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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 15:05

Une récente étude fondée sur des articles  scientifiques fait la synthèse des conséquences des crises financières sur la croissance économique (1). Les auteurs de cette étude observent que le partage des pertes entre créanciers  et débiteurs permet de sortir plus rapidement d’une crise financière que lorsque toute la charge de la crise est supportée par les emprunteurs. Il m’a inspiré les réflexions suivantes :

solutions.jpgLa crise des pays du sud de l’Europe, auxquels s’ajoute l’Irlande, tourne autour de leur capacité à rembourser leurs dettes. La Grèce a bénéficié d’une remise conséquente de ses dettes, mais ces dernières restent si importantes que l’on doute fort qu’elle pourra jamais les rembourser. On presse les Grecs de mettre en place des réformes qui permettent de rembourser plus de dettes tout en sachant que la croissance déjà négative va en pâtir et donc réduire leur capacité de remboursement. On imagine des réformes structurelles qui permettraient d’accroitre la production grecque, mais sans accroitre la consommation, comme si l’augmentation de leur pauvreté pourrait être la solution. Enfin l’odieux le dispute au ridicule lorsqu’on les menace de mesures de rétorsion s’ils ne votent pas en faveur des partis qui prônent des mesures d’austérité, comme a cru le faire Christine Lagarde ou François Hollande dans de récentes adresses aux Grecs.

Or l’on sait que l’annulation des dettes et l’inflation permettent de sortir plus rapidement d’une crise économique que le remboursement des dettes ou la stabilité des prix. Tout le problème se situe dans le processus politique qui permettrait de transférer la charge de la dette des débiteurs aux créanciers. Comment l’Union Européenne peut-elle se résoudre à annuler les dettes de la Grèce ? Impossible sans mettre en danger tout le système financier européen qui ne pourrait plus trouver de prêteurs. Impossible sans transférer la charge sur les contribuables européens, d’où les appels à la mutualisation des dettes largement relayés par les créanciers, une solution qui ne reviendrait qu’à diffuser la crise et non à en sortir.

En définitive, tout le monde sait, pressent ou devine que la sortie de la Grèce de la crise passe par la quasi annulation de sa dette et par l’inflation.

Mais personne aussi bien en Grèce qu’en Europe n’est prêt à en assumer la charge, parce que les crises de l’endettement et des monnaies, les difficultés des banques et l’inflation conduisent à des conflits idéologiques qui entrainent le fractionnement voire l’éclatement des forces politiques. Aussi, quel que soit le résultat des élections du 17 juin 2012, la faiblesse de la coalition politique au pouvoir la met dans l’impossibilité d’agir. Aucune réforme, d’aucune sorte, n’est possible et les compromis entre forces politiques deviennent presque impossibles.

Les études historiques citées dans l’article en référence montrent que le blocage politique après une crise financière est la norme plutôt que l’exception. Les conflits politiques proviennent de l’impact des crises sur les croyances des électeurs vis à vis des solutions économiques qui leur sont proposées. La mondialisation, le libéralisme qui ont permis une telle crise sont-ils toujours la bonne, la seule solution aux problèmes économiques d’aujourd’hui ?

De plus la crispation de débiteurs qui se trouvent dans l’impossibilité de rembourser comme celles des créanciers qui ressentent l’impérieuse nécessité de se faire rembourser dans des situations de crise rendent les solutions de compromis particulièrement délicates à faire accepter par les deux parties. Cette montée des conflits entre créanciers et débiteurs s’observe aujourd’hui entre l’Allemagne et le Sud de l’Europe, mais aussi aux Etats-Unis avec le mouvement de protestation « Occupy Wall Street ». Elle a aussi caractérisé la grande crise de 1929, opposant fascisme et socialisme jusqu’à la guerre de 1940-1945.

On a vu dans un passé récent les créanciers de l’Argentine après sa faillite lui refuser pendant plusieurs années tout accès au crédit international  de peur d’une contagion du non remboursement des dettes. On a vu, avec moins de succès, l’Islande subir les mêmes menaces et aujourd’hui la Grèce essuyer les mêmes foudres si jamais elle s’avisait de cesser de rembourser ses dettes.  Et pourtant l’annulation des dettes argentines et islandaises, pour ne citer que ces deux pays, a indubitablement favorisé leur redémarrage économique. Mais n’allez pas demander aux créanciers d’acquiescer!

Le risque est donc que l’absence d’accord de compromis n’approfondisse et ne prolonge la crise économique qui succède à la crise financière, entrainant dans un cercle vicieux des tensions politiques qui rendent encore plus difficiles la mise en place d’une solution de compromis entre créanciers et débiteurs. Jusqu’à quel séisme qui rassemble enfin les protagonistes autour d’une solution de survie commune ?



(1) « Resolving Debt Overhang: Political Constraints in the Aftermath of Financial Crises », Atif Mian, University of California, Berkeley and NBER,Amir Sufi, University of Chicago Booth School of Business and NBER, Francesco Trebbi, University of British Columbia, CIFAR, and NBER January 2012, American Economic Association 2012. Vous pouvez trouver cet article en telechargement sur Internet.

 

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commentaires

Boyer André 19/06/2012 08:33


on voit que les élections ont réglé la question de la sortie immédiate de la Grèce, mais évidemment pas l'incapacité des Grecs à rembourser la dette. Il faudra donc se résoudre à leur faire
cadeau de la dette. 

michel 16/06/2012 22:56


Personnellement, je persiste à penser que la solution est dans un défaut unilatéral des pays comme la Grèce, qui entraînerait logiquement la sortie de l'euro. André a raison d'évoquer
l'exemple de l'Argentine qui a simultanémént fait défaut et dévalué sa monnaie par rapport au dollar. Après 2 années de "galère", la croissance est repartie.