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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 14:27

Selon un rapport du World Economic Forum, la Suisse demeure, pour la quatrième année consécutive, le pays le plus compétitif du monde. Ce qui la contraint à gérer les déficits de ses voisins, de plus en plus dépendants de la politique de la Banque Nationale Suisse.

 

snb_1.jpgSelon l'édition 2012 du Rapport Annuel sur la Compétitivité Mondiale publié par le WEF, la Suisse est le pays le plus compétitif du monde, suivi par Singapour, la Finlande, la  Suède, les Pays-Bas et l'Allemagne. Les Etats-Unis, qui étaient  au premier rang cinq ans auparavant, reculent régulièrement pour se retrouver à la septième place en 2012. Le classement n’est pas brillant, on s’en doute, pour la Grèce qui se classe désormais à la 96e place d’un classement qui concerne 144 pays, ou pour l’Espagne qui se situe en 36e position ou encore pour la France qui est passée en deux ans de la 15e place à la 21e place.

Pour la Suisse, cette médaille d’or, comme toute médaille, a un revers.  Elle est devenue un refuge, non seulement pour les milliardaires, mais aussi pour les détenteurs de capitaux à la recherche d’une sécurité fondée sur une bonne gestion de l’économie. C’est ainsi qu’en août 2011, le franc suisse a vu sa valeur se rapprocher de la parité avec l’Euro, soit une appréciation de près de 30 % en quelques semaines.

Les exportateurs suisses, et ils sont nombreux et solides, ont commencé à s’inquiéter. Songez à quel point le niveau de vie des Suisses dépend de l’exportation, puisque avec seulement 8 millions d'habitants, ils exportent autant que les 46 millions d’espagnols ou que la seule horlogerie suisse exporte plus que l'ensemble des producteurs de vins et spiritueux français. Aussi les exportateurs helvètes craignaient-ils l’étouffement et avec eux toute l’économie suisse se sentait menacée.

La Banque Nationale Suisse (BNS) a donc été contrainte de se porter à leur secours, et elle n’y est pas allée de main morte. Elle prit la décision extraordinaire, le 6 septembre 2011, de ramener le taux de change du franc suisse à 1,20 franc suisse pour un  euro et annonça qu'elle achèterait désormais sans limites de l'euro à ce cours.

C’est ainsi qu’elle aligna sa politique monétaire sur la Chine qui veille à maintenir la sous-évaluation de son yuan. Le résultat fut spectaculaire. Rapidement, l'euro s’est stabilisé à ce cours et il n'en bouge plus depuis des mois. Du coup, les industriels suisses peuvent construire une stratégie de long terme sur la base d'un taux de change quasi fixe avec leurs premiers partenaires commerciaux et la Suisse affiche un taux de chômage inférieur à 3 %.

Où est donc le revers de la médaille ? il se cache dans les achats de devises de la BNS. Pour maintenir le taux de 1,20 Franc Suisse pour un Euro, chaque Suisse, par l’intermédiaire de la BNS achète chaque jour 100 euros sur le marché monétaire !  Il en résulte que, comme celle de la Chine, ses réserves de change ont explosé, si bien qu’elles dépassent désormais celles de l'ensemble des banques centrales de la zone euro !

Bien entendu, les Suisses ne veulent pas que la BNS prenne des risques sur son bilan : ce ne sont pas eux qui iraient acheter des emprunts grecs ou espagnols. Prudemment, ils se concentrent sur les emprunts notés double ou triple A, essentiellement allemands et français, devenus les grands gagnants des achats suisses, mais aussi dont les taux dépendent de plus en plus de la politique de la BNS.

L’agence Standard & Poor observe que la BNS, en achetant pour 80 milliards d’Euros, rien que pendant les sept premiers mois de l’année 2012, a fortement contribué à réduire les coûts des emprunts allemands et français, les premiers passant à 1,6% tandis que les seconds se situent à 2,35%, alors que les taux d’emprunt étranglent la croissance de l’économie espagnole en s’élevant aux alentours de 6%. La politique « prudente » de la BNS a donc eu pour effet pervers d’accentuer les différentiels de taux payés par les Etats européens.

Les Suisses sont naturellement conscients qu’ils ne pourront pas éternellement acheter des Euros et que, dés qu’ils cesseront de la faire, le franc suisse reprendra aussitôt  son ascension, ce qui fera perdre à la BNS des milliards d’Euros. Mais ils veulent surtout éviter de se retrouver en conflit ouvert avec la Banque Centrale Européenne, car il est de plus en plus difficile à Mario Draghi, le Président de la Banque Centrale Européenne,   de répéter à qui veut l’entendre qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir pour sauver l’euro, tandis que, dans son coin, la Suisse joue contre lui.

 

Viendra donc le temps où la Suisse sera contrainte à participer au sauvetage de l’Euro, mais, en attendant, admirons la capacité de ce petit pays à défendre ses intérêts, un petit pays qui est parvenu à prendre en otage, malgré lui, la zone euro dans son ensemble.

 

 

 

 

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