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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 19:37

 

Une limousine noire avec chauffeur attendait Clément Sorel, lorsqu’il quitta, seul, à 8 heures du matin le 31 janvier 2008, la résidence surveillée qu’il occupait à Washington. On imagine son état d’esprit…

Sa femme l’avait quitté précipitamment quelques jours auparavant, menacée qu’elle était de menée anti américaine par le FBI, qui avait découvert l’existence d’une pétition pour la libération de son mari réunissant des centaines de signatures dans la ville où il exerçait son activité, pétition que le FBI soupçonnait être à son initiative.

Ils venaient de se marier quelques semaines auparavant devant l’ambassade de France, empêchés d’y entrer, toujours par le FBI. 

fci-morgantown.jpg

Il arriva à FCI Morgantown, sans rien d’autre que ses lunettes de vue, tout autre objet lui étant interdit. Plus tard, j’essayais de lui adresser quelques journaux aussi subversifs que les Echos, mais ils furent détruits par l’administration pénitentiaire.

La prison offrait un décor à priori avenant, une sorte de campus ou une base militaire. Illusion. En quelques minutes, il se retrouve nu devant un Correctional Officer (C.O.), fouillé dans ses parties intimes : on connaît ça dans les films, mais il faut le vivre !

Il découvre alors l’unité de vie Alexander, une salle de 25 m2 où il va essayer de dormir dans un des dix lits superposés, s’habiller, ranger ses affaires dans un minuscule placard déglingué et aucun instant de solitude n’est possible.

Dés la première nuit, il découvre que la prison est peuplée de ronflements tonitruants, de palabres interminables et ponctuée de hurlements. Le jour, le brouhaha permanent, les gestes brusques des détenus et les hauts parleurs des C.O. ne laissent guère l’esprit en repos.

Il reste que la prison pourvoit aux besoins physiologiques fondamentaux, notamment la nourriture qui fournit le minimum de calories nécessaires, à raison de deux dollars par jour alloué à la prison pour chaque détenu, mais aussi l’hygiène corporelle de base et l’accès à des exercices physiques comme à la bibliothèque.

Un lieu d’existence, pas un lieu de vie.

 

Morgantown contient mille deux cent détenus, 60% d’Afro-américains internés le plus souvent pour des affaires de drogue. 25% d’hommes de « race caucasienne » comme les appellent l’administration US,  majoritairement condamnés pour des délits de corruption ou de fraude fiscale, 10% d’hispano-américains et 5% d’asiatiques et d’indiens d’Amérique, des groupes qui cohabitent sans se fréquenter.

Clément Sorel, le seul français de Morgantown, est accueilli avec étonnement et sympathie. Que fait-il là ?

 

Rien, sauf à servir d’otage pour dissuader les concurrents.

 

Mais dans les prisons américaines, un tel nombre de délits donne lieu à emprisonnement qu’un américain sur cent est en permanence en prison, soit trois millions de personnes plus que dans tout autre pays au monde, y compris la Chine quatre fois plus peuplée, et que dix millions de personnes y transitent chaque année. Souvent pour pas grand chose, bien sûr.

croissance-prisons-US.pngLe système judiciaire et pénitentiaire est aujourd’hui le secteur économique le plus important des Etats-Unis, un business de plusieurs centaines de milliards de dollars, qui broie dans ses mâchoires tous ceux qu’il parvient à saisir, pour la moindre peccadille. Le secteur de la criminalité des cols blancs y est en plein développement, car le marché est beaucoup plus lucratif que celui des petits délinquants de la drogue, qui n’ont pas de sous pour se payer de bons avocats et qui ne rapportent rien sur le plan électoral. Or, être procureur est désormais la voie royale pour faire une carrière politique, être avocat est un des moyens les plus directs pour devenir riche et gardien de prison est un des jobs les plus tranquilles et des plus sûrs, loin de toute crise des Subprimes.

On ne comprend rien au système pénitentiaire hypertrophié américain si l'on ne voit pas que c’est un magnifique business, fondé sur la chasse à l’homme, ou plus précisément sur la chasse à la faute juridique.  

Qu’en pense Madame Taubira qui trouve qu’avec un détenu pour mille habitants en France, dix fois moins en proportion, les prisons françaises sont surpeuplées ? Nous avons simplement la chance, pour l’instant, que l’État français, qui a déjà réussi à transformer les conducteurs en gibiers de radar, n’ait pas encore étendu le système à tous les autres délits, sinon nous aurions aussi six cent mille personnes en prison.

 

Clément, lui ne parvient pas à trouver une logique, ni à sa peine, ni à ce système. Les jours passent lentement, nauséeusement rythmés par les hauts parleurs assourdissants qui appellent six à huit fois par jour pour compter les détenus, pour le réfectoire, pour l’ouverture et la fermeture des espaces extérieurs, pour les convocations et les extinctions de feu.

Il décide d’écrire un livre où il mêlera la narration de son expérience et sa passion pour la musique.

 

C’est ainsi que nait « Un récital intérieur » qui présente 91 œuvres musicales, entrecoupées du récit de ce qu’il a vécu, une façon de s’échapper par l’esprit de cette vie matérielle si lourde.

 

(D’après «  Un récital intérieur », Persée, 2013.)

 

À suivre…

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