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  • : Le blog d'André Boyer
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17 juin 2021 4 17 /06 /juin /2021 10:44
ARISTOTE

ARISTOTE

Depuis le début de l’histoire de l’humanité, l’homme met au point des outils de plus en plus sophistiqués qu’il utilise massivement pour prendre le contrôle de la planète. Même si on a l’impression qu’aujourd’hui l’humanité se rapproche de ses limites de survie, il reste présomptueux de vouloir saisir la direction de l’histoire.

 

Dès l'origine et sans relâche, l’homme a fait progresser ses outils et a cherché à améliorer son organisation. Il a pris le pouvoir sur la nature grâce à ses capacités d’analyse et d’adaptation. Comme pour toute espèce vivante, la nature humaine possède une logique d’espèce qui est de survivre, avec l’aide plus ou moins consciente de chacun de ses membres. Cette logique se traduit par la nécessité pour l’homme de rechercher sans cesse sa vérité, la vérité qui lui permettra de vivre, autant qu’il le peut.

À cet égard, il a procédé par tâtonnements successifs, qui lui ont fait appeler « vérité » les différentes manières qu’il a trouvées pour expliquer les évènements.  

En effet, que ce soit au temps de la préhistoire ou aujourd’hui, tout être humain s’est trouvé et se trouve toujours dans l’obligation de justifier ce qu’il dit et ce qu’il fait, aussi bien vis-à-vis de lui-même que des autres. Il lui faut chasser en permanence le mensonge, la mystification, la contrevérité, la fable, l’artifice, l’invention, l’illusion ou la tromperie, pour ne citer que quelques-uns des antonymes de la vérité.

Au plan collectif, l’humanité a mis au point des techniques de recherche de la vérité qui constituent l’essence de son patrimoine culturel. Puis la recherche collective de la vérité s’est progressivement heurtée au mur de l’incommunicabilité, à l’abime de l’incertain et au brouillard du doute, jusqu’à modifier la manière dont l’homme voit et comprend le monde.

Que le doute s'installe, que ce que vous croyez être "vrai" se révèle faux pour les autres et vous verrez aussitôt se dresser devant vous une incommensurable barrière d’incommunicabilité. Aussi, pour qu’une société existe, il faut que ses membres soient d’accord sur ce qui est vrai et faux. En dehors de la foi, qui permet de partager par définition la même vision de la vérité, l’outil de la raison partagée s’est très tôt imposé comme un moyen commun de séparer le vrai du faux. 

Lorsque l’on cherche à identifier les origines de la raison partagée, les Grecs restent les maîtres. On a vu les logiciens grecs, Parménide en tête, chercher à distinguer les faits de leur représentation en faisant l’hypothèse qu’il existait un monde réel au-delà des sens, que les figures géométriques avaient une existence propre.

Aristote fut plus réaliste, il fut peut-être le premier des réalistes. Cela explique que sa pensée nous influence toujours, aussi ardente, moderne et limpide que s’il était encore vivant. L’ambition d’Aristote était de ne laisser aucune chance à une affirmation dont on pourrait dire qu’elle n’était ni vraie ni fausse. Pour cela, il fut contraint, le premier sans doute dans l’histoire de la pensée humaine, à s’affranchir de la vision holistique du monde qui empêchait  les hommes d’avoir une vision analytique des situations qu’ils observaient, dans la mesure où tout se mêlait dans leur esprit. Aristote devint ainsi le tout premier d’une chaîne ininterrompue de logiciens et de philosophes, comme Boèce, Abélard, Descartes, Spinoza ou Leibniz, qui ont construit la pensée occidentale.

Par ailleurs, on ne peut pas oublier les apports des logiciens chinois et indiens. Pour ne citer que les premiers,  en bâtissant leurs raisonnements à partir des doctrines taoïstes, ils ont élaboré des méthodes pour  observer, décrire, classifier et expérimenter.

Mais ce fut l’apport de la démarche scientifique occidentale de se libérer des idées reçues en matière de vérité, en allant au-delà du raisonnement pour s’appuyer sur des faits. La plupart des philosophes grecs, alors qu’ils savaient raisonner en utilisant l’observation et l’expérience, n’avaient pas (pas encore ?) le culte de l’expérimentation concrète, sauf Démocrite qui avait proclamé, quatre siècles avant JC, que la vérité devait être recherchée au travers de l’expérience.

 

Or Démocrite n’est resté qu’un précurseur isolé, avant que la Renaissance n’impose, en matière de vérité, la dictature des faits observés.

 

À SUIVRE

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9 juin 2021 3 09 /06 /juin /2021 18:37
LOUIS XVI

LOUIS XVI

Avec des moyens inférieurs à ceux de son adversaire, Suffren refoule devant lui l’escadre anglaise dont le chef hésite à engager le combat.

 

Le 18 juin 1783, le blocus de Gondelour est levé sans avoir eu besoin de livrer bataille. Bussy fait transférer mille deux cent de ses hommes sur les vaisseaux de Suffren pour en renforcer les effectifs. Le 20 juin, Suffren impose le combat à son adversaire. La bataille, en ligne de file, se termine par la retraite de l’escadre anglaise qui a subi de gros dégâts. Il cherche à reprendre le combat mais l’escadre anglaise prend la fuite sur Madras. Gondelour est sauvée, mais le 29 juin 1783, la frégate anglaise Medea vient sous pavillon parlementaire apporter la nouvelle officielle des préliminaires d'un traité de paix, qui ont été  arrêtés le 30 novembre 1782. En attendant la signature du futur traité de paix, les hostilités sont suspendues.

Puis intervient, le 3 septembre 1783, la signature du traité de Paris et le même jour du traité de Versailles. Le traité de Paris permet aux Etats-Unis d’être reconnus par la Grande-Bretagne, de définir les frontières entre les États-Unis et les colonies britanniques d'Amérique du Nord : Grands Lacs au nord, Mississippi à l'ouest, 31eparallèle au sud et de garantir les droits des pêcheurs américains au large de Terre Neuve et du golfe du Saint-Laurent.  

Le traité de Versailles est composé de deux traités bilatéraux entre la Grande-Bretagne et la France d’une part et entre la Grande-Bretagne et l’Espagne d’autre part, qui sera complété par un autre traité de Paris signé entre la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies le 20 mai 1784.

En vertu des traités de Versailles, la Grande-Bretagne restitue une partie des possessions qu'elle avait acquise lors du traité de Paris de 1763, mais pas le Canada. L'Espagne récupère Minorque et les deux Floride, mais la Grande-Bretagne garde Gibraltar. La France récupère ses comptoirs en Inde, huit loges (Balassore, Cassimbazar, Yougdia, Dacca, Patna, Mazulipatam, Calicut et Surat. En Afrique, elle garde l'île de Gorée et le Sénégal. Aux Antilles, elle récupère Tobago et la Trinité, mais cède Saint-Vincent et les Grenadines à la Grande-Bretagne. En Amérique du Nord, elle garde Saint Pierre et Miquelon et obtient un droit de pêche étendu sur les Grand Bancs de Terre-Neuve. Mais elle ne récupère pas la Nouvelle-France qui est divisée en deux au niveau des Grands Lacs: la partie au nord (Québec et le futur Ontario) reste sous domination britannique, tandis que la partie au sud, la Louisiane française, allant du sud des Grands Lacs au golfe du Mexique reste coupée en deux par le Mississippi, avec à l'ouest la Louisiane espagnole et à l'est, les Etats-Unis. 

La guerre entre la France et la Grande-Bretagne, déclenchée le 6 février 1978, a duré plus de cinq ans. La France a soutenu à bout de bras ses alliés, les Etats-Unis, l’Espagne et les Provinces-Unies. Elle a été victorieuse à de nombreuses reprises, à Yorktown, dans les Antilles et aux Indes. La victoire de Yorktown a offert l’indépendance aux Etats-Unis et la guerre menée par Suffren a conduit les Britanniques au bord de la rupture en Inde. Certes, la flotte britannique reste redoutable mais la flotte française est désormais capable de la vaincre et elle dispose d’alliés.

Malgré des efforts militaires immenses, notamment navals, malgré les dépenses considérables engagées par le Trésor royal qui le contraindront à convoquer les États Généraux avec les conséquences que l’on connaît, malgré les victoires obtenues, malgré le nouveau rapport de force avec la Grande-Bretagne qui penche désormais en faveur de la France, le Roi de France ne demande rien. Ni la récupération de la Nouvelle-France, ni la main mise sur l’Inde, ni la restitution d'îles importantes dans les Antilles.

Concernant la Nouvelle-France, dés la signature du traité du 6 février 1978 avec les 13 colonies, la France s’était engagée à ne pas accroitre ses territoires en Amérique pour ne pas s’aliéner les colons américains, donc à ne pas reconquérir la Nouvelle-France. Mais cinq ans après, les rapports de force avaient changé car les Français seuls avaient imposés la création des Etats-Unis.

 

Louis XIII avait installé la France au Canada. Louis XIV y avait construit la Nouvelle-France que Louis XV avait défendu en vain mais avec détermination contre la conquête anglaise. Finalement, c’est la molle inconséquence de Louis XVI et de sa cour, vainqueurs sans buts, qui a conduit à abandonner la Nouvelle-France alors que la fortune des armes permettait de mettre un terme à la conquête britannique.

 

 

 

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5 juin 2021 6 05 /06 /juin /2021 13:52
RAPPORTS DE FORCE (SUITE ET FIN)

Après les caprices des stagiaires et la petite affaire des hôtels, un nouveau bras de fer plus important s’engageait, qui mettait en question le sérieux du programme que la partie française avait organisé.

 

Mon contradicteur, un sociologue algérien, s’interrogeait en effet sur la possibilité d’organiser une formation à Alger avec la coopération de la partie française, alors que cette dernière, en ma personne, n’était pas présente en permanence sur le sol algérien. Il savait bien pourtant que c’était impossible en pratique, sauf à détacher un universitaire français en Algérie, ce que n’avait pas prévu ce programme pour des raisons évidentes de coûts.

Il s’agissait donc d’une question perverse destinée à se faire « mousser » devant le Ministre et une assemblée largement défavorable, du moins officiellement, à tout représentant de la France. Entrant dans ce jeu, je m’efforçais de lui donner la réplique avec un niveau équivalent de perversité.

Côté algérien, la compétition était féroce pour se faire attribuer le rôle de coordonnateur, parce que ce poste était synonyme, non seulement d’une rémunération supplémentaire, mais de nombreux déplacements tous frais payés en France. Le résultat était que mes interlocuteurs étaient différents à chacun de mes passages, ce qui rendait fort difficile le travail de coordination entre nous.

Donc, s’il y avait un problème de coordination entre la partie algérienne et la partie française, la faute en incombait largement plus à l’instabilité des responsables, côté algérien, qu’à ma présence en pointillé en Algérie.

Je me tournais donc vers les organisateurs de la réunion, dont le Ministre, en leur demandant ce qu’étaient devenus les différents coordonnateurs algériens et en m’offrant le luxe cruel de les citer un par un. Évidemment, je n’obtins aucune réponse, simplement un silence gêné. Cet incident se déroula le matin, la réunion se poursuivit sans anicroche jusqu’à la fin, qui survint vers 15 heures 30, compte tenu des horaires confortables qui étaient en vigueur.

Pour clôturer la réunion, le Ministre interrogea formellement la salle pour demander si quelqu’un avait une dernière question à poser. J’en avais une en effet : je revins sur la question que j’avais posé en soulignant que je n’avais toujours pas reçu de réponse quant au pourquoi de ces changements permanents de coordonnateurs algériens. Un silence de mort suivit mon intervention, le Ministre se retira sans mot dire mais j’avais obtenu de passer du rôle d’accusé à celui d’accusateur.

Pour en terminer avec les incidents et les rapports de force, le dernier évènement le plus savoureux se passa à Nice.

Le CNAT avait programmé une réunion, dont la date avait été fixée, pour évaluer les formations. Je demandais de manière routinière un visa au Consulat d’Algérie, situé tout près de chez moi mais j’appris au bout de quelques jours, à mon grand étonnement, que le Consul m’en refusait la délivrance alors que ma mission à Alger était organisée avec son propre gouvernement.

Nullement résigné à ajuster mes activités aux humeurs du Consul, je passais à la controffensive en informant mes trois malheureux doctorants algériens, qui n’y pouvaient rien j’en conviens, que je ne dirigerai plus leurs thèses puisque leur consul me refusait le visa.

Naturellement, ils allèrent se plaindre de cette situation auprès du Consul qui m’invita à le rencontrer. Dans son bureau très cosy, il m’informa que son refus était motivé par un article que j’avais écrit dans Nice-Matin sur les effets négatifs de la bureaucratie algérienne sur l’agriculture, article inspiré par une thèse en cours écrite par un des doctorants algériens. Il me montra la série fournie d’articles que j’avais  publié dans Nice-Matin, car c’était l’époque, révolue, où un universitaire pouvait écrire dans les journaux en précisant que je pouvais écrire sur ce que je voulais, sauf sur l’Algérie.

Jugeant sa déclaration particulièrement arrogante, je lui répondis que, si j’étais un ennemi de l’Algérie, je me rendrais aussitôt après cette réunion au siège de Nice-Matin pour déclarer que le Consul d’Algérie avait l’intention de censurer un professeur de l’Université de Nice. J’ajoutais qu’heureusement je n’étais pas un ennemi de l’Algérie, bien au contraire, puisque je coopérais avec son gouvernement pour le développement du pays.

Cet échange rugueux nous permit de nous comprendre. Il m’offrit du thé à la menthe, sa secrétaire me demanda discrètement mon passeport entre deux tasses et à la fin de l’entrevue, j’obtins mon visa à une vitesse record.

Le risque de ce récit est de laisser croire que ce programme du CNAT ne fut qu’une suite d’incidents. Il n’en fut rien, j’ai évidemment rencontré en Algérie des interlocuteurs charmants, bienveillants et compétents. Mais d’une part, les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne et d’autre part il existait et il existe toujours avec les autorités algériennes un jeu subtilement pervers où les Français sont censés jouer les coupables et les Algériens les victimes.

J’ai refusé de me prêter à ce jeu, provoquant de la part de la partie algérienne quelques difficultés d’adaptation, encore que leur souplesse d’esprit, leur bienveillance et leur intelligence permirent d’obtenir une coopération plus franche et donc plus efficace.

 

Le contrat de coopération avec le CNAT s’est poursuivi trois ans jusqu’à ce que les violences provoquées par une guerre civile qui s’intensifiait ne nous obligent à rapatrier le programme en France, à Aix en Provence…

 

À SUIVRE

 

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29 mai 2021 6 29 /05 /mai /2021 14:00
BATAILLE DE GONDELOUR

BATAILLE DE GONDELOUR

Mais le combat du 3 septembre 1782 se révèle tout aussi acharné et confus que les précédents.

 

Les Français ont beaucoup de mal à former leur ligne et à suivre les ordres de Suffren qui veut profiter de sa supériorité pour envelopper l’arrière-garde de Hughes, qui essuie de gros dommages mais fait retraite en bon ordre et sauve de nouveau son escadre.

L’explication qui s’ensuit entre Suffren et ses officiers provoque une deuxième purge dans l’état-major avec quatre démissions de capitaines.  

Cette première partie de la campagne des Indes montre un Suffren offensif, mais mal obéi ou compris à cause des insuffisances de ses subordonnés mais aussi de son caractère difficile.

Elle révèle aussi les qualités de Suffren qui, outre ses qualités militaires, sait s’improviser diplomate et logisticien. Il noue un partenariat stratégique avec le gouverneur néerlandais de Ceylan, Iman Willem Falk qui comprend qu’en combattant Hughes, il protège l’immense empire néerlandais des Indes. Suffren passe aussi des accords militaires avec le nabab Haidar Alî, qui apporte aux troupes françaises qui débarquent à Porto Novo, fourrage, vivres et argent.

Outre ces alliances, Suffren s’affirme comme le roi de la récupération et du bricolage, adaptant hommes et matériaux aux besoins de sa stratégie. Trinquemalay se transforme en chantier naval improvisé pour redonner de la voilure aux trois bâtiments endommagés lors du combat devant le port.

Suffren utilise aussi ses bâtiments les plus rapides pour ratisser les cô̂tes et capturer plus de cinquante navires de commerce, apportant à son escadre vivres, poudre, boulets et matériel divers. Cette active campagne corsaire permet à Suffren de vivre littéralement sur le dos des Anglais, au point de ne plus savoir quoi faire des prisonniers que l’on est contraint de confier à la garde d’Haidar Alî.

La question la plus délicate est celle de la gestion des équipages, dont on ne peut combler les pertes. Suffren résout le problème comme il peut en faisant tourner les équipages selon les missions et en embarquant des matelots tirés des navires de transport ou des soldats, voire des ouvriers du port et comme cela ne suffit pas, il utilise des marins locaux, les Lascars, ou les Cipayes que lui fournit Haidar Alî.

Suffren gère au mieux ses possibilités. Du 3 novembre au 20 décembre 1782, il fait hiverner sa flotte à Sumatra, dans le port d'Aceh, bien abrité, qui reçoit facilement  du ravitaillement des postes néerlandais voisins de Batavia et de Malacca et qui n’est qu’à vingt jours de navigation de la côte de Coromandel. Cette proximité lui permet de maintenir une pression maximum sur les Anglais. Le 8 janvier 1783, il est de retour sur les côtes indiennes et capture par ruse une frégate anglaise. Son absence n’a pas duré trois mois et sa campagne hors norme suscite l’admiration des Anglais.  

Les rapports rendus par Suffren montrent que la France peut espérer retourner la situation aux Indes à son profit et porter un coup terrible à l’économie anglaise qui tire de très gros revenus de cet immense pays. Aussi le ministre de la Marine, de Castries, s’active pour y expédier des renforts.

Mais l’acheminement de ces derniers connait de multiples déboires. Le premier convoi quitte Brest le 11 février 1782 et traverse l’Atlantique sans encombre. Le second convoi, beaucoup plus faiblement protégé, voit treize des dix-neuf transports ainsi que deux de ses trois vaisseaux capturés le 21 avril 1782, deux jours après leur sortie de Brest. De plus, la croisière doit s’arrêter longuement au Cap car une grosse épidémie s’est déclarée à bord et elle rallie difficilement l’Île-de-France, ne permettant de  faire passer à Suffirent qu'un petit effectif en août 1782, peu avant la prise de Trinquemalay.

Le plus gros des renforts arrive le 11 mars 1783, trente-cinq voiles portant environ 2 500 hommes de troupes escortés par trois vaisseaux et une frégate avec 5 millions pour le financement des opérations futures. Les soldats sont rapidement transférés sur la côte indienne, où les attend avec impatience TipûSâhib, qui a succédé à Haidar Alî, décédé.

Mais cette troupe, qui s’agrège à celle débarquée par Suffren un an auparavant, subit des aléas de commandement : le premier chef, le général Duchemin décède. Son successeur, M. d’Hoffelize, perd des mois en inaction. Le chef suivant, Bussy-Castelnau, est devenu en 1783 un vieillard impotent, qui reste inactif à Gondelour avec ses 5 000 hommes.

L'initiative repasse donc aux Anglais qui ont reçdes renforts et, au mois de mai 1783, une forte armée de 15000 hommes aux ordres du général Stuart engage l'offensive depuis Madras et vient mettre le siégé devant la place. Au large, les forces de Hughes assurent le blocus naval.

À Trinquemalay, l’escadre française est désormais inférieure à l’escadre anglaise. Hughes dispose maintenant de dix-huit vaisseaux, tous doublés de cuivre, alors que Suffirent n'en a que quinze, dont sept seulement sont doublés. En outre, Suffren n'a qu'une confiance incertaine dans les capacités de ses capitaines, et même s’il dispose désormais d’un bon chef d'escadre, les équipages manquent. 

 

Cela n’empêche pas Suffren de lancer son escadre à l’assaut de celle d’Hughes. Il lève l’ancre le 11 juin 1783 pour sauver l’armée de Gondelour pressée par terre et par mer ».

 

À SUIVRE

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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 16:03
CHANGER DE CAP AVANT DE SOMBRER

Sur une durée un peu plus longue que l’année et demie de crise du coronavirus, l’émergence progressive à compter de la Renaissance de l’esprit scientifique en Europe a modifié radicalement la condition humaine.

 

Le nombre des êtres humains  a suivi l’accroissement des moyens matériels : de 1500 à 1750 on passe de quatre cent soixante à sept cent soixante-dix millions d’hommes sur Terre. Auparavant, il avait fallu quinze siècles pour que la population double, entre l’époque du Christ et la découverte de l’Amérique, de 250 à 460 millions d’habitants. L’accroissement de population s’accélère encore par la suite, puisqu’elle s’est accrue de sept cent soixante-dix millions à plus de sept milliards cinq cent millions entre 1750 à 2020, soit une multiplication par dix en 270 ans. Qui croit que cette croissance va pouvoir se poursuivre sans d’immenses désordres ?

Cette croissance est, bien entendu, directement liée à la révolution industrielle qui s’est traduite par une succession ininterrompue d’innovations techniques qui substituent les machines à l’habileté humaine et qui permettent de remplacer la force humaine et animale par l’énergie mécanique. Le muscle est remplacé par le moteur, la main par la machine, la mémoire humaine par la mémoire informatique. Cette révolution est étroitement  liée à la croissance de l’information.

Toute la dynamique de la révolution industrielle est  fondée sur les innovations générées par un petit nombre d’hommes et aussitôt mises en pratique au profit du plus grand nombre. Cette dynamique a naturellement un coût en termes de déracinement, de bouleversement des modes de vie et désormais de crise sanitaire, un coût qui s’étend au monde entier dès lors que la vague de mutation est sortie de son giron occidental pour toucher toutes les sociétés du monde.

Le monde entier se trouve désormais intégré dans un système condamné à la surenchère : toujours plus de produits, de croissance, de nouveautés, sans que la direction religieuse, philosophique ou politique de cette course ne soit clairement définie par quiconque, d’autant plus que l’objectif individuel prend le pas sur l’objectif collectif de manière spectaculaire, au moins dans le monde occidental.

La situation évolue rapidement. Avant que la mondialisation ne produise d’importants effets pervers, comme l'a montré la crise de la Covid-19, il existait un vague consensus autour de quatre orientations :

  • l’incapacité à imaginer une autre direction que celle de l’économie de marché,
  • la nécessité d’intégrer tous les peuples dans un processus de mondialisation,
  • la validité du système politique démocratique,
  • l’universalité de la notion de droits de l’homme.

Désormais, tous ces principes vacillent presque en même temps:

  • L’économie de marché, du point de vue de la justice, de l’écologie et même de l’efficacité, provoque une profonde perte de confiance dans la validité universelle de ses principes.
  • L’intégration des populations dans le processus de mondialisation perturbe profondément les équilibres internes de sociétés fondées sur des principes séculaires. Vers les zones les plus riches, elle entraîne une migration massive des populations  menacées de disparition, ce qui altère les fondements des cultures qui ont engendré la révolution scientifique et industrielle. A contrario, si la Chine continue à croitre rapidement, c’est qu’elle maintient son homogénéité culturelle.
  • Le système politique démocratique fondé sur les opinions de populations stables et peu nombreuses, résiste mal aux changements de styles de vie. Appliqué à des populations urbanisées et hétérogènes, il doit désormais être piloté par des professionnels de la politique et des medias dont la légitimité est visiblement inconsistante. 
  • Les droits de l’homme appliqués de manière élastique par des sociétés qui en contestent les fondements culturels sont dénoncés comme une arme stratégique de domination, tandis que les inégalités matérielles et éthiques rendent vaine la revendication toute théorique de leur application.

En outre, la mécanique du développement s’enraye d’elle-même. L’explosion démographique s’installe comme une menace qui aboutira à la disparition de l’humanité si elle se prolonge, tandis que son impact sur la  surexploitation des  ressources de la biosphère, engendre à la fois une pollution de moins en moins supportable par l’espèce humaine et l’épuisement des matériaux nécessaires au système de vie de la société post industrielle.

Il semble donc manifeste qu’en ce XXIe siècle, l’humanité se rapproche de ses limites de survie. Il lui faut donc  inventer une nouvelle métamorphose, comme celle de l’agriculture qui suivit la fin de la période de chasse et de cueillette.  Il s’agissait alors de trouver les moyens de croitre démographiquement, alors qu’il faut aujourd’hui trouver ceux qui permettront à l’homme de réduire sa population, sans aller jusqu’à disparaître.

 

La situation est donc énigmatique, mais heureusement pour les perspectives de l’humanité, l’homo faber ne s’arrêtera jamais.  

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20 mai 2021 4 20 /05 /mai /2021 09:09
SUFFREN

SUFFREN

La campagne américaine se termine par de petits engagements où alternent succès et revers, tandis qu’en Europe, les derniers grands affrontements se déroulent lors du siège de Gibraltar.

 

Gibraltar tient bon depuis 1779 parce que la flotte espagnole s’est montrée incapable depuis trois ans d’intercepter les convois de ravitaillement escortés par la Navy. Les Espagnols, qui bénéficient de l’aide de douze vaisseaux français, en réclament en vain quarante à Louis XVI.  

Le commandement du siège de Gibraltar est confié à un Français, le duc de Crillon, qui retient l’idée de l’ingénieur militaire Le Michaud d'Arçon d’attaquer la place avec des batteries flottantes « insubmersibles et incombustibles ». Dix batteries sont mises en action à partir de septembre 1782, servies par 5200 hommes qui mettent en action 172 canons de 24 dont le déluge de feu doit venir à bout des fortifications anglaises.

Lorsque les batteries flottantes s’approchent du rocher de Gibraltar, soutenues par les quarante-huit vaisseaux franco-espagnols de Cordoba et Guichen, elles sont accueillies par l’artillerie anglaise qui ouvre le feu à boulets rouges depuis des galeries creusées dans la falaise. Contrairement aux espoirs de Le Michaud d'Arçon, le blindage de chêne n’y résiste pas : trois des machines flottantes, touchées dans leurs réserves de poudre, explosent en formant de terrifiants champignons de feu et de fumée et la panique s'empare des autres batteries. Toutes les batteries sont englouties au pied de la falaise, avec plus de 2 000 marins espagnols noyés ou brulés.

Ne reste plus comme solution pour obtenir la reddition de la forteresse britannique qu’à affamer la garnison en bloquant le dernier convoi de ravitaillement anglais, mais le 11 octobre 1782, Howe se joue de la flotte franco espagnole, si bien que la prise de Gibraltar est remise sine die.

En revanche, la campagne des Indes de Suffren est victorieuse. Lorsque Pierre André́ de Suffren appareille de Brest, le 22 mars 1781, il est à̀ la tête d’une division de cinq vaisseaux et d’une corvette chargée d’une opération de diversion. Cette petite force est chargée d'escorter huit navires de transports embarquant un millier de soldats à destination du Cap et cinq navires de commerce pour le Sénégal. Il s’agit de garder ouverte la route des Indes orientales.

Cette première mission est un succès, avec une victoire contre l’escadre de Johnstone qui se ravitaille dans les iles portugaises du Cap Vert, ce qui permet aux Français d’arriver avant les Anglais au Cap. Lorsque Johnstone se présente en juillet 1781 devant Le Cap, il est contraint de se retirer.    

La flotte française reste deux mois et demi en Afrique du Sud afin de réparer les vaisseaux, tandis que Suffren a reçu l’ordre de passer dans l’océan Indien et de joindre ses vaisseaux à ceux de l’Ile-de-France pour revenir en Inde, où le conflit est resté en sommeil après la chute des comptoirs français à l’automne 1978, malgré la défense énergique de Pondichéry par le gouverneur de Bellecombe. Depuis, la flotte française s’était repliée sur l’Ile-de-France où l’on semblait se résigner à attendre tranquillement la fin de la guerre en cours.

L’arrivée de Suffren à l’Île de France, le 25 octobre 1781, change radicalement la donne. L’addition de ses cinq vaisseaux aux six vaisseaux et trois frégates stationnés sur l’île donne aux Français leur plus puissante escadre jamais engagée en Inde, ce qui correspond à la volonté́ du ministre de Castries d’accentuer la guerre dans l’océan Indien. Les ordres sont d’attaquer les Anglais partout où ils se trouvent et de leur causer le plus de dégâts possibles, ce qui convient parfaitement au caractère offensif de Suffren.

L’escadre appareille pour l’Inde le 7 décembre 1781, accompagnée de dix navires de transports embarquant 3 000 hommes et un détachement d’artillerie. Elle est initialement placée sous les ordres de d’Orves qui décède en mer, laissant le commandement à Suffren.  En face, les forces navales sont dirigées par le contre-amiral Edward Hughes qui connait parfaitement les eaux indiennes et  s’appuie sur la base bien équipée de Bombay où il peut se mettre à̀ l’abri de la mousson et y réparer ses vaisseaux alors que Suffren, à deux mois de navigation de l’Ile-de-France, est presque coupé de tout et découvre les eaux indiennes.

Suffren veut détruire les forces anglaises pour rétablir la place que la France occupait en Inde avant les traités de 1763, avec l’aide d’un puissant nabab du sud du pays, Haidar Alî,  qui mène depuis des années une guerre impitoyable contre les Anglais à l’appui de laquelle il sollicite l’alliance française. Suffren dispose d’une nette supériorité́ navale sur Hugues qui n’a que neuf bâtiments  alors que son escadre en possède maintenant douze avec la capture d’un vaisseau anglais.

Suffren et Hughes s’affrontent pour la première fois le 17 février 1782 au large du petit port de Sadras, sur la côte de Coromandel. Suffren, qui cherche à envelopper l’arrière garde anglaise, obtient une réussite partielle qui oblige l’escadre anglaise à fuir, mais ce premier combat met en lumière le manque de cohésion des capitaines autour de Suffren.  

Un deuxième combat intervient deux mois plus tard, le 12 avril 1782, au large des côtes de Ceylan ou Suffren est venu se ravitailler après avoir débarqué́ à Porto Novo les troupes destinées à faire leur jonction avec celles d'Haidar Alî. Hughes est désormais presque à parité́ avec son adversaire. Après de longues manœuvres, le combat s’engage en ligne de file. Comme à̀ Sadras, une partie des vaisseaux seulement suivent les ordres de Suffren et la bataille tourne finalement à la confusion générale, alors que beaucoup de vaisseaux sont très endommagés des deux côtés.

Après cinq heures de canonnade acharnée, les deux protagonistes, les voiles en lambeaux, sont contraints de jeter l'ancre alors que se lève un violent orage tropical à la nuit tombante. Suffren tente pendant une semaine de reprendre le combat, mais Hughes se dérobe et le 19 avril, l’escadre française décroche pour aller réparer et se ravitailler à Batticaloa.

Le troisième affrontement se passe au large de Négapatam, le 6 juillet 1782, alors que Suffren cherche à reconquérir ce comptoir néerlandais. Le combat tourne à la mêlée générale, cette fois à̀ cause du vent qui tourne brutalement et disperse les navires. Trois vaisseaux anglais et deux  vaisseaux français sont gravement touchés. Trois navires français n’ont que peu ou pas participé à l’engagement, ce qui pousse Suffren à démettre de leur commandement  leurs trois capitaines et à remplacer un quatrième pour cause de sénilité.  

Hughes fait retraite et Suffren reste maitre des eaux entre la côte de Coromandel et Ceylan. Suffren appuie dans un premier temps sa logistique sur les petits ports de la région, Porto Novo et Gondelour sur la côte de Coromandel et Batticaloa sur l’ile de Ceylan. Pour tenir plus longtemps, il lui faut une base bien abritée, équipée et facile à̀ défendre. Il décide pour cela d’attaquer Trinquemalay, sur la côte est de Ceylan. L’opération est menée depuis le mouillage voisin de Batticaloa. Elle est montée avec 2 300 hommes combinant cipayes et troupes de marine. Le 26 août 1782, le débarquement se passe sans encombre et les deux forts qui défendent la rade capitulent rapidement,

 

Hughes arrive trop tard pour secourir sa base, mais provoque une quatrième bataille navale, car Suffren l’attaque immédiatement pour essayer encore une fois de l’anéantir.

 

A SUIVRE 

 

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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 16:45
À ALGER, UN RAPPORT DE FORCE HOTELIER

Tout était bon, en cette année 1989 qui allait se clore par la chute du Mur de Berlin, pour exalter l’économie de marché et le capitalisme qui va avec, même en Algérie

 

Au moment où Bernard Tapie est en procès pour l’affaire Adidas, je me souviens qu’il réalisait des émissions de TV où il présentait  la création d’entreprise comme une aventure exaltante, émissions que nous présentions fièrement dans notre programme, avant que l’aventure Tapie ne subisse toutes sortes d’aléas.

Les aventures étaient d’un autre ordre à Alger. J’avais découvert que je pouvais être logé ailleurs qu’à l’Hôtel El Djezair, lorsque le chauffeur chargé de mes déplacements m’avait transporté jusqu’à un hôtel situé à une quinzaine de kilomètres d’Alger, me mettant dans une situation d’insécurité physique et sanitaire, car à la localisation dangereuse et incommode de l’hôtel, s’ajoutait un niveau d’entretien loin d’être acceptable. J’avais donc demandé à être logé à nouveau à l’hôtel El Djezair et l’on m’avait assuré que l’on n’y manquerait pas lors de ma prochaine venue à Alger.

Je n’ai pas suffisamment cru à cette promesse pour m’en tenir là. Il m’a semblé que c’était le bon moment pour imposer à mes homologues algériens le respect de leurs engagements, comme ils exigeaient que nous tenions tous les nôtres, à bon droit d’ailleurs. Passant aux actes, j’ai réservé simultanément deux retours, l’un correspondant à la réunion qui devait se tenir à Alger, l’autre prévoyant un retour immédiat aux frais de la partie algérienne et annulant de fait la réunion, si la promesse de me loger correctement n’était pas tenue.

À l’arrivée de l’avion, le pauvre chauffeur s’est lancé dans des explications ampoulées pour m’expliquer que malheureusement ils n’avaient pu me loger que dans l’hôtel exécrable où il m’avait conduit la dernière fois. Je l’ai laissé finir ses justifications pour lui annoncer que, dans ses conditions, je ne pouvais pas rester à Alger et que je reprenais aussitôt l’avion que je venais de quitter, mais dans l’autre sens, d’Alger vers Paris puis Nice.

Finalement, j’ai passé la journée dans l’avion, le programme a supporté des frais supplémentaires et la réunion prévue a du être reportée, mais j’ai modifié les rapports de force. Non seulement je fus mieux logé lors de mes déplacements ultérieurs, mais les engagements ont été mieux tenus de part et d’autre, puisque qu’il me fallait veiller plus que jamais à ne pas être pris en défaut.

Nous nous acheminions donc vers une coopération quasi exemplaire lorsque se tint une réunion de mi-parcours  rassemblant le ban et l’arrière ban des acteurs de notre programme.
Quand j’écris l’arrière-ban, je veux dire qu’aux véritables organisateurs s’était rajouté toute une série d’analystes et de consultants issus des milieux universitaires et administratifs, qui étaient vent debout contre  un programme en contradiction avec les principes qui déterminaient leurs emplois. On y trouvait des économistes et des sociologues, parmi lesquels quelques Français qui avaient ainsi trouvé un travail autour de « l’industrie industrialisante » du professeur grenoblois De Bernis, lequel avait largement contribué à installer en Algérie de magnifiques usines vides, sans débouchés, donc sans production et vides d’employés.

Il leur fallait trouver un angle d’attaque contre ce programme, sans toutefois affronter directement la volonté du Ministre de créer ce projet de formation. Ils crurent identifier la cible idéale, en s’attaquant à moi, seul français présent et coresponsable du programme, en mettant en doute le sérieux de la « partie française », qui n’était pas toujours présente sur le sol algérien pour diriger correctement les formations. Peut-être visaient-ils simplement à me remplacer par un enseignant local.

 

Le sérieux de la partie française ? j’allais leur fournir une réponse en deux temps qui permit de situer nettement la responsabilité  de chacun dans ce programme hélas bicéphale…

 

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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 13:46
BATAILLE DES SAINTES (1782)

BATAILLE DES SAINTES (1782)

En Méditerranée, les Franco-Espagnols ont pris Minorque en aoû1781; en Inde, Suffren arrive sur les cotes en février 1782 avec pour objectif de reconquérir les comptoirs français et néerlandais saisis par la Navy. Cependant, c’est toujours dans les Antilles qu’ont lieu les opérations de grande envergure, tant elles sont essentielles au commerce colonial.

 

Leur défaite en Virginie a fait prendre conscience aux Anglais que les Treize Colonies étaient perdues. Un armistice de fait s’installe, préparatoire de négociations de paix qui libère la Royal Navy et lui permet de redresser la tête : en décembre, soit à peine deux mois après la victoire de Yorktown, Le convoi de Brest, mal escorté par Guichen est en partie capturé par Kempenfeld et prive Grasse d’un important ravitaillement alors que son escadre a reçul’ordre d’attaquer la Jamaïque, la plus forte possession anglaise du secteur. Pourtant Guichen n’est pas destitué, le faible Louis XVI l’absolvant de ses erreurs.

En février 1782, un autre convoi part de Brest avec des renforts pour les Antilles et les Indes, tandis que côté anglais l’effort de guerre s’intensifie : tous leurs vaisseaux sont maintenant doublés de cuivre et porteur de caronades, alors qu’aucun navire français ne dispose de cette arme. Insensiblement, la balance des forces navales penche à nouveau en faveur de l'Angleterre.

Quoi qu’il en soit, Grasse, qui dispose encore de la supériorité numérique, assure la protection des convois et cherche à passer à l’offensive avec les troupes de Bouillé. Il attaque Saint Christophe (Saint-Kitts). Le 11 janvier, l’escadre se présente devant la petite ile. Grasse, avec vingt-six vaisseaux, couvre le débarquement tandis que les troupes de Bouillé refoulent la garnison anglaise vers l’intérieur de l’ile. Le 25 janvier, Hood se porte au secours de la position avec vingt-deux navires, réussît à se glisser entre l’escadre française et l’ile, mais  Grasse attaque alors que les Anglais se disposent à jeter l’ancre. Hood réussît finalement à s’échapper, après avoir endommagé plusieurs vaisseaux français. La garnison anglaise capitule le 12 février et les iles voisines de Nevis et Montserrat sont saisies par Barras de Saint-Laurent. Simultanément à ces combats, le comte de Kersaint délivre les établissements néerlandais d'Essequibo et Démérara qui avaient été capturés par les Anglais en 1781. Le 22 janvier, il débarque aussi sur la cote guyanaise une petite troupe qui force les garnisons anglaises à la capitulation.

L’essentiel se joue ailleurs car Hood fait peu de temps après sa jonction avec Rodney qui arrive avec des navires neufs d’Angleterre et prend le commandement général. Ce dernier, qui dispose maintenant de trente vaisseaux concentre ses forces à la Barbade. Grasse regroupe ses unités à la Martinique, soit trente-cinq vaisseaux, et se décide à tenter la conquête de la Jamaïque, en coordination avec les forces espagnoles de l’amiral Don Solano qui dispose de douze vaisseaux et de 15 000 hommes.

Encombré d’un lourd convoi marchand, Grasse prend la mer le 7 avril 1782 pour Saint-Domingue et, le 9 avril, l’escadre anglaise est repérée à l’ouest de la Dominique. La bataille, à la suite d’une série d’incidents tourne à l’avantage des Anglais, tandis que les Français perdent sept grosses unîtes et que l’amiral De Grasse est fait prisonnier. Il sera libéré au bout de quelques mois.

Vaudreuil, qui commande l’arrière-garde ne peut que se retirer pour sauver le reste de l'escadre. Il prend le commandement et Bougainville le rejoint quelques jours plus tard avec l'avant-garde. Les deux hommes font sans encombre leur jonction avec la flotte espagnole et le convoi marchand qui suit, sain et sauf. Le bilan de la journée est extrêmement lourd : 2 000 morts, 7000 blessés et 5 000 prisonniers. C’en est fait du projet de débarquement sur la Jamaïque. La bataille des Saintes rend le sourire à l'amirauté anglaise, tandis que cette défaite provoque un sursaut côté français : le Roi ordonne de construire douze vaisseaux pour remplacer les sept qui ont été perdus.

La bataille des Saintes ne gèle pas totalement les opérations navales. Vaudreuil décide d’attaquer les établissements anglais de la baie d'Hudson, mais il est hors de question de se lancer à la reconquête du Canada, action qui serait perçue comme une rupture de l’alliance avec le gouvernement américain ! Quant à Lapérouse,  qui capture les établissements anglais de la Baie d’Hudson, il est loué  aussi bien pour le succès de l’expédition que pour le traitement humain des prisonniers…

Arrêtons-nous un instant sur la signification de ce petit évènement qu’est la prise de la Baie d’Hudson. Les Français se refusent à reconquérir le Canada pour de profondes raisons stratégiques, car ce dernier compte moins que les Antilles dans la France de 1782, mais aussi parce qu’ils ne veulent pas se fâcher avec les futurs Etats-Unis, qui pourtant leur doivent l’indépendance. D’autre part, on se loue à Paris de l’humanité de Bougainville envers ses prisonniers anglais, tandis que les Anglais maltraitent sans vergogne les cinq mille prisonniers de la bataille des Saintes, qui mourront presque tous du fait des mauvais traitements qu’ils subissent.

 

La France révèle ainsi la faiblesse de sa volonté stratégique alors qu'elle a les moyens d'agir, se couchant devant ses alliés américains, espagnols et hollandais et s'attendrissant sur le sort de ses prisonniers. On ne peut que constater que la grandeur morale de la France constitue une faiblesse majeure face à l'impitoyable détermination anglaise. 

 

À SUIVRE

 

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5 mai 2021 3 05 /05 /mai /2021 14:51
L'HÔTEL EL DJEZAÏR À ALGER

L'HÔTEL EL DJEZAÏR À ALGER

J’étais donc chargé de mettre en place, dans le cadre du CNAT, un cycle de formation à la gestion destiné à un groupe d’ingénieurs rattachés au Ministère de l’Équipement algérien. Une expérience très formatrice, pour moi en tout cas.

 

J’ai commencé par le processus d’obtention du visa algérien, payant et bien bureaucratisé ; heureusement, le Consulat et la résidence même du Consul se trouvaient être mes voisins. Puis je me suis rendu sans difficulté à Alger, où j’ai été logé dans l’un des meilleurs hôtels de la ville, l’Hôtel El Djezaïr, l’ancien Hôtel Saint-Georges, qui a abrité toutes les célébrités de passage à Alger depuis des décennies.

Nous étions en 1988, trois ans avant le début de la guerre civile, sous la présidence de Chadli Bedjedid. L’hôtel était déjà très protégé, avec des contrôles stricts à l’entrée et de nombreux véhicules militaires sur son parking.

On ressentait donc une certaine tension.

La réunion préalable à l’organisation de la formation mobilisa de nombreux responsables, surtout administratifs mais aussi politiques, au premier rang desquels nous vimes le Ministre de l’Équipement. On convint d’une direction bicéphale, lourde d’ambiguïté et donc de conflits.

D’un côté, un responsable du CNAT était chargé de la mobilisation des cadres destinés à être formés et je savais que ce n’était pas facile de les distraire de leurs tâches quotidiennes alors qu’ils intervenaient sur tout le territoire algérien. Il était aussi chargé de l’organisation matérielle des cours et de l’assistance aux enseignants étrangers envoyés à Alger. D’un autre côté, j’étais chargé de l’organisation pédagogique du programme, de l’encadrement des enseignants et de la délivrance du diplôme.

Tout cela se mit en place sans précipitation excessive de part et d’autre, d’autant plus que notre réunion se tint avant le Ramadan qui débuta le 7 avril, il y eut ensuite une courte période avant les vacances d’été peu propices au démarrage de la formation et nous commençâmes les  cours en octobre 1989.

Tous les professeurs que nous avions sollicités n’étaient pas enthousiastes pour venir donner des cours à Alger, surtout en raison du sentiment d’insécurité diffus qui régnait dans la ville. Certains se désistèrent et furent remplacés par de plus courageux comme Jean-Marie Peretti, ce qui fut à l’origine d’une amitié durable. D’autres, intrépides, comme Michel Kalika, n’hésitèrent pas à se transformer en preux chevaliers de l’économie de marché et du capitalisme provoquant un incident tragi-comique avec la « partie » algérienne comme on disait.

Alors que ce dernier  développait une étude de cas comme il en a le secret sur la stratégie d’une grande entreprise capitaliste, je crois qu’il s’agissait de Total,   ce qui heurtait la sensibilité de cadres qui étaient tous plus ou moins passés  par la grande entreprise nationale algérienne qu’est la Sonatrach, ces cadres déclarèrent qu’ils étaient contre le capitalisme et que par conséquent ils ne voulaient plus rien entendre sur ce sujet et refusaient tout de go de passer l’examen relatif à cette matière.

Lorsque mon homologue algérien me fit part de cette révolte, je lui fis remarquer que tout le programme, à la demande des autorités algériennes, était conçu pour initier à l’économie de marché les cadres sélectionnés pour la formation. Aussi, s’il approuvait la position des stagiaires, il convenait d’en prendre acte pour demander au Ministre de mettre fin à la formation pour cause d’incompatibilité idéologique de ses propres cadres avec le sujet qu’il avait lui-même initié.

À vrai dire, si les responsables algériens en assumaient la responsabilité, je n’aurais pas été fâché de devoir stopper le programme en cours de route alors que j’étais sollicité par deux autres programmes que je mettais en place en même temps, en Bulgarie et en Chine.  

Mais mon attente fut déçue, car ma position ferme mit définitivement fin à cette rébellion idéologique de façade et les stagiaires acceptèrent, de bonne grâce semble t-il, de reprendre la formation et de se prêter à l’examen organisé par Michel Kalika.

 

D’autres incidents, tout aussi spécifiques à la comédie de boulevard que mettaient ensemble en scène les autorités françaises et algériennes à un niveau souvent subalterne,  m’attendaient avant la fin du programme.

 

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28 avril 2021 3 28 /04 /avril /2021 16:22
REDDITION DE CORNWALLIS

REDDITION DE CORNWALLIS

Le blocus reprend aussitôt après le départ de la flotte anglaise. Grasse débarque deux mille cinq cents marins pour renforcer les trois mille deux cents hommes de Saint-Simon. Le 9 septembre, arrive Barras de Saint-Laurent avec ses douze vaisseaux et frégates accompagnés des dix-huit transports chargés de l’artillerie et des munitions pour le siège.

 

À New York, Clinton reste sans réaction, car il ne comprend pas la destination prise par Rochambeau et Washington. Lorsqu'il se décidera enfin un mois plus tard, le 17 octobre, à envoyer sept mille hommes en renfort vers le sud, il sera trop tard.

Cornwallis, qui n’a plus rien à̀ espérer de la mer, se retranche au bout de la presqu’ile, dans la petite bourgade de Yorktown. Le 29 septembre, les coalisés, onze mille Français et seulement trois mille six cents  Américains et commencent le siège. Washington doit laisser le commandement effectif aux Français. La place forte anglaise ne résiste pas au feu conjugué de l’artillerie terrestre et des pièces de marine et Cornwallis, qui n’a pratiquement plus de munitions et de vivres capitule sans conditions le 19 octobre 1781. Cette éclatante victoire laisse aux Franco-Américains deux-cent-quatorze canons, vingt-deux étendards et huit mille prisonniers.  

Pour être au plus près de l’histoire, La bataille de Yorktown n’est ni une victoire américaine obtenue par Washington, ni une victoire terrestre obtenue par Rochambeau, mais une victoire navale française remportée par l’amiral De Grasse.  Elle se traduit par la prise de deux-cent-quatorze canons, vingt-deux étendards et huit mille prisonniers.  

Une fois la victoire acquise, Grasse rembarque ses troupes et lève l’ancre pour les Antilles le 4 novembre, pour les Antilles. Le 26 novembre, Bouillé débarque sur l’île de Saint-Eustache, territoire néerlandais, force la garnison anglaise à la capitulation et restitue aux Néerlandais trois millions du butin accumulé par  Rodney.  

Par ailleurs, dans l’Atlantique,  Suffren a surpris le 16 avril au Cap-Vert, les forces de Johnstone au mouillage et leur a infligé de sérieux dégâts, ce qui lui permet d’arriver le premier au Cap, en juin 1781, d’y débarquer des troupes, de sauver la colonie néerlandaise de l’invasion anglaise et de maintenir ouverte la route des Indes.

En Méditerranée, la flotte française a également manœuvré avec succès au profit de l’Espagne comme après la prise de la Floride. Le 19 août, une flotte de vingt vaisseaux français sous les ordres de Guichen, rejointe par cinquante-et-un navires de transports de troupes espagnols et leurs dix-huit vaisseaux d’escorte, deux vaisseaux de bombardement et plus de vingt navires auxiliaires a débarqué́ une forte armée pour s’emparer de la base anglaise de Minorque. L’opération a parfaitement réussie, s’accompagnant de la saisie de plusieurs frégates, encore que la citadelle, assiégée par le duc de Crillon, tiendra jusqu’en janvier 1782.

Si 1781 apparaît comme une année de victoire, la flotte française atteint cette année-là les limites de ses possibilités, en raison des progrès techniques de la Royal Navy qui introduit l’utilisation du cuivre pour doubler les carènes dés 1775, ce qui lui permet  d’accélérer la vitesse des navires et de les protéger des algues, des coquillages et des vers. Il s’y ajoute la nouveauté de la caronade, apparue  en 1774 aux forges Caron, en Ecosse. Son feu déverse un torrent de boulets de tout calibre ou de mitraille qui balaye le pont adverse et pénètre jusque dans les entrailles du navire. L’arme a été adoptée par la Navy en 1779 sans que les Français ne réagissent.

Aux limites techniques de la Marine Royale en retard par rapport à la Royal Navy, s'joutent des limites financières. Louis XVI accorde à la flotte et au financement de ce conflit des crédits presque illimités. Le budget de la Marine passe de 17,7 millions de livres en 1774 à 189 millions de livres en 1782, bien au-dessus du budget de l’armée de terre.

Lors de la troisième année de guerre, la gestion de Sartine est discutée et les rapports avec Necker, le ministre des Finances, tournent peu à peu à l’aigre. La crise ministérielle éclate en septembre 1780 lorsque le trésorier payeur général de la Marine est mis en cause pour des emprunts émis sans accord du Ministère des Finances. Sartine est renvoyé le 13 octobre 1780, remplacé par De Castries qui va conduire la guerre à son terme victorieux.

Le financement du conflit se pose dans les mêmes termes au Royaume Uni et en France. Les deux pays ont recours à l’emprunt, mais les Anglais le finance en partie par l’augmentation de la fiscalité, tandis que les seconds y renoncent, sachant que cette augmentation ne serait pas acceptée alors que la Noblesse et le Clergé y échappent. Un rapport remis au roi en mars 1782 estime le coût des cinq années de guerre à un milliard deux cents millions de livres tournois, financés par des emprunts quasiment impossibles à rembourser et  qui seront l’une des grandes causes de la Révolution française.

 

La victoire de Yorktown ne signe donc pas la fin des hostilités. Le conflit va se poursuivre avec une haute intensité pendant toute l’année 1782 et au-delà̀ avec une Marine Royale qui va souffrir. 

À SUIVRE

 

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