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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 18:19
L'ÉLECTION D'HILLARY CLINTON MENACÉE PAR LES "DÉPLORABLES"

HILLARY CLINTON EN DONNEUSE DE LEÇONS

À ce jour, il me paraît évident que Donald Trump est en capacité de remporter les élections US, n’en déplaisent à l’ensemble des medias français qui le couvrent d’injures et de sarcasmes depuis qu’il a émergé en politique.

 

Ces medias, à l’unisson de la grande majorité des medias américains, ont d’abord annoncé que Trump ne gagnerait jamais les primaires, puis une fois les primaires remportées, qu’il était loin derrière Clinton dans les sondages. Et ceci, jusqu’à la semaine dernière, quand en quelques jours Hillary Clinton a prononcé sa fameuse phrase sur les « déplorables » avant de littéralement s’affaisser devant une caméra sans doute tenue par un des «déplorables » qu’elle dénonce.

C’est alors que le rideau s’est brusquement déchiré.

Que se passe t-il donc devant nos yeux aveuglés par le discours médiatique ? C’est tout simplement le temps de la colère de l’opinion publique qui se manifeste, colère contre des politiciens qui mettent en danger la société formée de ces gens qui sont aussi des électeurs, malheureusement pour les politiciens.

Déjà en juin, le Brexit était la manifestation d’une rébellion de l’opinion publique contre l’idéologie mortifère de ses élites. Aujourd’hui, de l’autre côté de l’Atlantique, le même esprit de révolte anime le vote Trump.

En août, ignorant ce signal, la victoire de Trump était considérée comme hautement improbable par les commentateurs sophistiqués de Washington, car il n’était à leurs yeux qu’une « grande gueule » incapable d’entrer à la Maison Blanche. Par contraste, son opposante démocrate Hillary Clinton était dépeinte comme la candidate idéale, capable d’exprimer des opinions convenables et bourrée d’expérience.

En septembre, le tableau a totalement changé. Selon le dernier sondage du Los Angeles Times, Trump mène de six points devant Clinton au niveau national et il est en tête dans les deux États clés de Floride et de l’Ohio. Tous les jours, dix sondages donnent des signaux contradictoires, maisl il demeure que la perspective d’une victoire de Trump apparaît comme tout simplement scandaleuse pour les libéraux américains, tant ils restent convaincus de leur supériorité. Pour eux, un tel résultait représenterait la victoire de la populace ignare sur les élites éduquées.

Qu’ils s’y préparent donc à tout hasard, car un tel mépris illustre précisément à quel point ils ont été incapables de comprendre l’attrait de Trump pour ses électeurs, qui consiste à ramener de la détermination et du patriotisme à la présidence des Etats-Unis.

On a vu en effet les activistes pro-Hillary tellement englués dans le «politically correct » qu’ils ont applaudis à tout rompre quand, à une réunion LGBT destinée à réunir des fonds, Hillary Clinton a fait sa fameuse déclaration au sujet des partisans de Trump : « La moitié des électeurs de Donald Trump peuvent être regroupés dans un panier de gens déplorables, selon elle. Car ils sont, a t-elle déclarée, racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes ! ». Elle révélait ainsi son arrogance face à des millions d’Américains qui étaient coupables du crime de ne pas partager sa conception politique identitaire.

Nombre de déclarations de Trump ont soulevé de même des commentaires outragés, comme sa proposition d’interdire temporairement l’entrée des musulmans ou de construire un mur le long de la frontière mexicaine. Ces commentaires passaient par pertes et profits la peur des « déplorables » face au terrorisme et leur indignation face à l’anarchie provoquée par des millions d’émigrants illégaux.

Les détracteurs de Trump ont également dénoncé son manque d’expérience dans le domaine des affaires étrangères comme si le chaos qui régné au Moyen Orient était un bienfait engendré par l’expérience des dirigeants actuels, ce dont ne semblent pas convaincus les « déplorables » qui ont de plus vu Trump apporter adroitement son soutien au Brexit alors qu’Obama venait en Grande-Bretagne menacer en vain les électeurs britanniques.

Enfin, les « déplorables » conviennent que Trump, cas unique parmi les candidats modernes à la Présidence des Etats-Unis, n’a jamais été élu, tout en y voyant bizarrement un avantage car ils pensent qu’il n’a pas  été contaminé par la pensée unique qui paralyse le personnel politique.

La détermination qu’ils attendent du futur Président a été bien illustrée, selon eux, par la réaction de Trump aux bombes à New-York : « Il vaut mieux que nous soyons vraiment dur maintenant, les gars »,  une réaction simpliste certes, mais tout à fait opposée à celle d’Hillary Clinton qui a débité les platitudes habituelles au sujet de la nécessité d’attendre le résultat de l’enquête. Elle imagine vraiment que c’est ce que les «déplorables » veulent entendre ?

 

Alors, je vous en prie, ne perdez pas de temps avec les balivernes de medias qui vont à satiété vous répéter maintenant que l’élection est serrée et tournez désormais votre regard critique vers l’élection française : vous croyez toujours que le candidat désigné par les medias va être élu? 

 

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 18:19
LES VICTOIRES FRANÇAISES DE 1756

LE CHAMP STRATÉGIQUE DE LA CAMPAGNE DE 1756

Les offensives britanniques de 1755 s’étaient achevées par des succès partiels pour les Britanniques mais également par la mort du général Braddock  survenue dans l’attaque de Fort Duquesne.

 

William Shirley lui succéda en tant que commandant provisoire des forces britanniques en Amérique du Nord. Il présenta ses plans pour 1756 à Albany en décembre 1755.

Il proposait de redoubler d’efforts pour prendre les forts de Niagara, Crown Point et de Duquesne, d’attaquer le Fort Frontenac sur la rive nord du Lac Ontario ainsi que la ville de Québec, mais ce plan ne fut approuvé ni par William Johnson, ni par le gouverneur de New-York, Sir Charles Hardy.

Aussi Newcastle, le Premier ministre britannique le remplaça t-il le mois suivant par Lord Loudoun, secondé par le Major Général James Abercrombie.  Ces deux hommes avaient moins d’expérience que les trois officiers français envoyés avec des renforts en mai 1756, le Major Général Louis-Joseph de Montcalm secondé par le Chevalier de Lévis et le  Colonel François-Charles de Bourlamaque, tous trois vétérans de la guerre de Succession d’Autriche. Ils arrivèrent en Nouvelle France alors même que la Grande-Bretagne déclarait formellement la guerre à la France le 18 mai 1756. 

Pendant ce temps, le Gouverneur de la Nouvelle France, Pierre de Rigaud de Vaudreuil, qui ambitionnait d’ailleurs d’être nommé général en chef, ne resta pas inactif pendant l’hiver 1755-1756. Comme des estafettes avaient observé la faiblesse de la logistique anglaise, il décida d’attaquer Fort Bull au sud est de Fort Oswego sur le lac Ontario, ce dernier constituant l’ultime position militaire au Nord-Ouest, prés du lac Ontario, au bout d’une chaine de forts le long de la rivière Mohawk reliant la rivière Hudson au Lac Ontario. Fort Oswego dépendait de ces autres forts pour ses fournitures, en particulier de Fort William et de Fort Bull, ce dernier n’étant constitué de rien de plus qu’une palissade entourant des hangars bourré de poudre et de munitions destinées à la future campagne de 1756.

Le 12 mars 1756, trois cent hommes dont 110 Iroquois et Hurons, commandés par Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, un officier né au Canada, traversèrent difficilement la région enneigée (on l’imagine, étant donné que c’était en hiver, qu’ils transportaient des armes et que cet exploit se déroule au XVIIIe siècle).

Le 25 mars, ils capturèrent dix soldats britanniques, ce qui les décida à attaquer immédiatement le fort, car dénués de canons, leur seule chance de succès résidait dans l’effet de surprise. Ils se mirent donc à tirer par les fentes laissées par la palissade, puis réussirent à briser la porte d’entrée du fort à coups de haches. Tous les combattants britanniques furent tués et scalpés, avant que les assaillants ne mettent le feu au fort qui explosa.

La perte des 45000 livres de poudre que contenait Fort Bull mit fin aux plans britanniques de campagne militaire contre les forts français sur le lac Ontario et contribua à la prise de Fort Oswego par les Français en août 1756.

Tout au long de l’année, les raids français et indiens avaient continué dans la vallée de l’Ohio, obligeant les colons anglais à se réfugier toujours plus à l’est, tandis que le nouveau commandement anglais se mettait lentement en place. En effet, quand il arriva à Albany, Abercrombie refusa de prendre toute initiative sans avoir l’accord de Loudoun. Pendant ce temps, Montcalm tira profit de cette inaction, en exécutant une feinte stratégique consistant à déplacer son état-major à Ticonderoga comme s’il allait attaquer sur le lac George, tout en se retournant vers Fort Oswego sur le lac Ontario. 

Le 29 juillet 1756, Montcalm arriva secrètement à Fort Frontenac avec pour objectif de donner l'assaut à Fort Oswego, tout en doutant des capacités de ses troupes irrégulières à le mener à bien.

Le déroulement des combats le rassura.

L'armée de Montcalm était forte de trois mille hommes dont une moitié à peine de soldats réguliers auxquels s’ajoutaient deux cent cinquante indiens. Par marche de nuit afin d’utiliser l'effet de surprise, Montcalm arriva le 10 août à minuit à l'embouchure de la rivière Oswego et engagea immédiatement son artillerie.

La zone comprenait trois forts, mais seul le fort Oswego était à même de soutenir un siège, si bien que les deux autres furent aussitôt abandonnés par leurs garnisons qui se replièrent sur Fort Oswego, ce dernier rassemblant une  garnison de mille sept cents soldats irréguliers, appuyés par trente-trois canons et bien commandés par le colonel Mercer.

Mais Montcalm était un meilleur officier encore, il disposait de forces plus nombreuses et ses alliés indiens menèrent une guérilla meurtrière sur les arrières du fort. Mercer fut tué et la garnison capitula le 14 août. Les Français capturèrent mille six cents hommes, cent vingt-et-un canons, six vaisseaux armés et de nombreuses embarcations prévues pour être utilisées contre Fort Niagara et Fort Frontenac. Les forts anglais furent détruits.

 

Cette victoire était très importante pour le moral des troupes françaises car elle leur permettait de prendre le contrôle de l’immense arc qui s’étendait du Québec à la Louisiane puisqu'aucun autre fort britannique ne se trouvait dans cette zone. De plus, c’était un message positif envoyé aux Indiens qui virent dans cette destruction la possibilité de réoccuper leurs terres ancestrales.

 

À SUIVRE 

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 18:16
1755, BATAILLES SUR TOUS LES FRONTS

LE CHAMP D'AFFRONTEMENT EN FRANÇAIS ET ANGLAIS EN 1755

 

L’année 1755 est celle de tous les dangers, aussi bien pour les Anglais que  pour les Français. Les premiers sont écrasés dans l’Ohio, les seconds perdent le lien avec l’Acadie et laissent Louisbourg isolé, tandis qu’une bataille indécise se déroule près du Lac Champlain.

 

Les incidents de l’Ohio décidèrent le gouvernement du Duc de Newcastle, dans lequel Pitt ne joue pas encore un rôle majeur, d’envoyer une expédition militaire pour déloger les Français.

Ils choisirent le Major General Edward Braddock pour  la conduire. Informé des intentions britanniques, le Roi Louis XV décida d’envoyer  début 1755 six régiments sous le commandement du Baron Dieskau, que la flotte britannique ne parvint pas intercepter à l’exception de deux navires mais  qui donna lieu au harcèlement, sans déclaration de guerre, des bateaux français toute l’année 1755.   

Les Britanniques avaient un plan d’action particulièrement agressif pour 1755, qui consistait simultanément à attaquer à l’ouest Fort Duquesne, sous le commandement du General Braddock, tandis que le Gouverneur du Massachusetts, William Shirley avait pour instruction de fortifier Fort Oswego sur le lac Ontario et d’attaquer Fort Niagara, que Sir William Johnson devait capturer le Fort St. Frédéric sur le lac Champlain au centre et que le Lieutenant Colonel Robert Monckton devait capturer le Fort Beauséjour  à l’est, à la frontière entre la Nouvelle Écosse et ce qui restait de l’Acadie.

Braddock, avec l’aide notamment de Washington était à la tête d’environ 1500 hommes qui attaquèrent en juin 1755 Fort Duquesne. Ce fut un désastre pour les Anglais. Ils furent pris dans une embuscade conduite par les soldats français et les Indiens.  Braddock sonna la retraite avant d’être tué, comme les deux tiers des troupes britanniques. Les 500 soldats restant, y compris Washington, firent retraite vers la Virginie. 

Pendant ce temps, les Français retrouvaient une copie des plans britanniques, ce qui leur permit de contrer les projets de Shirley d’attaquer Fort Niagara et d’envoyer le Baron Dieskau à Fort St. Frédéric pour s’opposer à l’attaque de Johnson.

Début septembre, l’armée française laissa la moitié de ses troupes pour la défense de fort Frontenac et avec une armée malencontreusement réduite à environ 3 000 hommes se dirigea vers le lac George où étaient positionnées les forces anglaises du colonel William Johnson  composée d'une milice coloniale de 3 000 hommes environ et de 300 Indiens.

Le 3 septembre, de fausses informations firent croire à Dieskau que l’armée anglaise s’était repliée sur Albany, ne laissant que 500 hommes au fort Edward. Il décida alors de marcher sur le fort avec un corps d’élite de 1500 hommes dont 700 Indiens, laissant encore 1700 hommes au fort Carillon pour le défendre en cas d’une attaque des Anglais.

Le 7 septembre 1755, le détachement français arriva sur le fleuve Hudson  et se positionna pour attaquer le fort Edward, mais comme la position était défendue par des canons, les Indiens refusèrent d'attaquer. Aussi, Dieskau décida d’attaquer l’ennemi le lendemain à l’extrémité supérieure du lac George où les Anglais étaient moins bien retranchés, quand il fut averti par un déserteur qu'une colonne de secours de 1200 hommes était en marche pour fort Edward.

Dieskau décida alors de tendre une embuscade à la colonne ennemie, mais la colonne de Johnson, l'ordre de silence ayant été brisé par les troupes anglaises, put se replier dans la confusion vers le camp de Johnson. Les canons anglais empêchèrent le succès de l’offensive, Dieskau fut blessé, la mêlée devint générale et la bataille se termina en impasse. Les Anglais avaient perdu deux cent hommes, les Français cent trente, mais Dieskau, blessé à trois reprises, avait finalement été fait prisonnier. 

Le baron Dieskau avait néanmoins réussi à empêcher la capture du  fort St-Frédéric et permis la construction du fort Carillon qui fut doté d’une  trentaine de canons au printemps 1756. Les Anglais de leur côté étaient resté sur place où ils construisirent fort William Henry.

Mais le grand succès anglais de la campagne britannique de 1755 fut la capture de Fort Beauséjour en juin 1755. Une armée de deux mille hommes sous le commandement du colonel Robert Monckton assiègea le  Fort Beauséjour défendu par une garnison de  460 hommes, l’enjeu étant de couper les Acadiens des forces françaises.

Le fort Beauséjour était en cours de réfection début juin 1755 quand les troupes anglo-américaines passèrent à l'attaque. Le 2 juin, un colon français aperçut une flotte britannique d'une quarantaine de navires en attente de jeter l'ancre prés du fort. Des courriers furent envoyés à Québec, à Rivière Saint-Jean, à Louisbourg et à l'île Saint-Jean (île du Prince Édouard) pour solliciter de l'aide, pendant que la population locale allait se réfugier au fort. Malheureusement aucun renfort ne vint, pas même de Louisbourg qui était le mieux placé pour le faire.

Le fort résista pendant deux semaines jusqu’au 17 juin. Déstabilisées, les troupes françaises abandonnèrent aussi le Fort Gaspareaux, proche du fort Beauséjour ainsi que le fort Jemseg sur le fleuve Saint-Jean qui était le dernier fort français qui aurait pu maintenir les communications avec l'Acadie.

 

Ce fut la perte du fort Beauséjour qui permit aux Anglais d’exproprier et de déporter les Acadiens. Elle coupait également la forteresse de Louisbourg de tout renfort par la terre.

 

À SUIVRE

 

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 19:22
LA STRATÉGIE DE WILLIAM PITT

WILLIAM PITT, LE BOURREAU DE LA NOUVELLE FRANCE

Avant de conter le déroulement des opérations en Amérique du Nord à partir de 1756, il me semble utile de présenter le point de vue britannique sur cette guerre. 

 

Il faut tout d’abord souligner l’énorme disproportion de peuplement entre les Français et les Britanniques au début de la guerre totale, ce qui suffirait largement à expliquer la victoire finale des seconds sur les premiers.

En Amérique du Nord, la disproportion des populations était importante, soixante mille habitants dans la Nouvelle France contre deux millions dans les treize colonies de la Nouvelle Angleterre. Cependant, cette disproportion était en partie compensée par l’appui de  presque toutes les tribus indiennes à l’exception des Iroquois, dont bénéficiaient les colons français.

Ce sont les colonies britanniques qui prennent clairement l’initiative de la guerre, après les escarmouches autour de Fort Duquesne et l’abjecte embuscade conduite par Washington. À cet égard, une réunion cruciale a lieu en 1755 entre le General Edward Braddock, le nouveau commandant en chef de l’armée britannique en Amérique du Nord et six des treize gouverneurs des colonies. Ils décident d’une offensive contre la Nouvelle France selon quatre axes.

Toutes échouent.  Le 9 juillet 1755, l’effort principal mené par Braddock aboutit à la bataille de Monongahela, sur laquelle nous revenons plus loin. Il perd la bataille et la vie. Puis toutes les opérations, ou presque, menées en 1755, 1756 et 1757 aux frontières de la Pennsylvanie et de New-York échouent. Cependant, en 1755, les forces britanniques capturent Fort Beauséjour à la frontière de l’Acadie, ce qui leur permet d’exécuter librement l’infâme expulsion et remplacement des Acadiens par des colons britanniques. Les Britanniques se défendent en disant qu’ils n’en ont pas pris l’initiative à Londres mais en Acadie même. Pure hypocrisie.

De même, en 1757, l’offensive contre Louisbourg sur l’île du Cap-Breton échoue. Pire, les forces britanniques perdent Fort William Henry sur le lac George, à 250 kilomètres au nord ouest de Boston.

C’est ensuite que le rapport de force bascula en faveur des forces britanniques. Jusque là, malgré leur infériorité quantitative, les forces françaises et indiennes s’étaient révélées largement plus efficaces que les Britanniques. Le changement de politique britannique initié par William Pitt (1708-1778), renversa progressivement la situation en leur faveur.

Pitt avait de nombreux adversaires au sein de la classe politique britannique mais il était avait l’image auprès de l’opinion publique d’un défenseur intraitable des intérêts britanniques. Sa politique consistait à immobiliser le plus possible de ressources françaises en Europe, tandis que la Grande-Bretagne exploiterait sa suprématie navale pour s'emparer des possessions françaises tout autour du monde.

Il la mit en œuvre en s’emparant successivement des comptoirs commerciaux français en Afrique de l’Ouest, comme le fort de Saint-Louis au Sénégal en avril 1758,  puis l’île de Gorée, la Gambie, la Guadeloupe. Il mit également en échec les troupes françaises en Inde (1759). Cette stratégie périphérique fut un plein succès, grâce au nombre et à la qualité de la British Navy qui s’en donna à cœur joie. 

Son adversaire, le Duc de Choiseul (1719-1785) menait une stratégie diamétralement opposée qui consistait à rester sur la défensive dans les colonies tandis qu’il visait à une victoire totale en Europe qui lui permettrait de récupérer ultérieurement les colonies. Il est donc faux de soutenir que la France a abandonné ses colonies et notamment la Nouvelle-France, mais il est vrai par contre que la stratégie de Choiseul a globalement échoué.

Choiseul espérait même pouvoir envahir la Grande-Bretagne afin de sortir  le Royaume-Uni de la guerre et de récupérer les colonies perdues. Il jouait gros. D’énormes ressources furent consacrées la construction d'une flotte d'invasion mais les défaites navales françaises le forcèrent à y renoncer, tandis qu’il ne parvenait pas à percer en Allemagne. Les Britanniques parvinrent même à s’emparer de Belle-Île-en-Mer.

Comme on le sait, la guerre dura sept ans, de 1756 à 1763, presque deux fois plus longtemps que la Guerre de 1914-1918.  Ce fut une guerre totale. Elle impliqua, outre la France et la Grande-Bretagne, l’Autriche, la Prusse, La Russie, la Suède et même l’Espagne, plus tardivement. Elle se déroula principalement en Europe et en Amérique du Nord, mais aussi tout autour du monde, des Caraïbes aux Philippines, en passant par l’Afrique de l’Ouest et l’Inde.

Les belligérants français et anglais y engagèrent toutes leur ressources mais à la fin ce fut la Grande-Bretagne qui remporta provisoirement la victoire.

 

Ce qui reste de cette guerre aujourd’hui oubliée est considérable : l’équilibre du monde en a été bouleversé, jusqu’à ce jour. 

 

À SUIVRE

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 17:05
LE GRAND DÉRANGEMENT, PRÉLUDE À LA GUERRE TOTALE

L'IGNOBLE COMPORTEMENT DES AUTORITÉS BRITANNIQUES ENVERS LES ACADIENS

Il s’en faut encore de deux ans pour la guerre soit officiellement déclarée entre le Royaume de France et celui de Grande-Bretagne, mais un état de conflit s’était de fait installé en Amérique du Nord.

 

Le défi est considérable pour la Grande-Bretagne qui  possède un empire colonial très peuplé en Amérique du Nord, quoique peu étendu. Si la Grande-Bretagne ne possède pas d’armée puissante, elle détient l’atout maitre de la Royal Navy qui lui permet de maîtriser le commerce maritime, de conquérir des colonies et de porter le conflit sur les côtes de ses adversaires.

Elle va utiliser à plein cet avantage décisif pour conquérir toute l’Amérique du Nord  aux dépens de la Nouvelle-France qui représente un adversaire redoutable avec ses milices et ses alliés amérindiens. Ces milices de la Nouvelle France  rassemblaient tous les hommes valides âgés de 16 et 60 ans, habiles à la guerre d'embuscade, dotés de leur propres équipements, fusils, plomb, poudre et mèches, complétés le cas échéant par les fournitures de l’intendance militaire des trois gouvernements régionaux de Québec, Trois-Rivières  et Montréal.

En outre, armées de couteaux, de haches et de fusils, presque toutes les nations amérindiennes combattaient avec les Français, ce qui montre par contraste l’impopularité des colons britanniques auprès des Indiens. Naturellement, les Indiens excellaient dans les embuscades et les attaques surprises.

 

Après « l’exploit » de Washington et ses suites, les troupes françaises avaient la main sur l’Ohio en ce mois de juillet 1754. Pour y répondre, les  Britanniques firent l’effort d’envoyer deux régiments en renfort puisés sur leur maigre armée et de fournir 2 000 mousquets et 10 000 £, afin de lever des troupes coloniales, les Rangers, utilisés pour monter des embuscades et les Colonial Pioneers, destinés à construire et maintenir les fortifications, batteries et campements britanniques. 

Une réponse politique à l’ouverture des hostilités fut également donnée par le congrès d’Albany en juin-juillet 1754. Son but était d’organiser les relations avec les Indiens, qui paraissaient stratégiques dans le conflit à venir. Si le plan qui fut retenu ne fut jamais appliqué, ses principes annonçaient ceux de la Confédération pendant la guerre d’Indépendance. 

Aussi l’année 1755 voit les escarmouches se multiplier entre les Français et les Britanniques. Dans l’Ohio, les Britanniques attaquent sans succès Fort Niagara et se confrontent aux troupes franco-indiennes autour de Fort Duquesne. Les soldats britanniques sont deux fois plus nombreux que les Français et les Indiens, 2000 contre 900, mais ils sont tout de même vaincus par les tactiques de guérilla de leurs adversaires. Dans la région du Lac Champlain, le commandant des troupes françaises en Nouvelle-France tente de s’emparer du Fort Edward, échoue et est fait prisonnier par les Britanniques.

Puis l’amiral Edward Boscawen établit un blocus à l'entrée du Golfe du Saint-Laurent avec 11 vaisseaux de guerre afin de tendre une embuscade au vice-amiral Dubois de La Motte partit de Brest le 3 mai 1755 avec une escadre de 22 vaisseaux et des troupes régulières en renfort pour la Nouvelle-France, qui n’est donc nullement abandonnée à son sort. Quelques navires français sont capturés. La tension s’accroit entre les deux royaumes qui va conduire à la déclaration de guerre officielle du printemps 1756.

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Mais le drame éclate ailleurs, en Acadie. La France a cédé le territoire aux Britanniques depuis le traité d’Utrecht en 1713, qui se nomme désormais la Nouvelle-Écosse. En 1754, les victoires françaises dans la vallée de l'Ohio inquiètent fortement les colonies  britanniques. Le gouverneur Charles Lawrence discute avec William Shirley, gouverneur du Massachusetts, de la possibilité de remplacer les Acadiens par des colons anglo-américains.

Il rencontre des délégués acadiens afin d’exiger d'eux un serment d'allégeance inconditionnel envers le roi d'Angleterre qui les contraindraient à servir dans l’armée britannique contre l’armée française. Les délégués des Acadiens refusent, ce qui est tout à leur honneur.

En conséquence, Charles Lawrence, honte à lui, ordonne en juin 1755 à ses subordonnés britanniques dans chaque district d'attirer les hommes français dans les ports, de les y arrêter et de les y détenir. Des navires  viennent les chercher pendant que d'autres troupes, les hommes partis, s’en vont lâchement arrêter les femmes et les enfants chez eux. Les déportés sont divisés par groupes, puis embarqués sur les navires à destination des différentes colonies britanniques.

Ce fut ce que les Acadiens appellent le Grand Dérangement, qui s’achèvera par l’installation, cette fois-ci volontaire, d’une partie des descendants des Acadiens en Louisiane, les Cadiens. En tout, ce furent dix à quinze mille Acadiens qui furent déportés, tandis que deux à trois mille parvenaient à s’échapper au Québec.

Cette  expropriation et déportation massive  des Acadiens constitue ce que l’on peut appeler aujourd’hui une opération de nettoyage ethnique  de grande envergure, compte tenu de la démographie de l'époque. Elle montre, au delà de leur fourberie, l’intensité de la détermination britannique à chasser à tout prix le pouvoir français d’Amérique du Nord.

 

Désormais, dès le printemps 1755, un an avant la déclaration de guerre officielle entre les Royaumes de France et de Grande-Bretagne, les deux protagonistes s’approchent rapidement de l’affrontement total, avec le blocus sans déclaration de guerre pratiqué par la Royal Navy envers une marine française qui veut maintenir l’accès à la Nouvelle-France pour soutenir ses colons. 

 

À SUIVRE

L'INCENDIE DES PROPRIÉTÉS DES ACADIENS CHASSÉS DE CHEZ EUX POUR ÊTRE REMPLACÉS PAR DES COLONS BRITANNIQUES

L'INCENDIE DES PROPRIÉTÉS DES ACADIENS CHASSÉS DE CHEZ EUX POUR ÊTRE REMPLACÉS PAR DES COLONS BRITANNIQUES

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 10:36
GEORGE WASHINGTON OUVRE LE BAL PAR UN ASSASSINAT

L'OFFICIER FRANÇOIS COULON DE JUMONVILLE ASSASSINÉ PAR DES VIRGINIENS COMMANDÉS PAR WASHINGTON

Les colonies britanniques d’Amérique du Nord étaient bloquées dans leur expansion par la Nouvelle France, ce qui était logiquement générateur de conflit. Elles devaient s’efforcer de détruire la Nouvelle France sous peine d’être absorbées par elle.

 

Le conflit couvait dés la guerre de Succession d’Espagne, qui s’était conclue en 1713 par le traité d’Utrecht. Ce dernier avait abouti à la cession à la Grande-Bretagne d’une partie de l’Acadie à l’exception de l’île du Cap-Breton, des territoires de la Baie d'Hudson et de Terre-Neuve et au protectorat britannique du territoire iroquois qui recoupait celui de la vallée de l'Ohio. 

Au début de la guerre, trois mille troupes de la marine défendaient la Nouvelle-France avec l’aide occasionnelle de milices locales. Du côté britannique, seule la Virginie possédait des troupes régulières, les autres colonies n’utilisant que des miliciens locaux.

Les constantes incursions anglaises sur le territoire de la Nouvelle-France sont à l’origine du conflit de l’Ohio. En juin 1747, le gouverneur de la Nouvelle France, Roland-Michel Barrin de La Galissonière,  charge Pierre-Joseph Céloron de conduire une expédition militaire de deux cent hommes pour réaffirmer les droits du Roi Louis XV, depuis les lacs Ontario et Erie jusqu’au confluent des rivières de l’Ohio et de Miami. Ce faisant, il alarma les colons britanniques qui se sentirent menacés par la démonstration de force française dans l’Ohio, d’autant plus qu’ils comptaient bien s’y installer.

En 1749, le gouvernement britannique donna  des terres à cent familles regroupées dans l’Ohio Company of Virginia qui finirent par construire en 1752 une enceinte fortifiée au débouché de la rivière Monongahela, sur le site de l’actuel Pittsburgh, alors qu’au même moment trois cent hommes des troupes de marine française attaquait le comptoir de Pickawillany, coupable de commercer avec les Anglais. Pour renforcer leur position, au printemps 1753, deux mille troupes de marine et d’indiens, sous les ordres de Paul Marin de la Malgue, furent charges de protéger la vallée de l’Ohio des incursions anglaises. Les Français construisirent une série de forts, Fort Presque Isle sur le lac Erie, Fort Le Boeuf, actuellement Waterford, Pennsylvanie),  Descendant vers le sud, il  capture et chassa des commerçants anglais, inquiétant le Gouverneur de Virginie, Robert Dinwiddie, qui était un des investisseurs de la Ohio Company et qui craignait de perdre de l’argent si les Français tenaient l’Ohio.

En octobre 1753, il envoya le jeune Washington rencontrer les Français pour leur demander de se retirer de l’Ohio, qu’il considérait comme étant un territoire appartenant à la Virginie. Le 12 décembre 1753, Washington rallièrent Fort Le Boeuf où ils furent reçu à diner par Jacques Legardeur de Saint-Pierre, le commandant en titre des forces françaises qui lui expliqua que les droits français sur la vallée de l’Ohio étaient supérieurs à ceux des Anglais, du fait de la découverte de la région par René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle un siècle plus tôt.  Washington retourna en Virginie déconfit et inquiet des progrès des Français vers le Sud de l’Ohio.

D’ailleurs, sans même attendre le retour de Washington, le Gouverneur de Virginie, Robert Dinwiddie,  avait envoyé début 1754 une compagnie de 40 hommes construire un fort, sous le commandement de William Trent. Les Français arrivèrent en force, permirent à la petite compagnie de se retirer et leur rachetèrent leurs outils pour achever eux mêmes ce qui devint Fort Duquesne.

Pendant ce temps là, George Washington reçut l’ordre de renforcer Trent et c’est alors qu’il y eut le triste épisode de Jumonville Glen le 28 mai 1854. Il monta une embuscade contre un détachement français dirigé par Coulon de Jumonville qui avait pour mission de reconnaître si le territoire réclamé par la France avait été envahi, afin de délivrer le cas échéant aux Anglais présents une sommation de retrait des terres du roi Louis XV. 

Dans l’embuscade, neuf soldats français furent tués, vingt et un capturés et Coulon de Jumonville fut exécuté par les hommes de Washington dans des conditions troubles. Tandis que Washington se retirait, un soldat français rescapé parvint à prévenir de l’embuscade le commandant du Fort Duquesne, Claude-Pierre Pécaudy de Contrecoeur, qui envoya un détachement de 500 hommes dont il confia le commandement au propre frère de Jumonville, Louis Coulon de Villiers, avec pour mission de capturer Washington.

Les poursuivants trouvèrent les cadavres des soldats français livrés aux loups, avant de se lancer à la poursuite de Washington qu’ils rejoignirent là où il venait d’élever un nouveau fort, le Fort Necessity. Il fut battu et capturé par les troupes françaises à la bataille de Great Meadows, le 3 juillet 1754, mais il parvint non seulement à éviter l’exécution pour meurtre grâce à des aveux signés où il s’accusait être l'assassin de l'officier français, mais à être remis en liberté.

Si un milicien français avait assassiné un officier de l’armée britannique, il aurait été sans aucun doute exécuté. Ici, la « générosité » française révèle indéniablement une faiblesse dans la conduite de la guerre.

Cette affaire fit du bruit en Europe. Voltaire, tout anglophile qu’il était, s’indigna : « Je ne suis plus Anglais depuis que les Anglais sont pirates sur mer et assassinent nos officiers en Nouvelle-France  ». En Angleterre, le politicien Horace Walpole décrivit ainsi l’affaire : « The volley fired by a young Virginian in the backwoods of America set the world on fire. ».

 

C’est en effet  par cette traiteuse embuscade et cet assassinat que George Washington entra dans l’histoire en écrivant une page du prologue de  la guerre de Sept Ans (1756-1763) qui verra le siège de Québec, la conquête de la Nouvelle France par la Grande-Bretagne et la substitution de la prépondérance française par l’anglaise, une hégémonie anglo-saxonne sur le monde qui se maintient encore à ce jour.

 

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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 19:32
L'ÉTERNELLE BATAILLE DE QUÉBEC

LES IMMENSES POSSESSIONS FRANÇAISES EN AMÉRIQUE DU NORD VERS 1750

Couramment appelée « La bataille des plaines d’Abraham », la bataille du 13 septembre 1759 reste un moment décisif pour l’identité des Québécois. Ce jour là, les troupes anglaises d’invasion du général Wolfe battent les troupes françaises dirigées par le marquis de Montcalm et occupent Québec.

 

La bataille ne s’est pas achevée avec la prise de Québec. Elle dure toujours.

Elle avait déjà commencé le 16 octobre 1690, lorsque les Anglais, ayant capturé Port Royal, tentèrent de prendre la ville de Québec par l’intermédiaire de la milice américaine et furent repoussé par les tirs de canon commandés par le comte de Frontenac depuis le haut de la falaise. 

Puis il y eut la guerre de Sept Ans (1756-1763), sous le règne de Louis XV. Cette guerre, la première que l’on puisse qualifier de « guerre mondiale », s’est déroulé sur plusieurs théâtres d’opération, l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Inde et les Philippines, entre les royaumes de France et d’Espagne, les États des Habsbourg et l’Empire Russe contre le royaume de Grande-Bretagne et le royaume de Prusse.

Cette guerre de Sept ans provient d’une part de la volonté de la Prusse d’arracher la riche province de Silésie et d’autre part des visées de la Grande-Bretagne sur la Nouvelle-France qui inclut l'Acadie, le Canada et la Louisiane, les Antilles et l’Inde française.

En Europe, les manœuvres de Fréderic II, le roi de Prusse ont contraint la France à un renversement complet d’alliance qui la conduit à rallier l’Autriche en 1756 et s’adjoindre la Suède en 1757, contre la Prusse et la Grande-Bretagne qui sont les puissances émergentes du XVIIIe siècle.

Mais la France reste au XVIIIe siècle, comme aujourd’hui encore, la première puissance militaire d'Europe. Elle possède une énorme armée de quatre cent mille hommes et une marine de très bonne qualité, quoique inférieure à celle des Britanniques.

Le gouvernement français s’inquiète de la situation en Amérique du Nord car l’immigration française reste trop limitée en nombre, ce qui ne lui permet pas d’assurer une défense efficace de son empire colonial. Or elle détient alors plus de la moitié de l'Amérique du Nord, avec une partie du Québec actuel et la plus grande partie de l'actuel centre des États-Unis. Sa frontière s’étendait en effet, au Nord, de la limite de l'actuel Labrador, faisait une parabole passant au-dessous de la baie James pour aller contourner le lac Manitoba et le lac Winnipeg, au centre de l'actuel Manitoba et descendait jusqu'au golfe du Mexique, en suivant le fleuve Mississippi.

L’ensemble formait un croissant bordé par un chapelet de fortins et de postes, réunissant le Canada aux possessions du sud, qui encerclait les treize colonies britanniques de la Côte Atlantique concentrées dans une bande d’une centaine de kilomètres. Les Français étaient fortement concentrés le long du Saint Laurent et en Acadie, mais un petit nombre vivait à la Nouvelle Orléans, le long du Mississipi et dans l’Illinois. Les trappeurs et les commerçants voyageaient sur les eaux du Saint Laurent et du Mississipi.

À l’est, les colonies britanniques vingt fois plus peuplées aspiraient à s’étendre à l’ouest. Entre les deux, de larges territoires étaient contrôlés par des tribus indiennes, avec lesquelles les uns et les autres passaient des accords, nettement plus nombreux avec les Français qu’avec les Anglais. De son côté, dans l’Est de l’Amérique du Nord, l’Espagne ne revendiquait que la Floride peuplée d’à peine quelques centaines d’habitants. 

 

Les possessions britanniques se trouvaient donc isolées à l’est des Appalaches et les colons anglo-américains étaient bloqués dans leur progression vers l’ouest du continent par les possessions françaises.

 

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 17:25
Victoire militaire et défaite diplomatique

LA PRISE DU FORT DE MALAKOFF EN SEPTEMBRE 1855, PAR HORACE VERNET

 

 

Le 8 septembre 1855, après deux mois de bombardements incessants et une préparation d'artillerie de trois jours, les Français et les Anglais reprenaient l'offensive à Sébastopol.

 

Après cinq heures de lutte corps à corps, les zouaves du général Mac-Mahon se distinguaient encore en s'emparant de haute lutte du fort de Malakoff. À cette occasion, Mac-Mahon répondit à la question d'un officier anglais par cette expression fameuse : « Dites à votre général que j'y suis et que j'y reste ».

La prise de Malakoff menaçant d’encerclement total la place forte, Gortchakov, tout en refusant de capituler, fit évacuer Sébastopol en passant de nuit sur un pont jeté sur la rade. Les magasins et les vaisseaux furent incendiés, les fortifications détruites et les troupes franco-anglaises firent leur entrée dans la place le 10 septembre 1855, ce qui permit aux Anglais, toujours pratiques, de raser systématiquement les ports, les docks, les bassins et les casernes de la place forte.

Les Russes s’étaient extraordinairement bien battus mais la prise de Sébastopol constituait un incontestable revers qui contraignit le Tsar Nicolas 1er à signer les conditions préliminaires de paix le 1er février 1856, dont la ratification finale se déroula lors du congrès de Paris, du 28 février au 30 mars 1856.

Cette guerre avait révélé la faiblesse de l’organisation logistique de l’armée française, car la flotte ne disposait pas des moyens nécessaires pour assurer le ravitaillement du corps expéditionnaire et parce que la situation sanitaire des troupes au sol s’était révélée catastrophique : sur les 95.615 morts de l’Armée française en Crimée, 10.240 tombèrent au combat, 10.000 moururent de leurs blessures dans les hôpitaux et les 75.000 autres succombèrent de maladies infectieuses, notamment du typhus et du cholera.

Pourtant, malgré cette impéritie, l’impact de la guerre de Crimée fut considéré comme positif par l'opinion française parce que l’armée française, ayant triomphé de l’armée russe, pouvait être qualifiée de première armée d’Europe! 

C’est pourquoi, le 29 décembre 1855, les quelques divisions revenues de Crimée furent acclamées à Paris. « Ils sont entrés en tenue de campagne, raconte Prosper Mérimée, avec leurs vieilles capotes déchirées, leurs drapeaux en loques et leurs blessés marchant en avant avec les vivandières. Il y a eu une nuée de larmes. Le général Canrobert pouvait à peine se tenir à cheval d’émotion. »

La guerre de Crimée se révéla néanmoins catastrophique pour la France, parce qu’elle était dénuée d’objectif stratégique et que le nombre de morts était très élevé. Les bénéficiaires de la guerre étaient l’Angleterre, la Turquie et l’Autriche, tandis que la France, en dehors de la gloire, n’y gagnait qu’une solide rancune de la part de la Russie, rancune qui la priverait de tout allié lors de la guerre de 1870.

Sur le coup, on se rengorgea de ce que Paris soit la ville du Congrès de la paix, on glosa sur la soi-disant « prépondérance » française en Europe. La France était la plus grande, la plus forte, la plus généreuse, elle seule pratiquait une « juste » politique des nationalités qui visait à donner à chaque peuple un territoire souverain. Ainsi, une fois encore, après la Révolution et l’Empire, la France s’érigeait en arbitre des peuples, alors qu’elle n’était que la servante du "Grand Jeu" britannique.

 

Aussi, la leçon la plus curieuse et la plus instructive de la Guerre de Crimée reste qu'elle n’a toujours pas été retenue par nos dirigeants, puisqu’ils pratiquent exactement la même politique vis à vis de la Russie, un siècle et demi plus tard...

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 14:55
IMPUISSANCES

LE DESTIN DES HOMMES N'ÉCHAPPE PAS AUX LOIS DE LA NATURE

J’ai lu ce matin un interview de Patrick Raynal, un auteur de roman policier niçois, qui déclare en conclusion : « Regardez ce qui se passe dans le monde, regardez l’histoire des refugiés : on a beau tenir des propos d’extrême droite, on ne les empêchera pas de déferler ». Et lorsqu’un immigré mal intégré provoque indirectement la mort de 85 personnes, il a ce commentaire lapidaire : « Je l’ai vécu horriblement mal, effroyablement mal… »

Le pauvre.

Puis j’ai écouté cette émission à succès de RMC, « Les Grandes Gueules ». Je les ai entendu traiter du problème de l’accès au porno pour les enfants et celui de l’accès à la drogue pour tous. De la discussion avec les auditeurs, il ressortait en gros que l’on ne pouvait rien faire.

Il y a quelques jours, j’ai entendu la « Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté » (jolie paraphrase pour ne pas dire « prisons »), Adeline Hazan, déclarer sur France Inter : « Je pense que plus on construira de places de prison, plus elles seront occupées  et que ça n'est pas une bonne solution, cette inflation carcérale d'année en année ou de décennie en décennie. » Donc, d’après cette bonne âme, il ne faut pas en construire.

Après le meurtre de masse de Nice, j’ai entendu le Président de la République et le Premier Ministre déclarer qu’ils étaient déterminés à lutter contre le terrorisme, mais exclusivement dans le cadre de l’État de Droit. Donc, s’ils sont impuissants à lutter contre le terrorisme sans outrepasser ou modifier l’État de Droit, ils renoncent à lutter contre, si j’ai bien compris ?

Auparavant, j’ai entendu que l’on ne pouvait rien faire contre la dégradation du système scolaire, rien contre le chômage (personne ne l’a dit officiellement depuis Mitterrand mais on peut l’observer sans peine), rien contre la désindustrialisation du pays, rien contre la destruction de notre agriculture, rien pour empêcher les travailleurs détachés de ne pas payer les droits en France et rien pour empêcher les géants du Net de ne pas payer leurs impôts en France, rien contre, rien pour, on ne pouvait rien de rien !

À cette liste modeste, vous pouvez rajouter à satiété une liste complémentaire de nos impuissances publiques en fonction de vos centres d’intérêt. D’ailleurs, elles s’étalent sans vergogne à longueur de medias, comme s’il s’agissait d’une sorte de gloire nationale de ne pouvoir rien faire ! J’ai même entendu un imbécile, pardonnez ce terme mais je n’en trouve pas de plus adapté à sa prestation, soi disant journaliste économique, expliquer sur France Inter que les Français avaient une maladie mentale bizarre qui les poussait à tout voir en noir !

Lui s’en étonnait, jugeant les Français stupides d’avoir une vision sombre de leur environnement. Au contraire, il faudrait s’inquiéter de la santé mentale des Français, si, face à tant d’impuissance tous azimuts étalée, ils voyaient l’avenir de leurs institutions et de leur société en rose !

Devant cette impuissance forcenée, je ne m’étonne pas que des jeunes des banlieues qui se sentent installés au cœur même de l’impuissance publique, non formés, sans espoir d’embauche, mis dans l’incapacité de croire en un système qui proclame quotidiennement qu’il ne peut rien faire, ni pour eux ni contre eux, puisqu’il les a en même temps abandonné au bord de la route tout en leur distribuant aveuglement allocations et aides pour les calmer, puisqu’il ne peut ni les empêcher de consommer et de vendre de la drogue, ni les emprisonner s’ils commettent des délits, puisqu’il leur fait savoir à la fois qu’ils doivent respecter la loi mais qu’il ne fera rien pour faire en sorte qu’ils la respectent, se tournent vers des autorités morales traditionnelles qui leur parlent de loi divine à révérer et qui les punissent avec détermination et cruauté s’ils enfreignent les règles qui en découlent. Enfin des règles, enfin une autorité, enfin un chemin à suivre, même s’ils les conduit pour les plus égarés d’entre eux au meurtre et au suicide !

Ces jeunes à la dérive ont au moins le « mérite » de nous montrer qu’ils n’ont fait que tirer les conséquences, même absurdes, d’une société qui s’est abandonnée à l’impuissance institutionnalisée. Et comme l’histoire nous apprend qu’une telle société n’a jamais pu durer et comme le bon sens nous dit qu’une société de l’impuissance est condamnée à l’implosion, il est facile de prévoir l’avenir du système inerte actuel, sans pouvoir anticiper toutefois le processus et la durée de l’implosion et la nature de la société qui lui succédera, sauf sur un point :

 

Notre future société sera autoritaire ou ne sera pas.

 

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 17:52
Le douloureux siège de Sébastopol

ÉPISODE DU SIÈGE DE SÉBASTOPOL

 

Devant la menace de la redoutable coalition qu’elle doit affronter, la Russie retire ses forces de Bulgarie et des principautés roumaines tout en continuant à refuser les propositions de paix faites le 8 août 1854 par la France, l'Angleterre, l'Autriche et la Prusse à Vienne.

 

Heureusement pour la Russie, l’Autriche se retire rapidement de la coalition parce qu’elle est lâchée par la Prusse qui fait rejeter sa proposition de mobilisation de la Confédération germanique contre la Russie.

Les alliés anglo-français se trouvent dés lors dans l’obligation d’assigner un objectif à leurs troupes concentrées à Varna. Il est tout trouvé pour les Anglais, désireux d’anéantir la puissance navale de la Russie dans la mer Noire : ils imposent celui de la destruction de l'arsenal de Sébastopol. Il est curieux que ce même Sébastopol, principale base navale russe, soit aujourd’hui encore contesté à la Russie par les diplomaties américaines et de l’UE, dans leur querelle au sujet de l’Ukraine.

Le 14 septembre 1854, 120 navires débarquent les 30000 Français, les 21500 Anglais et les 6000 Turcs qui forment les premières troupes du corps expéditionnaire à 50 Km au nord de Sébastopol. L'opération se déroule sans opposition car les Russes, croyant à une attaque sur Odessa, ne disposaient que de 51 000 hommes en Crimée.

Pour atteindre Sébastopol depuis leur point de débarquement, les assaillants devaient franchir la rivière Alma solidement tenue par les 37.000 hommes du maréchal Menchikov, retranchés sur les hauteurs.

Le 20 septembre au matin, les deux armées se font face.

Les Anglais, qui n'ont plus combattu depuis la bataille de Waterloo en 1815, s'avancent lentement au pas et subissent de lourdes pertes, tandis que les Zouaves des unités de l'Armée d'Afrique, plus aguerris, emportent la décision. D’où le nom donné au célèbre pont de l'Alma à Paris et sa statue de zouave, étalon des crues de la Seine.

Menchikov ordonne alors la retraite vers Sébastopol et ses puissantes fortifications, tandis que la flotte russe saborde une de ses escadres pour bloquer l'entrée de la rade et que les marins, leur artillerie et leurs réserves de munition et de vivres sont mis à terre pour défendre l’arsenal. Menchikov dispose de 38.000 hommes au début du mois d'octobre 1854, tandis que les assiégeants rassemblent plus de 100.000 hommes, ce qui se révéla malgré tout insuffisant pour investir complètement la place.

Le 17 octobre, les défenses russes renforcées par des travaux dirigés par l'excellent colonel du génie Franz Todleben sont testées en vain par les alliés et une semaine plus tard les Russes contrattaquent pour briser le siège. L'aile droite russe bouscule les Turcs mais vient buter sur la farouche résistance du 93rd Highlanders. Les Russes récidivent le 5 novembre en attaquant à nouveau sans succès le secteur britannique.

Les mois suivant, les assiégés subissent les rigueurs de l'hiver aggravées par les insuffisances du ravitaillement. Les effectifs français atteignent alors 90000 hommes et ceux des Turcs environ 50000, tandis que les Anglais n’ont plus que 11000 hommes valides. En face, la garnison russe compte désormais plus de 100.000 hommes qui procèdent les 22 février et 22 mars 1855 à deux violentes sorties.

Avec l'arrivée des beaux jours et le renfort de légions suisses, allemandes, polonaises et sardes, les assiégeants reprennent l'initiative avec plus de 140 000 combattants. Du 8 au 18 avril, la garnison russe subit de lourdes pertes sous le feu des canons alliés, tandis que les généraux français et anglais, Canrobert et lord Raglan, se disputent, ce qui entraine la démission de Canrobert remplacé par le général Pélissier.

 

Le 17 juin 1855, les alliés procèdent à une attaque de grande ampleur sur Sébastopol qui échoue encore, tandis que le général Menchikov est remplacé par le prince Gorchakov qui tente aussitôt, mais toujours sans succès, de briser l'encerclement allié.

 

 

 

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