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Le blog d'André Boyer

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LE SENS DE LA VIE PROFESSIONNELLE

14 Juin 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LE SENS DE LA VIE PROFESSIONNELLE

Je me souviens, mon père avait onze ou douze employés. La plupart d'entre eux le sont restés durant toute leur vie professionnelle. Cette époque est révolue.

 

Autrefois, il était suspect de changer sans cesse d’employeur, aujourd’hui, c’est l’inverse, rester dans la même entreprise toute sa vie est souvent inquiétant, dans la mesure où il révèlerait un manque d’ambition prohibitif.

Aujourd’hui, dans les rapports entre employés et employeurs, nous en sommes à la quête de sens. Lorsqu’un travail n’a plus de sens pour l’employé, soit parce qu’il estime n’être pas assez payé ou pas assez considéré, soit parce qu’il juge ses capacités sous-utilisées, il lui faut changer d’employeur. S’il ne le fait pas, c’est qu’il n’est ni courageux ni dynamique et il doit en assumer les conséquences, une vie professionnelle médiocre, et, comme le travail a tendance à prendre une importance considérable dans la vie actuelle, une vie ratée tout court.

Les névroses, la déprime guettent alors l’employé résigné à subir un travail qui ne lui correspond pas. Face à cette menace sur leur raison même de vivre, certains n’hésitent pas à changer radicalement de profession, donc de vie.

C’est ainsi que l’on voit assez souvent des cas comme celui d’Anaïs que j’ai rencontrée, cadre dans une banque, qui estimait elle-même avoir un travail interessant, bien payé, impliquant de nombreux voyages, mais qui se demandait quel sens cela avait vraiment. Aussi, lorsque son père se retrouva licencié de son entreprise et déprimé de ce fait, ils imaginèrent tous les deux, fille et père, une réponse commune au manque de sens du travail de la fille et à la perte d’emploi du père : ils ouvrirent une boulangerie qui fut un succès. Maintenant Anaïs sait pourquoi elle travaille, ses décisions ont un effet direct sur ses clients, sur son activité et sur ses revenus, mais elle omet de dire qu'elle travaille plus qu'à la banque, qu'elle a désormais de lourdes responsabilités et qu’elle ne sait pas ce qu’il adviendra lorsque son père s’arrêtera de travailler à ses côtés

Bien entendu, rien n’est réglé à long terme lorsque l’on trouve un travail qui a du sens. Il faudra que ce sens se maintienne tout au long de sa vie professionnelle et l’on ne saura jamais si l’on avait eu raison ou non de changer, car comme le dit si bien Sophocle, « ne proclamons heureux nul homme avant sa mort ».

Il reste que la question du « sens du travail » hante désormais l’esprit de nombre de personnes sommées de travailler tout en cherchant à optimiser le sens global de leur vie au travers de leur activité professionnelle accouplée à leur vie personnelle. Autrefois oui, mais aujourd'hui la société telle qu’elle fonctionne n’autorise personne à les contraindre à rester là où ils se trouvent, face à des choix tellement divers et finalement cornéliens.

Récemment, l’irruption du Covid a brutalement modifié les conditions de travail avec l’injonction de rester chez soi et de ne rencontrer personne à l'extérieur de chez soi. Après une période de sidération est venue celle de l’adaptation à la vie à la maison, avec la famille, la télé et Internet. En se rétrécissant, l’espace de vie a changé le sens de ce qui était auparavant perçu comme une situation normale. Pourquoi prendre le métro tous les matins ? Pourquoi faire une heure de route deux fois par jour ? Pourquoi aller au bureau ? Pourquoi chercher à habiter prés de son travail ? Le choc du retour au statu quo ante est apparu vide de sens. Pourquoi ne pas travailler à distance en restant chez soi ? Pourquoi ne pas quitter les grandes métropoles pour aller vivre à l’air pur ? Pourquoi ne pas changer de travail et, finalement, pourquoi travailler ? Le temps, dont les actifs ont soudain disposé pour réfléchir au sens de leurs activités lors de l’épisode du Covid, a remis en question leurs engagements antérieurs.

Dans le même mouvement, le rapport au travail a changé du fait de l’irruption du numérique : l’écran se substitue désormais aux relations personnelles, ce qui déshumanise la vie professionnelle et entraine plus de difficulté à se concentrer.

Ce changement s’accomplit alors que l’impératif d’agilité professionnelle éloigne l’entreprise de l’employé qui ressent pourtant le besoin de se sentir reconnu dans la durée. Au fond, rien n’a changé (tout ne change pas tout le temps) depuis que Simone Weil observait qu’il faudrait « non seulement que l’homme sache ce qu’il fait, mais si possible qu’il en perçoive l’usage, qu’il perçoive la nature modifiée par lui. Que pour chacun, son propre travail soit un objet de contemplation».

 

Or la contemplation du résultat de son travail sur un tableau Excel fait rarement rêver…

 

À SUIVRE

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VERS UNE GUERRE D'USURE EN UKRAINE

17 Mai 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

VERS UNE GUERRE D'USURE EN UKRAINE

Un engrenage, c’est ainsi qu’Henri Guaino décrit la guerre qui se déroule en Ukraine dans un point de vue* qui reprend la thèse séduisante qui avait à l’origine été développée par Christopher Clark pour la guerre de 1914**, mais je n’en crois rien.

 

Je n’en crois rien, car je ne crois pas que plus de lucidité de la part des acteurs mettra fin à la guerre. Bien sûr, je ne crois pas que ses acteurs soient en mesure d’évaluer les pertes qu’elle occasionnera jusqu’à son terme, mais je pense qu’ils savent très bien ce qu’ils veulent et ce qu’ils font afin de tirer avantage de la guerre, tandis qu’ils en déplorent officiellement les effets pour les populations qui la subissent.

Côté américain, suivi par les Européens, il s’agit d’obtenir la défaite de la Russie de Poutine, en agitant la menace de la domination sans limites de ce pays sur l’Europe, si par malheur il réussissait à vaincre ou même à obtenir une paix de compromis. C’est pourquoi les médias occidentaux insistent sur les crimes soviétiques, de manière à rendre tout arrangement impossible avec ces scélérats.

Côté russe, le déclenchement de la guerre et sa poursuite jusqu’à un compromis acceptable, visent à démontrer aux Occidentaux que la poursuite de l’encerclement jusqu’à l’étranglement est devenue contreproductif.

Donc, d’un côté, seule la victoire ukraino-occidentale permettra d’aboutir à la paix, de l’autre une victoire de compromis permettra de donner un coup d’arrêt à l’expansionnisme occidental. Mais si tout compromis est présenté comme une défaite côté occidental, on peut tout de suite en déduire, sans aller plus loin dans les motivations, les développements et les limites du conflit, que la recherche d’un accord entre les deux parties sera ardue, comme celui d’un accord entre Israéliens et Palestiniens.

Venons-en aux motivations respectives qui peuvent néanmoins nous éclairer sur la suite logique des évènements. Les États-Unis ont toutes les raisons d’être satisfaits du déclenchement de la guerre, comme de son déroulement jusqu’à ce jour. Ils ont toujours souhaité l’affaiblissement maximum de la Russie, puisqu’elle résiste à leurs visées hégémoniques : la Russie les a contré en Syrie et elle constitue un allié potentiel pour la Chine. Ils ont donc étendu autant qu’ils ont pu les frontières d’une Alliance Atlantique qui est devenue au fil des années une alliance anti-russe, et ils y ajoutent aujourd’hui la Finlande et la Suède, supposées inquiètes des visées russes.

Les États-Unis ont aussi organisé en Ukraine le coup d’état de Maïdan de 2014, qui a provoqué la perte de la Crimée et l’autonomie du Donbass, entrainant la constitution d’une Ukraine démographiquement dominée par la partie antirusse de sa population. Ils ont soigneusement labouré ce terrain, fournissant armes, instructions et même laboratoires bactériologiques. Tandis qu’ils rompaient systématiquement tous les accords stratégiques avec la Russie, ils signaient le 10 novembre 2021 un accord de partenariat stratégique avec l’Ukraine, dirigé explicitement contre la Russie et lui promettant l’entrée prochaine dans l’OTAN. La volonté des États-Unis de contrer la Russie est donc manifeste et constante, si bien que l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine est l’aboutissement espéré de l’ensemble de ces manœuvres longuement muries, le succès d’un piège qu’ils ont tendu aux Russes.

Partie prenante de ce conflit, les Européens sont clairement partagés.

La Pologne, quatre fois démembrée et partagée en trois siècles, la Lituanie annexée durant deux siècles par la Russie, la Finlande amputée en 1939 et tous les pays qui ont vécu un demi-siècle sous le joug soviétique, conservent la rancune du passé et la crainte d’un possible recommencement. Ils appuient sans réserve les visées ukraino-américaines.

L’Europe de l’Ouest n’a pas les mêmes frayeurs car elle ne voit pas comment les troupes russes pourraient s’aventurer jusqu’à Gibraltar. Seuls les Anglais, selon une logique anglo-saxonne qui les fait participer avec l’Australie et sous l’égide des États-Unis à l’alliance AUKUS contre la Chine, appuient sans réserve la stratégie étasunienne. Cela pourrait s’avérer un mauvais calcul, selon comment tourne le conflit actuel. En revanche, la France et, dans une moindre mesure l’Allemagne, ne souhaitent pas une défaite complète de la Russie.

Il existe enfin quelques pays, comme la Serbie hors de l’UE ou la Hongrie dans l’UE, qui penchent plus ou moins du côté russe. Il n’y a donc pas de volonté unitaire en Europe d’obtenir coûte que coûte une victoire humiliante contre la Russie, même si tout en donne l’impression aujourd’hui.

Les suites possibles des évènements sont liées aux différentes attentes des protagonistes du conflit. Côté russe, une fois constaté l’échec de la tentative de prendre le contrôle rapide de l’essentiel de l’Ukraine, qui était fondée sur l’hypothèse que le fragile pouvoir ukrainien s’effondrerait d’un coup, il s’agit désormais de s’emparer de l’est de l’Ukraine pour entamer ensuite des négociations qui devraient aboutir à conserver une partie du terrain conquis ainsi qu’à la reconnaissance de la souveraineté de la Russie sur la Crimée et à l’engagement de l’Ukraine de rester neutre.

Si le rapport de force obtenu par la Russie à l’issue de la campagne militaire actuelle ne s’est pas modifié en faveur de cette dernière, l’Ukraine refusera ces propositions et la Russie restera sur les positions acquises dans la mesure où l’Ukraine ne la contraindra pas à les modifier.

Côté ukrainien, au-delà d’une résistance énergique, je ne pense pas que l’Ukraine imagine, même avec les armements occidentaux, battre seule l’armée russe, reprendre l’intégralité de son territoire, se saisir de la Crimée et entrer en Russie jusqu’à ce que cette dernière demande l’armistice. Or, si elle veut gagner, il lui faudra battre l’armée russe. Les moyens de la battre existeront lorsque l’Otan tout entier entrera dans le conflit en envoyant des troupes qui déborderont l’armée russe, débouchant de Pologne, de Finlande ou de Roumanie. La guerre, déclarée ou non, prendra dés lors une autre dimension.

Si les Russes se trouvaient contraints de reculer, le risque existe qu’ils menacent d’une riposte nucléaire les pays dont les troupes pénétreraient en Russie, après un premier usage de missiles nucléaires tactiques sur le front ouvert par les Occidentaux. Le degré suivant consisterait à effectuer une attaque nucléaire contre un pays de l’OTAN, la Grande-Bretagne étant la plus menacée car elle est à la fois en pointe dans l’hostilité à la Russie et elle constituerait un ultime avertissement avant un échange nucléaire avec les États-Unis. À ce niveau du conflit, je le répète parce que peu d’analystes ont intégré cette donnée dans leurs analyses de la situation stratégique, les alliés de l’OTAN et les États-Unis eux-mêmes sont en situation de vulnérabilité par rapport aux missiles hypersoniques russes qui peuvent les atteindre sans que leur défense anti-missile puisse s’y opposer.

Je subodore donc que les États-Unis ne souhaitent pas engager leur survie pour contraindre la Russie à céder. Par conséquent, après la probable conquête totale du Donbass par l’armée russe, qui ne semble d’ailleurs pas s’effectuer facilement, les Ukrainiens refuseront sans doute de négocier à cette étape, mais la question se pose de prévoir si les États-Unis, véritables ordonnateurs de la stratégie ukrainienne, pousseront jusqu’à l’affrontement total entre l’Otan et la Russie ou s’ils se contenteront d’une guerre de basse intensité pour continuer à affaiblir la Russie sans courir de risques excessifs ?

 

Compte tenu de leurs objectifs et des craintes européennes, je ne doute pas qu’ils opteront pour la seconde solution.

*Ukraine : nous marchons vers la guerre comme des somnambules, Le Figaro, 13 mai 2022

** Christopher Clark, Les somnambules, été 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre.

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LA RÉPONSE RUSSE À L'HUBRIS ÉTATSUNIEN

25 Mars 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

MIG 31 PORTANT UN MISSILE KINJAL

MIG 31 PORTANT UN MISSILE KINJAL

Le 13 mai 2020, Il y a bientôt deux ans, je publiais un billet intitulé " Aux confins de la peur" dans lequel je présentais les différents vecteurs hypersoniques développés par la Russie. Voilà qu'elle vient de les utiliser pour la première fois.

 

Dans ce billet annonciateur, j'écrivais et je réécris en gras : " les États-Unis se trouvent pour la première fois de leur histoire dans une situation d’infériorité technologique face à la Russie sur le plan militaire."

Le message envoyé par Poutine aux États-Unis et à ses vassaux, Europe, monde anglo-saxon et Japon, avec la première utilisation dans un conflit d'un missile hypersonique est donc parfaitement clair : "vous n'avez pas les moyens de m'empêcher d'agir à ma guise et, comme vous pouvez le constater, je ne me gêne pas de le faire."

Les États-Unis n’ont toujours pas rattrapé leur retard sur la Russie relativement aux  missiles hypersoniques et ils ne sont donc plus en mesure ni de se protéger d'une attaque russe, conventionnelle ou atomique, par ces missiles, ni, à fortiori, de protéger leurs alliés.    

Si vous en doutez par habitude, observez l’attitude très prudente d’Israël et de la Turquie, théoriquement alliés aux États-Unis, sans compter, à l’exception du Japon, les positions des pays asiatiques et africains. Bien sûr, les États-Unis déplacent la nature de leur confrontation avec la Russie du niveau militaire, où ils en sont réduits à faire des discours et à livrer du matériel susceptible d'alimenter une guérilla comme en Syrie, à l'aspect économique sous forme de "sanctions" qui sont des armes boomerang tant elles ont des effets négatifs sur l'Europe et tant elles contribuent à réorganiser le commerce mondial à leur propre détriment. L'histoire du Blocus Continental ne leur a rien appris.

Comment les États-Unis se sont-ils engagés dans cette impasse ? Auparavant, l’équilibre de la terreur était fondé sur les accords Saltdevenus ensuite les accords Start, qui fixaient un nombre maximum de bombardiers, de missiles et d’ogives pour les deux signataires et sur le traité ABM qui interdisait les défenses contre les missiles balistiques adverses, sauf sur un seul site. Mais la disparition de l’URSS et les progrès de la défense contre les missiles changèrent la donne, alors que l’ensemble des rapports de force, économiques, militaires et stratégiques évoluaient en la défaveur de la Russie. 

Conscients de la faiblesse de leur position, les Russes essayèrent en vain de se rapprocher des États-Unis jusqu’à ce que l’abandon du traité ABM par Georges W. Bush en 2002, les réveille : tandis que l’Otan accueillait toujours plus de nouveaux membres en Europe de l’Est, Poutine préparait la riposte. 

Il annonça dès 2004 que, si les États-Unis poursuivaient l’encerclement de la Russie par des systèmes ABM pour la neutraliser, il développerait des systèmes d’armes hypersoniques et de haute précision qui rendraient impuissants tout système ABM.

Avec suffisance, les experts étasuniens jugèrent que c’était pure rodomontade de la part des Russes puisque les États-Unis estimaient qu’il leur faudrait pour leur part plusieurs décennies pour y parvenir ; dès lors, comment les Russes pourraient-ils progresser technologiquement plus vite que les États-Unis, le phare du monde ? Proprement impensable. Ici apparait l’hubris qui rend aveugle et qui poussa les experts à recommander l’encerclement de la Russie par un réseau de missiles antimissiles qui la réduirait à l’impuissance. 

Ils se trompaient. 

L'équilibre en faveur des États-Unis a été officiellement rompu le 1er mars 2018, lorsque, devant la réunion des deux chambres du Parlement russe, Vladimir Poutine a déclaré : « À ceux qui, au cours des quinze dernières années, ont essayé d’accélérer la course aux armements et de rechercher un avantage unilatéral contre la Russie, je dirai ceci : tout ce que vous avez essayé d’empêcher a fini par se produire. Personne n’a réussi à contenir la Russie. »

Naturellement, le gouvernement américain nia, et nie toujours, le sérieux de la menace et la presse française unanime le suivit à l’époque en minimisant, à l’aide de guillemets ironiques l’annonce de Poutine sur ces armes « invincibles » ou même « soi-disant invincibles ». Ces dénégations étaient naturellement destinées à endormir les opinions publiques des pays de l’Otan, mais ce déni semble avoir aussi touché leurs dirigeants qui viennent à peine de se réveiller avec l’invasion de l'Ukraine.

Or, il est un fait avéré, observé, vérifié, que depuis quatre ans déjà, la Russie a commencé à équiper ses forces d’une nouvelle génération d’armements qui lui procure progressivement un avantage stratégique croissant face aux États-Unis. Cette génération comprend déjà quatre composantes, deux autres étant en préparation :

  • Le missile hypersonique Kinjal (Dague) qui atteint une vitesse de mach 10 tout en changeant de trajectoire et qui est doté d’ogives conventionnelles ou nucléaires lancé depuis un chasseur, avec une portée d’au moins deux mille kilomètres. Ces missiles sont en service dans les forces aérospatiales russes depuis 2018 et ont été récemment utilisés en Ukraine.
  • Le planeur hypersonique Avangard, sans limite de portée (sic) capable de dépasser mach 20, tout en changeant de cap et d’altitude, avec une charge nucléaire de deux mégatonnes.  Les deux premiers engins ont été mis en service en janvier 2020. 
  • Le missile intercontinental lourd Sarmat de plus de 200 tonnes, sans restriction de portée, qui peut être équipé d’ogives nucléaires mises sur orbites et dotées de vecteurs hypersoniques. Il serait entré en service depuis 2020 ou 2021.
  • Le drone sous-marin à propulsion nucléaire Poseidon, capable d’atteindre les côtes américaines sans être détecté en transportant une charge nucléaire. Sa vitesse serait de 200 nœuds dans l’eau, et sa charge le rendrait capable de déclencher, par exemple sur les côtes californiennes, un tsunami de 100 mètres de haut sur plusieurs dizaines de kilomètres et son rayon d’action est de l’ordre de dix mille kilomètres, à mille mètres de profondeur. Il doit être mis en service à l'été 2022. 

Si la Russie décidait d’utiliser ses armes hypersoniques, aucune défense ne pourrait la contrer, ni en Europe ni aux États-Unis où l’énorme système de défense ABM est désormais obsolète. En revanche, les États-Unis (pas plus la France bien sûr) ne seraient certains de toucher la Russie avec leurs missiles périmés. Il est donc plus que temps de prendre conscience des conséquences en terme stratégique de la vulnérabilité militaire des États-Unis et de leurs alliés, en particulier européens, et inversement de reconnaitre que la Russie est devenue militairement quasi invulnérable, au moins pour quelques années.

 

Alors que la Russie semble aujourd’hui s’embourber dans le conflit ukrainien sur le terrain, cette aventure militaire signe un changement d'équilibre stratégique en sa faveur, démontré par sa liberté d’action. Il faut donc en tenir compte dans les négociations de paix, en reconnaissant, même si c’est difficile à admettre, que les exigences de la Russie ne peuvent pas être traitées avec mépris.

 

À SUIVRE 

 

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UKRAINE, LAISSER POURRIR OU NÉGOCIER

18 Mars 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

UKRAINE, LAISSER POURRIR OU NÉGOCIER

La situation est désormais assez claire. L'Ukraine subit aujourd'hui une pression militaire permanente des armées russes qui avancent progressivement vers de nouvelles villes, sans chercher à les prendre de vive force pour l'instant.

 

Les Européens, accompagnés cyniquement par les Américains, protestent vivement contre l'invasion russe, prennent des sanctions économiques et livrent des armes.

Pour comprendre la suite des évènements, on peut largement s'inspirer de ceux de Syrie parce qu’ils révèlent le modèle d'action russe, la réponse occidentale et les conséquences de la combinaison des deux . En Syrie, les Russes ont utilisé leur supériorité aérienne pour traquer les rebelles et des troupes au sol avec de l’artillerie et des missiles longue portée pour réduire à merci les troupes retranchées dans les villes, comme Alep.

Les Américains et les Européens ont violemment critiqué Bachar El Assad (« il ne mérite pas de vivre » disait Fabius) mais ont progressivement cessé de soutenir les rebelles syriens, dont la cause leur a paru perdu dès lors que les troupes russes étaient entrées en action. Il s’y est ajouté les interventions turque, iranienne et israélienne qui ont contribué à brouiller le jeu stratégique.

Le résultat pour la Syrie, après onze ans de guerre, a été de faire fuir du pays plusieurs millions de Syriens sur une population originelle de 22 millions, de détruire la majeure partie de ses infrastructures qu’il faut désormais reconstruire et que les Occidentaux, vindicatifs, refusent de financer.

Ce processus est à comparer avec la situation ukrainienne d’aujourd’hui et ses prolongations possibles. L’offensive russe semble plus lente que prévue, avec des lacunes aériennes et des échecs locaux. Personne ne peut cependant compter sur une défaite de l’armée russe face à la résistance ukrainienne mais plutôt sur l'enlisement du conflit, ce qui laisse prévoir un affrontement de longue durée.

Côté Américain et Européen, on compte sur le poids des sanctions économiques et du soutien à la résistance ukrainienne pour affaiblir la résolution de Poutine, mais personne ne croit que ces mesures suffiront à entrainer la défaite de la Russie. Pour se consoler, l’opinion publique se met à faire des hypothèses sur l’état mental de Poutine ou sur la révolte des populations russes qui permettrait de renverser le régime. Mais personne non plus ne se risque, pour le moment, à recommander une intervention immédiate des armées européennes et à fortiori américaine, intervention américaine que Biden a exclu d’avance, pour mettre en échec l’armée russe.

On retrouve donc le schéma syrien avec des réfugiés par millions, une économie ukrainienne détruite, auquel s’ajoute, dans le cadre du conflit ukrainien, une économie russe en grande difficulté et une économie européenne déprimée.

Puisque la Russie a fait le choix d’attaquer, c’est au tour de l’Europe de faire désormais son choix, car les États-Unis semblent s’accommoder d’un conflit long.  Puisque l’Europe condamne fermement l’attaque russe et qu’elle soutient l’Ukraine tout en se refusant à une confrontation militaire directe, il lui faut accepter un long affaiblissement de son économie et une crise sociale, ainsi que la destruction de l’économie ukrainienne et la fuite d’une bonne partie de sa population vers l’Europe.

En résumé, il s’agit d’accepter un résultat catastrophique pour l’Europe « de l’Atlantique à l’Oural » sur une période de plusieurs années.

D’évidence, deux autres décisions s’offrent aux décideurs européens :

  • Faire la guerre à la Russie, en acceptant les risques de la confrontation. On s’achemine lentement vers ce choix qui deviendra de plus en plus probable avec le prolongement du conflit dans le temps et la succession d’incidents plus ou moins contrôlés qu’il va générer.
  • Négocier avec Poutine, en acceptant de lui faire des concessions. On sent bien que les Américains sont contre toute concession à la Russie au travers du pilotage des négociateurs ukrainiens. Surtout, l’on sent bien que plus la guerre durera, plus les griefs s’accumuleront et plus la recherche d’un compromis sera ardue. Mais il s’agit certainement pour l'Ukraine, la Russie et l’Europe de l’option la moins coûteuse des trois.

 

Les jours qui viennent sont donc particulièrement cruciaux pour notre avenir à tous, Ukrainiens, Russes et Européens. Il ne nous reste plus qu’à espérer que le courage et la raison inspirent les dirigeants européens et qu’ils soient en mesure d’influer sur le cours des négociations !

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L'EUROPE AMPUTÉE

9 Mars 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'EUROPE AMPUTÉE

Il est fascinant d'entendre les commentaires des médias sur la guerre en Ukraine destinés à endormir une opinion publique qui ne demande qu'à s'indigner, tandis que ces vaines passions sont aux antipodes du destin qui nous attend.

 

Je comprends que les dirigeants politiques accordent leur priorité à cacher la vérité à leur population qui est celle de leur impuissance, puisqu'il leur faut la cacher à l’aide de rodomontades coûteuses.

J'entends les objections. La première est celle de l'efficacité à terme des représailles économiques en cours contre la Russie. Or, ces représailles ont toujours démontré leur inefficacité dans le passé et ce n'est pas aujourd'hui, alors que la Chine soutient la Russie, qu'elles pourraient avoir le moindre effet.

Lorsque les commentateurs essaient de nous faire croire que ces sanctions vont entrainer la chute de Poutine, ils nous trompent. Vous avez devant les yeux le résultat des sanctions que pratiquent avec obstination les États-Unis suivis servilement par leurs puissances vassales, contre Cuba, la Corée, l’Iran ou le Venezuela, et j'en passe. Elles n’ont servi qu’à martyriser les populations de ces pays, jamais à renverser leurs régimes.  

Au contraire, ces représailles économiques contribuent à accroitre le ressentiment de la Russie, tout en ajoutant aux difficultés de l'Europe. Il suffit de songer aux effets de la raréfaction du gaz ou du blé sur l'économie européenne. Il est vrai que j'oublie les effets dévastateurs sur le moral de sa population de l'exclusion de la Russie du Concours Eurovision de la Chanson...

La seconde objection, plus sérieuse en apparence, est celle de l'existence de l'OTAN à laquelle nous appartenons et qui nous protège. J'entends même certains, amoureux forcenés des paradoxes, soutenir que l'OTAN sort renforcée de la guerre en Ukraine.

Mais, en pratique, l'OTAN observe l'invasion de l'Ukraine l'arme au pied. Il y a des risques d'incidents, mais aucun pays européen n'a ni les moyens ni la volonté de faire la guerre à la Russie. Quant aux États-Unis, tous leurs objectifs sont déjà atteints puisqu’ils ont séparé la Russie de l'Europe. Reste à éviter, de leur point de vue, que la Russie ne se rapproche par trop de la Chine.

Mais au regard des considérations précédentes, la conséquence la plus importante à long terme de la guerre d’Ukraine est que l'Europe de l'Ouest vient de s'amputer de sa partie est.

Il est vrai que l’Europe voulait furieusement cette coupure depuis 1989, une fois récupérés en son sein, les ex-pays de l’Est à l’exception de la Russie.

En effet, on a observé en plusieurs occasions, malgré les efforts de la Russie pour se rapprocher de l’Europe, que cette dernière faisait tout pour la repousser du pied. Pensez au mépris européen pour le régime politique russe. Regardez le nain Hollande annuler la vente de deux porte-hélicoptères. Observez surtout l’insistance avec laquelle l’OTAN, qui n’est qu’une alliance anti-russe lorsqu’elle ne sert pas de supplétif aux États-Unis en Afghanistan, a cherché obstinément à fédérer tous les pays voisins de la Russie contre cette dernière.

Maintenant, l’Europe a ce qu’elle veut, la reconstitution du rideau de fer, mais cette fois de son fait et plus à l'est, ce qui lui permet de se séparer de la Russie avec toute la bonne conscience nécessaire.

Mais, bonne conscience ou pas, cette coupure reste un crime stratégique, d’autant plus qu’elle n’isolera pas la Russie. La Chine, l’Inde, l’Iran, nombre de pays asiatiques, africains et sud-américains ne manqueront pas de faire appel à la Russie lorsqu’ils voudront faire échec au bloc américano-européen.

Certes, la Russie y perdra un certain nombre d’avantages, mais l’Europe y gagnera quoi ? Ne voit-on pas que seuls les Américains et les Chinois sont les gagnants de ce conflit ?

À ce stade, au delà de Poutine et Zelensky, la Russie et l’Ukraine restant nos voisins, comment ne pas voir que tous nos efforts, en Europe, devraient être fait pour recoller les morceaux plutôt que de les consacrer à pulvériser toutes les possibilités d’entente au nom de la morale ?

 

Mais aujourd’hui, je crains fort qu’il faille beaucoup de temps pour retrouver le chemin de l’entente avec la Russie, une entente qu’on lui a si longtemps refusée qu’elle la piétine désormais avec rage sur le malheureux sol de l’Ukraine…

 

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LA GUERRE D'UKRAINE N'AURA PAS LIEU

27 Février 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LA GUERRE D'UKRAINE N'AURA PAS LIEU

Même les plus ahuris de nos concitoyens ont pris conscience que Poutine avait donné l'ordre, le 24 février 2022, d'envahir l'Ukraine pour la remettre au pas. À la suite de cet évènement, ce peut être, ou ne pas être, l'occasion de remettre nos idées en place.

 

Les médias s'emploient avec ferveur à nous fournir une lecture convenable des évènements: Poutine est fou, les Ukrainiens résistent et nous avons pris des sanctions qui vont faire trés mal à la population russe qui se retournera  immanquablement contre le dictateur.

Il s'agit de nous rassurer en nous disant que ce qui est en train de se passer en Ukraine n'est pas normal et que nous allons revenir, après un temps plus ou moins long de crise, à la situation antérieure. Merci de chercher à nous rassurer, mais cette lecture de la "crise ukrainienne" me parait totalement irréaliste.

Il s'agit au contraire d'un basculement d'une situation dans laquelle nous somnolions tranquillement vers un état de veille nettement moins confortable.

Nous dormions, lorsque nous pensions mollement que Poutine n'oserait jamais attaquer toute l'Ukraine, au plus un petit bout du Donbass. Je le pensais moi-même, y compris lorsque j'entendais la CIA nous annoncer une attaque imminente : ces crétins de la CIA, ai-je ricané ! Poutine ne le fera jamais, parce que c'est trop risqué...Je me trompais.

Pourtant, je savais que Poutine avait fortement perfectionné son outil militaire, y compris en développant des armes hypersoniques qu'il est le seul à posséder à ce jour. Le 3 mai 2020*, dans un billet intitulé "Aux confins de la peur" j'écrivais, entre autres, ceci, en gras déjà: "Les États-Unis se trouvent pour la première fois de leur histoire dans une situation d’infériorité technologique face à la Russie sur le plan militaire."

Et je concluais en notant que "sans même imaginer que l’on ne puisse jamais utiliser de telles armes, les conséquences de leur seule existence sont à venir, en termes de rapports de force et donc d’alliances, dont on voit les prémisses au Moyen-Orient."

On les voyait en effet, ces prémisses, en Syrie.

Mais je n'avais pas su tirer les conséquences de ce que j'écrivais il y a bientôt deux ans, à savoir que la Russie avait les moyens militaires d'agir à sa guise, d'autant plus qu'elle possédait désormais la deuxième armée conventionnelle du monde, derrière les USA, mais devant la Chine, l'Inde et la France.

En revanche, il ne m'avait pas échappé que les Russes en général, et Poutine en particulier, avaient fortement été humiliés par les évènements qui ont suivi la chute de l'URSS, fin 1991, l'époque de Gorbatchev et d'Eltsine, la profonde détresse du peuple soviétique, les pensions payées en monnaie de singe, la famine et la Russie bafouée par les États-Unis qui n'ont jamais respecté leur engagement de ne pas étendre l'OTAN aux frontières de la Russie.

J'ai observé aussi comment ce mépris de la Russie s'est traduit par le bombardement de la Serbie, jusqu'à ce que cette dernière consente, exsangue, au détachement par la force du Kosovo qui était à la fois une partie de son territoire et le lieu fondateur de son identité. Mais ce fut aussi accorder à Poutine un permis d'intervenir militairement où il le souhaitait, en Syrie, en Géorgie et maintenant en Ukraine.

J'ai observé comment les Russes ont continuellement été traités avec un mépris condescendant, en premier lieu par les Britanniques. Ils ont été successivement accusés d'être des tricheurs, avec leur exclusion pour dopage dans les compétitions sportives internationales, des assassins au travers de troubles accusations d'empoisonnement, des usurpateurs du fait du rôle des oligarques. La Russie n'était qu'un vulgaire fournisseur de gaz, dont le PIB, guère plus élevé que celui de l'Italie, ne lui donnait pas la parole sur la scène mondiale.  

En Ukraine, j'ai observé comment les Occidentaux ont organisé sans aucune gêne un coup d'état en 2014**, avec la complicité active de Laurent Fabius, accompagné par les Ministres des affaires étrangères allemand et polonais qui ont persuadé le Président Ianoukovytch de céder à l'opposition. Cette dernière l'accusait de résister à l'UE qui voulait le contraindre à renoncer à un traité d'amitié avec la Russie. Face à l'émeute fortement soutenue par les Européens et les Américains, il fut contraint de fuir en Russie avant d'être illégalement destitué.  

J'ai observé comment l'Ukraine, dirigée depuis 2014 par des gouvernements pro-occidentaux, a mené une bataille permanente sur le front du Donbass où elle a mobilisé jusqu'à cent mille hommes, coupé l'eau à la Crimée depuis 2014, signé les accords de Minsk le 5 septembre 2014*** puis refusé obstinément de les appliquer, ces accords prévoyant notamment un cessez-le-feu, une zone démilitarisée sur la ligne de contact et un dialogue pour la création d'un statut spécial relatif aux régions en conflit de Donetsk et de Lougansk.

J'ai observé comment les parties prenantes européennes, France et Allemagne, n'ont fait aucun effort pour que ces accords soient appliqués par l'Ukraine.  La conclusion de mon billet était la suivante : "Il reste encore à stabiliser le pays en le dotant d’un pouvoir politique légitime et d’un accord de bon voisinage avec la Russie. Un autre régime donc."

 

À la suite de tous ces évènements, nous voici arrivés à une guerre et à ses conséquences, qui restent à comprendre.  

* Dans un billet intitulé "Aux confins de la peur"

** Voir mon billet "Coup d'État à Kiev" du 24 février 2014

*** Voir mon billet "L'Ukraine au bord du Rubicon" du 19 février 2017

À SUIVRE 

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LA FRANCE, FUTUR REFUGE INDUSTRIEL

18 Février 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LA FRANCE, FUTUR REFUGE INDUSTRIEL

On ne peut pas croire que l’État français ait délibérement affaibli EDF, alors qu’il détient 83,27 % de ses actions, mais tout se passe comme s’il en était ainsi. L’explication réside sans doute dans les perspectives de très court terme de nos dirigeants politiques.

 

On peine à se convaincre qu’un homme politique intelligent, à la tête de l’État, ne soit pas en mesure de voir au-delà de l’horizon électoral. Mais comment expliquer autrement que l’on ferme la centrale nucléaire de Fessenheim le 29 juin 2020 pour annoncer aujourd’hui qu’il faudra prolonger autant que possible la durée de vie des réacteurs en service, créer six centrales nucléaires de plus d’ici 2050 et étudier en outre la création de huit autres centrales supplémentaires ? Comment expliquer autrement que l’État ait accepté qu’Alsthom vende 585 millions d'euros en 2015 à General Electric les turbines Arabelle pour centrales nucléaires pour les faire racheter par EDF 1,050 milliard d'euros en 2022 ?

Si ces faux pas ne s’expliquent pas par une vision à courte vue, quelle explication faut-il retenir ?

Dans ce billet, offrons-nous donc le luxe d’une vision à plus long terme. Nous possédons en effet un certain nombre de données qui permettent de dessiner des tendances pour le futur en matière d’énergie :

  • Tout d’abord, en matière de demande d’énergie, cette dernière ne peut que croitre, tant que la croissance démographique se poursuivra. Regardons par exemple la situation de l’Afrique où deux facteurs sont réunis pour la croissance de la demande électrique, la croissance de la population et son faible équipement électrique : une demande croissante d’énergie donc, en particulier pour l’énergie électrique.
  • L’offre d’énergie est susceptible d’augmenter, en produisant de l’énergie dite verte (éoliennes, hydroélectriques, biomasse), de l’énergie nucléaire relativement propre sauf en ce qui concerne les déchets, mais cela devrait s’améliorer avec les nouvelles centrales,  et en continuant à extraire du gaz, du pétrole et du charbon malgré leurs effets nocifs sur l’atmosphère. La question se pose de l’arbitrage entre les différents types d’offre énergétique, si l’on a le choix. Mais aura-t-on le choix ?
  • Le choix dépend d’une part de la pression sans doute forte exercée par la demande et d’autre part de la volonté de protéger l’environnement, qui sera plus ou moins diffuse selon les contraintes régionales et la capacité des décideurs politiques à résister à la pression de la demande. En Europe, la décision du gouvernement allemand de fermer ses centrales nucléaires et de ne pas en construire de nouvelles incite à l’utilisation d’autres sources d’énergie comme les énergies propres et le gaz, mais aussi à limiter la consommation énergétique, si les États et l’Union Européenne parviennent à l’imposer. Cet arbitrage entre  la pression de la demande et la rareté choisie de l’énergie sera sans aucun doute porteur de tensions.
  • La décision de l’UE de modifier à marches forcées l’énergie utilisée par les automobiles illustre de manière exemplaire la stratégie choisie, qui est clairement une stratégie du choc. D’un côté, l’énergie électrique se fera rare en Europe, principalement en raison du choix allemand de se priver volontairement de l’énergie atomique, et d’un autre côté la demande de consommation électrique augmentera fortement du fait de la recharge des véhicules. Il y a donc une contradiction vigoureuse entre la politique énergétique de l’Allemagne et la demande d’électricité en Europe, à moins de vouloir provoquer une pénurie.
  • Pour échapper à cette pénurie apparemment voulue, l’intérêt de la France demande, par rapport à l’offre, de préserver ses capacités de production nucléaire et par rapport à la demande de cloisonner son marché intérieur par rapport au marché européen afin de vendre ses éventuels excédents d’énergie électrique à prix élevé aux consommateurs européens.

Il est ainsi paradoxal que l’Allemagne, pays industriel s’il en est, ait choisi du fait de la myopie de son gouvernement, de saborder les bases de son industrie, autrefois construite sur la grande disponibilité de son charbon, en la grevant aujourd’hui d’un coût énergétique insupportable : Bismarck aurait mené une politique inverse.

 

Que la France se rende donc indépendante du marché européen et ce sera pour elle l’opportunité, adossée sur ses cinquante-six centrales nucléaires, de récupérer son outil industriel. 

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EDF AMPUTÉ AU NOM DU PRINCIPE DE CONCURRENCE

12 Février 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

EDF AMPUTÉ AU NOM DU PRINCIPE DE CONCURRENCE

L’accès régulé à l’énergie nucléaire historique (ARENH) permet aux fournisseurs privés d’énergie d’avoir accès à une partie de la production d’électricité nucléaire d’EDF.

 

Voici ce qu'il s'est passé: dans les années 1970, à la suite des différents chocs pétroliers, les gouvernements successifs sous la présidence de Georges Pompidou et de Valery Giscard d’Estaing, ont décidé de développer un important réseau de centrales nucléaires afin d’obtenir l’indépendance de la France en matière de production d’électricité.

Ce réseau de centrales nucléaires, fort de 56 unités, fournit, par les soins d’EDF, environ les deux tiers de l’énergie électrique consommée en France. Mais la distribution de l’énergie électrique a progressivement évolué, car, en 1999, l’État a autorisé les entreprises consommant plus de 100 GWh (voir infra: lexique des abréviations) d’électricité à se fournir ailleurs qu’auprès d’EDF. Le marché de l’électricité s’ouvrait encore un peu plus à la concurrence en 2004, avec l’accès de cette électricité fournie par les concurrents d’EDF à tous les professionnels et aux collectivités, puis à tous les particuliers en 2007.

Tout se passait bien pour les concurrents d'EDF qui pouvaient acheter à bas prix de l’électricité fournie par les centrales à pétrole, à gaz et à charbon sur le marché européen. Peu importe alors la pollution, vive la concurrence qui permettait aux consommateurs d’obtenir des prix bas et aux fournisseurs de faire des profits !

La situation changea dès 2004 lorsque les prix du pétrole remontèrent, ce qui fit perdre toute compétitivité aux concurrents d’EDF. Les industriels, clients des concurrents d’EDF, voulurent alors revenir à ses doux tarifs verts, mais le droit européen l’interdisait pour une raison incompréhensible, si ce n’est celle de porter atteinte au pouvoir monopolistique d’EDF.

Pour aider les industriels, l’Assemblée nationale et le Sénat votèrent en 2006 une loi permettant aux industriels d’acheter l’électricité à un tarif un peu plus élevé que le tarif vert, le TaRTAM (Tarif Réglementé Transitoire d’Ajustement du Marché). Mais la Commission européenne s’y opposa et engagea une procédure contre la France en juin 2007, car, selon elle, ce système faussait le jeu de la concurrence, en clair favorisait EDF.

Pour satisfaire la Commission Européenne, le gouvernement Fillon demanda en 2008 à une commission, la Commission Champsaur, de plancher sur des solutions qui ne mettent pas en danger la production nucléaire française. Cette dernière remit en 2009 son rapport à Jean Louis Borloo, ministre de l’Écologie et Christine Lagarde, alors ministre de l’Économie. Ce rapport proposa l’instauration d’un accès « régulé » à l’énergie nucléaire et hydraulique d’EDF pour ses concurrents, qui bénéficiaient ainsi, sans contrepartie à ma connaissance, des investissements de l’État.

Ce rapport donna lieu à la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l'Électricité) supposée être au bénéfice du consommateur, qui entra en vigueur le 1er juillet 2011. `

Cette loi NOME permet aux consommateurs de revenir à tout moment aux tarifs réglementés d’EDF, encore que cette possibilité ait depuis disparu. Elle oblige aussi les autres fournisseurs d’électricité à disposer de capacités auprès d’un ou plusieurs producteurs et elle offre aux concurrents d’EDF un Accès Régulé à l’Énergie Nucléaire Historique (ARENH) aux conditions équivalentes à celles dont dispose EDF, pour la période 2011 à 2025.

Dans le cadre de l’ARENH, EDF est donc contraint de céder tous les ans à ses concurrents, à prix coûtant, 100 TWh d’électricité nucléaire sur les 360 TWh qu’il produit annuellement à partir des centrales nucléaires. Ce prix est actuellement fixé par la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) à 42 €/MWh.

Pour obtenir une augmentation de ce prix après 2025, EDF est en train de marchander avec la Commission Européenne. En échange d’une augmentation du prix dans le cadre de l’ARENH, EDF est prêt à se scinder en deux EDF, un « EDF Bleu », nationalisé à 100% centré en majorité sur les activités nucléaires et un « EDF Vert » partiellement privatisé et en charge du développement des énergies renouvelables. Les salariés d’EDF y sont opposés et la Commission européenne, hostile à EDF, y est bien sûr favorable.

Voici quelle était la situation du marché de l’électricité en France, ignorée de 99% de ses utilisateurs, lorsque, patatras, les prix du marché européen de l’électricité se sont mis à flamber. Si l’on avait maintenu les règles de la loi NOME, les concurrents forcés de s’approvisionner en partie sur le marché libre auraient disparu.

Qu’a donc fait le gouvernement pour sauver les concurrents d’EDF ? Il a découvert qu’il avait le droit d’augmenter le volume d’électricité distribué à prix coutant par EDF et l’a fait passer de 100 à 120 TWh, soit 40% de la production d’EDF bradée à un prix légèrement augmenté, de 42 à 46,2 Euros par MWh, entre le 1er avril et le 31 décembre 2022. En clair, cela signifie qu’EDF achète son énergie électrique manquante à un prix variable à chaque instant et qui peut atteindre 300 euros par mégawatt pour le revendre à 46,2 euros et qu’il perd dans l’affaire environ 7 milliards d’euros dans l’année pour subventionner ses concurrents.

 

Derrière la mise en danger d’EDF dont nous analyserons la logique, se pose la question de la capacité de la France à disposer d’une énergie suffisante et la question de son coût, dans le contexte de la politique de l'UE et des diverses politiques énergétiques nationales développées en Europe.

 

Lexique:

un mégawatt-heure (MWh) = 1 000 kWh

un gigawatt-heure (GWh) = 1 000 MWh = 1 000 000 kWh 

un térawatt-heure (TWh) = 1 000 GWh = 1 000 000 MWh = 1 000 000 000 kWh

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LE PRIX DU GAZ ASPHYXIE EDF

3 Février 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

CARGO GAZIER CHINOIS

CARGO GAZIER CHINOIS

Si les prix de l’énergie ont monté en Europe, cela s’explique par un triple effet conjoncturel, la réouverture des économies après les fermetures imposées par l'épidémie de coronavirus qui ont fait bondir les prix du pétrole, du gaz et corrélativement de l'électricité, la traditionnelle montée de la consommation d’énergie en hiver et, plus particulièrement en Europe ainsi qu’une série d’évènements accidentels qui ont réduit l’offre.

 

Que s’est-il passé fin décembre 2021 ? Le gaz européen de référence a bondi au-dessus de 180 euros le mégawattheure le 21 décembre, contre 20 euros environ au début de l’année.

On nous explique que cette tension sur le prix du gaz en Europe résulte de flux de gaz norvégiens inférieurs à la moyenne en raison de travaux de maintenance de ses champs géants et de la limitation des approvisionnements en provenance de la Russie qui reconstitue ses propres stocks. Face à cette pénurie de gaz, la Russie affirme qu’elle est en mesure d’exporter à l’avenir des volumes record de gaz vers l'Europe.
En attendant, en janvier 2022, les stocks de gaz en Europe ont été les plus bas jamais enregistrés pour cette période de l'année, alors que la Chine, qui est de loin le plus grand consommateur d'énergie du monde, ordonnait aux entreprises publiques de sécuriser leurs approvisionnements à tout prix.

Les fournisseurs européens de gaz ont dû acheter plus cher les cargaisons de gaz liquéfié pour les empêcher de partir en Asie, tandis que l’on s’inquiétait des retards dans la certification du gazoduc Nord Stream 2 joignant la Russie et l’Allemagne sous la mer Baltique et des risques stratégiques autour de la crise ukrainienne.

Or, comme les centrales au charbon avaient été fermées pour cause de pollution, il ne restait plus en Europe, et surtout en Allemagne et en Europe du Nord, que le gaz et les énergies renouvelables pour produire de l’électricité, en dehors des centrales nucléaires. Le prix européen de l’électricité était donc à la merci du prix du gaz, comme il pourra l’être demain de l’intensité du vent.

C’est alors que le gouvernement français, qui s’était placé lui-même dans la situation de faire dépendre le prix de l’électricité en France du marché énergétique européen, s’est affolé. Il craint les répercussions économiques, sociales et politiques d’une hausse brutale du prix du gaz et de l’électricité et pour y faire face à court terme, il a demandé à EDF de vendre davantage d’électricité à bas prix à ses concurrents afin de limiter la hausse du prix de vente de l’électricité à 4% en 2022.

Pourquoi cette obligation d’EDF ? Parce que, depuis l'ouverture du marché de l'électricité, EDF doit vendre une partie de son électricité aux autres fournisseurs à un prix fixé à 42 euros le megawatt-heure. Cette quantité d'électricité à prix fixe est limitée à 100 TWh (Térawattheures), ce qui oblige aujourd’hui ces fournisseurs à aller acheter l'électricité supplémentaire sur le marché européen à un prix qui est de 250 euros le megawatt-heure, alors qu’auparavant ils l’achetaient au-dessous du prix de 42 euros le megawatt-heure qui était offert par EDF.

Or les prix flambent depuis plusieurs semaines, risquant de faire disparaitre les concurrents d’EDF et pour les sauver autant que pour limiter la hausse des prix de l’électricité aux consommateurs, l'Etat a contraint EDF à vendre 20% d’électricité en plus à prix cassés, ventes qui porteront désormais sur 120 TWh au lieu de 100 TWh, en vertu du mécanisme appelé ARENH  (Accés régulé à l'électricité nucléaire historique), soit plus du tiers de la production française d'EDF.

Bien sûr, cela va couter en 2022 à EDF 6 à 7 milliards d’Euros, ce qui sera autant de moins disponible pour ses investissements, que ce soit dans les énergies renouvelables ou dans le nucléaire, d’où les protestations bien compréhensibles de son personnel unanime.

 

Mais quelle est la logique de ce mécanisme ARENH qui oblige EDF à vendre de l’électricité à bas prix à ses concurrents ?  

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CRISE ÉNERGÉTIQUE DANS LE MONDE

28 Janvier 2022 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

CRISE ÉNERGÉTIQUE DANS LE MONDE

L’augmentation soudaine du prix des différentes sources d’énergie en Europe résulte de la croissance de la demande dans le monde, mais également de règles spécifiques à l’Europe.

 

Fondamentalement, l’augmentation de la demande d’énergie est tirée par celle de la population mondiale, un milliard d’êtres humains de plus dans les dix prochaines années. Cette augmentation engendre des effets négatifs sur la qualité de vie de ces êtres humains, du fait de la détérioration de l’environnement et de la raréfaction de l’offre qui se traduit par la hausse des prix ou par le rationnement. Se pose dès lors la question de la répartition de la rareté de l’offre énergétique dans le monde.  

Pour analyser la situation actuelle, il faut pouvoir la situer comme un moment de rupture ou au contraire comme une période d’évolution dans le cadre de l’histoire de l’énergie utilisée au cours du temps par les sociétés humaines.

Depuis l'aube de la révolution industrielle, on a observé que la croissance économique et la demande d'énergie étaient liées. Le sont-elles toujours ? Certains veulent croire que non, estimant que les économies d’énergie seront à la fois nécessaires pour l’environnement et bénéfiques pour la croissance, mais rien ne laisse croire qu’il en sera ainsi pour les quelques dizaines d’années à venir.

En 1800, le combustible de choix était la biomasse, typiquement le bois des arbres abattus du fait des phénomènes naturels et des hommes. L’offre, tirée par la demande, augmentait, mais assez peu, de l’ordre de 1 % par an. Puis, au tournant du XXe siècle, la demande d'énergie s’est accrue rapidement. De 1900 à 1950, on se souvient que les chevaux ont cédé la place aux voitures, les lampes à huile à l'éclairage électrique et les glacières aux réfrigérateurs, toutes ces évolutions et d’autres doublant la demande d'énergie primaire.

Bien sûr, la biomasse ne suffisait plus à répondre à la demande d’énergie, mais l’on savait depuis le XIXe siècle y ajouter les combustibles fossiles, le charbon suivi du pétrole. L’énergie électrique, utilisée de plus en plus largement à partir des centrales à charbon et au fuel, comme des barrages hydro-électriques qui étaient des sources d’énergie sans impact sur les gaz à effet de serre quoique traumatisante pour les habitats et les paysages.

La poursuite de  l’accroissement mondial du niveau de vie, améliorant l’éclairage, multipliant les automobiles, renforçant le chauffage et la climatisation,  proposant toujours plus d’usages liés à Internet, a entrainé la nécessité de consommer toujours plus de charbon et de pétrole, d’installer toujours plus de barrages hydro-électriques et d’y ajouter des centrales au gaz et des centrales nucléaires, ces dernières suscitant la crainte de risques catastrophiques provoqués par leurs éventuels dysfonctionnements et par une pollution à très long terme de l’environnement du fait de leurs déchets.

Progressivement, alors que la découverte de toujours plus de gisements pétroliers et gaziers faisait baisser le prix de l’énergie, encourageant sa consommation et décourageant la recherche sur les énergies alternatives, qu’elles soient nucléaires ou renouvelables, on s’est avisé progressivement durant le demi-siècle que l’utilisation du charbon, du pétrole et dans une moindre mesure du gaz polluait. On a alors commencé, plus ou moins timidement selon les régions, par produire à l’aide de panneaux solaires, dont le coût reste élevé du fait de leur processus de production et des éoliennes dont on découvre déjà les limites.

Pendant que cette prise de conscience écologique s’affirmait, la Chine ne trouvait rien de mieux que de faire bondir la croissance mondiale qui atteint désormais, hors crise du Covid, 4% par an, faisant corrélativement grimper la consommation d’énergie au même taux.

Nous en sommes là, en ce début 2022. L’énergie manque dans le monde. Les prix du pétrole, du gaz et donc de l’électricité montent. On sait, mais ce ne sera qu’une accalmie saisonnière, que l’arrivée du printemps devrait résorber provisoirement une partie de la demande, mais six mois plus tard, la demande retrouvera un niveau encore plus élevé qu’aujourd’hui. 

 

En Europe, il n’y a pas de pénurie de produits énergétiques pour le moment, ce qui n'a pas empêché une brusque montée des prix, plus spectaculaire qu'ailleurs...

 

À SUIVRE

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