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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 16:06

Dans mon blog du 24 août dernier, nous avons laissé Nietzsche en train d’exalter la volonté de puissance, comme antidote à la résignation. La volonté de puissance est-elle donc une valeur en soi ?

Ressentiment-copie-1Au-delà de la volonté de puissance, Nietzsche se propose d’élargir notre perspective par une morale qui célèbre la vie. Il appelle cette morale, la morale des « seigneurs », une morale dont le point de départ ne consiste pas à juger les autres. Elle commence au contraire à regarder ce qui est, chez soi, digne d’être honoré, parce que cela nous permet de pérenniser notre bonheur, notre talent ou notre courage. Nietzsche avance que c’est une morale positive, parce qu’elle commence par l’acceptation de la vie, avant d’en déduire ce qui est bon et mauvais : est bon, tout ce qui concourt à valoriser la vie, cette vie que nous avons la chance de posséder. Est mauvais, tout ce qui, dans cette vie, est faible, raté, malheureux. Il ne s’agit alors pas de détruire ce qui est mauvais en nous et autour de nous, mais de nous en tenir à distance pour préserver ce qui est bon.

À cette morale des « seigneurs », Nietzsche oppose la morale des « esclaves » qui a besoin d’un extérieur à qui elle commence par dire non. C’est une morale qui se fonde sur le ressentiment, qui est le sentiment que ma souffrance a pour origine quelqu’un qui en est responsable :

« D’instinct, celui qui souffre cherche toujours une cause à sa souffrance, ou plus précisément un auteur coupable de sa souffrance, sur lequel il puisse décharger ses affects en effigie ou en réalité. » (La Généalogie de la morale, III, 15).

Le ressentiment est une forme de vengeance qui se retourne contre soi. Si l’on était capable de réagir à une exaction, nous serions du même mouvement libéré de notre agressivité. Celui qui a assez de force pour se défendre, assez de courage pour donner la réplique ne connaît pas la lente incubation de la violence rentrée. Mais en intériorisant la vengeance, nous devenons victime de notre souffrance, de notre haine, de notre impuissance.

Pour se libérer de cette escalade autodestructrice, la recette est pourtant simple : l’oubli.

Pour Nietzsche, la capacité à oublier les expériences pénibles est essentielle à la santé de l’âme. De l’oubli, dépend notre faculté à digérer nos expériences négatives et donc à faire place à de nouvelles expériences, plutôt que de ruminer les anciennes :

« Rouvrir d’anciennes plaies, se vautrer dans le mépris de soi et la contrition, est une maladie dont jamais le salut de l’âme ne pourra naître. » (Fragment posthume de 1888, 14,155).

Le ressentiment repose sur deux pathologies de base, l’impuissance à réagir et l’incapacité à oublier. Il trouve son aliment dans l’idée que, si quelqu’un nous a fait du mal, c’est qu’il est coupable. On se persuade que celui-là a voulu délibérément nous faire du mal, qu’il n’y a ni hasard ni accident, à l’aide de la notion de libre-arbitre.

Pour Nietzsche, la notion de libre-arbitre » permet de juger, de punir et de contraindre l’être humain. Nous croyons que la reconnaissance d’une volonté libre de notre part est la condition de notre liberté d’agir, mais elle est surtout le moyen de nous faire savoir que nous devons agir autrement parce que nous en sommes capables, parce que cela ne dépend que de notre volonté. C’est ainsi que l’on peut exiger de quelqu’un qu’il soit autre que lui-même, de son propre chef.

Ainsi l’agneau reproche à l’oiseau de proie d’attaquer les agneaux, et l’en rend coupable. Mieux encore, il s’attribue le mérite d’être un agneau. Le mensonge est de prétendre que la faiblesse ne résulte que du choix de ne pas être fort. Il s’agit, par cette falsification, à la fois de culpabiliser son bourreau victorieux, mais d’interpréter son propre échec comme une démonstration de vertu, de grandeur morale. Le résultat est qu’elle affaiblit encore les faibles en les persuadant que leur faiblesse est leur plus grand mérite.

C’est alors que le faible cherche dans le secours de la morale et de la métaphysique le moyen de se venger, dans un monde idéal, de la défaite qu’il a connue dans la réalité.

Le besoin compulsif d’un bouc émissaire est le moyen le plus efficace pour ne pas s’occuper de ce que l’on peut améliorer soi-même. 

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