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Le blog d'André Boyer

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LEÇONS AFGHANES

23 Septembre 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LEÇONS AFGHANES

Ce n’est pas encore le moment de passer à autre chose. Ne nous mettons pas la tête dans le sable, car il y a quelque chose qui ne va pas, quelque chose d’essentiel, dans la rapide défaite de l’armée afghane.

 

Des soldats plus nombreux et beaucoup mieux armés que les insurgés, appuyés par l’armée américaine, n’ont pas résisté plus de quelques semaines à l’offensive des Talibans. Cette défaite reste celle des Américains, appuyés par leurs vassaux occidentaux découvrant tardivement que leur suzerain les a mis devant le fait accompli. Mais pourquoi cette fuite américaine ? Nous comprenons déjà un peu mieux, après l’affaire des sous-marins australiens, quel est l’objectif américain : concentrer toutes leurs forces pour affronter les Chinois.

Mais au passage, n’oublions pas comment cette défaite fut acquise. Feu l’armée afghane était une armée neutre, d’aucune  couleur ethnique, ni pachtoune, ni tadjike, ni ouzbèke, ni hazara. Bêtement, les pachtounes, solidement enracinés dans le sunnisme et l’ethnie pachtoune du sud du pays, ont mobilisé les solidarités au combat puis les ont dépassées en ralliant des partisans dans le Nord quand leur succès est devenu probable. La leçon à tirer de l’erreur américaine est que notre lecture de la société afghane est  erronée : les ethnies, les tribus, la religion en sont le socle.

Et ce n’est pas le seul pays au monde dans ce cas. Les populations qui ont résisté à la poussée djihadiste étaient des minorités fortement solidaires, les Alaouites en Syrie, les Kurdes en Irak ou les Zaghawa au Tchad. Nous les Français, nous n’en avons pas tiré les conséquences au Mali :  sur qui nous appuyons-nous ? Pas sur les Touaregs semble-t-il. Quelle est alors notre vision de la société malienne ? Quels dirigeants devons-nous soutenir ? Si nous ne changeons pas d’analyse, un départ tout aussi piteux à Bamako qu’à Kaboul nous attend, et nous n’en tirerons aucune leçon, sinon celle que nous ne devons plus nous engager nulle part, prélude à des renoncements plus profonds et à des catastrophes plus sévères.

Vous voyez, c’est le moment d’ouvrir les yeux.

Les Étatsuniens ont cru qu’ils pouvaient gagner la guerre en montrant les avantages de la paix. Ils ont étalé leur supériorité technique, pensant à la fois effrayer et donner l’envie de les égaler, ils ont installé l’école où ils ont imposé l’indifférence à l’origine ethnique, ils ont proclamé la supériorité des choix de l’individu sur ceux du groupe, comme le choix pour la femme de se voiler ou pas, ils ont cru pouvoir restreindre la violence en dénonçant le terrorisme comme un crime contre l’humanité. Partout, il se sont drapés dans les oripeaux des Droits de l’Homme, rejetant la faute sur l’archaïsme, donc le retard à rattraper, de la société afghane. Encore un peu de temps, prophétisaient-ils, et la société afghane deviendrait congruente à la société américaine.

Et tout s’est effondré : les Afghans occidentalisés de Kaboul ne se sont pas battus, ils ont juste fui vers les aéroports. Imaginons un instant qu’une dizaine de milliers de Talibans débarquent soudainement à Paris, nous aussi nous fuirions en désordre vers les aéroports.

Sauf que ces Français, si individualistes et si détachés de tout groupe d’appartenance, comptent dur comme fer sur le dévouement de leur armée, disciplinée, organisée et prête à défendre la France en toutes circonstances. Nos soldats sont priés d’y croire à la nation, puisqu’ils se sont engagés à mourir en son nom pour un salaire légèrement supérieur au SMIC.

En attendant que nous cessions de déléguer à nos soldats la foi en la nation pour y croire nous, nous perdons la guerre, nous l’acceptons d’un cœur léger et nous sauvons la face en prétendant dicter la paix. Les injonctions aux Talibans se multiplient dans les déclarations des dirigeants occidentaux, relayées par les Nations Unies. Les droits des femmes et des minorités, en clair les droits des homosexuels, seront protégés en Afghanistan, entend-on. Pour se rassurer, on assure que les Talibans ont plus besoin de nous que nous d’eux. Fadaises.

Mais l’essentiel est de réaffirmer des principes, dont la grandeur tient à ce que l’on est incapable de les appliquer : l’essentiel est de dire le bien, sans s’occuper de le traduire en action. La parole remplace les actes, croit-on, jusqu’à ce que les actes vous rattrapent au détour d’un attentat.

Cependant d’autres feront l’histoire, car la victoire des Talibans souffle sur les braises de l’islamisme. Nous allons courber l’échine lors des prochains attentats, mais ce ne sera pas si grave, sauf pour ceux qui les subissent. On versera quelques larmes sur leur malheur, avant de regarder ailleurs.

 

Mais lorsque les Talibans ou leurs homologues nous menaceront vraiment dans notre vie quotidienne, dans nos mœurs, dans nos croyances, quels hommes, au nom de quelle idéologie ou de quelle foi, leur répondront ? Vous avez une idée, sinon enfouir votre tête dans le sable ?

 

Billet très librement inspiré de l’article de Gabriel Martinez-Gros publié dans le Monde du 9 septembre 2021 et platement intitulé « En Afghanistan, l’Occident a privilégié la parole et non l’action »

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AFGHANISTAN, UNE DÉFAITE ÉCLATANTE

24 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

AFGHANISTAN, UNE DÉFAITE ÉCLATANTE

Après vingt ans de guerres contre eux, le retour des Talibans au pouvoir m’apparait comme un échec absolu pour les États-Unis et pour leurs alliés. Comment en sont-ils arrivés là et quelles en sont les conséquences prévisibles ?

 

C’est un échec spectaculaire et d’une importance stratégique majeure pour les États-Unis. Spectaculaire, car le départ en catastrophe des Américains et de leurs alliés avec des Afghans qui s’accrochent désespérément  aux ailes des avions, rappelle immanquablement le départ de Saigon et de ces hélicoptères arrachant du toit de leur ambassade les derniers Américains qui s’y trouvaient piégés.

Quant à l’importance stratégique de cette fuite éperdue, elle réside dans la perte d’influence des États-Unis partout dans le monde. En effet, leurs alliés peuvent s’interroger à juste titre sur  la solidité de l’engagement de ce pays qui ne se veut le gendarme du monde que lorsque cette fonction correspond  parfaitement à ses intérêts nationaux. À ce titre, les Taiwanais et les Ukrainiens peuvent s’inquiéter. À l’opposé, les adversaires des États-Unis peuvent se sentir encouragés, comme les Chinois, les Russes et les Iraniens qui ont conservé leurs ambassades à Kaboul ou comme les Islamistes qui y voient une victoire fondatrice.

Bien qu'il soit trop tôt pour évaluer toutes les conséquences de cette défaite retentissante, l’observation de la politique passée du monde anglo-saxon permet d’estimer probable qu’elle se poursuivra après l’abandon de l’Afghanistan. Les États-Unis veulent toujours maintenir leur leadership sur le monde. Il va donc falloir qu'ils le réaffirment par des actes, face à des adversaires qui relèvent la tête et des alliés qui s’inquiètent. Le lieu idéal d’une revanche cinglante est Taiwan, que la RPC prétend annexer quand le fruit sera mûr. Les États-Unis peuvent chercher à entrainer la Chine dans un conflit rapide et localisé, afin de réaffirmer leur domination et d’humilier un pays qui relève trop la tête.

En attendant, la communauté anglo saxonne se cabre. Regardez les déclarations convergentes des gouvernements américains, anglais, canadiens et australiens : il n’est pas question d’avoir la moindre relation avec un gouvernement afghan dirigé par les Talibans. On peut s’attendre aussi à un raidissement de la politique des sanctions économiques et financières, si chères à la tradition anglo-saxonne, contre Cuba, le Venezuela, l’Iran, la Russie et la Corée du Nord. On peut aussi voir bientôt le refus des États-Unis de faire la moindre concession à l’Iran, poussant un peu plus ce dernier vers une coopération privilégiée avec la Chine.  

On peut donc s’attendre à ce que les États-Unis et leurs alliés les plus proches, loin de tirer les leçons de leur échec, poursuivent la même stratégie, invoquant le droit tout en s’imposant par la force.

Laquelle ? En Afghanistan, il s’agissait dans un premier temps pour les États-Unis de renverser un gouvernement qui épaulait le terrorisme qu’il avait subi (le droit), puis d’installer un gouvernement à son goût qu’il a soutenu économiquement et militairement pendant vingt ans (la force).

Puis les États-Unis ont considéré que cette politique de force en Afghanistan était trop couteuse pour eux. Ils ont alors négocié avec les Talibans, tout en décidant de se retirer à date fixe. Le régime qu’ils avaient installé s’est alors effondré en quelques jours. Il aurait pu durer quelques semaines ou quelques mois, mais, de toutes façons, comment un régime porté à bouts de bras par un État étranger aurait-il pu survivre au retrait de son soutien? Demandez-vous par exemple combien de jours le régime saoudien survivrait à un retrait des troupes américaines?  

Laissons donc les États-Unis dans leur croyance qu’ils représentent une société modèle, tandis que seules les armes, dans le cas de l’Afghanistan, leur ont permis de conserver leur influence sur le pays pendant 20 ans pour la perdre en 8 jours, une fois leurs troupes retirées.

Mais que faisait l’armée française dans cette  galère ? De fait, la France a combattu de 2001 à 2014 en Afghanistan, engageant  jusqu’à 4000 hommes, y perdant 90 morts et 950 blessés. Puis à partir de 2014, elle s’est désengagée sur la pointe des pieds de sa mission officielle qui, proclamait-elle, consistait à « sécuriser les zones placées sous sa responsabilité afin de permettre à l’État afghan de se reconstruire, de permettre des opérations de développement et de permettre un déploiement des services de l’État afghan », et, en second lieu, de « permettre une montée en puissance de l’armée nationale afghane» en l’entraînant.

La France croyait-elle donc à un engagement durable des Américains ou s’est-elle contentée d’obéir aux injonctions de son allié dominant ? La seconde hypothèse parait clairement la bonne.

Las, les Américains, fatigués de se battre pour une chimère, ont décidé depuis 2020 de remettre les clés de l’État afghan aux Talibans, des Talibans contre lesquels les forces françaises luttaient depuis 2001, des Talibans qui ont reçu en héritage les deux cent mille hommes de l’armée afghane et les cent mille policiers dotés des mille milliards de dollars d’équipement américains et bien entrainés par la France, entre autres.

La France se retire donc à l’unisson des Américains. Reste désormais la question des réfugiés. Faut-il accueillir les réfugiés afghans qui sont compromis avec la France aux yeux des nouveaux maitres de l’Afghanistan ? Bien sûr, à moins d’ajouter l’ignominie à l’absurde, selon le détestable exemple donné par De Gaulle avec les harkis. Mais faut-il pour autant accueillir tous les Afghans mécontents du nouveau régime ?

 

Ce serait ajouter l’ingénuité  à l’absurde, encore que ce serait justement payer notre prétention à apporter la vérité au monde, vérité pourtant assez clairement battue en brèche ces derniers jours à Kaboul…

 

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L'ENJEU DE TAIWAN

14 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

ECHANTILLON DE L'ARMÉE DE LA RPC

ECHANTILLON DE L'ARMÉE DE LA RPC

L’enjeu de Taiwan est quadruple : l’armée de la République Populaire de Chine (RPC) va-t-elle envahir Taiwan ? Si oui, quand ? Va-t-elle l’emporter ? Qu’elle l’emporte ou non, quelles en seront les conséquences stratégiques ?

 

Depuis 2010, 23 milliards de dollars de matériel militaire ont été livrés par les États-Unis à Taiwan. En particulier, Donald Trump a multiplié les ventes d’armes, provoquant de fortes tensions entre Pékin et Washington, avions, missiles, artillerie mobile. Récemment, l’administration Biden a donné son accord à une vente de 40 systèmes d’artillerie de canons automoteurs moyens de 155 mm à Taïwan pour 750 millions de dollars.

Les militaires américains tirent la sonnette d’alarme. En mars 2021, le commandant des forces américaines dans la région Indo-Pacifique, l’amiral Philip Davidson, a déclaré au Sénat : « Je pense que la menace est évidente au cours des six prochaines années». Il a demandé aux élus de prévoir dans le budget militaire 2022 des armements offensifs «pour que la Chine sache que le coût de ce qu’elle essaie de faire est trop élevé et pour les faire douter de leurs chances de succès».

Pendant ce temps, Xi Jinping a fait savoir qu’il n’excluait pas une invasion militaire de l'île si cette dernière se rapprochait trop des États-Unis. Pour montrer que ce n’étaient pas des mots vains, l’armée chinoise a multiplié les exercices militaires et envoyé des bombardiers longue portée Xian H-6 dans l’espace aérien taiwanais fin janvier 2021, provoquant immédiatement la réaction du nouveau département d’État américain de Joe Biden qui a affirmé que « Le soutien des États-Unis à Taïwan est solide comme le roc» malgré les «intimidations » de la Chine ».

De son côté, la Présidente de Taiwan, Tsai Ing-wen, a réaffirmé l’indépendance de l’île, renforcé ses liens avec les États-Unis, modernisé son armée et conduit régulièrement des exercices militaires avec l’US Navy.

Si l’on en croit donc les discours des officiels chinois et américains, d’accord sur ce point, le débarquement de l’armée chinoise à Taiwan n’attend qu’une opportunité favorable pour s’effectuer et seule sa date est inconnue.

Si l’on accepte ces prémisses, peut-on prévoir que l’armée chinoise va l’emporter sur les troupes de Taiwan et de ses alliés, les États-Unis, l’Australie et même le Japon qui se positionne avec de plus en plus d’énergie contre l’occupation de Taiwan par la RPC ?

Même si le gouvernement chinois semble faire tous ses efforts afin de disposer des moyens militaires nécessaires pour obtenir la victoire, il ne peut décider seul de la date de l’invasion, car il lui faut tenir compte de la stratégie des États-Unis. Ces derniers s’opposeront-ils militairement à la prise de Taiwan ? Cela dépend certes du rapport de force militaire entre les États-Unis et la Chine mais aussi de l’importance de l’enjeu « Taiwan » pour les États-Unis qui est  la variable la plus difficile à apprécier par les décideurs chinois.

Les États-Unis peuvent aussi bien considérer que l’intégration de Taiwan dans la RPC est une affaire secondaire dans le cadre de leur stratégie de concurrence globale avec la Chine et abandonner Taiwan après un baroud d’honneur, qu’à en faire un enjeu majeur, voire un piège tendu à la RPC afin de lui infliger une défaite militaire déterminante.

Car la RPC ne peut pas renoncer à prendre le contrôle de Taiwan, compte tenu du discours du Parti Communiste Chinois et de la mentalité nationaliste de la population. Il est possible que cette prise de contrôle soit retardée jusqu’au moment où Taiwan tombera comme un fruit mûr, d’autant plus que cette hypothèse correspond bien à la conception traditionnelle de la stratégie chinoise.

Lorsque viendra le jour où la RPC prendra le contrôle de Taiwan, on peut prévoir, comme l’écrit excellemment l’un de mes  collègues économistes* qu’après « une résistance initiale, les États Unis, le Japon et l'Australie s'estimeraient obligés de renoncer ». Pour lui, « ce serait une gifle géopolitique considérable pour la crédibilité des États-Unis. Le dollar accentuerait fortement son recul contre le yuan. Les banques centrales des pays tiers convertiraient massivement leurs avoirs en dollars en avoirs en yuan. » En conséquence, « les États-Unis ne pourraient plus financer leur déficit public par recours au financement extérieur »

Poussant son analyse jusqu’à ses plus funestes conséquences, il prédit que « si Washington devait opter pour la capitulation, ce serait tout le camp démocratique qui s'effondrerait immédiatement » et l’hégémonie mondiale passerait des États-Unis à la Chine. Cette analyse part de l’hypothèse que la RPC imposerait sa volonté aux États-Unis du point de vue stratégique et militaire, décidant de la date de l’invasion et remportant la bataille.

On peut envisager une autre hypothèse, connaissant l’histoire de la stratégie de domination mondiale pratiquée par les Anglo-saxons successivement contre Napoléon, conte l’Allemagne de Guillaume II puis d’Hitler et contre le Japon, qui ont en commun d’avoir remis en cause cette domination. Selon cette logique, les États-Unis pourraient pousser la Chine à attaquer prématurément Taiwan pour l’écraser militairement, faisant imploser le régime chinois et déstabilisant gravement son économie. Selon cette même logique, les États-Unis ne devraient pas attendre plus de quelques années pour pousser la RPC à attaquer, avant que l’équilibre militaire ne devienne par trop favorable à cette dernière.

 

Qui l’emportera dans ce bras de fer stratégique qui impose aux États-Unis de pousser les Chinois à agir brutalement et à la Chine de prendre tout son temps pour s’emparer de Taiwan sans devoir se confronter militairement avec les États-Unis et ses alliés?

Permettez-moi de laisser la question à votre appréciation.

 

* dont je suis tenu de préserver l’anonymat.

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CONSERVER L'HÉGÉMONIE MONDIALE

24 Avril 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

CONSERVER L'HÉGÉMONIE MONDIALE

Dans l’effort permanent que livre le pouvoir et ses medias pour conditionner l’opinion, pas un jour ne passe sans une campagne ou une pique contre la Russie, la Chine, ou les deux à la fois si l’occasion se présente.  

 

Il est parfaitement clair que la Russie et Chine indisposent les États-Unis et la constellation de ses pays vassaux, dont la France.

À en croire les medias qui relaient la parole officielle, la Russie et la Chine seraient des menaces militaires pour les Etats-Unis et leurs « alliés ». Pourtant, on ne peut ignorer que les deux pays sont encerclés, Chine comme Russie, et que leurs forces militaires sont sur la défensive face à des forces de combat et des missiles de l’OTAN à la frontière de la Russie tandis que les bases et la marine de guerre états-uniennes enserrent la Chine.

En revanche, aucune base russe ou chinoise n’est implantée au Mexique ou au Canada. Il est vrai que la Russie a annexé la Crimée, annexion entérinée par un vote à 96,8 % de ses habitants tandis que l’on occulte le renversement par les États-Unis du président ukrainien élu pour livrer l’Ukraine à des extrémistes russophobes, menacer la Russie par le sud et fermer sa base navale de Sébastopol.

On accuse les deux pays de ne pas partager nos valeurs, comme si ces dernières devaient être automatiquement universelles. Cette tarte à la crème du réquisitoire sur les valeurs veut ignorer que la majorité du monde n’est pas occidentale et l’est de moins en moins pour des raisons bêtement démographiques, qu’elle n’est pas en devoir de l’être et que le prosélytisme au nom de la civilisation est un instrument de colonisation usé jusqu’à la corde.

En pratique, il s’agit de motifs utilisés pour s’ingérer dans les affaires intérieures d’autrui : imaginons les cris d’orfraie que pousseraient nos médias si la Russie et la Chine se mettaient à faire des tares des sociétés occidentales leur cheval de bataille.

Mais sur le fond, les relations internationales sont basées sur des réalités, le bruit connexe n’étant que spectacle, leurre et diversion pour occuper la galerie.

Le différend avec la Russie tient fondamentalement à son refus de l’uni polarité états-unienne et à l’exemple qu’elle donne au monde en défendant le principe de la souveraineté nationale. Le tort de la Chine est d’avoir une économie qui fait ombrage à celle des États-Unis et de constituer le pivot d’une mondialisation de substitution à la mondialisation américano-centrée. La Russie et la Chine sont vitupérées en vue d’empêcher d’autres pays de se rapprocher d’elles, selon leurs intérêts. Elles sont aussi coupables d’avoir un armement qui rend hasardeuse toute tentative de les soumettre par la force.

En somme,l’opposition à la Russie est géopolitique, celle à la Chine, géoéconomique. Le reste n’est que du vent.

Le monde a connu un scénario analogue avant 1914. Impérialisme dominant du XIXe siècle, la Grande-Bretagne se voyait concurrencée par l’Allemagne, nouvelle prétendante à la suprématie. Aussi le conflit principal de la Première Guerre mondiale réside t-il dans l’affrontement entre une puissance en déclin relatif et une autre en voie de la supplanter.

Le transfert des hégémonies est toujours douloureux. Il  s’effectue en fonction des capacités économiques et du verdict des armes. C’est ainsi que la Grande-Bretagne s’est imposée depuis le XVIIIe siècle aux dépens des Pays-Bas et de la France.

Tout en ayant des ressemblances avec celle de 1914, la configuration actuelle est différente. D’un côté, la Russie rend inatteignable l’hégémonie universelle pour les États-Unis, mais elle-même n’a pas les moyens de dominer le monde, comme pouvait les avoir l’Allemagne de 1914. D’un autre côté, la Chine a les attributs d’une puissance mondiale, mais elle n’a pas besoin de guerre pour réussir puisque son économie est sur une trajectoire qui y mène naturellement. Elle a plutôt intérêt à éviter les hostilités.

Il faut en conclure que les instigateurs d’un éventuel conflit seraient forcément états-uniens, comme leurs innombrables agressions verbales, économiques et militaires contre la Russie et la Chine le montrent clairement.  De plus, les Etats-Unis savent que le seul moyen de maintenir leur domination mondiale est militaire, puisque la dynamique historique leur est défavorable.

Va-t-on logiquement vers une guerre, voulue par les États-Unis et leurs vassaux, dont la France ? Oui, parce que les conditions géopolitiques sont réunies pour y conduire à brève échéance, mais nous ne savons pas quelle forme dominante elle prendra.

La guerre atomique généralisée est théoriquement impossible parce que les Russes et les Chinois sont en mesure de riposter et de détruire l’agresseur. D’un autre côté, si les Etats-Unis ne freinent pas la Chine, ils vont rapidement être réduits à l’impuissance. Leurs actions actuelles consistant à harceler la Russie et la Chine par des blocus, des campagnes de déstabilisations, des sanctions et de la désinformation n’ont  de sens que si elles se prolongent demain par l’emploi de moyens plus puissants, avec pour objectif final de détruire la puissance de la Chine.

Les militaires font toujours des plans. Ils ne vont pas s’attaquer aux deux pays ensemble. Ils vont certainement commencer par s’en prendre à la Russie. La destruction de l’Europe, et en particulier de l’Allemagne, concurrente des Etats-Unis et complice de la Chine, ne leur fait pas peur, s’ils obtiennent en échange la résipiscence de la Russie. Après cette première « victoire » qui montrerait à la Chine, jusqu’où les Etats-Unis sont capables d’aller, ils se tourneront vers le dernier protagoniste pour l’achever. C’est un plan possible, il y en a certainement d’autres, comme la guerre de l’espace par exemple.

Je n’écris pas ces lignes pour faire peur, mais tout simplement parce que cela me paraît une évidence, si vous acceptez le postulat que les Etats-Unis, dans la droite ligne de la Grande-Bretagne, n’accepteront jamais de céder leur leadership et si vous constatez, comme moi, qu’ils sont en train de le perdre.

Reste à examiner le rôle de la France. Tout la pousse aujourd’hui à n’être qu’un pion dans le jeu stratégique américain, mais sa situation politique est instable, elle pourrait bien sortir du jeu et imposer aux États-Unis une acceptation du déclin qu’ils subissent.

 

Or, pour des raisons culturelles et militaires, la France est le seul pays à garder ce pouvoir en Europe, comme elle a été la seule, dans d’autres conditions stratégiques, à imposer à la Grande-Bretagne la création des États-Unis. 

 

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VERS UNE MONDIALISATION DISTANCIELLE

3 Avril 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

VERS UNE MONDIALISATION DISTANCIELLE

La pandémie a fini par révéler un changement fondamental dans le processus de la mondialisation qu’il me semble temps de prendre en compte.

  

Il est certes difficile de prévoir ce qui va se passer à la fin de la crise de la Covid, encore que l’on commence à entrevoir qu’elle n’est pas près de s’achever et que le retour au statu quo ante relève de plus en plus du vœu pieu.

On peut s’intéresser aussi bien à l’aspect psychosociologique de la crise et ses effets sur les attitudes et les comportements qu’à ses aspects économiques avec ses risques de faillites ou à son influence sur l’éducation de nos enfants.

Mais il existe aussi un aspect international de la crise avec la disparition des citoyens du monde. Nous avons vu, dès les premières alertes début 2020, chacun rentrer dare-dare dans son pays. C’est que, du jour au lendemain, les touristes sont passés du statut d’heureux voyageurs nomades, célébrés en leur temps par Jacques Attali comme étant l’avenir (heureux) des Bobos, à celui d’étrangers indésirables.

Et ils n’ont pas l’air d’être près de revenir ces touristes qui étaient si bienvenus il y a une éternité, enfin presque, je veux écrire avant le début 2020 lorsque la mondialisation heureuse s’est évaporée dans l’air vicié par la Covid-2019.

Depuis, ces touristes sont tous redevenus des étrangers indésirables dès qu’ils s’aventurent hors du sol national. Prenez le cas de deux pays qui me sont chers, le Maroc et le Canada. Le premier adore les touristes, mais il ne peut pas accepter qu’ils importent l’épidémie de Covid chez lui, compte tenu de ses capacités hospitalières limitées. Alors du jour au lendemain, il vient de fermer ses lignes aériennes avec la France, sa principale liaison aérienne internationale. Désormais, comment voulez-vous vous rendre dans un pays dont vous ne connaissez pas la date à laquelle il vous permettra de revenir chez vous ? Adieu les touristes.  

Quant au Canada, depuis le 21 février 2021, son gouvernement a publié officiellement l’avis suivant sur le site Internet de son ambassade à Paris :

« Pour protéger les Canadiens contre la COVID-19, le premier ministre a annoncé des restrictions de voyage qui limitent les déplacements en direction du Canada. La plupart des ressortissants étrangers ne peuvent pas se rendre au Canada, même s’ils possèdent un visa de visiteur valide ou une autorisation de voyage électronique (AVE). Ces restrictions interdisent la majorité des voyages non essentiels (discrétionnaires) pour se rendre au Canada».

C’est clair : dehors les visiteurs étrangers.

Si vous croyez que toutes ces restrictions vont disparaitre du jour au lendemain lorsque tout le monde sera vacciné, vous risquez d’attendre longtemps, justement le temps qu’il faudra pour que tout le monde soit vacciné. Et il en faudra du temps, avec les retards, les rechutes, les variants du coronavirus, les mises à jour des vaccins, les rappels de vaccination et les contre-indications vaccinales.

Ce n’est pas de sitôt que le ciel international se révèlera d’un bleu profond, sans aucun nuage à l’horizon. D’autant plus que les nuages, loin de les ignorer comme autrefois, on les guettera pour prendre  des précautions nécessaires, souvent excessives, en commençant par bloquer le tourisme à coup de passeports vaccinatoires, de tests PCR voire de quelques petites quarantaines désespérantes.

Je n’ai mentionné que les obstacles au tourisme, mais il ne faut pas oublier l’impact à long terme sur les étudiants et les hommes d’affaires. Nous avions tous pris l’habitude d’envoyer nos étudiants dans tous les coins du monde apprendre une autre langue que ce maudit français, qu’ils ne connaissent plus trop d’ailleurs, afin qu’ils comprennent que leur avenir était le monde. Mais Erasmus, les accords entre universités, les séjours linguistiques, tout cela a volé en éclats.

Que l’on revienne au statu quo ante est de plus en plus improbable devant la réticence des universités à accueillir des étudiants de passage, soupçonnés d’apporter leur charge virale, d’autant plus que la parade est toute trouvée : vous êtes les bienvenus à condition de suivre les cours en distanciel. En d’autres termes, bienvenue à Los Angeles, ou même à Londres, à condition que vous suiviez nos cours de chez vous, dans la banlieue parisienne.

Adieu le dépaysement, adieu la découverte d'une autre manière de vivre, adieu L'Auberge Espagnole.

Quant aux hommes d’affaires, combien sont désormais prêts à affronter tous les obstacles bureaucratiques pour aller passer une semaine en Australie où ils risquent à tout moment d’être mis en quarantaine dans un hôtel, alors qu’il leur suffit d’allumer leur ordinateur au bureau pour contacter leurs interlocuteurs ?

 

Le monde n’a pas disparu avec la Covid-2019, mais ce sera désormais bien difficile de le toucher du doigt ou de s’y immerger. Il restera à le regarder au fond des yeux, derrière notre ordinateur.

 

Oui, elle réapparaitra à l’écran la mondialisation, hors de portée de nos sens. Se cachant, elle nous intéressera de moins en moins comme de vulgaires séries de Netflix, elle ne sera bientôt plus à la mode avant de disparaître derrière nos écrans éteints et sa déchéance nous obligera enfin à regarder autour de nous, de tous nos sens…

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LES AMÉRICAINS CHERCHENT À DÉSTABILISER LA FRANCE

19 Décembre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LES AMÉRICAINS CHERCHENT À DÉSTABILISER LA FRANCE

Il serait temps que chacun prenne enfin conscience que le système français est radicalement différent du système américain et que le second ne fera jamais disparaitre le premier.

 

L’opposition entre les deux systèmes a resurgi récemment avec des attaques de la presse américaine contre la société française, par l’entremise du New York Times et du Washington Post à propos de l’affaire Samuel Paty. Ces attaques viennent d’être renforcées par l’instrumentation de l’affaire Traoré dans Times Magazine.

La couverture de l'assassinat de Samuel Paty par le New York Times et le Washington Post a suscité, et c’est tant mieux, beaucoup d'indignation en France, car la réaction des intellectuels comme celle de Jacques Attali, un ami des États-Unis, envoyant un tweet « Shame on you, New York Times !!! » a montré à tous la forte volonté de résistance de la société française

De fait, l’article du New York Times, paru au soir du 16 octobre, quelques heures après l'assassinat de Samuel Paty était titré d'un étrange « French Police Shoot and Kill Man After a Fatal Knife Attack on the Street » qui présentait l’affaire comme si la question centrale était celle d’une supposée bavure policière, alors que le fait majeur était, de façon aveuglante pour l’opinion française, qu’un professeur de collège avait été décapité pour avoir blasphémé, selon la conception « religieuse » de l’assassin. 

Grâce à ce titre, le New York Times confirmait son hostilité aux valeurs de la société française. Ainsi, lorsqu’Emmanuel Macron protesta auprès du New York Times pour la teneur et l’orientation de ses articles consacrés au meurtre de Samuel Paty, le journal en rajouta en insinuant que Macron « s'empare » de la « nature symbolique» du meurtre de Samuel Paty, « reprenant des thèmes anti-islamistes ».

Cette réaction américaine à la contre-attaque française signifiait que la France était sommée de s’aligner sur les positions de la gauche américaine qui a décidé qu’il fallait à tout prix protéger les minorités, suite au mouvement Black Lives Matter. Cette priorité s’impose en effet aux États-Unis, afin de préserver les fragiles équilibres de la société américaine tout en protégeant les gagnants du système.

Dans ce jeu d’équilibriste, les musulmans font partie des Bipoc (Black, Indigenous, Persons of Color) à laquelle il faut concéder qu’ils sont par définition des victimes de la majorité « caucasienne ». Selon cette approche, si certains commettent des actes délictueux, y compris des assassinats, il ne s’agit que de réactions de défense que l’on « peut comprendre ». Mais il faut à tout prix éviter de s’interroger sur l’origine de la fragilité de la société américaine, qui résulte de sa fragmentation voulue, dès la construction de cette société.

De ce point de vue, la France est le bouc émissaire parfait et le New York Times  ne se gêne pas pour écrire, dans un article du 21 octobre à propos de la France, que « le pays a été emporté par le nationalisme après l'assassinat de M. Paty », tandis que le Washington Post l’épaule en publiant une analyse de la situation française sous les titres « Instead of fighting systemic racism, France wants to « reform Islam » » ou « France mourns teacher Samuel Paty as government mobilizes against Muslim groups ».  

Puis, le 1er novembre, l'agence Associated Press écrit : « AP explains : why France incites such anger in Muslim world », en justifiant cette supposée colère contre la France, qu’elle encourage du fait des termes qu’elle choisit, par « son passé colonial brutal, ses lois fermes sur la laïcité, et le franc-parler de son président, vu comme manquant d'égards à la foi musulmane ».  

Enfin, le 11 décembre dernier, la mise en vedette d’Assa Traoré par Time Magazine comme « Guardian of the year » confirme cette déclaration de guerre des médias américains contre la société française, le but étant de contribuer au désordre national en faisant d’Assa Traoré une héroïne luttant contre le racisme au sein d’une nation xénophobe, la France.

Toutes ces morsures médiatiques confirment la volonté des élites américaines de s’opposer au modèle français inclusif. Il est en effet l’opposé du modèle de société qu’elles connaissent, soutiennent et promeuvent aux États-Unis, une société où chacun est entièrement responsable de sa réussite économique et sociale, en occultant sciemment les déterminants collectifs de la réussite individuelle.  

Il s’y ajoute que le messianisme américain, qui est consubstantiel à la création même des États-Unis, fait que les promoteurs de ce modèle sont incapables d’accepter qu’il puisse seulement exister un modèle concurrent qui fonctionne aussi.  

Or il se trouve que le modèle français fonctionne. Son principe est fondé sur l’inclusion, qui revendique, au contraire du modèle américain, de n’exclure personne, l’école et la sécurité sociale étant deux piliers majeurs de ce principe.  

Il ne faut pas oublier que le système français a été combattu par les Américains avant même la constitution officielle des États-Unis, du fait du messianisme des Pères Pèlerins qui voulaient et veulent toujours transformer le monde à leur profit.  Ils ne voulaient pas inclure les Français mais les chasser, ils ne voulaient pas inclure les Indiens mais les exterminer. Depuis cette époque, tout concurrent est considéré non comme un adversaire, mais comme un ennemi absolu (« l’empire du mal ») qui doit être éliminé et son idéologie détruite. Pour ne prendre que les plus récents, l’URSS, l’Irak, l’Iran, mais curieusement pas la Chine, relèvent de cette catégorie.

À la suite de l’affaissement des puissances européennes durant le XXe siècle, les États-Unis ont pu en effet étendre à la planète entière leur projet de réaliser l’œuvre que Dieu leur a ordonné d’accomplir, qui est une société mondiale où les perdants sont exclus, qu’ils soient américains, chinois ou français. Comme, on peut l’imaginer, il ne s’agit pas d’un objectif très populaire sauf auprès des « winners » et ils ont dû avancer masqués, hier sous couvert d’efficacité économique, aujourd’hui au nom de la protection des minorités.

En revanche, la société inclusive française a une logique clairement populaire, ce qui lui a permis de résister au modèle américain, même au Québec[1], si visiblement différent du Canada anglais. Aussi, si les récentes positions médiatiques américaines mettent clairement en lumière les visées destructrices de l’idéologie américaine vis-à-vis de la société française, on ne doit pas s'en inquiéter outre mesure.  

 

Car la guerre entre le système américain et la société française dure depuis le milieu du XVIIIsiècle, et depuis tout ce temps, personne n’est jamais parvenu, du dehors, à modifier le principe fondamental qui anime cette dernière.

 


[1] Voir ma communication disponible sur demande : « Sociétés inclusives : la situation en Amérique du Nord », 13eRencontres internationales de la diversité (RID) 2017, Université Laval, Québec, 5-6 octobre 2017,

 

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LA STRATÉGIE DE TRUMP

29 Novembre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LA STRATÉGIE DE TRUMP

La stratégie de Trump est essentiellement celle qu’ont conçue ses avocats, préparée depuis des mois.

 

Trump sait depuis son élection, et même avant, qu’il ne sera jamais adoubé par le système, qui inclut les grands milliardaires liés à la nouvelle technologie et les hauts fonctionnaires qui travaillent pour eux.

Or, ce qui s’est passé dans les six swing states interroge, notamment en raison de l’arrêt soudain du décompte des voix dans ces six swing states durant la nuit du 3 au 4 novembre.

Logiquement, les résultats auraient dû être statistiquement partagés entre les deux candidats, mais les résultats, en novembre 2020, se sont systématiquement révélés favorables à Biden avec des écarts très faibles, sauf la Caroline du Nord attribuée à Trump:

 

ÉTATS

% votes Biden

%votes Trump

Grands électeurs

attribués

à BIDEN

Grands électeurs attribués à TRUMP

WISCONSIN

49%

49%

10

 

MICHIGAN

51%

48%

16

 

PENNSYLVANIE

50%

49%

20

 

CAROLINE DU NORD

49%

50%

 

15

GÉORGIE

50%

49%

16

 

ARIZONA

49%

49%

11

 

TOTAL VOTES SWING STATES

 

 

63

15

 

Il suffirait que Biden perde 37 de ces 63 grands électeurs pour qu’il perde aussi l’élection à la Présidence des États-Unis.

Trump et ses avocats savaient donc que tout serait mis en œuvre, dans la légalité de préférence, mais aussi parfois dans l’illégalité, pour remporter ces États.

Déjà, le 7 novembre, Biden prenait la légalité en otage en annonçant publiquement sa victoire « d’après les médias », alors que l’actuel président n’avait pas admis sa défaite, que les avocats de Trump déposaient des recours pour que soient effectuées des enquêtes préliminaires et que le general attorney William P. Barr ordonnait qu’un dossier d’instruction soit ouvert, mettant en branle les autorités policières et judiciaires dans chaque État concerné. Des milliers d’agents ont été mobilisés et sont toujours à l’œuvre.

Selon les avocats du président, il en ressortirait déjà des preuves édifiantes : incohérences statistiques, faux bulletins, faux électeurs, intrusion malveillante dans le logiciel Dominion avec des centaines de témoignages sous serment. Cependant les modalités électorales dépendent des autorités locales et elles se sont opposées dans presque tous les swing states aux procédures lancées par les avocats de Trump avec l’appui des autorités fédérales.

Or l’objectif de ces avocats n’est pas de contraindre les autorités locales à obéir à leurs injonctions, mais de montrer à la Cour suprême que les cas de fraude sont suffisamment avérés et généralisés pour justifier l’invalidation des élections dans les États concernés. Il suffirait en effet que 3 des 5 swing states attribués à Biden révèlent des résultats suspects pour que ni Trump ni Biden n’atteignent le nombre des 270 grands électeurs requis.

Dès lors, si, au 14 décembre, le collège électoral ne parvient pas à élire un président, celui-ci sera élu par la Chambre des représentants selon le 12e amendement de la Constitution qui stipule que chaque État dispose d’une seule voix, indépendamment de sa taille. Or les Républicains détiennent 30 États et les démocrates en détiennent 20…

En résumé, la réélection de Donald Trump est une configuration possible sinon plausible. Tout repose sur deux facteurs liés, d’une part la solidité et l’importance des preuves de fraude et d’autre part la capacité de la Cour Suprême à s’opposer aux cris d’orfraie que ne manqueront pas de pousser les médias et le Parti Démocrate et ses électeurs.

Sans préjuger de la validité et de l'importance des preuves de fraude, on imagine en effet la violence de l’onde de choc que provoquerait l’invalidation des élections dans suffisamment d’États pour ne pas permettre à Biden d’être élu, ce qui rend sceptique sur la capacité des juristes de la Cour Suprême à la provoquer sciemment, sachant les conséquences sur leur vie professionnelle et personnelle.  

Il est donc évident que Trump et ses avocats ont sérieusement considéré l’hypothèse du rejet de leurs requêtes et donc l'hypothèse de l’élection de Biden. Dans ce cas le résultat de tous ces efforts juridiques, de ces conférences de presse, de ces Tweets rageurs ne serait pas nul.

Il permettrait à Trump de se poser en victime des conspirations des Démocrates et aux Républicains de conduire leur bataille politique en délégitimant d’avance leurs adversaires, une bataille sur le thème de la revanche qui risque d’être féroce, avec Trump dans le rôle de Robin des Bois et Biden dans celui du Shérif de Nottingham. 

 

Une bataille que les Démocrates auront du mal à soutenir devant l'opinion, avec un aussi grand nombre de milliardaires de leur côté qui les font désigner coupables d'avance ! 

 

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LE BROUILLARD AMÉRICAIN

25 Novembre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LE BROUILLARD AMÉRICAIN

Ce n’est pas en attendant que Trump soit débouté de ses recours électoraux et que Biden arrive au pouvoir que l’on peut avoir une idée claire de la situation des États-Unis, qui est en train de devenir indéchiffrable.

 

La différence entre les deux élections américaines de 2016 et 2020, est que, en 2016, les commentateurs considéraient avant les élections la victoire de Trump comme hautement improbable, alors qu’ils font en 2020 la même analyse, mais après l’élection. En 2016, ils pronostiquaient la défaite de Trump, aujourd’hui ils pronostiquent qu’il sera obligé d’accepter sa défaite.

Pourtant Donald Trump continuera de prétendre qu'il a gagné des élections qu’il contestera juridiquement jusqu’au bout. Mais supposons qu’il perde tous ses recours juridiques, même face à une Cour Suprême qui est supposée lui être favorable et qu’il se retire dans l’ombre, contraint et forcé.

Dans cette hypothèse largement plébiscitée par l’opinion, que va-t-il arriver après le 20 janvier prochain ?

C’est simple : dès le premier jour, Joe Biden devra faire face à un Sénat hostile et sans doute contrôlé par les Républicains. Car ces derniers se considèrent comme invaincus, parce qu’ils ont gagné des sièges à la Chambre des représentants contrôlée par les Démocrates et qu’ils ont très probablement conservé le contrôle du Sénat. 

Cette « armée » républicaine s’appuie sur 48 % de l'électorat américain avec le taux de participation le plus élevé depuis 1900, ce qui signifie clairement que les électeurs des deux côtés se sont fortement impliqués et que les perdants vont difficilement se résigner à voir appliquer une politique contraire à leurs vœux : l’on en verra les conséquences au Sénat et à la Chambre des Représentants, entre autres.

Au Sénat, Joe Biden fera face à Mitch McConnell, le leader de la majorité au Sénat, soutien indéfectible de Donald Trump et spécialisé dans la destruction des plans des démocrates : pendant six des huit années de présidence de Barack Obama, après que les démocrates aient perdu le contrôle du Congrès en 2010, Mitch McConnell a bloqué presque toutes les initiatives de la Maison-Blanche avec pour simple mais logique objectif de faire échouer la présidence de Barack Obama.

Il est donc peu probable que McConnell fasse passer les textes que Joe Biden voudra faire passer, ni confirmer à des postes de haut niveau des personnes qui n'ont pas obtenu l'approbation des républicains. En France, on oublie gaiement que les personnalités désignées par Biden, démocrate, doivent être pour la plupart également intronisées par le Sénat, républicain.

Comme les implications de cette situation politique sont sévères, les Démocrates vont, sans grand espoir, essayer d’emporter le 5 janvier les deux sièges de sénateur qui restent à pourvoir en Géorgie et s’efforcer de persuader un Républicain au moins de faire défection, sachant que le transfuge deviendra instantanément une figure de la haine sectaire au sein du mouvement conservateur.

Il faudra donc que Joe Biden négocie sans cesse. Il a peu de chances dans ces conditions d’obtenir une relance budgétaire importante qui  prenne en compte les priorités des Démocrates, d’autant plus que les Républicains, qui ont l'habitude d'abandonner la rigueur fiscale lorsque l'un des leurs est président, la redécouvrent aussitôt lorsqu'un Démocrate  accède à la Maison-Blanche.

On peut imaginer, et les démocrates y ont pensé, vendre leurs objectifs  prioritaires à M. McConnell en les présentant comme une réponse à la menace de la montée en puissance de la Chine.

Mais Donald Trump a mené la guerre commerciale contre la Chine pour sauver les secteurs industriels américains traditionnels, tout en négligeant les secteurs industriels en émergence, ce qui  constitue un point de désaccord fondamental avec les Démocrates. Comme ces derniers vont logiquement avoir tendance à concentrer les subventions vers les industries technologiques émergentes, ils vont provoquer la réaction des Républicains qui s’appuient à l’inverse sur les États qui ont des industries traditionnelles et déclinantes.

On peut aussi imaginer que Joe Biden, enchaîné chez lui par la dure nécessité de la politique intérieure, cherche à déployer ses ailes sur la scène mondiale. Mais dans ce cas aussi, son degré de liberté est faible. Par exemple, il pourra toujours rejoindre l'accord de Paris sur le changement climatique, mais il ne pourra pas forcer un Sénat républicain récalcitrant à financer les énergies alternatives. Il pourra essayer de  rejoindre l'Organisation mondiale de la santé, à condition que McConnell autorise le financement de cet organisme par les États-Unis. Il pourrait réintégrer l'Amérique dans l'accord nucléaire iranien, mais tout changement devra être approuvé par le Sénat républicain.

Le fond du problème de Joe Biden est qu’il est bloqué par le résultat des élections présidentielles, qui verront sans doute Donald Trump  quitter la Présidence des Etats-Unis alors que les Républicains ont accru leur influence électorale, si bien qu’ils se garderont bien de traiter Donald Trump comme une aberration celui qui a galvanisé leur électorat.

 

Joe Biden se trouve dans l’incapacité de réaliser l'unité nationale sur laquelle il a fait campagne, une unité mise à mal depuis quatre ans, encore affaiblie par le refus de la quasi moitié de l’électorat de reconnaître la légitimité  de l’autre moitié de gouverner, si bien que, dans cette disposition d’esprit, les occasions de conflit ne manqueront pas !

 

À SUIVRE

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UN MODÈLE ÉCONOMIQUE EN QUESTION

27 Octobre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

UN MODÈLE ÉCONOMIQUE EN QUESTION

En sus de son analyse des conséquences du COVID-19, Robert Boyer se risque également à une critique de la gestion de la crise, avec l’exemple de l’économie de la santé, qui représente un coût pour les macro économistes, un coût qui « pèse » sur la richesse nationale.

 

Si les dépenses de santé représentent un coût, il faut donc les réduire, d’où le contingentement des postes de médecin ou le plafonnement des dépenses hospitalières.

Une fois cette position de principe prise et les conséquences tirées, les ministres de l’économie guettent le «spread», c’est-à-dire l’écart de taux entre les emprunts d’Etat des différents pays, avec pour objectif de montrer une économie nationale qui attire suffisamment le capital pour que celui-ci vienne s’investir ici plutôt qu’ailleurs.

Pour cela, il faut limiter au maximum les dépenses publiques de santé, d’éducation, d’équipement ou de justice, car ce sont des « charges », sans prendre en compte que ces dépenses sont la contrepartie des services rendus à la collectivité.

Ce cadre de pensée, qui ne balance pas les bénéfices et les coûts de la dépense publique, fait que les administrations et les politiques ne disposent pas des bons outils d’évaluation. Il a en effet conduit à la mise en place de la gestion par activité dans les hôpitaux qui a engendré un incroyable gaspillage, car un bon indicateur d’une politique sanitaire devrait être le nombre d’années de vie en bonne santé. De même, une bonne gestion consiste à organiser efficacement le travail des équipes médicales pour assurer l’objectif sanitaire de la Nation.

Mais une contingence, l’irruption du virus COVID 19, a renversé le système de pensée des décideurs : jusqu’ici la finance définissait le cadre de l’action publique, y compris en matière de santé. Or, tout d’un coup, l’état sanitaire du pays s’est imposé comme le déterminant du niveau d’activité économique, tandis que les contraintes financières devenaient secondaires.

C’est ainsi que cette crise a révélé la soudaine importance de la santé publique, dont le fonctionnement était superbement ignoré par la théorie économique en vigueur dans les cercles du pouvoir. Cette dernière voulait ignorer en effet que, contrairement à nombre d’autres secteurs économiques, les innovations techniques dans le secteur de la santé engendrent des accroissements de coûts et non des baisses de coûts, du fait de l’objectif d’accroissement permanent de la santé publique : les IRM coutent moins chers qu’au début de leur mise en service, mais ils concernent de plus en plus de patients. On a donc découvert que se donner pour objectif de faire baisser le coût de la santé était une erreur stratégique.

En outre, la pandémie a montré que, dans certaines circonstances, le marché était dans l’incapacité de recueillir et de diffuser les informations nécessaires pour organiser les anticipations des acteurs économiques afin d’allouer efficacement le capital. En effet, avec la pandémie, nous sommes passés d’une économie du risque à une économie de l’incertitude radicale, définie par le modèle de l’épidémiologie qui gère l’incertitude au gré de l’apparition de nouvelles informations, elles-mêmes rapidement remises en question par l’apparition de nouvelles données.

Au départ, le choix des gouvernements était simple, binaire. Entre la vie humaine et l’activité économique, ils n’ont eu d’autre option que de sauver les vies et d’oublier tout autre objectif. Puis ils ont cru que le moment adéquat du déconfinement serait celui où le coût économique, en hausse, allait devenir supérieur au prix de la vie humaine sauvée.

Ils ont cru aussi que les scientifiques allaient leur donner la solution. Or chaque pandémie est unique et les problèmes qu’elle génère dépasse les connaissances scientifiques du moment. Les chercheurs doivent découvrir les nouvelles caractéristiques du virus en même temps qu’il se diffuse, rejeter les modèles du passé et en tester de nouveaux.

Comment décider dans ces conditions, alors que l’on sait que l’on ne sait pas encore ce que l’on saura demain ? Du coup, l’incertitude fondamentale de la science épidémiologique a fait perdre aux politiques la confiance du public. Osciller entre des injonctions contradictoires sur les masques puis sur l’accès aux tests ne peut que déstabiliser la confiance dans la parole publique.

Désormais, au lieu d’un dilemme, « les gouvernements sont maintenant confrontés à un trilemme : à la préservation de la santé et au soutien de l’économie s’est ajouté le risque d’atteinte à la liberté, redouté par une opinion défiante. » Désormais la crise du Covid-19, en nous faisant prendre conscience de la fragilité de la vie humaine, peut changer nos priorités: pourquoi accumuler du capital ? Pourquoi consommer de plus en plus d’objets à renouveler sans cesse ? A quoi sert un progrès technique qui épuise les ressources de la planète ?

 

Finalement, observant l'absence de croissance du Japon  depuis plus de vingt ans, on peut s’interroger sur la validité de son modèle économique, celui où les dividendes de l’innovation technologique ne sont pas mis au service de la croissance mais au service du bien-être d’une population vieillissante…

 

* Robert Boyer, Les Capitalismes à l’épreuve dela pandémie, 200 pages, ÈditionsLa Découverte.

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ÉVALUER LA CRISE PROVOQUÉE PAR LE COVID-19

23 Octobre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

ROBERT BOYER

ROBERT BOYER

À l’occasion de la publication d’un ouvrage* sur le sujet, Robert Boyer effectue un diagnostic de l’économie mondiale ébranlée par le coronavirus dans un entretien qu’il a accordé le 3 octobre 2020 au journal Le Monde. Je reprends et commente ci-dessous ses analyses, que je partage largement, en utilisant les guillemets lorsque je reprends directement le texte de son interview.


En bon scientifique, Robert Boyer s’attache à définir précisément les termes qualifiant la situation actuelle.

Crise sans doute, mais pas récession car « on ne peut pas appliquer des mots hérités des crises précédentes à uneréalité nouvelle ». En effet, définir la situation actuelle comme une récession lui parait une faute, car une récession se produit lorsqu’un cycle économique se retourne. Ce retournement a des origines endogènes, qui lorsqu’elles se modifient, provoquent mécaniquement la reprise. Or la crise actuelle résulte de la décision prise par les instances politiques de suspendre toute activité économique qui ne soit pas indispensable à la lutte contre la pandémie et à la vie quotidienne.

Il s’agit donc d’une « congélation » de l’économie qui s’accompagne, non d’un plan de relance puisqu’il ne peut pas y avoir de relance, mais d’un programme d’indemnisation des entreprises pour les pertes subies, mené au prix de l’explosion des dépenses publiques, une explosion possible grâce au relâchement de la contrainte de leur refinancement par les banques centrales.

L’arrêt brutal de la production, qui, pour certains secteurs comme le tourisme risque de se prolonger longtemps, a et aura des effets non seulement économiques mais aussi psychologiques, sociologiques, politiques et institutionnels. Rien ne reprendra comme avant, si l’on songe par exemple au travail à distance ou aux week-ends lointains.

Un tiers de la capacité de production s’est ainsi brutalement révélé n’avoir pas d'utilité sociale vraiment indispensable. Certains secteurs ont été  bouleversés par une modification structurelle des modes de consommation comme le tourisme, le transport, l’aéronautique, la publicité, l’industrie culturelle.

Comme la destruction de capital et de revenus est d’ores et déjà importante, il faut s’attendre à une baisse durable du niveau de vie moyen. C’est ce que les Français ont anticipé, en gardant en réserve l’épargne accumulée pendant le confinement. Pour qu’ils se résolvent à utiliser leur épargne, il faudra que la confiance revienne, une confiance mise à mal par la décoordination entre les acteurs. Cette décoordination a été provoquée par des engagements institutionnels mis à mal, tels que la sécurité sanitaire, la confiance dans les autorités publiques, la prévisibilité des marchés, la complémentarité des activités économiques, la synchronisation des temps sociaux, école,transport, travail, loisir…

On peut en déduire, puisqu’il ne s’agit pas d’une récession, que la stratégie économique guidée par l’idée qu’il s’agit bien d’une récession, qu’il suffit donc de maintenir ce qui reste de l’économie en l’état puis de relancer l’activité pour revenir à la situation antérieure, selon la fameuse reprise en « V », est vouée à l’échec.

Il n’y aura de « sortie de crise » que lorsque la transformation structurelle de l’économie qui est en train de se dérouler sous nos yeux sera suffisamment avancée pour retrouver une dynamique interne.

Or la « congélation » de l’économie a accéléré le transfert de valeur entre des industries en déclin et une économie de plates-formes en pleine croissance, mais qui offre une faible valeur ajoutée et un médiocre niveau de qualification à la majorité de ceux qui y travaillent : les acteurs de cette économie de plate-forme, les GAFA, Google, Apple,Facebook, Amazon, captent les rentes du capitalisme financier et contribuent à renforcer les inégalités économiques.  

Les inégalités économiques vont engendrer de nombreux perdants qui sont désormais incités à se tourner vers les Etats. Ces derniers sont en effet seuls capables de les protéger de la misère et du déclassement face à la toute-puissance des firmes transnationales du numérique, d’autant plus que la pandémie a replacé « leurs fonctions régaliennes et régulatrices » au centre des préoccupations des citoyens.

On peut en déduire que la puissance des GAFA engendre dialectiquement la montée des capitalismes nationaux défendus par leurs Etats respectifs, une dynamique illustrée par l’archétype de la Chine. On peut également prévoir que la consolidation de pouvoirs économiques nationaux s’opposera aux tentatives de gestion multilatérale des relations internationales, notamment économiques. Au sein de l’Union Européenne, la montée de ce populisme peut se révéler contradictoire avec les projets de coordination et faire émerger un faisceau d’Etats souverains avides de «reprendre le contrôle», à la manière de Boris Johnson.

Mais il est possible aussi que les mêmes forces nées de l’excès de pouvoir des GAFA puissent tout simplement amener le démantèlement du monopole des GAFA, de même qu’il est concevable que l’excès de contrôle du PCC sur la Chine puisse conduire à une révolte sociale et économique.

 

Ces prudentes prédictions incitent Robert Boyer à appeler à la modestie les prévisionnistes en se méfiant « des prédictions issues des modèles théoriques auxquels la réalité historique devrait avoir le bon goût de se plier…car c’est rarement le cas. »

 

À SUIVRE

 

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