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Le blog d'André Boyer

FACE AU JURY

5 Mars 2016 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

FACE AU JURY

L'HOMME RÉVOLTÉ, UN OUVRAGE FONDATEUR.

 

C’était évidemment une étape importante pour moi, cette convocation par le jury du CNU 06 qui allait décider de mon recrutement éventuel comme Maitre-Assistant en Sciences de Gestion en cette journée de janvier 1980.

 

En me rendant au rendez vous qui m’était fixé au 45 rue des Saints-Pères dans le sixième arrondissement, je ne savais pas qu’elle allait se révéler encore plus importante pour mon avenir que je ne le pensais.

J’entrais dans le bâtiment pour suivre les flèches « CNU » jusqu’à un contrôle d’identité et une salle d’attente. L’heure de convocation était fixée à dix heures, mais le jury était en retard. L’attente, s’ajoutant à l’enjeu, me rendait progressivement nerveux. Au bout d’un moment assez long, vingt minutes peut-être, je vis un jury rigolard passer devant moi, qui sortait se détendre et boire un café.

Ils s’en fichaient de me faire patienter. Ma nervosité se transformait progressivement en agressivité. Je me persuadais que mon avenir ne procédait pas des quelques minutes de confrontation qui m’attendaient, qu’il ne dépendait que de moi, de ce que j’étais, de ce que je voulais…

J’entrais enfin dans la salle, animé, on l’a compris, par un sentiment de révolte. Le jury était composé d’une vingtaine de personnes que je connaissais en grande partie pour les avoir rencontrées dans des colloques ou dans des réunions de recherche. Je supposais que l’un d’entre eux au moins allait m’écouter avec bienveillance, le Professeur Xavier Boisselier, qui avait été le Directeur de mon IAE et l’un des membres de mon jury de thèse.

Je présentais en une vingtaine de minutes mes travaux, dont le morceau de bravoure était constitué par ma thèse sur le « Système fiscal et choix de la firme », complétée par quelques articles. Vinrent les questions des membres du Jury.

La dernière d’entre elles détermina grandement la suite de mon existence professionnelle.

Un professeur que je connaissais assez bien me demanda, de manière inattendue, si j’avais intégré dans mes analyses le concept d’impôt négatif. J’étais déstabilisé par sa question qui sortait du cadre de mon approche de la fiscalité des entreprises. Défensivement, je lui répondis en lui demandant de préciser ce qu’il entendait par « impôt négatif » car, autant que je me souvenais, ce concept, comme beaucoup, avait donné lieu à plusieurs approches. Ce fut à son tour d’être surpris, car il avait posé cette question sans trop y réfléchir.

Il resta quelques instants silencieux avant de prononcer quelques phrases  confuses. Je lui répondis froidement que, lorsque l’on ne connaissait pas la signification d’un terme scientifique, il était préférable de s’abstenir de poser une question à son propos.

La stupeur saisit la vingtaine de membres du jury du CNU, qui me regardèrent en silence. Pour faire bonne mesure, je m’adressai à eux avec une arrogance perceptible pour leur demander s’ils avaient d’autres questions à me poser, ce qui sous-entendait que j’attendais d’eux des questions plus pertinentes.  Après quelques instants d’un silence pesant, le Président me répondit que non, personne n’avait de questions supplémentaires à me poser. Je ramassais derechef mes affaires, je les saluais et je sortis.

L’affaire tourna du bon côté, je l’ai appris le lendemain. Le jury décida de se moquer de l’auteur de la question sur « l’impôt négatif ». Ils plaisantèrent en lui faisant remarquer qu’il s’était bien fait moucher avec sa question floue. Ils auraient pu tout aussi bien décider que mon arrogance était vraiment insupportable et me renvoyer, moi et mes humeurs, à la session de l’année suivante afin que je comprenne la notion de respect du jury.

Mieux encore pour moi, le jury décida, non seulement de proposer ma nomination à la fonction de Maitre-Assistant à l’IAE de Nice à l’unanimité, mais en outre de me classer officieusement tout à fait en tête de la centaine de candidats examinés au cours de la session 1980 du CNU. J’avais gagné le jackpot, mais, je le répète pour que mes lecteurs ne croient pas que je recommande une telle stratégie qui n’était que le résultat non calculé de mes émotions, l’affaire aurait pu tourner très mal.

De mon côté, tout à mon humeur arrogante, je me souviens que je sortis de la salle absolument convaincu que j’avais emporté le morceau, à tel point que j’affirmais peu après à Luc Boyer avec qui j’avais rendez-vous, que, bien sûr, tout s’était bien passé et que j’allais être assurément recruté, mais sans toutefois lui en conter les détails.

 

On le voit, en apparence du moins, je ne doutais de rien.

 

À SUIVRE

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B
ça m'étonne pas de toi :)
Répondre
B
L'arrogance?
Bises