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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 14:03

Le 21 juillet dernier, à l’occasion de la Sainte Sévère, fête patronale de Villars-Colmars, une plaque a été dévoilée sur notre maison, par les autorités municipales du village.

Daniel Girard

Elle concerne Daniel Girard, qui avait décidé de passer dans cette maison la dernière partie d’une vie exceptionnellement aventureuse au service de la France.

Au service de la France…

Aujourd’hui l’expression est désuète tant elle ne s’applique plus à nos contemporains, sauf ceux qui meurent encore dans des guerres exotiques en Afghanistan ou au Mali et que l’on oublie aussitôt les quelques formules convenues prononcées par des hommes politiques qui ne représentent qu’eux-mêmes.

Mais il a existé, et il existera encore, des hommes et des femmes qui ont fait don de leur vie à leur communauté, et à l’époque de Daniel Girard, la France était le symbole de la communauté nationale, aujourd’hui éclatée.  

Daniel Girard, donc, est né en 1912 et décédé en 1988. Adolescent, alors que bon nombre des enfants d’aujourd’hui promènent leur spleen dans les salles de nos collèges impuissants, il est embauché, entre autres, comme apprenti puis comme ouvrier par la BP (British Petroleum) en Irak. À 19 ans, il s’engage dans la Marine Nationale comme apprenti timonier dans les Forces Navales d’Extrême-Orient, puis à peine libéré, il entre à 23 ans dans le 1er Régiment de Spahis Marocains stationné à Alep (Syrie), ville victime aujourd’hui de la guerre civile.

Dés le 28 juin 1940, alors que l’Armistice a été signé par la France à peine six jours auparavant, Daniel Girard ne s’y résigne pas: il franchit la frontière de la Palestine à la tête de son peloton de cavalerie pour se mettre à la disposition des forces anglaises.

Six jours ! Daniel Girard est sans aucun doute l’un des tout premiers résistants français. Après quelques péripéties, dont le torpillage de son bateau, il rejoint l’Angleterre où il s’engage dans les Forces Françaises Libres sous le pseudonyme de Daniel Marie Victor, pour éviter des représailles à sa famille restée en France (Marie et Victor sont les prénoms de ses deux grands-parents).

Il est affecté à la 1e Compagnie d’Infanterie de l’Air le 1er avril 1941 et devient le 7e breveté parachutiste des FFL. Il est alors embarqué pour l’Egypte chez les « Rats du Désert » chargés d’effectuer des raids à longue distance dans le désert libyen sur les arrières des armées allemandes et italiennes, avec des véhicules bourrés de carburant.

Il y obtient la Croix de Guerre avec citation à l’Ordre de l’Armée, une décoration que l’on n’obtient qu’au prix d’actes de courage exceptionnels, et qui n’a rien à voir avec la Légion d’honneur que s’octroient entre eux nos dirigeants politiques et leurs affidés journalistes, penseurs et artistes officiels.

Il rejoint alors son unité en Angleterre, devenue la 4e SAS, avec qui il s’entraîne intensivement en vue du débarquement de Normandie. Il y est parachuté la veille du jour J, le 5 juin 1944, au sein d’une petite unité autonome chargée d’encadrer les maquis. Le 21 juin, il subit une embuscade montée par une unité SS. Alors qu’il assure le repli de son groupe avec une mitrailleuse, il est grièvement blessé, fait prisonnier par l’Armée allemande, torturé par la Gestapo, envoyé dans un camp disciplinaire en Allemagne et délivré l’année suivante par l’Armée américaine.

À peine remis, il rejoint  le 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes le 16 avril 1945. Il participe alors à la reconquête du Tonkin occupé par les Japonais puis livré au Viêt-Minh. Il est enfin démobilisé le 29 mai 1948, après dix-sept années de campagnes militaires, seulement entrecoupées de brefs répits. C’est alors qu’il rejoint Villars-Colmars où il provoque la stupéfaction de sa famille qui n’avait plus eu de nouvelles de lui depuis le début des hostilités et qui le croyait mort !

Il se fera encore embaucher comme subrécargue, celui qui représente les intérêts du chargeur auprès du capitaine du navire affrété, avant de prendre définitivement sa retraite à Villars-Colmars. Il y occupa de longues années le troisième étage de la maison qui nous appartient désormais, étage qu’il transforma en une sorte de cabine de bateau.

Sa nièce Mahé Maria qui a fourni la documentation nécessaire à ce blog, mon cousin Jean-Marc Passeron qui a partagé des heures inoubliables avec lui à entendre ses extraordinaires aventures et qui a tenu à ce qu’une plaque à son nom en porte le témoignage, nous mêmes et toute la communauté villaroise sommes attachés à ce que son nom, son action et son courage ne soient pas oubliés de sitôt. 

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