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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 10:08

Voici Clément désormais habitué à partager un espace de quatre mètres carrés avec un autre détenu. Matricule 48257-159, il n’a pour tout bien que ses affaires de toilette, quelques biscuits, cinq livres et deux cahiers sur lesquels il écrit, il écrit. 

jonathan2znCeux qui positivent en toute circonstance peuvent toujours penser que la prison est une magnifique opportunité pour se libérer de la tyrannie de « l’avoir ». En effet, C n’a plus d’autre choix qu’à se concentrer sur « l’être ». Il le faut, car l’ambition de la machine pénitentiaire consiste à annihiler l’âme des prisonniers, afin de justifier à posteriori le processus d’abrutissement carcéral.

Au contraire, il lui faut continuer à revendiquer son appartenance à l’humanité en compagnie des autres êtres humains, qui parviennent encore, même broyés par le système pénitentiaire, à écouter, partager, interroger. Et puis, il y a la musique qui lui permet de s’élever, de s’évader, de « se laisser envahir par son « récital intérieur ».

Pour ajouter de la tragédie à la tragédie, voilà que ses deux parents le quittent pour toujours, à quatre mois d’intervalle, sans qu’il ait pu les revoir. On imagine la profondeur de sa tristesse dans sa géhenne. Il s’accroche à ce jour où il reviendra, où il ira fleurir leurs tombes et leur dire combien il les a aimé, combien ils lui manquent.

Il y trouve encore plus de force pour sortir de cette infernale situation en s’appuyant sur la procédure de transfèrement des détenus non-américains, destinée à les rapprocher de leurs familles et à faire faire des économies à l’industrie pénitentiaire. Encore faut-il se battre, du fond de la prison, contre l'apathie, la paresse et l’inertie de l’administration pénitentiaire américaine, peuplée de geôliers indifférents, payés soixante dix mille dollars par an pour garder des sous hommes. Un job comme un autre, rien d’autre.  

Enfin, le mardi 8 juillet 2008, Clément quitte Morgantown. Le voilà à nouveau nu et inspecté à fond. Puis il monte dans un bus blindé, les mains et les pieds enchainés, avant de prendre un avion spécialisé dans le transport des détenus, qui débarque directement ses passagers enchainés dans la prison-hub d’Oklahoma City,  en un long défilé de bagnards marchant lentement les pieds entravés.

Les voilà entassés à cinquante dans un local entièrement revêtu de plaques d’acier qui amplifient le son. Au bout de cinq heures de cet enfer sonore, viennent une heure trente de procédures, de déshabillage de rhabillage, de contrôle physique complet, de prise d’empreintes, de photos et de remplissage de questionnaires. Puis un lever à quatre heures du matin pour endurer quatre heures de torture sonore supplémentaires dans la salle d’attente revêtue d’acier. Et encore quatre heures de vol dans l’avion prison blanc jusqu’à New York, avec escale à Atlanta.

New York, l’enfer comme antichambre de la délivrance !

Entassé avec dix autres malheureux dans un van grillagé, à la limite de la suffocation, il voit défiler sous ses yeux éberlués l’image surréaliste de joggeurs libres qui se détendent dans Central Park après une bonne journée de travail, jusqu’à ce que le van grillagé s’engouffre dans les sinistres sous sols du MCC Manhattan, le centre de détention.

Séance de déshabillage pour enfiler une tenue orange et être propulsé dans un cachot d’acier de six m2 pour deux. Dans une odeur nauséabonde, il passe deux jours et deux nuits, sans explication et sans rien d’autre à faire que d’écouter les cris et les  bruits avant d’avoir droit à une douche, menotté, dans une cage de fer d’un demi mètre carré ou il attend, accroupi, que l’on veuille bien venir le chercher. Enfin, on le transfère dans une cellule normale, ouverte, suprême luxe, une partie de la journée sur un espace commun aux autres cellules et sur une douche en libre accès.

C’est là qu’il rencontre Rafaello Follieri*, un jeune homme riche et célèbre, qui habitait quelques jours auparavant un superbe appartement sur Central Park, avec sa petite amie, l’actrice Anne Hathaway, jusqu’à ce qu’un jeune procureur newyorkais en mal d’avancement ait décidé de se le « payer ». En vingt-quatre heures, il est passé du paradis à l’enfer, comme DSK… 

Clément doit encore passer ainsi quatre jours, avant JFK, avant la délivrance, avant l’avion qui le conduira en prison en France, entouré de deux policiers français qui ne se prennent pas pour des cow-boys justiciers. 


 

Enfin, le 2 août 2008 à 7 heures du matin, un surveillant de la prison de Villepinte entre dans sa cellule pour le prévenir qu’il sera libéré dans la matinée…

(D’après « Un récital intérieur, Persée, 2013)

 

Moi, son beau-frère, qui me suit inspiré de son livre pour écrire ces trois blogs, j’en tire les leçons suivantes :

- Lorsque les mâchoires bureaucratiques s’emparent de vous, rien ne peut vous sauver, surtout pas l’innocence : si possible, ne vous laissez pas prendre !

- Le système judiciaire et carcéral américain constitue à l’évidence un monstrueux business, dont la plupart d’entre nous n’ont pas idée.

- Quoique l’on nous bassine avec l’allié américain, j’aimerais bien que l’on prenne nos distances avec cet encombrant ami et ce n’est pas son système d’espionnage ou ses guerres punitives qui me feront changer d’avis…

 

* Rafaelo Follieri a été convaincu d’escroquerie, condamné à quatre ans de prison (ce qui signifie qu’il ne devait pas avoir fait grand chose, compte tenu de l’échelle des peines US). Il a été transféré en Italie où il est aujourd’hui libre.

 

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