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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 22:12

 

Cette affaire de rapports de force au sein du monde économique confronte des acteurs du monde des affaires aussi impitoyables que pittoresques.

ferrari-kerimovL’histoire d’Uralkali commence avec la privatisation des mines de potasse en 1992. Un cardiologue reconverti dans les affaires, Dimitri Rybolovlev, s’empare des mines dont il finit par détenir les deux tiers des actions. Mais, en 2008, après l’effondrement d’une mine, l’État lui demande de tels dommages et intérêts qu’il provoque l’effondrement de la valeur de l’entreprise. Dimitri Rybolovlev est contraint de vendre ses parts pour 5,6 petits milliards de $ à un oligarque proche de Vladimir Poutine, Suleyman Kerimov. Vexé sans doute, il se retire avec sa modeste fortune dans la Principauté Monégasque où il prend le contrôle de l’AS Monaco, ne craignant pas de passer de la potasse au football. C’est avec lui que les dirigeants de la FFF négocient un changement du statut fiscal du club. Bonne chance à eux, face à un tel requin de l’industrie !

Celui qui lui succède, Suleyman Kerimov, mathématicien de formation, est également un fidèle de la Côte d’Azur où il a encastré sa Ferrari dans un palmier de la Promenade des Anglais en 2006, probablement distrait par une jeune fille qui l’accompagnait, manquant y laisser la vie. 

Le Directeur Général d’Uralkali, Vladislav Baumgertner, a pour sa part acquis récemment et bien malgré lui une notoriété internationale lorsqu’il a été arrêté le 26 août à Minsk. Il avait commis l’imprudence de se rendre  en Biélorussie, à l’invitation du Premier ministre biélorusse, pour négocier le différent entre Uralkali et Belaruskali. Ce dernier l’a fait enfermer dans une prison, aussitôt après s’être entretenu avec lui, le faisant accuser d'abus de position dominante, un délit susceptible d’une condamnation à  dix ans de prison en Bielorussie où l’on ne rigole pas avec le droit de la concurrence.

En pratique, Vladimir Baumgertner est devenu un otage que le gouvernement biélorusse se propose de libérer contre des indemnités que ce dernier estime à cent petit millions de $, correspondant aux dommages qui auraient été infligés à la Biélorussie par les « activités illégales » de Monsieur Baumgartner.  Quoique vingt fois plus élevées que les rançons versées à nos otages retenus au Sahel, la modestie de cette demande signifie qu’un compromis est en vue.

D’autant plus qu’Uralkali continue à manœuvrer, augmentant sa production et vendant une partie de son capital à un fond souverain chinois, China Investment Corporation (CIC) qui a acquis le 24 septembre dernier 12,5 % du capital d’Uralkali. Il est vrai que les Chinois manquaient dans ce tableau haut en couleurs. Cela signifie que le tour de table d'Urakali est modifié, d’une part au profit des Chinois qui souhaitent des prix bas de la potasse qu’ils importent et d’autre part au détriment du principal actionnaire actuel Souleiman Karimov qui céderait ses parts à un autre proche de Vladimir Poutine, Vladimir Kogan, à la grande satisfaction des Biélorusses.

Du coup, après le coup de force d’Uralkali qui mettait fin à des décennies d’oligopole tranquille, la donne change une deuxième fois dans la partie d’échec qui oppose les Russes, les Biélorusses et les Occidentaux. L’entrée de la Chine signifie que ce gros consommateur d’engrais, prenant le contrôle partiel du premier producteur mondial de potasse, va logiquement exercer une pression durable à la baisse du prix, s’opposant ainsi aux intentions du cartel, qui cherchait à se reconstituer sur les bases d’un prix nettement supérieur aux 325 $ actuels afin de pouvoir procéder à de nouveaux investissements.

En effet, les Chinois ont de plus en plus recours à des engrais, ils ont donc intérêt à une potasse la moins chère possible et ne souhaitent pas, logiquement, la reconstitution d’un cartel qui pousserait à la hausse des prix. Ainsi, je ne crois que pas que BHP Billiton regarde d’un très bon œil cette intrusion chinoise, encore qu’il est sûrement possible de s’entendre sur des bases « sérieuses ».

Car, à long terme, la hausse attendue de la demande d’engrais devrait logiquement entraîner une tension à la hausse sur les prix des engrais en général et de la potasse en particulier. C’est alors que la guerre pourrait bien reprendre sur de nouvelles bases, faisant surgir sur le devant de la scène de nouveaux personnages aussi redoutables que pittoresques…

 

En tout état de cause, sur la Côte d’Azur, on attend avec intérêt la fin du match actuel sur la potasse, espérant récupérer Souleiman Karimov en tant qu’actionnaire principal de l’OGCN, qui en aurait bien besoin ces temps-ci…

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