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27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 16:49
CHARLES EUGÈNE GABRIEL DE LA CROIX DE CASTRIES

CHARLES EUGÈNE GABRIEL DE LA CROIX DE CASTRIES

Cette opération de débarquement en Angleterre a manqué d’ordres clairs et c’est ainsi que l’escadre franco-espagnole a laissé passer une occasion exceptionnelle de défaire les Anglais qui avaient peu de troupes sur leur sol et aucun port fortifié.

 

Après cet échec que l’on peut qualifier de volontaire, s’ouvre une période de guerre périphérique. Tandis que les Espagnols, obnubilés par la reconquête de Gibraltar (ils le sont encore), y concentrent l’essentiel de leurs moyens, les  Français reportent leur attention sur les Amériques, avec deux axes d’action, l’aide aux « Insurgents » et la guerre dans les Antilles.

Au début de l’année 1780, les nouvelles qui arrivent des treize colonies en révolte sont mauvaises. La guerre s’enlise, les maigres troupes de Washington ne parviennent pas à faire face aux dizaines de milliers de tuniques rouges qui tiennent les principales villes. Le Congrès, miné par une puissante faction pro anglaise, risque à tout moment de trouver un compromis avec Londres en tournant le dos à l’alliance franco-américaine de 1778.

La Fayette plaide en cet hiver 1780 pour l’envoi d’un corps expéditionnaire que le Conseil du Roi décide finalement de créer en février 1780, en envoyant cinq mille cinq cent hommes prélevés sur les régiments concentrés en Normandie pour le débarquement en Angleterre. Ce corps expéditionnaire sera commandé par un vétéran de la guerre de Sept Ans, le comte de Rochambeau. Le 2 mai, les troupes quittent Brest sur vingt-six navires de transport escortés par sept vaisseaux de ligne et trois frégates commandés par Ternay, qui repousse au large des Bermudes, une tentative d’interception anglaise et débarque le 11 juillet 1780 dans le Rhode Island avec son artillerie et son matériel de siège.

Cependant, le rapport des forces restent favorable aux Anglais qui alignent cinquante mille hommes contre les quatorze mille hommes de Washington et les cinq mille cinq cent hommes de Rochambeau qui se retranchent dans l’île de Newport. 

La Royal Navy, qui n’a pu empêcher le débarquement français à Newport, mobilisée sur de trop nombreux théâtres d’opération,  perd la maitrise de l'Atlantique lors de l'intense guerre des convois que lui mène la Marine Royale. De leur côté, les grands convois commerciaux français naviguent sous l’escorte des grandes escadres, ce qui permet le passage des marchandises coloniales.

C’est d’ailleurs aux Antilles qu’ont lieu les affrontements importants. Guichen, qui croise Rodney à trois reprises au large de la Dominique les 17 avril, 15 et 18 mai 1780, montre que la Marine Royale est  désormais au même niveau que la Royal Navy en termes de manœuvre et de capacité de tir.

Puis, dans les premiers jours de juin, arrive une escadre espagnole de douze vaisseaux avec un énorme convoi portant dix mille hommes de troupes. Aussitôt, Guichen propose de combiner les forces françaises et espagnoles pour attaquer la Jamaïque, pièce maitresse du dispositif anglais dans les iles. Mais les Espagnols n’ont qu’une idée, se réfugier à La Havane sous escorte d’une escadre française.

L'opinion commence à gronder contre cette guerre interminable et ruineuse. Louis XVI doit renvoyer, en octobre, le ministre de la Marine, Sartine, et le ministre de la Guerre, Montbarrey. C’est que le poids de plus en plus élevé que ce conflit fait peser sur les épaules de la France, inquiète le Roi et l’opinion. L’Espagne se concentre sur la reprise de Gibraltar pour laquelle elle mobilise une grande partie de ses forces et les échecs qu’elle subit force la Marine Royale à détacher une quinzaine  de ses unités pour la soutenir.

Le nouveau ministre de la Marine et des Colonies, de Castries, redéploie une partie de ses navires pour tenir compte de la mondialisation du conflit. Comme la Royal Navy applique avec une rigueur renforcée le droit de visite et de prise, elle exaspère les Neutres, au point qu’à la fin de l’année 1980, la Russie, la Prusse, le Portugal, l’Autriche, le Royaume des Deux-Siciles et l’Espagne proclament une « Ligue de la neutralité armée », auxquelles la France se rallie aussi. Comme les Provinces-Unies envisagent d’y adhérer, l’Angleterre, ulcérée, fait monter les enchères en leur déclarant la guerre en décembre 1780 alors qu’ils étaient depuis longtemps alliés.

Aussi, pour la première fois au XVIIIe siècle, l'Angleterre se retrouve t-elle isolée. Les États Généraux des Provinces-Unies rallient l’alliance française en apportant le renfort de trente-deux vaisseaux et dix-sept frégates. Mais il en résulte que les colonies néerlandaises se transforment en proie pour la Royal Navy, aux Antilles, à Ceylan, en Indonésie et en Afrique du Sud.

Pour la campagne de 1781, on prévoit un effort militaire colossal des Français et des Anglais. Pour y faire face, le maréchal, marquis de Castries, le nouveau ministre de la Marine, déploie une vision globale des opérations à entreprendre.  Dans l'Atlantique, Guichen passe la main à De Grasse qui reçoit le commandement d'une grande escadre de vingt vaisseaux et trois frégates à destination des Antilles où se porte toujours l’essentiel de l’effort de guerre.

De Castries renonce à envoyer des renforts à Rochambeau pour ne pas trop alourdir le coût de la guerre. L'engagement auprès des « Insurgents » apparaît désormais comme une diversion. Suffren reçoit le commandement d’une division de cinq vaisseaux et une corvette pour escorter des troupes vers la colonie néerlandaise du Cap, prochaine cible de la Royal Navy.

 

Il est clair que le Roi, s’il y a vraiment songé, a renoncé aux projets d'invasion de l'Angleterre, installant, pour la première fois au XVIIIe siècle, le théâtre d'opération décisif hors d'Europe, en menant une stratégie de guerre périphérique.

A SUIVRE 

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