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Le blog d'André Boyer
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LE COMMERCIAL, LA SECRÉTAIRE ET LE MALADROIT

23 Novembre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

LE COMMERCIAL, LA SECRÉTAIRE ET LE MALADROIT

Donc l’objectif synthétique de l’IECS Strasbourg consistait à faire embaucher nos étudiants le plus rapidement possible. Cet objectif était justifié, je le répète, par une conjoncture momentanément défavorable à l’embauche.

 

Pour agir clairement dans cette direction, il fallait prendre des décisions significatives. La plus importante d’entre elles, sans modifier les structures de l’École, a consisté à embaucher un excellent vendeur pour renforcer les relations entre l’IECS Strasbourg et le tissu économique alsacien. Par l’entremise de la Fondation IECS, j’étais mis en relation avec un commercial, Didier Kahn. Son salaire, payé par la Fondation IECS, était pharamineux puisqu'il représentait deux fois et demi le montant de mon propre salaire de Directeur. Je m’attendais donc à des résultats d’embauche tout aussi pharamineux et, Ô surprise, Didier Kahn se révéla à la hauteur.

Une mécanique implacable se mit en place. Il effectuait systématiquement des visites d’entreprises dans toute l’Alsace et la Moselle, en débordant même sur l’Allemagne Rhénane. Le lundi matin, il en tirait des synthèses et des recommandations, le plus souvent très sévères à mon égard, parce qu’il me reprochait de ne pas visiter assez les entreprises.  J’écoutais le récit de ses actions et la litanie de ses reproches le lundi après-midi entre 14 heures et 14 heures 30. Les embauches de nos étudiants étaient relevées et publiées mois par mois: elles se trouvèrent si fortement accélérées par ce travail de contact et de prospection systématique que 90% de nos étudiants étaient embauchés dans les trois mois qui suivaient leur diplomation.

Autour de l’effort relationnel avec les entreprises, toute une pratique s'édifia qui consistait à juger de la pertinence d’un cours, d’un programme ou d’un projet en fonction de ses effets directs, indirects ou nuls sur la future embauche des étudiants. Pour l'illustrer, voici une anecdote qui me semble significative de l’imprégnation des esprits à l’École sur le thème de l’embauche :

Un soir, vers 19 heures, une femme de ménage est venue cogner à la porte de mon bureau pour me signaler que le grand amphi était sale. Puis elle a ajouté « vous comprenez, Monsieur Pflimlin vient présenter son entreprise (Le Crédit Mutuel) ; si c’est sale, il aura une mauvaise impression de notre école et les étudiants ne seront pas embauchés ».

Je me suis dit que si même la femme de ménage avait compris que son travail était relié à l’embauche des étudiants, la bataille était gagnée en termes de motivation du personnel.

Néanmoins, tout n’allait pas pour le meilleur des mondes à l’IECS, notamment du fait de mes maladresses. Un soir, sortant vers 20 heures de l’École (oui, un Directeur d’École est obligé de travailler tard, car il passe sa journée à rencontrer le personnel, les étudiants et les partenaires), je rencontrais des étudiants qui sortaient de nos salles de cours. Le lendemain, je demandais des explications sur cet emploi du temps tardif. On m’expliqua que les six programmes de langue combinés à la multiplicité des choix effectués par des étudiants qui devaient apprendre trois langues en sus des cours de gestion, obligeaient à élargir exagérément le champ de l’emploi du temps des étudiants, qui s’étalait de 8 heures à 20 heures.

Je demandais de fournir un effort d’organisation de l’emploi du temps pour passer de 8 heures à 18 heures. Le Secrétaire Général, Jean-Pierre Kennel, mit en place une commission pour faire avancer la réorganisation de l’emploi du temps. Hélas, et ce ne fut pas la faute de J-P Kennel, comme toutes les commissions, elle s’endormit sur le sujet jusqu’à ce que je m’en inquiète auprès de l’une des secrétaires chargées de l’emploi du temps qui m’affirma tout de go, que, si elle avait été consultée, elle aurait fait savoir comment résoudre le problème de l’étalement excessif des cours.

Interloqué, je la chargeais aussitôt de proposer une nouvelle organisation de l’emploi du temps, qui s’avéra en effet bien meilleure que celle que nous utilisions.

C’est alors que je fus maladroit, en termes de management. Enthousiasmé par ce résultat, je décidais d’augmenter le salaire de la secrétaire à l’origine de cette amélioration et aussitôt je provoquais une protestation générale sur le thème "nous aussi nous menons des actions extraordinaires ; nous aussi nous avons droit à une augmentation !"

En distinguant par une augmentation cette secrétaire qui méritait effectivement une récompense, j'avais commis une erreur. J'avais suscité un sentiment de jalousie et provoqué une frustration, les deux bien naturels. De ma part c'était sans malice, c'était même sans assez de malice.

 

Je fus donc contraint d'octroyer, au grand dam du conseil d'administration de la Fondation IECS, des avantages nouveaux au personnel, tout en me promettant de ne plus me laisser entrainer dans le rôle du Père Noël ou du Bon Samaritain qui m'avait déjà conduit à quelques déconvenues inattendues dans le passé...

 

À SUIVRE

 

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LE COUP D'ÉTAT QUI TERRASSA LE ROYAUME DE FRANCE

15 Novembre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE MASSACRE DES SUISSES LE 10 AOÛT 1792

LE MASSACRE DES SUISSES LE 10 AOÛT 1792

Dés que la Constitution fut mise en œuvre en octobre 1791, une fois les députés élus, il fut tout de suite patent que le couple formé par l’Assemblée législative et le roi Louis XVI fonctionnait mal.

 

L’Assemblée rêvait d’un roi constitutionnel qui accepterait volontiers l’amputation permanente de son pouvoir. Or, Louis XVI s’y refusait depuis le début de la Révolution, exactement depuis le 9 juillet 1789, date à laquelle les États Généraux s’étaient déclarés Assemblée Constituante.

Contraint par la rue et l’Assemblée, ramené de force aux Tuileries après la fuite à Varennes, il faisait une sorte de résistance passive. Puisque la Constitution lui avait octroyé un droit de veto, il se mit tout de suite à en user largement, à renvoyer les ministres, pendant que l’Assemblée de son côté prenait sans cesse des mesures contre le clergé ou les immigrés, poussée qu’elle était à la surenchère par la pression qu’exerçait sur elle une foule parisienne manipulée par des agitateurs.

Puis l’Assemblée prit l’initiative, invoquant l’appui que l’empereur Léopold II apportait aux immigrés, de déclarer le 20 avril 1792 la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », ouvrant vingt-trois années de guerres européennes presque ininterrompues.

Dès lors, la tension ne cessa de croître entre le roi qui s’opposait aux décrets sur la déportation des prêtres réfractaires et les militants des faubourgs parisiens, conduits notamment par le riche brasseur Santerre, celui-là même qui mènera le 10 août 1792 l’assaut contre les Tuileries. Ces militants envahirent donc une première fois les Tuileries pour lui demander de retirer son veto. Ce roi réputé faible ne céda pas, pas plus que l’Assemblée. Une pétition circula le lendemain pour demander la punition des émeutiers tandis que le Roi publiait une proclamation pour condamner cette intrusion et passait fermement en revue un bataillon de la garde nationale.

Après ce grave incident, l’Assemblée fut accablée par les membres du Club des Jacobins de demandes de déchéance du Roi auxquelles elle avait de plus en plus de mal à résister.

Le pouvoir était à prendre.

Il fut pris.

Lorsque la cloche des Cordeliers se mit à carillonner, à minuit moins le quart le 9 août 1792, donnant le signal aux sections de la Commune insurrectionnelle pilotée par Danton de l’occupation de l’Hôtel de Ville, nul ne savait encore qu’elle sonnait le glas d’un millénaire de royauté. 

Nul ne se doutait non plus que les nouveaux dirigeants, qui allaient, par la force, facilement s’emparer des commandes de l’État le 10 aout 1792, allaient déchainer pendant les deux années suivantes la tempête politique la plus violente qu’ait jamais connu la France dans toute son histoire, sous le nom tout à fait approprié de Terreur.

Comment s’étaient organisés ces hommes ? Députés, avocats, comploteurs aguerris, ils avaient formé hors de l’Assemblée un comité destiné à préparer une insurrection. Ils commencèrent par le plus facile, la prise de l’Hôtel de Ville de Paris. Puis, le bâtiment occupé, ils y convoquèrent le chef de la garde nationale, le marquis de Mandat qu’ils abattirent immédiatement afin de désorganiser la garde. Puis ils marchèrent sur les Tuileries qui étaient protégées à la fois par les gardes suisses et les gardes nationaux qui firent en partie défection, désorientés qu’ils étaient par la mort de leur chef.

Au matin du 10 août, le jardin des Tuileries fut investi. Les Suisses barricadés dans le palais déclenchent une fusillade qui mit hors de combat une centaine d'assaillants, mais ils ne parvinrent pas à rompre l’encerclement conduit par les émeutiers du faubourg Saint-Antoine. Sur l’insistance des députés, le Roi signa un billet donnant l'ordre aux Suisses d'arrêter le combat et de se rendre. Mal leur en prit d’obéir, puisqu’ils furent presque tous, huit cent soldats au total, massacrés par les émeutiers qui en profitèrent pour piller les Tuileries, tandis que le Roi et sa famille cherchaient refuge à l'Assemblée.

Mais l’Assemblée ne constituait qu’un refuge tout relatif, le Roi n’étant protégé que par les députés qui l'entouraient, lui et sa famille. De fait, ils se retrouvèrent rapidement à la merci des émeutiers qui, après l’Hôtel de Ville et les Tuileries, ne s’arrêtèrent pas en chemin et envahirent les bâtiments de l’Assemblée. Ils contraignirent les députés qui n’avaient pas encore fui à prononcer la suspension du Roi et à mettre fin immédiatement au mandat de l’Assemblée qui courait jusqu’au 30 septembre 1793.

Les comploteurs avaient en effet décidé que l’Assemblée serait remplacée par une Convention dont le but affiché serait d’élaborer une nouvelle constitution. En attendant, la commune insurrectionnelle de Paris fit prisonniers Louis XVI et sa famille.

C’était un vrai coup d’État, qui inspirera par la suite Lénine.

Ce coup d'État fit disparaître le Royaume de France, sa constitution et la légitimité de ceux qui s'emparèrent du pouvoir, mais malheureusement aussi de tous leurs successeurs, d'où le nombre élevé de constitutions de 1789 à nos jours.

À SUIVRE

 

 

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LE VOILE ÉCOLOGIQUE DEVANT LA CHUTE DÉMOGRAPHIQUE

9 Novembre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LE VOILE ÉCOLOGIQUE DEVANT LA CHUTE DÉMOGRAPHIQUE

Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers l’écologie, observant à quel point l’environnement se détériore, les gaz à effet de serre augmentent et avec eux les dérèglements climatiques. Entre autres catastrophes annoncées, on ajoute que de nombreuses espèces vivantes sont en voie de disparition, en oubliant simplement d’y inclure l’espèce humaine.

 

L’angoisse écologique n’est pas appelée à durer. Elle sera remplacée, peut-être d’ici une génération à peine, par l’angoisse démographique.

Cette proposition est difficile à accepter alors que des militants écologiques se livrent en toute bonne conscience à des agressions contre des personnes, des œuvres d’art ou des organisations que l’on ne tolérerait d’aucun autre groupe. Personne, ou presque, ne se risque à déclarer que la cause de ces activistes écologiques pourrait être mauvaise, dépassée, ou même menacée d’obsolescence. Or cette obsolescence de la cause écologique est certaine, d’ici une génération au moins à trois générations au plus, le temps que la population humaine commence à décroitre.

En d’autres termes, chacun d’entre nous est convaincu qu’il doit tout faire pour freiner la détérioration de son environnement pendant que notre société s’organise pour nous faire disparaitre, nous les humains.

Voici les données à l’appui de cette proposition. L'Onu, fondant ses prévisions sur des moyennes statistiques destinées à ne faire peur à personne, nous annonce un ralentissement de la croissance démographique qui ne serait vraiment sensible qu’à la fin du XXIe siècle. Ces prévisions démographiques nous laissent en effet le temps de souffler, en restant concentrés sur les limites écologiques du développement de l’humanité.

Plus précisément, si les prévisions moyennes de l’Onu* sont vérifiées, la population mondiale atteindrait à la fin du XXIe siècle environ 11 milliards de personnes alors qu’elle va dépasser 8 milliards ces prochains jours.

Si nous prenons l’hypothèse de l’Onu au sérieux, alors le problème central de l’humanité devrait, pour les trois prochaines générations, consister à fournir suffisamment de biens à une population humaine en nombre croissant, tout en limitant les effets de l’augmentation de la production sur son environnement.

Or ce problème relève manifestement de la quadrature du cercle : il implique l’organisation de la pénurie au moyen du mécanisme des prix ou de la réglementation bureaucratique, nonobstant toutes les résistances locales et individuelles que la pénurie implique pour des sociétés habituées à l’abondance ou aspirant à cette abondance.  

Prenons par exemple l’enjeu de l’automobile. Selon la logique de l’économie de marché, il faut fournir à toutes les personnes solvables les véhicules individuels qu’elles demandent, tout en limitant la pollution que ces véhicules engendrent et la consommation de matières premières qu’elles exigent. Les progrès technologiques, comme les véhicules mus par l’électricité, devraient y contribuer, mais les exigences contradictoires précédentes impliquent implicitement que le nombre de ces véhicules soit limité.

In fine, il faudra choisir entre la frustration des personnes qui en seront privées et l’accentuation de la destruction de l’environnement. Voilà le genre de conflit dans lequel les prévisions de l’Onu nous projettent dans ce siècle.

Mais l’hypothèse de l’Onu manque de solidité, en raison de sa dimension politique. D’autres projections décrivent une réduction plus rapide de la natalité que ne l’indiquent les prévisions de l’Onu. Une décroissance de la natalité a déjà été annoncée en 2019 par Darrell Bricker et John Ibbitson, dans leur ouvrage « Empty Planet : the shock of global population decline ». En 2020, Stein E. Vollset & all** ont livrés des projections en ce sens et James Pomeroy s’inscrit dans leurs projections, selon un rapport*** qu’il a publié chez HSBC au mois de juillet 2022.

D’après ces auteurs, au rythme actuel de baisse du taux de fécondité, la population mondiale pourrait être réduite de moitié à la fin du siècle avec un peu plus de 4 milliards d'habitants, au lieu des 11 milliards projetés par l’Onu, tandis que le pic de population serait atteint aux alentours de 2043.

Ce ne sont pas les mêmes perspectives du tout !

L’an 2043, c’est dans 21 ans, à peine le temps d’une génération : c’est demain et cette perspective change tout. Est-elle sérieuse ?

Or, tout le raisonnement de ces auteurs repose sur l’évolution du taux de fécondité. Déjà, en juillet 2022, même l’Onu constatait qu'en 2021, la fécondité moyenne de la population mondiale était de 2,3 naissances par femme contre 5 naissances dans les années 1950. Tout laisse croire que cette fécondité va continuer à baisser, toute la question étant de prévoir à quel rythme se produira cette décroissance, chacun sachant que le signal d’une réduction de la population intervient lorsque le nombre de naissances par femme passe au-dessous de 2,1.

On peut trouver toutes sortes de belles et bonnes raisons pour expliquer la baisse de la natalité comme l'intégration des femmes dans le marché de l'emploi qui retarde l'âge auquel elles ont leur premier enfant, la hausse des prix de l’immobilier qui rend difficile la vie d'une famille nombreuse ou le meilleur accès aux soins et aux pratiques contraceptives, mais il ne s’agit que de réponses partielles.

La réponse globale à la question du taux de natalité se révèle mieux dans l’interrogation suivante : demandez-vous simplement quel est l’argument qui vous permettrait de convaincre une femme d’avoir plus de deux enfants, si elle n’en a pas envie elle-même et vous aurez la réponse : il n’en existe aucun, si vous vous situez au niveau individuel.

Et comme la pression directe des sociétés sur le comportement des femmes tend partout à se réduire tandis que les conditions de vie découragent la natalité sur tous les continents, la question du taux de natalité se ramène progressivement à l’envie individuelle des femmes d’avoir plus de deux enfants, et même, plus radicalement, d’avoir des enfants.  

Il y a déjà bien des sociétés ou cette envie d’avoir des enfants s’est fortement réduite, aujourd’hui, en 2022 : la Corée du Sud avec 1 enfant par femme, la Chine et le Mexique avec 1,2, l’Italie avec 1,3, l’Allemagne et le Royaume Uni avec 1,5, le Brésil avec 1,6, les États-Unis avec 1,7, la France avec 1,8. Même l’Inde avec 2 enfants par femme est en voie de dépopulation. Tous ces pays devraient placer en tête de leurs préoccupations les équilibres actuels et futurs de leurs populations en voie de décroissance, mais peu le font à l’exception de l’Italie, de la Suède, du Japon et de la Corée.

Or, au rythme où va aujourd’hui la baisse de la natalité, la population européenne, hors immigration, aura diminué de moitié avant 2070.

Si la baisse de la natalité se poursuit alors que tous les indicateurs sont aujourd’hui orientés en ce sens, il va pourtant falloir organiser la vie collective d’une société mondiale avec moins d’habitants, avec peu d’enfants et une proportion croissante de personnes âgées. Il s’y ajoute les déséquilibres entre régions du monde, l’Afrique continuant un certain temps à avoir une croissance démographique supérieure à d’autres régions du monde, entrainant émigration et conflits.

Tous les arrangements pour vivre ensemble seront mis en cause. Par exemple, des écoles de moins en moins nombreuses, des personnes âgées qui réduisent le niveau de vie des personnes actives et dont on aura tendance à encourager la disparition. Imagine-t-on la vie dans une ville dont la moitié des logements seront vides, où la moitié des véhicules seront abandonnés et la plupart des équipements surdimensionnés ? Mais l’on se trouve ici dans le domaine de la science-fiction, puisque rien n’est prévu, collectivement, pour y faire face.

Dans le passé, l’humanité a essentiellement vécu dans un monde où la peur de la nature, de la maladie et de la famine déterminait les réflexes de survie, de la natalité à l’accumulation des biens.

Aujourd’hui, avec une partie de sa population repue et l’autre visant à l’être, l’humanité prétend trouver un équilibre entre toujours plus de consommation et toujours moins d’impact négatif sur son environnement tout en feignant d'ignorer que les femmes ont silencieusement tranché ce nœud gordien en réduisant la natalité.

 

Il est curieux en effet, les yeux rivés sur l’environnement, que l’humanité fasse semblant de ne pas s’en apercevoir.

 

*UN, Department of Economic and Social Affairs, Population Division, World population prospects 2019: volume I: comprehensive tables. United NationsNew York 2019

** Stein E. Vollset & al., Fertility, mortality, migration and population scenarios for 195 countries and territories from 2017 to 2100: a forecasting analysis for the Global Burden of Disease Study», The Lancet, vol 396, issue 10258, pp 1285-1306, 17 october 17 2020.

***Voir le rapport de James Pomeroy : https://www.research.hsbc.com/C/1/1/320/cjGpNND.

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LA CONQUÊTE SPATIALE

5 Novembre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LE PREMIER SPOUTNIK (1957)

LE PREMIER SPOUTNIK (1957)

Lorsque nous observons ce démiurge, Elon Musk, lancer des chapelets de satellites, envoyer des touristes dans l’espace proche, intervenir en Ukraine ou en Iran, énoncer des projets fous, Il serait avisé de nous intéresser à l'économie de l'espace qui contrôle déjà une bonne partie d'internet, notre GPS, nos prévisions météorologiques et bientôt nos communications téléphoniques.

 

L'espace, qu'est ce à dire au juste? Il se situe environ cent kilomètres au-dessus de nos têtes, lorsque l’atmosphère terrestre a quasiment disparu et que l'on ne peut plus compter sur la portance aérodynamique mais uniquement sur la vitesse pour se maintenir en orbite.

Environ cent kilomètres... Cet "environ" pose un problème juridique. Au-dessous de cette limite, nous nous trouvons dans l'espace aérien de chaque pays, au-dessus l'espace appartient à tout le monde.

À tout le monde, mais pas n'importe comment. Pour gérer internationalement l'espace, un traité a été signé en 1967, le Traité sur les principes régissant les activités des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes. Il s'y est ajouté en 1968, un accord sur le retour et le sauvetage des astronautes et sur la restitution des objets lancés dans l’espace extra-atmosphérique, puis en 1972, une convention sur la responsabilité internationale des États pour les dommages causés par des objets spatiaux suivie, respectivement en 1975 et 1979, par une convention sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace et par un accord sur les activités des États sur la Lune et sur les autres corps célestes. 

Ces accords gênent aujourd'hui les États-Unis dans leur ambition de développer dans l'espace une économie sans entraves. Car la situation a bien évolué depuis les premiers accords qui ont eux-mêmes suivi d'une décennie la première incursion humaine dans l'espace conduite par l'URSS.

En effet, le 4 octobre 1957 exactement, l'URSS a lancé le tout premier satellite, Spoutnik, sur une orbite qui se situait entre 225 kms et 947 kms au-dessus de la Terre.

Après les spoutniks soviétiques et la chienne Laïka, le premier être vivant satellisé qui n'a pas résisté bien longtemps à l'espace, les Américains rejoignaient les Soviétiques dans la course à l'espace avec le premier satellite américain, Explorer-1 en 1958. L'étape des satellites franchie, la compétition se déplaçait vers la Lune dés l'année suivante avec l’envoi du satellite russe Luna en dehors de l’orbite terrestre, puis de Luna-3 qui dévoilait des images de la face cachée de la Lune. 

À partir de 1961, la course à l'espace s’intensifiait ; les Soviétiques envoyaient le premier homme dans l’espace, Yuri Gagarine, tandis que les Américains se donnaient pour objectif d’envoyer un homme sur la Lune avant la fin des années soixante, objectif atteint de justesse le 21 juillet 1969 par l’alunissage de Neil Armstrong et Edwin Aldrin.

C'est à partir des années 1970 que la conquête spatiale s'élargira de la Lune à l'ensemble des planètes du système solaire. Dés 1970, les Soviétiques parviennent à envoyer une sonde, Venera 7 sur Vénus, tandis qu'en 1976 les sondes américaines Viking se posent sur Mars, et en 1977, deux autres sondes américaines survolent les planètes Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune ainsi que quarante-huit de leurs lunes.

Entre 1986 et 2001, la station spatiale russe Mir devient la première station permettant le vol spatial habité à long terme, et en avril 1990, le télescope spatial Hubble, développé par la NASA, est mis en orbite et permet de faire des découvertes de grande portée dans le domaine de l’astrophysique. 

 

La fin de la Guerre froide en 1990 ne mettait pas fin à cette conquête spatiale conduite par l'URSS et les États-Unis en compétition. Mieux, en 1998, une coopération internationale se mettait en place avec la construction de la Station spatiale internationale (ISS), qui est habitée de manière continue depuis octobre 2000.

 

À SUIVRE

 

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CONNAITRE, COMPRENDRE , ORIENTER L'IECS STRASBOURG

1 Novembre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

CONNAITRE, COMPRENDRE , ORIENTER  L'IECS STRASBOURG

Une École, comme toute organisation, a besoin d'un objectif clair, connu et accepté. L'aphorisme de Sénèque*, "Il n'est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va.", s'y applique parfaitement, mais l'art est tout d'exécution.

 
Cela a l'air tout simple, l'objectif d'une École, d'autant plus qu'il existait avant que je ne prenne la direction de l'IECS. Sabine Urban avait en effet transformé l’iECS, qui était une école de commerce classique intégrée dans l’Université Robert Schuman, pour construire une école tournée vers l’Europe. Fallait-il continuer dans cette direction, élargir cet objectif vers le monde ou au contraire se concentrer à nouveau sur la région Alsace ?
En matière de taille, fallait-il grossir, passer de cent étudiants par promotion à trois cent comme Montpellier et baisser le niveau de recrutement, ce qui était la tendance des écoles concurrentes ou maintenir l’effectif et le niveau de qualité, en allant sciemment à contre-courant ?
Fallait-il donner la priorité à la qualité de la formation, appartenance à l’Université oblige, ou à la relation avec les entreprises pour faciliter l’embauche des étudiants ? 
Cet objectif à énoncer, à préciser et à vendre à l’intérieur comme à l’extérieur de l’École, s’inscrivait dans le cadre des caractéristiques spécifiques de l’IECS, qui était une école chérie par les élites alsaciennes. De fait, l’École avait été créée en 1919, au lendemain du retour de l’Alsace à la France et nombre de cadres alsaciens en étaient issus. Située dans l’un des meilleurs quartiers de Strasbourg, avenue de la Forêt Noire, dans le même bâtiment que Sciences Po Strasbourg, c’était un lieu de rencontre. Il fallait donc respecter l’École, le lieu, les traditions et moi plus que quiconque, puisque je n’étais pas alsacien et que l’on ne me pardonnerait à cet égard aucune transgression.
En étant l'un des UFR de l’Université Strasbourg III, il fallait aussi proposer un niveau de formation « universitaire » à la fois traditionnel, avec des cours classiques et incluant le plus possible d’enseignants universitaires, ces derniers étant d’ailleurs difficiles à recruter, Strasbourg se révélant bizarrement peu attractifs pour nos collègues. Mais l’École se voulait aussi fortement ouverte sur les entreprises, mais pas n’importe lesquelles, puisqu'il fallait favoriser les entreprises alsaciennes regroupées dans une Fondation, la Fondation IECS qui finançait largement l’École, puisque la moitié du personnel était sous contrat privé avec la Fondation.
Il ne s’agissait donc pas de tout bouleverser à l’IECS, de changer son nom ou de renier son particularisme alsacien. Dans un premier temps, je décidais de repousser les murs de l’IECS en passant des accords hors d’Europe mais en commençant par les États-Unis (Boston College) et le Canada (Queens University à Kingston, Ontario) mais aussi en Europe avec la Suède (Uppsala). Cela ne m’empêchait pas de situer nettement l’IECS à Strasbourg en modifiant significativement le nom de l’École pour l’appeler "IECS Strasbourg".
Ainsi, subrepticement, l’IECS devenait mondiale tout en restant très majoritairement européenne et en renforçant son attachement à sa région par son nom. Il s’agissait donc d’élargissement du périmètre et d’affichage, mais il fallait encore donner des gages à l’Université, tout en restant nous-mêmes.
Cet appui sur l'Université permit la création de plusieurs DESS, faisant passer l'École au niveau Bac+5 alors que l’EME était au niveau Bac+4. Il fallut aussi veiller à ce que ces DESS contiennent tous la dimension internationale, sauf le DESS Audit pour les raisons que j'ai indiqué précédemment, renforçant ainsi notre image spécifique au sein des ESC : une école universitaire et internationale.
Je dois ajouter aussi que l'IECS restait la moins chère en termes de droits d’inscription de toutes les ESC, en raison justement de son caractère universitaire qui nous donnait du personnel et des locaux gratuits. Nous n'y avions donc pas grand mérite.
Toutes ces modifications d'image, de périmètre international et de diplômes ne nous donnaient pas pour autant d'objectif qui permette de mobiliser l'école, ses cadres, son personnel, ses actionnaires et finalement ses clients, à savoir nos étudiants. Curieusement ces derniers étaient à la fois les plus concernés et les moins associés à nos orientations, puisqu'ils s'attendaient à ce que l'équipage du bateau sache où ils voulaient les faire accoster.
C'était donc vers eux, les étudiants, qu'il fallait concentrer notre regard et nos efforts. Cela allait de soi, mais n'était pas si courant au sein des Écoles comme des Universités, puisque ces personnes captives et passives étaient souvent oubliées au profit des acteurs influents de l'École. Pour ma part, il me fallut deux ans, une fois l'École explorée et maitrisée, pour arriver à mobiliser l'attention de tous sur leur devenir. J'y fus aidé par une conjoncture relativement défavorable à l'embauche de nos étudiants.
 
Je sentis, puis je vendis aux diverses parties prenantes, l'idée que notre objectif central consistait à faire embaucher nos étudiants le plus rapidement possible. Puis je passais à l'action pour traduire cet objectif en opérations concrètes.

 

* Lettres à Lucilius, LXXI

 

À SUIVRE

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UNE CONSTITUTION POUR UN RÉGIME DÉMOCRATIQUE?

26 Octobre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

PROCLAMATION DE LA CONSTITUTION À PARIS

PROCLAMATION DE LA CONSTITUTION À PARIS

La Constitution du 3 septembre 1791 est la première constitution française issue des États Généraux érigés érigés en Assemblée Constituante. Elle est la première d'une longue série de constitutions liées aux circonstances, jusqu'à celle de 1958, cette dernière étant amendée presque chaque année.

 

Les deux principes fondamentaux de cette première Constitution étaient la liberté et l’égalité (et pas la fraternité). Pour y parvenir, le préambule de la Constitution faisait table rase de tous les privilèges de la naissance, des charges, des corporations et des vœux religieux, en somme de tout ce qui faisait obstacle au pouvoir d’un État chargé d’unifier une nation :

« L'Assemblée nationale voulant établir la Constitution française sur les principes qu'elle vient de reconnaître et de déclarer, abolit irrévocablement les institutions qui blessaient la liberté et l'égalité des droits.

- Il n'y a plus ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditaires, ni distinctions d'ordres, ni régime féodal, ni justices patrimoniales, ni aucun des titres, dénominations et prérogatives qui en dérivaient, ni aucun ordre de chevalerie, ni aucune des corporations ou décorations, pour lesquelles on exigeait des preuves de noblesse, ou qui supposaient des distinctions de naissance, ni aucune autre supériorité, que celle des fonctionnaires publics dans l'exercice de leurs fonctions.

- Il n'y a plus ni vénalité, ni hérédité d'aucun office public.

- Il n'y a plus, pour aucune partie de la Nation, ni pour aucun individu, aucun privilège, ni exception au droit commun de tous les Français.

- Il n'y a plus ni jurandes, ni corporations de professions, arts et métiers.

- La loi ne reconnaît plus ni vœux religieux, ni aucun autre engagement qui serait contraire aux droits naturels ou à la Constitution. »

Les droits naturels, Rousseau perçait sous l'écriture des constituants...

Il restait à la mettre en œuvre. Elle fut acceptée par le roi dès le 13 septembre 1791 et il prêta ensuite le serment de la respecter. Lorsque l'Assemblée Nationale Législative se réunit pour la première fois le 1er octobre 1791, c’était un régime monarchique et parlementaire d’une grande nouveauté pour la France, alors que le même type de régime fonctionnait depuis longtemps en Grande-Bretagne. Mais les conditions de son fonctionnement étaient toutes différentes dans les deux pays. 

La première constitution avait prévu deux tours d'élections, le premier, en juin 1791, consistant à nommer les électeurs du second tour. Un million neuf cent mille électeurs passifs étant écartés du scrutin, les quatre millions trois cent mille citoyens actifs masculins avaient élu le centième des leurs qui formèrent les assemblées électorales du second tour, du 29 août 1791 au 5 septembre 1791.

La majorité des députés étaient proches du Club des feuillants, favorable à une monarchie constitutionnelle, qui était issu d'une scission avec le Club des Jacobins, républicain. Les députés comptaient de nombreux avocats et ils avaient souvent moins de trente ans. La participation au vote, entre un tiers et un quart des votants, semblait à priori faible, mais elle se révéla par la suite la plus forte de toute la période révolutionnaire.

Sur proposition de Robespierre, la morale venant à l'appui d'un calcul électoraliste, la nouvelle assemblée ne comprenait aucun membre de la Constituante. Le rôle du Roi était limité. Il était tenu de prêter serment à la Constitution et il devait se satisfaire d'une liste civile de 25 millions de livres octroyée par les députés pour subvenir à ses besoins matériels.

Si le pouvoir législatif revenait à l'Assemblée nationale, le Roi pouvait tout de même suspendre l'application d'une loi pendant quatre ans. Le pouvoir exécutif appartenait aux six ministres désignés par le roi (Justice, Guerre, Marine, Affaires étrangères, Intérieur, Finances), qui devaient rendre des comptes aux députés.

Les 745 députés de l'Assemblée nationale étaient élus pour deux ans par les délégués des citoyens actifs. On appelait «citoyens actifs » ceux qui payaient un impôt au moins égal à trois journées de travail. Les délégués, quant à eux, devaient être choisis parmi ceux qui payaient un impôt d’au moins dix journées de travail.

Le troisième pouvoir, la justice, était rendue par des magistrats élus par les citoyens actifs. Chaque canton disposait d’un juge de paix élu pour deux ans, chaque district possédait un tribunal de première instance et chaque département un tribunal criminel. Dans ce dernier, un jury d'accusation de 8 membres décidait s'il y avait lieu de poursuivre l'accusé et un jury de jugement de 12 membres décidait de la peine à appliquer. Dans la capitale, un tribunal de cassation veillait à la conformité des jugements.

 

Mais la Constitution de 1791 a été appliquée pendant moins d'une année.

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LES MAMMIFÈRES FONT DE LA RÉSISTANCE

21 Octobre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LES MAMMIFÈRES FONT DE LA RÉSISTANCE

Lorsque les écosystèmes ont commencé à se rétablir au début du Paléocène, la période qui suit immédiatement la collision avec un astéroïde,  la plupart des mammifères étaient des euthériens* de très petite taille, comme Purgatorius qui vivait juste cent mille ans aprés la chute de l'astéroïde, un euthérien doté de molaires adaptées aux fruits et de chevilles mobiles pour grimper aux arbres : il est l’un de nos ancêtres directs.

 

Ces euthériens survivaient grâce à un régime alimentaire flexible et à leurs modes de reproduction. La force spécifique des mammifères résidait en effet dans la durée de la gestation. En nourrissant plus longtemps les bébés dans leur ventre, les mères donnaient un superpouvoir aux juvéniles, qui devenaient plus facilement des adultes de grande taille. C'est ainsi qu'en quelques centaines de milliers d’années les premiers placentaires du Paléocène ont grandi démesurément, après être restés longtemps minuscules.

Puis la stabilité des écosystèmes ont permis à de nombreuses espèces nouvelles de proliférer, faisant évoluer leur morphologie et leurs comportements à partir d’un ancêtre commun pour tirer parti des opportunités diverses de l'environnement.

Il faut noter que les placentaires archaïques du Paléocène n’étaient pas particulièrement intelligents. Certes, par rapport à leurs minuscules prédécesseurs du Crétacé, les mammifères du Paléocène avaient un cerveau plus gros en valeur absolue. Mais le volume relatif de leur cerveau par rapport à la masse corporelle était plus faible que ceux des espèces du Cétacé qui les avait précédés. Tout s’est passé comme si les premiers placentaires avaient grossi si vite que leurs cerveaux n’avaient pas pu suivre le rythme, ou comme s’il était plus important, lorsqu’il y avait de nombreuses niches écologiques vacantes à remplir, de développer des corps plus grands que de plus gros cerveaux, dont les besoins énergétiques étaient élevés.

Ce n’est que lorsque les écosystèmes se furent stabilisés, générant une concurrence croissante entre les nombreuses espèces de nouveaux placentaires, que leurs cerveaux se sont développés à leur tour.

Au cours du Paléocène, il y a 56 millions d’années, la température se mis à monter, car du magma avait commencé à s’accumuler sous les continents du nord et à remonter en panache vers la surface. En percolant à travers la croûte, les roches profondes s'échauffèrent.

Cette activité géologique libéra des milliards de tonnes de dioxyde de carbone élevant en deux cent mille ans la température moyenne de l’atmosphère de cinq à huit degrés. Depuis cette période jusqu'à aujourd'hui, jamais la Terre n’a été aussi chaude qu'à ce moment là. Ce réchauffement soudain, appelé le « maximum thermique du Plaocène-Eocène » a été difficile à vivre pour les mammifères de l’époque.

Mais contrairement à l’impact météorique survenu dix millions d’années auparavant, très peu d’espèces de mammifères se sont éteintes, car elles se sont mises en mouvement vers les hautes latitudes ouvertes par l’élévation de température. Elles ont aussi développé de nouvelles aptitudes, des cerveaux plus gros pour s'adapter individuellement aux circonstances, des ongles pour s’agripper aux branches ou de gros sabots pour faire du galop.

Ces mammifères ont essaimé en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, trois continents qui étaient reliés entre eux par des bandes de terre émergées. Ils ont submergé les populations de placentaires archaïques qui ne survécurent pas longtemps à l’invasion.

Au sud de l’équateur, l’évolution suivit un cours diffèrent. L’Afrique et l’Amérique du Sud étaient alors des continents insulaires, avec leurs propres lignées de placentaires, éléphants en Afrique, tatous en Amérique du Sud.

Sur ces deux continents, les monotrèmes et les marsupiaux se maintinrent difficilement, mais les placentaires conservèrent les clefs de l’avenir.

Certains se mirent à se balancer de branche en branche dans les arbres, d’autres parcoururent les airs en battant des ailes, d’autres enfin troquèrent leurs bras contre des nageoires. L’éventail de la faune placentaire actuelle, dont nous faisons partie, a hérité des succès remportés depuis le Paléocène jusqu’à aujourd’hui, au temps de l’Holocène.

 

Ainsi évoluèrent les mammifères placentaires jusqu'à nos jours. Jusqu'à quand? La Terre le décidera en fonction des variations de son atmosphère et de sa température auxquels il faudra s'adapter, mais les mammifères en ont vu d'autres dans le passé...

 

* Des mammifères dont l'embryon se développe entièrement dans le corps de la mère, en étant alimenté par le placenta

Référence: Steve Brusatte, Comment les mammifères ont conquis le monde, Pour la Science, 10/22, pp 54-67

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LE PIRE JOUR DE L'HISTOIRE DE LA TERRE ?

15 Octobre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LE PIRE JOUR DE L'HISTOIRE DE LA TERRE ?

L'un des pires, sinon le pire, jour de toute l’histoire de la Terre survint lorsqu’un astéroïde large d’au moins dix kilomètres mit fin à l’ère des dinosaures, dans un déluge de feu.

 

Fin des dinosaures, mais pas des mammifères, qui eux ont survécu à l’extinction et se sont maintenus pendant les dix millions d’années qui ont suivi, à savoir l’époque du Paléocène.

Ils ont réussi à survivre alors que les trois quarts des espèces vivantes avaient disparu et ils ont évolué pour aboutir aux six mille espèces de placentaires* qui prospèrent aujourd’hui, des chauves-souris aux baleines, en passant par les humains.

Les mammifères sont apparus sur Terre en même temps que les dinosaures, il y a environ 225 millions d’années, à l’ère du Trias.

À cette époque, toutes les terres émergées de la planète étaient rassemblées en un super continent unique, la Pangée. La Terre se remettait tout juste de la pire extinction de masse de son histoire, provoquée par des méga volcans qui avaient craché de la lave et du dioxyde de carbone pendant des millions d’années, provoquant une telle élévation de la température qu'elle fit disparaitre jusqu’à 95 % des espèces vivantes.

Lorsque les volcans finirent par s'éteindre, les dinosaures, les mammifères et de nombreux autres groupes firent leur apparition, repeuplant le vide créé sur la Terre par ces éruptions. Pendant les 160 millions d’années qui suivirent, les dinosaures devinrent des géants, excluant les mammifères des niches propres à la mégafaune et les obligeant à conserver une petite taille qui leur permettait d’exploiter les niches écologiques auxquelles les dinosaures n’avaient pas accès.

Aussi, durant le Jurassique et le Crétacé, soit entre 201 et 66 millions d’années auparavant, une multitude de petits mammifères, jamais plus gros qu’un blaireau, vivaient dans l’ombre des dinosaures. On y trouvait des rongeurs, des grimpeurs, des fouisseurs, des nageurs et des planeurs. Ces animaux développèrent l’organisation standard des mammifères, des poils, un métabolisme à sang chaud, un ensemble complexe de dents spécialisées, canines, incisives, prémolaires et molaires et bien sûr l’alimentation des bébés au lait maternel.

En dehors des multi tuberculés (petits rongeurs avec des dents dotées de plusieurs tubercules) qui ont aujourd’hui disparus, trois lignées de mammifères subsistent aujourd’hui : les monotrèmes qui pondent des œufs, les marsupiaux qui donnent naissance à de minuscules petits achevant leur développement dans une poche ventrale et surtout les placentaires qui donnent naissance à des petits bien développés.

Mais tout l'équilibre de ce monde primitif fut un jour brutalement bouleversé. Un astéroïde de la taille de l’Everest, sillonnant l’espace à une vitesse supérieure à celle d’un avion de ligne, a croisé par hasard la trajectoire de la Terre. Il s’est écrasé sur ce qui est aujourd’hui la péninsule du Yucatan, libérant une énergie équivalente à celle d’un milliard de bombes nucléaires. L’impact a creusé dans la croute terrestre un trou de plus de 16 kms de profondeur et de 160 kms de largeur.

Tsunamis, incendies, tremblements de terre et éruptions volcaniques firent alors rage tout autour de la planète. La poussière et la suie obstruèrent l’atmosphère, plongeant le monde dans l’obscurité pendant des années. Les plantes n’étant plus en mesure d’effectuer de photosynthèse, les forêts furent anéanties, les herbivores moururent de faim et avec eux les carnivores.

Les écosystèmes s'effondrèrent.

Les dinosaures furent les victimes les plus célèbres de la catastrophe, seuls une poignée d’oiseaux parvinrent à garder leur héritage vivant jusqu’à nos jours et à peine 7% des mammifères survécurent au carnage,

Cependant les mammifères survivants faisaient surtout parti des petites espèces et des omnivores tandis que les victimes de la catastrophe étaient des mammifères qui s'étaient mieux adaptés au monde d'avant, en ayant un régime alimentaire spécialisé qui leur avait permis de grossir en taille. Mais ils voyaient désormais les adaptations de leur organisme devenir des contraintes et disparaissaient.

 

En revanche, les petites espèces généralistes réussirent plus facilement à se terrer pour traverser le plus fort de la débâcle immédiatement après l’impact et trouvèrent ensuite plus facilement à se nourrir dans le chaos post-impact.

 

* Les placentaires forment une infra-classe très diversifiée, mais tous se caractérisent par le fait qu'ils accouchent des juvéniles par contraste avec les marsupiaux qui accouchent de larves ou les monotrèmes qui pondent des œufs. Cela est rendu possible par la présence d'un placenta, plus développé et plus complexe que chez les marsupiaux, ce qui leur a donné leur nom

 

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MUTER DE PROFESSEUR À DIRECTEUR

9 Octobre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

MUTER DE PROFESSEUR À DIRECTEUR

Je pris donc mes fonctions de Directeur de l’IECS, tout en restant professeur à l’IAE de Nice. Il me restait à muter, c’est-à-dire de n’être plus avant tout un professeur, mais de devenir un directeur.

 

Cela me demanda environ un an avant que je n'assume complétement ce nouveau rôle, qui sollicite de tout autres réflexes que celui de professeur. Le métier de professeur se situe plus à mon avis dans le rapport avec les étudiants que dans le savoir scientifique acquis. Mais l’essentiel consiste à passer de la peur des étudiants au partage du savoir avec ces derniers.

En revanche, être directeur consiste à être seul face à ses responsabilités. Je cherchais l’approbation en tant que professeur alors que je me contentais d’en prendre acte en tant que directeur.

Il m’est arrivé d’être seul contre tous, comme l’anecdote suivante l’illustre. À l’IECS, j’ai longtemps subi la pression de mon secrétaire général, qui relayait les récriminations du personnel afin de modifier la gestion des appels téléphoniques. En effet, depuis toujours afin de ne pas payer une standardiste, chaque secrétaire assurait à tour de rôle cette fonction et toutes s’en plaignaient, arguant que le jour où elles devaient l'assurer, elles ne pouvaient pas faire correctement leur travail, ce dont j'étais conscient.  

Le secrétaire général me suggérait donc de remplacer notre organisation du standard par un système plus « moderne » qui devait permettre d’atteindre chaque service de l’IECS à partir d'un chiffre à taper sur le téléphone. Pour ma part, je n’étais pas tout à fait convaincu de l'efficacité de cette nouvelle organisation, mais j’acceptais néanmoins de la tester durant l’été, période pendant laquelle les appels étaient moins nombreux.

Ce fut tout de suite une catastrophe, même si le personnel se réjouissait de ne recevoir que fort peu d’appels. En revanche, nos interlocuteurs se plaignaient massivement de ne plus parvenir à joindre l’IECS ! Je décidais donc à la rentrée de réunir toute l’équipe administrative de l’école en urgence pour l’informer, contre son avis unanime, de mettre fin à l’expérience. Je me justifiais en précisant que j’étais, de par ma fonction, le dernier défenseur de l’école, en d’autres termes celui qui devait défendre les intérêts de l’IECS envers et contre tous. Malgré les protestations, ma décision s’imposa dans la pratique, puisqu’elle resta effective longtemps après mon départ.

J'appris concrètement que le principe de défense des intérêts de l’école est le guide suprême des décisions du directeur. J'ai même appris à l'appliquer contre mes propres convictions.

Ce cas s'est présenté, notamment lors de la situation suivante : l’IECS, sous l’impulsion de mon prédécesseur Sabine Urban, était en pointe dans le domaine des échanges internationaux. Nous envoyions tous nos étudiants durant une année universitaire, sur les quatre ans de scolarité de l’époque, dans nos universités partenaires. Nous recevions en retour une promotion entière d'étudiants étrangers à Strasbourg.

L'image de l'international était donc centrale pour l'école. Pour renforcer ce programme de quatre ans de formation qui s'appelait l'École de Management Européen, nous y avions ajouté, puisque l'IECS était une UFR de l'Université Robert Schuman (Strasbourg III), des programmes de DESS, en commerce international, en économie internationale et en achat international.

Dans ce contexte, lorsque je reçu la visite d'une délégation d'experts comptables, tous anciens élèves de l'IECS, pour me proposer de créer un DESS d'Audit, j'ajoutais tout naturellement l'adjectif "international" à leur proposition, m'attendant naïvement à une réaction positive de leur part, puisque j'élargissais ainsi le champ du programme de formation qu'ils proposaient.  

Las, les experts-comptables strasbourgeois restèrent de glace. Pour eux, m'affirmèrent-ils, l'audit international, cela n'existait pas. J'eu beau leur fournir les programmes de l'ESCP et de quelques autres écoles qui prouvaient que l'audit international existait bel et bien, ils n'en démordirent pas, faisant montre d'une obstination qui forçait l'admiration mais qui ne m'arrangeait pas.

Je me retrouvais placé devant un choix cornélien. Sois-je maintenais ma position au nom de l'homogénéité des programmes et de l'image internationale de l'école et les promoteurs du programme risquaient fort de retirer leur proposition, soit j'avalais ma cravate et j'acceptais leur proposition de créer un DESS d'Audit.

Finalement, j'avalais bel et bien ma cravate, car j'avais raison sur la cohérence, mais j'avais tort quant à l'objectif majeur de l'école. Car ce dernier consistait à donner la priorité à l'embauche des étudiants et il primait sur tout autre objectif partiel.

 

Accepter d'être impopulaire et de se donner tort à soi-même pour le bien de l'école, voici deux leçons que je reçus, qui m'aidèrent à devenir véritablement directeur de l'IECS et qui m'ont servi lorsque je suis devenu directeur du campus de l’iPAG à Nice, il y a bientôt quatre ans.

 

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LE POUVOIR QUITTE LA PERSONNE DU ROI

29 Septembre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE POUVOIR QUITTE LA PERSONNE DU ROI
Le 14 juillet 1789, tandis que la cour sur la défensive concentre des troupes autour de Versailles, des émeutiers à la recherche d’armes prennent la Bastille.

 

La municipalité parisienne est de facto le nouveau maître.  Commence la dictature de l’émeute, qui est paradoxalement célébrée comme une victoire sur la tyrannie.  C’est en effet sous la protection du Faubourg Saint-Antoine que l’Assemblée Constituante peut écrire sereinement la première constitution de l’histoire du pays.

Sereinement ? l’émeute gronde en province. Les paysans sont agités par la « Grande Peur ». Ils croient que les nobles vont lâcher sur eux des nuées de brigands pour se venger de leur perte de pouvoir. Pour anticiper cette réaction inventée, ils brûlent les châteaux, ils tuent. Après le roi, c’est l’Assemblée qui cède sous la pression en supprimant les privilèges, les inégalités fiscales et les droits féodaux. Puis, dans un grand élan de foi en l’humanité, elle produit l’immortelle « Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen », le credo de la France nouvelle et le catéchisme de tous les hommes, de tous les temps et de tous les pays !

Aussi est-il vraiment étonnant que la date du 26 août 1789, celle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, n’ait pas été retenue comme celle de la fête nationale. C’est pourtant au nom de cette déclaration que nos gouvernants se croient autorisés à faire la leçon aux dirigeants politiques de tous les pays du monde. On ne peut pas croire, à moins d’être un esprit très cynique, qu’il s’agisse de faire comprendre aux citoyens français, de manière subliminale, que la République a choisi le 14 juillet comme fête nationale afin de célébrer l’émeute en tant que procédé politique, de préférence au respect des règles démocratiques.

En août 1789, la Déclaration a pour premier effet de renverser le fondement du pouvoir en France, puisqu’elle remplace l’onction du sacre de Reims qui faisait du roi de France « le lieutenant de Dieu sur terre » par la « Nation ». Désormais, le roi n’était comptable du pouvoir de l’État non pas devant Dieu, mais devant la Nation qui le chargeait de faire respecter la Déclaration des Droits de l’Homme.

Puis l’automne 1789 voit le pouvoir échapper concrètement au roi, lorsque l’émeute vient le quérir dans son palais de Versailles pour le forcer à s’installer à Paris. Le roi otage est désormais contraint d’entériner les actes fondateurs de sa dépossession, sous la menace permanente des groupes d’insurgés actionnés par les clubs.

Dans une ambiance constamment agitée, l’Assemblée qui a rejoint Paris, légifère, modifie la fiscalité, l’armée, les régions. Elle crée quatre-vingt-trois départements qui deviennent le nouveau cadre administratif du pays. Elle définit un corps électoral, la Nation, qui exclut les femmes, les domestiques et les pauvres. Puis elle s’attaque à l’Église par la confiscation de ses biens. C’était logique puisqu’il fallait détruire les fondations de la croyance au roi de droit divin et faire disparaître le contre-pouvoir susceptible de s’opposer au règne de la raison, que l’Assemblée Constituante prétendait incarner.

C’est un long combat qui s’amorçait, un combat qui contribua à affaiblir les cadres moraux de la Nation et qui n’était pas de nature à plaire au roi.

En conséquence, le roi tenta, sans succès, de quitter la France avec sa famille, ce qui fit voler en éclats l’unité de façade de la Révolution.

Lorsque, le 23 juin 1791 au matin, la berline royale reprit le chemin de Paris où elle entra le 25 juin dans un silence funèbre, le roi fut reconduit au palais des Tuileries où il se retrouva placé sous la « surveillance du peuple» et provisoirement suspendu de ses pouvoirs. Pour maintenir la souveraineté symbolique du roi sur un peuple qu’il avait essayé de fuir, l'Assemblée se résolut à qualifier la péripétie de Varennes « d'enlèvement ».

Il n’est pas étonnant dans ces circonstances qu’au Club des Cordeliers, Danton et Marat aient lancé une pétition pour la déchéance du roi, pétition déposée au Champ de Mars accompagnée par les habituels manifestants des faubourgs.

L'assemblée réagit en proclamant la loi martiale. La garde nationale, sous les ordres de La Fayette, fit feu sur les pétitionnaires, provoquant des dizaines de morts. Danton et Marat s'enfuirent provisoirement en Angleterre pour en revenir sans encombre, apprenant ainsi que l’on pouvait être émeutier sans en mourir.

Mais au Club des Jacobins, la majorité des députés, y compris Robespierre, souhaitait maintenir la monarchie par stratégie, afin d’éviter que la déchéance de Louis XVI n'entraîna la France dans une guerre contre les autres monarchies européennes, dans laquelle la Révolution aurait pu se perdre.

Une partie d’entre eux, qui, comme La Fayette, souhaitaient que les pouvoirs du roi soient accrus dans la future Constitution de manière à restaurer un minimum de confiance entre le roi et la Révolution, se séparèrent du Club des Jacobins pour former le Club des Feuillants.

 

Quelques semaines après la fuite avortée du roi, le 3 septembre 1791, l’Assemblée parvenait à produire une Constitution pour le Royaume, à laquelle le roi voulut bien prêter serment.

 

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