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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 19:29

Le 3 novembre dernier, dans un blog intitulé « Le jour où Cambon terrassa Robespierre », je mettais en scène le combat qui vit Cambon remporter la première manche du combat que Robespierre avait déclenché le 26 juillet 1794.

Nuit 8th-And-9th-Thermidor,-27th-To-28th-July-1794À la fin de la séance de la Convention, le 26 juillet 1794, Robespierre n’a été ouvertement soutenu que par Georges  Couthon*. Le soir, c’est avec ce dernier que Robespierre se rend au club des Jacobins qui lui est largement acquis. C’est encore Couthon qui demande l’exclusion du Club des Jacobins de tous les conventionnels qui ont voté dans l’après-midi contre le discours de Robespierre à la Convention. Une trentaine de députés montagnards sont ainsi exclus du Club sous les coups et les cris « À la guillotine ! ».

Il est vrai que Robespierre n’a pas perdu la partie. Il a pour lui la majorité des Jacobins, l’état-major de la Garde nationale dirigée par Hanriot et la Commune. Il espère bien pouvoir ressaisir la majorité parlementaire à la Convention le lendemain, avant de régler ses comptes avec ses ennemis, par l’entremise de la guillotine.

La même nuit du 26 au 27 juillet, ses ennemis se sont justement réunis dans la salle des délibérations du Comité de Salut Public ou s’est installé Saint-Just, proche de Robespierre, qui prépare un discours devant la Convention qu’il doit prononcer le lendemain.

Les hommes qui sont assis à côté de lui, Billaud etCollot, se demandent s’il n’est pas en train, sous ses airs studieux, de préparer benoîtement leur acte d’accusation. Barère, de son côté, craint une insurrection de la Commune en faveur de Robespierre. C’est pour la prévenir qu’il fait convoquer le maire de Paris Lescot-Fleuriot et qu’il le retient pendant quatre heures afin de désorganiser les préparatifs d’une éventuelle insurrection. Au lever du jour, Saint-Just quitte le Comité de Salut Public en promettant, pour rassurer ses collègues, de revenir lire son rapport vers 10 heures du matin avant de prononcer son discours.

Mais ses collègues l’attendront en vain jusqu’à midi, heure à laquelle Saint-Just leur fait parvenir un billet pour les prévenir qu’il lira son discours directement à la Convention. Il ne sait pas que ce billet le condamne à mort.  Car, dés qu’ils sont prévenus, furieux et inquiets, ils se précipitent à la Convention dont la séance a commencé à onze heures.

De plus, le Comité de Salut Public, la Convention et à fortiori le Club des Jacobins ignorent qu’une conspiration s’est nouée dans la nuit, qui leur ôte les cartes des mains. Le discours de Robespierre a indirectement dénoncé et donc directement menacé Barras, Fouché, Tallien, Lebon et Carrier. Ces hommes se sont précipités auprès des chefs de la Plaine, Boissy d’Anglas, Durand-Maillane ou Palasne-Champeaux, leur promettant la fin de la Terreur en échange de leur soutien. Ces derniers sont inquiets des risques qu’implique une conspiration contre Robespierre, mais ils finissent par s’y rallier, rassurés par la participation de Carnot et Barère au complot. Pour contrer la puissance manœuvrière de Robespierre à la Convention, ils mettent au point une tactique qui va se révéler payante : l’empêcher de prendre la parole en couvrant ses déclarations par des hurlements.

À onze heures,le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II), la séance est ouverte par le Président Collot d’Herbois. Les tribunes, prévues pour neuf cent personnes, sont pleines à craquer depuis cinq heures du matin.

Le match sanglant peut commencer.

Saint-Just, vingt sept ans, très élégant dans son habit chamois et son gilet blanc, monte à la tribune. Il n’a que le temps d’entamer son discours que Tallien, qui a compris qu’il va se prononcer en faveur de Robespierre, l’interrompt, l’accusant de parler en son nom personnel et non en celui du Comité de Salut Public. C’est à ce moment là qu’arrivent, essoufflés, les membres du dit Comité, dont Billaud-Varenne qui  escalade la tribune et accuse Saint-Just de ne pas avoir respecté son engagement de soumettre son discours aux membres du Comité de Salut Public.

Comme Saint-Just ne répond pas, Billaud-Varenne s’attaque à Robespierre et lorsque celui-ci veut répondre, les conjurés, comme convenu, crient « À bas le tyran ! » pour couvrir sa voix.  Saint-Just, qui n'a pas quitté la tribune, se contente de regarder. Billaud-Varenne, dans le vacarme et la confusion, demande l’arrestation d’Hanriot et de son état-major et aussi celle de Dumas, le président du Tribunal révolutionnaire, ce qui provoque la réaction de Robespierre qui monte à la tribune mais ne peut s’exprimer, sa voix étant couverte par la clameur des « À bas le tyran ! » qui fusent de l’assemblée et des tribunes.

Le président Collot d’Herbois donne alors la parole à Barère qui fait voter un décret ôtant à Hanriot le commandement de la garde nationale. Vadier et Tallien lui succèdent, auxquels Robespierre tente de répondre mais dés qu’il ouvre la bouche les cris couvrent sa voix. On l’entendra néanmoins prononcer cette adresse fameuse et paradoxale à Thuriot, lui qui a fait tuer des dizaines de milliers de personnes : « Pour la dernière fois, président d’assassins, je te demande la parole » à laquelle Thuriot, qui a remplacé Collot d’Herbois à la présidence, répond platement qu’il n’aura la parole qu’à son tour.

 

Dans ce tohu-bohu, c’est un député de l’Aveyron, Louis Louchet**, montagnard et ami de Danton que Robespierre avait fait guillotiner le 5 avril précèdent, qui ose  demander un décret d’arrestation contre Robespierre...

* Georges Couthon sera logiquement guillotiné avec Robespierre et Saint-Just, le 28 juillet 1794, le surlendemain des faits relatés ici.

** Louis Louchet a continué sa carrière sous le Directoire et l’Empire comme Receveur des Impôts dans le département de la Somme…

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