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Le blog d'André Boyer

UNE SOCIÉTÉ RÉSOLUMENT FERMÉE

21 Mars 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #INTERLUDE

LA CÉREMONIE DU FAMADIHANA

LA CÉREMONIE DU FAMADIHANA

La manière forte…De quoi s’agissait-il ? Bien sûr, il s’agissait d’argent.

 

Depuis deux ans, l’INSCAE formait des étudiants qui allaient bientôt être diplômées et depuis deux ans le Ministre de l’Éducation Nationale ne trouvait pas le temps de signer le décret qui reconnaissait officiellement le diplôme. Les étudiants étaient donc menacés d’avoir suivi trois ans de formation après une sévère sélection pour ne recevoir à la fin aucun diplôme.

Nous connaissions bien l’origine de l’infirmité du Ministre. Elle n’était ni médicale, ni organisationnelle, elle se situait, comme je l’ai expliqué dans le billet précédent,  dans l’opposition de deux ou trois experts-comptables merinas qui craignaient la concurrence des jeunes diplômés de l’INSCAE.

Pour que le Ministre retrouve un stylo et l’usage de sa main droite, nous avons rassemblé une force de frappe qui comprenait, outre Jacques Brisoux et moi-même, le représentant de la Banque Mondiale pour l’Afrique de l’Est, l’Ambassadeur du Canada et l’Ambassadeur de France à Madagascar. Tous les cinq, nous avons été reçu par le Ministre  à qui les trois derniers ont signifié en langage diplomatique qu’ils recommanderaient la suspension de toute aide financière à Madagascar jusqu’à ce que le Ministre trouve la force de signet le décret.

Cette menace, ou ce chantage, qui mettait en jeu sa position ministérielle, a été bien compris, puisque nous avons obtenu en quelques jours la signature du Ministre et surtout la publication du décret dans le Journal Officiel de la République de Madagascar. Les étudiants pouvaient désormais s’appuyer sur un diplôme officiel pour chercher un travail et l’INSCAE obtenait une reconnaissance officielle. Le combat pour insérer l’école ne faisait que commencer dans une société dont la fermeture est érigée en principe de survie et les enseignants qui nous succédèrent auprès de l’INSCAE, des amis tels que Danielle De Velp ou Eric Milliot poursuivirent notre effort pour ouvrir l’école vers la société malgache comme vers le monde.  

La fermeture.

L’histoire est source d’informations significatives, même si l’on risque toujours de mal interpréter ou de sur interpréter les messages qu’elle nous adresse :

Sortant de Tananarive, j’ai visité aux environs de la ville, à moins que ce soit à Antsirabe, ville climatique située à 165 km au sud de la capitale, un ensemble architectural que je n’ai pas oublié. D’une part, il y avait une villa de style néocolonial en bois peinte en blanc qui avait été offerte par la reine Victoria à la reine Ranavalona III au moment où la France s’apprêtait à envahir Madagascar. Mais d’autre part, un peu plus loin, se trouvait trois hautes huttes traditionnelles en terre qui étaient autrefois occupées, m’a t-on dit, par les rois malgaches. Lorsque l’on pénétrait dans ces bâtisses l’on était frappé par l’absence de fenêtres, les deux seules ouvertures étant la porte d’entrée et l’orifice d’une cheminée qui donnait sur le ciel, tout en haut de l’édifice. Tout de suite, je fis le lien avec la société malgache, en tout cas son élite, qui refuse de regarder dehors, sauf vers le ciel.

Dans le même ordre d’idée, peu après notre séjour à Madagascar, l’île Maurice s’avisa de créer une zone franche afin de créer des activités de sous-traitance à son industrie en plein développement. Les entrepreneurs mauriciens croyaient pouvoir faire une bonne affaire en embauchant des ouvriers malgaches à bas prix, tout en créant des emplois pour une population très pauvre. Gagnant gagnant. C’était sans compter sur les industriels malgaches qui y virent un risque d’augmentation des salaires. Les obstacles administratifs s’accumulèrent à foison, faisant péricliter rapidement la zone franche.

En revanche, les merinas se tournent toujours vers le ciel, au travers de leurs ancêtres. Dans la région de Tananarive, Ils organisent en hiver (de juin à septembre) des cérémonies de retournement des morts (famadihana). Ils ouvrent les tombeaux pour sortir les restes de leurs ancêtres et leur faire partager la fête qu’ils organisent. On change le linceul du mort, on lui fait quelques offrandes avant de le ramener dans sa tombe après lui avoir fait faire sept fois le tour de sa sépulture pour bien lui prouver (ou se prouver à soi-même ?) que l’on ne l’a pas oublié…

Si bien qu’il me semble que Madagascar est une île parfaite pour oublier le reste du monde avant d’y mourir en paix. A l’appui de cette vision, je me souviens avoir vu un français âgé à l’Hotel de France, à Tananarive, lecteur probable des nouvelles de Somerset Maugham, lire Le Courrier de Madagascarpublié exactement cinquante auparavant. Interrogé, il me déclara qu’il ne s’intéréssait pas à la période actuelle et que chaque jour il parcourait pieusement les actualités  d’un demi siècle auparavant, dans les quotidiens qui avaient été conservées par l’hotel.

Cependant, je ne puis terminer cette évocation de mes séjours à Madagascar de 1988 à 1992 sans souligner que l’île est une merveille par sa faune, sa flore, la variété des paysages et des climats. J’ai eu l’opportunité de visiter Tamatave et ses moustiques, puis de monter le long de la côte ouest jusqu’en face de Sainte-Marie, ancien refuge de pirates,  avec ses récifs coraliens qui protègent les baigneurs des requins, mais aussi de faire un séjour sur la côte est, à Nosy Be, l’île que l’on appelle le Tahiti malgache.

J’en ai retenu de magnifiques images touristiques, mêlées à l’image de la pauvreté souvent extrême de la population qui s’exprimait dans le regard des enfants : ces contrastes violents expliquent sans doute que l’on ne peut jamais vraiment se détacher de Madagascar…  

 

À SUIVRE

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M
Tres interessant.
Comment vas tu ?
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A
Merci.
Tant que j'écris des billets, c'est que tout va bien
Bises
J
Bonjour André,
Pour avoir vécu deux fois 3 ans à Madagascar et bien que cela remonte à plus de cinquante ans, je souscris totalement à ton dernier paragraphe. La grande île, toujours appelée l’île rouge à cause de sa géologie, a également été dénommée pendant longtemps « l’île heureuse ».
Amicalement.
Jean-Yves
Répondre
A
Bonjour Jean-Yves.
Cela fait plaisir que, toi qui a vécu sur cette magnifique ile largement ignorée, approuve mes commentaires, en tout cas le dernier paragraphe.
Au plaisir de vous revoir.
Amitiés,
André