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Le blog d'André Boyer

LE CHOC DU DAKOTA DU NORD

30 Mai 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LES ZONES DE FRACTURATION DES ROCHES

LES ZONES DE FRACTURATION DES ROCHES

Le Dakota du Nord, dont le nom provient des tribus Sioux Dakotas, est un État de l’Upper Middle West des États-Unis situé le long de la frontière du Canada. En ces temps de mondialisation flageolante, il lui arrive une drôle d’histoire. 

 

Le premier Européen à atteindre le Dakota du Nord en 1738 était français, Pierre Gaultier de La Vérendrye et ces territoires furent ensuite inclus dans la vente de la Louisiane aux États-Unis en 1803. 

Ce n’est pas un État très peuplé qui rejoignit l’Union en 1889 : d’une superficie de 183273 km2, le tiers de la France, l’État du Dakota du Nord dont la capitale s’appelle Bismarck, est peuplé de moins de huit cent mille habitants, qui sont en grande partie issus d’émigrants d’origine allemande et norvégienne. L'arrivée du chemin de fer à la fin du XIXe siècle permit une commercialisation agressive des terres et la liquidation conséquente des tribus Sioux.

Le Dakota du Nord comprend trois parties différentes du point de vue géologique : sa partie orientale correspond à la vallée plane de la Rivière Rouge, avec des terres agricoles très fertiles. La région centrale est couverte de lacs, de bourbiers et de petites collines. Enfin, la moitié́ occidentale de l’État est constituée de Grandes Plaines et des Badlands, dans le coin sud-ouest de l'État, une région riche en énergie fossile, pétrole et lignite qui occupe une bande de terre de 10 à 32 km de large sur 300 km environ de long. 

Si l'économie de l'État dépend avant tout de l'agriculture, l'exploitation des gaz de schiste a connu un fort développement depuis 2007, si bien que le revenu par habitant, qui n’était que le 39sur les 51 États de l’Union en 2000, en est devenu l’un des tous premiers ces dernières années. En 2020, à Watford City, le salaire moyen mensuel d’une personne seule s’élevait à dix mille dollars. L’explosion des revenus provient évidemment de l’exploitation pétrolière par fracturation, un procédé qui consiste à pulvériser sous haute pression, avec de l’eau et du sable, la roche-mère pour y récupérer les hydrocarbures. 

Autant savoir qu’il ne reste plus grand-chose du sol après un tel traitement, mais c’était le cadet des soucis des dizaines de milliers d’Américains et d’étrangers, qui, dans une nouvelle ruée vers l’or, sont venus s’installer dans les herbages dévastés des Badlands. En revanche, y ont poussé des banques, un lycée ultramoderne, une salle de concert à l’égal d’un Zénith, une enceinte de hockey sur glace aux normes de la NHL, des musées et des routes partout. 

L’État distribuait à qui mieux mieux des permis de travail, les ouvriers recevaient des revenus qu’ils ne savaient plus comment dépenser, les fermiers propriétaires des droits miniers percevaient une rente qui atteignait 17% des revenus de l’exploitation pétrolière. Bref le pays détruisait ses sols, les camions citernes fonçaient vers les États voisins où se trouvaient les moyens de stockage du pétrole et chacun dans l’État se voyait toujours plus riche puisque les prix ne pourraient que monter, la demande de pétrole ne devant être que croissante. 

Puis au premier trimestre 2020, patatras, le prix du pétrole s’est effondré du fait de l’excédent considérable de la production par rapport à la demande, excédent provenant tout d’abord des stratégies spécifiques de la Russie et de l’Arabie Saoudite puis de l’effondrement brutal de la demande provenant de la crise du coronavirus. 

Adieu veau, vache, cochon, couvée…

Désormais le million de tonnes de pétrole extrait chaque jour dans le Dakota du Nord ne trouve plus preneur, sauf à perte, et chacun essaie de résister à la conjoncture. Les puits ferment,  les ouvriers repartent, les motels se vident, chacun étant prêt à inverser le mouvement si le prix du pétrole remonte au-dessus de 50$. Il en est encore loin, même s’il peut bondir brutalement. Mais désormais, l’offre mondiale, du fait même de la production de pétrole de schiste, est supérieure à la demande. 

Qui peut encore être aussi certain que les prévisionnistes l'étaient il y six mois que la croissance de la demande de pétrole se poursuive? À court terme, la crise économique se profile et à long terme la remise en cause du modèle mondial de croissance  peut entrainer une réduction durable de la demande. On risquerait alors de visiter Watford City comme on peut visiter aujourd’hui les vestiges de Dawson City au Canada, la ville abandonnée de la ruée vers l’or…    

Mais les cow-boys du Dakota du Nord n’ont aucun état d’âme. Si les prix remontent, ils continueront leur œuvre de destruction à long terme en échange à court terme de dollars sonnants et trébuchants, provoquant le retour vers le Dakota d’ouvriers friands de steaks d’un kilo, la bénédiction de fermiers cupides et le soutien de banquiers sans scrupules. Et si les prix restent bas, les cow-boys trouveront autre chose pour ramasser des dollars, mais ils ne se décourageront pas. 

 

C’est leur force obtuse d’accepter de tomber, de se ramasser pour trouver enfin le filon et faire des dollars, des dollars, des dollars : toute la grandeur étasunienne est là. 

 
 

PROCHAIN BILLET : LA GUERRE D’INDÉPENDANCE ET LA NOUVELLE-FRANCE

 

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Commenter cet article

Michel 09/06/2020 04:55

J aime bien la conclusion mais un peu suicidaire non ?

Michel 09/06/2020 04:56

Désolé. Tu as déjà répondu à ma remarque.

KLEE Louis 31/05/2020 12:09

J'apprécie l'analyse. Les USA sont en même temps notre frontière et notre problème. Encore un peu plus d'Europe, M. le bourreau.

André Boyer 01/06/2020 11:33

La formule est heureuse, "notre frontière et notre problème". Les USA nous montrent les dégâts du "courtermisme", lorsque personne n'est plus en mesure de prendre en charge le long terme, ce qui devrait être le rôle de l'État ou de son substitut européen, et que ce dernier prétend qu'il a un Dieu qui le domine, le marché.
Amitiés,
André