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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 17:50
QUI COMMANDE EN ARABIE SAOUDITE?

MOHAMMED BEN SALMAN AL SAOUD, LE VÉRITABLE PATRON DE L'ARABIE SAOUDITE

Avant d’analyser plus avant la situation actuelle de l’Arabie Saoudite, il est nécessaire de comprendre qui sont les acteurs de ce pays, sans Parlement ni loi écrites. 

 

Le premier acteur, au moins en apparence, est le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, désigné pour succéder à son demi-frère Abdallah décédé  le 23 janvier 2015. Sixième fils  du fondateur de la dynastie Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud,  il est devenu ce jour-là le septième roi d'Arabie saoudite, après le fondateur et ses cinq frères ou demi-frères.

Avant de devenir roi, il avait suivi le processus habituel de la dynastie des Saoud, en étant gouverneur de Riyad pendant plus d’un demi-siècle, puis ministre de la défense d’Arabie avant d’être désigné premier Prince héritier de la couronne le 18 juin 2012.  

Désigné par qui ?

À l’origine le pouvoir est détenu depuis 1744 par la famille Saoud, qui avait réussi à soustraire l’oasis de Dariya, prés de Riyad, de l'emprise de l'empire ottoman et des chérifs de La Mecque. Cette source historique du pouvoir de la famille Daoud fait que le nombre total des descendants du fondateur originel, Mohammed ben Saoud Al Mouqrin, encore que ce soit un secret d’État, serait d’environ vingt mille princes et princesses de sang.

Si tous ces princes ont de l’influence, ils ne peuvent pas prétendre devenir roi (reine, on se doute qu’il n’en est pas question). Seuls, les descendants d’Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud dit Ibn Saoud (1880-1953), fondateur du royaume d'Arabie saoudite actuel, ont droit au titre d’altesse royale. Comme il a eu trente-deux épouses qui lui ont donné cinquante-trois fils, trente-six filles et environ cinq cents petits-enfants, seuls les enfants mâles de ce groupe encore important  peuvent prétendre à la succession.

La règle de succession dynastique traditionnelle des tribus arabes prévoit la transmission du pouvoir aux frères puis aux demi-frères du roi par rang d'âge, l'héritier étant ensuite confirmé par le conseil de famille, et c’est ainsi que six enfants mâles du roi se sont succédé depuis sa mort. 

Une nouveauté a été introduite par le roi Fahd en 2006. Dans la loi fondamentale saoudienne de 1992, le choix du prince héritier était effectué par le roi, encore qu’en pratique le choix résultait d'un consensus entre les familles de la dynastie saoudienne.

En 2006, le roi Fahd redoutant l'influence grandissante des membres du clan des Soudayris dont il ne faisait pas partie, décida de créer un Conseil pour diluer leur influence en incluant plus de personnes dans le processus décisionnel. De plus, il a modifié la loi de succession afin de l’ouvrir à la génération des  cinq cent petits-fils d’Ibn Saoud. Le prince héritier, donc le futur roi, doit désormais être choisi par ce Conseil d'allégeance institué en 2006. Ce conseil comporte trente-cinq membres de la famille royale qui représentent les principales branches de la famille, ce qui a mis en concurrences les divers clans parmi lesquels les Soudayris et les Chammars sont les plus puissants.

Les attentes du Roi Fahd ont été déçues car, lorsque le Conseil d’allégeance s’est réunit pour la première fois, il a désigné un Soudayri, Nayef ben Abdelaziz Al Saoud, puis lorsque ce dernier meurt à son tour (avec le temps, les fils d’Ibn Saoud meurent à cadence accélérée), le Conseil s’est réunit le 18 juin 2012 pour désigner le prince Salmane ben Abdelaziz Al Saoud comme nouveau prince héritier, et ce fut encore un Soudayri.

C’est lui qui est devenu roi le 23 janvier 2015.

Mais finalement, ce n’est pas lui qui détient vraiment le pouvoir, tout simplement parce qu’il a été atteint par la maladie d’Alzheimer avant même de devenir roi. Le pouvoir appartient globalement au clan Soudayri qui l’a confié à un jeune homme, âgé d’à peine plus de trente ans, Mohammed ben Salman Al Saoud, le cadet d’une des trois femmes du roi Salmane, elle-même encore une Soudayri.

Pour se faire une idée de l’étendue du pouvoir de ce jeune homme, il suffit d’additionner les différentes fonctions qu’il occupe, qui vont de celle de Ministre de la Défense (il est le plus jeune ministre de la Défense du monde) à celle de vice prince héritier (second dans la succession) en passant par le poste de vice-Premier ministre (en réalité Premier Ministre puisque c’est le roi, qui est, rappelez-vous, atteint de la maladie d’Alzheimer, qui est traditionnellement le Premier Ministre), en passant par la fonction de Président du Conseil économique et du développement (en d’autres termes Ministre des Finances), et il est également conseiller spécial du roi et directeur du cabinet royal!

Il n’est donc pas bien compliqué de comprendre qui est l’auteur des décisions brutales prises par l’Arabie saoudite depuis le début 2015.

Bien sûr, Mohammed ben Salman Al Saoud est officiellement limité dans sa liberté d’action par son oncle, Mohamed ben Nayef, âgé de seulement 56 ans, qui est devenu le prince héritier et  également vice premier ministre  en remplacement du prince Moukrine ben Abdelaziz, écarté brutalement de la succession le 29 avril 2015, ce qui est apparu comme un quasi-coup d’État de la part des Soudayri.

La structure du pouvoir en Arabie saoudite comprend donc en son centre le jeune Mohammed ben Salman Al Saoud entouré par le clan Soudayri.

S’il échoue, par exemple dans la guerre qu’il a engagée au Yémen, le clan des Chammars remettra certainement en cause le pouvoir du clan adverse. Aussi le risque est-il grand, pour que le pouvoir ne lui échappe pas, que le clan Soudayri soutienne au-delà du raisonnable les actions brutales que conduit Mohammed ben Salman, provoquant des ruptures irrémédiables dans la structure politique de l’Arabie saoudite qui pourraient aller jusqu’à la guerre civile.

 

L’Arabie saoudite a ainsi mis en jeu, sur les multiples fronts conflictuels qu’elle a ouvert, la pérennité de son système politique, et plus grave encore, son unité. 

 

À SUIVRE

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Published by André Boyer - dans ACTUALITÉ
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commentaires

mario pagliacci 05/02/2016 09:06

Merci, André, j'ai apprecié l'article.
Amitiés.