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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 11:50
L'ARABIE SAOUDITE ENGLUÉE DANS LE PÉTROLE

L'EXTRACTION DU PÉTROLE DE SCHISTE AUX ÉTATS-UNIS

 

Vous n’avez certainement pas besoin de lire ce blog pour savoir que le prix du pétrole a baissé. Mais il reste intéressant de chercher à savoir pourquoi et d’en estimer les conséquences pour essayer de prévoir la suite des évènements.

 

La dynamique actuelle du marché pétrolier est essentiellement déterminée par les Etats-Unis. Du fait de l’arrivée massive de quatre millions de barils supplémentaires par jour de pétrole de schiste américain, soit 5% de la demande mondiale, et accessoirement du fait de l’accroissement de la production de l’Iran en 2016, avec cinq cent mille barils par jours de plus en 2016, la croissance de la production de pétrole est devenue supérieure à celle de la demande. 

Cette situation implique un ajustement du marché, soit par une baisse des prix qui ne pourrait que faiblement accroitre une demande inélastique et qui ferait disparaître les producteurs les moins rentables, soit par un accord de cartel qui permettrait de réduire l’offre de manière ordonnée. 

Or, l’histoire montre que les accords de cartel, dans le pétrole comme ailleurs, sont rares et provisoires. Comme les États-Unis continuent à déverser leur pétrole de schiste, comme l’Iran accroit sa production et que les autres pays pétroliers, l’Arabie saoudite en tête, refusent de réduire leur production, les prix du pétrole baissent face à une offre excédentaire et à une demande faiblement croissante. 

L’ajustement va donc se faire, provisoirement, par le pétrole de schiste, car les pays pétroliers traditionnels ne peuvent que très difficilement réduire leur production, qui, tant que les prix stagnent ou pire encore, baissent, équivaudrait à diminuer volontairement des recettes indispensables à leur survie matérielle et donc politique. Pensez par exemple à la situation de l’Algérie ou du Venezuela, mais tous les pays producteurs sont concernés sauf les Etats-Unis et le Canada.

Pour ces deux pays, le pétrole de schiste est extrait par des sociétés privées qui vont tout simplement faire faillite, avec des conséquences bancaires prévisibles. Les régimes politiques des États-Unis et du Canada n’en seront pas menacés pour autant, même si l’arrivée au pouvoir de l’ineffable Justin Trudeau est en partie liée aux difficultés de l’Alberta.

Mais la situation continuera à évoluer. La demande de pétrole continuera à s’accroitre faiblement, les prix du pétrole finiront par remonter et dés lors qu’ils dépasseront à nouveau les 50$ le baril de brut, les producteurs de pétrole de schiste reviendront sur le marché.

Il existe donc une réserve latente de pétrole de schiste aux Etats-Unis, au Canada et ailleurs dans le monde, y compris en France, qui aura pour effet de plafonner le prix du pétrole pour quelques décennies.

Dans ce cadre, la politique pétrolière de l’Arabie saoudite est à la fois logique et myope. Logique, car en refusant de baisser sa production, elle fait baisser les prix et disparaître sur le coup les producteurs de pétrole de schiste. Myope, car l’effet de retrait des producteurs de schistes ne sera que temporaire et l’Arabie saoudite est dés aujourd’hui condamnée à perdre des parts de marché, à voir ses recettes pétrolières plafonnées et son influence politique s’affaiblir.   

Les événements récents nous donnent la direction des changements induits, en observant les réponses iraniennes et irakiennes à la politique saoudienne. L’Iran, bien déterminé à reprendre ses parts de marché d’avant l’embargo, pratique aujourd’hui des remises de l’ordre de cinq dollars le baril sur le prix officiel et rafle des commandes en Europe aux dépens de l’Arabie saoudite. L’Irak, exempté de quotas du fait des destructions militaires subies par son  industrie pétrolière, a également enlevé des clients européens et chinois à l'Arabie saoudite.

Il en résulte que cette dernière voit son périmètre stratégique se rétrécir. Déjà, elle en est condamnée à truquer ses statistiques douanières pour cacher ses pertes de part de marché.  

Ensuite, elle est contrainte de réduire le financement qu’elle accordait aux pays étrangers, dits amis, en fait vassaux. La décision récente de supprimer l’aide annuelle de trois milliards de dollars qu’elle accordait à l’armée libanaise, inquiète l’ensemble des pays bénéficiaires des soutiens saoudiens, de l’Égypte au Maroc en passant certainement par les mouvements salafistes qu’elle soutenait. On se souvient en effet (voir mes deux blogs précédents) qu’une vaste coalition a accompagné l’Arabie saoudite dans son intervention hasardeuse au Yémen. Que même le Sénégal ait cru nécessaire d’y envoyer des troupes est certainement plus dû à l’amicale pression financière des saoudiens qu’aux craintes que lui inspirait la révolte des Houthis pour sa sécurité. L’influence de l’Arabie saoudite à l’étranger est donc en voie d'affaiblissement.

Enfin, elle entre en contradiction directe avec les intérêts économiques des Etats-Unis qui voyaient jusqu’ici dans la production pétrolière saoudienne le moyen de garantir leurs approvisionnements et qui ont désormais un intérêt inverse, celui de souhaiter la baisse de cette même production pour protéger la valorisation de leur propre production pétrolière. Pour le régime saoudien, ce changement de vision des États-Unis est une menace majeure, car désormais ces derniers pourraient regarder, sans déplaisir excessif, l’Arabie saoudite sombrer dans une guerre civile qui réduirait sa production.    

Sur le plan intérieur, la menace qui plane sur le régime saoudien est déjà prégnante, car, du fait de la baisse des prix pétroliers, le budget 2016 du royaume saoudien prévoit un déficit de 87 milliards de dollars pour 2016, soit 19% du PIB du pays, malgré des dépenses publiques réduites de 14%. Le fait que ce budget donne la priorité aux dépenses militaires et sociales montre bien la nature de la menace qui pèse sur le régime.

Car, contrairement aux autres monarchies du Golfe, la population saoudienne est nombreuse, trente millions d’habitants, et jeune du fait de la culture traditionnelle du pays. Soixante pour cent de ses habitants ont moins de trente ans, ce qui fait que trois cent mille jeunes entrent chaque année sur le marché du travail. D’ores et déjà, des revendications pour un meilleur partage des richesses et un autre exercice du pouvoir se manifestent dans le pays. Si l’on y ajoute d’un côté le mécontentement des chiites, soit tout de même vingt pour cent de la population saoudienne, à la suite de la guerre au Yémen et des exécutions de janvier 2016 et de l’autre côté la pression de l’État Islamique en faveur d’un régime islamique chimiquement pur, les risques s’accroissent de conflagration religieuse, sociale et donc politique.

Il faut donc bien accepter l’idée que le temps de la stabilité et de l’opulence de l’Arabie saoudite est terminé, car l’état actuel et futur du marché pétrolier mondial lui est désormais défavorable. Qu’en outre, ce régime, aux fondements démocratiques inexistants, soit dirigé par un jeune homme imprudent et inexpérimenté ajoute aux difficultés d’adaptation du pays. 

 

Il n’est donc pas illogique de prévoir une Arabie saoudite qui s’enfonce  dans l'instabilité politique du fait de ses difficultés financières qui auront un impact économique et social qui, à leur tour, exacerberont les autres sources de tension, religieuses, ethniques et culturelles et du fait du désinterêt croissant des États-Unis, son soutien majeur, pour son équilibre politique. 

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Published by André Boyer - dans ACTUALITÉ
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commentaires

Michel 29/02/2016 23:50

Intéressant et instructif comme toujours.
Je me demande malgré tout si la production de pétrole de schiste pourra repartir aussi fort qu'avant. Les producteurs et leurs banques en (quasi) faillite seront-ils prêts à courir à nouveau des risques aussi élevés, compte tenu des coûts de production de ce pétrole ? Si ces producteurs sont vraiment évincés du marché, le calcul de l'AS aura été le bon.

Boyer 01/03/2016 10:28

Bonjour Michel.
La consommation de pétrole va continuer à augmenter lentement. La tendance est donc à la hausse de production et les producteurs de schistes reviendront. La question est de savoir quand et à quel rythme.
Amitiés;
André

MARIO PAGLIACCI 26/02/2016 08:44

MERCI, ANDRE, POUR L'ANALISE BIEN CLAIRE. AMITIE

BOYER 26/02/2016 12:51

Merci Mario

Boyer 25/02/2016 10:26

Merci cher ami.
Certes le pétrole est toujours là, mais la situation change et comme tu l'écris on ne doit jamais oublier qu'elle change toujours.

catinchi 25/02/2016 07:22

Merci cher André pour ton éclairage sur la situation en perpétuelle évolution due à l'influence omniprésente de ce maudit or noir, les cartes ne vont cesser de changer de mains ! et qui peut pretendre savoir ce que sera demain. Encore merci de nous faire partager tes blogs. Salut

Boyer 25/02/2016 13:23

Merci cher ami.
Certes le pétrole est toujours là, mais la situation change et comme tu l'écris on ne doit jamais oublier qu'elle change toujours.

Klein 24/02/2016 19:57

J'espère que tu reprendras bientôt tes analyses sur l'Arabie Saoudite. Nous avons vécu 4 ans à Riyad et avons beaucoup apprécié la pertinence de tes commentaires .
Amitiés.
Dominique&Jean-Yves

Boyer 25/02/2016 13:26

Je suis comblé d'apprendre que vous confirmez mon analyse en l'appuyant sur votre expérience de vie en Arabie saoudite, car je n'ai pas pu m'appuyer sur une telle expérience!
Mais surtout, je vous renouvelle ma proposition de déjeuner ensemble, la date étant à fixer.
Amicalement,
André

Tschaeglé 24/02/2016 18:49

Toujours une clarté parfaite. Merci André!!! Amitié Tony

Boyer 25/02/2016 13:27

Merci Tony.
Au plaisir de vous revoir, Noëlle et toi.
Amitiés,
André