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Le blog d'André Boyer

LE MANAGEMENT ET LA FIN DE L'AUTORITÉ

27 Mai 2015 , Rédigé par André Boyer Publié dans #PHILOSOPHIE

LE MANAGEMENT ET LA FIN DE L'AUTORITÉ

LA FIN OU LA MUTATION DE L'AUTORITÉ

 

Au risque de lasser mes lecteurs, j’ai consacré pas moins de neuf blogs à traiter de la question du management sans chefs. Venons en donc désormais au management avec des chefs.

 

Nous avons pu constater que, si ce management sans chefs existait en pratique, notamment au travers des coopératives, il était loin d’être majoritaire dans les organisations privées comme publiques. Dans la plupart des cas, le management fait appel à des chefs, même si l’être humain répugne naturellement à obéir à ses semblables.

Cette répugnance a même tendance à s’accroître, si l’on en croit l’opinion commune. En France, on invoque les effets de mai 1968 qui auraient sapé les fondements de l’autorité. Ailleurs, il s’est passé des évènements semblables quoique plus souterrains, qui font écrire que l’on constate la fin de l’autorité.

Dès que ce sujet est soulevé, on n’échappe pas à l’œuvre d’Hannah Arendt qui explique cette fin par la dynamique égalitaire à l’œuvre dans les démocraties et par l’exclusion hors du champ politique des références transcendantes sur lesquelles elle était fondée.

Il semblerait que les conséquences de cette évolution apparaissent de plus en plus clairement dans les difficultés rencontrées par les différents pouvoirs à l’œuvre dans nos sociétés. Souvent les auteurs qui s’y référent semblent regretter cette fin de l’autorité et cherchent les moyens de la rétablir.

Il semblerait que la dynamique égalitaire est concomitante à la disparition de l’autorité et invoquent Alexis de Tocqueville qui craignait l’exercice du pouvoir par les « faibles » : « Le développement d’une forme totalitaire nouvelle de gouvernement a eu pour arrière-fond un effondrement plus ou moins général, plus ou moins dramatique, de toutes les autorités traditionnelles » (De la démocratie en Amérique). Nietzsche faisait la même constatation désolée quant au pouvoir croissant des « faibles » sur les « forts » (voir la série des blogs que je lui ai consacré).

Il faudrait donc sauver l’autorité.

On peut accepter ce postulat, sans oublier toutefois que le management sans autorité reste possible. Quant à l’autorité, son origine prête à débat, de Max Weber à  Hannah Arendt. En France, le philosophe Alain Renaut a consacré tout un essai à la fin de l’autorité (2004). Pour lui, suivant le raisonnement d’Hannah Arendt, l’évolution vers l’égalité démocratique a provoqué la fin du pouvoir, en faisant disparaître les références transcendantes dans lesquelles l’autorité trouvait sa justification. Il s’agit dés lors de trouver un moyen qui  permette l’exercice d’un pouvoir démocratique compatible avec la fin de l’autorité.

En d’autres termes, l’autorité semble nécessaire pour faire fonctionner les organisations mais il reste à trouver les moyens de l’exercer alors que, justement, elle a disparu : ce paradoxe a laissé le philosophe lui-même perplexe !

Du coup, il en est revenu aux antécédents du problème : faut-il prendre acte de la fin de l’autorité, en la considérant comme un progrès permettant plus d’égalité, ou considérer que l’autorité doit être restaurée, car sa disparition empêcherait d’agir dans l’intérêt de la collectivité ?

Si l’autorité est absente, il ne reste plus à celui qui est responsable d’une organisation qu’à justifier sa décision en présentant l’analyse de l’information disponible et en appliquant un texte réglementaire. Réciproquement, se crée l’exigence de voir toute décision argumentée de façon incontestable en fonction des informations présentées, des règlements en vigueur et des décisions antérieures.

En résumé, l’absence d’autorité implique au préalable l’égalité entre les acteurs. On voit que les enjeux de l’existence ou de l’absence de l’autorité sont considérables pour le management des organisations.

 

Avant d’aller plus avant dans les redoutables conséquences de disparition de l’autorité pour le management des organisations, est-il nécessaire d’examiner en quoi, précisément, l’autorité a disparu ou si elle a simplement changé de forme.

 

 

 

 

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P
je me situe dans le cadre de l'entreprise ; le management efficace se caractérise par la capacité des
décideurs d'obtenir de leur collaborateurs de différents niveaux des résultats (pas nécessairement consensuels pour les différents acteurs concernés. Si on accepte cette définition , il convient alors de s'assurer que les pratiques managériales sont conformes aux règles en vigueur et laisser aux sociologues ( disciples de Michel CROZIER ? ) le soin de nous fabriquer les outils d'analyse pertinents pour l'évaluation de chaque situation de "pouvoir managérial"
Répondre
J
Bonjour M. Boyer,

je n'ai pas la prétention de comprendre un traître mot de votre article de manière suffisamment précise pour argumenter sur le fond. Néanmoins je suis témoins journalier de l'exercice du management dans une grande entreprise. Je peux vous garantir que malgré toutes les attaques idéologiques modernes sur l'autorité, celle ci est bien présente et ne se cache pas vraiment. Bien sûr, elle est moins violente dans bien des cas que par le passé et encore, n'étant pas un homme du passé, il m'est difficile d'en juger. Malgré cette difficulté, les processus de décision sont toujours assez autoritaires. Il est vrai qu'à niveau hiérarchique équivalent les dirigeants font preuve de sens politique et le consensus mou fait rage. Mais une foi la décision molle entérinée, elle est exécutée avec toujours autant d'autorité. Les rares tentative de glisser un peu de démocratie sont rattrapées par la complexité ressentie de ses processus et sa faible résistance à la manipulation arriviste. En effet, s'il est assez aisé de contrôler les masses quand on est au pouvoir, il est assez aisé d'user de recettes populistes, d'arguments fallacieux mais indétectables par la majorité pour arriver au pouvoir et déstabiliser l'ordre établi. Il est assez facile aussi de paralyser une démocratie par l'instrumentalisation de la contestation des masses. Bref mon entreprise n'est pas encore prête pour la disparition de l'autorité.
Répondre
B
Je suis d'accord: l'efficacité d'un manager se mesure à la capacité à obtenir des collaborateurs un niveau de résultat déterminé. N'bandonnons cependant pas aux seuls juristes et sociologues, la question de savoir comment obtenir de tels résultats. Là se situe "l'art" du management et la question de fond que je me propose de traiter: qu'est ce que l'autorité? d'où vient-elle? s'est elle affaiblie? ou prend-elle de nouvelles formes?
Amicalement
André Boyer
B
Bonjour JLo.
Je suis sûr que vous avez très bien compris ce que j'écris, d'autan plus que votre expérience est parfaitement parlante. Il est vrai que l'on sait très bien jouer de toutes les ficelles pour que le pouvoir s'exerce effectivement dans les entreprises. Mais vous remarquez vous même que cet usage de l'autorité a besoin d'être masqué, le consensus mou, l'apparence du respect de la démocratie. Si bien que nous nous rejoignons. je pars de l'idée que l'autorité est de moins en moins acceptée, du moins c'est ce que l'on dit, et si c'est vrai je veux en montrer les conséquences. Mais commençons par définir l'autorité, qui ne confond pas avec le pouvoir, et voyons ensuite si elle disparait ou non , ou si elle change simplement de forme. De plus (ambition excessive?) je ne compte pas traiter que d l'autorité dans les entreprises, encore que ce soit un sujet central. je compte aussi traiter de l'autorité dans la famille et de l'autorité politique. Toutes ces questions feront l'objet de mes prochains blogs sur ce sujet. Merci en tout cas de votre réaction, et de votre expérience.
Amicalement,
André Boyer