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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 12:48

Target 2 est en train de rendre insolvables les Banques Centrales des pays de la zone euro.

 

L’acronyme « Target 2 » se réfère à un système de compensation des flux financiers entre pays européens, par l’intermédiaire de l’ajustement des comptes des Banques Centrales nationales de la BCE.

En pratique, les flux de capitaux sont actuellement à sens unique: en empochant un bénéfice, les investisseurs privés vendent à la BCE les obligations italiennes ou portugaises qu’ils possèdent, avant de redéployer le produit de la vente dans des fonds mutuels en Allemagne ou au Luxembourg.

À ce jour, la Banque Centrale italienne doit une somme record de 364 milliards d’euros à la BCE, soit 22 % du PIB italien, un montant qui ne cesse de s’accroitre. En ce qui concerne l’Espagne, les dettes Target 2 de l’Espagne s’élèvent à 328 milliards de dollars, soit 30 % de son PIB, tandis que celles du Portugal et de la Grèce sont de 72 milliards chacune. En face, la Bundesbank a accumulé des crédits Target 2 pour 796 milliards d’euros et le Luxembourg pour 187 milliards, ce qui représente 350 % de son PIB.

Longtemps, la BCE a affirmé que ces déséquilibres Target 2 n’avaient aucune importance dans la mesure où l'union monétaire se perpétuait. Mais le transfert des capitaux en euros des pays du Sud vers le Nord de l’Europe a une signification, celle de la défiance. La même raison explique les différences de taux d’intérêt, avec des taux négatifs de 0,92 % pour les obligations allemandes à deux ans, bien au-dessous des taux d’intérêt des obligations des pays du sud de la zone euro.

Ce mouvement de transfert des dettes du sud au nord de la zone euro n’a été décidé par aucun gouvernement ni aucun parlement, car il ne constitue  que l’effet secondaire du QE (Quantitative Easing) de la BCE.

Le terme de Quantitative Easing, ou d'Assouplissement Quantitatif, désigne un type de politique monétaire dit « non conventionnel » consistant pour une banque centrale à racheter massivement des titres de dettes aux acteurs financiers, notamment des obligations d'entreprise. Cette opération vise à accroître la quantité de monnaie en circulation pour relancer l'économie. Elle a pour effet de gonfler le bilan de la banque centrale et de mettre en danger sa solvabilité si les titres achetés ne sont pas de bonne qualité.

Si une fronde politique déclenchait une crise existentielle de l’euro, les citoyens des pays créditeurs comme des pays débiteurs de la zone euro découvriraient avec effroi les conséquences de ce transfert. On peut supposer qu’il y aurait un nouveau transfert massif de capitaux avant le moment fatidique, poussant les déséquilibres Target 2 de un à un et demi de trillion d’Euros. Selon les experts financiers, la BCE devrait alors, afin de se protéger, couper le robinet à des banques centrales devenues irrémédiablement insolvables.

La réaction en chaîne commencerait par un défaut d’une Banque Centrale du sud du bloc euro envers la BCE, qui en retour aurait du mal à assumer ses obligations Target 2 envers le nord du bloc. De plus, les Banques Centrales d’Allemagne, des Pays-Bas et du Luxembourg perdraient une partie de leurs crédits Target 2 tout en devant légalement rembourser les établissements financiers de leur juridiction.

Le cas le plus spectaculaire serait celui de la Banque Centrale du Luxembourg qui devrait subitement rembourser 350 % de son PIB à des créations privés.

Que l’édifice de l’union économique et monétaire européenne soit bâti sur du sable n’avait aucune importance tant que le projet donnait l’impression d’être insubmersible. Mais dés lors que le doute s’installe, les risques deviennent visibles et du coup tangibles.

Ainsi le transfert du risque privé au secteur public fait courir à la Banque Centrale italienne le risque de la faillite si l’euro se désintègre ou si l’Italie se fait bouter hors de l’union monétaire. Pour que tout soit clair, Mario Draghi a lui-même écrit en janvier 2017 une lettre aux députés européens italiens, les avertissant que la dette devra être « remboursée totalement » si l’Italie sortait de l’euro et restaurait la lire.

La perspective est dés lors la suivante : soit la fin de l’euro redevient une perspective fantaisiste et les capitaux quitteront l’Allemagne, le Luxembourg et les Pays-Bas pour revenir en Grèce, au Portugal, en Espagne ou en Italie attirés par des taux d’intérêts plus élevés, soit la perspective de la fin de l’Euro reste crédible et le mouvement de capitaux du sud vers le nord de la zone euro se poursuivra.

 

 

En d’autres termes, le mécanisme de l’Euro a accru les distorsions financières entre les pays qui composent la zone euro, tandis que leurs économies divergeaient comme le montre leur commerce extérieur, fortement excédentaire pour les uns et tout aussi nettement déficitaires pour les autres.

La suite de l’histoire est évidente.

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Published by André Boyer - dans ACTUALITÉ
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Michel 17/03/2017 18:17

OK. Mais je ne vois pas en quoi la dette d'un pays, comme l'Italie par exemple, devient plus problématique quand elle est détenue par la BCE. C'est le contraire, me semble-t-il. Par nature la BCE ne peut pas faire faillite en euro puisqu'elle est l'émetteur de dernier ressort.

André Boyer 18/03/2017 18:31

La BCE ne peut pas faire faillite, mais les banques centrales des différents pays oui. Ce sont elles qui détiennent les obligations.
Amitiés,
André