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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 19:32
LES CLASSES MOYENNES DANS LA TOURMENTE DE LA GLOBALISATION

DANS LA FOSSE AUX LIONS

 

Kim travaille 40 heures par semaine. Elle est célibataire, propriétaire de son bungalow et ses deux enfants ne sont plus à sa charge. Pourtant, elle fait la queue devant la Houston Food Bank pour faire ses provisions. 

La Houston Food Bank, un avatar texan des Restaurants du Cœur, a en effet constaté un changement de sa clientèle. Auparavant, elle était composée de sans-emploi et de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, mais désormais on y rencontre de plus en plus de familles de la classe moyenne inférieure.

Si l’on regarde de plus prés la situation de Kim, on apprend qu’elle possède un diplôme équivalent au Baccalauréat et qu’elle travaille depuis cinq ans comme concierge dans une école d’Houston. Dans cette fonction,  elle est rémunérée 9$ de l’heure, ce qui est largement au-dessus du salaire minimum texan fixé à 7,25$. Au total, elle gagne 18000$ par an, ce qui aussi largement au-dessus du seuil officiel de pauvreté qui est de 11670$ par an au Texas. Elle a complètement remboursé l’hypothèque de son bungalow, mais la hausse du coût de la vie a réduit sa marge de manœuvre financière, si bien qu’après avoir réglé ses charges fixes et le carburant de son automobile qui lui est indispensable, il ne lui reste plus que 30$ par mois d’argent disponible.

Pourtant, l’économie américaine est en train de se remettre de la crise économique, avec une croissance supérieure à 2% par an et un fort recul du chômage. Ce sont des chiffres moyens rassurants, mais ils masquent la baisse des revenus de la majorité des Américains, car la croissance des revenus concerne principalement les personnes les plus riches.

En effet, le revenu médian a chuté aux États-Unis de 5% entre 2010 et 2013. Or ce revenu médian qui trace la ligne de partage entre la moitié des revenus inférieurs au revenu médian et la moitié des revenus qui lui sont supérieurs. Dans le même temps, les 10% qui ont les revenus les plus élevés ont bénéficié d’une hausse de 10% de leurs revenus, soit une hausse deux fois supérieure.

C’est pourquoi, au niveau de l’ensemble des Etats-Unis, on recense plus de 45 millions d’Américains qui ne peuvent manger que grâce aux Food Stamps, des « timbres de nourriture » qui constituent les soupes populaires modernes. De plus, la ville de New York vient de battre en janvier 2015 un nouveau record, celui de soixante mille personnes sans domicile fixe, soit 11 % de plus qu’en janvier 2014.

Ceci s’explique par la nature des dix millions d’emplois créés depuis 2010. 44% d’entre eux correspondent à de bas salaires qui sont de plus en plus bas depuis le début de la crise, en 2008. En d’autres termes les revenus industriels ont été remplacés par des revenus « Mac Donald ». De plus la hausse des prix a particulièrement touché les biens et les services qui concernent la classe moyenne. C’est le cas des loyers, de l’alimentation, des transports, des dépenses de santé, des services de garderie ou des frais de scolarité. Au total, on estime qu’une famille avec deux enfants dépense, inflation déduite, a besoin de dix mille dollars de plus par an en 2013 qu’en 2000 pour maintenir son niveau de vie.

La société américaine postule que les gens ont toujours la possibilité d’accroître leurs salaires, pour peu qu’ils fassent des efforts dans leur travail, qu’ils aient du courage ou qu’ils améliorent leur niveau de compétence. Or la mobilité sociale est désormais insuffisante. Des études montrent que les enfants nés dans des familles dont les revenus se situent dans la moitié inférieure des revenus ont moins de 40 chances sur 100 de rejoindre, lorsqu’ils deviennent adultes, le groupe des personnes dont les revenus se situent dans la moitié supérieure des revenus. C’est une proportion insuffisante dans un pays où les inégalités de revenus sont justifiées par la possibilité offerte à tous d’accéder au sommet de l’échelle sociale.

La question est donc d’analyser l’origine de cette situation. La confiance et la croissance sont revenues, sauf que la crise de 2008 n’était apparemment pas une simple crise de confiance mais une crise de modèle, qui génère un monde dans lequel on peut du jour au lendemain être définitivement privé d’un salaire suffisant, voire de travail tout court et donc de logement.

Pendant ce temps en Europe, les systèmes de redistribution tournent à plein régime pour maintenir le niveau de vie des plus pauvres aux dépens de la classe moyenne, tandis que les plus riches utilisent les moyens à leur disposition pour fuir la prise en charge des plus pauvres, notamment la délocalisation de leurs patrimoines.

Pendant ce temps aussi, en Afrique, l’augmentation des revenus créée une nouvelle classe moyenne africaine qui fait exploser les ventes de réfrigérateurs, de télévisions, de téléphones portables, de deux-roues ou d’automobiles. Au Ghana, par exemple, le nombre de propriétaires d’automobiles et de motos a progressé de 81 % depuis 2006.

Aujourd’hui, un Africain sur trois appartient à la classe moyenne, soit trois cent soixante-dix millions de personnes. Comme le FMI prévoit, grosso modo, une croissance de cinq pour cent par an du PIB africain ces prochaines années, la classe moyenne africaine devrait rassembler quarante-deux pour cent de la population en 2060. C’est déjà le cas en Afrique du Nord, où les classes moyennes représentent soixante-dix sept pour cent de la population…

 

La mondialisation réalise ainsi son œuvre, faisant converger les niveaux de vie au travers du sort des classes moyennes, les écrasant dans les pays encore riches pour les hisser sur le pavois, toutes fragiles encore, dans les pays émergents. 

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Published by André Boyer - dans ACTUALITÉ
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commentaires

Michel 17/02/2015 16:22

La mondialisation poursuit son travail de sape dans les pays riches. Une part du problème tient à la non imposition ou l'imposition insuffisante des riches dans ces pays. Et à cet égard la responsabilité de nos gouvernements est entière. Pourquoi ne veulent-ils pas se coordonner - ce qui serait indispensable - pour lutter contre l'évasion fiscale ? Qu'est-ce que les gouvernants eux-mêmes ont à y gagner ? De ne pas être réélus ???

Boyer 18/02/2015 15:34

La question précise que tu poses sur l'inaction des gouvernants reste un mystère. Peut-être le manque de courage? Il reste que la responsabilité directe des élus n'est pas de favoriser la mondialisation ou le rééquilibrage des classes moyennes dans le monde, mais la protection des gens qui les ont élus.