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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 18:44
LES PRISONNIERS DE FORT NIAGARA

 

 

Après la bataille de la Belle-Famille et la reddition de Fort Niagara, le traitement des prisonniers capturés en juillet 1759 est révélateur de la nature de la guerre au milieu du XVIIIe siècle.

 

Au cours de la bataille de la Belle-Famille, 116 français furent capturés et 250 tués, la plupart par les Iroquois. Sir William Johnson, le marchand irlandais qui était devenu un chef mohican et commandait maintenant les troupes anglaises, négocia avec les Iroquois. Ces derniers détenaient 150 scalps et avaient fait 96 prisonniers qu’ils refusèrent de rendre. On ne sait pas quelle proportion d’entre eux fut tuée, tandis que les autres étaient dispersés dans les campements iroquois pour servir d’esclaves et d’époux. On sait simplement que cinq prisonniers parvinrent à s’échapper.

Avec l’arrogance des vainqueurs, Sir William Johnson ne concéda que des conditions très dures pour la reddition des troupes françaises, négociée avec le Capitaine Pierre Pouchot qui commandait Fort Niagara : il n’accorda ni leur retour au Canada en échange de prisonniers anglais, ni les honneurs de la guerre qui  leur auraient permis d’être libres en échange de leur engagement de ne pas combattre.

Au contraire, il les conduisit tous en captivité jusqu’à Schenectady dans  l’État de New-York, à l’exception de 26 femmes et enfants, d’un prêtre et d’un serviteur qui furent  escortés jusqu’à une ile française à l’entrée du Saint-Laurent. Cependant 12 autres femmes décidèrent de suivre leurs époux en captivité, 9 prisonniers s’échappèrent en cours de route dont 4 furent recapturés et 10 prisonniers allemands changèrent de camp en s’engageant  dans les troupes du Royal American.

Le total des prisonniers français, hommes, femmes et enfants s’élevait à 634, ce qui était un nombre inhabituellement élevé. Ils furent aussitôt dispersés entre les États de New-York, du New Jersey et du Connecticut où les colons avaient l’intention de les faire travailler pour une somme si faible que 30 d’entre eux refusèrent de travailler, préférant aller en prison.

Les officiers furent mieux traités. On leur avança immédiatement 50$ pour leurs frais de subsistance,  encore que cette générosité fut ensuite prise en charge par la France.

Entretemps, une convention franco-anglaise concernant les prisonniers avait été signée en février 1759 à Sluis (Pays-Bas) applicable dans toutes les zones de conflit dans le monde puisque la guerre de Sept Ans était la première guerre mondiale de l’histoire. Selon cette convention, chaque partie en conflit acceptait de payer pour l’entretien de ses soldats capturés, à condition que soient respectés un certain nombre de conditions concernant la manière dont les prisonniers étaient traités. Ils ne devaient pas être contraints de travailler pour se nourrir et ils devaient être bien logés. Il était spécifié que la paille de leurs lits devait être changée tous les huit jours, qu’ils devaient recevoir la même ration de pain que le soldats en activité et un pécule quotidien, dont le montant était spécifié, pour acheter de la nourriture. En outre, les prisonniers ne devaient pas être sollicités pour s’engager dans l’armée ennemie et ils avaient la possibilité d’écrire une fois par mois pour décrire leur situation.

Les blessés et les malades devaient être soignés de manière appropriée et être libérés dés que possible en prenant le chemin sûr le plus court. En outre, les officiers devaient bénéficier de prêts qui  seraient remboursés par leur pays. Cette convention était rendue effective par un échange mensuel de comptabilité et un prompt règlement des dettes.

En Amérique, l’administration anglaise prit conscience qu’elle était loin de répondre aux exigences de la convention de Sluis. La liste complète des prisonniers était inexistante, les officiers avaient été séparés de leurs hommes, ces derniers avaient été mis en partie au travail et ils n’avaient pas reçu le penny et demi anglais par jour qui était prévu dans la convention.

Aussi le général en chef Amherst  envoya t-il ses officiers marchander avec les officiers français de plus haut rang pour accepter un arrangement qui éviterait des contestations ultérieures. Puis il négocia un échange de prisonniers avec le Marquis de Vaudreuil, le Gouverneur de la Nouvelle-France. Les Français libérèrent 270 prisonniers anglais, dont 68 civils, 48 territoriaux, 90 militaires anglais, 47 rangers et 16 officiers. Amherst laissa partir en échange 211 prisonniers français, dont 53 soldats, 35 troupes de marine, 107 soldats canadiens  et 16 civils.

Pour la plupart d’entre eux, leur captivité n’avait duré que quelques mois et ils furent de retour à temps pour Noel 1759, à temps pour participer à la défense désespérée de la Nouvelle-France en 1760.

 

Quand on songe à la barbarie des guerres du XXe siècle, on se dit, qu'à condition d'échapper aux Iroquois, ils étaient  vraiment bien traités, ces prisonniers des guerres du XVIIIe siècle !

 

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Published by André Boyer - dans HISTOIRE
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