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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 09:47

L’existence n’a pas de sens, la vie n’a pas de valeur, aucun effort n’a d’utilité.

Tout se vaut, le bien et le mal, la beauté et la laideur.

Tout est néant.

tempete.jpegLes états dépressifs, dans lesquels nous tombons parfois, rendent assez bien compte des affirmations précédentes. Il y a des matins où nous devons faire les plus grands efforts sur nous-mêmes pour nous lever: à quoi bon ? il y a des jours où nous ne ressentons aucun sentiment de joie, pire encore, aucun sentiment de peine. Nous sommes indifférents à tout.

Derrière ces manifestations de dépression individuelle, Nietzsche décèle celle de toute une société. D’où vient-elle, cette dépression qui fait perdre tout sens à la vie? Que s’est-il passé ? Quelle déception, quelle trahison, quels échecs répétés l’expliquent ?

À ces questions, Arthur Schopenhauer (1788-1860) a une réponse. Pour lui, la cruauté de l’existence dévalue la vie, qui n’est qu’une lutte incessante pour satisfaire nos désirs aveugles, tyranniques qui, on le sait bien en marketing, nous laissent sur notre faim dés qu’ils sont satisfaits pour nous jeter dans une nouvelle quête, encore plus désespérée*. Pour Schopenhauer, puisque la vie balance, tel un pendule, entre la douleur et l’ennui, la seule issue consiste à renoncer au désir, à nier la volonté de vivre, en végétant comme une personne qui a renoncé à tout ce qui est vivant en elle…

Charmante perspective que celle que nous propose Schopenhauer! drôle d’aboutissement ! Comment la vie, chez l’homme, en est-elle arrivée à se nier elle-même ?

Nietzsche ne suit pas son ex-maître Schopenhauer sur cette voie. Il soupçonne notre civilisation d’en être la cause. Plus précisément, ce seraient les principes que nous a inculqués la religion qui seraient à l’origine du nihilisme de notre société, donc du nôtre. Mais nous sommes aujourd’hui immergés dans un monde assez incroyant et pourtant force est de constater que rien n’a changé quant à la réalité de ce nihilisme.

Aussi devons nous expliciter l’analyse de Nietzsche sur ses causes qui seraient issues de notre société.

Ce qui provoque notre nihilisme, c’est plus précisément  notre amour déçu de la vérité, notre conscience blessée, notre rigueur niée, nos scrupules ignorés, notre honnêteté intellectuelle bafouée. Nous voyons bien que, dans la vie réelle, tout ce auquel nous croyons ne sert à rien, ne trouve pas le début d’une application, que partout et toujours triomphe le mensonge, l’hypocrisie, la mauvaise foi, la méchanceté. Il suffit d’allumer la TV quelques minutes pour comprendre que ce n’est pas l’exigence de vérité qui triomphe ici-bas.  

Nous tenons l’explication : comme rien ne vient confirmer ici-bas la mise en pratique concrète de nos valeurs, nous voilà abandonnés, sans direction.

Et la vie n’a pas de sens.

 

Pourtant, si c’était l’inverse ? voilà la proposition fondamentale que nous apporte Nietzsche.

 

(à suivre…)

* « Cet effort qui constitue le centre, l'essence de chaque chose, c'est au fond le même, nous l'avons depuis longtemps reconnu, qui, en nous, manifesté avec la dernière clarté, à la lumière de la pleine conscience, prend le nom de volonté. Est-elle arrêtée par quelque obstacle dressé entre elle et son but du moment : voilà la souffrance. Si elle atteint ce but, c'est la satisfaction, le bien-être, le bonheur. Ces termes, nous ne pouvons les concevoir que dans un état de perpétuelle douleur, sans bonheur durable. Tout désir naît d'un manque, d'un état qui ne nous satisfait pas ; donc il est souffrance, tant qu'il n'est pas satisfait. Or, nulle satisfaction n'est de durée ; elle n'est que le point de départ d'un désir nouveau. Nous voyons le désir partout arrêté, partout en lutte, donc toujours à l'état de souffrance ; pas de terme dernier à l'effort ; donc pas de mesure, pas de terme à la souffrance.[...] La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui ; ce sont là les deux éléments dont elle est faite, en somme. De là ce fait bien significatif par son étrangeté même : les hommes ayant placé toutes les douleurs, toutes les souffrances dans l'enfer, pour remplir le ciel n'ont plus trouvé que l'ennui. » Arthur Schopenhauer, Le Monde comme Volonté et comme Représentation
Livre IV, §§. 56-57, tr. fr. A. Burdeau
Alcan / P.U.F. éd., tome 1, pp. 323-326


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