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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 02:26
EURAFRIQUE

Terminus, LAMPEDUSA

 

D’ici 2100, le temps d’une vie, l’Afrique, continent dont la population s’accroît le plus vite, devrait voir sa population presque quadrupler, passant de 1,1 milliard actuellement à 4,2 milliards en 2100. À cette époque, 40 % des êtres humains seront africains.

 

Déjà, d'après les statistiques de l'ONU, dans seulement un tiers de siècle, le Nigeria, qui comptait 32 millions d’habitants en 1950 et 175 millions aujourd'hui, sera plus peuplé que les Etats-Unis. Fort de près de 400 millions d'habitants, le géant africain sera le troisième pays le plus peuplé du monde, après l’Inde et la Chine.

Ces projections démographiques peuvent-elles nous laisser indifférents ?  Je ne le crois pas, d’où ce blog et son titre, car l’Europe est la partie du monde la plus directement concernée par l’évolution de l’Afrique.

Pendant les prochaines décennies, il faudra mettre en parallèle la croissance rapide de la population africaine et la quasi-stagnation, autour de cinq cents millions d’habitants, de la population de l’Union Européenne. Cela aura, par exemple, un effet majeur sur la francophonie, puisque la France, qui devrait atteindre 70 millions d’habitants en 2050, ne représentera plus que 10% des francophones du monde, les autres se trouvant principalement en Afrique.

Que va t-il donc se passer, dans les prochaines décennies, entre l’Europe et l’Afrique ?

En premier lieu, l’Europe va subir une pression migratoire croissante de la part de l’Afrique. Le jour de la parution de ce blog, comme chaque jour, deux mille personnes majoritairement africaines se réfugieront, rien qu'à Lampeduza, pour se disperser ensuite en Europe. Leur nombre a été multiplié par dix en un an. Cette pression s’exerce en premier lieu sur le Maghreb où l’on rencontre toujours plus d’africains sub-sahéliens, mais elle concerne aussi toute l’Europe, y compris septentrionale : en Suède, deux mille personnes arrivent chaque semaine à Malmö. Elles sont loin d’être majoritairement africaines, mais leur proportion croit.

Il paraît improbable que cet afflux ne provoque pas des résistances croissantes en Europe et au Maghreb, qui se manifesteront par des réactions hostiles et par des efforts de plus en plus énergiques pour fermer les frontières. L’accord de Schengen est déjà mis en accusation et il a peu de chances de rester en l’état face à un accroissement continu des flux migratoires.

Mais ce flux africain est-il destiné à durer ? Si la porte libyenne, imprudemment ouverte par les apprentis sorciers qui nous gouvernent, se referme, ne va t-il pas se tarir ?

Je ne le crois pas non plus, car des raisons persistantes expliquent cette migration. Il faut en premier lieu ne jamais oublier que les avions, la télévision ou Internet visent tous à unifier le monde. Aucun Africain n’ignore désormais qu’atteindre le havre européen est possible, et souvent souhaitable.

En second lieu, l’Europe est bien un havre car elle est, pour beaucoup d’Africains, la promesse tout simplement de pouvoir survivre, avant d’envisager de s’y épanouir. En effet, le climat y est tempéré, les hôpitaux y sont nombreux, organisés et ouverts, les moyens pour se nourrir et se loger y sont disponibles, les enfants y sont les bienvenus et les écoles leur sont ouvertes, la police et la justice y fonctionnent, bref on trouve en Europe des États organisés.

En Afrique, la situation est contrastée. Nombre d’États n’ont pas pu mettre en place les structures de base capables d’assurer le bien-être, voire même la survie de leurs populations, c’est-à-dire des hôpitaux, des écoles, une police, une justice. L’instinct individuel de survie commande de tenter de sortir d’une telle situation, en quittant non seulement le pays mais la région. Lorsque les réfugiés actuels fuient l’Erythrée en guerre civile, ils ne s’arrêtent pas en Ethiopie, mais continuent jusqu’en Suède !

Comment s’opposer à un tel mouvement ? Notre idéologie, qui nous a permis de les conquérir, s’appuie sur l’apport du progrès, de la solidarité et de la liberté individuelle à l’ensemble de l’humanité. Elle aura du mal à justifier le rejet à la mer ou même le renvoi des Africains vers leurs pays d’origine.

Aussi, volens nolens, sommes-nous solidaires de l’avenir de l’Afrique, même si la plupart des Européens n’en sont pas encore conscients.

Si, massivement et rapidement, nous ne faisons pas tous nos efforts pour participer à leur croissance économique, si nous ne les aidons pas à organiser leurs systèmes de formation, si nous ne leur apportons pas notre soutien médical, si nous ne contribuons pas à l’organisation de leurs États, préparons nous alors à leur faire de la place chez nous, avant, du fait de leur double croissance, démographique et économique, de devenir leurs vassaux, sinon leurs colonies.

Si les élites européennes sont à la recherche d’un objectif mobilisateur, qui assure la foi dans notre idéologie, la création d’emplois utiles et la protection de notre identité, le développement conjoint de l’Afrique et de l’Europe s’impose, dans lequel la France peut, de plus, jouer un rôle moteur. Ne le joue t-elle pas en ce moment même, en s’efforçant de stabiliser les pays du Sahel ?

 

Chaque jour qui passe rend cet impératif stratégique, politique, économique et social plus urgent.

 

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Published by André Boyer - dans ACTUALITÉ
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commentaires

Michel 01/11/2014 14:59

Merci de bien poser le problème et d'ouvrir des perspectives positives dans ce billet. Malheureusement le scenario négatif existe, et tu ne le caches pas. Dans mon roman "L'Esclave" que tu as eu la gentillesse de présenter à tes lecteurs (voir ci-dessous), je tire au maximum l'hypothèse pessimiste, celle où l'Europe, incapable d'agir efficacement et à temps, finit par se laisser sombrer. Un moyen de conjurer le malheur en se le représentant.

boyer 01/11/2014 18:50

Mon éclairage optimiste est plutôt un parti pris de présentation qu'une conviction profonde. Le pessimisme est souvent la vision la plus réaliste, mais dans ce cas l'optimisme peut être un guide pour l'action.