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Le blog d'André Boyer

LE ROI MEURT, LE POUVOIR CENTRALISÉ DEMEURE

6 Août 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

DÉCAPITATION DE LOUIS XVI

DÉCAPITATION DE LOUIS XVI

 

Louis XIV, par ses excès, excès de pouvoir, excès de guerres, a sans nul doute généré le terreau de la Révolution Française. Encore cette dernière aurait sans doute été évitée, ou pris une forme moins radicale, si Louis XVI avait prolongé l’action de Louis XV, laquelle fut très négative pour les armes de la France mais aussi habile que ferme au plan politique.

Louis XV laissait à son successeur une couronne trop pesante pour la tête de Louis XVI qui croyait faire l’histoire alors qu’il se contentait de suivre la mode. Devant le tribunal de l’histoire, comment condamner Louis XVI ? Certes, il n’a pas su résoudre les contradictions entre la nécessité de procéder à des réformes et le besoin de conserver les traditions. Mais qui l’aurait pu ? Un roi autoritaire aurait-il pu garder le pouvoir après les excès de Louis XIV ? comment l’absoudre par ailleurs, lui qui était assez inconscient pour prétendre maîtriser un système dont il avait perdu toutes les clefs ?

Louis XVI, dernier roi de l’Ancien Régime fut exécuté pour des raisons politiques, son seul crime étant d’avoir été Roi. Petit-fils de Louis XV, devenu dauphin en 1765, roi en 1774, il commença par faire machine arrière en rétablissant les Parlements dans les pouvoirs que Louis XV avait rognés, leur abandonnant un lambeau du pouvoir royal. Il se consacra ensuite à reformer l’économie en pratiquant une saine gestion des finances royales, des réductions d’impôts et en laissant la liberté de circulation aux produits.

Lorsqu’il supprima la corvée et les corporations, les parlementaires y virent l’annonce de la fin de la société d’Ordres ; leur opposition contraignit Louis XVI à faire machine arrière, mettant fin à sa tentative de révolution par le haut. De même, les propositions de Necker de mettre en place un système de régie pour la perception des impôts et de créer des assemblées provinciales se heurtèrent à la résistance des parlementaires mobilisés contre cette atteinte à leurs pouvoirs.

En soutenant la guerre d’indépendance des colonies d’Amérique, Louis XVI s’engagea, peut-être sans en prendre pleine conscience,  dans une voie idéologique où il s’agissait de délier des sujets de leur obéissance envers un souverain européen au nom de principes universels. L’introduction dans le vocabulaire de mots comme « patriote » ou « convention » témoigne des bouleversements de l’opinion publique, dont l’influence sur les affaires de l’État alla croissant.

Devant la persistance des difficultés financières fortement aggravées par la guerre d’Amérique, Louis XVI appela Calonne qui élabora un plan « d’amélioration des finances ». Ce plan consistait essentiellement à introduire des impôts sur les biens fonciers, selon une répartition effectuée par des propriétaires élus au sein d’assemblées consultatives et sans distinction d’ordre. Elle engendra un mouvement de protestation des élites traditionnelles contre ce qui apparaissait comme une contestation de l’ordre établi, un mouvement qui se révéla suffisamment fort pour faire chuter Calonne en 1787, ce qui rendait à terme indispensable la convocation des États Généraux.

Face à ces derniers, Louis XVI était à la fois privé du soutien des « privilégiés » et déconsidéré aux yeux des « patriotes ». La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, ruina tous ses efforts pour contrôler le jeu politique. Dés octobre 1789, Il fut pris en otage par la foule parisienne qui l’obligea à accepter les décrets d’août 1789 et à s’installer à Paris avec sa famille.

La situation lui échappa ensuite progressivement jusqu’au 21 juin 1791, jour ou la famille royale quitta Paris dans l’espoir de passer sous la protection de l’empereur d’Autriche. Reconnu, empêché de continuer sa route et reconduit à Paris, il soutint, dans un dernier effort de résistance, un affrontement armé entre l’aile radicale de la Révolution et les défenseurs du roi, qui tourna à son désavantage et marqua la fin de la monarchie.

La monarchie succombait provisoirement, avant de réapparaître pour un petit tiers de siècle en 1814. Mais l’Etat centralisé, qui était l’apport fondamental de la monarchie française depuis Philippe le Bel ne disparaissait pas pour autant, au contraire.

Tombant des mains débiles de Louis XVI, le pouvoir échut à des maîtres autrement plus énergiques, qui le sanctifièrent au nom de principes supposés universels, à la manière de la monarchie qui s’était adossée à l’onction divine. Pour plus de sûreté, à l’aide de vigoureux massacres à l’intérieur et de la guerre révolutionnaire portée à l’extérieur du pays, les nouveaux détenteurs du merveilleux pouvoir centralisé français firent savoir urbis et orbis qu’ils ne s’en laisseraient pas déposséder facilement.

Lorsque Alexis de Tocqueville déplore, dans « l’Ancien Régime et la Révolution », que la Révolution n’ait pas su rompre avec la centralisation que lui léguait la monarchie, il se trompe car la Révolution n’a jamais eu cette intention.

Le mot d’ordre de la Révolution était à la lutte contre l’absolutisme, non à la déconcentration des pouvoirs. Au reste depuis 1789, aucun pouvoir politique important n’a été concédé aux pouvoirs locaux, ni la police, ni l’éducation, ni la santé, ni la politique sociale, ni même la culture. Au sommet, on a toujours voulu contrôler les esprits, les corps et les revenus des citoyens. Les préfets de l’an VIII sont toujours là, et la décentralisation reste une façade.

 

La Révolution est en effet la source d’une légitimité renouvelée du pouvoir centralisé français.

À SUIVRE

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