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Le blog d'André Boyer

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LE VOILE ÉCOLOGIQUE DEVANT LA CHUTE DÉMOGRAPHIQUE

9 Novembre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LE VOILE ÉCOLOGIQUE DEVANT LA CHUTE DÉMOGRAPHIQUE

Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers l’écologie, observant à quel point l’environnement se détériore, les gaz à effet de serre augmentent et avec eux les dérèglements climatiques. Entre autres catastrophes annoncées, on ajoute que de nombreuses espèces vivantes sont en voie de disparition, en oubliant simplement d’y inclure l’espèce humaine.

 

L’angoisse écologique n’est pas appelée à durer. Elle sera remplacée, peut-être d’ici une génération à peine, par l’angoisse démographique.

Cette proposition est difficile à accepter alors que des militants écologiques se livrent en toute bonne conscience à des agressions contre des personnes, des œuvres d’art ou des organisations que l’on ne tolérerait d’aucun autre groupe. Personne, ou presque, ne se risque à déclarer que la cause de ces activistes écologiques pourrait être mauvaise, dépassée, ou même menacée d’obsolescence. Or cette obsolescence de la cause écologique est certaine, d’ici une génération au moins à trois générations au plus, le temps que la population humaine commence à décroitre.

En d’autres termes, chacun d’entre nous est convaincu qu’il doit tout faire pour freiner la détérioration de son environnement pendant que notre société s’organise pour nous faire disparaitre, nous les humains.

Voici les données à l’appui de cette proposition. L'Onu, fondant ses prévisions sur des moyennes statistiques destinées à ne faire peur à personne, nous annonce un ralentissement de la croissance démographique qui ne serait vraiment sensible qu’à la fin du XXIe siècle. Ces prévisions démographiques nous laissent en effet le temps de souffler, en restant concentrés sur les limites écologiques du développement de l’humanité.

Plus précisément, si les prévisions moyennes de l’Onu* sont vérifiées, la population mondiale atteindrait à la fin du XXIe siècle environ 11 milliards de personnes alors qu’elle va dépasser 8 milliards ces prochains jours.

Si nous prenons l’hypothèse de l’Onu au sérieux, alors le problème central de l’humanité devrait, pour les trois prochaines générations, consister à fournir suffisamment de biens à une population humaine en nombre croissant, tout en limitant les effets de l’augmentation de la production sur son environnement.

Or ce problème relève manifestement de la quadrature du cercle : il implique l’organisation de la pénurie au moyen du mécanisme des prix ou de la réglementation bureaucratique, nonobstant toutes les résistances locales et individuelles que la pénurie implique pour des sociétés habituées à l’abondance ou aspirant à cette abondance.  

Prenons par exemple l’enjeu de l’automobile. Selon la logique de l’économie de marché, il faut fournir à toutes les personnes solvables les véhicules individuels qu’elles demandent, tout en limitant la pollution que ces véhicules engendrent et la consommation de matières premières qu’elles exigent. Les progrès technologiques, comme les véhicules mus par l’électricité, devraient y contribuer, mais les exigences contradictoires précédentes impliquent implicitement que le nombre de ces véhicules soit limité.

In fine, il faudra choisir entre la frustration des personnes qui en seront privées et l’accentuation de la destruction de l’environnement. Voilà le genre de conflit dans lequel les prévisions de l’Onu nous projettent dans ce siècle.

Mais l’hypothèse de l’Onu manque de solidité, en raison de sa dimension politique. D’autres projections décrivent une réduction plus rapide de la natalité que ne l’indiquent les prévisions de l’Onu. Une décroissance de la natalité a déjà été annoncée en 2019 par Darrell Bricker et John Ibbitson, dans leur ouvrage « Empty Planet : the shock of global population decline ». En 2020, Stein E. Vollset & all** ont livrés des projections en ce sens et James Pomeroy s’inscrit dans leurs projections, selon un rapport*** qu’il a publié chez HSBC au mois de juillet 2022.

D’après ces auteurs, au rythme actuel de baisse du taux de fécondité, la population mondiale pourrait être réduite de moitié à la fin du siècle avec un peu plus de 4 milliards d'habitants, au lieu des 11 milliards projetés par l’Onu, tandis que le pic de population serait atteint aux alentours de 2043.

Ce ne sont pas les mêmes perspectives du tout !

L’an 2043, c’est dans 21 ans, à peine le temps d’une génération : c’est demain et cette perspective change tout. Est-elle sérieuse ?

Or, tout le raisonnement de ces auteurs repose sur l’évolution du taux de fécondité. Déjà, en juillet 2022, même l’Onu constatait qu'en 2021, la fécondité moyenne de la population mondiale était de 2,3 naissances par femme contre 5 naissances dans les années 1950. Tout laisse croire que cette fécondité va continuer à baisser, toute la question étant de prévoir à quel rythme se produira cette décroissance, chacun sachant que le signal d’une réduction de la population intervient lorsque le nombre de naissances par femme passe au-dessous de 2,1.

On peut trouver toutes sortes de belles et bonnes raisons pour expliquer la baisse de la natalité comme l'intégration des femmes dans le marché de l'emploi qui retarde l'âge auquel elles ont leur premier enfant, la hausse des prix de l’immobilier qui rend difficile la vie d'une famille nombreuse ou le meilleur accès aux soins et aux pratiques contraceptives, mais il ne s’agit que de réponses partielles.

La réponse globale à la question du taux de natalité se révèle mieux dans l’interrogation suivante : demandez-vous simplement quel est l’argument qui vous permettrait de convaincre une femme d’avoir plus de deux enfants, si elle n’en a pas envie elle-même et vous aurez la réponse : il n’en existe aucun, si vous vous situez au niveau individuel.

Et comme la pression directe des sociétés sur le comportement des femmes tend partout à se réduire tandis que les conditions de vie découragent la natalité sur tous les continents, la question du taux de natalité se ramène progressivement à l’envie individuelle des femmes d’avoir plus de deux enfants, et même, plus radicalement, d’avoir des enfants.  

Il y a déjà bien des sociétés ou cette envie d’avoir des enfants s’est fortement réduite, aujourd’hui, en 2022 : la Corée du Sud avec 1 enfant par femme, la Chine et le Mexique avec 1,2, l’Italie avec 1,3, l’Allemagne et le Royaume Uni avec 1,5, le Brésil avec 1,6, les États-Unis avec 1,7, la France avec 1,8. Même l’Inde avec 2 enfants par femme est en voie de dépopulation. Tous ces pays devraient placer en tête de leurs préoccupations les équilibres actuels et futurs de leurs populations en voie de décroissance, mais peu le font à l’exception de l’Italie, de la Suède, du Japon et de la Corée.

Or, au rythme où va aujourd’hui la baisse de la natalité, la population européenne, hors immigration, aura diminué de moitié avant 2070.

Si la baisse de la natalité se poursuit alors que tous les indicateurs sont aujourd’hui orientés en ce sens, il va pourtant falloir organiser la vie collective d’une société mondiale avec moins d’habitants, avec peu d’enfants et une proportion croissante de personnes âgées. Il s’y ajoute les déséquilibres entre régions du monde, l’Afrique continuant un certain temps à avoir une croissance démographique supérieure à d’autres régions du monde, entrainant émigration et conflits.

Tous les arrangements pour vivre ensemble seront mis en cause. Par exemple, des écoles de moins en moins nombreuses, des personnes âgées qui réduisent le niveau de vie des personnes actives et dont on aura tendance à encourager la disparition. Imagine-t-on la vie dans une ville dont la moitié des logements seront vides, où la moitié des véhicules seront abandonnés et la plupart des équipements surdimensionnés ? Mais l’on se trouve ici dans le domaine de la science-fiction, puisque rien n’est prévu, collectivement, pour y faire face.

Dans le passé, l’humanité a essentiellement vécu dans un monde où la peur de la nature, de la maladie et de la famine déterminait les réflexes de survie, de la natalité à l’accumulation des biens.

Aujourd’hui, avec une partie de sa population repue et l’autre visant à l’être, l’humanité prétend trouver un équilibre entre toujours plus de consommation et toujours moins d’impact négatif sur son environnement tout en feignant d'ignorer que les femmes ont silencieusement tranché ce nœud gordien en réduisant la natalité.

 

Il est curieux en effet, les yeux rivés sur l’environnement, que l’humanité fasse semblant de ne pas s’en apercevoir.

 

*UN, Department of Economic and Social Affairs, Population Division, World population prospects 2019: volume I: comprehensive tables. United NationsNew York 2019

** Stein E. Vollset & al., Fertility, mortality, migration and population scenarios for 195 countries and territories from 2017 to 2100: a forecasting analysis for the Global Burden of Disease Study», The Lancet, vol 396, issue 10258, pp 1285-1306, 17 october 17 2020.

***Voir le rapport de James Pomeroy : https://www.research.hsbc.com/C/1/1/320/cjGpNND.

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LE VENT L'EMPORTERA

11 Septembre 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LE VENT L'EMPORTERA

Les puissants nous impressionnent, parce qu'ils sont puissants et qu'il doit bien y avoir une raison pour qu'ils le soient.

 

Aussi, lorsqu'ils prennent une décision, à la tête d'un pays aussi important que l'Allemagne, l'une des toutes premières puissances du monde, on ne peut s'empêcher de croire qu'ils ont des raisons de la prendre, raison profonde, raison à long terme, dont les conséquences ont dû être longuement réfléchies et dont les fondements nous échappent, pauvres mortels. Il nous est presque impossible de croire qu'ils agissent pour des raisons contingentes et à court terme, tant les conséquences de leurs décisions pour les humains dont ils ont la charge sont lourdes.

Si nous sommes bien d'accord avec ce préambule, pouvez vous m'expliquer, rationnellement s'entend, pourquoi Madame Angela Merkel a décidé, en 2011, suivie par tout son gouvernement, son parlement, ses médias et son opinion publique, de mettre fin à la production d'énergie nucléaire en Allemagne?

Le 30 mai 2011, le ministre de l’Environnement, Norbert Röttgen a indiqué fièrement que l'Allemagne sera la première puissance industrielle à renoncer à l'atome en 2022, en fermant progressivement ses 17 réacteurs nucléaires. Elle a bien précisé qu'il s'agissait d'une décision irréversible prise par la coalition gouvernementale de la chancelière Angela Merkel, une décision qui allait à l'encontre, et même à l'inverse de la décision précédente prise six mois auparavant par la même chancelière de prolonger de 12 ans la durée d'exploitation des réacteurs du pays.

Nous connaissons les fondements de cette décision : le 11 mars 2011, la catastrophe de Fukushima au Japon est survenue, conséquence d'un séisme qui a beaucoup ému l'opinion mondiale en général et l'opinion allemande en particulier.

Pourtant, personne au Japon n'a directement subi les conséquences des radiations nucléaires provoquées par l'accident, ni parmi le personnel, ni parmi la population locale vivant dans un rayon de 200 kilomètres de la centrale. Depuis, le Japon a même décidé de relancer sept nouveaux réacteurs nucléaires en plus des dix autres déjà remis en service.

Pourtant, en Allemagne, un accident semblable à celui de Fukushima aurait eu fort peu de risque de se produire, car les risques sismologiques y sont très faibles.

Pourtant, ses centrales nucléaires lui permettaient de satisfaire 22% de ses besoins en électricité.

Mais Angela Merkel avait déclaré à la presse le 30 mai 2011 : « Notre système énergétique doit être changé de façon fondamentale et peut l'être. Nous voulons pour l'avenir une énergie plus sûre, et en même temps fiable et économique ». Elle se souvenait que, lorsqu'elle avait décidé à la fin 2010 de prolonger la durée de vie des plus anciennes centrales du pays, elle avait provoqué une flambée du sentiment anti-nucléaire en Allemagne, qui s'était traduit par des manifestations massives. Et, le 27 mars 2011, son parti avait subi une cuisante défaite contre les Verts lors d'un scrutin régional dans le Bade-Wurtemberg, fief électoral des conservateurs. Elle en avait conclu qu'il valait mieux, électoralement parlant, avoir tort avec les Verts plutôt qu'avoir raison contre eux.

Vingt ans plus tard, le 31 décembre 2021, juste avant le déclenchement de l'opération russe en Ukraine, la moitié de la capacité nucléaire allemande restante, trois réacteurs nucléaires sur six encore en activité, a été mise hors circuit, soit l'équivalent d'un millier d'éoliennes, malgré la crise énergétique qui sévissait déjà en Europe. Les Allemands persistaient toujours dans leur décision. Ils prévoyaient de fermer, fin 2022, les trois dernières centrales du pays et déjà, fin 2021, ils provoquaient, en raison de cette fermeture, une forte hausse du prix du gaz en Europe et donc de celui de l'électricité, du fait du système pervers qui relie l'un à l'autre sur le marché européen.

Cette décision, fin 2021, entrainait aussi un accroissement des émissions de CO2 d'environ 40 millions de tonnes par an, aux antipodes des objectifs écologiques affichés.

L'Allemagne persistait dans son combat énergétique contre la France, cherchant à l'empêcher d'investir dans le nucléaire. Puis, du fait de la guerre en Ukraine, l'Union Européenne, suivie par son Parlement a classé en juillet 2022 le nucléaire et le gaz (sic)  parmi les énergies « vertes ». Le soutien au gaz est destiné à faire contrepoids au nucléaire pour que l'Allemagne ne perde pas la face et puisse reprendre plus tard son combat obstiné contre le nucléaire.

Mais les conséquences du renoncement au nucléaire tournent désormais à l'absurde, à moins que Madame Merkel pensait au charbon en mentionnant "une énergie plus sûre, et en même temps fiable et économique" : en attendant que l'énergie du  vent vienne à la rescousse, le gouvernement allemand s'ingénie à polluer le plus possible l'atmosphère européenne en mettant en service 27 centrales à charbon supplémentaires jusqu'en mars 2024, alors que la production fabriquée à partir de charbon en Allemagne a bondi de 40 % depuis janvier 2022, date à laquelle la part du charbon dans l’électricité allemande était déjà estimée à 27,4 %.

Remplacer l'énergie nucléaire par le charbon, que voilà une belle perspective, pleine de poussières et de gaz à effet de serre !

Merci encore de vos décisions, Madame Merkel, vous qui êtes presque unanimement reconnue comme une remarquable dirigeante. Mais, même si la fusion nucléaire devait remplacer plus tard les réacteurs à fission nucléaire, forcément, je dois me tromper, compte tenu de votre importance et de ma petitesse.

Car vous avez raison, Madame Merkel, à terme, il faudra tout simplement utiliser de moins en moins d'énergie, qu'elle provienne du charbon, du gaz, du pétrole, des réactions nucléaires ou même du vent, si l'on ne veut pas que l'humanité disparaisse et l'Allemagne avec, englouties par le réchauffement qu'engendre l'utilisation de toute énergie. Ce jour-là, et seulement ce jour-là, votre décision électoraliste se révèlera une décision prémonitoire.

 

Mais à quel terme, Madame Merkel ?

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UKRAINE, THE 51 st US STATE

30 Juillet 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LA FAMILLE ZELENSKI AT WAR AND AT VOGUE

LA FAMILLE ZELENSKI AT WAR AND AT VOGUE

On commence à peine à prendre conscience de l’ampleur de l’engagement américain en Ukraine, selon une stratégie antirusse mise en œuvre dés 2014 et dont toute l’Europe, à commencer par les peuples ukrainien et russe, fait les frais.

 

On le voit chaque jour, les États-Unis sont derrière chaque opération militaire, défensive ou offensive, officielle ou clandestine, ukrainienne. Aux premiers jours de l’attaque russe, c’est le renseignement américain qui a empêché le succès de l’audacieuse opération héliportée russe menée avec plus de 200 appareils sur l’aéroport de Gostomel, au nord-ouest de la capitale ukrainienne. De même, mi-avril, le croiseur Moskva a été touché par des missiles Neptune tirés depuis la côte grâce à l’avion US de patrouille P-3 Orion. Ce sont également eux qui ont organisé le ciblage des généraux russes sur le front ou qui viennent d'organiser le bombardement d'une prison qui détenait des soldats ukrainiens prisonniers, afin de les dissuader de se rendre aux troupes russes.

Tout un réseau de commandos et d’espions installés en Europe coordonne l’appui militaire à l’Ukraine (New York Times du 25/06/22). Ils s’y sont préparés depuis 2014, puisqu'ils ont formé 27000 instructeurs en huit ans à Yaroviv, près de Lviv, une base ciblée par les Russes le 13 mars dernier.

Malgré cette antériorité dans l'engagement auprès de l'Ukraine, les États-Unis n’ont assumé officiellement leur stratégie antirusse que depuis la fin avril, lorsque le ministre de la défense étasunien déclarait textuellement à Kiev : « Nous voulons voir la Russie affaiblie à un degré tel qu’elle ne puisse plus faire le même genre de chose que l’invasion de l’Ukraine ».

C’est donc une guerre d’attrition que se proposent de livrer les États-Unis à la Russie sur le territoire de l’Ukraine. Pour ce faire, ils organisent à destination de l’Allemagne et de la Pologne un gigantesque pont aérien. Par centaines (bonjour la pollution!), les gros porteurs traversent l’Atlantique pour livrer munitions, missiles, drones, blindés, mortiers ou radars. Les crédits débloqués sont énormes, soixante milliards d’euros, soit une fois et demie le budget annuel de l’armée française, qui est tout de même le cinquième ou sixième budget militaire du monde, proche de celui de la Russie.

En même temps, les États-Unis prennent discrètement le contrôle militaire de l’Ukraine. pour y mener une guerre par procuration. C’est Zelenski, qui fait les déclarations dénonçant immanquablement comme des crimes de guerre toutes les actions réelles ou imaginaires des troupes russes, lorsqu'il ne pose pas pour Vogue avec sa femme. Ce sont des soldats ukrainiens qui meurent sur le front, mais ce sont les États-Unis qui commandent, qui organisent les combats et qui fournissent le matériel. Cela durera tant qu'ils trouveront des soldats ukrainiens pour combattre et ils en trouveront de moins en moins, ensuite il faudra utiliser des mercenaires ou des soldats US.

Tout a commencé sous Obama en 2014. La diplomate Victoria Nuland est alors responsable de l'Ukraine pour le département d’État. L’objectif est alors de remplacer le président Victor Ianoukovytch par un dirigeant prêt à rompre le cordon ombilical avec Moscou. Lorsque le coup d'État réussit grâce aux émeutes de Maïden et que le Donbass se soulève en réponse, les États-Unis et la Grande Bretagne envoient un grand nombre de conseillers militaires sur le front, tandis que Victoria Nuland négocie des garanties de prêt à l'Ukraine et la livraison d'une aide militaire. C''est alors que l'enregistrement d’un appel téléphonique du 28 janvier 2014 entre elle et Geoffrey Pyatt, ambassadeur des États-Unis en Ukraine fait scandale car elle y parle de la formation du prochain gouvernement ukrainien comme s’il relevait de l’autorité des États-Unis. En outre le langage employé « And you know…Fuck the EU » choque les responsables de l’UE qui ont bien dû s'en accommoder depuis, puisqu'elle est devenue, le 3 mai 2021, sous-secrétaire d’État pour les affaires politiques dans l’administration du président Joe Biden, elle qui a toujours été une partisane convaincue des livraisons d’armes à l’Ukraine.

Depuis le déclenchement de la guerre ouverte par la Russie, l’US Army épaulée par ses partenaires britanniques, canadiens et baltes et par ses sous-traitants « civils » s’est employée à externaliser la guerre. Elle a restructuré l’armée ukrainienne et elle a cherché à faire de chaque habitant un « résistant-combattant ».

Dans le Donbass, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont construit une sorte de ligne Maginot bardées de capteurs électroniques, qui a opposé une redoutable défense décentralisée aux forces russes, appuyée sur les multiples flux d’informations dont ils disposaient grâce aux réseaux numériques US.

Les États-Unis ont réalisé en effet un maillage numérique de l'Ukraine grâce à la mise à disposition par Elon Musk de la constellation satellitaire Starlink qui a transformé les smartphones civils ukrainiens en terminaux militaires en détournant leurs applications. Ainsi l’application Diia utilisée à l’origine pour numériser les documents officiels des Ukrainiens est utilisée depuis le début de la guerre pour géo localiser les postes de commandement russes en temps réel. Pour protéger leur toile numérique géante des cyberattaques russes, les États-Unis se reposent en outre sur leurs sociétés privées de cyber sécurité, à l'instar d'une filiale de Google à laquelle l'Ukraine a sous-traité la guerre numérique.

S'il parait évident que ce sont bien les États-Unis qui conduisent la guerre en Ukraine, il reste à convaincre l'opinion publique mondiale que c'est une guerre juste et gagnable, puis à convaincre l'opinion européenne que l'Europe doit en payer la facture, alors que l'on voit déjà que les États-Unis ont renoncé à en faire supporter le poids à l'Afrique lorsqu'ils ont accepté de mauvais gré les livraisons par bateau des céréales ukrainiennes et russes et que l'UE a accepté que la Hongrie continue de se fournir en gaz russe. 

En effet, il reste à savoir si la stratégie indirecte de Washington résistera à l'épreuve du temps. Au Donbass, sous le pilonnage de l'artillerie russe, les troupes ukrainiennes perdent des centaines d'hommes chaque jour, reculent, capitulent, désertent ou trahissent, comme ce général ukrainien qui, avant de passer à l'est, a livré deux de nos quinze Caesar aux Russes, un camouflet que n'ont pas encore osé révéler les médias français.

Mais si le front ukrainien finissait par craquer sous la pression de l'armée russe et de son artillerie, les États-Unis se risqueront-ils, pour laver l'affront, à engager directement les forces de l’Otan ?

 

Pourtant, qui croit que la Russie acceptera de se laisser vaincre ? Un match nul semblant la seule solution acceptable pour les deux parties, il reste donc à ce qu'elles acceptent d'en convenir le plus tôt possible pour le bien de l'Ukraine.

 

NB: une grande partie de la documentation utilisée dans ce billet provient des articles du spécialiste de la défense, Meriadec Raffray.

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LES PREMIÈRES SANCTIONS MASOCHISTES DE L'HISTOIRE

14 Juillet 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'EURO BAISSE, LE ROUBLE MONTE

L'EURO BAISSE, LE ROUBLE MONTE

Iran, Syrie Irak, Corée du Nord, Venezuela, Cuba et tout récemment Russie, les sanctions pleuvent. Solution miracle qui contraint les pays sanctionnés à plier devant le droit international ou solution de facilité qui cache un échec total?

 

Le système des sanctions ne date pas d'hier et ce ne sont pas les États-Unis qui l'ont inventé même s'ils l'utilisent jusqu'à plus soif. Car Machiavel écrivait déjà au XVe siècle : "Il vaut mieux triompher de son ennemi par la faim que par le fer" et, durant la Première Guerre Mondiale, les pays de la Triple-Entente avaient mis en place un embargo sévère à l'encontre de la Triple-Alliance, affaiblissant l'Empire allemand et provoquant des centaines de milliers de morts, selon les historiens.

Aujourd'hui, une sanction économique internationale consiste à faire pression sur un pays en tentant de le priver de ses ressources économiques dans le but (officiel) de le faire changer de comportement. Les sanctions deviennent ainsi une arme de substitution à la force militaire.

Au fond, il s'agit d'utiliser les sanctions pour faire la guerre à un pays sans effusion du sang, du moins visible, car les opinions publiques s'offusquent naturellement des horreurs de la guerre. C'est pourquoi Madeleine Albright, secrétaire d'État sous Bill Clinton, a été particulièrement imprudente lorsque, pour se défendre des crimes de guerre contre l'humanité dont on l'accusait en raison de son soutien aux sanctions internationales contre l'Irak qui auraient provoqué la mort de 500 000 enfants irakiens,  elle déclara que c'était une « décision difficile » mais qu'en définitive cela « en valait la peine"!

Les sanctions ont donc l'avantage d'être acceptables par l'opinion publique, ce qui a fait dire au Ministre des Finances, Bruno Lemaire, lorsque l'attaque de l'Ukraine par la Russie a débuté : "Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie", dans le but officiel de la gagner mais avec pour effet direct de punir les populations européennes, ce  qu'il n'avait apparemment pas envisagé.

Car peut-on  vraiment gagner une guerre en appliquant des sanctions? On cite toujours le cas de l'Afrique du Sud qui aurait renoncé à l'apartheid sous le poids des sanctions. Mais deux données spécifiques expliquent ce succès: tout d'abord, l'ensemble, ou très peu s'en faut, de la communauté internationale a respecté de stricts embargos dans les années 1970 et 1980 contre l'Afrique du Sud pour obtenir l'abolition des lois ségrégationnistes. Ensuite la classe dirigeante d'Afrique du Sud faisait partie de la classe dirigeante anglo-saxonne, elle ne pouvait donc pas se couper très longtemps de cette dernière, en raison de ses intérêts croisés et de sa culture.  

Mais l'Afrique du Sud reste le seul cas moderne du succès des sanctions. L'échec le plus célébré est certainement Cuba. Le 25 janvier 1962, toutes les relations, diplomatiques, commerciales et aériennes, ont été supprimées entre Cuba, les pays d'Amérique Latine et la plupart des alliés occidentaux des États-Unis. Cet embargo avait pour objectif de faire plier le régime de Fidel Castro, qui avait le double défaut d'être communiste et irrespectueux des droits de l'homme. Or le soutien sans faille de l'URSS à cet allié essentiel, l'adaptation de l'économie cubaine à l'embargo et l'essoufflement des sanctions expliquent que, soixante ans plus tard, le régime politique n'a toujours pas changé à Cuba.

Mais les sanctions, dont la France est également friande*, sont non seulement inefficaces mais parfaitement immorales, car les premières victimes en sont les populations civiles. Le cas de l'Irak est l'un des plus scandaleux, puisque l'embargo sur les médicaments a généré des centaines de milliers de morts, tandis que cet embargo sur les médicaments s'applique actuellement à l'Iran. La population civile de Syrie a, de son côté, subit une double peine, avec une décennie de guerre civile conclue par des sanctions économiques pour punir le régime syrien : c'est ainsi qu'aujourd'hui 14 millions de Syriens relèvent d'une aide humanitaire et que les défenseurs des droits de l'homme deviennent des bourreaux de l'humanité. En clair, tant qu'il n'y aura pas de vote contrôlé par les Nations Unies en Syrie, pas de médicaments pour les enfants syriens!

Il reste tout de même l'aspect symbolique des sanctions qui ont au minimum l'avantage de montrer à l'opinion publique mondiale que l'on ne peut pas violer impunément. Mais encore faut-il que les mêmes règles s'appliquent à tous. Or elles s'appliquent aujourd’hui à la Russie mais elles  ne se sont pas appliquées aux États-Unis et à leurs alliés lorsqu'ils ont attaqué la Serbie et détaché le Kosovo de son territoire national en 1999. Du coup le symbole de la sanction, au lieu d'être vue comme une juste punition internationale, offre l'image d'un vulgaire outil de puissance.

En matière de sanctions, on ne les avait encore jamais vu prendre une forme aussi baroque que contre la Russie. En effet, les sommets en matière de contre productivité des sanctions sont atteints puisqu'elles frappent plus une partie des pays qui appliquent les sanctions, l'Union Européenne et la Grande Bretagne, et les pays tiers, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud que le pays théoriquement visé, la Russie. Les Russes souffrent certes beaucoup de la vente à perte de Mc Donald a un concurrent russe car je ne suis pas sûr que la qualité des hamburgers n'en pâtisse pas (encore que), tandis que les Européens souffrent et souffriront fortement de la pénurie de gaz et de céréales.

S'y l'on y ajoute qu'une grande partie du monde, à commencer par la Chine et l'Inde, n'appliquent pas les sanctions occidentales, on voit une grande nouveauté apparaitre sur la scène des sanctions internationales, à savoir des sanctions que des pays s'appliquent à eux-mêmes, au premier rang desquels campe l'Allemagne.

 

Cela n'entre pas dans le champ d'analyse de ce billet, mais il reste donc à prévoir combien de temps les premières sanctions masochistes de l'histoire tiendront...

 

* La France n'est pas en reste en matière de sanctions qu'elle applique à 24 pays, militaires pour la Lybie, la Corée du Nord, le Zimbabwe, l'Iran, sectorielles pour le Venezuela, la Somalie, la Syrie, l'Irak, l'Iran, la Russie et la Corée du Nord. Il s'y ajoute les sanctions mises en place par l'UE.  

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LE SENS DE LA VIE PROFESSIONNELLE

14 Juin 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LE SENS DE LA VIE PROFESSIONNELLE

Je me souviens, mon père avait onze ou douze employés. La plupart d'entre eux le sont restés durant toute leur vie professionnelle. Cette époque est révolue.

 

Autrefois, il était suspect de changer sans cesse d’employeur, aujourd’hui, c’est l’inverse, rester dans la même entreprise toute sa vie est souvent inquiétant, dans la mesure où il révèlerait un manque d’ambition prohibitif.

Aujourd’hui, dans les rapports entre employés et employeurs, nous en sommes à la quête de sens. Lorsqu’un travail n’a plus de sens pour l’employé, soit parce qu’il estime n’être pas assez payé ou pas assez considéré, soit parce qu’il juge ses capacités sous-utilisées, il lui faut changer d’employeur. S’il ne le fait pas, c’est qu’il n’est ni courageux ni dynamique et il doit en assumer les conséquences, une vie professionnelle médiocre, et, comme le travail a tendance à prendre une importance considérable dans la vie actuelle, une vie ratée tout court.

Les névroses, la déprime guettent alors l’employé résigné à subir un travail qui ne lui correspond pas. Face à cette menace sur leur raison même de vivre, certains n’hésitent pas à changer radicalement de profession, donc de vie.

C’est ainsi que l’on voit assez souvent des cas comme celui d’Anaïs que j’ai rencontrée, cadre dans une banque, qui estimait elle-même avoir un travail interessant, bien payé, impliquant de nombreux voyages, mais qui se demandait quel sens cela avait vraiment. Aussi, lorsque son père se retrouva licencié de son entreprise et déprimé de ce fait, ils imaginèrent tous les deux, fille et père, une réponse commune au manque de sens du travail de la fille et à la perte d’emploi du père : ils ouvrirent une boulangerie qui fut un succès. Maintenant Anaïs sait pourquoi elle travaille, ses décisions ont un effet direct sur ses clients, sur son activité et sur ses revenus, mais elle omet de dire qu'elle travaille plus qu'à la banque, qu'elle a désormais de lourdes responsabilités et qu’elle ne sait pas ce qu’il adviendra lorsque son père s’arrêtera de travailler à ses côtés

Bien entendu, rien n’est réglé à long terme lorsque l’on trouve un travail qui a du sens. Il faudra que ce sens se maintienne tout au long de sa vie professionnelle et l’on ne saura jamais si l’on avait eu raison ou non de changer, car comme le dit si bien Sophocle, « ne proclamons heureux nul homme avant sa mort ».

Il reste que la question du « sens du travail » hante désormais l’esprit de nombre de personnes sommées de travailler tout en cherchant à optimiser le sens global de leur vie au travers de leur activité professionnelle accouplée à leur vie personnelle. Autrefois oui, mais aujourd'hui la société telle qu’elle fonctionne n’autorise personne à les contraindre à rester là où ils se trouvent, face à des choix tellement divers et finalement cornéliens.

Récemment, l’irruption du Covid a brutalement modifié les conditions de travail avec l’injonction de rester chez soi et de ne rencontrer personne à l'extérieur de chez soi. Après une période de sidération est venue celle de l’adaptation à la vie à la maison, avec la famille, la télé et Internet. En se rétrécissant, l’espace de vie a changé le sens de ce qui était auparavant perçu comme une situation normale. Pourquoi prendre le métro tous les matins ? Pourquoi faire une heure de route deux fois par jour ? Pourquoi aller au bureau ? Pourquoi chercher à habiter prés de son travail ? Le choc du retour au statu quo ante est apparu vide de sens. Pourquoi ne pas travailler à distance en restant chez soi ? Pourquoi ne pas quitter les grandes métropoles pour aller vivre à l’air pur ? Pourquoi ne pas changer de travail et, finalement, pourquoi travailler ? Le temps, dont les actifs ont soudain disposé pour réfléchir au sens de leurs activités lors de l’épisode du Covid, a remis en question leurs engagements antérieurs.

Dans le même mouvement, le rapport au travail a changé du fait de l’irruption du numérique : l’écran se substitue désormais aux relations personnelles, ce qui déshumanise la vie professionnelle et entraine plus de difficulté à se concentrer.

Ce changement s’accomplit alors que l’impératif d’agilité professionnelle éloigne l’entreprise de l’employé qui ressent pourtant le besoin de se sentir reconnu dans la durée. Au fond, rien n’a changé (tout ne change pas tout le temps) depuis que Simone Weil observait qu’il faudrait « non seulement que l’homme sache ce qu’il fait, mais si possible qu’il en perçoive l’usage, qu’il perçoive la nature modifiée par lui. Que pour chacun, son propre travail soit un objet de contemplation».

 

Or la contemplation du résultat de son travail sur un tableau Excel fait rarement rêver…

 

À SUIVRE

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VERS UNE GUERRE D'USURE EN UKRAINE

17 Mai 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

VERS UNE GUERRE D'USURE EN UKRAINE

Un engrenage, c’est ainsi qu’Henri Guaino décrit la guerre qui se déroule en Ukraine dans un point de vue* qui reprend la thèse séduisante qui avait à l’origine été développée par Christopher Clark pour la guerre de 1914**, mais je n’en crois rien.

 

Je n’en crois rien, car je ne crois pas que plus de lucidité de la part des acteurs mettra fin à la guerre. Bien sûr, je ne crois pas que ses acteurs soient en mesure d’évaluer les pertes qu’elle occasionnera jusqu’à son terme, mais je pense qu’ils savent très bien ce qu’ils veulent et ce qu’ils font afin de tirer avantage de la guerre, tandis qu’ils en déplorent officiellement les effets pour les populations qui la subissent.

Côté américain, suivi par les Européens, il s’agit d’obtenir la défaite de la Russie de Poutine, en agitant la menace de la domination sans limites de ce pays sur l’Europe, si par malheur il réussissait à vaincre ou même à obtenir une paix de compromis. C’est pourquoi les médias occidentaux insistent sur les crimes soviétiques, de manière à rendre tout arrangement impossible avec ces scélérats.

Côté russe, le déclenchement de la guerre et sa poursuite jusqu’à un compromis acceptable, visent à démontrer aux Occidentaux que la poursuite de l’encerclement jusqu’à l’étranglement est devenue contreproductif.

Donc, d’un côté, seule la victoire ukraino-occidentale permettra d’aboutir à la paix, de l’autre une victoire de compromis permettra de donner un coup d’arrêt à l’expansionnisme occidental. Mais si tout compromis est présenté comme une défaite côté occidental, on peut tout de suite en déduire, sans aller plus loin dans les motivations, les développements et les limites du conflit, que la recherche d’un accord entre les deux parties sera ardue, comme celui d’un accord entre Israéliens et Palestiniens.

Venons-en aux motivations respectives qui peuvent néanmoins nous éclairer sur la suite logique des évènements. Les États-Unis ont toutes les raisons d’être satisfaits du déclenchement de la guerre, comme de son déroulement jusqu’à ce jour. Ils ont toujours souhaité l’affaiblissement maximum de la Russie, puisqu’elle résiste à leurs visées hégémoniques : la Russie les a contré en Syrie et elle constitue un allié potentiel pour la Chine. Ils ont donc étendu autant qu’ils ont pu les frontières d’une Alliance Atlantique qui est devenue au fil des années une alliance anti-russe, et ils y ajoutent aujourd’hui la Finlande et la Suède, supposées inquiètes des visées russes.

Les États-Unis ont aussi organisé en Ukraine le coup d’état de Maïdan de 2014, qui a provoqué la perte de la Crimée et l’autonomie du Donbass, entrainant la constitution d’une Ukraine démographiquement dominée par la partie antirusse de sa population. Ils ont soigneusement labouré ce terrain, fournissant armes, instructions et même laboratoires bactériologiques. Tandis qu’ils rompaient systématiquement tous les accords stratégiques avec la Russie, ils signaient le 10 novembre 2021 un accord de partenariat stratégique avec l’Ukraine, dirigé explicitement contre la Russie et lui promettant l’entrée prochaine dans l’OTAN. La volonté des États-Unis de contrer la Russie est donc manifeste et constante, si bien que l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine est l’aboutissement espéré de l’ensemble de ces manœuvres longuement muries, le succès d’un piège qu’ils ont tendu aux Russes.

Partie prenante de ce conflit, les Européens sont clairement partagés.

La Pologne, quatre fois démembrée et partagée en trois siècles, la Lituanie annexée durant deux siècles par la Russie, la Finlande amputée en 1939 et tous les pays qui ont vécu un demi-siècle sous le joug soviétique, conservent la rancune du passé et la crainte d’un possible recommencement. Ils appuient sans réserve les visées ukraino-américaines.

L’Europe de l’Ouest n’a pas les mêmes frayeurs car elle ne voit pas comment les troupes russes pourraient s’aventurer jusqu’à Gibraltar. Seuls les Anglais, selon une logique anglo-saxonne qui les fait participer avec l’Australie et sous l’égide des États-Unis à l’alliance AUKUS contre la Chine, appuient sans réserve la stratégie étasunienne. Cela pourrait s’avérer un mauvais calcul, selon comment tourne le conflit actuel. En revanche, la France et, dans une moindre mesure l’Allemagne, ne souhaitent pas une défaite complète de la Russie.

Il existe enfin quelques pays, comme la Serbie hors de l’UE ou la Hongrie dans l’UE, qui penchent plus ou moins du côté russe. Il n’y a donc pas de volonté unitaire en Europe d’obtenir coûte que coûte une victoire humiliante contre la Russie, même si tout en donne l’impression aujourd’hui.

Les suites possibles des évènements sont liées aux différentes attentes des protagonistes du conflit. Côté russe, une fois constaté l’échec de la tentative de prendre le contrôle rapide de l’essentiel de l’Ukraine, qui était fondée sur l’hypothèse que le fragile pouvoir ukrainien s’effondrerait d’un coup, il s’agit désormais de s’emparer de l’est de l’Ukraine pour entamer ensuite des négociations qui devraient aboutir à conserver une partie du terrain conquis ainsi qu’à la reconnaissance de la souveraineté de la Russie sur la Crimée et à l’engagement de l’Ukraine de rester neutre.

Si le rapport de force obtenu par la Russie à l’issue de la campagne militaire actuelle ne s’est pas modifié en faveur de cette dernière, l’Ukraine refusera ces propositions et la Russie restera sur les positions acquises dans la mesure où l’Ukraine ne la contraindra pas à les modifier.

Côté ukrainien, au-delà d’une résistance énergique, je ne pense pas que l’Ukraine imagine, même avec les armements occidentaux, battre seule l’armée russe, reprendre l’intégralité de son territoire, se saisir de la Crimée et entrer en Russie jusqu’à ce que cette dernière demande l’armistice. Or, si elle veut gagner, il lui faudra battre l’armée russe. Les moyens de la battre existeront lorsque l’Otan tout entier entrera dans le conflit en envoyant des troupes qui déborderont l’armée russe, débouchant de Pologne, de Finlande ou de Roumanie. La guerre, déclarée ou non, prendra dés lors une autre dimension.

Si les Russes se trouvaient contraints de reculer, le risque existe qu’ils menacent d’une riposte nucléaire les pays dont les troupes pénétreraient en Russie, après un premier usage de missiles nucléaires tactiques sur le front ouvert par les Occidentaux. Le degré suivant consisterait à effectuer une attaque nucléaire contre un pays de l’OTAN, la Grande-Bretagne étant la plus menacée car elle est à la fois en pointe dans l’hostilité à la Russie et elle constituerait un ultime avertissement avant un échange nucléaire avec les États-Unis. À ce niveau du conflit, je le répète parce que peu d’analystes ont intégré cette donnée dans leurs analyses de la situation stratégique, les alliés de l’OTAN et les États-Unis eux-mêmes sont en situation de vulnérabilité par rapport aux missiles hypersoniques russes qui peuvent les atteindre sans que leur défense anti-missile puisse s’y opposer.

Je subodore donc que les États-Unis ne souhaitent pas engager leur survie pour contraindre la Russie à céder. Par conséquent, après la probable conquête totale du Donbass par l’armée russe, qui ne semble d’ailleurs pas s’effectuer facilement, les Ukrainiens refuseront sans doute de négocier à cette étape, mais la question se pose de prévoir si les États-Unis, véritables ordonnateurs de la stratégie ukrainienne, pousseront jusqu’à l’affrontement total entre l’Otan et la Russie ou s’ils se contenteront d’une guerre de basse intensité pour continuer à affaiblir la Russie sans courir de risques excessifs ?

 

Compte tenu de leurs objectifs et des craintes européennes, je ne doute pas qu’ils opteront pour la seconde solution.

*Ukraine : nous marchons vers la guerre comme des somnambules, Le Figaro, 13 mai 2022

** Christopher Clark, Les somnambules, été 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre.

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LA RÉPONSE RUSSE À L'HUBRIS ÉTATSUNIEN

25 Mars 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

MIG 31 PORTANT UN MISSILE KINJAL

MIG 31 PORTANT UN MISSILE KINJAL

Le 13 mai 2020, Il y a bientôt deux ans, je publiais un billet intitulé " Aux confins de la peur" dans lequel je présentais les différents vecteurs hypersoniques développés par la Russie. Voilà qu'elle vient de les utiliser pour la première fois.

 

Dans ce billet annonciateur, j'écrivais et je réécris en gras : " les États-Unis se trouvent pour la première fois de leur histoire dans une situation d’infériorité technologique face à la Russie sur le plan militaire."

Le message envoyé par Poutine aux États-Unis et à ses vassaux, Europe, monde anglo-saxon et Japon, avec la première utilisation dans un conflit d'un missile hypersonique est donc parfaitement clair : "vous n'avez pas les moyens de m'empêcher d'agir à ma guise et, comme vous pouvez le constater, je ne me gêne pas de le faire."

Les États-Unis n’ont toujours pas rattrapé leur retard sur la Russie relativement aux  missiles hypersoniques et ils ne sont donc plus en mesure ni de se protéger d'une attaque russe, conventionnelle ou atomique, par ces missiles, ni, à fortiori, de protéger leurs alliés.    

Si vous en doutez par habitude, observez l’attitude très prudente d’Israël et de la Turquie, théoriquement alliés aux États-Unis, sans compter, à l’exception du Japon, les positions des pays asiatiques et africains. Bien sûr, les États-Unis déplacent la nature de leur confrontation avec la Russie du niveau militaire, où ils en sont réduits à faire des discours et à livrer du matériel susceptible d'alimenter une guérilla comme en Syrie, à l'aspect économique sous forme de "sanctions" qui sont des armes boomerang tant elles ont des effets négatifs sur l'Europe et tant elles contribuent à réorganiser le commerce mondial à leur propre détriment. L'histoire du Blocus Continental ne leur a rien appris.

Comment les États-Unis se sont-ils engagés dans cette impasse ? Auparavant, l’équilibre de la terreur était fondé sur les accords Saltdevenus ensuite les accords Start, qui fixaient un nombre maximum de bombardiers, de missiles et d’ogives pour les deux signataires et sur le traité ABM qui interdisait les défenses contre les missiles balistiques adverses, sauf sur un seul site. Mais la disparition de l’URSS et les progrès de la défense contre les missiles changèrent la donne, alors que l’ensemble des rapports de force, économiques, militaires et stratégiques évoluaient en la défaveur de la Russie. 

Conscients de la faiblesse de leur position, les Russes essayèrent en vain de se rapprocher des États-Unis jusqu’à ce que l’abandon du traité ABM par Georges W. Bush en 2002, les réveille : tandis que l’Otan accueillait toujours plus de nouveaux membres en Europe de l’Est, Poutine préparait la riposte. 

Il annonça dès 2004 que, si les États-Unis poursuivaient l’encerclement de la Russie par des systèmes ABM pour la neutraliser, il développerait des systèmes d’armes hypersoniques et de haute précision qui rendraient impuissants tout système ABM.

Avec suffisance, les experts étasuniens jugèrent que c’était pure rodomontade de la part des Russes puisque les États-Unis estimaient qu’il leur faudrait pour leur part plusieurs décennies pour y parvenir ; dès lors, comment les Russes pourraient-ils progresser technologiquement plus vite que les États-Unis, le phare du monde ? Proprement impensable. Ici apparait l’hubris qui rend aveugle et qui poussa les experts à recommander l’encerclement de la Russie par un réseau de missiles antimissiles qui la réduirait à l’impuissance. 

Ils se trompaient. 

L'équilibre en faveur des États-Unis a été officiellement rompu le 1er mars 2018, lorsque, devant la réunion des deux chambres du Parlement russe, Vladimir Poutine a déclaré : « À ceux qui, au cours des quinze dernières années, ont essayé d’accélérer la course aux armements et de rechercher un avantage unilatéral contre la Russie, je dirai ceci : tout ce que vous avez essayé d’empêcher a fini par se produire. Personne n’a réussi à contenir la Russie. »

Naturellement, le gouvernement américain nia, et nie toujours, le sérieux de la menace et la presse française unanime le suivit à l’époque en minimisant, à l’aide de guillemets ironiques l’annonce de Poutine sur ces armes « invincibles » ou même « soi-disant invincibles ». Ces dénégations étaient naturellement destinées à endormir les opinions publiques des pays de l’Otan, mais ce déni semble avoir aussi touché leurs dirigeants qui viennent à peine de se réveiller avec l’invasion de l'Ukraine.

Or, il est un fait avéré, observé, vérifié, que depuis quatre ans déjà, la Russie a commencé à équiper ses forces d’une nouvelle génération d’armements qui lui procure progressivement un avantage stratégique croissant face aux États-Unis. Cette génération comprend déjà quatre composantes, deux autres étant en préparation :

  • Le missile hypersonique Kinjal (Dague) qui atteint une vitesse de mach 10 tout en changeant de trajectoire et qui est doté d’ogives conventionnelles ou nucléaires lancé depuis un chasseur, avec une portée d’au moins deux mille kilomètres. Ces missiles sont en service dans les forces aérospatiales russes depuis 2018 et ont été récemment utilisés en Ukraine.
  • Le planeur hypersonique Avangard, sans limite de portée (sic) capable de dépasser mach 20, tout en changeant de cap et d’altitude, avec une charge nucléaire de deux mégatonnes.  Les deux premiers engins ont été mis en service en janvier 2020. 
  • Le missile intercontinental lourd Sarmat de plus de 200 tonnes, sans restriction de portée, qui peut être équipé d’ogives nucléaires mises sur orbites et dotées de vecteurs hypersoniques. Il serait entré en service depuis 2020 ou 2021.
  • Le drone sous-marin à propulsion nucléaire Poseidon, capable d’atteindre les côtes américaines sans être détecté en transportant une charge nucléaire. Sa vitesse serait de 200 nœuds dans l’eau, et sa charge le rendrait capable de déclencher, par exemple sur les côtes californiennes, un tsunami de 100 mètres de haut sur plusieurs dizaines de kilomètres et son rayon d’action est de l’ordre de dix mille kilomètres, à mille mètres de profondeur. Il doit être mis en service à l'été 2022. 

Si la Russie décidait d’utiliser ses armes hypersoniques, aucune défense ne pourrait la contrer, ni en Europe ni aux États-Unis où l’énorme système de défense ABM est désormais obsolète. En revanche, les États-Unis (pas plus la France bien sûr) ne seraient certains de toucher la Russie avec leurs missiles périmés. Il est donc plus que temps de prendre conscience des conséquences en terme stratégique de la vulnérabilité militaire des États-Unis et de leurs alliés, en particulier européens, et inversement de reconnaitre que la Russie est devenue militairement quasi invulnérable, au moins pour quelques années.

 

Alors que la Russie semble aujourd’hui s’embourber dans le conflit ukrainien sur le terrain, cette aventure militaire signe un changement d'équilibre stratégique en sa faveur, démontré par sa liberté d’action. Il faut donc en tenir compte dans les négociations de paix, en reconnaissant, même si c’est difficile à admettre, que les exigences de la Russie ne peuvent pas être traitées avec mépris.

 

À SUIVRE 

 

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UKRAINE, LAISSER POURRIR OU NÉGOCIER

18 Mars 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

UKRAINE, LAISSER POURRIR OU NÉGOCIER

La situation est désormais assez claire. L'Ukraine subit aujourd'hui une pression militaire permanente des armées russes qui avancent progressivement vers de nouvelles villes, sans chercher à les prendre de vive force pour l'instant.

 

Les Européens, accompagnés cyniquement par les Américains, protestent vivement contre l'invasion russe, prennent des sanctions économiques et livrent des armes.

Pour comprendre la suite des évènements, on peut largement s'inspirer de ceux de Syrie parce qu’ils révèlent le modèle d'action russe, la réponse occidentale et les conséquences de la combinaison des deux . En Syrie, les Russes ont utilisé leur supériorité aérienne pour traquer les rebelles et des troupes au sol avec de l’artillerie et des missiles longue portée pour réduire à merci les troupes retranchées dans les villes, comme Alep.

Les Américains et les Européens ont violemment critiqué Bachar El Assad (« il ne mérite pas de vivre » disait Fabius) mais ont progressivement cessé de soutenir les rebelles syriens, dont la cause leur a paru perdu dès lors que les troupes russes étaient entrées en action. Il s’y est ajouté les interventions turque, iranienne et israélienne qui ont contribué à brouiller le jeu stratégique.

Le résultat pour la Syrie, après onze ans de guerre, a été de faire fuir du pays plusieurs millions de Syriens sur une population originelle de 22 millions, de détruire la majeure partie de ses infrastructures qu’il faut désormais reconstruire et que les Occidentaux, vindicatifs, refusent de financer.

Ce processus est à comparer avec la situation ukrainienne d’aujourd’hui et ses prolongations possibles. L’offensive russe semble plus lente que prévue, avec des lacunes aériennes et des échecs locaux. Personne ne peut cependant compter sur une défaite de l’armée russe face à la résistance ukrainienne mais plutôt sur l'enlisement du conflit, ce qui laisse prévoir un affrontement de longue durée.

Côté Américain et Européen, on compte sur le poids des sanctions économiques et du soutien à la résistance ukrainienne pour affaiblir la résolution de Poutine, mais personne ne croit que ces mesures suffiront à entrainer la défaite de la Russie. Pour se consoler, l’opinion publique se met à faire des hypothèses sur l’état mental de Poutine ou sur la révolte des populations russes qui permettrait de renverser le régime. Mais personne non plus ne se risque, pour le moment, à recommander une intervention immédiate des armées européennes et à fortiori américaine, intervention américaine que Biden a exclu d’avance, pour mettre en échec l’armée russe.

On retrouve donc le schéma syrien avec des réfugiés par millions, une économie ukrainienne détruite, auquel s’ajoute, dans le cadre du conflit ukrainien, une économie russe en grande difficulté et une économie européenne déprimée.

Puisque la Russie a fait le choix d’attaquer, c’est au tour de l’Europe de faire désormais son choix, car les États-Unis semblent s’accommoder d’un conflit long.  Puisque l’Europe condamne fermement l’attaque russe et qu’elle soutient l’Ukraine tout en se refusant à une confrontation militaire directe, il lui faut accepter un long affaiblissement de son économie et une crise sociale, ainsi que la destruction de l’économie ukrainienne et la fuite d’une bonne partie de sa population vers l’Europe.

En résumé, il s’agit d’accepter un résultat catastrophique pour l’Europe « de l’Atlantique à l’Oural » sur une période de plusieurs années.

D’évidence, deux autres décisions s’offrent aux décideurs européens :

  • Faire la guerre à la Russie, en acceptant les risques de la confrontation. On s’achemine lentement vers ce choix qui deviendra de plus en plus probable avec le prolongement du conflit dans le temps et la succession d’incidents plus ou moins contrôlés qu’il va générer.
  • Négocier avec Poutine, en acceptant de lui faire des concessions. On sent bien que les Américains sont contre toute concession à la Russie au travers du pilotage des négociateurs ukrainiens. Surtout, l’on sent bien que plus la guerre durera, plus les griefs s’accumuleront et plus la recherche d’un compromis sera ardue. Mais il s’agit certainement pour l'Ukraine, la Russie et l’Europe de l’option la moins coûteuse des trois.

 

Les jours qui viennent sont donc particulièrement cruciaux pour notre avenir à tous, Ukrainiens, Russes et Européens. Il ne nous reste plus qu’à espérer que le courage et la raison inspirent les dirigeants européens et qu’ils soient en mesure d’influer sur le cours des négociations !

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L'EUROPE AMPUTÉE

9 Mars 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'EUROPE AMPUTÉE

Il est fascinant d'entendre les commentaires des médias sur la guerre en Ukraine destinés à endormir une opinion publique qui ne demande qu'à s'indigner, tandis que ces vaines passions sont aux antipodes du destin qui nous attend.

 

Je comprends que les dirigeants politiques accordent leur priorité à cacher la vérité à leur population qui est celle de leur impuissance, puisqu'il leur faut la cacher à l’aide de rodomontades coûteuses.

J'entends les objections. La première est celle de l'efficacité à terme des représailles économiques en cours contre la Russie. Or, ces représailles ont toujours démontré leur inefficacité dans le passé et ce n'est pas aujourd'hui, alors que la Chine soutient la Russie, qu'elles pourraient avoir le moindre effet.

Lorsque les commentateurs essaient de nous faire croire que ces sanctions vont entrainer la chute de Poutine, ils nous trompent. Vous avez devant les yeux le résultat des sanctions que pratiquent avec obstination les États-Unis suivis servilement par leurs puissances vassales, contre Cuba, la Corée, l’Iran ou le Venezuela, et j'en passe. Elles n’ont servi qu’à martyriser les populations de ces pays, jamais à renverser leurs régimes.  

Au contraire, ces représailles économiques contribuent à accroitre le ressentiment de la Russie, tout en ajoutant aux difficultés de l'Europe. Il suffit de songer aux effets de la raréfaction du gaz ou du blé sur l'économie européenne. Il est vrai que j'oublie les effets dévastateurs sur le moral de sa population de l'exclusion de la Russie du Concours Eurovision de la Chanson...

La seconde objection, plus sérieuse en apparence, est celle de l'existence de l'OTAN à laquelle nous appartenons et qui nous protège. J'entends même certains, amoureux forcenés des paradoxes, soutenir que l'OTAN sort renforcée de la guerre en Ukraine.

Mais, en pratique, l'OTAN observe l'invasion de l'Ukraine l'arme au pied. Il y a des risques d'incidents, mais aucun pays européen n'a ni les moyens ni la volonté de faire la guerre à la Russie. Quant aux États-Unis, tous leurs objectifs sont déjà atteints puisqu’ils ont séparé la Russie de l'Europe. Reste à éviter, de leur point de vue, que la Russie ne se rapproche par trop de la Chine.

Mais au regard des considérations précédentes, la conséquence la plus importante à long terme de la guerre d’Ukraine est que l'Europe de l'Ouest vient de s'amputer de sa partie est.

Il est vrai que l’Europe voulait furieusement cette coupure depuis 1989, une fois récupérés en son sein, les ex-pays de l’Est à l’exception de la Russie.

En effet, on a observé en plusieurs occasions, malgré les efforts de la Russie pour se rapprocher de l’Europe, que cette dernière faisait tout pour la repousser du pied. Pensez au mépris européen pour le régime politique russe. Regardez le nain Hollande annuler la vente de deux porte-hélicoptères. Observez surtout l’insistance avec laquelle l’OTAN, qui n’est qu’une alliance anti-russe lorsqu’elle ne sert pas de supplétif aux États-Unis en Afghanistan, a cherché obstinément à fédérer tous les pays voisins de la Russie contre cette dernière.

Maintenant, l’Europe a ce qu’elle veut, la reconstitution du rideau de fer, mais cette fois de son fait et plus à l'est, ce qui lui permet de se séparer de la Russie avec toute la bonne conscience nécessaire.

Mais, bonne conscience ou pas, cette coupure reste un crime stratégique, d’autant plus qu’elle n’isolera pas la Russie. La Chine, l’Inde, l’Iran, nombre de pays asiatiques, africains et sud-américains ne manqueront pas de faire appel à la Russie lorsqu’ils voudront faire échec au bloc américano-européen.

Certes, la Russie y perdra un certain nombre d’avantages, mais l’Europe y gagnera quoi ? Ne voit-on pas que seuls les Américains et les Chinois sont les gagnants de ce conflit ?

À ce stade, au delà de Poutine et Zelensky, la Russie et l’Ukraine restant nos voisins, comment ne pas voir que tous nos efforts, en Europe, devraient être fait pour recoller les morceaux plutôt que de les consacrer à pulvériser toutes les possibilités d’entente au nom de la morale ?

 

Mais aujourd’hui, je crains fort qu’il faille beaucoup de temps pour retrouver le chemin de l’entente avec la Russie, une entente qu’on lui a si longtemps refusée qu’elle la piétine désormais avec rage sur le malheureux sol de l’Ukraine…

 

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LA GUERRE D'UKRAINE N'AURA PAS LIEU

27 Février 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LA GUERRE D'UKRAINE N'AURA PAS LIEU

Même les plus ahuris de nos concitoyens ont pris conscience que Poutine avait donné l'ordre, le 24 février 2022, d'envahir l'Ukraine pour la remettre au pas. À la suite de cet évènement, ce peut être, ou ne pas être, l'occasion de remettre nos idées en place.

 

Les médias s'emploient avec ferveur à nous fournir une lecture convenable des évènements: Poutine est fou, les Ukrainiens résistent et nous avons pris des sanctions qui vont faire trés mal à la population russe qui se retournera  immanquablement contre le dictateur.

Il s'agit de nous rassurer en nous disant que ce qui est en train de se passer en Ukraine n'est pas normal et que nous allons revenir, après un temps plus ou moins long de crise, à la situation antérieure. Merci de chercher à nous rassurer, mais cette lecture de la "crise ukrainienne" me parait totalement irréaliste.

Il s'agit au contraire d'un basculement d'une situation dans laquelle nous somnolions tranquillement vers un état de veille nettement moins confortable.

Nous dormions, lorsque nous pensions mollement que Poutine n'oserait jamais attaquer toute l'Ukraine, au plus un petit bout du Donbass. Je le pensais moi-même, y compris lorsque j'entendais la CIA nous annoncer une attaque imminente : ces crétins de la CIA, ai-je ricané ! Poutine ne le fera jamais, parce que c'est trop risqué...Je me trompais.

Pourtant, je savais que Poutine avait fortement perfectionné son outil militaire, y compris en développant des armes hypersoniques qu'il est le seul à posséder à ce jour. Le 3 mai 2020*, dans un billet intitulé "Aux confins de la peur" j'écrivais, entre autres, ceci, en gras déjà: "Les États-Unis se trouvent pour la première fois de leur histoire dans une situation d’infériorité technologique face à la Russie sur le plan militaire."

Et je concluais en notant que "sans même imaginer que l’on ne puisse jamais utiliser de telles armes, les conséquences de leur seule existence sont à venir, en termes de rapports de force et donc d’alliances, dont on voit les prémisses au Moyen-Orient."

On les voyait en effet, ces prémisses, en Syrie.

Mais je n'avais pas su tirer les conséquences de ce que j'écrivais il y a bientôt deux ans, à savoir que la Russie avait les moyens militaires d'agir à sa guise, d'autant plus qu'elle possédait désormais la deuxième armée conventionnelle du monde, derrière les USA, mais devant la Chine, l'Inde et la France.

En revanche, il ne m'avait pas échappé que les Russes en général, et Poutine en particulier, avaient fortement été humiliés par les évènements qui ont suivi la chute de l'URSS, fin 1991, l'époque de Gorbatchev et d'Eltsine, la profonde détresse du peuple soviétique, les pensions payées en monnaie de singe, la famine et la Russie bafouée par les États-Unis qui n'ont jamais respecté leur engagement de ne pas étendre l'OTAN aux frontières de la Russie.

J'ai observé aussi comment ce mépris de la Russie s'est traduit par le bombardement de la Serbie, jusqu'à ce que cette dernière consente, exsangue, au détachement par la force du Kosovo qui était à la fois une partie de son territoire et le lieu fondateur de son identité. Mais ce fut aussi accorder à Poutine un permis d'intervenir militairement où il le souhaitait, en Syrie, en Géorgie et maintenant en Ukraine.

J'ai observé comment les Russes ont continuellement été traités avec un mépris condescendant, en premier lieu par les Britanniques. Ils ont été successivement accusés d'être des tricheurs, avec leur exclusion pour dopage dans les compétitions sportives internationales, des assassins au travers de troubles accusations d'empoisonnement, des usurpateurs du fait du rôle des oligarques. La Russie n'était qu'un vulgaire fournisseur de gaz, dont le PIB, guère plus élevé que celui de l'Italie, ne lui donnait pas la parole sur la scène mondiale.  

En Ukraine, j'ai observé comment les Occidentaux ont organisé sans aucune gêne un coup d'état en 2014**, avec la complicité active de Laurent Fabius, accompagné par les Ministres des affaires étrangères allemand et polonais qui ont persuadé le Président Ianoukovytch de céder à l'opposition. Cette dernière l'accusait de résister à l'UE qui voulait le contraindre à renoncer à un traité d'amitié avec la Russie. Face à l'émeute fortement soutenue par les Européens et les Américains, il fut contraint de fuir en Russie avant d'être illégalement destitué.  

J'ai observé comment l'Ukraine, dirigée depuis 2014 par des gouvernements pro-occidentaux, a mené une bataille permanente sur le front du Donbass où elle a mobilisé jusqu'à cent mille hommes, coupé l'eau à la Crimée depuis 2014, signé les accords de Minsk le 5 septembre 2014*** puis refusé obstinément de les appliquer, ces accords prévoyant notamment un cessez-le-feu, une zone démilitarisée sur la ligne de contact et un dialogue pour la création d'un statut spécial relatif aux régions en conflit de Donetsk et de Lougansk.

J'ai observé comment les parties prenantes européennes, France et Allemagne, n'ont fait aucun effort pour que ces accords soient appliqués par l'Ukraine.  La conclusion de mon billet était la suivante : "Il reste encore à stabiliser le pays en le dotant d’un pouvoir politique légitime et d’un accord de bon voisinage avec la Russie. Un autre régime donc."

 

À la suite de tous ces évènements, nous voici arrivés à une guerre et à ses conséquences, qui restent à comprendre.  

* Dans un billet intitulé "Aux confins de la peur"

** Voir mon billet "Coup d'État à Kiev" du 24 février 2014

*** Voir mon billet "L'Ukraine au bord du Rubicon" du 19 février 2017

À SUIVRE 

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