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Le blog d'André Boyer

LEÇONS AFGHANES

23 Septembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LEÇONS AFGHANES

Ce n’est pas encore le moment de passer à autre chose. Ne nous mettons pas la tête dans le sable, car il y a quelque chose qui ne va pas, quelque chose d’essentiel, dans la rapide défaite de l’armée afghane.

 

Des soldats plus nombreux et beaucoup mieux armés que les insurgés, appuyés par l’armée américaine, n’ont pas résisté plus de quelques semaines à l’offensive des Talibans. Cette défaite reste celle des Américains, appuyés par leurs vassaux occidentaux découvrant tardivement que leur suzerain les a mis devant le fait accompli. Mais pourquoi cette fuite américaine ? Nous comprenons déjà un peu mieux, après l’affaire des sous-marins australiens, quel est l’objectif américain : concentrer toutes leurs forces pour affronter les Chinois.

Mais au passage, n’oublions pas comment cette défaite fut acquise. Feu l’armée afghane était une armée neutre, d’aucune  couleur ethnique, ni pachtoune, ni tadjike, ni ouzbèke, ni hazara. Bêtement, les pachtounes, solidement enracinés dans le sunnisme et l’ethnie pachtoune du sud du pays, ont mobilisé les solidarités au combat puis les ont dépassées en ralliant des partisans dans le Nord quand leur succès est devenu probable. La leçon à tirer de l’erreur américaine est que notre lecture de la société afghane est  erronée : les ethnies, les tribus, la religion en sont le socle.

Et ce n’est pas le seul pays au monde dans ce cas. Les populations qui ont résisté à la poussée djihadiste étaient des minorités fortement solidaires, les Alaouites en Syrie, les Kurdes en Irak ou les Zaghawa au Tchad. Nous les Français, nous n’en avons pas tiré les conséquences au Mali :  sur qui nous appuyons-nous ? Pas sur les Touaregs semble-t-il. Quelle est alors notre vision de la société malienne ? Quels dirigeants devons-nous soutenir ? Si nous ne changeons pas d’analyse, un départ tout aussi piteux à Bamako qu’à Kaboul nous attend, et nous n’en tirerons aucune leçon, sinon celle que nous ne devons plus nous engager nulle part, prélude à des renoncements plus profonds et à des catastrophes plus sévères.

Vous voyez, c’est le moment d’ouvrir les yeux.

Les Étatsuniens ont cru qu’ils pouvaient gagner la guerre en montrant les avantages de la paix. Ils ont étalé leur supériorité technique, pensant à la fois effrayer et donner l’envie de les égaler, ils ont installé l’école où ils ont imposé l’indifférence à l’origine ethnique, ils ont proclamé la supériorité des choix de l’individu sur ceux du groupe, comme le choix pour la femme de se voiler ou pas, ils ont cru pouvoir restreindre la violence en dénonçant le terrorisme comme un crime contre l’humanité. Partout, il se sont drapés dans les oripeaux des Droits de l’Homme, rejetant la faute sur l’archaïsme, donc le retard à rattraper, de la société afghane. Encore un peu de temps, prophétisaient-ils, et la société afghane deviendrait congruente à la société américaine.

Et tout s’est effondré : les Afghans occidentalisés de Kaboul ne se sont pas battus, ils ont juste fui vers les aéroports. Imaginons un instant qu’une dizaine de milliers de Talibans débarquent soudainement à Paris, nous aussi nous fuirions en désordre vers les aéroports.

Sauf que ces Français, si individualistes et si détachés de tout groupe d’appartenance, comptent dur comme fer sur le dévouement de leur armée, disciplinée, organisée et prête à défendre la France en toutes circonstances. Nos soldats sont priés d’y croire à la nation, puisqu’ils se sont engagés à mourir en son nom pour un salaire légèrement supérieur au SMIC.

En attendant que nous cessions de déléguer à nos soldats la foi en la nation pour y croire nous, nous perdons la guerre, nous l’acceptons d’un cœur léger et nous sauvons la face en prétendant dicter la paix. Les injonctions aux Talibans se multiplient dans les déclarations des dirigeants occidentaux, relayées par les Nations Unies. Les droits des femmes et des minorités, en clair les droits des homosexuels, seront protégés en Afghanistan, entend-on. Pour se rassurer, on assure que les Talibans ont plus besoin de nous que nous d’eux. Fadaises.

Mais l’essentiel est de réaffirmer des principes, dont la grandeur tient à ce que l’on est incapable de les appliquer : l’essentiel est de dire le bien, sans s’occuper de le traduire en action. La parole remplace les actes, croit-on, jusqu’à ce que les actes vous rattrapent au détour d’un attentat.

Cependant d’autres feront l’histoire, car la victoire des Talibans souffle sur les braises de l’islamisme. Nous allons courber l’échine lors des prochains attentats, mais ce ne sera pas si grave, sauf pour ceux qui les subissent. On versera quelques larmes sur leur malheur, avant de regarder ailleurs.

 

Mais lorsque les Talibans ou leurs homologues nous menaceront vraiment dans notre vie quotidienne, dans nos mœurs, dans nos croyances, quels hommes, au nom de quelle idéologie ou de quelle foi, leur répondront ? Vous avez une idée, sinon enfouir votre tête dans le sable ?

 

Billet très librement inspiré de l’article de Gabriel Martinez-Gros publié dans le Monde du 9 septembre 2021 et platement intitulé « En Afghanistan, l’Occident a privilégié la parole et non l’action »

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M
Quel dictateur éclairé nous sauvera ?
Quel dictateur, même éclairé initialement, ne risque pas de virer au vinaigre ?
Répondre
A
Pourquoi s'abandonner à un dictateur?
Amitiés,
André