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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 10:01

Lorsque la France s’est fait, en 1922, confier par la Société des Nations le mandat du Liban et de la Syrie, elle proclama, sous l’autorité du Général Henri Gouraud, la création d’un Grand Liban multiconfessionnel et elle découpa la Syrie en plusieurs entités aux statuts différents pour respecter l’identité de ce que l’on appelait les « minorités compactes ».

timbre-alaouites.jpgLa Syrie fut constituée en Fédération, formée  de deux États, l’État de Damas et l’État d’Alep, tous deux à majorité sunnite, et de deux territoires autonomes, l’État des Alaouites et le Djebel Druze, auquel s’ajouta l’année suivante le Sandjak d’Alexandrette peuplé d’une minorité turque qui sera cédé à la Turquie dés 1939. Les Chrétiens, dispersés dans tout le pays, ne bénéficièrent d’aucun statut séparé.

L'État alaouite, créé le 1erjuillet 1922, disposait d'une faible imposition basse et d'une importante subvention française. Les Alaouites profitèrent rapidement de leur statut en termes de développement comme au plan juridique. Sur les 6500 km2 de leur petit territoire furent construits le port de Lattaquié, des hôpitaux, des écoles, des routes. Ils échappèrent au droit musulman en disposant de leurs propres tribunaux pour ce qui relevait du statut personnel. 

Les Alaouites ont accepté ces changements avec enthousiasme et, en échange, ont contribué à maintenir la domination française. Ils se sont déplacés en grand nombre lorsque la plupart des Syriens ont boycotté les élections de janvier 1926 parrainées par la France. Ils ont fourni la moitié des huit bataillons d'infanterie constituant les Troupes Spéciales du Levant, servant de police et de service de renseignement. Ils ont brisé les manifestations sunnites, arrêté les grèves et réprimé les révoltes.

Ils étaient persuadés (ils ne connaissaient pas les détours de la politique française) que le mandat de la France déboucherait sur la reconnaissance définitive d’un État alaouite qui leur permettrait d’échapper à l’éternelle persécution de la part des Sunnites. Or, à partir de 1930, la France sacrifia l’intérêt des minorités alaouites et druzes à ses propres intérêts politiques. En effet, les militants sunnites qui revendiquaient l’indépendance de la Syrie étaient prêts à signer un traité d’amitié avec la France à condition que les Alaouites et les Druzes soient rattachés à la future Syrie indépendante.

Les Alaouites protestèrent énergiquement contre ce projet. C’est ainsi qu’en 1936, six notables alaouites, y compris le grand-père d’Hafez al-Assad, envoyèrent une lettre à Léon Blum dans laquelle ils lui faisaient observer que les Alaouites différaient des Sunnites religieusement et historiquement et qu’ils refusaient d'être rattachés à la Syrie car elle était un État dirigé par les Sunnites qui les considéraient comme des non-croyants. La même année, 450.000 Alaouites adressaient au gouvernement français une pétition dans laquelle ils déclaraient notamment que « Les Alaouites croient qu'ils sont des êtres humains, pas des bêtes prêtes à l'abattage. Aucune puissance au monde ne peut les forcer à accepter le joug de leurs ennemis traditionnels et héréditaires en étant leurs esclaves pour toujours.» Mais les Alaouites eurent beau attirer l’attention de Paris sur les risques de ce rattachement et demander, à défaut de leur indépendance, leur rattachement au Liban, rien n’y fit. Le 9 septembre 1936, le gouvernement français signait un traité franco-syrien qui rattachait le territoire des Alaouites à la Syrie.

En avril 1946, lorsque les Anglais évacuèrent la Syrie, les Alaouites retombèrent donc  sous la coupe des Sunnites.

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