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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 22:11


Le 30 juillet 2013, Uralkali, le numéro un mondial de la potasse, a dénoncé l’accord qui le liait depuis 2005 avec le groupe biélorusse Belaruskali.

potasse

 Cela ne vous fait ni chaud, ni froid ? Vous avez tort, parce que c’est un sacré rififi qui a commencé avec la rupture de cet accord.  Jusqu’à cette date fatale, le monde de la potasse s'était organisé en duopole. D'un côté, un cartel regroupant Uralkali et Belaruskali associés dans une entreprise commune, Belarussian Potash Company (BPC), commercialisant sa production essentiellement en Asie, particulièrement en Chine et en Inde. De l'autre côté du monde, le cartel Canpotex regroupait les firmes nord-américaines Potash Corporation of Saskatchewan, Mosaic et Agrium, centrées sur l'Amérique. Au milieu, quelques entreprises européennes, allemandes surtout, mais qui jouaient un rôle secondaire sur le marché mondial.

En effet, PBC et Canpotex fournissaient ensemble 70 % du marché mondial de la potasse et pratiquaient une politique de limitation de l'offre pour maintenir des prix rémunérateurs. En 2009, quand la tonne de potasse atteignit 840 dollars, ils produisirent au maximum de leur capacité et engrangèrent des profits substantiels.

Puis lorsque les agriculteurs réduisirent leur consommation de potasse en raison de ces prix excessifs, le duopole réduisit ses prix jusqu’au plancher de 325 dollars la tonne, tout en limitant la production pour éviter que les prix ne s’effondrent.   

En juillet 2013, Uralkali a mis fin à cette situation, parce que, a t-il dit, Belaruskali ne respectait pas la règle d’exclusivité qui réservait à leur entreprise commune, BPC, la commercialisation de la potasse. Belaruskali comptait en effet se lancer seul sur le marché du Brésil, à qui il proposait de construire des ports pour y livrer la potasse en direct, sans y associer Uralkali.

L’argument avancé par Uralkali n’était sans doute qu’un prétexte pour détruire BPC, sans quoi une négociation discrète se serait engagée qui aurait permis de trouver un compromis. De fait, Vladislav Baumgertner, le PDG d’Uralkali en fonction en juillet 2013, a aussitôt rompu l’accord avec BPC, annonçant  qu’il allait pousser sa production de 10,5 millions de tonnes en 2013 à 14 millions de tonnes en 2014, tout en déclarant qu’il était prêt à accepter une chute du prix de la potasse jusqu’à 250 dollars la tonne.

Ce naïf manager ne savait pas, à ce moment-là, ce que cette décision allait personnellement lui couter, alors que, sur le plan industriel, il se sentait en position de force. En effet, les coûts de production de la tonne de potasse par Uralkali sont les plus bas du monde, à 62 dollars la tonne, alors que la potasse produite au Canada coute 100 dollars et la potasse allemande 240 dollars.  

Vous vous doutez bien que la rupture du cartel russo-biélorusse a provoqué une chute brutale des cours de bourse de toutes les sociétés cotées du secteur, qu’elles soient russes, canadiennes, européennes, chinoises, israélienne et américaines, à l’exception de Belaruskali, qui n’est pas une société cotée. C'est la société allemande K + S qui a subi logiquement la perte la plus sévère, perdant en dix jours 2 milliards de dollars de capitalisation, en raison d’une baisse de 47% de la valeur de son action.

De plus, l’effondrement du cartel et la baisse des prix de la potasse ont brutalement remis en cause les plans d’investissement des producteurs de potasse.

Les grands projets ont été retardés. Depuis longtemps, BHP Billiton, le numéro mondial des minerais, prévoyait d’investir dans la potasse, alors qu’il est déjà le leader mondial du cuivre, du fer et du charbon et qu’il s’est engagé dans l’extraction pétrolière. Il avait l’intention, disait-on, d’investir 16 milliards de dollars au Saskatchewan (Canada) dans une mine de potasse. De même, les projets d’investissement du britannique Sirius Minerals dans une mine située dans le North York Moors National Park ont été brusquement freinés, alors qu’ils étaient proche d’aboutir malgré les contraintes environnementales.

C’est alors que le monde de la potasse retenait son souffle face aux conséquences dramatiques de la rupture du duopole, que cette affaire a pris les dimensions d’un film d’espionnage…

(À SUIVRE) 

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