachiez déjà. Il faut faire avec, se débrouiller avec nos atouts. Mais après, au fur et à mesure que nous nous ouvrons au monde, c’est le bon moment de vous écrire pour partager ce que je sais.

Et mon message est le suivant : si vous ne voulez pas avoir de regrets, ne vous faites pas berner par la vie. Essayez, quel que soit votre âge, d’avancer sans perdre le contrôle de votre vie. À la fin, vous et moi, nous allons mourir, c’est notre drame fondamental, la difficulté suprême que nous avons à affronter. Nous pouvons toujours en discourir, quoiqu'en vain je le crains.

Mais avant, il faut rester en bon état mental. Le physique suivra, vous le savez bien. Si nous ne cherchons pas à comprendre le sens du monde, en d’autres termes à nous approcher en tremblant de la vérité, si nous permettons par conséquent que l’on nous mente et  que l’on abuse de nous, si nous nous laissons mener en bateau, la vie menace vite de perdre tout sens.

Au fond, c’est cela le sujet de mon blog, résister au mensonge.

Je m’adresse à des lecteurs qui sont souvent des amis, des collègues, d’anciens étudiants, parfois des anonymes qui tombent par hasard sur mon blog et je leur dis de ne pas se laisser abuser, que la vie est un combat que l’on ne peut pas gagner mais qu’il ne faut pas perdre non plus.  

Et l’on n’a pas perdu tant que l’on résiste.

Alors, j’écris dans ce blog de résister, résister aux puissants, aux médias, aux menteurs, aux tricheurs, à tous ceux qui veulent nous utiliser pour leurs illusoires objectifs, résister à la tentation intime de se laisser manipuler. J’essaie d’en dévoiler les mécanismes, j'en dénonce l’hypocrisie, je montre la tromperie.

 

En attendant, je vous félicite : en ce début d’année 2022, vous venez de lire jusqu’au bout le billet le plus austère du monde, dont l’auteur déclare qu’il ne traite et ne traitera dans son blog ni du bonheur, ni de l’amour, ni de l’argent, ni de la gloire, ni du pouvoir que nous pourrions posséder !

Bravo !

  

  

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LE POUVOIR CENTRALISÉ DE PHILIPPE LE BEL

28 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

PHILIPPE LE BEL FAIT ARRÊTER LES TEMPLIERS

PHILIPPE LE BEL FAIT ARRÊTER LES TEMPLIERS

Les Rois ont très rapidement cherché à accroître leur contrôle sur la société française et cette tendance permanente au renforcement du pouvoir de l’Etat pointe déjà sous Philippe Auguste (1180-1223).

 

Ce dernier assure la diffusion de l’autorité du monarque par la mise en place des baillis, investis de pouvoirs d’administration, de justice et de finances, qui ne porte que sur son domaine royal, un domaine qui ne comprend pas encore les possessions de ses vassaux, comme la Bretagne par exemple.

Saint Louis (1226-1270), qui succède à Philippe Auguste, acquiert pour sa part une réputation d’arbitre international qui est sanctionnée par sa canonisation, équivalente au prix Nobel de la Paix d’aujourd’hui. Après lui commence à s’affirmer la toute puissance de la monarchie française, qui fait aujourd’hui de la France le seul véritable État centralisé du continent européen, sinon du monde.

Alors que Philippe Auguste régnait en France, la Grande Charte, appelée Magna Carta, était concédée aux Anglais en juin 1215 par Jean sans Terre sous la pression des barons et de l’Église. Elle garantissait à tous les hommes libres le droit de propriété, la liberté d’aller et de venir en temps de paix. Elle donnait aussi des garanties en cas de procès criminel, comme l’impartialité des juges ou la nécessité et la proportionnalité des peines. Elle posait le principe essentiel, pour un régime parlementaire, qu’aucun impôt ne serait levé sans le consentement du Conseil du royaume, un Conseil où siégeaient les barons, les comtes et les hauts dignitaires ecclésiastiques.

Pendant ce temps, les souverains hispaniques ne parvenaient pas encore à obtenir l’unité politique de la péninsule, les principautés italiennes se livraient à des luttes intestines, l’Allemagne était éclatée entre de multiples souverainetés hétérogènes coiffées par un Saint Empire Romain Germanique qui servait de cadre juridique à la cohabitation de princes et de ducs quasi autonomes dirigés par un Empereur qu’ils élisaient eux-mêmes. Mais les habitants du Saint Empire Romain Germanique n’étaient pas les sujets directs de l'Empereur, contrairement aux sujets du Roi de France, car ils avaient soit leur propre seigneur, soit ils appartenaient à une ville d’Empire dirigée par un Maire élu.

Dans cette Europe des libertés et des  autonomies, Philippe IV le Bel (1285-1314), Roi de France, agit en sens contraire. Il devient le maître d’œuvre d’une monarchie française qui ne cesse de s’affermir en droit et en fait, dotée d’une très nombreuse administration centrale. C’est lui qui procède massivement à la confiscation des biens des particuliers et à l’expulsion collective des groupes qu’il considère comme des obstacles à son pouvoir.

Il innove aussi en lançant de grandes campagnes d’opinion, en recourant au nom de la raison d’État, à la calomnie, à l’intimidation et à la désignation de boucs émissaires individuels ou collectifs. L’affaire des Templiers est ainsi montée de façon à attiser les fantasmes d’une population appauvrie par l’Etat et la conjoncture. On voit les conseillers du roi accuser sans vergogne les Templiers d’être secrètement affiliés à l’islam, de cracher sur la croix ou de pratiquer des rites obscènes, avec pour objectif central d’obtenir l’adhésion de l’opinion publique à la confiscation de leurs biens.

Au total, Philippe le Bel n’a de cesse d’accroître sa puissance par la guerre et par de nouveaux carcans administratifs. Il est le premier à oser dévaluer la monnaie.

En mettant en œuvre pendant ses vingt-neuf années de règne la plupart des outils de pouvoir qui fondent encore aujourd’hui la spécificité de la France, Philippe Le Bel se retrouve à la tête d’un Etat puissant qui compte plus de sujets que tout autre Etat en Europe.

Il reste que ses difficultés financières le contraignent à convoquer des assemblées appelées à le soutenir par des subsides, les premiers « États Généraux », dont on retrouvera l’écho à l’aube de la Révolution Française. Il échoue aussi dans sa tentative d’inventer l’impôt permanent en raison de l’incapacité de son administration, encore trop faible, à fixer l’assiette de l’impôt.

 

Après le règne de Philippe le Bel, les XIVe et XVe siècles furent des temps de crise. La guerre de Cent Ans entraîna la révolte des campagnes et des villes, ce qui provoqua en retour un nouveau durcissement du corset étatique et fiscal de la France.

 

À SUIVRE

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LE QUATUOR DE LUCERNE

24 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #CULTURE

LA VILLA SENAR, PRÈS DE LUCERNE

LA VILLA SENAR, PRÈS DE LUCERNE

Christian Caleca vient d’écrire un magnifique ouvrage, Le Quatuor de Lucerne, livre d’histoire, de musique et finalement de vie, autour de cinq personnages, un journaliste et quatre immenses compositeurs russes, le premier témoin de la rencontre imaginaire des quatre autres à Lucerne.

 

Avec le Quatuor de Lucerne, il faut se laisser emporter par l’histoire et bercer par la musique qui encadre le récit en trois mouvements de concerto :

  • Allegro moderato :

Celui qui écrit, fictivement, est un journaliste qui apprend la mort de Chostakovitch en 1975. Cette mort, qui le bouleverse, le pousse à décrire un évènement, tout aussi extraordinaire qu’imaginaire, la rencontre des quatre grands musiciens russes du XXe siècle, Rachmaninov, Prokofiev, Stravinski et Chostakovitch à Lucerne en 1938 où venait d’être créé par Arturo Toscanini un festival international de musique.

Christian Caleca sait admirablement recréer l’ambiance du décor paradisiaque de la Suisse centrale à la fin des années 1930 et nous faire découvrir la belle demeure helvétique du vieux Rachmaninov, sollicité par Toscanini. Puis, il nous transporte dans le cadre brutal de l’URSS de Staline, nous faisant comprendre les conditions dans lesquelles Prokofiev et Chostakovitch sont autorisés à se rendre au festival de Lucerne, aux côtés de Stravinski, le parisien, et donc de Rachmaninov.

Dans le décor fort réaliste de villes européennes anxieuses, en cette année fébrile des accords de Munich qui sont encore en gestation, Il fait entrer en scène chacun des quatre compositeurs, à Lucerne, à Paris, à Moscou et à Leningrad,

Chacun d’entre eux, alors qu’ils s’apprêtent à se retrouver et à se réunir à Lucerne, sont conscients qu’ils vivent probablement les derniers jours de la paix. L’organisateur de ce premier festival, le chef d’orchestre Arturo Toscanini, pourtant confortablement installé à New York, n’ignore rien de ces menaces et c’est pourquoi il veut faire de Lucerne le symbole de la résistance des musiciens au nazisme.

Ainsi, chapitre après chapitre, en train ou en bateau, les héros du roman se hâtent vers Lucerne, où les attend Rachmaninov.

  • Andante cantabile

Nous vivons la préparation et l’organisation du festival sous la triple direction d’Ansermet, de Walter et de Toscanini, dans une Suisse qui s’honore d’ouvrir ses portes à ces exilés prestigieux, un peu comme si elle voulait conjurer le sort.

Dans les décors et l’ambiance tendue de l’époque, les compositeurs livrent leurs craintes et leurs espoirs, les belles âmes se rencontrent, des amours s’ébauchent. Puis vient le concert d’ouverture du festival présenté par Toscanini. C’est un grand moment de gaieté et de gravité à la fois, qui débute symboliquement par l’ouverture Guillaume Tell de Rossini. Tout près d’eux, les grandes manœuvres diplomatiques s’amplifient, l’URSS observant, sceptique, la capacité de résistance de la France et de la Grande-Bretagne aux menaces hitlériennes.

Les quatre grands compositeurs finissent par se rencontrer à la villa Senar, propriété de la famille Rachmaninov. C’est la partie la plus imaginaire du roman, mais pas la moins passionnante que cet échange entre compositeurs célèbres qui porte sur la Russie, sur la politique et naturellement sur la musique, chacun reconnaissant, parfois avec une réticence jalouse, le génie de l’autre.

En écho à leurs inquiétudes, surgit le 12 septembre, à peine le premier festival de Lucerne achevé, le discours plein de menaces d’Hitler, qui annonce la fin de la Tchécoslovaquie libre. Pour souligner l’exactitude historique de l’ouvrage, l’auteur n’hésite pas à transcrire ce discours, dont la tonalité terrifie encore le lecteur, quatre-vingt-treize années après qu’il ait été prononcé à Nuremberg.

  • Allegro vivace

Comme les Français cèdent à Hitler sous la pression des Britanniques, la Tchécoslovaquie est dépecée, l’URSS s’éloigne de l’alliance pour rechercher un accord solitaire avec l’Allemagne nazie, obligeant l’Italie à la rejoindre malgré la réticence de Mussolini. Tout se met alors en place pour que la guerre vienne. Et elle vient en effet, jusqu’au siége interminable de Leningrad et ses horreurs se reflètent dans les sons déchirants de la septième symphonie, dite de Leningrad, composée par Chostakovitch : l’histoire, en effet, fait la musique.

Après le festival de Lucerne, l’histoire a fait fuir Rachmaninov et Stravinski vers les États-Unis et Prokofiev vers le Caucase. Seul Chostakovitch reste à Moscou et se soumettra au Parti Communiste soviétique.

Le narrateur reprend les traits d’Etienne d’Andigné qui revient à Lucerne en 1975, avant de songer à sa vie et à Evguénia, son amour emporté par la guerre, au bord de la mer antiboise : « Le matin est calme, sur la plage les courtes vagues finissent leur course répétée sur la grève luisante et balayent inlassablement le sable humide ».

 

Le Quatuor de Lucerne, un livre aux multiples facettes, un livre d’histoire, un livre sur les géniaux compositeurs russes du XXe siècle, un livre débordant d’une tendre nostalgie dans son épilogue : jamais nous n’écouterons plus leurs œuvres sans nous référer aux liens que l’auteur a su si fortement tisser entre la musique et nos vies.

 

Christian Caleca, Le Quatuor de Lucerne, Éditions Maïa, 199 pages, 15 euros.

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LE POUVOIR CENTRALISÉ FRANÇAIS

18 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

PHILIPPE LE BEL (1268-1314)

PHILIPPE LE BEL (1268-1314)

J’ai commencé, il y a plusieurs années, à conter l’histoire du pouvoir politique en France, une histoire que je reprends aujourd’hui.

 

Vous trouverez ci-après l’essentiel de l’histoire de la centralisation du pouvoir depuis Philippe Le Bel jusqu’à Napoléon III, avant que je ne la reprenne avec de plus grands détails à partir des années 1850. L’histoire du pouvoir politique français est en effet pleine d’enseignement pour le présent et pour le futur de la France, car,  sous les masques alternatifs de la Monarchie, de l’Empire et de la République, l’histoire du pouvoir en France est celle de l’installation d’un système politique qui veille sans cesse à renforcer son pouvoir central,

En effet, du point de vue de la centralisation du pouvoir, tout commence au XIIe siècle, dans cette zone géographique que l’on appelle aujourd’hui la France, où les conditions de sécurité ont permis un certain développement économique dans le cadre fragmenté de royaumes ou de principautés relativement indépendants. En outre, gouvernées par des marchands, des villes semi autonomes émergeaient, qui devenaient des havres de liberté par rapport aux sociétés agraires asservies.

C’est justement à ce morcellement que se sont toujours opposés les rois de France, qui ont réussi à constituer dès le XIIIe siècle l’ensemble unitaire le plus puissant d’Europe. C’est dans ce dessein qu’ils s’opposèrent au cours des siècles à la prétention de l’Eglise de leur dicter leurs conduites. Les Rois de France firent de même barrage au protestantisme qui introduisait dans leur royaume de dangereux ferments de liberté. Fera-t-il de même face l’Islam ? Sans doute, à mon avis.

Au plan économique, la centralisation française du pouvoir a été tout de suite perçue à l’extérieur comme une erreur et un échec. C’est ainsi que  John Fortescue, qui combattit le roi de France pendant la guerre de Cent Ans, mentionne dans son essai, De laudibus legum Angliae (1470), la mauvaise gestion de la France par comparaison avec celle de l’Angleterre. Il observe que le Roi de France a tellement appauvri son peuple qui peine à survivre. Il s’étonne que, contrairement à l’Angleterre, les gens en France boivent de l’eau et non de la bière ou du cidre, se nourrissent de pain noir au lieu de pain blanc, ne peuvent pas consommer de la viande mais seulement un peu de graisse et des tripes. Il note que les gens en France ne portent pas de laine mais des blouses de canevas ou des braies qui ne descendent pas en dessous du genou et que leurs épouses et leurs enfants vont nu-pieds. Et bien sûr, que ces gens n’ont ni armes, ni argent pour en acheter.

L’étonnement de Fortescue porte sur le fait que les Français puissent vivre dans la pauvreté la plus rigoureuse alors qu’ils habitent le royaume le plus fertile du monde. L’image que donnait alors la France était celle d’un pays tellement mal gouverné et surexploité qu’il rendait pauvres ses habitants alors que toutes les conditions étaient réunies pour qu’il soit riche.

Un siècle après Fortescue, Machiavel trouve les rois de France « plus gaillards, plus riches et plus puissants qu’ils ne le furent jamais »*, dans son Rapport sur les choses d'Allemagne qu’il écrit en 1508. Cette force des Rois de France provient d’après lui de la taille toujours plus vaste du domaine qui appartient en propre au Roi de France et de la soumission de ses vassaux. Aucun ne peut lutter contre le roi, contre lequel les puissances voisines ont également du mal à faire face.

Cette soumission a un revers, note Machiavel, car elle affaiblit le peuple : « Le reste de la population, roture et gens de métier, est tellement asservie à la noblesse et bridée en toute chose qu’elle en est avilie.»*. Or, ajoute t-il, « la France, grâce à son étendue et à l’avantage de ses grandes rivières, est grasse et opulente, les denrées et la main-d’œuvre y sont à bon marché, sinon pour rien, à cause du peu d’argent qui circule parmi le peuple ; c’est à peine si les sujets peuvent amasser de quoi payer leurs redevances, si minces qu’elles soient (…) Tandis que nobles et prélats prélèvent, le Roi n’a pas besoin de dépenser trop en forteresses, grâce à la parfaite soumission de son peuple, humble et vénérant le Roi, vivant à peu de frais »*.

Ces deux témoignages anciens présentent une France accablée sous le poids du pouvoir royal, mais qui s’y résigne. Car, depuis le règne de Philippe le Bel, le pouvoir du roi s’appesantit sur un espace de plus en plus étendu et une population toujours plus nombreuse. Ce pouvoir cherche à contrôler au plus prés un peuple qui s’efforce d’éviter des impôts toujours plus lourds, du fait des ambitions guerrières du royaume, de ses coûts d’administration jamais satisfaits et des goûts de luxe des privilégiés au pouvoir.

Dans la suite du déroulement de l’histoire, le pouvoir central qui passera du Roi à l’Empire ou à la République, ne s’est jamais départi de ses prérogatives, cherchant à en rajouter presque toujours de nouvelles sauf lorsqu’il était en position de faiblesse.

 

C’est ainsi que la France détient aujourd’hui le record du monde des prélèvements obligatoires. Par hasard ? 

 

*Machiavel, Rapport sur les choses d'Allemagne, 1508.

 

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LE CHAT DE MADAME CROCHEMORE

13 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

LE CHAT DE MADAME CROCHEMORE

En ce mois de janvier 1990, me voici dans la salle de conférences de l’Université Nankai à Tianjin négociant avec une brochette de cadres chinois.

 

Heureusement, pensais-je naïvement, il n’y avait rien à négocier, sauf, peut-être, des ajustements minimes de l’accord signé un an et demi auparavant. Les préliminaires me donnèrent provisoirement raison. Ils prirent en effet la forme d’odes à la coopération, de célébration de l’amitié si profonde entre les peuples chinois et français et de protestations insistantes quant à l’infinie bonne volonté chinoise.

Néanmoins, ces préliminaires plus longs qu’à l’habitude commençaient à m’inquiéter, quand l’exposé de la situation de notre petit groupe d'étudiants commença. Puis vers 10 heures 30, au bout d’une heure d’échanges banals, je fus alerté par le changement de tonalité vocale de l’interprète. Je tendis alors l’oreille pour découvrir que le sujet dont traitaient mes interlocuteurs avait quitté le champ des banalités pour se concentrer sur une question aussi précise que singulière : il était question du chat de Madame Crochemore !

Le lecteur attentif a en effet déjà appris que Madame Crochemore s’était installée en septembre 1989 à Tianjin, en compagnie de sa fille et de son chat. Quatre mois plus tard, je découvrais que le chat de Madame Crochemore, notre professeur de français, créait des soucis à nos hôtes chinois. J’utilisais alors les intervalles en chinois, entre deux traductions de l’interprète, pour comprendre les intentions de mes interlocuteurs, m’y adapter et les utiliser.

Leur discours était en effet extraordinaire, dans le cadre d’un échange entre universitaires sur la coopération franco chinoise en matière de formation à la gestion. Il est à peine utile de préciser que mon rapport au Ministère des Affaires Étrangères sur cette affaire fit le tour des bureaux.

Le chat de Madame Crochemore gênait. Je comprenais suffisamment la mentalité de mes hôtes pour comprendre ce que cela voulait dire. Oui, ce chat gênait et ils en parlaient avec des mines effarouchées. De sexe masculin, il faisait sans vergogne sa cour aux chattes chinoises. Lorsque je fis remarquer que ce comportement relevait des lois de la nature, on me rétorqua que ce chat était fort peu discret lors de ses ébats, perturbant les nuits tranquilles de Tianjin et l’on ajouta, soupçonneux, qu’il risquait fort, un jour, ou plutôt une nuit, de détériorer avec ses griffes le sofa mis à la disposition de Madame Crochemore par l’université.

Il faut savoir ici que le sofa était l’un des objets sacrés de tout foyer chinois qui se respectait, avec la machine à laver, la TV et le vélo. Qu’un chat, non chinois de surcroit, se permette de le détériorer, constituait plus qu’un dégât matériel, un forfait. Faisant observer pour ma part que cet acte répréhensible n’avait pas encore été commis par le chat en question, on objecta que ceci pourrait bien se produire, compte tenu du comportement permissif de l’animal. On n’ajouta pas, mais je le compris clairement, que le comportement du chat était fort probablement le résultat fatal d’une éducation laxiste, bien française.

L’argument massue vint comme toujours à la fin. De toutes manières, m’asséna-t-on, un règlement interdisait la présence de chats dans l’immeuble où se trouvait Madame Crochemore. Depuis quand, demandais-je ? depuis trois jours…

Cependant, nos amis chinois, le cœur empli de bonne volonté, voyaient bien une solution pour régler cette question dont la responsabilité revenait entièrement à la partie française, coupable de laxisme à l’égard de ce chat qu'elle avait importé. Il leur paraissait raisonnable de compenser les nuisances du chat en versant une juste indemnité à l’Université Nankai. Ils proposaient d’accepter 20 $ par jour, soit 7000 $ environ par an, pour tolérer la présence de ce chat !

Ainsi, par cupidité, l’Université Nankai m’offrait sur un plateau un prétexte rêvé pour rompre avec eux et installer notre IAE à Pékin ! Il était plus de midi, l’affaire du chat nous avait occupé une bonne partie de la matinée. Je demandais une pause dans nos discussions pour, prétendais-je, consulter le Ministère des Affaires Étrangères (MAE). Naturellement, je n’en fis rien. Je me contentais de déjeuner puis de rédiger un courrier exprimant, théoriquement, la position du MAE, qui rejetait totalement la demande de l’Université Nankai, précisant, pour enfoncer le clou, que cette exigence, si elle était maintenue, remettrait en cause la totalité de notre coopération avec ladite université et par ricochet, les accords franco-chinois relatifs à la formation à la gestion.

Je remis ce document à l’interprète lorsque les discussions reprirent vers 13 heures. Naturellement, mes interlocuteurs ne pouvaient en prendre connaissance qu’à la pause, par les bons soins de l’interprète. Poussés par la curiosité, Ils demandèrent rapidement une suspension de séance, puis reprirent les discussions sans revenir le moins du monde sur le sujet du chat et sans montrer la moindre contrariété.

Nous finîmes nos échanges vers 16 heures, je repris le train de Pékin, puis l’avion pour Paris. Un mois plus tard environ, le MAE et la FNEGE reçurent un courrier les informant que l’Université Nankai mettrait fin à sa coopération en juillet 1990.

C’était exactement ce que je voulais. Lors de notre rencontre, j’aurais pu temporiser ou marchander, mais j’avais sciemment traité mes interlocuteurs avec brutalité, sachant qu’ils ne le supporteraient pas. Puisque leur rapacité m’avait offert l’opportunité de rompre, je l’avais saisie…

En juin 1990, je revins à Tianjin pour officialiser la fin de notre programme à l’Université Nankai. Madame Crochemore était déjà rentrée en France. Nous fîmes de nombreux toasts en buvant force alcool de riz, toasts qui délièrent la langue de mes interlocuteurs. Dans cette affaire ratée de demande d’indemnité pour un chat, qui leur avait couté le programme franco-chinois de gestion, ils tenaient à avoir au moins le dernier mot.

Ils me racontèrent donc, en le présentant comme un horrible scandale, que l’Université Nankai avait dû payer sur le train Tianjin Pékin un siège soft seat (première classe) pour le chat à côté de celui de Madame Crochemore, siège qui avait dû leur couter 5$. Ils ajoutèrent que de nombreux chinois, assis, eux, sur des sièges hard seat (seconde classe) avaient défilé dans le compartiment de première classe pour constater de leurs yeux ce sacrilège, un chat étranger assis sur un siège moelleux, tandis qu’ils devaient pour leur part poser leurs postérieurs sur de durs sièges en bois !

Je convins qu’en effet il s’agissait d’un immense désordre, qui justifiait tout à fait leur position sur l’affaire du chat de Madame Crochemore. Nous nous quittâmes bons amis et je pus installer en toute sérénité notre IAE à Pékin pour le mois de septembre 1990.

 

Il s'y trouve toujours...

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VERS DES NÉGOCIATIONS TENDUES À TIANJIN

4 Décembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

HUTONG SOUS LA NEIGE

HUTONG SOUS LA NEIGE

Dans le cadre de la prestigieuse Université Nankai, les cours de français pour les futurs étudiants chinois du programme de gestion du MAE (master en administration des affaires)  ont donc commencé sans encombre à Tianjin en septembre 1989.

 

Il s’agissait en effet de former au français des adultes qui n’avaient pour la plupart aucune notion de français, mais qui possédaient des notions convenables en anglais, ce qui nous laissait espérer une capacité avérée à apprendre une autre langue. À l’issue de cette année, un examen était organisé pour ne laisser passer en seconde année, celle de la formation à la gestion, que les étudiants capables de comprendre les cours dans notre langue. Notre objectif était bien sûr de former, puisque ce programme était financé par la France, de futurs cadres qui travailleraient avec ou dans les entreprises françaises installées en Chine.  

La formation était donnée à Tianjin, immense métropole côtière aujourd’hui, ville moins importante mais surtout beaucoup moins fréquentée par les étrangers en 1989. Les premières plantations de vignes s’effectuaient dans la région, sous la direction de quelques employés de Remy Martin et c’étaient les seuls Français de Tianjin, à l’exception de notre professeur de français, Madame Crochemore.

Madame Crochemore, un professeur de Français d’une cinquantaine d’années, accompagnée de sa fille âgée de douze ans, de son chat, d’un piano et de quelques malles, avait accepté de venir de Dijon pour tenter une double aventure, culturelle et pédagogique. Au bout d’une année, on va le voir, elle jeta l’éponge sans dommage pour le programme car nous avions trouvé sur place des professeurs de français, mais à Beijing cette fois plutôt qu’à Tianjin.

Voici ce qui s’est passé :

Après la tempête du printemps de Pékin qui avait failli précipiter notre programme dans l’abime, tout se passait bien à Tianjin en cet automne 1989. Madame Crochemore enseignait à la satisfaction générale, semblait-il, elle-même ne semblait pas mécontente de son sort malgré sa solitude, et les étudiants apprenaient avec énergie le français, y consacrant plutôt 80 heures par semaine que nos traditionnels 35 heures, en écoutant, entre autres, RFI en ondes courtes pour en faire des comptes rendus.

Tout le monde était content, sauf moi. En effet, je voyais arriver avec inquiétude l’année suivante. Ce serait le temps où nous enverrions des professeurs d’université, au rythme d’un par mois, pour quinze jours de cours intensifs, avec deux difficultés, celle du voyage et celle du séjour. Le voyage à Tianjin depuis la France supposait une escale à Beijing, une nuit d’hôtel suivi d’un déplacement en train jusqu’à Tianjin, soit un jour aller et un jour retour de perdus pour dix jours de cours. En outre, le séjour à Tianjin serait austère pour mes collègues, privés de contacts et de sorties.

C’est pourquoi je comptais bien transférer notre programme de Tianjin à Beijing, profitant de ce que le conseiller culturel, instigateur du programme à Tianjin avait été muté vers un autre pays. Pour cela, j’avais, avec la FNEGE, recherché un autre partenaire, de mémoire l’université internationale de Beijing, avec qui nous avions ouvert des négociations préalables. Il me restait à trouver un prétexte. Or nos interlocuteurs chinois, toujours parfaitement prévisibles en ce qui concerne leur appétit financier, me l’ont offert sur un plateau.

Il était prévu d’effectuer, à mi-parcours de la formation au français, une visite d’évaluation de l’avancement du programme, visite que la FNEGE m’a chargé d’effectuer. C’était en janvier 1990. Il faisait un froid glacial à Beijing et guère moins froid à Tianjin. Je me souviens que j’avais acheté un confortable anorak vert bouteille, qui n’est pas ma couleur favorite, mais enfin il tenait chaud. Un vent glacé soufflait de l’ouest,  m’accompagnant sans vergogne jusqu’à Tianjin où m’attendait au grand complet l’état-major de l’Université Nankai réuni pour cette première coopération franco chinoise qui se tenait chez eux. Il y avait même le ministre chargé des relations internationales pour la province du Hebei, qui n’avait pas encore été amputée de la communauté urbaine de Tianjin.

Tout ce monde qui me faisait face s’était aligné sur une longue estrade couverte d’une épaisse draperie verte, toutefois pas vraiment en harmonie avec les couleurs de mon anorak. Dans la salle, face à eux, je me suis retrouvé seul. Même l’interprète était assis à un coin de la tribune.

 

C’était intimidant, mais la situation était moins dangereuse qu’en juin 1989. Et les discours ont commencé, en chinois ensuite traduit en français, ce qui m’a laissé le temps de comprendre et de réagir…

 

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LA MAITRISE DU MONDE?

28 Novembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LA MAITRISE DU MONDE?

LA MAITRISE DU MONDE ?

 

L’humanisme est tout entier fondé sur le principe de contrôle, de la nature et de soi-même. Or les résultats spectaculaires de l’humanisme dépassent les attentes de ses promoteurs, d’où la remise en cause partielle ou totale de ses principes.

 

Nous devons tout d’abord nous souvenir que la science est une création grecque qui date de 2500 ans, en partant de l’idée que la réalité sensible, celle à laquelle les sens nous donnent accés, n’est pas la seule réalité accessible.

Avec les Grecs, l’homme a subodoré qu’il y avait des choses derrière les choses, donnant le départ au développement des connaissances en Occident. Comment avoir accés à ces connaissances ? Platon pose qu’il s’agit d’Idées et que l’on y accède par la dialectique, c’est-à-dire que l’on confronte des idées en éliminant dans ce processus les idées incohérentes. On fera donc de la dialectique pendant deux mille ans, sans aboutir à une connaissance certaine, uniforme et partagée de ces choses derrière les choses.

En assurant que le livre de la Nature est écrit en langage mathématique, Galilée a permis le passage du monde qualitatif des idées au monde quantitatif de la mesure des choses.

La mesure est en effet le procédé qui permet de passer d’une sensation qualitative à une donnée quantitative, de l’éloignement d’un objet à la distance qui m’en sépare. Elle constitue la deuxiéme rupture dans l’ordre de la pensée, après la première avancée du monde des Idées de Platon, à laquelle elle donne tout son sens. Et puis tout se mesure, les distances comme les profits, ce qui signifie que ce qui ne se mesure pas n’a pas d’intérêt, ou plus précisément n’a pas de valeur.

Notre rapport à l’espace et au temps est significatif à l’égard de la mesure. Nous n’avons pas besoin d’un mètre pour évaluer une distance, mais nous avons besoin d’une montre pour connaitre l’écoulement du temps objectif que nos sensations ne nous permettent pas d’apprécier. Derrière le temps normalisé apparait une vision déterministe de la nature.

Si le monde est déterministe, comme l’affirme Descartes et tous les scientifiques jusqu’à la fin du XIXe siècle, il est possible de prévoir son évolution. Si l’homme peut prévoir, il peut modéliser les conséquences de ses choix, donc il peut choisir son avenir : l’homme devient Dieu, puisqu’il maitrise son destin.

 

Jusqu’à ce que la science découvre progressivement les limites de son pouvoir de maîtrise, qui l’empêche de décrire totalement la réalité. Le théoreme de Gödel, le second principe de la thermodynamique, le chaos déterministe en mécanique, les relations d’incertitude en physique nucléaires, marquent, entre autres, les limites des avancées scientifiques sur le chemin de la vérité.

En outre, la science porte en elle la technologie qui est mise en œuvre pour maitriser la nature, technologie qui  engendre des effets indésirables, en vertu du second principe de la thermodynamique. Petit à petit, ces effets indésirables, comme la pollution  deviennent insupportables, ce qui conduit au développement d’une nouvelle technologie pour les éliminer, qui génére à son tour de nouveaux effets désirables. Une spirale technologique illimitée s’installe, l’une corrigeant la précedente…

Pour sa part, l’économie entre progressivement dans l’ère du non-maitrisable. Le supplément de pouvoir d’achat dégagé par le progrés technologique, les effets d’expériences et les économies d’échelle ne servent plus seulement à satisfaire des besoins limités, mais des désirs illimités.

Enfin, lorsque la sociologie montre que l’on peut expliquer le comportement humain à partir de sa culture et que la psychanalyse renchérit en l’expliquant à partir de son insconscient, la philosophie abandonne la morale kantienne, selon laquelle l’être humain est libre et responsable.

 

En constatant la remise en cause de la notion de maitrise, l’Homme-Dieu en vient à débattre de l’humanisme qui l’avait mis en mouvement.

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