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Le blog d'André Boyer

L'idéologie égalitaire versus la diversité de la société française

2 Décembre 2009 Publié dans #HISTOIRE

Dans un article intitulé « L’alibi de l’idéologie républicaine » publié le 21 novembre dernier, je m’étonnais de l’immense capacité de résistance des dirigeants français, fondée sur l’inexpugnable « idéologie républicaine » capable de nier ou d’ignorer les faits les plus patents, considérés comme des données inéluctables par le reste du monde.
Observons donc ces faits :

Il suffit d’observer l’évolution de la composition de la population française, son interpénétration avec des sociétés issues d’autres cultures ou l’affaiblissement de la souveraineté nationale pour remettre en cause les certitudes idéologiques des citoyens français, s’ils veulent bien ouvrir les yeux.

En effet, tant que la République Française conservait à l’intérieur de ses frontières une population stable, les contradictions idéologiques pouvaient être circonscrites à des débats internes. Selon une logique imposée par les politiciens français, le choix était simple : d’un côté la gauche, républicaine et laïque, et de l’autre la droite, conservatrice voire royaliste et catholique. Les discussions étaient circonscrites à quelques amphithéâtres, salons et cafés de deux ou trois quartiers parisiens. Naturellement, qu’il les approuve ou s’en étonne, aucun étranger n’avait l’outrecuidance de s’en mêler. Inversement, les réformes entreprises ailleurs n’intéressaient que les spécialistes.

Mais en cette première décennie du XXIe siècle, le huis clos qui permettait de pérenniser ce débat convenu est désormais impraticable. À l’intérieur du pays, on compare les niveaux de vie et les « modèles » étrangers. À l’extérieur, on raille la spécificité française, on se cabre contre les leçons que cherche encore à donner la vieille nation. À chaque pas, la République se trouve dans l’obligation de se justifier, prise dans les tenailles de ses contradictions. Si la population française est toujours sous le feu de la propagande de son oligarchie et si le monde entier est encore sommé de croire que la France possède un modèle social et culturel à vocation universelle, les coups de boutoirs de la mondialisation mettent un peu plus chaque jour à nu le vide des discours.

Pour illustrer ce vide du discours, nous prendrons pour exemple celui portant sur l’égalité. Parmi les grands principes de la République, l’égalité est certainement celui qui est le plus nettement mis en exergue car il constitue l’arme idéologique privilégiée de  l’oligarchie française, derrière laquelle elle camoufle ses privilèges. Il offre en effet une magnifique justification morale à ceux qui s’en prévalent, il permet de prélever toujours plus d’impôts puisque l’inégalité repousse sans cesse comme une mauvaise herbe et il réduit enfin la société française à un ensemble d’atomes indifférenciés plus facilement contrôlables.

Or les voies d’accès à l’oligarchie qui restent obstinément fermées, en vertu du système des grandes écoles et de la centralisation parisienne du pouvoir, révèlent à quel point le concept d’égalité est une arme à usage purement externe. Par contre, il s’applique sans réserves à l’accueil des immigrés comme un moyen de nier leurs différences de culture et de religion. Il permet de calquer le droit des étrangers à celui qui s’applique aux Français au point de donner la priorité théorique aux premiers en matière de droits sociaux puisqu’ils sont souvent plus pauvres que les Français. Il légitime aussi l’interdiction de publier les statistiques relatives aux différences de culture, de religion ou à la nationalité d’origine des Français. Au nom de l’égalité et au prix de la négation des obstacles culturels qui se dressent entre une partie des  immigrés et la majorité de la société française, le pouvoir et les medias se contentent d’appeler benoîtement à la non-ségrégation comme si elle n’existait que dans la tête des français autochtones, comme si elle ne dépendait que de leur ouverture d’esprit ou comme si les immigrés n’aspiraient qu’à se fondre dans le principe d’égalité que postule la République Française.

Les citoyens français peuvent constater par eux-mêmes, au travers de mille exemples, que se forment dans le pays des minorités qui s’écartent des traditions culturelles de la majorité. Ils le voient à l’école, dans les hôpitaux, ils le voient dans les rues. Tandis que les gens qui habitent en France proviennent de sociétés de plus en plus variées par leurs racines, leurs cultures, leurs religions, leurs histoires, il est confondant que l’oligarchie veuille maintenir la fiction de l’unité de la population française simplement en niant les différences. Lorsque la parole devient outrageusement mensongère, comment peut-on encore ignorer au pays de la pensée unique, que les auditeurs décodent l’information, interprètent le non-dit, rétablissent le sens des mots et renvoient le discours officiel à un simple bruit de fond ?

C’est parce qu’elle n’ignore sans doute pas que les événements démentent chaque jour l’idéologie officielle de l’égalité entre des Français tous unis autour de l’idéal républicain, que l’oligarchie au pouvoir s’efforce de détourner l’attention en mettant en scène une France exemplaire censée inspirer le reste du monde. 

 

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B

Je ne puis que partager le point de vue de Zeroual. Les français d'origine étrangère ont fortement évolués, plus que l'on ne le laisse croire, et les politiques, soit par ignorance, soit par
habitude de manipulation, jouent sur les antagonismes, comme d'habitude. 


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Z


La dignité de la France, ce sont ses femmes et ses hommes, qui à un moment donné, se sont élevés aux noms de principes fondateurs, contre ce
que le gouvernement français, ou contre ce que parfois au nom de la politique, on a fait. L’objection de la conscience existe.


Dans le débat français il faut écouter la pluralité des voix, la France n’est pas complètement assimilationniste. La laïcité n’est pas une
idéologie de l’assimilation, ça n’est pas le débat entre les défenseurs de la laïcité de Jaurès à Condorcet.


Beaucoup de politiques et intellectuels français déplacent la vraie question de la laïcité sur des questions totalement périphériques, Comme
si toute l’histoire de la France actuelle consistait à prendre des positions, soi sur les autres cultures soi sur les autres religions. Le vrai problème aujourd’hui ce n’est pas celui là, les
français de confissions différentes ont énormément évolués, ils ont plus évolué par rapport à leur références, que les politiques français par rapport aux leurs. La France a changé, il faut
qu’elle connaisse aujourd’hui la réalité plurielle de ses mémoires et son histoire.



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