Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog d'André Boyer
  • Le blog d'André Boyer
  • : Commenter les événements de l'actualité, tirer les leçons de l'histoire. Ne pas cesser de philosopher. Relater les expériences de ma vie.
  • Contact

andreboyer

Recherche

Pages

Catégories

23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 11:12
LA LIQUIDATION DES INDIENS D'AMÉRIQUE DU NORD

 

L’histoire de la colonisation de l’Amérique du Nord est celle de la liquidation des indigènes, à savoir celle des Indiens d’Amérique du Nord. Elle est révélatrice de l’idéologie, de l’attitude et du comportement des colons britanniques car elle est fondatrice de la politique américaine, constante des origines à nos jours.

 

La liquidation des Indiens d’Amérique du Nord s’inscrit dans le cadre du récit que j’ai entrepris de la guerre entre les Français, les Canadiens et les Indiens contre l’armée et les colons britanniques. Cette guerre de conquête du Canada, qui s’achève en 1760, est appelée par les historiens américains « The French and Indian War » : elle est donc menée contre les Français ET les Indiens associés. Elle continuera contre les Indiens seuls jusqu’au début du XXe siècle, au moment où ces derniers, presque exterminés, ne représenteront plus aucune gêne pour les colons américains.

L’histoire tragique des Indiens d’Amérique du Nord commence avec l’arrivée des premiers êtres humains sur le continent américain pendant la dernière ère glaciaire, lorsque le détroit de Béring, pris par les glaces, forma un passage terrestre entre l’Asie  et l’Amérique, qui fut sans doute emprunté par des populations asiatiques nomades.

La présence humaine est attestée en Alaska  vers 20000 av. J.-C, sur la côte est des États-Unis vers 16000 av. J.-C. et en Floride vers 10000 av. J.-C.. Les premiers occupants vivent de la chasse, de la pêche et du ramassage de coquillages. Puis le climat de l'Amérique du Nord devenant plus chaud et plus sec, les populations amérindiennes se sédentarisent. Des civilisations avancées se développent autour d’une agriculture de plus en plus diversifiée, d’un artisanat raffiné et de la construction de lieux de culte monumentaux. Mais ces civilisations s’éteignent bien avant l’arrivée des Européens, sans doute en raison de nouveaux changements climatiques.

Apparaissent alors les tribus que vont découvrir les Européens, entre lesquelles les guerres sont fréquentes : les Sénécas affrontent régulièrement les Cherokees, les Sioux  massacrent les Mandans et les Apaches s’attaquent fréquemment aux Pueblos, mais avec des armes rudimentaires, haches, tomahawks, flèches et arcs, massues, couteaux, qui limitent la portée des pertes humaines...

Vers 1500, à la veille de la conquête européenne, alors que  la population de la France compte 18 millions de personnes, celle de l’Espagne 8 millions d’habitants et celle de l’Angleterre 4 millions d’habitants, les historiens évaluent à environ 10 millions d’habitants le nombre d'Amérindiens en Amérique du Nord, qu’ils regroupent en huit aires culturelles principales en fonction du milieu naturel, et surtout en 300 à 500 tribus dotées de langues différentes. C’est alors que la catastrophe s’annonce pour eux, quand s’engage la course entre les puissances européennes pour l’exploration et la colonisation de l’Amérique du Nord, qui implique l’asservissement et l’élimination des Amérindiens d’Amérique du Nord.

 

Dans l’ordre chronologique, les Espagnols, les Français et les Anglais commencent à s’aventurer  prudemment en Amérique du Nord, les derniers arrivants, plus nombreux, finissant par expulser tous les autres et par exterminer les Indiens.

Repost 0
Published by André Boyer - dans HISTOIRE
commenter cet article
11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 14:16
LE MAROC MONTRE LA VOIE

Le Maroc, investit, investit et investit encore en Afrique, devançant tous les grands pays industriels. Et il a mille fois raison.

 

Dans le dernier classement des entreprises africaines du magazine Jeune Afrique, parmi les 500 entreprises classées, 71 sont marocaines, soit 14 % des entreprises africaines dans leur ensemble. C’est une proportion énorme pour un pays de 34 millions d’habitants qui ne représente que 2,8 % de la population africaine et 4 % de son économie.

Le Maroc, qui tournait presque le dos à l’Afrique il y a trois décennies pour des raisons politiques, est devenu le premier investisseur francophone sur le continent et le deuxième grand investisseur africain après l’Afrique du Sud.

Ses compagnies d’assurances, de télécommunications, de construction et de grande distribution sont partout. Les agences bancaires marocaines sont désormais deux fois plus nombreuses que les institutions françaises en Afrique. Royal Air Maroc a multiplié par cinq le nombre de routes desservant le continent.

Ce dynamisme s’explique par la volonté du Maroc de se doter  de l’une des économies les plus diversifiées du continent. Le Maroc est le deuxième producteur automobile du continent, avec 346 000 voitures en 2016, après l’Afrique du Sud qui en produit 600 000. Cette année 2017, il sera le premier pays du continent à implanter un TGV. Aussi, quand on considère le classement de Jeune Afrique, secteur par secteur, on observe que six des cinquante premières sociétés africaines du secteur des boissons sont marocaines, quatre dans le secteur des télécommunications, quinze dans le secteur de la construction et dix dans celui des matériaux de construction.

Ce tropisme africain est le fruit de la stratégie de Mohammed VI depuis son accession au pouvoir, le 30 juillet 1999, une semaine après le décès du roi Hassan II. Tandis que la France se désintéressait du continent africain, la Chine et le Maroc prenaient provisoirement sa place.

Mohammed VI a lancé son pays à la redécouverte de l’Afrique francophone. Pour ce faire, il a personnellement dirigé plusieurs dizaines de visites officielles, souvent de fortes délégations composées de 300 à 400 personnes, dont une moitié d’hommes d’affaires. Cette action volontariste  a eu des effets tangibles au bout de huit ans, lorsque les banques marocaines ont commencé à acquérir d’autres banques africaines, dont plusieurs filiales africaines de banques françaises. Les grandes entreprises marocaines, à commencer par l’OCP, l’Office Chérifien des Phosphates, se sont engouffrées dans la brèche, suivies par les PME.

De 2000 à 2013, l’économie marocaine a crû à une moyenne de 5 % par an, marquant un léger ralentissement de la cadence depuis 2013, avec une moyenne de 3,6 %, mais le taux de chômage et l’inflation ont été contenus. Ces succès ne sont pas de trop pour surmonter les difficultés du pays. La SAMIR, numéro un du raffinage au Maroc est en faillite. Le Rif, au nord-est du pays, est en révolte larvée depuis octobre 2016. Le Royaume s’efforce de réparer un système d’éducation en ruine qui balance entre l’arabisation et la francisation et de construire un solide système de protection sociale. Mais le Maroc tient le coup et continue d’avancer.

La pénétration des intérêts marocains sur le continent ne fait pas que des heureux. Le Sénégal, un peu débordé, s’en inquiète mais le Maroc joue fortement sur l’un de ses points forts, une diplomatie de grande qualité, tandis que les missions très fréquentes du roi en Afrique visent à calmer les aigreurs et à passer des accords commerciaux dans un cadre de coopération sud-sud qui demeure une exception. De plus le Maroc, grâce à ses accords de coopération avec l’Union européenne, constitue une importante porte d’entrée vers l’Europe pour le continent africain.

D’ailleurs, le Maroc vient de réintégrer l’Union africaine qu’il avait quitté il y a trois décennies en raison du débat sur le Sahara occidental entretenu par l’Algérie. Il tente actuellement de se faire accepter parmi la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Enfin, avec la tenue de la COP22 sur le climat en décembre 2016 à Marrakech, il ajoute désormais la diplomatie environnementale à ses nombreuses avancées. À l'extérieur du Maroc, on ignore souvent son investissement  dans les énergies renouvelable. Il s'est notamment doté de l'une des plus grandes centrales d'énergie solaire  du monde, Nour (la lumière) dans les environs de Ouarzazate, qui sera bientôt suivi d'une nouvelle centrale solaire, Nour 2, Nour 3 et Nour 4 étant déjà programmés. L'objectif est d'utiliser et d'exporter  une énergie propre, en se dotant du plus grand site de production solaire du monde d'ici 2020.

 

Désormais, pour la coopération avec l’Afrique comme avec l’UE comme pour le développement durable, le Maroc est devenu à la fois un pont et un modèle. Que la France et l’Algérie en tirent toutes les leçons.

 

(D'après, en particulier, l’article de Jean-Benoît Nadeau dans le Devoir (Montréal) du 10 juillet 2017.)

Repost 0
Published by André Boyer - dans ACTUALITÉ
commenter cet article
2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 18:44
LES PRISONNIERS DE FORT NIAGARA

 

 

Après la bataille de la Belle-Famille et la reddition de Fort Niagara, le traitement des prisonniers capturés en juillet 1759 est révélateur de la nature de la guerre au milieu du XVIIIe siècle.

 

Au cours de la bataille de la Belle-Famille, 116 français furent capturés et 250 tués, la plupart par les Iroquois. Sir William Johnson, le marchand irlandais qui était devenu un chef mohican et commandait maintenant les troupes anglaises, négocia avec les Iroquois. Ces derniers détenaient 150 scalps et avaient fait 96 prisonniers qu’ils refusèrent de rendre. On ne sait pas quelle proportion d’entre eux fut tuée, tandis que les autres étaient dispersés dans les campements iroquois pour servir d’esclaves et d’époux. On sait simplement que cinq prisonniers parvinrent à s’échapper.

Avec l’arrogance des vainqueurs, Sir William Johnson ne concéda que des conditions très dures pour la reddition des troupes françaises, négociée avec le Capitaine Pierre Pouchot qui commandait Fort Niagara : il n’accorda ni leur retour au Canada en échange de prisonniers anglais, ni les honneurs de la guerre qui  leur auraient permis d’être libres en échange de leur engagement de ne pas combattre.

Au contraire, il les conduisit tous en captivité jusqu’à Schenectady dans  l’État de New-York, à l’exception de 26 femmes et enfants, d’un prêtre et d’un serviteur qui furent  escortés jusqu’à une ile française à l’entrée du Saint-Laurent. Cependant 12 autres femmes décidèrent de suivre leurs époux en captivité, 9 prisonniers s’échappèrent en cours de route dont 4 furent recapturés et 10 prisonniers allemands changèrent de camp en s’engageant  dans les troupes du Royal American.

Le total des prisonniers français, hommes, femmes et enfants s’élevait à 634, ce qui était un nombre inhabituellement élevé. Ils furent aussitôt dispersés entre les États de New-York, du New Jersey et du Connecticut où les colons avaient l’intention de les faire travailler pour une somme si faible que 30 d’entre eux refusèrent de travailler, préférant aller en prison.

Les officiers furent mieux traités. On leur avança immédiatement 50$ pour leurs frais de subsistance,  encore que cette générosité fut ensuite prise en charge par la France.

Entretemps, une convention franco-anglaise concernant les prisonniers avait été signée en février 1759 à Sluis (Pays-Bas) applicable dans toutes les zones de conflit dans le monde puisque la guerre de Sept Ans était la première guerre mondiale de l’histoire. Selon cette convention, chaque partie en conflit acceptait de payer pour l’entretien de ses soldats capturés, à condition que soient respectés un certain nombre de conditions concernant la manière dont les prisonniers étaient traités. Ils ne devaient pas être contraints de travailler pour se nourrir et ils devaient être bien logés. Il était spécifié que la paille de leurs lits devait être changée tous les huit jours, qu’ils devaient recevoir la même ration de pain que le soldats en activité et un pécule quotidien, dont le montant était spécifié, pour acheter de la nourriture. En outre, les prisonniers ne devaient pas être sollicités pour s’engager dans l’armée ennemie et ils avaient la possibilité d’écrire une fois par mois pour décrire leur situation.

Les blessés et les malades devaient être soignés de manière appropriée et être libérés dés que possible en prenant le chemin sûr le plus court. En outre, les officiers devaient bénéficier de prêts qui  seraient remboursés par leur pays. Cette convention était rendue effective par un échange mensuel de comptabilité et un prompt règlement des dettes.

En Amérique, l’administration anglaise prit conscience qu’elle était loin de répondre aux exigences de la convention de Sluis. La liste complète des prisonniers était inexistante, les officiers avaient été séparés de leurs hommes, ces derniers avaient été mis en partie au travail et ils n’avaient pas reçu le penny et demi anglais par jour qui était prévu dans la convention.

Aussi le général en chef Amherst  envoya t-il ses officiers marchander avec les officiers français de plus haut rang pour accepter un arrangement qui éviterait des contestations ultérieures. Puis il négocia un échange de prisonniers avec le Marquis de Vaudreuil, le Gouverneur de la Nouvelle-France. Les Français libérèrent 270 prisonniers anglais, dont 68 civils, 48 territoriaux, 90 militaires anglais, 47 rangers et 16 officiers. Amherst laissa partir en échange 211 prisonniers français, dont 53 soldats, 35 troupes de marine, 107 soldats canadiens  et 16 civils.

Pour la plupart d’entre eux, leur captivité n’avait duré que quelques mois et ils furent de retour à temps pour Noel 1759, à temps pour participer à la défense désespérée de la Nouvelle-France en 1760.

 

Quand on songe à la barbarie des guerres du XXe siècle, on se dit, qu'à condition d'échapper aux Iroquois, ils étaient  vraiment bien traités, ces prisonniers des guerres du XVIIIe siècle !

 

Repost 0
Published by André Boyer - dans HISTOIRE
commenter cet article
26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 01:49
SAUDI'S ARABIA BOSS

 

J’ai publié en janvier et février 2016 cinq articles sur la politique suivie par l’Arabie Saoudite, dont un article sur la structure de son pouvoir. Je vous propose ci-après une remise à jour de ce dernier article, compte tenu des derniers événements dynastiques.

 

 

Par décret royal, le mercredi 21 juin 2017, le roi d’Arabie Saoudite, Salman ben Abdelaziz Al Saoud, a nommé son fils, Mohammed Ben Salman Al Saoud, prince héritier, à la place du prince Mohammed Ben Nayef. Il s’agit de la toute dernière étape avant que Mohammed Ben Salman, appelons-le MBS, ne devienne Roi.

Pour le moment, en apparence, le Roi reste Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, qui a succédé à son demi-frère Abdallah début 2015. Sixième fils du fondateur de la dynastie, Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud, il est devenu le septième roi d'Arabie saoudite, après le fondateur et ses cinq frères ou demi-frères.

Il est vrai que la famille Saoud détient le pouvoir en Arabie Saoudite depuis 1744, lorsqu’elle a réussi à soustraire l’oasis de Dariya, prés de Riyad, de l'emprise de l'empire ottoman et des chérifs de La Mecque. Si les descendants du premier fondateur de la dynastie, Mohammed ben Saoud Al Mouqrin, sont au nombre d’environ vingt mille princes et princesses de sang, seuls les descendants directs d’Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud dit Ibn Saoud (1880-1953), fondateur du royaume d'Arabie saoudite actuel, ont droit au titre d’altesse royale.

La règle de succession dynastique traditionnelle des tribus arabes prévoit la transmission du pouvoir aux frères puis aux demi-frères du roi par rang d'âge, l'héritier étant ensuite confirmé par le conseil de famille. Selon ces principes, six enfants mâles du roi se sont succédés depuis sa mort, mais une nouveauté a été introduite par le roi Fahd en 2006, qui redoutait l'influence grandissante des membres du clan des Soudayris dont il ne faisait pas partie. Le Roi Fahd décida de créer un Conseil d’allégeance pour diluer l’influence des Soudayris en incluant plus de personnes dans le processus décisionnel et il ouvrit la loi de succession à la génération des cinq cent petits-fils d’Ibn Saoud.

Le prince héritier doit désormais être choisi par ce Conseil d'allégeance, qui comporte trente-cinq membres de la famille royale représentant les principales branches de la famille, dont  les Soudayris et les Chammars qui en constituent les clans les plus puissants.

Mais les attentes du Roi Fahd ont été déçues car, lorsque le Conseil d’allégeance s’est réunit pour la première fois, il a désigné un Soudayri, Nayef ben Abdelaziz Al Saoud, puis lorsque ce dernier est mort à son tour,  le Conseil a encore désigné un Soudayri, le prince Salman ben Abdelaziz Al Saoud, comme prince héritier le 18 juin 2012.

C’est ce dernier qui est devenu le Roi, le 23 janvier 2015, sans vraiment détenir le pouvoir, car il semble qu’il ait été atteint par la maladie d’Alzheimer avant même de devenir roi. Le vrai détenteur du pouvoir reste le clan Soudayri, qui l’a à son tour confié à un jeune homme, âgé d’à peine trente et un ans, Mohammed ben Salman Al Saoud (MBS), le cadet d’une des trois femmes du roi Salmane, elle-même une Soudayri.

Parachevant cette prise de pouvoir, MBS vient d’être désigné Prince Héritier par le roi, désignation approuvée par 31 des 34 membres du Conseil d'allégeance. Ce titre s’ajoute aux multiples fonctions régaliennes qu’il occupe déjà : il est Vice-Premier ministre, en réalité Premier Ministre puisque c’est le Roi qui est traditionnellement le Premier Ministre, il est Ministre de la Défense, Président du Conseil économique et du développement (en d’autres termes, Ministre de l’Économie et des Finances), Conseiller spécial du Roi et Directeur du Cabinet Royal!

Tout cela à 31 ans,  soit huit ans de moins que le Président Macron…

Il est donc aisé de comprendre qui est l’auteur des décisions brutales prises par l’Arabie saoudite depuis le début 2015, puisque depuis la prise du pouvoir de MBS sur l’Arabie Saoudite, le Royaume s’est lancé dans une politique d’agressions tous azimuts, en prenant quasiment le contrôle militaire de Bahreïn, en se lançant dans une guerre brutale au Yémen, en menaçant désormais le Qatar, tout en proclamant haut et fort que l’Iran, la première puissance de la région, est son ennemi juré.

 

 

On est donc fondé à suivre avec attention la voie périlleuse qu’emprunte l’Arabie Saoudite entre les mains téméraires de MBS…

Repost 0
Published by André Boyer - dans ACTUALITÉ
commenter cet article
22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 14:23
L'EMBUSCADE DE LA BELLE-FAMILLE

 

Prenant la tête de 450 hommes, Massey rejoignit ses troupes coloniales qui construisaient un barrage fait d’abatis en travers du portage de la Belle-Famille.

 

En outre, pour parfaire le piège, Massey déploya sur le flanc droit du portage 130 hommes du 46e régiment dans la clairière de La Belle-Famille. En avant de ce flanc droit, juste au dessus de la gorge, il plaça les grenadiers du 46e et un petit détachement d’infanterie du 44e. À la gauche du 46e, les compagnies du 44e, du 46e et le 4e bataillon du 60e régiment d’infanterie se mirent en place. Il ajouta à l’extrême gauche du dispositif un détachement du 44e et le Régiment de New-York. Tenant compte de ce que les troupes françaises comprenaient un grand nombre de troupes régulières, Massey ordonna à ses hommes de se mettre en position allongée et de fixer les baïonnettes au canon.

Bien que Pouchot ait conseillé à Lignery d’avancer sur la côte ouest du lac, Il avait aussi insisté pour qu’il utilise le portage. Ce qui surprend dans les évènements du 24 juillet 1759, alors que Lignery et Aubry connaissaient parfaitement les techniques de combat indiennes, est qu’ils avancèrent à proximité du fort sans prendre les précautions habituelles contre les embuscades, peut-être pressés d’arriver au contact de l’ennemi. Le fait est qu’ils s’avancèrent directement le 24 juillet dans le piège qui leur était tendu.

Dés qu’ils sortirent des bois pour surgir dans la clairière, ils découvrirent la présence ennemie, rompirent leurs colonnes pour se déployer en ligne et ouvrirent immédiatement le feu. De son côté, le commandement britannique donna l’ordre à ses hommes de se relever et de tirer, lorsque les Français furent très proches. Massey estima plus tard que ses hommes avaient tiré à 16 reprises pendant les combats, ce qui est considérable pour l’époque. Pendant ce temps, le feu nourri des grenadiers pris les Français en enfilade sur leur flanc gauche. Quand ces derniers se mirent à reculer face à ce feu nourri, les Anglais attaquèrent à la baïonnette, entrainant l’effondrement de la combativité des troupes françaises et la ruée des Iroquois sur les survivants. 

Les Français refluèrent alors en panique, poursuivis par les Britanniques sur 8 kilomètres. Les pertes françaises s’élevèrent à 376 tués et prisonniers, y compris Lignery qui ne survécu que quelques jours. La relation de la bataille par Johnson, qui n’y avait pas participé envenima le conflit entre ce dernier et Massey. Johnson raconta que le mérite de la victoire devait être partagé entre les troupes britanniques et les Indiens, et cette version des évènements fut reprise par les journaux. Massey réplique que les Iroquois s’étaient comportés avec la plus grande lâcheté, se contentant d’achever les blessés et de massacrer ceux qui voulaient se rendre.  

Ignorant des combats qui s’étaient déroulés à La Belle-Famille, Pouchot continua de résister dans le Fort Niagara. Il refusa de croire aux rapports que la colonne de secours avait été défaite, jusqu’à ce que les Anglais lui permettent de rencontrer Lignery blessé. Il accepta alors de se rendre, le 26 juillet 1759.

 

Pouchot n’obtint pas, comme il l’espérait, de se retirer à Montréal avec les honneurs de guerre, mais lui et ses officiers furent conduits à Albany, dans l’État de New York, comme prisonniers de guerre.

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by André Boyer - dans HISTOIRE
commenter cet article
15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 09:39
JOHN CONRAD

Voici un billet inusuel, du point de vue des thèmes de mon blog, mais j’aime beaucoup l’écrivain Conrad. Il parvient en effet à faire partager à la fois le décor et les aventures de ses héros dans des cadres parfaitement exotiques et à exposer sa philosophie qui consiste à faire face aux hasards de la vie.

 

Joseph Conrad est un écrivain qui n’a cessé de se transformer. Bourgeois, il se transforme en marin; marin, il mute en romancier ; Polonais, il écrit en anglais et devient Britannique; romantique, il se cache derrière un pessimisme quasi nihiliste. Son idéalisme, qui l’incite à défendre les opprimés, est compensé par un conservatisme dénué d’illusions. Quant à ses héros, ils découvrent au bout de leur chemin une solitude absolue.

De son vrai nom Teodor Jozef Konrad Nalecz Korzeniowski, Joseph Conrad (1857-1924) est issu de la partie de la Pologne occupée par la Russie. En 1874, à l’âge de 17 ans alors qu’il est orphelin depuis l'âge de onze ans, il choisit le métier de marin, d’abord en France puis en Grande-Bretagne où il gravit les échelons jusqu'à celui de capitaine en 1888. Entretemps il a pris la nationalité anglaise et voyagé autour du monde, en Inde, à Singapour, en Australie, à Java, à Sumatra et au Congo (1890), ce dernier voyage le marquant profondément.

Il publie en 1894, Almayer's Folly, un ouvrage marqué par ses références littéraires, notamment françaises comme Flaubert et Maupassant, qui laisse transparaitre, derrière un exotisme flamboyant, la figure de Madame Bovary. Sa période d’apprentissage littéraire se poursuit avec An Outcast of the Islands (1896).

Il atteint sa maturité littéraire avec The Nigger of the Narcissus (1897) qui constitue une sorte de fable initiatique : l'équipage d'un navire doit affronter une subversion insidieuse qui met en danger son intégrité morale et le mène au bord de la désintégration. L’ouvrage est proche de Typhoon (1903), où le capitaine MacWhirr et son équipage ne doivent leur salut qu'aux vertus simples de la discipline et du sens du devoir.

Heart of Darkness (1899) est le produit de son expérience congolaise. Avec la médiation, pour la première fois, de Marlow le narrateur, le héros, Kurtz bascule d'un idéalisme missionnaire qui se brise sur les réalités de l'exploitation coloniale à la tentation mortelle d'un primitivisme où il ne trouvera que l'horreur.

C'est aussi Marlow qui raconte l'histoire de Lord Jim (1900), idéaliste romantique, qui est délivré de son acte de lâcheté au moment même où il le commet. Puis, lorsqu'il cherchera à se racheter de cette faute originelle, il deviendra victime de ses propres illusions.

Nostromo (1904) constitue à mon avis son chef d’œuvre, l’un des sommets de la littérature anglaise. Sur fond de révolution et de conflit pour des mines d'argent dans une république sud-américaine non identifiée, on assiste à l'entrecroisement de destins individuels tels que ceux de Charles Gould, le capitaliste philanthrope pris dans la spirale de ses propres illusions, de Decoud, l'intellectuel cynique mené à sa perte par le métal argenté, ou de Nostromo, le loyal serviteur devenu traître. Il s’y ajoute une forte méditation désabusée sur l’abime qui sépare les grands idéaux politiques des soubresauts sanglants de l'histoire. Son écriture est à l’unisson de son propos, avec des évènements relatés selon des points de vue contradictoires, qui sont relativisés par la partialité des points de vue.

On peut rapprocher The Secret Agent (1907) de Nostromo. Dans une atmosphère crépusculaire, agents doubles et anarchistes sont traités avec la même ironie sardonique que les dirigeants de la police. Par contre Under Western Eyes (1911) évoque Crime et châtiment, avec cette différence que le crime de trahison commis par Razumov n'est pas le point de départ d'une régénération spirituelle mais le début d'un calvaire dépourvu de sens, car, pour Conrad, les révolutionnaires exilés de Genève et la police tsariste de Saint-Pétersbourg obéissent à la même logique infernale.

Après 1911, la qualité de l'œuvre conradienne baisse. Avec The Shadow Line (1915) on retrouve à nouveau le conflit initiatique de ses premiers récits : la solitude d'un jeune capitaine confronté à une situation extrême qui lui fait franchir la ligne qui sépare l'adolescence de l'âge adulte. Curieusement, selon une ironie du sort bien « conradienne », l’auteur atteint la gloire avec l’un de ses romans sans doute les plus faibles, Chance (1914), qui relate la saga des épreuves d'une jeune femme.

Avec Victory (1915), on assiste, comme dans Lord Jim, à la défaite de l'idéalisme chevaleresque devant les ruses du mal. La faute du héros, Heyst, consistant à abandonner son armure de distance hautaine devant la vie et à nouer des liens affectifs, scellant ainsi son destin. Quant aux derniers romans de Conrad, ils laissent surtout percer une mélancolie nostalgique dés début, de la gloire ou de la jeunesse.

 

Ignorer Conrad, c’est passer à côté d’une découverte humaine et littéraire. Ses ouvrages sont en effet tout autant des romans d'aventures que le témoignage d'une solitude existentielle dans un univers en proie au non-sens et l’exploration de nos fantasmes, en somme une réflexion fort moderne…

Repost 0
Published by André Boyer - dans CULTURE
commenter cet article
11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 10:45
LE SIÈGE DE FORT NIAGARA

Situé à l’embouchure de la rivière Niagara sur le lac Ontario, le premier « Fort Niagara » fut bâti en 1678 par René Robert Cavelier de La Salle et appelé Fort Conti.

 

Puis un nouveau fort, plus proche des chutes, fut érigé à partir du 31 juillet 1687, sur ordre du gouverneur de Nouvelle-France, le marquis de Denonville, dont il porta le nom. Ce qui ne lui porta pas chance, car presque toute la garnison, sauf 12 soldats et un officier, moururent du scorbut pendant l’hiver 1687-1688, ce qui conduisit à son abandon en août 1689.

En 1726, un nouveau fort, nommé Fort Niagara, fut construit sur le même emplacement. Le capitaine-ingénieur Pierre Pouchot, avec le Régiment de Béarn et le 2e bataillon du Régiment de Guyenne y fut envoyé en juillet 1755. En octobre 1757, il rejoint son régiment à Montréal mais revient à Fort Frontenac le printemps suivant, où il lui faut capituler le 27 aout 1758 (voir mon billet La mêlée grandit comme une flamme). Libéré, il rejoint son commandement de Fort Niagara en mars 1759.

Après sa défaite à la bataille de Fort Carillon en juillet 1758, le Major General James Abercrombie avait été remplacé par le Major General Jeffery Amherst ( le tueur d’indiens) qui avait pris Louisbourg, à la tête du commandement des armées britanniques en Amérique du Nord. Pour la campagne de 1759, Amherst avait établi son quartier général au sud du Lac Champlain et avait planifié une attaque contre Fort Carillon pour remonter vers le Nord jusqu’au Saint-Laurent. En outre, il avait donné l’ordre au Major Général Wolfe d’entrer dans le Saint-Laurent pour attaquer Québec.

À l’appui de ses deux offensives, c’est dire si l’armée britannique avait des effectifs supérieurs à ceux des français, Amherst avait également programmé des opérations complémentaires contre les forts situés à l’ouest de la Nouvelle-France. Parmi ces dernières, il avait ordonné au Brigadier General John Prideaux de rassembler des forces dans l’État de New York pour attaquer Fort Niagara, une place forte majeure pour contrôler la vallée de l’Ohio.

Au printemps 1759, le General en chef Louis-Joseph de Montcalm et le Gouverneur de la Nouvelle-France, le Marquis de Vaudreuil, envoyèrent à Fort Niagara un renfort de 2500 hommes en sus des 500 hommes qui avaient hiverné sur place. Le capitaine Pouchot, sur l’ordre de Vaudreuil, envoya mi-juin 1759 nombre de ces hommes au sud de Fort Niagara, notamment à Fort Machault, pour renforcer les fortifications françaises dans la vallée de l’Ohio et pour attaquer les forces britanniques à Fort Pitt.

Les troupes qui restaient pour défendre Fort Niagara comprenaient 200 hommes provenant des régiments du Royal Roussillon, du Languedoc, de la Sarre et du Béarn, 20 artilleurs et 300 troupes de la milice locale. L’armée britannique commandée par Prideaux était comme toujours beaucoup plus nombreuse. Elle rassemblait 2200 hommes issus des 44e et 46e régiments, deux compagnies issues du 60e régiment ainsi qu’une compagnie du Royal Artillery. Il disposait aussi de 2500 hommes des milices de New-York et de 700 hommes des milices de Rhode Island. Officier avisé, Prideaux rassembla ses troupes en secret, car il savait que si les Indiens apprenaient la destination de ses troupes, ils préviendraient les Français.

Ralentie par la crue de la rivière Mohawk et l’arrivée tardive de quelques compagnies de miliciens, l’expédition ne quitta Schenectady qu’à la mi-mai 1759 pour atteindre Fort Oswego le 27 juin ; elle y fut rejointe par Sir William Johnson et 600 Iroquois. Johnson était un administrateur colonial spécialisé dans les relations avec les Indiens et un chef expérimenté qui avait gagné la bataille du Lac George en 1755.

Souhaitant disposer d’une base sur ses arrières, Prideaux ordonna de rebâtir le fort et laissa une garnison conséquente sous les ordres du Lieutenant Colonel Frederick Haldimand pour exécuter les travaux nécessaires. Il quitta Fort Oswego le 1er juillet pour attaquer Fort Niagara avec 3500 hommes. Ils embarquèrent sur une flottille de bateaux qui navigua vers l’ouest le long de la côte sud du Lac Ontario et échappèrent à la vigilance des navires français pour arriver en vue de Fort Niagara le 6 juillet 1759.

Situé sur un surplomb rocheux, Fort Niagara disposait de 300 métres de fortifications appuyées sur trois bastions et doté d’un peu moins de cinq cent hommes, Indiens compris. Comme les défenses à l’est du fort étaient fortes, aucun effort de défense n’avait été fait de l’autre côté de la rivière. C’est pourquoi les troupes britanniques débarquèrent prés d’un marais, hors de vue du fort, descendant le long d’un ravin au sud du fort appelé « La Belle Famille » et transportant leur artillerie sur la rive ouest où ils installèrent immédiatement une batterie. Le jour d’après, elles établirent des lignes de siège en face des défenses du côté est de Fort Niagara.

Surpris de l’arrivée des anglais et sommé de capituler par Prideaux, le capitaine Pouchot organisa au contraire sa défense tout en appelant au retour des troupes envoyées dans le sud, mais il ne put empêcher la centaine d’Indiens Seneca présents dans le fort de négocier avec les Iroquois, alliés des Anglais, pour se retirer du combat sans être inquiétés. Les appels au secours du capitaine Pouchot atteignirent le capitaine Le Marchand de Lignery le 12 juillet, alors qu’il était en train d’organiser une expédition contre le Fort Pitt depuis le Fort Machault. Il s’efforçait aussi de convaincre un millier d’Iroquois de se joindre à ses forces, tandis que Johnson leur envoyait des messages inverses. Mais le capitaine de Lignery se révéla suffisamment convaincant pour que les Iroquois se joignent à lui. Il quitta alors Fort Marchault pour prendre à revers les assiégeants de Fort Niagara avec un fort contingent appuyé par les troupes de Charles Philippe Aubry, capitaine des troupes coloniales en Louisiane et défenseur de Fort Duquesne.

Le 17 juillet, la batterie anglaise située sur le lieu-dit de Montréal devint opérationnelle et ouvrit le feu sur le fort. Trois jours plus tard, Prideaux fut tué quand un baril explosif d’un de ses propres mortiers l’atteint à la tête. Sir William Johnson prit le commandement, quoique certains officiers des forces régulières, à commencer par le Lieutenant Colonel Eyre Massey du 44e régiment, aient contesté initialement sa légitimité, puisqu’il n’était pas un officier des forces régulières.

 

Avant que le conflit entre Johnson et Massey ne soit totalement résolu, les Anglais furent avertis de l’arrivée de Lignery accompagné de 1300 à 1600 hommes.

 

À SUIVRE

 

Repost 0
Published by André Boyer - dans HISTOIRE
commenter cet article
3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 09:17
UNE VIOLENTE BOUFFÉE DE BUREAUCRATIE

 

Avant de reprendre le fil de ma carrière universitaire qui, une fois le concours réussi, va se poursuivre à Dakar, voici le récit d’une de mes expériences récentes d’organisation de formation à l’étranger qui s’est complétement effondrée sous les coups de la bureaucratie, dans laquelle se trouve désormais immergée l’université française et européenne.

 

Cela faisait trois ans que je négociais en parallèle avec les excellents représentants de l’Université Nationale d’Économie de Kiev (KNEU) et avec les représentants de ma propre université, l’Université de Nice Sophia-Antipolis. Je pensais être arrivé au bout du tunnel : le programme franco-ukrainien de gestion (PFUG) allait bientôt débuter.

Nous avions déterminé quels seraient les professeurs qui iraient en Ukraine, les dates étaient fixées, les programmes de cours envoyés et nous allions enfin inaugurer le premier programme de gestion en français à Kiev, afin de participer au développement de la coopération franco-ukrainienne, aider les entreprises françaises à travailler avec l’Ukraine et permettre aux étudiants ukrainiens de trouver des emplois dans ces entreprises…

Tout était prêt, ce qui m’incitait par acquit de conscience, deux mois avant le début du premier cours, à demander à KNEU quelle était leur procédure exacte pour payer les enseignants. Il était convenu depuis longtemps que KNEU se substituerait à l’IAE pour les rémunérer, mais l’expérience m’incitait à être prudent. Et en effet, j’avais des raisons d’être prudent car le service comptable de KNEU me répondit que l’IAE devrait leur adresser une facture globale et non les enseignants individuellement.

Je me suis donc retourné vers l’IAE pour les modalités de cette facturation. Ce dernier  m’a alors fait savoir qu’il était impossible d’adresser une facture à KNEU parce que le programme en question n’était pas inscrit dans « Apogée ». Apogée est le modeste nom que les informaticiens ont donné à l’araignée informatico-bureaucratique qui saisit, c’est le cas de le dire, tous les programmes de formation de notre université. Si votre cours n’est pas inscrit dans Apogée, pas de rémunération. Or le programme de KNEU, nouveau et extérieur à l’université, n’était pas inscrit dans Apogée. Il était impossible pour l’IAE d’établir une facture pour un cours qui n’existait pas et par conséquent de rémunérer les enseignants pour ce cours…

Pour satisfaire les bureaucrates de KNEU et les miens, Il fallait donc inscrire ce cours dans Apogée. Mais pour ce faire, il faudrait passer par la procédure complète en commençant par solliciter l’avis du Conseil de l’IAE puis celui des services internationaux de l’Université, rendre une visite de courtoisie au Vice–Président chargé de l’international puis présenter un rapport devant le CEVU (Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire) qui transmettrait son avis au Conseil d’Administration de l’Université, qui transmettrait à son tour le dossier estampillé de son visa au Ministère de l’Education, qui solliciterait de son côté l’avis du Ministère des Affaires Étrangères avant de nous retourner le tout en  nous autorisant, probablement, à inscrire le programme dans Apogée. Ne croyez pas que j’exagère,  au contraire, je ne vous présente la procédure que dans ses grandes lignes !

Au bas mot, un an au minimum, plus probablement deux ans d’efforts, de rapports et d’attente, tout cela pour une procédure purement formelle qui aboutirait sans doute à l’accord blasé de l’ensemble de la chaine bureaucratique, tout à fait ignorante  du but, de l’intérêt et surtout de l’urgence de ce programme.

Ce retard risquait de porter un coup fatal au projet : l’année précédente, un incident avait déjà montré les dangers du retard de la programmation. Un projet plus court, qui devait servir d’amorce au lancement du PFUG, devait être organisé dés le mois de septembre. Nous étions en  mai et lors de la réunion du CEVU (Conseil de l’Enseignement et de la Vie Universitaire) qui devait approuver le projet, l’une de mes collègues qui ne manquait jamais d’imagination pour bloquer tout projet passant à sa portée, avait trouvé que les initiales IFUM (Institut Franco-Ukrainien de Management) étaient trop proches des initiales « IUFM », ce qui la gênait ! Elle suggérait IFUG. Il fallut deux mois pour obtenir l’accord de toutes les parties pour ce changement de nom mais ce retard fut fatal au programme car il était trop tard, fin juillet, pour que les étudiants ukrainiens s’inscrivent au programme IFUM/IFUG parce qu’ils avaient déjà fait leur choix pour leur formation de l’année suivante ! 

Bref, j’étais prévenu, le temps que se déroule la procédure et le projet PFUG serait mort et enterré. Au cas où j’aurais eu des velléités de me lancer malgré tout dans cette aventure, l’IAE ajouta, pour me décourager tout à fait, que s’il avait à payer les professeurs pour les cours effectués à Kiev dans le cadre d’Apogée, ils le seraient au tarif universitaire habituel. Autant dire que personne de sensé, sauf à vouloir visiter Kiev, une jolie ville au demeurant, n’irait consacrer une semaine, déplacement compris, pour gagner la même somme qu’il recevrait dans son université sans se déplacer.

Fort de ce constat, je me retournais vers KNEU et je leur expliquais par mail et à plusieurs reprises que la seule solution consistait à payer directement les professeurs français. C’était sans compter sur la fierté de la bureaucratie ukrainienne: elle n’allait pas capituler devant la bureaucratie française ! Elle s’accrocha alors au texte, par définition interprétable, de la convention entre l’IAE et KNEU, pour contester que KNEU ait à payer directement les cours. J’expliquais à nouveau que si les professeurs n’étaient pas payés, ils ne viendraient pas et que pour ma part, si j’étais prêt, pour débloquer le programme, à venir faire cours gratuitement la première fois à Kiev, je ne pouvais pas l’exiger de mes collègues.

L’administration de KNEU écrivit alors au Directeur de l’IAE pour se plaindre de mon attitude rigide. Ce dernier répondit en substance que si les professeurs n’étaient pas payés, ils ne viendraient pas.

Mais l’administration de KNEU n’était pas prête à se résigner à la moindre concession au principe de réalité: elle estimait qu’elle était dans son droit et pour faire « avancer » le dossier à défaut de résoudre le problème, elle se retourna vers l’Ambassade de France à Kiev pour se plaindre du refus de l’IAE de respecter le contrat qu’il avait signé avec KNEU.

L’ambassade se rapprocha de nos services internationaux qui me contactèrent et à qui j’expliquais, encore et encore, que si les professeurs n’étaient pas payés, ils ne viendraient pas

Bref, je me fatiguais en vain à répéter sans cesse la même évidence à des bureaucrates sourds et aveugles qui étaient en train de réussir, une fois de plus, à assassiner un programme qui avait demandé trois ans de négociations et d’échanges, plusieurs déplacements de part et d’autre et qui surtout n’aurait eu que des effets positifs pour les relations entre l’Ukraine et la France. Mais je savais aussi que les bureaucrates n’en avaient cure, puisque leur seul objectif consiste toujours à avoir raison de toute opposition quelles que soient les conséquences et que ce n’est que lorsqu’ils y réussissent pleinement qu’ils peuvent s’endormir enfin, la conscience tranquille…

Et de fait, il n’y eut pas de happy end. Ensemble, les bureaucrates français et ukrainiens eurent de cette manière la peau du programme PFUG, qui n’a jamais connu le moindre début de réalisation, malgré les grandes promesses du projet.

 

C’est alors que je ruminais ces sombres pensées sur l’arme du temps utilisée par la bureaucratie pour détruire tout projet qui lui est soumis que je pris conscience que je payais depuis un an et demi des cotisations retraites pour rien. Je décidais donc de prendre rapidement les mesures défensives nécessaires pour mettre fin à cette situation bureaucratiquement parfaite, mais économiquement absurde… 

Repost 0
Published by André Boyer - dans INTERLUDE
commenter cet article
28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 19:15
1759, LA NOUVELLE-FRANCE EN PEAU DE CHAGRIN

 

Après la chute de Louisbourg, le cordon ombilical entre la France et la Nouvelle-France est coupé par la British Navy.

 

Dés l’été 1758, le transport des troupes venues de France est interrompu. La Nouvelle-France se prépare à un combat désespéré contre les troupes britanniques toujours plus nombreuses, dans l’attente d’un miracle qui les sauvera de la mainmise anglaise. Dans l’année, les Français ont perdu Louisbourg à l’est et Fort Frontenac à l’ouest. Seul le centre résiste, car la miraculeuse victoire de Carillon a bloqué provisoirement l’avancée britannique vers Montréal (voir mes billets sur L’incroyable victoire de Fort Carillon 1 et 2).

En février 1759, le ministre de la guerre français, le maréchal Belle-Isle  informe le général Louis-Joseph de Montcalm, général en chef de la Nouvelle-France qu'il ne recevra aucun renfort de France en raison de  la domination navale britannique sur l'Atlantique-Nord. Mais, en même temps, Belle-Isle souligne la nécessité de maintenir une tête de pont française en Amérique, sous peine de perdre définitivement la Nouvelle-France.

La réponse de Montcalm est sans ambiguïté : 

« À moins d'une chance inattendue ou de mettre en place une diversion quelque part en Amérique, le Canada chutera au cours de la prochaine campagne. Les Anglais ont 60 000 hommes, nous en avons 11 000 ».

La faiblesse de ses effectifs impose à Montcalm de concentrer ses forces au coeur du territoire de la Nouvelle-France, de Montréal à Québec et dans la vallée du Saint-Laurent. Il positionne notamment au sud de Montréal trois mille hommes issus des régiments de la Reine  et de Berry sous le commandement du brigadier-général François-Charles de Bourlamaque. La grande majorité d’entre eux, deux mille cinq cent hommes, est posté au Fort Carillon. Montcalm, appuyé par le marquis de Vaudreuil donne pour instruction à Bourlamaque de tenir Fort Carillon le plus longtemps possible avant de le faire sauter ainsi que le Fort Saint-Frédéric plus au nord sur le lac Champlain, avant de battre en retraite vers Montréal.

De son côté, le Secrétaire d'État britannique William Pitt  ordonne au général Jeffery Amherst, l’homme des couvertures empoisonnées, de diriger  son armée depuis Louisbourg vers le Canada en direction du Lac Champlain. James Wolfe, qui s’est distingué sous les ordres d'Amherst à Louisbourg, reçoit pour objectif de prendre la ville de Québec en remontant le Saint-Laurent. En outre, les gouverneurs des Treize Colonies sont chargés de mobiliser vingt mille miliciens pour appuyer les forces régulières britanniques. 

Face au Fort Carillon, la bataille de Ticonderoga commence le 22 juillet 1759. Une force de onze mille hommes dirigée par le général Sir Jeffery Amherst installe son artillerie sur une hauteur dominant le Fort Carillon où n’a été laissé qu’une garnison de quatre cent soldats français dirigée par le capitaine Louis-Philippe Le Dossu d'Hébécourt, tandis que Bourlamaque a retiré l’essentiel de ses troupes vers le fort Saint-Frédéric

Pendant trois jours, les Britanniques commencent à mettre en place des lignes de siège près du fort, mais  le sol est difficile à creuser et des sacs de sable sont nécessaires pour protéger les travaux, car les batteries françaises endommagent les positions britanniques.

Le 25 juillet, un petit détachement des Rogers’ Rangers perce le barrage établi par les Français pour empêcher les navires de se diriger vers le lac ; cinq membres du détachement sont tués et trente et un blessés.

Le 26 juillet, les Britanniques réussissent à positionner leur artillerie à moins de deux cent mètres des murs du fort. Le capitaine Le Dossu juge qu'il est temps de quitter la position. Ses hommes pointent les canons vers les murs de la formation, positionnent des mines et versent une traînée de poudre vers les magasins de munitions. Puis ils allument la mèche, abandonnent le fort après avoir baissé le drapeau français mais une unité d'éclaireurs français, non prévenus du départ de leurs camarades, est faite prisonnière. Le magasin des poudres  explose et les structures en bois sont détruites. L'incendie mettra deux jours à s’éteindre, mais les murs du fort ne soient vraiment endommagés.

Le 31 juillet, les forces françaises en retraite détruisent aussi le Fort Saint-Frédéric, ce qui oblige les Britanniques à réparer les deux forts et à  construire une flotte pour contrôler lac Champlain avant de continuer leur offensive.

Ce n’est que le 11 octobre que l'armée Amherst remonte vers le lac Champlain pour attaquer la position de Bourlamaque à l'île aux Noix  sur la rivière Richelieu. Lorsque l'un des navires français est capturé, Bourlamaque abandonne la position et incendie les autres navires pour qu'ils ne tombent pas aux mains des Britanniques et se retire vers Montréal.  

Alors que le lac Champlain commence à geler et que  l'engagement des miliciens prend fin le 1er novembre, Amherst décide d'annuler son attaque, de libérer les miliciens de leur service et de se retirer avec son armée dans leurs quartiers d'hiver.

 

La tactique défensive  des Français  a permis d'empêcher la jonction des onze milles hommes de l'armée d'Amherst avec les troupes de Wolfe.

Repost 0
Published by André Boyer - dans HISTOIRE
commenter cet article
23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 15:14
BIG DATA, BITTER PIZZAS

 

Le téléphone sonne chez Clever-Pizza dont le standard est situé à Bangalore, Inde.


Le réceptionniste : Clever-Pizza, bonjour.


Le Client : bonjour, je souhaite passer une commande, s'il vous plaît.

 

Le réceptionniste : oui, puis-je avoir votre NIN, Monsieur ?

 

Le Client : mon Numéro d'Identification National ? Oui, un instant, voilà, c'est le 6102049998-45-54610.

 

La réceptionniste: Merci, Monsieur Jacques Dupond. Je me présente, je suis Fatou Ndyaye. Donc, nous allons commencer par actualiser votre fiche : votre adresse est bien le 174 avenue de Villiers à Carcassonne, et votre numéro de téléphone le 04 68 69 69 69. Votre numéro de téléphone professionnel à la Société Durand est le 04 72 25 55 41 et votre numéro de téléphone mobile le 06 06 05 05 01. C'est bien ça, Monsieur Dupond?

 

Le client, un peu intimidé: oui, enfin…

 

La réceptionniste : je vois que vous appelez d'un autre numéro qui correspond au domicile de Mademoiselle Isabelle Denoix, votre assistante de direction. Sachant qu'il est 23h30 et que vous êtes en RTT, nous ne pourrons vous livrer au domicile de Mademoiselle Denoix que si vous nous envoyez un XMS à partir de votre portable en précisant le code suivant AZ25/JkPp+88.

 

Le client : bon, je vais le faire, mais où avez vous trouvé toutes ces informations ?

 

La réceptionniste : nous travaillons à partir des Big data, Monsieur Dupond.

 

Le client, avec un soupir: ah bon!… Je voudrais deux de vos pizzas mexicaines spéciales.

 

La réceptionniste: je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Monsieur Dupond.

 

Le client : comment ça ?

 

La réceptionniste: votre contrat d'assurance maladie vous interdit un choix aussi dangereux pour votre santé, car selon votre dossier médical, vous souffrez d'hypertension et d'un niveau de cholestérol supérieur aux valeurs contractuelles. D'autre part, Mademoiselle Denoix a été traitée médicalement il y a 3 mois pour une affection bégnine pour laquelle il est fortement déconseillé de consommer du piment. Si la commande est maintenue, son assurance risque de lui facturer une surprime.

 

Le client : oui, je comprends! Qu'est-ce que vous me proposez alors ?

 

La réceptionniste: vous pouvez essayer notre Pizza allégée au yaourt de soja, je suis sûre que vous l'adorerez.

 

Le client : qu'est-ce qui vous fait croire que je vais aimer cette pizza ?

 

La réceptionniste : vous avez consulté les « Recettes gourmandes au soja » à la bibliothèque de votre comité d'entreprise la semaine dernière, Monsieur Dupond et Mademoiselle Denoix a fait, avant hier, une recherche sur le Net, en utilisant le moteur booglle2.com avec comme mots clés « soja » et « alimentation ». D'où ma suggestion.

 

Le client : bon d'accord. Donnez-m ‘en deux, format familial.

 

La réceptionniste : étant donné que vous prenez actuellement du Dipronex et que Mademoiselle Denoix prend depuis 2 mois du Ziprovac à raison de 3 comprimés par jour et que la pizza contient, selon la législation, 150 mg de Phénylseptine pour 100g de pâte, il y a un risque mineur de nausées si vous consommez le modèle familial en moins de 7 minutes. La législation nous interdit donc de vous livrer. En revanche, j'ai le feu vert pour vous livrer immédiatement le modèle mini.,,

 

Le client : bon, bon, ok, va pour le modèle mini. Je vous donne mon numéro de carte de crédit.

 

La réceptionniste : je suis désolée Monsieur, mais je crains que vous ne soyez obligé de payer en liquide notre livreur. En effet, votre solde de crédit pour votre carte VISA dépasse la limite et en plus vous avez laissé votre carte American Express sur votre lieu de travail. C'est ce qu'indique le Credicard Satellis Tracer.

 

Le client : j'irai chercher du liquide au distributeur avant que le livreur n'arrive.

 

La réceptionniste: ça ne marchera pas non plus, Monsieur Lavoie, vous avez dépassé votre plafond de retrait hebdomadaire.

 

Le client : mais enfin ! ça ne vous regarde pas! Contentez-vous de m'envoyer les pizzas ! J'aurai le liquide. Combien de temps ça va prendre ?

 

La réceptionniste : compte-tenu des délais liés aux contrôles de qualité, elles seront chez vous dans environ 45 minutes. Si vous êtes pressé, vous pouvez gagner 10 minutes en venant les chercher, mais transporter des pizzas en scooter n’est pas recommandé.

 

Le client : Comment diable savez-vous que j'ai un scooter ?

 

La réceptionniste: votre Peugeot 308 SW est en réparation au garage de l'Avenir, en revanche, votre scooter est en bon état puisqu'il a passé le contrôle technique hier et qu'il est actuellement stationné devant le domicile de Mademoiselle Denoix. Par ailleurs, j'attire votre attention sur les risques liés à votre taux d'alcoolémie. Vous avez en effet réglé quatre cocktails Afroblack au Tropical Bar, il y a 45 minutes. En tenant compte de la composition de ce cocktail et de vos caractéristiques morphologiques, ni vous, ni Mademoiselle Denoix n'êtes en état de conduire un scooter. Vous risquez donc un retrait de permis immédiat.

 

Le client : @#/$@&?#!

 

La réceptionniste: je vous conseille de rester poli, Monsieur Dupond. Je vous informe que notre standard est doté d'un système anti-insulte en ligne qui se déclenchera à la deuxième série d'insultes. Je vous informe en outre que le dépôt de plainte est immédiat et automatisé. Or, je vous rappelle que vous avez déjà été condamné en juillet 2016 pour outrage à agent.

 

Le client, sans voix: …

 

La réceptionniste : autre chose, Monsieur Dupond ?

 

Le client : non, rien. Ah si, n'oubliez pas le Coca gratuit avec les pizzas, conformément à votre pub.

 

La réceptionniste: Je suis désolée, Monsieur Lavoie, mais notre démarche qualité nous interdit de proposer des sodas gratuits aux personnes en surpoids. Cependant à titre de dédommagement, je peux vous consentir 15% de remise sur une adhésion flash au contrat Jurishelp, le contrat de protection et d'assistance juridique de Clever-Assurance. Ce contrat pourrait vous être utile, car il couvre, en particulier, les frais annexes liés au divorce, vu que vous êtes marié à Madame Claire Dupond, née Girard, depuis le 15/02/2008 et vu votre présence tardive chez Mademoiselle Denoix et l'achat que vous avez effectué il y a une heure à la pharmacie du Canal d'une boîte de 15 préservatifs et d'un flacon de lubrifiant à usage intime.

C’est ce qui m’incite à joindre aux pizzas, à titre promotionnel, un bon de 5 Euros de réduction pour vos prochains achats de préservatifs valable chez Clever-Parapharma. Toutefois, veuillez éviter les pratiques susceptibles de provoquer des effets irritants pour la santé de Mademoiselle Denoix, pour lesquelles Speed-Parapharma se dégage de toute responsabilité.

Bonsoir Monsieur Dupond et merci d'avoir fait appel à Clever-Pizza.

 

______

 

 

Repost 0
Published by André Boyer - dans PHILOSOPHIE
commenter cet article