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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 14:12

Mario Monti fait savoir qu’il n’est pas content. Il déclare ubi et orbi que la prime de risque que doit verser l’Italie pour emprunter est démesurée, alors que le pays a les moyens de rembourser ses créanciers. À première vue, il n’a pas tort, à seconde vue, c’est du cinéma.

 

post-montitaxilin-x.jpgÀ première vue, les comptes publics italiens ne sont pas si dégradés que cela. Certes, en dehors de la Grèce, l'Italie a atteint en 2012 un taux d'endettement public record en Europe, avec 123,5 % du PIB de dettes accumulées. Mais la dette italienne a toujours été plus forte que celle de ses partenaires européens et elle n’a jamais empêché l’Italie d’honorer ses dettes.

Deux éléments devraient d’ailleurs rassurer les investisseurs. Tout d'abord, si la dette publique italienne est forte, les ménages et les entreprises de la péninsule sont très peu endettés. Selon BNP Paribas, la richesse nette des Italiens est égale à 8 fois le revenu disponible, un niveau « très élevé au regard des standards internationaux ». Bref, l'Etat italien peut s'appuyer sur un « matelas de sécurité ». Ensuite, le budget italien est plutôt bien géré. Durant la dernière décennie, les administrations publiques n'ont accusé de déficit primaire, le déficit calculé sans tenir compte du service de la dette, qu'en 2009 et 2010 et le budget primaire en 2012 est quasiment en équilibre. Par conséquent, le coût de fonctionnement de l'Etat italien est largement couvert par ses recettes. C’est une situation dont rêverait la France, à laquelle il manque chaque année 60 milliards d’Euros pour couvrir ses dépenses courantes. Quant au déficit général des administrations publiques de l'Italie, y compris cette fois la dette, il est de 3,9%, proche de celui de la France. Là encore, pas de quoi réclamer une prime à l'Italie.

 

Mais à seconde vue, l'incapacité de l'économie italienne à créer de la croissance est inquiétante. Selon l'Istat, l’Insee italien, la croissance du PIB entre 2000 et 2009 n'a été que de 1,2 % en une décennie, soit dix fois moins qu'entre 1990 et 2000. Pourtant l’Italie est moins désindustrialisée que la majorité du continent. Les entreprises industrielles ont une compétitivité égale au Mittelstand allemand et exportent très bien leurs produits, si bien que l'industrie italienne dégage un excédent commercial  annuel de 20 milliards d'euros, ce qui permet à la balance commerciale italienne d'être proche de l'équilibre alors que celle de la France bat chaque mois des records négatifs. Par conséquent, le problème de l'Italie n'est pas un problème de compétitivité industrielle

D’où vient alors la défiance des marchés ? Elle ne date pas d’hier. Même si la classe politique française n'a rien à envier à sa voisine transalpine dans son peu de crédibilité et de volonté de faire des réformes, l'instabilité ministérielle, les frasques de Silvio Berlusconi, l'incapacité des gouvernements successifs à réformer le pays ont pesé sur la confiance des marchés, au moment même où l’Italie décidait de financer son endettement en faisant appel aux investisseurs internationaux.

Compte tenu de ces données, on peut s’étonner que la confiance de ces investisseurs ne se soit pas améliorée avec l'arrivée au pouvoir du « gouvernement technocratique ». Mais cela s’explique par les « solutions » que le gouvernement de Mario Monti a choisi de proposer à l’économie italienne.  

En effet, ces technocrates n’ont qu’une pensée en tête, l’austérité. Ils ont vu avec dépit les politiciens qui les ont précédé distribuer l’argent à tout va. Leur « idée », c’est de faire le contraire, de mettre tout le monde au pain sec et à l’eau, à commencer par les riches qu’ils exècrent. Le résultat a évidemment été de plonger le pays dans une récession profonde, car il ne suffit pas de faire le contraire de ses prédécesseurs pour avoir raison.

Il est logique que l’étouffement économique des classes moyennes avec des mesures toujours plus difficiles à supporter comme des baisses de salaires dans la fonction publique, des rabotages des minima sociaux, des services publics vidés de leur substances, une fiscalité toujours plus agressive, des PME noyées sous les charges et j’en passe, réduisent la capacité d’épargne, provoquent l’arrêt des investissements et de l’embauche par les entreprises, l’augmentation du chômage, le ralentissement de la consommation et l’accroissement de la précarité. 

Observant froidement l’effet des mesures prises par le gouvernement Monti, les investisseurs étrangers estiment assez naturellement qu’un pays étouffé par des mesures qui provoquent la récession ne peut pas sortir la tête de l’eau. Or, depuis un an, c’est bien la récession en Italie, qui voit son PIB se contracter de 0,7 % à 0,8 % par trimestre. Une dégradation qui pèse sur les performances de l'industrie et sur les bilans des banques, ce qui enclenche en plus un dangereux cercle vicieux: la récession rend les bilans des banques italiennes mauvais, ce qui les oblige à se refinancer à des coûts plus élevés, ce qui à son tour les oblige à devenir plus exigeantes pour prêter aux entreprises, ce qui asphyxie encore un peu plus l'économie du pays.

Comme il ne peut pas s’imputer à lui-même la responsabilité de la dégradation de l’économie italienne sans se suicider politiquement, Mario Monti est à la recherche d’un bouc émissaire. Il déclare que la récession est à imputer aux taux très élevés auquel l’État finance ses emprunts. Il proclame haut et fort que si les taux baissaient, grâce à la solidarité de l’Allemagne et si la BCE s’engageait à racheter les obligations à court terme, l’Italie serait tirée d’affaire. Il oublie de préciser que ces « solutions » extérieures ne s’obtiennent qu’en échange de nouveaux tours de vis budgétaires générateurs de récession, qui contribueront à saper encore plus la confiance dans les titres italiens et la capacité de remboursement de l'Etat. C’est pourquoi le gouvernement espagnol tarde tant à faire appel officiellement à l’aide européenne.

La solution à la crise de l’économie italienne est ailleurs. Elle ne réside pas dans  un sauvetage financier par la BCE mais dans une politique équilibrée entre les réformes nécessaires et le soutien à la croissance, ce qui suppose une marche arrière pour l’homme de l’austérité qu’est Mario Monti. Selon la direction qu’il prendra, Mario Monti montrera qu’il a choisi la posture d’homme d’État ou celle d’homme politique. S’il fait marche arrière, s’il choisir des mesures qui relancent l’économie même si elle favorisent les hommes d’affaires qu’il déteste, ce sera agir en homme d’État qui se retire quand il a accompli sa tâche, y compris sous les huées.

 

Mais déjà il songe à rester au pouvoir au-delà des prochaines élections, sous le prétexte qu’il se considère comme le sauveur de l’Italie, déjà il prend des mesures démagogiques, ce qui fait fortement craindre qu’il n’est rien d’autre qu’un politicien ordinaire, un tricheur caché sous les oripeaux d’un technocrate intègre, un ambitieux prêt à enfoncer son pays dans la crise pour rester au pouvoir…

What else ?  

 

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