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Le blog d'André Boyer

LE MARQUIS DE VAUDREUIL

21 Novembre 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE MARQUIS DE VAUDREUIL
C’est la fin de la Nouvelle-France. Chacun le sent, à commencer par son premier défenseur, le Marquis de Vaudreuil. C’est donc le moment où jamais de dresser son portrait, avant de baisser le rideau sur son ère.
 

Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial est le seul gouverneur né dans la colonie de la Nouvelle-France. Quatrième fils de Philippe de Rigaud, il est né le 22 novembre 1698 à Québec et mort à Muides (Loir-et-Cher) le 4 août 1778. 

Enseigne dans les troupes de la marine avant 10 ans, il reçoit le brevet de lieutenant avant 14 ans, promu capitaine à 17 ans et lieutenant de vaisseau à 28 ans. Il a donc une sérieuse expérience militaire, lorsque, à 35 ans, il devient gouverneur des Trois-Rivières (1733) puis de la Louisiane, où il débarque en 1743, par la Nouvelle-Orléans. 

Il a laissé un bon souvenir aux mille cinq cent habitants de la ville, parce qu’il a réussi à faire venir des troupes régulières et à achever les fortifications, d’autant plus que sa femme, la fille d’un notable de Montréal qu’il venait d’épouser et qui ne lui donna pas d’enfants, adorait les fêtes et parvint à constituer une petite cour élégante qui faisait venir de Paris des carrosses. 

Vaudreuil se montra un administrateur entreprenant, dans une situation peu favorable. D’une part la colonie défendue par quelques forts était faiblement peuplée, avec quelques villes, La Nouvelle-Orléans, Baton-Rouge, Saint-Louis du Missouri, des fermes dispersées le long du Mississippi jusqu'au Pays des Illinois et des postes de traite de fourrures. Sa situation au centre du continent faisait qu’elle était entourée par d'autres puissances coloniales et par diverses nations indiennes,  ce qui limitait les communications avec la Nouvelle-France, comme avec la France, et rendait le ravitaillement de la colonie difficile. 

Pour protéger la colonie, Vaudreuil obtint l'envoi de 1 850 soldats en 1750 et s'efforça de rattacher les Indiens à la cause française. Ainsi, à titre d’exemple, un conflit oppose Vaudreuil au printemps de 1746 à Soulier Rouge, le chef d'une faction chacta favorable aux Britanniques. Soulier Rouge appelle les autres nations à faire la paix entre elles et à se rallier aux Anglais et tue trois Français. À titre de représailles, Vaudreuil offre une récompense pour la tète de Soulier Rouge et de deux Anglais, têtes qu’il obtient.  

Vaudreuil développa le commerce avec les colonies espagnoles proches, comme Cuba et le Mexique, encourageant la production et l'exploitation des peaux, du tabac, du riz, de l'indigo. Lorsque débute la Guerre de Sept ans, le Roi le nomme, le 1er janvier 1755, gouverneur général de la Nouvelle-France avec le baron de Dieskau comme commandant en chef des troupes régulières françaises et de leurs alliés indiens. Quatre nouveaux bataillons sont affectés à la Nouvelle-France, mais Dieskau se débrouille d'être battu, blessé et fait prisonnier le 8 septembre au lac Saint-Sacrement (Lac George) par le colonel William Johnson. 

Aussi, devant l’incapacité des officiers venus de France à mener une guerre adaptée au contexte de la Nouvelle-France, Vaudreuil est réticent à accueillir un autre officier général, mais le Ministère de la Marine n’en a cure et envoie le marquis de Montcalm, qui reste subordonné à Vaudreuil et est reçu à ce titre le 26 mai 1756 à Québec. 

Vaudreuil mène alors une guerre de partisans et remporte des victoires importantes avec des troupes mélangées de réguliers, de partisans et d’Indiens conduits par De Rigaud et Montcalm. Vaudreuil reproche à Montcalm son manque d’audace, notamment contre le fort Edouard, ce qui lui a fait manquer une victoire décisive. Cependant Montcalm parvient encore, au printemps de 1758, à remporter la campagne de Carillon.  

Lorsque vient le siège de Québec, Vaudreuil fait recenser et mobiliser toutes les forces de la Nouvelle-France, en dehors des troupes régulières et des Indiens, soit quinze mille trois cent hommes valides. Il rejoint Québec, mais entretemps, hélas, Montcalm a obtenu du Ministère de ne plus être subordonné à Vaudreuil.  

Alors que Montcalm réussit à se faire battre par des troupes anglaises, qui s’étaient pourtant elles-mêmes piégées sur les plaines d’Abraham, Vaudreuil retraite jusqu’à Montréal, une fois Montcalm mort. Il engage M. de Lévis, en qui il a beaucoup plus confiance qu’en Montcalm, à livrer aux Anglais la bataille de Sainte Foy le 28 avril 1760, une victoire incomplète puisqu’elle ne permet pas de récupérer Québec. 

Dés le 15 mai, avec l'arrivée d'une flotte anglaise, il faut à nouveau retraiter sur Montréal. La suite logique de l’histoire, nous allons le voir, c’est la capitulation du 8 septembre 1760, le retour de Vaudreuil à Paris, son emprisonnement pendant huit mois à la Bastille jusqu’à ce que sa responsabilité dans la perte de la Nouvelle-France soit complètement dégagée. Le 8 mai 1764, M. de Choiseul lui écrivait : « Le roi a reconnu avec plaisir que la conduite que vous avez tenue dans l'administration qui vous a été confiée a été exempte de tout reproche et vous accorde une pension de 6,000 livres ». Il vécut le temps de sa retraite avec son frère, Pierre-François, au château de Muides dans le Loir-et-Cher où il mourut le 4 août 1778. 

 

Vaudreuil connaissait bien la Nouvelle-France où il était né et où il avait servi. Il savait comment la défendre par le biais d’une guerre de partisan plutôt qu’à l'aide d'une guerre à l’européenne. Finalement il a défendu la Nouvelle-France jusqu’au bout du raisonnable…

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