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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 12:54

Sous l’effet de la crise, le monde bouge et il est donc important de se tenir au courant des mouvements. Par exemple qui sait en Europe que le Parlement japonais a décidé de doubler le taux de TVA d'ici 2015 ? À fortiori, on ne se demande pas  pourquoi l'archipel a  besoin de prendre une mesure si impopulaire.

Premier ministre japC’est une révolution fiscale qui vient d’avoir lieu au Japon. Après de longues semaines de discussions parlementaires, la Chambre haute a entériné le 10 août dernier une augmentation de 5 points de la TVA. Objectif principal : sauver le système de sécurité sociale dans un pays où le déficit public représente 200 % du PIB.

Fixée actuellement à 5 %, la TVA doit passer à 8% en avril 2014 puis à 10% en octobre 2015. Jusqu’ici le Japon se faisait une fierté d’avoir une faible taxe sur la consommation, mais le colossal déficit du budget de l’État ne peut qu’être résorbé à terme. Sans compter la catastrophe de Fukushima et ses conséquences sur la politique nucléaire du Japon, ce déficit structurel résulte principalement du vieillissement de la population qui accroît sans cesse le coût des dépenses de santé et de retraites. Les données chiffrées sont en effet sans ambiguïté : en 1965, le rapport entre les actifs et les retraités était de 9 pour 1, il est aujourd’hui de 2,5 actifs pour un seul retraité et il ne sera plus, en 2050 que de 1,2 actif pour un retraité. Le taux de fécondité est depuis dix ans autour de 1,4 enfant par femme, tandis que l'espérance de vie continue de s’accroitre et que les japonais se refusent de recourir à l’immigration pour remplacer les jeunes manquants.

Depuis qu’il a été élu Premier Ministre le 30 août 2011, Yoshihiko Noda ne cesse de dénoncer  la situation catastrophique des comptes de l'Etat, dont le budget annuel est financé à moitié par l'endettement, et l'envolée qui en résulte d'une dette publique qui dépasse désormais 200% du PIB nippon. Il a donc réussi à imposer un tournant fiscal historique au Japon, car la politique fiscale était jusque-là constamment orientée vers la réduction des taxes. Cet accroissement du taux de TVA devrait permettre à l’État japonais de retrouver l’équilibre budgétaire de ce que l’on appelle le solde primaire, c’est-à-dire sans compter les dépenses liées à la dette, en 2020.

Ce changement a été obtenu par consensus entre le PDJ de centre gauche au pouvoir et les deux partis d’opposition, le PLD, de droite et le Nouveau Komeito, centriste. « Nous ne pouvons pas continuer de faire porter sur les générations futures le paiement du système de sécurité sociale actuel », a rappelé le Premier Ministre Japonais Yoshihiko Noda le 10 août dernier jour du vote à la Chambre haute. Mais l’entente ne s’est pas faite sans mal : afin d’obtenir la tenue rapide d’élections législatives, le PLD, parti d’opposition majoritaire à la Chambre Haute, l’équivalent de notre Sénat, avait menacé jusqu’au dernier moment de ne pas voter le projet de loi sur la TVA. Ayant souvent répété qu'il était prêt à jouer sa carrière politique sur l'adoption de la réforme fiscale, le Premier Ministre Noda a finalement cédé aux conditions du PLD, acceptant le principe que des élections générales aient lieu prochainement afin de nommer le nouveau chef de gouvernement. Ces élections pourraient bien voir sa défaite et la nomination à la tête de l'Archipel nippon d'un septième Premier Ministre en six ans d’ici la fin 2012.

Comme le Premier Ministre n’a pas encore proposé de date pour l'organisation de législatives anticipées, le PLD, pour faire pression sur le gouvernement, a bloqué le 29 août dernier à la Chambre Haute  une loi autorisant les autorités à émettre les obligations qui permettent de financer la moitié  du budget de l'Etat japonais d'avril 2012 à mars 2013. Le ministre japonais des Finances a prévenu qu'il pourrait repousser certaines dépenses prévues au budget à cause de ce blocage afin de continuer à rembourser ses dettes.

Dans le même temps, les deux grands partis, PDJ et PLD, ont prévu d’élire ce mois de septembre 2012 leur nouveau président. M. Noda devra donc franchir l’étape délicate de sa réélection à la présidence du PDJ, dont la conquête l’année dernière lui avait offert le poste de chef du gouvernement. De nombreux députés du parti, qui craignent pour leur siège, pourraient lui reprocher de leur avoir rendu la tâche encore plus ardue avec l’augmentation impopulaire de la TVA.


Bref, ça bouge au Japon ! Pour la France, la leçon à tirer est que les grandes réformes n’ont lieu que lorsque le feu est dans la maison: les partis parviennent alors comme par miracle à trouver un accord.

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commentaires

boyer 03/09/2012 12:08


Qui peut juger à l'avance de la justice de ces mesures? ce qui est certain par contre c'est que le Japon doit faire face, d'une manière ou d'une autre, à son défi démographique qui préfigure à
terme, non seulement celui de l'Europe, mais de toute l'humanité.

Jacques POUZET 03/09/2012 11:43


Bonjour et merci.
On diminue donc le pouvoir d'achat individuel au profit de dépenses publiques censées être bien utilisées pour des services d'intérêt général. pour la santé par exemple, les "pauvres retraités"
ont-ils des compensations sur le coût , voire la gratuité de l'accès aux soins.
de toutes façons, un changement radical de fiscalité représente une expérience


très intéressante, à replacer évidemment dans le contexte culturel et "démocratique" !

André BOYER 03/09/2012 10:53


Bonjour. 


La justification de cette augmentation de taux, c'est la nécessité de financer les dépenses sociales croissantes liées au vieillissement de la population. Cela va entrainer une dimunution de la
consommation et une augmentation du cout de la vie au Japon. Remarquez que l'on ne s'y embarasse pas de discussion sur les vertus de la justice fiscale (les pauvres vont payer prortionnellement
autant que les riches) mais que l'on se concentre sur la nécessité de collecter des fonds, qui eux vont servir à aider les gens en difficulté, notamment les retraités pauvres, en fournissant des
services publics très bien repartis sur le territoire. Ce n'est pas une mesure populaire et elle va couter probablement son poste au Premier Ministre qui va se sacrifier pour l'interêt du pays.
Une culture du hara kiri politique bien éloignée de la notre.  

POUZET Jacques 02/09/2012 19:53


Info limpide et bienvenue. A 10% le taux reste encore la moitié du nôtre.
A part les positions politiciennes , quelq sont les arguments et les prévisions sur les comportements des POUR et des CONTRE.
Que sont les "niches sociales" et les "dépenses fiscales" au Japon (en gros...)


Merci