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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 03:11

 

Les premiers penseurs qui ont inspiré le salafisme n’ont pas grand-chose à voir avec Sayyid Qutb (1906-1966), le théoricien des Frères musulmans, et encore moins avec les dirigeants des mouvements armés actuels.

 

À l’origine du salafisme on citera Djamāl al-Dīn al-Afghān (1838-1897) et Muḥammad ‘Abduh (1849-1905).

Érudits, ils concevaient le ressourcement de l’islam par la relecture des textes fondateurs non pas pour en faire une imitation aveugle, mais pour y puiser une renaissance culturelle et spirituelle qui pourrait procurer aux musulmans les moyens intellectuels de s’émanciper de la tutelle coloniale et de réaliser leur unité. Leur mouvement, résolument cosmopolite et panislamiste, transcendait les clivages religieux habituels, puisqu’Al-Afghān était chiite. Il tentait de concilier modernité et retour aux sources en laissant une porte ouverte à la liberté d’interprétation, l’ijtihād.

Une seconde étape dans la constitution du salafisme a été franchie en 1928 avec la formation en Égypte de la confrérie des Frères musulmans par Hassan al-Banna (1906-1949). Ce dernier contribua à populariser les mots d’ordre du salafisme sur la scène publique grâce à la prédication, à l’action politique et à la création d’un réseau d’associations charitables, d’hôpitaux, d’écoles et de mosquées qui implantèrent durablement le mouvement dans la société égyptienne.  

Les Frères Musulmans furent interdits par le roi Farouk, qui fit exécuter Hassan al-Banna, puis furent à nouveau autorisés à la chute du roi. Ils engagèrent alors une lutte sourde contre le nouvel homme fort de l’Égypte, Gamal Abdel Nasser, qu’ils tentèrent de renverser à plusieurs reprises.

La doctrine du mouvement se structura sous l’influence de Sayyid Qutb qui opposait au socialisme laïcisant de Nasser, à son panarabisme tiers-mondiste et à son programme de développement inspiré du modèle occidental, sa notion de « socialisme islamique » et ses diatribes contre la culture athée et l’occidentalisation des mœurs.

Un complot contre le Président servit à ce dernier de prétexte pour déclencher une vague de répression sans précédent contre les Frères musulmans en 1965. Sayyid Qutb fut pendu et la confrérie temporairement décapitée en Égypte. Elle ressurgit dans les années 1970 puis déclara vouloir abandonner la violence en 1978 tandis que de nouveaux groupes terroristes apparaissaient, qui furent à l’origine de l’assassinat d’Anouar al-Sadate en 1981.

Les années 1980-1990 virent se renforcer le réseau international des Frères musulmans dans le monde arabe et en Europe. C’est ainsi que le Hamas, créé en 1987, lui est rattaché. Soucieux de se construire une image d’honorabilité, les Frères musulmans se déclarèrent prêts à participer à des élections démocratiques et c’est ainsi qu’ils remportèrent en Egypte les élections législatives de juin 2012, un an après le renversement d’Hosni Moubarak par la révolution. La présidence de Mohamed Morsi ne tarda cependant pas à réveiller les clivages et à susciter l’inquiétude de l’armée, qui mit fin à la parenthèse du pouvoir des Frères Musulmans treize mois plus tard, en juillet 2013.

Mais l’influence mondiale du salafisme doit beaucoup à un autre de ses courants, le wahhabisme, fondé au XVIIIe siècle par Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhāb (mort en 1792) en Arabie, où il s’allia au puissant lignage des Saoud.

La fondation du royaume saoudien en 1932 fournit à cette doctrine puritaine une assise territoriale, tandis que la manne financière de l’or noir lui donnait les moyens de développer à partir des années 1960 un prosélytisme à l’échelle internationale.

En ouvrant des universités islamiques, en y formant des étudiants qui, venus de tous les horizons, étaient destinés à devenir des cadres religieux dans leurs pays respectifs, en investissant dans la construction de mosquées dans le monde musulman comme en Occident et en finançant un dense réseau d’associations « islamiques », le wahhabisme a joué un rôle moteur dans ce que l’on peut appeler la « salafisation » de l’Islam mondial. Au Maghreb par exemple, il prit une part active dans le processus d’arabisation de l’enseignement et de la culture, entamé dans les années 1970-1980.

En outre, à partir de la victoire de Recep Tayyip Erdogan et de l’A.K.P. en 2003, la Turquie offrit également un modèle de salafisme légaliste et nationaliste. On peut aussi y ajouter le développement d’autres mouvements comme le Tabligh (la prédication), né en Inde dans les années 1920, qui est aujourd’hui bien implanté dans les banlieues déshéritées d’Europe.

 

C’est ainsi que le salafisme est devenu un phénomène planétaire, dont les foyers se développent de façon autonome et différenciée en Asie, en Afrique et, de façon plus circonscrite, parmi les communautés musulmanes d’Europe et d’Amérique.

 

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Published by André Boyer - dans ACTUALITÉ
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