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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 21:42

Marie-Anne-Charlotte de Corday d’Armont, communément appelée Charlotte Corday, est née le 27 juillet 1768 et guillotinée le 17 juillet 1793 à l’âge de 25 ans.  Elle est l'arrière arrière arrière petite-fille de Pierre Corneille par sa fille.

Marat.jpgSa famille, noble mais déclassée, vit dans une petite maison dans le Pays d’Auge.  À ce titre, à l’age de 13 ans, elle est admise à l'abbaye aux Dames à Caen, abbaye royale chargée d’accueillir les jeunes filles pauvres issues de la noblesse de la province de Normandie. Elle y reste pensionnaire jusqu'en février 1791. C’est dans cette abbaye qu’elle lit et admire les philosophes, s'ouvre aux idées nouvelles tout en conservant sa foi religieuse.

À la suite de la Révolution, les couvents sont déclarés biens nationaux et fermés en 1791. Charlotte se réfugie chez sa tante à Caen. Elle a alors vingt-trois ans et défend ardemment ses idées constitutionalistes  dans un milieu où l’on compte beaucoup de royalistes.

Après l’insurrection du 10 août 1792 et l’incarcération du Roi à la tour du Temple, de nombreux prisonniers à Paris sont assassinés dans leurs geôles entre le 2 et le 7 septembre 1792, soulevant un opprobre quasi général. Aussi Charlotte Corday est-elle révoltée de lire dans l'Ami du peuple, le journal du député jacobin Jean-Paul Marat, l’approbation de ces massacres et l’appel à en faire de même dans toutes les prisons françaises.

Caen voit peu à peu affluer des députés girondins proscrits par les Montagnards et la Commune de Paris. Certains organisent des réunions politiques à l’Hôtel de l'Intendance, rue des Carmes, où loge Charlotte Corday. Elle assiste à ces réunions, découvre des hommes politiques qu’elle ne connaissait que de nom et apprend les circonstances des émeutes organisées par la Commune de Paris contre les députés Girondins.

Son indignation la convainc qu’il faut répondre à la violence par la violence, et tout naturellement elle  choisit comme cible Marat qui lance dans l’Ami du Peuple des appels aux meurtres contre ses adversaires politiques.

Le 9 juillet 1793, elle quitte Caen pour le quartier du Palais-Royal à Paris où elle descend à l’hôtel de la Providence le 11 juillet, au 19 de la rue des Vieux-Augustins. Dans la matinée du 13 juillet, elle cherche par deux fois sans succès à se faire recevoir par « l'Ami du Peuple ». Elle a alors l’idée de lui faire parvenir ce court billet :

« Je viens de Caen, votre amour pour la patrie doit vous faire désirer connaître les complots qu’on y médite. J’attends votre réponse. »

Sans réponse de Marat, elle décide en fin de journée d’écrire un second billet :

« Je vous ai écrit ce matin, Marat, avez-vous reçu ma lettre ? Je ne puis le croire, puisqu'on m'a refusé votre porte ; j'espère que demain vous m'accorderez une entrevue. Je vous le répète, j'arrive de Caen ; j'ai à vous révéler les secrets les plus importants pour le salut de la République. D'ailleurs je suis persécutée pour la cause de la liberté ; je suis malheureuse, il suffit que je le sois pour avoir droit à votre protection

Charlotte Corday met le billet dans sa poche, sort de sa chambre, fait appeler un fiacre et se rend au 20 de la rue des Cordeliers. Elle cache, glissé sous le fichu rouge qui couvre sa poitrine, un couteau de cuisine qu'elle a acheté le matin même dans la boutique du coutelier Badinau 177 de l’actuelle galerie de Valois. Il est sept heures du soir quand son fiacre s’immobilise devant chez Marat.

Après quelque résistance, la maîtresse de Marat laisse entrer la jeune femme, sur l’ordre exprès de Marat. Ce dernier était dans son bain. Charlotte répond aux questions du journaliste, puis plonge son couteau dans la poitrine de Marat qui expire presque instantanément. Elle est alors maîtrisée et conduite à la Prison de l’Abbaye où l’on découvre un libelle qui explique son geste. Elle y déclare notamment :

« Déjà le plus vil des scélérats, Marat, dont le nom seul présente l'image de tous les crimes, en tombant sous le fer vengeur, ébranle la Montagne et fait pâlir Danton, Robespierre, ces autres brigands assis sur ce trône sanglant… » 

Transférée le 15 juillet à la Conciergerie, elle comparait le lendemain au Tribunal Révolutionnaire, qui la condamne immédiatement à la peine de mort et ordonne qu’elle soit conduite au lieu de l’exécution, revêtue d’une chemise rouge réservée  aux parricides.

Jules Michelet fait le récit de son exécution, récit que j’ai résumé :

La foule vit sortir de la basse arcade de la Conciergerie la belle et splendide victime dans son manteau rouge. On assure que Robespierre, Danton, Camille Desmoulins, se placèrent sur son passage et la regardèrent.

Les observateurs sérieux furent frappés de son calme parfait, parmi les cris de la foule. Au moment où la tête tomba, un charpentier maratiste, qui servait d’aide au bourreau, l’empoigna brutalement, et, la montrant au peuple, eut la férocité indigne de la souffleter. La Commune de Paris et le tribunal donnèrent satisfaction au sentiment public en mettant l’homme en prison.

Le poète André Chénier, qui fut lui-même guillotiné un an après Charlotte Corday, lui a consacré une ode magnifique où il écrit notamment :

Calme sur l’échafaud, tu méprisas la rage

D’un peuple abject, servile, et fécond en outrage,

Et qui se croit alors et libre et souverain.

La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,

Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire,

Seule tu fus un homme, et vengeas les humains.

Tu voulais, enflammant les courages timides,

Réveiller les poignards sur tous ces parricides,

De rapine, de sang, d’infamie engraissés.

Un scélérat de moins rampe dans cette fange.

La vertu t’applaudit.

Mais le pouvoir aimait Marat, comme il chérissait la guillotine. Le 21 septembre 1794, trois mois après la mort de Robespierre, un décret déclare Marat « immortel », le fait exhumer et placer au Panthéon.

Le 16 novembre, la République lui fait l’éloge suivant : « Comme Jésus, Marat aima ardemment le peuple et n’aima que lui. Comme Jésus, Marat détesta les rois, les nobles, les prêtres, les riches, les fripons et comme Jésus, il ne cessa de combattre ces pestes de la société »

Trois mois plus tard, un autre décret annule le décret précédent. Son cercueil est retiré du Panthéon, tous les bustes le représentant sont brisés et jetés dans les égouts. Ses restes sont exhumés et placés dans le cimetière de l'église Saint-Étienne-du-Mont.

Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui défendent Marat parce qu’il prétendait aimer le Peuple. Si ceux-là sont sans doute prêts comme lui à détester tous ceux qu’il désignait comme des « pestes » de la société, d’autres pensent au contraire que ceux qui appellent au meurtre pour « sauver » le Peuple ne sont que des scélérats…

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