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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 17:45

Dans le livre, il s’appelle Clément Sorel. Dans la vie, c’est mon beau frère.


GibierDans le livre et dans la vie, le 31 janvier 2008, il entrait dans la prison fédérale dite de « sécurité minimale » de Morgenstern, en Virginie aux Etats-Unis.

Qu’avait-il donc fait ? Je connais un peu le dossier, car j’ai suivi l’histoire depuis le début et je suis allé le voir à Washington, pendant sa période de résidence surveillée.

En 2007, Clément, cadre supérieur diplômé de l’Essec, dirigeait avec succès depuis plusieurs années la filiale d’un groupe étranger en France, qui employait plusieurs centaines de personnes. Il avait sauvé de nombreux emplois, développé la filiale et accru le profit de la maison mère.

Il se rendit fin avril 2007 à Houston, au Texas, pour un congrès professionnel qui devait durer trois jours. Il était heureux, il allait se marier quelques jours après ce bref déplacement professionnel avec ma belle sœur.

Le 2 mai, il participe à une réunion organisée à l’initiative d’une entreprise japonaise qui souhaitait réunir tous ses concurrents de manière informelle.

Le 3 mai à six heures du matin, quatre agents du FBI et un procureur font irruption dans sa chambre d’hôtel, lui passent des menottes, les mains dans le dos, pour le conduire, sirènes hurlantes, à la prison du Marshall. Il va ensuite passer 9 mois en résidence surveillée à Washington avant d’être condamné à 14 mois d’emprisonnement.

Qu’avait-il fait ? Il était accusé d’avoir violé le Sherman Act, paragraphe 1, qui a été conçu pour empêcher les abus de position dominante. Il n’avait strictement rien fait de ce genre, ni participé à l’élaboration de prix artificiellement élevés, ni partagé un marché avec ses concurrents.

Mais les procureurs américains sont des chasseurs aux aguets. Ils n’écoutent pas leurs proies, n‘examinent pas les faits avec objectivité, prudence et encore moins bienveillance. Il leur faut juste des « faits ». Le « fait » en question, c’était la réunion organisée par l’entreprise japonaise avec ses concurrents, qui « prouvait » l’entente illicite.

Il ne fallait pas y aller ! C’était un piège ! Tant pis pour vous, pauvre gibier !

Que s’était-il passé au juste ? La société japonaise qui avait organisé la réunion était de mèche avec le FBI. Fin 2006, elle avait eu maille à partir avec la Division Anticartel du Département américain de la Justice. Pour alléger son amende, elle avait monté, avec le concours des Services Spéciaux de la Marine Américaine, une réunion piège pendant la Conférence Annuelle à laquelle participait Christian. La salle était truffée de caméras vidéo  dans les faux plafonds. Rien de notable ne s’est dit dans la réunion, mais tous les participants ont été arrêtés, justement parce qu’il y participaient et que par ailleurs la société japonaise avait fourni des documents prouvant une ancienne entente sur les prix avec ses concurrents, entente à laquelle Christian n’était nullement partie prenante.

Il croyait, au début du moins, qu’il lui suffirait de prouver sa bonne foi et qu’on le libérerait avec des excuses ! Mais il avait participé à la réunion. C’était un « fait », largement suffisant pour l’accuser, donc le condamner. Il faut préciser que le gibier ne se doutait pas qu’il était tout à fait comestible pour le Department of Justice, dont l’objectif était, outre d’encaisser de confortables amendes, de dissuader ces arrogants concurrents étrangers, français, japonais, anglais et italiens de prendre des marchés sur leur propre territoire aux pauvres innocentes entreprises américaines.

Car ils allaient payer les imprudents. Ils ne sortiraient pas des Etats-Unis sans peines de prison et amendes. Inutile de plaider non coupable, aucun de ces cadres et de ces entreprises n’en avaient les moyens. Le deal était simple : ou vous attendez en résidence surveillée le procès qui aura lieu dans cinq ans environ, et le Department of Justice n’allait pas mettre les bouchées doubles pour répondre à l’impatience de ces effrontés accusés étrangers, ou bien vous plaidez coupable et vous prenez une peine de prison tout de suite et une amende.

Ils étaient pris en otage, les gibiers ! Cadres supérieurs, habitués à une vie confortable, dotés de femme, enfants, familles, amis, ils n’allaient pas passer cinq années confinés dans un quartier de Washington avec un bracelet à la cheville en attendant d’être jugés pour un résultat aléatoire, avec en prime le FBI qui leur téléphonait toutes les nuits, soi disant pour vérifier s’ils étaient bien là où ils devaient être, en réalité pour les persécuter.

Quant aux entreprises, coupables de les avoir mis dans un tel guêpier, elles allaient tout faire pour régler cette affaire au plus vite. Sauf l’entreprise de Christian, qui l’abandonna en rase campagne avec un cynisme digne du livre « La firme » de John Grisham.

Alors Clément, pris au piège, se débattit vaillamment pendant neuf mois avant de rendre les armes en plaidant « coupable ». Coupable ! Rarement un mot n’aura exprimé plus exactement son contraire que dans son cas ! Coupable d’être honnête, coupable d’être innocent !  


C’est ainsi que le 31 janvier 2008, on le conduisit dans la prison fédérale de Morgenstern.

(D’après « Un récital intérieur », Persée, 2013.)

À suivre…

 

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commentaires

Boyer André 21/10/2013 10:03


Parce qu'ils étaient encore plus s... que les autres ou peut-être parce que Christian était moins bien protégé. D'autre part, pour les entreprises c'était sauve qui peut face au Department of
Justice

michel 20/10/2013 22:40


Dingue ! mais pourquoi son entreprise s'est-elle comportée différemmentdes autres ? Pourquoi n'ont -elles pas toutes coordonné leur défense ?