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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 21:49

Je terminais mon dernier blog sur la philosophie de Nietzsche le 16 avril dernier en rapportant qu’il trouvait que le bonheur était l’idéal nihiliste par excellence…

 

Securite.jpgCertes, le bonheur est un état désirable. Mais Nietzsche nous rappelle qu'il n’est que la conséquence de la réalisation d’un but plus élevé, car nous ne sommes vraiment heureux que lorsque nous avons réalisé un projet, surmonté un obstacle, réussi un pari, augmenté notre force.

Si nous n’aspirons au bonheur qu’en tant que tel, il fuira sans cesse devant nous comme un mirage, car ce bonheur-là, dépourvu de but, de contenu, d’enjeu, n’est que néant puisqu’il n’est défini que par l’absence, l’absence de douleur, l’absence de désir, l’absence de danger.

Comme le nihiliste à la recherche du bonheur ne supporte aucun trouble intérieur, il obtient ce dernier à l’aide de psychotropes, de tranquillisants et d’antidépresseurs, mais aussi de raison, de planification et de rationalisation.

Car l’une des armes les plus efficaces pour tuer le désordre créateur en nous reste le travail. En ces temps de chômage de masse qui voit s’exacerber la peur de ne pas avoir de travail, on le célèbre comme la voie par excellence de la réalisation de soi.

Mais cette idée d’un travail émancipateur et épanouissant correspond-elle vraiment à sa réalité économique et sociale? Trouver sa place sur le marché du travail n’implique t-il pas plutôt le contraire, qui consiste à nous dépouiller de tout ce qui fait notre originalité pour nous y adapter, pour répondre aux exigences des managers et pour nous laisser absorber par la culture de l’entreprise ?  

Nietzsche a écrit à ce sujet :

«  Au fond, on sent aujourd’hui à la vue du travail qu’il constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et qu’il permet d’entraver fortement le développement de la raison, le goût de l’indépendance. Car il nécessite une extraordinaire quantité de force nerveuse qui n’est plus alors disponible pour la réflexion, la méditation, la rêverie, l’amour et la haine. Il offre constamment un but médiocre, tout en assurant des satisfactions simples et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur offre davantage de sécurité et comme l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême… » ( Nietzsche, Aurore, III, 173)

En effet, comme l’avait observé Pascal, le travail est un divertissement qui détourne notre attention de nos angoisses, de nos rêves, de notre tohu-bohu intérieur, qu’il soit destructeur ou créateur. Pour compléter le tableau de cette conception aseptisée du bonheur, s’ajoutent au travail comme tranquillisant, l’obsession de la santé qui conduit à l’hypocondrie et au tourment de la longévité.

Comme l’observe Nietzsche, nos sociétés vivent sous ce qu’il nomme « la tyrannie de la crainte ». Aussi, nos institutions, nos lois et nos préceptes de vie ne visent jamais à encourager une vie riche, créatrice et intense mais à décourager ou à interdire ce qui pourrait lui nuire.

« Fais attention ! » pourrait résumer toutes les recommandations qui visent à nous écarter des risques de la vie.

Au plan national, un Président sénile a inscrit, avec l’assentiment général, « le principe de précaution » dans la Constitution Française !

Le principe de précaution !!

Au plan continental, l’Union Européenne nous protège: grâce à elle, plus d’inflation, plus de guerres !

À la place de la soif de vivre, c’est la peur qui nous gouverne.

En voulant éliminer tout risque, nous amputons la vie de tout ce qui pourrait nous déranger, mais évidemment aussi de tout ce qui pourrait nous inspirer, nous enrichir, nous renforcer : l’obsession sécuritaire a  rétréci l’être humain.

Mais de quoi diable avons-nous peur ?

Que voulons nous fuir ?

 

(À SUIVRE)

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