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Le blog d'André Boyer

L'ÉQUIVOQUE VENTE D'ALSTOM

6 Juin 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

SOUS MARIN NUCLÉAIRE ÉQUIPÉ D'UNE TURBINE ALSTOM

SOUS MARIN NUCLÉAIRE ÉQUIPÉ D'UNE TURBINE ALSTOM

 

General Electric a acheté la branche énergie d'Alstom. Cinq ans plus tard, il licencie mille employés sur son site de Belfort dans le cadre d’un triple scandale qui résulte de l’intolérable pression américaine, de l’absence vertigineuse d’une stratégie d’État et de l’insupportable légèreté de ses dirigeants.  

 

Pour tirer les fils de cet écheveau, tout en ne prenant en compte que les principaux changements de structure, il est nécessaire de revenir sur l’histoire compliquée de cette entreprise, faite d’achats, de ventes et de découpages de périmètres d’activité.

À l'origine Als-Thom résulte de la fusion en septembre 1928, il y a presque un siècle, d'une partie de la SACM, spécialiste de la construction de locomotives, et de la CFTH, société́ franco-américaine spécialiste des équipements de traction électrique ferroviaire et de la construction électro mécanique. L’entreprise passe sous le contrôle de la Compagnie Générale d’Electricité (CGE) en 1969, tandis que, pour sa part, Alsthom acquiert les Chantiers de l'Atlantique en 1976 et en profite pour changer de nom, une manie chez Alstom, pour devenir Alsthom Atlantique.

Commencent ensuite les grandes manœuvres internationales. En 1989, Alsthom fusionne avec la branche GEC Power Systems du groupe britannique General Electric Company et devient, sous le nom de GEC Alsthom, une coentreprise paritaire franco-britannique. Déjà General Electric (GE) apparait dans l’actionnariat, avec Alcatel. En 1998, GEC et Alcatel décident de vendre en bourse 52 % du capital de GEC Alsthom. La nouvelle société́ devient indépendante et en profite pour changer de nom et s’appeler Alstom, sans h.

Il ne s’est pas écoulé deux ans, en 2000, que resurgit GE à qui Alstom vend la totalité́ de son activité́ turbines à gaz, pour laquelle elle avait des accords de licence avec GE. Grosse erreur stratégique déja, d’après les spécialistes. Un an plus tard, en 2001, Alcatel et Marconi qui avaient conservé ensemble 48% des actions d’Alstom, les vendent, tout en ayant récupéré auparavant un dividende exceptionnel et sans doute exorbitant, qui met en difficulté Alstom, déjà pénalisé par les difficultés de ses turbines à gaz de grande puissance. 

Alstom subit alors une grave crise financière, mais à l’époque l’État, en la personne de Francis Mer, un ministre de l’Économie sérieux, comprend le rôle stratégique d’Alstom en matière industrielle et intervient. Alstom est financièrement sauvé, mais le pire de ses tribulations reste à venir, du fait des décisions de Patrick Kron, PDG d’Alstom de 2003 à 2016. En 2014, Patrick Tron « décide » (on va voir dans quelles circonstances) de vendre la branche énergie d'Alstom à GE, tandis qu’Alstom se repliera sur ses activités de transport, qui ne représentaient guère, à cette date, qu'un tiers des activités du groupe.

Patatras, une dépêche de Bloomberg révélant, le 23 avril 2014, les négociations entre Patrick Kron et Jeffrey Immelt, le PDG de General Electric, en vue du rachat partiel d'Alstom par General Electric pour un montant de 13 milliards de dollars, met le feu aux poudres.  

Quatre jours plus tard, une offre alternative est présentée par Siemens pour acquérir les activités énergétiques d'Alstom, contre une partie des activités ferroviaires de Siemens. Les actionnaires d’Alstom rejettent cette proposition et acceptent au contraire l’offre de GE, qui entre-temps est montée à 16,9 milliards de dollars

Pour sa part, le gouvernement français s'oppose à̀ l'offre de General Electric, craignant sa mainmise sur les activités nucléaires françaises. Il publie le 16 mai 2014 un décret permettant d’opposer un veto sur les investissements étrangers qui portent atteinte aux intérêtstratégiques de la France. 

Puis les évènements s’accélèrent : le 16 juin, Siemens et Mitsubishi Heavy Industries émettent une nouvelle offre commune de rachat qui est encore rejetée par Alstom. Le 19 juin 2014, General Electric améliore son offre initiale et le lendemain, malgré une nouvelle enchère de Siemens et Mitsubishi, le gouvernement français se déclare favorable à l’offre de GE, tout en se proposant d’en devenir partie prenante avec le rachat, qui n’aura jamais lieu, des 20% d’actions détenues par Bouygues. Officiellement, il faudra attendre le 4 novembre 2014 pour que le Ministre de l'Économie de l’époque, Emmanuel Macron, autorise l’achat d’Alstom par GE. 

L’accord est validé par l’AG d’Alstom le 19 décembre 2014. C’est alors qu’apparait une facette sordide de l’affaire. Trois jours après, Alstom, plaidant coupable dans une affaire de corruption portant sur un marché de 118 millions de dollars en Indonésie, signe un accord avec le Département de la Justice (DoJ) des États-Unis, selon lequel il accepte de payer une amende de 772 millions de dollars ! 

 

L’affaire Alstom commence, et elle n’est pas près d’être close, du fait des circonstances de la « négociation » entre GE et Alstom et de ses importantes conséquences stratégiques. 

 

À suivre

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