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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 11:37

La conclusion provisoire de la crise politique grecque par la constitution d’un gouvernement d’union entre la Nouvelle Démocratie et le Pasok permet l’entame d’une négociation qui conduira par nécessité l’Europe à prendre en charge la dette grecque. L’article ci-dessous devrait nous permettre de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre, derrière les conclusions à l’emporte-pièce consistant à observer que Monsieur Samaras n’est qu’un vieux cheval de retour, que les Grecs ne veulent pas payer d’impôts ou que l’Euro va disparaître.

12293691448E2pGU5Dans l’histoire des crises, on observe que les débiteurs sont toujours plus sévèrement touchés que les créanciers par une crise financière. La capacité des créanciers, composés de banquiers fortement organisés sur le plan politique, est en effet bien plus efficace face au législateur que les millions de débiteurs inorganisés : depuis 1914, qui a osé s’attaquer aux intérêts des banquiers new-yorkais sans y laisser la vie, à commencer par le Tsar Nicolas II ? 

Mais il reste que les données historiques montrent que la protection des droits des créanciers est contradictoire avec la sortie de la crise économique. En termes plus brutaux, la reprise s’appuie sur la spoliation des créanciers, pratiquée sans discontinuer depuis un siècle par le biais de l’inflation, méthode qui a l’avantage d’éviter la confrontation politique directe entre créanciers et débiteurs.

En outre, spolier les créanciers n’est pas aussi inique sur le plan économique que l’on peut le croire. Lors d’une crise financière, les prêteurs deviennent plus exigeants pour accorder de nouveaux crédits, ils demandent des garanties de plus en plus étendues, arguant que la valeur des actifs détenus par les emprunteurs s’est réduite. Quel banquier prêterait aujourd’hui avec pour garantie des appartements vides de la côte espagnole ? Il en résulte que la baisse de la valeur des actifs sur le marché entraîne une baisse générale des investissements, même s’il existe toujours autant d’investissements potentiellement rentables. Il faudrait donc  transférer des ressources aux débiteurs pour relancer les investissements.

En outre, comme leurs capacités de paiement et leurs liquidités sont réduites, les débiteurs sont forcés de réduire leur consommation. Sur le plan collectif, cela n’aurait pas d’impact si, en compensation, les créditeurs consommaient plus, ce qui en général malheureusement pas le cas. C’est ainsi que les deux tiers du chômage pendant la crise de 1929 résultaient de la baisse de la demande provoquée par les ménages endettés et qu’aujourd’hui la demande d’un pays débiteur comme la Grèce s’effondre lorsque le pays est obligé de réduire les salaires des fonctionnaires, les retraites et les autres dépenses publiques pour faire face à une crise de la dette souveraine. Il faudrait qu’en compensation, les pays créditeurs comme l’Allemagne proposent une demande compensatoire de tourisme ou d’achats immobiliers, sans quoi l’économie grecque ne peut que s’effondrer dans la récession. Or on observe que, par peur des désordres ou par rancœur, la demande touristique  des étrangers, en particulier des Allemands, baisse de manière tout à fait contreproductive.   

Pour accroître la consommation collective, il ne reste plus dans ces conditions qu’à organiser des transferts de revenus en faveur du pays débiteur. Mais la montée des tensions politiques provoquées par la crise financière aboutit à des blocages qui limitent la réforme. On a observé en effet que les crises financières entraînent la fragmentation des partis et l’installation de gouvernements moins modérés qui s’appuient sur des coalitions plus faibles qu’avant la crise. En face, les oppositions grossissent, mais se fragmentent, l’ensemble de ces facteurs conduisant à des impasses politiques.

La leçon de ces observations est donc que, pour sortir d’une crise économique, on ne peut pas faire confiance aux acteurs directs, mais à l’action politique pour une fois réhabilitée. Il reste que l’action politique implique une opinion publique rassemblée dernière un gouvernement fort pour sortir rapidement  un pays de la crise, justement plus difficile à obtenir alors qu’elle est singulièrement nécessaire.    

 

À ce titre, les acteurs politiques susceptibles de contribuer efficacement à une sortie de crise sont facilement identifiables : n’en font partie ni la Grèce, ni à l’autre bout de la chaîne l’Union Européenne, mais le quatuor formé de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et de l’Espagne apparaît  aujourd’hui comme le seul acteur crédible du mouvement.

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