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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 20:45

 

L’université du troisième âge de Nice, dont je vous ai conté la création et le développement dans des blogs précédents, a produit des publications semestrielles à partir de 1978, dont je possède quelques exemplaires. Des articles remarquables y furent écrits, dont celui de Madame Lunel qui raconte son premier séjour en AOF, au début des années 1930. Je vous en propose l’extrait suivant qui vous fera vivre d’autres temps (les commentaires entre parenthèses et les * sont miens) :  

ArachidesC’était le début des années 30. Notre premier séjour colonial s’effectuait en Afrique Occidentale Française et plus précisément à Ouahigouya*.

Le Cercle** dont ce poste était le Chef Lieu venait d’être rattaché au Soudan Français.  En plein centre de la boucle du Niger, à six cent kilomètres au Sud de Tombouctou et à mille kilomètres de Bamako, son Chef Lieu de colonie.

Il n’ y avait aucun colon ni commerçant français, mais seulement sept fonctionnaires qui administraient un territoire grand comme la Belgique, peuplé par deux ethnies, les Mossi du Yatenga, des cultivateurs qui y étaient implantés depuis sept siècles et les Peuhls, des pasteurs qui conduisaient leurs troupeaux dans toute la boucle du Niger.

L’impôt à payer (déjà !) à l’administration française obligeait les uns et les autres à vendre d’importantes quantités de produits, arachides, beurre de karité, coton et kapok***.  Ces ventes se faisaient notamment sur le marché d’Ouhigouya (toujours actif aujourd’hui) et l’administration craignait que les indigènes, supposés inaptes à vendre leurs produits, se fassent spolier par les maisons de commerce (toujours la méfiance tatillone). Aussi les Commandants de Cercle étaient-ils chargés de ramasser les produits et d’en assurer la vente au bénéfice de leurs administrés.

C’est ainsi que, dés la fin novembre 1934, Monsieur l’Administrateur du Cercle de Ouahigouya, par la voie des bulletins officiels du Soudan et de la Côte d’Ivoire, faisait savoir qu’un marché de mille cinq cent tonnes d’arachide se tiendrait place de l’Administration, le 4 janvier suivant.

Nader Attié, le commerçant local syro-haïtien en a été le premier informé. C’était d’ailleurs selon son avis que la date avait été choisie, en fonction des marchés semblables qui se tenaient dans les Cercles voisins, dans un rayon de quatre cent kilomètres, Mopti-Bandiagara, Dédougou, Ouagadougou, Bobo-Dioulasso. C’est qu’il fallait permettre aux commerçants de faire tous les marchés et donc de ne pas les solliciter à deux endroits différents à la même date.

Naba Tiguiré, le Roi des Mossi de Ouahigouya  en fut ensuite averti lorsque, comme de coutume, il se présenta le vendredi suivant au bureau de l’Administrateur. Comme toujours, il approuva : bénéré (cela va bien). Par lui, ses Ministres en furent avertis et à leur tour les représentants des Chefs de Canton. Ces derniers apprirent la nouvelle dans leur Chef-Lieu de brousse et la répercutèrent à leurs Chefs de village. C’est ainsi qu’elle arrive enfin aux Chefs de famille ou plutôt à la première femme de chaque Chef de Famille.

C’est que, selon une coutume qui se perd dans la nuit des temps, la première femme avait la charge de récolter pour la famille les arachides à vendre. La coutume avait même fixé le minimum qui devait être produit : une soixante de kilos environ que la famille devait faire parvenir au marché en deux ballots de trente kilos chacun.

Dans toutes les familles, on décortiqua alors à tout va. Les servantes, les concubines, les enfants vinrent à l’aide de la première femme : un morceau de bois, tenu entre les pieds, un petit choc de l’arachide sur ce bois, et la coque était jetée d’un côté pour servir de combustible. Le ou les grains allaient de l’autre, grossir la prochaine livraison…

(À suivre)

* Ville sahélienne, Ouahigouya est actuellement la troisième ville du Burkina Faso, avec 65 000 habitants.  Son marché du centre ville est l’un des plus grand du Sahel.

**Le Cercle, dirigé par un français, était la plus petite unité de l'administration dans les colonies africaines de la France de 1895 à 1946. Un cercle était composé de plusieurs cantons, qui eux-mêmes se composaient de plusieurs villages. Le commandant de Cercle était placé sous l'autorité du commandant de zone, qui lui-même relevait du gouvernement de la colonie. Au-dessous du commandant de Cercle étaient placé des chefs de canton puis des Chefs du Village. Les chefs étaient nommés par les Français.

*** Le kapok est une fibre végétale que l'on tire des fromagers. Elle est très légère, imperméable et imputrescible mais elle est aussi, malheureusement, très inflammable. C'est au kapok que l'on doit l'incendie et la perte du Normandie, le 9 février 1942 à New York. Le paquepot avait été réquisitionné par les USA qui voulaient le transformer en transport de troupes. Des ouvriers américains malhabiles ont provoqué accidentellement l'incendie des gilets de sauvetage en kapok qui s'est ensuite propagé à tout le navire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Ouahigouya en 1930

L’université du troisième âge de Nice a produit des publications semestrielles à partir de 1978, dont je possède quelques exemplaires. Des articles remarquables y furent écrits, dont celui de Madame Lunel qui raconte son premier séjour en AOF, au début des années 1930. Je vous en propose l’extrait suivant qui vous fera vivre d’autres temps (les commentaires entre parenthèses sont miens) :  

C’était le début des années 30. Notre premier séjour colonial s’effectuait en Afrique Occidentale Française et plus précisément à Ouahigouya*.

Le Cercle** dont ce poste était le Chef Lieu venait d’être rattaché au Soudan Français.  En plein centre de la boucle du Niger, à six cent kilomètres au Sud de Tombouctou et à mille kilomètres de Bamako, son Chef Lieu de colonie.

Il n’ y avait aucun colon ni commerçant français mais seulement sept fonctionnaires qui administraient un territoire grand comme la Belgique, et assez peuplé de deux ethnies, les Mossi du Yatenga, des cultivateurs qui y étaient implantés depuis sept siècles et les Peuhls, des pasteurs qui conduisaient leurs troupeaux dans toute la boucle du Niger.

L’impôt à payer (déjà !) à l’administration française obligeait les uns et les autres à vendre d’importantes quantités de produits, arachides, beurre de karité, coton et kapok***.  Ces ventes se faisaient notamment sur le marché d’Ouhigouya (toujours actif aujourd’hui) et l’administration craignaient que les indigènes, supposés inaptes à vendre leurs produits, se fassent spolier par les maisons de commerce. Aussi les Commandants de Cercle étaient-ils chargés de ramasser les produits et d’en assurer la vente au bénéfice de leurs administrés.

C’est ainsi que dés la fin novembre 1934, Monsieur l’Administrateur du Cercle de Ouahigouya, par la voie des bulletins officiels du Soudan et de la Côte d’Ivoire, faisait savoir qu’un marché de mille cinq cent tonnes d’arachide, se tiendrait, place de l’Administration, le 4 janvier suivant.

Nader Attié, le commerçant local syro-haïtien en a été le premier informé. C’était d’ailleurs selon son avis que la date avait été choisie, en fonction des marchés semblables qui se tenaient dans les Cercles voisins, dans un rayon de quatre cent kilomètres, Mopti-Bandiagara, Dédougou, Ouagadougou, Bobo-Dioulasso. C’est qu’il fallait permettre aux commerçants de faire tous les marchés et donc de ne pas les solliciter à deux endroits différents à la même date.

Naba Tiguiré, le Roi des Mossi de Ouahigouya  en fut ensuite averti lorsque, comme de coutume, il se présenta le vendredi suivant au bureau de l’Administrateur. Comme toujours, il approuva : bénéré (cela va bien). Par lui, ses Ministres en furent avertis et à leur tour les représentants des Chefs de Canton. Ces derniers apprirent la nouvelle dans leur Chef-Lieu de brousse et la répercutèrent à leurs Chefs de village. C’est ainsi qu’elle arrive enfin aux Chefs de famille ou plutôt à la première femme de chaque Chef de Famille.

C’est que, selon une coutume qui se perd dans la nuit des temps, la première femme a la charge de récolter pour la famille les arachides qui lui seront nécessaires. La coutume a même fixé le minimum qui doit être produit : une soixante de kilos environ que la famille devra faire parvenir au marché en deux ballots de trente kilos.

Dans toutes les familles, on décortique alors à tout va. Les servantes, les concubines, les enfants viennent à l’aide de la première femme : un morceau de bois, tenu entre les pieds, un petit choc de l’arachide sur ce bois, et la coque est jetée d’un côté pour servir de combustible. Le ou les grains vont de l’autre, grossir la prochaine livraison…

* ville sahélienne, Ouahigouya est actuellement la troisième ville du Burkina Faso, avec 65 000 habitants.  Son marché du centre ville est l’un des plus grand du Sahel 

**Le Cercle était la plus petite unité de l'administration dans les colonies africaines de la France de 1895 à 1946 dirigée par un européen. Un cercle était composé de plusieurs cantons, qui eux-mêmes se composaient de plusieurs villages.

Le commandant de Cercle était placé sous l'autorité du commandant de zone, qui lui-même relevait du gouvernement de la colonie.

Au-dessous du commandant de Cercle étaient placé des chefs de canton puis des Chefs du Village. Les chefs étaient nommés par les Français.

***Le Kapok est une fibre végétale que l’on tire des fromagers. C’est une fibre très légère est imperméable et imputrescible, mais malheureusement inflammable. C’est l’incendie accidentel des gilets de sauvetage en Kapok qui a provoqué le 9 février 1942 à New York l'incendie et la perte du paquebot Normandie réquisitionné par les USA, de la faute d’ouvriers américains malhabiles. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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