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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 20:43
LE RÊVE ET LA POLITIQUE

 

Le 24 avril au matin, 76% des électeurs qui ont voté à l’élection présidentielle française du 23 avril 2017 se sont réveillés avec le sentiment d’avoir rêvé pendant quelques semaines d’un avenir qui n’adviendrait jamais. En effet, il a fallu se rendre à l’évidence, leur candidat avait été battu.

 

Ils avaient rêvé, de gauche à droite, de grand soir, de sixième république, de revenu universel, de remise en ordre de l’économie du pays, d’indépendance de la France, de fermeture des frontières. Tous ces projets sans trêve égrenés dans tous les medias et sur tous les réseaux sociaux, ce n’étaient donc que des rêves ?

Oui, des rêves, des rêves envolés, déchirés, flottants au vent des illusions perdues. Il a suffi que leur candidat quitte la scène médiatique et, pfuit, fini le rêve. Et ce n’était pas la faute des medias qui leur avaient pourtant surinés des sondages parfaitement exacts. Macron en tête, Marine Le Pen derrière. Mais ils ne voulaient pas les entendre, ces sondages, ils les niaient, ils voulaient garder leurs rêves de lendemains triomphants.

Il reste bien sûr les 24% d’électeurs de Macron qui continuent à rêver. Mieux, ils exultent. Grace à l’épouvantail FN ressorti en grande tenue pour les deux prochaines semaines, l’élection leur semble assurée. On leur fait vaguement savoir qu’il n’est pas certain que les législatives qui suivront donneront au futur Président une belle majorité stable. Mais ils restent convaincus que le magicien qu’ils ont porté au pinacle saura encore et toujours trouver une solution.

Ils se réveilleront aussi les électeurs de Macron, avec quelques semaines de retard sur les rêveurs du premier tour, quand ils comprendront de quoi est faite la politique. Ils se réveillerons au plus tard au début de l’automne 2017, lorsque le magicien Macron laissera au vestiaire sa baguette magique pour édicter les ordonnances, les règlements, les restrictions et les impôts dont usent tous les politiciens du monde pour obliger leurs concitoyens, qu’ils faisaient rêver lorsqu’ils étaient des électeurs, à obéir, à payer et à se soumettre.

Fini le rêve. C’était le printemps 2017. Vous pourrez recommencer à rêver au printemps 2022, pas avant. En attendant, subissez les décisions politiques concrètes en rongeant votre frein.

C’est une drôle d’objet, la « politique », objet de rêve pour les citoyens quelques semaines, objet de convoitise pour les politiciens toute leur vie et objet de détestation pour ceux qui en subissent les effets, jusqu’à ce qu’on les autorise à rêver à nouveau quelque temps, mais pas trop.

Drôle d’objet en effet, la politique. Il n’y a pas plus dur, plus froid, plus ingrat que la politique pour ceux qui la pratiquent. Et pourtant elle fait rêver chacun d’entre nous d’un monde et d’un avenir meilleur qui n’arrivent jamais.

 

Je me demande parfois s’il n’y a pas d’objet moins apte à inspirer la rêverie que la politique…

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 17:36
RÉCUPÉRER LOUISBOURG

RÉCUPÉRER LOUISBOURG

 

La formule fameuse de Voltaire au sujet du Canada, qui ne représentait que «quelques arpents de neige» exprime plus de dépit que de mépris pour la Colonie, car elle est contradictoire avec son opinion sur la prise de Louisbourg en 1745 par les Britanniques.

 

Voici ce que Voltaire écrivait à ce sujet:

« Je veux parler du siège de Louisbourg ; ce ne fut point une opération du cabinet des ministres de Londres, ce fut le fruit de la hardiesse des marchands de la nouvelle Angleterre. Cette colonie, l'une des plus florissantes de la nation anglaise, est éloignée d'environ quatre-vingts lieues de l'île de Louisbourg ou du Cap-Breton, île alors importante pour les Français, située vers l'embouchure du fleuve St Laurent, la clef de leurs possessions dans le nord de l'Amérique. Ce territoire avait été confirmé à la France par la paix d'Utrecht. La pêche de la morue qui se fait dans ces parages était l'objet d'un commerce utile, qui employait par an plus de cinq cents petits vaisseaux de Bayonne, de St Jean-de-Luz, du Havre-de-Grace & d'autres villes; on en rapportait au moins trois mille tonneaux d'huile, nécessaires pour les manufactures de toute espèce. C'était une école de matelots ; et ce commerce, joint à celui de la morue faisait travailler dix mille hommes et circuler dix millions de livres. »

L’évitable guerre de Succession d'Autriche conduisit finalement au statu quo ante bellum formalisé par le traité d'Aix-la-Chapelle de 1748 qui rendit à la France l'île Royale et l'île Saint-Jean.

Ce traité mécontenta fortement les colons de la Nouvelle-Angleterre qui avaient conquis Louisbourg et qui allaient répétant que la restitution de Louisbourg n'était qu'un prêt temporaire octroyé aux Français. C’est ce dont témoigne en décembre 1754, Pierre-Jérôme Lartigue, garde-magasin du roi, qui écrit à Michel Le Courtois de Surlaville, commandant des troupes à Louisbourg: «Je puis vous assurer que je leur ay souvent entendu dire qu'en nous rendant Louisbourg, ils ne nous avoient fait qu'un prest.»

L’Amérique du Nord restait donc potentiellement une zone de conflit entre les Anglais et les Français, ces derniers étant conscients que le nombre de colons était insuffisant pour assurer une défense efficace de la Nouvelle-France.

Tandis que les Français savaient dorénavant qu'ils pouvaient voir toute la Nouvelle-France leur échapper en perdant Louisbourg, les Britanniques s'étaient mis à craindre pour leurs colonies. Leur plan consistait à confiner le Canada au nord des Grands Lacs et du Saint-Laurent afin de permettre l'expansion de la Nouvelle-Angleterre, ce qui permettrait en outre de séparer le Canada de la Louisiane et de Louisbourg.

Le 9 juillet 1749, le général Edward Cornwallis fonda Halifax sur l’emplacement de Chibouctou, en langue micmac. La ville était destinée à concurrencer Louisbourg en Nouvelle-Écosse. Côté français, le nouveau gouverneur français de Louisbourg, Charles des Herbiers de La Ralière recevait quinze jours plus tard, le 23 juillet 1749, les clefs de la ville des mains du gouverneur britannique Peregrine Hopson.

La forteresse était en très mauvais état, il fallait la reconstruire et la renforcer. Il fallait aussi rétablir la pêche à la morue alors qu’il ne restait plus que sept cent habitants sur l'île Royale, des Acadiens pour la plupart.

Les Micmacs, eux, n’étaient pas contents de la fondation d’Halifax. Ils écrivirent, en version micmac et française, au gouverneur Edward Cornwallis: « Seigneur, l’endroit où tu es, où tu fais des habitations, où tu bâtis un fort, où tu veux maintenant t’introniser, cette terre dont tu veux présentement te rendre maître absolu, cette terre m’appartient ; j’en suis certes sorti comme l’herbe, c’est le propre lieu de ma naissance et de ma résidence, c’est ma terre à moi, sauvage; oui, je le jure, c'est Dieu qui me l'adonnée pour être mon pais à perpétuité [...] un ver de terre sçait regimber quand on l'attaque. Moy, sauvage, il ne se peut que je ne croye valoir au moins un tant soit peu plus qu'un ver de terre, à plus forte raison sçaurai-je me défendre si on m'attaque. Ta résidence au Port-Royal ne me fait pas ombrage. Car tu vois que depuis long temps je t'y laisse tranquille, mais présentement tu me forces d'ouvrir la bouche par le vol considérable que tu me fais. »

 

Cette missive adressée par des « sauvages » laissa les fonctionnaires britanniques de la Nouvelle-Écosse totalement indifférents. L’avenir leur montra qu’ils avaient eu tort.

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 09:39
LA PROTECTION DE LA SOCIÈTÉ FRANÇAISE AU COEUR DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

 

Pour figer les règles du commerce et de l’investissement en leur faveur, les entreprises internationales ont obtenu la mise en place d’un système financier international adéquat et de toute une série d’accords de commerce internationaux.

 

Ainsi, le GATT et l’OMC, les accords régionaux comme l’Union Européenne et l’Euro, les accords programmés portant sur le commerce transatlantique ou transpacifique, facilitent le commerce tout en contribuant à affaiblir les pays industrialisés, car les dirigeants des entreprises internationales estiment qu’il s’agit d’un processus aussi irréversible que l’était la colonisation entre le XVe et le XXe siècle.

Ces grandes entreprises ont naturellement comme alliés les nouvelles nations mondialisées, qui veulent poursuivre à marche forcée une mondialisation qui leur donne toujours plus de force et qui est découverte avec délice par la partie la plus  entreprenante de leurs populations.

Or, la logique de la mondialisation veut que progressivement les revenus des acteurs se regroupent en deux catégories, les riches et les pauvres, peu importe les régions, ce qui implique que les pauvres des nouvelles nations mondialisées s’enrichissent relativement, tandis que la grande majorité des habitants des anciennes nations industrialisées s’appauvrissent. En d’autres termes, il s’agit de supprimer les privilèges des pauvres des pays riches, ces derniers devant s’aligner progressivement sur le standard mondial.

Tout a été fait, par des traités qui limitent leur autonomie, pour que les populations de ces pays traditionnellement démocratiques soient privées du droit de décider de leur destin particulier, ce qui s’inscrirait forcément en contradiction avec le dessein de la mondialisation.

La notion de démocratie au niveau national est considérée comme désormais dépassée, comme on l’a vu en Grèce, tandis que celle de démocratie au niveau mondial serait encore prématurée. Dans cette faille démocratique, les acteurs de la mondialisation comptent poursuivre leur œuvre, qu’ils estiment inéluctable.

Cependant, du fait de processus démocratiques considérés par les mondialistes comme désuets, les populations de Grande-Bretagne et des Etats-Unis ont récemment exprimé leur désaccord avec les processus de la mondialisation, encore qu’il soit trop tôt pour savoir s’il s’agit d’un changement de cap ou d’un ralentissement provisoire de ces derniers. Il reste que ces votes constituent les premières grandes réactions collectives aux menaces que fait peser la mondialisation sur les sociétés des pays anciennement industrialisés, qui sont touchés soit par le chômage comme en France, soit par la baisse de leur niveau de vie comme aux Etats-Unis.

De plus, des contradictions entre régions apparaissent, comme celle que suscite la circulaire sur les travailleurs détachés entre la partie ouest et la partie est de l’Europe, ou comme l’inquiétude provoquée par l’excèdent commercial considérable de l’Allemagne dans le cadre de la zone euro. On observe également des résistances çà et là, au nom de la défense contre la concurrence « déloyale » ou du respect des normes sanitaires. L’arrivée de migrants est applaudie par les entreprises qui recherchent des travailleurs peu couteux dans une Allemagne en déshérence, mais suscite la résistance des pays de l’Europe de l’Est qui y voient une concurrence à leurs propres travailleurs.

On peut raisonnablement estimer que cette résistance émergente n’est pas prés de s’éteindre, puisqu’elle provient d’un rééquilibrage économique mondial qui s’effectue au détriment des populations d’Europe et d’Amérique du Nord. La question est de savoir si le processus de mondialisation en sera ralenti, voire stoppé. Mais on ne peut aujourd’hui que formuler des hypothèses et élaborer des scénarios.

D’autant plus, qu’au delà des dix ou vingt prochaines années, la conjonction des facteurs démographiques et écologiques devrait devenir logiquement le facteur essentiel des enjeux de l’humanité toute entière, modifiant les objectifs de l’humanité et les rapports de force régionaux.

Pour les premiers, l’objectif de la mondialisation risque de devenir progressivement obsolète, voire nuisible en raison de son impact négatif sur l’environnement. Pour les seconds, il suffit de considérer le cas de l’Europe, qui a vocation à devenir le réceptacle naturel des populations excédentaires d’Afrique, par proximité géographique et culturelle, encore que ni les modalités, ni l’amplitude du phénomène ne puissent encore être appréhendés.

La campagne pour l’élection présidentielle française se déroule dans le cadre de cette problématique mondiale, offrant traditionnellement aux Français l’opportunité de s’interroger tous les cinq ans sur leur avenir.

Chacun a pu constater que la France s’est trouvée contrainte de s’adapter à la mondialisation au prix de la réduction de sa production industrielle et agricole. Beaucoup doutent de la capacité des responsables politiques à modifier la pente négative sur laquelle la France est installée, mais peu sont prêts à se résigner à l’impuissance collective. Tous, en tout cas, sont à la recherche de solutions réalistes qui leur permettent de se protéger collectivement d’une évolution fâcheuse qui pèserait sur leurs emplois, leurs salaires, leur protection sociale et leurs retraites.

 

Si bien que la question de la protection de la société française au sein de la mondialisation m’apparaît centrale dans le débat présidentiel et qu’elle en déterminera le résultat.

 

FIN

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 12:19
LA MONDIALISATION, CADRE DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE

Lors des débats publics en vue de l’élection du Président de la République Française les 23 avril et 7 mai prochains, il s’agit en apparence de choisir entre la droite et la gauche ou de ne pas choisir du tout.

 

Le débat entre la droite et la gauche correspond en effet à l’éternelle opposition entre ceux qui favorisent l’efficacité au détriment de la solidarité et ceux qui privilégient la priorité inverse. Il n’est pas prés d’être obsolète quoique une partie de l’opinion, lassée de ce débat indéfiniment ressassé, envisage de voter pour le candidat qui prétend artificiellement dépasser cette opposition. À l’inverse, deux candidats rejettent absolument ce dépassement dialectique pour appeler les populations qui s’estiment les plus maltraitées à se battre sans désemparer contre la condition injuste qui leur est faite.

Mais un autre débat s’est ouvert entre les deux candidats qui soutiennent la logique de l’Union Européenne (UE) et les sept candidats qui prétendent, à des degrés divers, infléchir, modifier, transformer ou rejeter l’UE.

Il est vrai que la société française est plutôt malmenée par les dynamiques en œuvre dans le monde. Sa croissance économique est faible et son niveau de chômage est historiquement élevé. On en connaît la cause immédiate, des coûts de production élevés dans le cadre d’une structure de production plutôt mal adaptée à la dynamique de la mondialisation.

Les remèdes invoqués consistent soit à retrouver de la compétitivité au sein de la concurrence mondiale, soit à s’en protéger pour reprendre des forces. Les deux approches impliquent en premier lieu une réduction relative des coûts de production, soit par une négociation sociale interne, soit par une barrière externe tarifaire et monétaire. Toutes deux visent en second lieu à reconstruire un nouvel outil de production adapté à la mondialisation. La logique de la compétitivité contre celle du bouclier.

Cet enjeu national s’inscrit dans le cadre de l’évolution actuelle du monde, à savoir la mondialisation, une étape après d’autres du processus d’industrialisation de l’humanité. Pour en prendre la mesure, il faut commencer par noter que le processus d’industrialisation est récent, trois siècles tout au plus. Il a succédé aux sociétés agricoles qui se sont maintenues pendant plusieurs millénaires après avoir elles-mêmes remplacé les modes de survie humains originels organisés autour de la chasse de la pêche et de la cueillette. L’évolution de l’humanité s’inscrit dans un mécanisme d’accélération.

L’industrialisation a engendré un système de production fondé sur l’entreprise privée et l’innovation, affaiblissant progressivement les structures économiques, sociales et politiques qui encadraient les sociétés agricoles. Ces remises en cause structurelles ont été acceptées parce que l’industrialisation a permis de mettre à la disposition de l’humanité une quantité croissante de biens et de services, de réduire les efforts individuels pour obtenir des richesses et d’accroitre l’espérance de vie des individus.

Naturellement, l’industrialisation a modifié les équilibres entre les individus et les sociétés. Fondé sur l’initiative individuelle, l’industrialisation a donné des pouvoirs croissants sous forme de richesses acquises à un groupe limité de personnes, générant un ressentiment à leur égard de la part de ceux qui se trouvent rejetés au bas de l’échelle. De plus, elle a bouleversé les rapports de force entre l’Europe et le reste du monde, tout d’abord en faveur de la première avec la conquête de l’Amérique et la colonisation de l’Asie et de l’Afrique, avant les chocs en retour qui en résultent actuellement.

La mondialisation s’inscrit donc dans la dynamique qui a consisté à diffuser, volens nolens, l’industrialisation à l’ensemble de l’humanité. Elle constitue un effet retour de la période de diffusion de l’industrialisation. Désormais les régions nouvellement industrialisées bénéficient provisoirement de coûts de production plus bas que les régions anciennement industrialisées, singulièrement l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord.

Pour comprendre l’évolution à venir, il faut identifier les acteurs de la mondialisation et les rapports de force actuels et futurs.

Normalement, face à la mondialisation qui les menacent l’ensemble des régions anciennement industrialisées devraient mettre en œuvre des stratégies destinées à freinera l’affaiblissement de leurs systèmes productifs.

Mais telle n’est pas la logique de la mondialisation qui est conduite par de grandes entreprises qui restent encore, quoique de moins en moins, les fers de lance des Etats-Unis et de l’Europe.

 

Ces entreprises utilisent en effet la dynamique de la mondialisation pour accroitre leur puissance en attendant d’être détrônées par les entreprises issues des régions nouvellement industrialisées.

À SUIVRE

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 13:40
Bataille entre le Nottingham et la Mars le 11 octobre 1746

Bataille entre le Nottingham et la Mars le 11 octobre 1746

 

En 1745, les troupes françaises et les mercenaires suisses stationnés à Louisbourg, mal approvisionnés, menaçaient de se mutiner.

 

C’est alors que les colons de la Nouvelle-Angleterre en profitèrent pour s’emparer de la colonie, le 3 juillet 1745. La garnison française fut rapatriée en France au mois d'août 1745, tandis que la plupart des pêcheurs étaient déportés, soit en France, soit au Canada.

Cette défaite soudaine entraina une enquête du Ministre de la Marine qui donna lieu à des condamnations. Mais la prise de Louisbourg était une initiative des colons de la Nouvelle-Angleterre qui visait à éliminer la concurrence française dans l'industrie de la pêche, tout en étant présentée comme une victoire du protestantisme sur le papisme. La forteresse resta sous le contrôle des colons de la Nouvelle-Angleterre pendant trois ans, un contrôle d’ailleurs couteux pour eux puisqu’ils y perdirent plus de mille cinq cent soldats du fait des mauvaises conditions sanitaires et des difficultés de ravitaillement.

Le roi Louis XV réagit en envoyant une forte escadre, sous le commandement du duc d’Anville, pour reprendre à la fois Louisbourg et l’Acadie péninsulaire. L'expédition représentait la plus grande force navale jamais regroupée vers l'Amérique du Nord et elle était appuyée par une seconde opération conduite depuis Québec par Jean-Baptiste Nicolas Roch de Ramezay.

En plus de reprendre l'Acadie des mains des Anglais, d'Anville avait reçu l'ordre de bombarder Boston et d'attaquer les Antilles anglaises. L'expédition rassemblait treize mille hommes et une flotte de 76 navires. L'équipement lent et difficile de la flotte ne lui permit d’appareiller depuis l’île d’Aix que le 22 juin 1746. Une tempête dans le golfe de Gascogne et des vents contraires rendirent la traversée difficile et lente. Le typhus et le scorbut apparurent à bord des navires.

La flotte resta encalminée pendant des jours aux Açores. Le 24 août 1746, l'expédition était en mer depuis plus de deux mois, mais était encore à trois cents lieues de l'Acadie. Il fallut attendre le 10 septembre pour que la flotte atteigne l’'île de Sable, une longue bande de terre située encore à trois cent kilomètres au sud est de la Nouvelle-Écosse. Trois jours plus tard, les navires étaient frappés par une violente tempête et plusieurs bâtiments étaient suffisamment endommagés pour devoir retourner en France.

Pendant ce temps, l'expédition de Ramezay, partie de Québec, était arrivée en Acadie centrale dés le mois de juillet 1746 avec près de sept cents soldats et vingt et un officiers. Ils campaient à Beaubassin où ils furent rejoint par trois cents Abenakis venus de la rivière Saint-Jean et trois cents Micmacs provenant de l'Acadie centrale. Trois mois durant, ils attendirent l'arrivée de la flotte du duc d'Anville.

Finalement, à la fin du mois de septembre 1746, bien tard dans la saison, après avoir enduré trois mois de navigation et perdu de ce fait des centaines de soldats et de marins morts du scorbut et du typhus et autant de malades, quarante-quatre vaisseaux seulement sur soixante seize jetèrent l’ancre au centre de la Nouvelle-Écosse dans la baie de Chibouctou, aujourd’hui Halifax, où l'expédition passa les cinq semaines suivantes, afin de soigner les malades et de se réorganiser.

Mais six jours après cette arrivée, le 27 septembre 1746, le duc d'Anville était emporté par la maladie et remplacé par Constantin-Louis d'Estourmel. Ce dernier décida d'envoyer mille cinq cent hommes de la flotte et trois cent hommes de l'expédition Ramezay pour attaquer Port-Royal mais il était si découragé qu'il démissionna presque aussitôt, après avoir fait une tentative de suicide.

Le commandement de l'expédition échut alors au gouverneur général de la Nouvelle-France Jacques-Pierre de Taffanel de La Jonquière, un des passagers de la flotte. Mais les hommes continuaient à succomber aux maladies au point que quarante pour cent des hommes qui avaient atteint Chibouctou avec la flotte étaient morts ou sérieusement malades. Puis la maladie s’étendit aux Micmacs, aux Abénakis et aux hommes de l'expédition de Ramezay.

Vers la mi-octobre, une troupe de près de trois cents hommes de l'expédition Ramezay arriva à proximité de Port-Royal. Pendant trois semaines, ils attendirent les navires qui devaient arriver avec les troupes et l'artillerie de siège. Treize navires, amenant 94 officiers et 1 410 soldats pour diriger le siège partirent vers Port-Royal mais au large des côtes du Cap-Noir, à 120 milles de Port Royal, La Jonquière changea d'avis. Il commanda à ses navires de retourner en France et ordonna à Ramezay de se retirer de Port-Royal.

De leur côté, les colons de la Nouvelle-Angleterre envoyèrent le colonel Arthur Noble et une centaine de miliciens de la Nouvelle-Angleterre pour reprendre le contrôle de l’Acadie. Mais De Ramezay les attaqua et les battit dans la bataille de Grand-Pré.

 

La tragédie de l'expédition du duc d'Anville eut de graves répercussions sur la confiance des Acadiens dans le soutien de la France à leur égard. On ne peut cependant pas écrire que la France n’a rien fait, ou pas suffisamment, pour défendre ses colonies en Amérique du Nord.

 

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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 11:27

 

J’ai utilisé ma demi-heure standard à présenter le cas et à laisser en évidence des questions pendantes.

 

Le jury ne me considérait pas comme un candidat qu’il convenait normalement de recruter. Il m’attendait au tournant de la troisième épreuve, il pensait que j’étais faible, d’autant plus que je n’avais que médiocrement réussi l’épreuve théorique. Il se préparait donc à m’écarter. Toutefois, ma faiblesse apparente pouvait être retournée en avantage, car j’avais l’opportunité de le surprendre et de remporter le match.

C’était mon plan.

En effet, encore officiellement assistant non titulaire au moment du Concours, mon échec était logique. Le jury savait que j’allais devenir Maitre de Conférences première classe grâce à ma réussite à la première leçon du Concours d’Agrégation. Si j’échouais, je ne serais pas pénalisé. Moi-même, je m’y étais préparé, j’avais obtenu un poste de Professeur Associé auprés de  la Wayne State University à Détroit pour l’année universitaire 1980-1981. Mon échec au Concours d’Agrégation n’en serait pas un. J’allais devenir titulaire à Nice et aussitôt détaché aux Etats-Unis. J’allais apprendre à enseigner en anglais, me plonger pour la troisième fois dans le monde universitaire américain, gagner correctement ma vie, découvrir l’hiver du Nord-Est et me représenter au concours d'agrégation suivant, fort de toutes ces expériences.

Bref, il aurait été presque préférable d’échouer.

C’était ma force.

Car j’étais prêt à accepter l’échec, j’avais même organisé sa mise en scène tout en consacrant l’intégralité de mes moyens psychiques à réussir et non à maitriser la peur d’échouer. Zéro angoisse. C’est cette approche que je veux vous faire partager en vous exposant mon état d’esprit lors de ce concours.

À 16 heures, j’ai donc présenté le cas Braniff de manière conventionnelle. Comme prévu, j’ai souligné intentionnellement qu’il y avait des lacunes dans mon analyse, je les ai même indiqué lourdement. Je voyais des regards s’allumer, gourmands. Un naïf, pensaient certains d’entre eux qui attendaient la fin de mon discours pour m’executer. Un candidat de moins, une place pour un autre.

Ils étaient tranquilles, je leur avais facilité le travail. L’un d’entre eux en particulier était bien content, d’autant plus qu’en soulignant les lacunes de mon analyse, je le provoquais, je le savais. C’était lui qui avait fourni le cas, j’en étais sûr. Or j’exprimais en creux que son cas n’était pas très bon. Il allait donc me régler mon compte aisément et avec plaisir, lui qui avait déjà essayé de m’éliminer lors de la première épreuve et qui n’y était pas parvenu, miraculeusement.

Il se pourléchait les babines, il me sous-estimait, une erreur classique. De plus, il n’était pas assez vigilant car sa vie professionnelle n’était pas en jeu alors que la mienne l’était.

La suite fut facile, trop facile comme on dit aujourd’hui.

La guerre est un art simple et tout d’exécution.

Il fonça droit dans mes pièges, me posa les questions que je lui avais préparées. Je lui fournis les transparents que j’avais gardé en réserve, je répondis avec forces détails aux interrogations que j’avais moi-même suggérées. J’attendais la question qui me piégerait. Elle ne vint pas, car lui comme les autres membres du jury s’étaient concentrés sur mes appâts et non sur le cas dans son ensemble. Ils n’avaient déjà plus d’interrogations que j’avais encore des réponses en réserve ; j’aurais pu les leur donner pendant une demi heure de plus s’ils avaient voulu.

Mais mon contradicteur principal n’avait plus de munitions. Les autres non plus. Le silence se fit. La demi heure était passée, il fallait en finir. Certains souriaient, d’autres me regardaient, un peu déconcertés.

 

J’avais gagné le match.

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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 09:00

 

La dernière épreuve qui consistait en une étude de cas, s’est déroulée en avril 1980.

 

L’épreuve demandait huit heures de préparation afin de présenter le cas pendant une demi-heure avec sa problématique et ses « solutions » avant d’être interrogé sur cette présentation par les membres du jury, encore pendant une demi-heure.

J’avais choisi la spécialité du marketing et j’eus à traiter de la stratégie commerciale d’une compagnie aérienne américaine aujourd’hui disparue, Braniff International.

En dehors de moi-même, deux autres candidats étaient conviés à étudier le même cas, de manière séparée évidemment. La présentation du cas se déroulait selon l’ordre alphabétique des candidats et le hasard fit que je fus le premier à concourir sur le cas.

Sous trois noms successifs, Braniff International était une compagnie d’aviation qui existait depuis 1928 et qui opérait surtout depuis le Sud Ouest des Etats-Unis. Elle avait progressivement étendu ses activités vers l’Amérique centrale et l’Europe. Braniff était remarquable pour la décoration de ses avions par Calder et par l’acquisition du Concorde qui a assuré pendant quelques mois une liaison subsonique entre Dallas et Washington qui se prolongeait par un vol  à vitesse normale au-dessus de l’Atlantique. Mais en 1982, deux ans après notre étude de cas, Braniff fut contrainte de cesser ses activités du fait de la hausse du carburant et de l’Airline Deregulation Act de décembre 1978.

J’ai lu le cas Braniff, qui me plaisait bien. D’ailleurs, certains de mes lecteurs savent que j’aime assez les compagnies aériennes. Il y avait, comme toujours dans les cas, une vingtaine de pages de tableaux de chiffres plus ou moins utiles et de données qualitatives. Classique. Grâce à mon cas « Étude de cas », j’ai essayé de traiter le cas en raisonnant au second degré. Qu’est ce que les membres du jury souhaitaient apprendre de moi au travers de ce cas ? À mon avis, ils voulaient savoir à quel niveau de profondeur d’analyse j’avais compris le cas.

Alors je leur ai concocté, le terme est choisi sciemment, une présentation à trois niveaux de profondeur. Premier niveau apparent, l’étude de cas elle-même, ses données, sa problématique et ses solutions possibles. Deuxième niveau, ses interrogations. Car tout n’était pas donné dans le cas, tout n’était pas analysable et le jury devait savoir que j’étais conscient des limites du cas, que je me posais encore des questions après l’avoir lu et étudié.

Mais ce deuxième niveau constituait un piège. J’en étais bien conscient, notamment grâce à mon cas « Étude de cas ». Car un candidat normalement constitué ne laisse pas trainer des questions auxquelles il ne répond pas à portée d’un jury qui va aussitôt s’en saisir pour l’assassiner. Un candidat normalement constitué a des certitudes, qu’il défend avec énergie lorsqu’on l’interroge.

Si le deuxième niveau était destiné à convaincre le jury que j’avais une vision approfondie du cas, il n’était pas question d’en rester là. Je savais bien que le jury avait pour objectif de déterminer quels étaient les candidats qui avaient l’étoffe d’un professeur, celui qui sait analyser, expliquer, s’interroger mais qui finit aussi par apporter des réponses.

Les questions qu’ils allaient me poser, je voulais les choisir comme un général détermine le lieu du combat, là où il est le plus fort. Et, une fois les questions choisies par mes soins, être naturellement prêt à y apporter des réponses. De la tactique pure.

Je préparais donc un troisième niveau de traitement du cas. Aux questions que je fabriquais, j’apportais en même temps des réponses, soit sous forme de tableaux sur des transparents, soit sous forme d’interventions orales plusieurs fois répétées à l’avance. À partir de ce choix tactique, j’ai consacré à ce troisième niveau deux à trois heures sur les huit heures de préparation dont je disposais, sacrifiant une bonne part du temps de préparation proprement dit à la mise en place et au polissage de mes pièges.

 

Car c’était bien un combat, le combat final.

 

À SUIVRE

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 13:22

La colonie de l’ile Royale comprenait en pratique deux iles, l’ile Royale proprement dite et l’ile Saint-Jean. Cette dernière avait une superficie de 5683 km² contre les 6350 km² de l’île Royale, et elle jouait le rôle de garde-manger pour Louisbourg.

 

En 1534, Jacques Cartier, émerveillé, décrit l’île Saint-Jean comme «la terre la plus belle que l'on puisse imaginer». Mais il fallut attendre l'été 1620 pour que les trois cent premiers colons arrivent sur l'île durant l'été pour fonder des villages de pêcheurs sur la côte nord de l'île et un bourg agricole, Port-la-Joy (aujourd'hui Charlottetown, trente cinq mille habitants).

En 1653, Nicolas Denys, un marchand originaire de La Rochelle, obtint la concession de pêche de l'île Saint-Jean, un territoire si immense qu'il était équivalent à la totalité du littoral atlantique français : il s'étendait depuis le Cap-des-Rosiers sur la côte de Gaspé, en passant par toute l'Acadie continentale, l'île Saint-Jean, l'île Royale, jusqu'aux îles de la Madeleine. En contrepartie, il était tenu d'y implanter des établissements permanents et d'y installer des colons. Sur cette aventure, il a publié en 1672 un ouvrage intitulé Description géographique et historique des côtes de l'Amérique septentrionale, avec l'histoire naturelle de ce païs, qui reste l’un des livres les plus précieux sur l'Acadie et sur la Nouvelle-France.

Cette concession n’eut pas le succès escompté en matière d’implantation de populations. Aussi, après le traité d’Utrecht de 1713, le roi accorda en 1720 une nouvelle concession à un Normand proche de Louis XV, Louis-Hyacinthe Castel qui fit venir dans l’île Saint-Jean une centaine d’artisans, accompagnés d’une trentaine de femmes. Dès 1721, une petite garnison des Compagnies franches de la Marine fut installée à Port-la-Joy, dans le sud de l’île. L’endroit était facile à défendre et la pêche y était très active.

Mais les hivers étaient si rudes que vingt pour cent des colons décédaient chaque année, si bien que la Compagnie de l'île Saint-Jean fit faillite, obligeant la garnison et les colons à retourner en France en ne laissant dans l’île que quelques Acadiens. Pour aggraver encore la situation, l'île SaintJean passa aux mains des Britanniques de 1726 à 1730. L’île comptait alors un millier d’habitants et elle constituait déjà le grenier de Louisbourg.

Puis, en juin 1745, pendant la guerre de la Succession d'Autriche, un important contingent de colons anglais provenant de la NouvelleAngleterre s’empara de Louisbourg. Aussitôt trois cent miliciens débarquèrent dans l’ile Saint-Jean avec pour objectif de vider l’île des ses colons français. Il ne resta alors, comme d’habitude, que quelques familles acadiennes.

Trois ans plus tard, après le traité d'Aix-la-Chapelle de 1748, l'île Royale et l'île Saint-Jean furent rendues à la France en échange de la ville de Madras en Inde, ce qui rendit furieux les colons de la Nouvelle-Angleterre. Claude-Élisabeth Denys de Bonaventure, commandant de l'île Saint-Jean, y rétablit la souveraineté française et réussit à attirer un millier de nouveaux colons qui étaient supposés se consacrer à l’agriculture.

Sept ans plus tard, en 1755, la population de l’île Saint-Jean s’élevait déjà à trois mille habitants, sans compter les militaires. Mais les autorités de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-Écosse voulaient absolument faire disparaître la colonie de l’île Royale. Ils s’opposaient d’ailleurs à l’émigration des Acadiens vers l’ile, afin de ne pas y renforcer encore la présence française.

Car la colonie était florissante: en 1737, la valeur des exportations de morue de l'île Royale était huit fois supérieure à celle de la traite des fourrures au Canada et son succès était tel qu’il entrainait le déclin de l'industrie de la pêche dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre.

 

La colonie de l’île Royale représentait donc une menace économique pour les colonies anglaises, tout en constituant un pôle stratégique de première importance pour la Nouvelle-France.

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 15:03

James Lovelock a présenté la planète Terre comme un être vivant, Gaïa, avec des écosystèmes qui constituent les organes de cet être vivant constitué par la biosphère.

 

Les savanes, les forêts, les déserts, les lacs, les rivières et les océans sont autant de systèmes vivants qui assurent des fonctions essentielles dont bénéficie l'espèce humaine. Ils fournissent des services écologiques tels que le recyclage des déchets organiques, la production de matières vivantes, la pollinisation, la régulation des climats, la purification de l'eau…

Or le succès écologique et économique de l'espèce humaine a fait entrer la Terre dans la sixième crise d'extinction d'espèces. Les cinq précédentes crises furent la conséquence de catastrophes géologiques telles que des éruptions volcaniques ou astronomiques comme les chutes de météores, qui furent suivies par des changements climatiques qui en amplifièrent les conséquences.

La crise actuelle est une crise anthropique accélérée, au sens où elle résulte des activités humaines qui tendent à monopoliser l’espace géographique de la Terre sur une échelle de temps très restreinte, tout en détruisant les fondements même de la survie de l’espèce humaine.

Elle trouve son origine dans le succès écologique et technologique de l'homme qui induit une croissance exponentielle de ses besoins en ressources et en espace. Cette croissance provoque la destruction des écosystèmes par la pollution, la déforestation et la fragmentation des habitats naturels, auquel s’est ajouté une pression mortelle sur les espèces chassées, péchées et récoltées, encore accrue du fait de la prolifération d’espèces exotiques introduites par l’homme.

On ne connaît bien que le taux d'extinction des espèces les plus connues, telles que les vertébrés et les plantes supérieures. Pour les autres groupes, on ne peut qu'avancer des extrapolations fondées sur la relation entre le nombre d'espèces et la superficie du milieu concerné.

Pour les forêts tropicales, qui couvrent sept pour cent de la surface terrestre et hébergent soixante dix pour cent des espèces vivantes, hors océans, on sait, par l’expérimentation qui a été conduite en Amazonie, que la réduction de moitié de la surface de la forêt réduit la biodiversité des oiseaux et des plantes de dix pour cent.

Une autre étude, menée sur une longue période à Singapour qui disposait à l’origine d’une importante forêt tropicale humide, est tout aussi révélatrice. Depuis que les Britanniques s’y sont installés en 1819, quatre vingt quinze pour cent des 540 kilomètres carrés de végétation primitive ont été totalement défrichés. Selon les travaux de l'écologue australien Barry W. Brook, il en est résulté la disparition de 881 espèces animales et végétales sur 3 996 espèces recensées.

Plus globalement, sur la base de données bien étayées pour les plantes, les vertébrés et quelques groupes d'invertébrés, la majorité des spécialistes estiment que le taux d'extinction actuel des espèces est mille fois supérieur au taux naturel, étayant la thèse d’une sixième crise d'extinction imputable au développement de l’espèce humaine, en effectif et en activités.

Il en est résulté une prise de conscience de la communauté scientifique qui ne peut en rien mettre fin à la crise d’extension des espèces, mais seulement ralentir son évolution inéluctable. Car la sixième crise d’extinction des espèces conduira inéluctablement à terme à la disparition de l’espèce humaine puisqu’elle est indispensable au rétablissement postérieur de la biodiversité, comme cela s’est produit après les cinq crises précédentes.

Cependant l’espèce humaine garde le choix d’accélérer ou de ralentir ce processus, qui peut durer quelques centaines d’années au pire ou quelques milliers d’années au mieux.

On sait bien que l’appétit individuel des êtres humains, ou leur soif de vivre, fait obstacle à ce processus de limitation de l’expansion humaine. Pour freiner le rythme de cette évolution, l’humanité saura t-elle limiter sa croissance démographique, sa consommation afin de protéger les écosystèmes ou non ?

C’est toute la question.

 

On peut estimer que le suicide de l’humanité est le choix le plus souhaitable, un choix qui implique tout simplement de laisser la tendance actuelle se poursuivre. Dans le cas contraire, le défi proposé à l’intelligence collective de l’espèce humaine est de parvenir à modérer cet appétit individuel pour permettre à l’humanité de poursuivre son odyssée encore quelques millénaires, au lieu de quelques siècles…

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Published by André Boyer - dans PHILOSOPHIE
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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 19:32

Les changements climatiques et les transformations de l'utilisation des sols ont modifié et modifieront dans les décennies à venir le cadre de l'environnement humain.  

 

Pour l’être humain, l’enjeu consiste à survivre dans son écosystème en faisant appel à la diversité des compétences écologiques qui existent dans la nature, à savoir les gènes, les espèces et les écosystèmes.

L'érosion de la biodiversité a en effet une double implication écologique : d’une part, la perte de la diversité génétique par la réduction des effectifs jusqu’à l'extinction des espèces et d’autre part l’affaiblissement des performances écologiques à l'échelle des écosystèmes.

S’il existe une claire prise de conscience  du risque que fait courir à l’humanité l’extinction des espèces, on néglige encore largement le problème de  la durabilité des écosystèmes, liée à la diversité des espèces qui assure la résilience des écosystèmes.

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer que la diversité des espèces est une source encore largement inexplorée de ressources pharmaceutiques, de produits alimentaires et de matériaux. En pharmacie, on constate que les  plantes restent à la base de la médecine moderne : la morphine est  extraite du pavot, la quinine provient du quinquina, l'aspirine procède du saule et de la reine-des-prés ; en outre, plus de soixante dix pour cent  des traitements anticancéreux prometteurs sont issus d'êtres vivants, notamment de plantes tropicales. Le seul ginkgo, par exemple, génère un chiffre d’affaires considérable grâce aux molécules qui en sont dérivées pour lutter contre les maladies cardio-vasculaires.

La biodiversité marine est la source d’un grand nombre de nouvelles molécules actives. Quatre mille substances nouvelles synthétisées par les organismes marins ont d’ores et déjà été identifiées, algues, invertébrés ou micro-organismes à partir desquelles cinq cent molécules actives possèdent des effets positifs sur les systèmes nerveux et vasculaires par leurs vertus anti tumorales, antivirales, immuno-modulatrices, antibiotiques, antifongiques, anti-inflammatoires ou en tant qu’inhibiteurs enzymatiques et moléculaires. On peut citer trois médicaments d'origine marine qui ont été commercialisés : un antibiotique, la céphalosporine, un anti tumoral, la cytarabine et un antiviral, la vidarabine, alors qu’une trentaine de molécules nouvelles sont à des stades divers de développement.

Ces découvertes résultent de la diversité et de la sophistication des mécanismes de défense mis au point au cours de milliards d'années d'évolution par des espèces exposées à une multitude d'agents pathogènes, de parasites et de prédateurs. La sélection naturelle a retenu, dans tous les milieux, des espèces capables de résoudre les problèmes posés par un environnement hostile, telles que des bactéries des sources hydrothermales capables de résister à des températures extrêmes ou de lutter contre des élements pathogènes ou des parasites.

 

C’est ainsi que la biodiversité constitue pour l'espèce humaine un atout majeur en termes d'adaptation et de survie à long terme.

 

À SUIVRE

 

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