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  • : Le blog d'André Boyer
  • : Commenter les événements de l'actualité, tirer les leçons de l'histoire. Ne pas cesser de philosopher. Relater les expériences de ma vie.
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24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 16:32
CONSERVER L'HÉGÉMONIE MONDIALE

Dans l’effort permanent que livre le pouvoir et ses medias pour conditionner l’opinion, pas un jour ne passe sans une campagne ou une pique contre la Russie, la Chine, ou les deux à la fois si l’occasion se présente.  

 

Il est parfaitement clair que la Russie et Chine indisposent les États-Unis et la constellation de ses pays vassaux, dont la France.

À en croire les medias qui relaient la parole officielle, la Russie et la Chine seraient des menaces militaires pour les Etats-Unis et leurs « alliés ». Pourtant, on ne peut ignorer que les deux pays sont encerclés, Chine comme Russie, et que leurs forces militaires sont sur la défensive face à des forces de combat et des missiles de l’OTAN à la frontière de la Russie tandis que les bases et la marine de guerre états-uniennes enserrent la Chine.

En revanche, aucune base russe ou chinoise n’est implantée au Mexique ou au Canada. Il est vrai que la Russie a annexé la Crimée, annexion entérinée par un vote à 96,8 % de ses habitants tandis que l’on occulte le renversement par les États-Unis du président ukrainien élu pour livrer l’Ukraine à des extrémistes russophobes, menacer la Russie par le sud et fermer sa base navale de Sébastopol.

On accuse les deux pays de ne pas partager nos valeurs, comme si ces dernières devaient être automatiquement universelles. Cette tarte à la crème du réquisitoire sur les valeurs veut ignorer que la majorité du monde n’est pas occidentale et l’est de moins en moins pour des raisons bêtement démographiques, qu’elle n’est pas en devoir de l’être et que le prosélytisme au nom de la civilisation est un instrument de colonisation usé jusqu’à la corde.

En pratique, il s’agit de motifs utilisés pour s’ingérer dans les affaires intérieures d’autrui : imaginons les cris d’orfraie que pousseraient nos médias si la Russie et la Chine se mettaient à faire des tares des sociétés occidentales leur cheval de bataille.

Mais sur le fond, les relations internationales sont basées sur des réalités, le bruit connexe n’étant que spectacle, leurre et diversion pour occuper la galerie.

Le différend avec la Russie tient fondamentalement à son refus de l’uni polarité états-unienne et à l’exemple qu’elle donne au monde en défendant le principe de la souveraineté nationale. Le tort de la Chine est d’avoir une économie qui fait ombrage à celle des États-Unis et de constituer le pivot d’une mondialisation de substitution à la mondialisation américano-centrée. La Russie et la Chine sont vitupérées en vue d’empêcher d’autres pays de se rapprocher d’elles, selon leurs intérêts. Elles sont aussi coupables d’avoir un armement qui rend hasardeuse toute tentative de les soumettre par la force.

En somme,l’opposition à la Russie est géopolitique, celle à la Chine, géoéconomique. Le reste n’est que du vent.

Le monde a connu un scénario analogue avant 1914. Impérialisme dominant du XIXe siècle, la Grande-Bretagne se voyait concurrencée par l’Allemagne, nouvelle prétendante à la suprématie. Aussi le conflit principal de la Première Guerre mondiale réside t-il dans l’affrontement entre une puissance en déclin relatif et une autre en voie de la supplanter.

Le transfert des hégémonies est toujours douloureux. Il  s’effectue en fonction des capacités économiques et du verdict des armes. C’est ainsi que la Grande-Bretagne s’est imposée depuis le XVIIIe siècle aux dépens des Pays-Bas et de la France.

Tout en ayant des ressemblances avec celle de 1914, la configuration actuelle est différente. D’un côté, la Russie rend inatteignable l’hégémonie universelle pour les États-Unis, mais elle-même n’a pas les moyens de dominer le monde, comme pouvait les avoir l’Allemagne de 1914. D’un autre côté, la Chine a les attributs d’une puissance mondiale, mais elle n’a pas besoin de guerre pour réussir puisque son économie est sur une trajectoire qui y mène naturellement. Elle a plutôt intérêt à éviter les hostilités.

Il faut en conclure que les instigateurs d’un éventuel conflit seraient forcément états-uniens, comme leurs innombrables agressions verbales, économiques et militaires contre la Russie et la Chine le montrent clairement.  De plus, les Etats-Unis savent que le seul moyen de maintenir leur domination mondiale est militaire, puisque la dynamique historique leur est défavorable.

Va-t-on logiquement vers une guerre, voulue par les États-Unis et leurs vassaux, dont la France ? Oui, parce que les conditions géopolitiques sont réunies pour y conduire à brève échéance, mais nous ne savons pas quelle forme dominante elle prendra.

La guerre atomique généralisée est théoriquement impossible parce que les Russes et les Chinois sont en mesure de riposter et de détruire l’agresseur. D’un autre côté, si les Etats-Unis ne freinent pas la Chine, ils vont rapidement être réduits à l’impuissance. Leurs actions actuelles consistant à harceler la Russie et la Chine par des blocus, des campagnes de déstabilisations, des sanctions et de la désinformation n’ont  de sens que si elles se prolongent demain par l’emploi de moyens plus puissants, avec pour objectif final de détruire la puissance de la Chine.

Les militaires font toujours des plans. Ils ne vont pas s’attaquer aux deux pays ensemble. Ils vont certainement commencer par s’en prendre à la Russie. La destruction de l’Europe, et en particulier de l’Allemagne, concurrente des Etats-Unis et complice de la Chine, ne leur fait pas peur, s’ils obtiennent en échange la résipiscence de la Russie. Après cette première « victoire » qui montrerait à la Chine, jusqu’où les Etats-Unis sont capables d’aller, ils se tourneront vers le dernier protagoniste pour l’achever. C’est un plan possible, il y en a certainement d’autres, comme la guerre de l’espace par exemple.

Je n’écris pas ces lignes pour faire peur, mais tout simplement parce que cela me paraît une évidence, si vous acceptez le postulat que les Etats-Unis, dans la droite ligne de la Grande-Bretagne, n’accepteront jamais de céder leur leadership et si vous constatez, comme moi, qu’ils sont en train de le perdre.

Reste à examiner le rôle de la France. Tout la pousse aujourd’hui à n’être qu’un pion dans le jeu stratégique américain, mais sa situation politique est instable, elle pourrait bien sortir du jeu et imposer aux États-Unis une acceptation du déclin qu’ils subissent.

 

Or, pour des raisons culturelles et militaires, la France est le seul pays à garder ce pouvoir en Europe, comme elle a été la seule, dans d’autres conditions stratégiques, à imposer à la Grande-Bretagne la création des États-Unis. 

 

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3 avril 2021 6 03 /04 /avril /2021 15:19
VERS UNE MONDIALISATION DISTANCIELLE

La pandémie a fini par révéler un changement fondamental dans le processus de la mondialisation qu’il me semble temps de prendre en compte.

  

Il est certes difficile de prévoir ce qui va se passer à la fin de la crise de la Covid, encore que l’on commence à entrevoir qu’elle n’est pas près de s’achever et que le retour au statu quo ante relève de plus en plus du vœu pieu.

On peut s’intéresser aussi bien à l’aspect psychosociologique de la crise et ses effets sur les attitudes et les comportements qu’à ses aspects économiques avec ses risques de faillites ou à son influence sur l’éducation de nos enfants.

Mais il existe aussi un aspect international de la crise avec la disparition des citoyens du monde. Nous avons vu, dès les premières alertes début 2020, chacun rentrer dare-dare dans son pays. C’est que, du jour au lendemain, les touristes sont passés du statut d’heureux voyageurs nomades, célébrés en leur temps par Jacques Attali comme étant l’avenir (heureux) des Bobos, à celui d’étrangers indésirables.

Et ils n’ont pas l’air d’être près de revenir ces touristes qui étaient si bienvenus il y a une éternité, enfin presque, je veux écrire avant le début 2020 lorsque la mondialisation heureuse s’est évaporée dans l’air vicié par la Covid-2019.

Depuis, ces touristes sont tous redevenus des étrangers indésirables dès qu’ils s’aventurent hors du sol national. Prenez le cas de deux pays qui me sont chers, le Maroc et le Canada. Le premier adore les touristes, mais il ne peut pas accepter qu’ils importent l’épidémie de Covid chez lui, compte tenu de ses capacités hospitalières limitées. Alors du jour au lendemain, il vient de fermer ses lignes aériennes avec la France, sa principale liaison aérienne internationale. Désormais, comment voulez-vous vous rendre dans un pays dont vous ne connaissez pas la date à laquelle il vous permettra de revenir chez vous ? Adieu les touristes.  

Quant au Canada, depuis le 21 février 2021, son gouvernement a publié officiellement l’avis suivant sur le site Internet de son ambassade à Paris :

« Pour protéger les Canadiens contre la COVID-19, le premier ministre a annoncé des restrictions de voyage qui limitent les déplacements en direction du Canada. La plupart des ressortissants étrangers ne peuvent pas se rendre au Canada, même s’ils possèdent un visa de visiteur valide ou une autorisation de voyage électronique (AVE). Ces restrictions interdisent la majorité des voyages non essentiels (discrétionnaires) pour se rendre au Canada».

C’est clair : dehors les visiteurs étrangers.

Si vous croyez que toutes ces restrictions vont disparaitre du jour au lendemain lorsque tout le monde sera vacciné, vous risquez d’attendre longtemps, justement le temps qu’il faudra pour que tout le monde soit vacciné. Et il en faudra du temps, avec les retards, les rechutes, les variants du coronavirus, les mises à jour des vaccins, les rappels de vaccination et les contre-indications vaccinales.

Ce n’est pas de sitôt que le ciel international se révèlera d’un bleu profond, sans aucun nuage à l’horizon. D’autant plus que les nuages, loin de les ignorer comme autrefois, on les guettera pour prendre  des précautions nécessaires, souvent excessives, en commençant par bloquer le tourisme à coup de passeports vaccinatoires, de tests PCR voire de quelques petites quarantaines désespérantes.

Je n’ai mentionné que les obstacles au tourisme, mais il ne faut pas oublier l’impact à long terme sur les étudiants et les hommes d’affaires. Nous avions tous pris l’habitude d’envoyer nos étudiants dans tous les coins du monde apprendre une autre langue que ce maudit français, qu’ils ne connaissent plus trop d’ailleurs, afin qu’ils comprennent que leur avenir était le monde. Mais Erasmus, les accords entre universités, les séjours linguistiques, tout cela a volé en éclats.

Que l’on revienne au statu quo ante est de plus en plus improbable devant la réticence des universités à accueillir des étudiants de passage, soupçonnés d’apporter leur charge virale, d’autant plus que la parade est toute trouvée : vous êtes les bienvenus à condition de suivre les cours en distanciel. En d’autres termes, bienvenue à Los Angeles, ou même à Londres, à condition que vous suiviez nos cours de chez vous, dans la banlieue parisienne.

Adieu le dépaysement, adieu la découverte d'une autre manière de vivre, adieu L'Auberge Espagnole.

Quant aux hommes d’affaires, combien sont désormais prêts à affronter tous les obstacles bureaucratiques pour aller passer une semaine en Australie où ils risquent à tout moment d’être mis en quarantaine dans un hôtel, alors qu’il leur suffit d’allumer leur ordinateur au bureau pour contacter leurs interlocuteurs ?

 

Le monde n’a pas disparu avec la Covid-2019, mais ce sera désormais bien difficile de le toucher du doigt ou de s’y immerger. Il restera à le regarder au fond des yeux, derrière notre ordinateur.

 

Oui, elle réapparaitra à l’écran la mondialisation, hors de portée de nos sens. Se cachant, elle nous intéressera de moins en moins comme de vulgaires séries de Netflix, elle ne sera bientôt plus à la mode avant de disparaître derrière nos écrans éteints et sa déchéance nous obligera enfin à regarder autour de nous, de tous nos sens…

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19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 17:13
LES AMÉRICAINS CHERCHENT À DÉSTABILISER LA FRANCE

Il serait temps que chacun prenne enfin conscience que le système français est radicalement différent du système américain et que le second ne fera jamais disparaitre le premier.

 

L’opposition entre les deux systèmes a resurgi récemment avec des attaques de la presse américaine contre la société française, par l’entremise du New York Times et du Washington Post à propos de l’affaire Samuel Paty. Ces attaques viennent d’être renforcées par l’instrumentation de l’affaire Traoré dans Times Magazine.

La couverture de l'assassinat de Samuel Paty par le New York Times et le Washington Post a suscité, et c’est tant mieux, beaucoup d'indignation en France, car la réaction des intellectuels comme celle de Jacques Attali, un ami des États-Unis, envoyant un tweet « Shame on you, New York Times !!! » a montré à tous la forte volonté de résistance de la société française

De fait, l’article du New York Times, paru au soir du 16 octobre, quelques heures après l'assassinat de Samuel Paty était titré d'un étrange « French Police Shoot and Kill Man After a Fatal Knife Attack on the Street » qui présentait l’affaire comme si la question centrale était celle d’une supposée bavure policière, alors que le fait majeur était, de façon aveuglante pour l’opinion française, qu’un professeur de collège avait été décapité pour avoir blasphémé, selon la conception « religieuse » de l’assassin. 

Grâce à ce titre, le New York Times confirmait son hostilité aux valeurs de la société française. Ainsi, lorsqu’Emmanuel Macron protesta auprès du New York Times pour la teneur et l’orientation de ses articles consacrés au meurtre de Samuel Paty, le journal en rajouta en insinuant que Macron « s'empare » de la « nature symbolique» du meurtre de Samuel Paty, « reprenant des thèmes anti-islamistes ».

Cette réaction américaine à la contre-attaque française signifiait que la France était sommée de s’aligner sur les positions de la gauche américaine qui a décidé qu’il fallait à tout prix protéger les minorités, suite au mouvement Black Lives Matter. Cette priorité s’impose en effet aux États-Unis, afin de préserver les fragiles équilibres de la société américaine tout en protégeant les gagnants du système.

Dans ce jeu d’équilibriste, les musulmans font partie des Bipoc (Black, Indigenous, Persons of Color) à laquelle il faut concéder qu’ils sont par définition des victimes de la majorité « caucasienne ». Selon cette approche, si certains commettent des actes délictueux, y compris des assassinats, il ne s’agit que de réactions de défense que l’on « peut comprendre ». Mais il faut à tout prix éviter de s’interroger sur l’origine de la fragilité de la société américaine, qui résulte de sa fragmentation voulue, dès la construction de cette société.

De ce point de vue, la France est le bouc émissaire parfait et le New York Times  ne se gêne pas pour écrire, dans un article du 21 octobre à propos de la France, que « le pays a été emporté par le nationalisme après l'assassinat de M. Paty », tandis que le Washington Post l’épaule en publiant une analyse de la situation française sous les titres « Instead of fighting systemic racism, France wants to « reform Islam » » ou « France mourns teacher Samuel Paty as government mobilizes against Muslim groups ».  

Puis, le 1er novembre, l'agence Associated Press écrit : « AP explains : why France incites such anger in Muslim world », en justifiant cette supposée colère contre la France, qu’elle encourage du fait des termes qu’elle choisit, par « son passé colonial brutal, ses lois fermes sur la laïcité, et le franc-parler de son président, vu comme manquant d'égards à la foi musulmane ».  

Enfin, le 11 décembre dernier, la mise en vedette d’Assa Traoré par Time Magazine comme « Guardian of the year » confirme cette déclaration de guerre des médias américains contre la société française, le but étant de contribuer au désordre national en faisant d’Assa Traoré une héroïne luttant contre le racisme au sein d’une nation xénophobe, la France.

Toutes ces morsures médiatiques confirment la volonté des élites américaines de s’opposer au modèle français inclusif. Il est en effet l’opposé du modèle de société qu’elles connaissent, soutiennent et promeuvent aux États-Unis, une société où chacun est entièrement responsable de sa réussite économique et sociale, en occultant sciemment les déterminants collectifs de la réussite individuelle.  

Il s’y ajoute que le messianisme américain, qui est consubstantiel à la création même des États-Unis, fait que les promoteurs de ce modèle sont incapables d’accepter qu’il puisse seulement exister un modèle concurrent qui fonctionne aussi.  

Or il se trouve que le modèle français fonctionne. Son principe est fondé sur l’inclusion, qui revendique, au contraire du modèle américain, de n’exclure personne, l’école et la sécurité sociale étant deux piliers majeurs de ce principe.  

Il ne faut pas oublier que le système français a été combattu par les Américains avant même la constitution officielle des États-Unis, du fait du messianisme des Pères Pèlerins qui voulaient et veulent toujours transformer le monde à leur profit.  Ils ne voulaient pas inclure les Français mais les chasser, ils ne voulaient pas inclure les Indiens mais les exterminer. Depuis cette époque, tout concurrent est considéré non comme un adversaire, mais comme un ennemi absolu (« l’empire du mal ») qui doit être éliminé et son idéologie détruite. Pour ne prendre que les plus récents, l’URSS, l’Irak, l’Iran, mais curieusement pas la Chine, relèvent de cette catégorie.

À la suite de l’affaissement des puissances européennes durant le XXe siècle, les États-Unis ont pu en effet étendre à la planète entière leur projet de réaliser l’œuvre que Dieu leur a ordonné d’accomplir, qui est une société mondiale où les perdants sont exclus, qu’ils soient américains, chinois ou français. Comme, on peut l’imaginer, il ne s’agit pas d’un objectif très populaire sauf auprès des « winners » et ils ont dû avancer masqués, hier sous couvert d’efficacité économique, aujourd’hui au nom de la protection des minorités.

En revanche, la société inclusive française a une logique clairement populaire, ce qui lui a permis de résister au modèle américain, même au Québec[1], si visiblement différent du Canada anglais. Aussi, si les récentes positions médiatiques américaines mettent clairement en lumière les visées destructrices de l’idéologie américaine vis-à-vis de la société française, on ne doit pas s'en inquiéter outre mesure.  

 

Car la guerre entre le système américain et la société française dure depuis le milieu du XVIIIsiècle, et depuis tout ce temps, personne n’est jamais parvenu, du dehors, à modifier le principe fondamental qui anime cette dernière.

 


[1] Voir ma communication disponible sur demande : « Sociétés inclusives : la situation en Amérique du Nord », 13eRencontres internationales de la diversité (RID) 2017, Université Laval, Québec, 5-6 octobre 2017,

 

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 12:29
LA STRATÉGIE DE TRUMP

La stratégie de Trump est essentiellement celle qu’ont conçue ses avocats, préparée depuis des mois.

 

Trump sait depuis son élection, et même avant, qu’il ne sera jamais adoubé par le système, qui inclut les grands milliardaires liés à la nouvelle technologie et les hauts fonctionnaires qui travaillent pour eux.

Or, ce qui s’est passé dans les six swing states interroge, notamment en raison de l’arrêt soudain du décompte des voix dans ces six swing states durant la nuit du 3 au 4 novembre.

Logiquement, les résultats auraient dû être statistiquement partagés entre les deux candidats, mais les résultats, en novembre 2020, se sont systématiquement révélés favorables à Biden avec des écarts très faibles, sauf la Caroline du Nord attribuée à Trump:

 

ÉTATS

% votes Biden

%votes Trump

Grands électeurs

attribués

à BIDEN

Grands électeurs attribués à TRUMP

WISCONSIN

49%

49%

10

 

MICHIGAN

51%

48%

16

 

PENNSYLVANIE

50%

49%

20

 

CAROLINE DU NORD

49%

50%

 

15

GÉORGIE

50%

49%

16

 

ARIZONA

49%

49%

11

 

TOTAL VOTES SWING STATES

 

 

63

15

 

Il suffirait que Biden perde 37 de ces 63 grands électeurs pour qu’il perde aussi l’élection à la Présidence des États-Unis.

Trump et ses avocats savaient donc que tout serait mis en œuvre, dans la légalité de préférence, mais aussi parfois dans l’illégalité, pour remporter ces États.

Déjà, le 7 novembre, Biden prenait la légalité en otage en annonçant publiquement sa victoire « d’après les médias », alors que l’actuel président n’avait pas admis sa défaite, que les avocats de Trump déposaient des recours pour que soient effectuées des enquêtes préliminaires et que le general attorney William P. Barr ordonnait qu’un dossier d’instruction soit ouvert, mettant en branle les autorités policières et judiciaires dans chaque État concerné. Des milliers d’agents ont été mobilisés et sont toujours à l’œuvre.

Selon les avocats du président, il en ressortirait déjà des preuves édifiantes : incohérences statistiques, faux bulletins, faux électeurs, intrusion malveillante dans le logiciel Dominion avec des centaines de témoignages sous serment. Cependant les modalités électorales dépendent des autorités locales et elles se sont opposées dans presque tous les swing states aux procédures lancées par les avocats de Trump avec l’appui des autorités fédérales.

Or l’objectif de ces avocats n’est pas de contraindre les autorités locales à obéir à leurs injonctions, mais de montrer à la Cour suprême que les cas de fraude sont suffisamment avérés et généralisés pour justifier l’invalidation des élections dans les États concernés. Il suffirait en effet que 3 des 5 swing states attribués à Biden révèlent des résultats suspects pour que ni Trump ni Biden n’atteignent le nombre des 270 grands électeurs requis.

Dès lors, si, au 14 décembre, le collège électoral ne parvient pas à élire un président, celui-ci sera élu par la Chambre des représentants selon le 12e amendement de la Constitution qui stipule que chaque État dispose d’une seule voix, indépendamment de sa taille. Or les Républicains détiennent 30 États et les démocrates en détiennent 20…

En résumé, la réélection de Donald Trump est une configuration possible sinon plausible. Tout repose sur deux facteurs liés, d’une part la solidité et l’importance des preuves de fraude et d’autre part la capacité de la Cour Suprême à s’opposer aux cris d’orfraie que ne manqueront pas de pousser les médias et le Parti Démocrate et ses électeurs.

Sans préjuger de la validité et de l'importance des preuves de fraude, on imagine en effet la violence de l’onde de choc que provoquerait l’invalidation des élections dans suffisamment d’États pour ne pas permettre à Biden d’être élu, ce qui rend sceptique sur la capacité des juristes de la Cour Suprême à la provoquer sciemment, sachant les conséquences sur leur vie professionnelle et personnelle.  

Il est donc évident que Trump et ses avocats ont sérieusement considéré l’hypothèse du rejet de leurs requêtes et donc l'hypothèse de l’élection de Biden. Dans ce cas le résultat de tous ces efforts juridiques, de ces conférences de presse, de ces Tweets rageurs ne serait pas nul.

Il permettrait à Trump de se poser en victime des conspirations des Démocrates et aux Républicains de conduire leur bataille politique en délégitimant d’avance leurs adversaires, une bataille sur le thème de la revanche qui risque d’être féroce, avec Trump dans le rôle de Robin des Bois et Biden dans celui du Shérif de Nottingham. 

 

Une bataille que les Démocrates auront du mal à soutenir devant l'opinion, avec un aussi grand nombre de milliardaires de leur côté qui les font désigner coupables d'avance ! 

 

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25 novembre 2020 3 25 /11 /novembre /2020 16:46
LE BROUILLARD AMÉRICAIN

Ce n’est pas en attendant que Trump soit débouté de ses recours électoraux et que Biden arrive au pouvoir que l’on peut avoir une idée claire de la situation des États-Unis, qui est en train de devenir indéchiffrable.

 

La différence entre les deux élections américaines de 2016 et 2020, est que, en 2016, les commentateurs considéraient avant les élections la victoire de Trump comme hautement improbable, alors qu’ils font en 2020 la même analyse, mais après l’élection. En 2016, ils pronostiquaient la défaite de Trump, aujourd’hui ils pronostiquent qu’il sera obligé d’accepter sa défaite.

Pourtant Donald Trump continuera de prétendre qu'il a gagné des élections qu’il contestera juridiquement jusqu’au bout. Mais supposons qu’il perde tous ses recours juridiques, même face à une Cour Suprême qui est supposée lui être favorable et qu’il se retire dans l’ombre, contraint et forcé.

Dans cette hypothèse largement plébiscitée par l’opinion, que va-t-il arriver après le 20 janvier prochain ?

C’est simple : dès le premier jour, Joe Biden devra faire face à un Sénat hostile et sans doute contrôlé par les Républicains. Car ces derniers se considèrent comme invaincus, parce qu’ils ont gagné des sièges à la Chambre des représentants contrôlée par les Démocrates et qu’ils ont très probablement conservé le contrôle du Sénat. 

Cette « armée » républicaine s’appuie sur 48 % de l'électorat américain avec le taux de participation le plus élevé depuis 1900, ce qui signifie clairement que les électeurs des deux côtés se sont fortement impliqués et que les perdants vont difficilement se résigner à voir appliquer une politique contraire à leurs vœux : l’on en verra les conséquences au Sénat et à la Chambre des Représentants, entre autres.

Au Sénat, Joe Biden fera face à Mitch McConnell, le leader de la majorité au Sénat, soutien indéfectible de Donald Trump et spécialisé dans la destruction des plans des démocrates : pendant six des huit années de présidence de Barack Obama, après que les démocrates aient perdu le contrôle du Congrès en 2010, Mitch McConnell a bloqué presque toutes les initiatives de la Maison-Blanche avec pour simple mais logique objectif de faire échouer la présidence de Barack Obama.

Il est donc peu probable que McConnell fasse passer les textes que Joe Biden voudra faire passer, ni confirmer à des postes de haut niveau des personnes qui n'ont pas obtenu l'approbation des républicains. En France, on oublie gaiement que les personnalités désignées par Biden, démocrate, doivent être pour la plupart également intronisées par le Sénat, républicain.

Comme les implications de cette situation politique sont sévères, les Démocrates vont, sans grand espoir, essayer d’emporter le 5 janvier les deux sièges de sénateur qui restent à pourvoir en Géorgie et s’efforcer de persuader un Républicain au moins de faire défection, sachant que le transfuge deviendra instantanément une figure de la haine sectaire au sein du mouvement conservateur.

Il faudra donc que Joe Biden négocie sans cesse. Il a peu de chances dans ces conditions d’obtenir une relance budgétaire importante qui  prenne en compte les priorités des Démocrates, d’autant plus que les Républicains, qui ont l'habitude d'abandonner la rigueur fiscale lorsque l'un des leurs est président, la redécouvrent aussitôt lorsqu'un Démocrate  accède à la Maison-Blanche.

On peut imaginer, et les démocrates y ont pensé, vendre leurs objectifs  prioritaires à M. McConnell en les présentant comme une réponse à la menace de la montée en puissance de la Chine.

Mais Donald Trump a mené la guerre commerciale contre la Chine pour sauver les secteurs industriels américains traditionnels, tout en négligeant les secteurs industriels en émergence, ce qui  constitue un point de désaccord fondamental avec les Démocrates. Comme ces derniers vont logiquement avoir tendance à concentrer les subventions vers les industries technologiques émergentes, ils vont provoquer la réaction des Républicains qui s’appuient à l’inverse sur les États qui ont des industries traditionnelles et déclinantes.

On peut aussi imaginer que Joe Biden, enchaîné chez lui par la dure nécessité de la politique intérieure, cherche à déployer ses ailes sur la scène mondiale. Mais dans ce cas aussi, son degré de liberté est faible. Par exemple, il pourra toujours rejoindre l'accord de Paris sur le changement climatique, mais il ne pourra pas forcer un Sénat républicain récalcitrant à financer les énergies alternatives. Il pourra essayer de  rejoindre l'Organisation mondiale de la santé, à condition que McConnell autorise le financement de cet organisme par les États-Unis. Il pourrait réintégrer l'Amérique dans l'accord nucléaire iranien, mais tout changement devra être approuvé par le Sénat républicain.

Le fond du problème de Joe Biden est qu’il est bloqué par le résultat des élections présidentielles, qui verront sans doute Donald Trump  quitter la Présidence des Etats-Unis alors que les Républicains ont accru leur influence électorale, si bien qu’ils se garderont bien de traiter Donald Trump comme une aberration celui qui a galvanisé leur électorat.

 

Joe Biden se trouve dans l’incapacité de réaliser l'unité nationale sur laquelle il a fait campagne, une unité mise à mal depuis quatre ans, encore affaiblie par le refus de la quasi moitié de l’électorat de reconnaître la légitimité  de l’autre moitié de gouverner, si bien que, dans cette disposition d’esprit, les occasions de conflit ne manqueront pas !

 

À SUIVRE

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 20:01
UN MODÈLE ÉCONOMIQUE EN QUESTION

En sus de son analyse des conséquences du COVID-19, Robert Boyer se risque également à une critique de la gestion de la crise, avec l’exemple de l’économie de la santé, qui représente un coût pour les macro économistes, un coût qui « pèse » sur la richesse nationale.

 

Si les dépenses de santé représentent un coût, il faut donc les réduire, d’où le contingentement des postes de médecin ou le plafonnement des dépenses hospitalières.

Une fois cette position de principe prise et les conséquences tirées, les ministres de l’économie guettent le «spread», c’est-à-dire l’écart de taux entre les emprunts d’Etat des différents pays, avec pour objectif de montrer une économie nationale qui attire suffisamment le capital pour que celui-ci vienne s’investir ici plutôt qu’ailleurs.

Pour cela, il faut limiter au maximum les dépenses publiques de santé, d’éducation, d’équipement ou de justice, car ce sont des « charges », sans prendre en compte que ces dépenses sont la contrepartie des services rendus à la collectivité.

Ce cadre de pensée, qui ne balance pas les bénéfices et les coûts de la dépense publique, fait que les administrations et les politiques ne disposent pas des bons outils d’évaluation. Il a en effet conduit à la mise en place de la gestion par activité dans les hôpitaux qui a engendré un incroyable gaspillage, car un bon indicateur d’une politique sanitaire devrait être le nombre d’années de vie en bonne santé. De même, une bonne gestion consiste à organiser efficacement le travail des équipes médicales pour assurer l’objectif sanitaire de la Nation.

Mais une contingence, l’irruption du virus COVID 19, a renversé le système de pensée des décideurs : jusqu’ici la finance définissait le cadre de l’action publique, y compris en matière de santé. Or, tout d’un coup, l’état sanitaire du pays s’est imposé comme le déterminant du niveau d’activité économique, tandis que les contraintes financières devenaient secondaires.

C’est ainsi que cette crise a révélé la soudaine importance de la santé publique, dont le fonctionnement était superbement ignoré par la théorie économique en vigueur dans les cercles du pouvoir. Cette dernière voulait ignorer en effet que, contrairement à nombre d’autres secteurs économiques, les innovations techniques dans le secteur de la santé engendrent des accroissements de coûts et non des baisses de coûts, du fait de l’objectif d’accroissement permanent de la santé publique : les IRM coutent moins chers qu’au début de leur mise en service, mais ils concernent de plus en plus de patients. On a donc découvert que se donner pour objectif de faire baisser le coût de la santé était une erreur stratégique.

En outre, la pandémie a montré que, dans certaines circonstances, le marché était dans l’incapacité de recueillir et de diffuser les informations nécessaires pour organiser les anticipations des acteurs économiques afin d’allouer efficacement le capital. En effet, avec la pandémie, nous sommes passés d’une économie du risque à une économie de l’incertitude radicale, définie par le modèle de l’épidémiologie qui gère l’incertitude au gré de l’apparition de nouvelles informations, elles-mêmes rapidement remises en question par l’apparition de nouvelles données.

Au départ, le choix des gouvernements était simple, binaire. Entre la vie humaine et l’activité économique, ils n’ont eu d’autre option que de sauver les vies et d’oublier tout autre objectif. Puis ils ont cru que le moment adéquat du déconfinement serait celui où le coût économique, en hausse, allait devenir supérieur au prix de la vie humaine sauvée.

Ils ont cru aussi que les scientifiques allaient leur donner la solution. Or chaque pandémie est unique et les problèmes qu’elle génère dépasse les connaissances scientifiques du moment. Les chercheurs doivent découvrir les nouvelles caractéristiques du virus en même temps qu’il se diffuse, rejeter les modèles du passé et en tester de nouveaux.

Comment décider dans ces conditions, alors que l’on sait que l’on ne sait pas encore ce que l’on saura demain ? Du coup, l’incertitude fondamentale de la science épidémiologique a fait perdre aux politiques la confiance du public. Osciller entre des injonctions contradictoires sur les masques puis sur l’accès aux tests ne peut que déstabiliser la confiance dans la parole publique.

Désormais, au lieu d’un dilemme, « les gouvernements sont maintenant confrontés à un trilemme : à la préservation de la santé et au soutien de l’économie s’est ajouté le risque d’atteinte à la liberté, redouté par une opinion défiante. » Désormais la crise du Covid-19, en nous faisant prendre conscience de la fragilité de la vie humaine, peut changer nos priorités: pourquoi accumuler du capital ? Pourquoi consommer de plus en plus d’objets à renouveler sans cesse ? A quoi sert un progrès technique qui épuise les ressources de la planète ?

 

Finalement, observant l'absence de croissance du Japon  depuis plus de vingt ans, on peut s’interroger sur la validité de son modèle économique, celui où les dividendes de l’innovation technologique ne sont pas mis au service de la croissance mais au service du bien-être d’une population vieillissante…

 

* Robert Boyer, Les Capitalismes à l’épreuve dela pandémie, 200 pages, ÈditionsLa Découverte.

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 17:45
ROBERT BOYER

ROBERT BOYER

À l’occasion de la publication d’un ouvrage* sur le sujet, Robert Boyer effectue un diagnostic de l’économie mondiale ébranlée par le coronavirus dans un entretien qu’il a accordé le 3 octobre 2020 au journal Le Monde. Je reprends et commente ci-dessous ses analyses, que je partage largement, en utilisant les guillemets lorsque je reprends directement le texte de son interview.


En bon scientifique, Robert Boyer s’attache à définir précisément les termes qualifiant la situation actuelle.

Crise sans doute, mais pas récession car « on ne peut pas appliquer des mots hérités des crises précédentes à uneréalité nouvelle ». En effet, définir la situation actuelle comme une récession lui parait une faute, car une récession se produit lorsqu’un cycle économique se retourne. Ce retournement a des origines endogènes, qui lorsqu’elles se modifient, provoquent mécaniquement la reprise. Or la crise actuelle résulte de la décision prise par les instances politiques de suspendre toute activité économique qui ne soit pas indispensable à la lutte contre la pandémie et à la vie quotidienne.

Il s’agit donc d’une « congélation » de l’économie qui s’accompagne, non d’un plan de relance puisqu’il ne peut pas y avoir de relance, mais d’un programme d’indemnisation des entreprises pour les pertes subies, mené au prix de l’explosion des dépenses publiques, une explosion possible grâce au relâchement de la contrainte de leur refinancement par les banques centrales.

L’arrêt brutal de la production, qui, pour certains secteurs comme le tourisme risque de se prolonger longtemps, a et aura des effets non seulement économiques mais aussi psychologiques, sociologiques, politiques et institutionnels. Rien ne reprendra comme avant, si l’on songe par exemple au travail à distance ou aux week-ends lointains.

Un tiers de la capacité de production s’est ainsi brutalement révélé n’avoir pas d'utilité sociale vraiment indispensable. Certains secteurs ont été  bouleversés par une modification structurelle des modes de consommation comme le tourisme, le transport, l’aéronautique, la publicité, l’industrie culturelle.

Comme la destruction de capital et de revenus est d’ores et déjà importante, il faut s’attendre à une baisse durable du niveau de vie moyen. C’est ce que les Français ont anticipé, en gardant en réserve l’épargne accumulée pendant le confinement. Pour qu’ils se résolvent à utiliser leur épargne, il faudra que la confiance revienne, une confiance mise à mal par la décoordination entre les acteurs. Cette décoordination a été provoquée par des engagements institutionnels mis à mal, tels que la sécurité sanitaire, la confiance dans les autorités publiques, la prévisibilité des marchés, la complémentarité des activités économiques, la synchronisation des temps sociaux, école,transport, travail, loisir…

On peut en déduire, puisqu’il ne s’agit pas d’une récession, que la stratégie économique guidée par l’idée qu’il s’agit bien d’une récession, qu’il suffit donc de maintenir ce qui reste de l’économie en l’état puis de relancer l’activité pour revenir à la situation antérieure, selon la fameuse reprise en « V », est vouée à l’échec.

Il n’y aura de « sortie de crise » que lorsque la transformation structurelle de l’économie qui est en train de se dérouler sous nos yeux sera suffisamment avancée pour retrouver une dynamique interne.

Or la « congélation » de l’économie a accéléré le transfert de valeur entre des industries en déclin et une économie de plates-formes en pleine croissance, mais qui offre une faible valeur ajoutée et un médiocre niveau de qualification à la majorité de ceux qui y travaillent : les acteurs de cette économie de plate-forme, les GAFA, Google, Apple,Facebook, Amazon, captent les rentes du capitalisme financier et contribuent à renforcer les inégalités économiques.  

Les inégalités économiques vont engendrer de nombreux perdants qui sont désormais incités à se tourner vers les Etats. Ces derniers sont en effet seuls capables de les protéger de la misère et du déclassement face à la toute-puissance des firmes transnationales du numérique, d’autant plus que la pandémie a replacé « leurs fonctions régaliennes et régulatrices » au centre des préoccupations des citoyens.

On peut en déduire que la puissance des GAFA engendre dialectiquement la montée des capitalismes nationaux défendus par leurs Etats respectifs, une dynamique illustrée par l’archétype de la Chine. On peut également prévoir que la consolidation de pouvoirs économiques nationaux s’opposera aux tentatives de gestion multilatérale des relations internationales, notamment économiques. Au sein de l’Union Européenne, la montée de ce populisme peut se révéler contradictoire avec les projets de coordination et faire émerger un faisceau d’Etats souverains avides de «reprendre le contrôle», à la manière de Boris Johnson.

Mais il est possible aussi que les mêmes forces nées de l’excès de pouvoir des GAFA puissent tout simplement amener le démantèlement du monopole des GAFA, de même qu’il est concevable que l’excès de contrôle du PCC sur la Chine puisse conduire à une révolte sociale et économique.

 

Ces prudentes prédictions incitent Robert Boyer à appeler à la modestie les prévisionnistes en se méfiant « des prédictions issues des modèles théoriques auxquels la réalité historique devrait avoir le bon goût de se plier…car c’est rarement le cas. »

 

À SUIVRE

 

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 11:38

La stupéfaction. L’horreur. La barbarie venue du fond des âges et de la haine de soi que l’on projette sur l’autre. La peine pour la famille et les proches de Samuel Paty, le professeur d’histoire martyrisé. Une pensée pour le collège du Bois d’Aulne, à jamais marqué par ce tragique événement. Voilà ce que l’on sent.

Un regard sur l’assassin abattu de onze balles et sur sa famille. Des gens fermés dans leur refus de l’autre. Des professionnels de l’islamisme regroupés autour de mosquées telle que celle de Pantin, qui fournissent leur matériel idéologique à qui en a besoin pour se croire persécuté. Voilà ce que l’on voit.

Des professeurs qui vont désormais pratiquer l’autocensure. Une victoire des islamistes, obtenue au prix de la montée des rancœurs dans la société non islamique. Voilà ce que l’on pressent.

De cet égorgement, quel bien en tirer ?  

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 18:20
LA PARTIE D'ÉCHECS BIELORUSSE

Vu par l’utilisateur distrait des medias d’Europe occidentale, si profondément préoccupé par la circulation erratique du COVID 19, la Biélorussie est prise en tenaille entre ses pulsions démocratiques et l’emprise de Poutine, protecteur de Loukachenko. Or, cette vision est à contre sens du jeu d’échec qui est en cours.

 

Pays du légendaire passage de la Bérézina par Napoléon, couvert de forêts sur prés de la moitié de son territoire, la Biélorussie n’est peuplée que de dix millions d’habitants  sur deux cent mille kms2. Elle est devenue indépendante de l’URSS en 1991, mais les relations avec la Russie restent très étroites.

La Biélorussie, contrairement à la Russie, ne s’est pas lancée dans une réforme économique libérale, si bien que les inégalités de revenus y sont parmi les plus faibles d’Europe. Son système de santé est gratuit et performant, preuve en est le bas taux de mortalité infantile de 2,9 pour 1000 naissances (3,6 en France).

Toutes ces données pour vous faire prendre conscience que tout ne va pas si mal en Biélorussie, mais en revanche, les relations politiques entre l’Europe de l’Ouest et la Biélorussie sont agitées. En gros, derrière les divers contentieux, la Biélorussie apparait comme un régime dictatorial incongru en Europe, et la réélection de Loukachenko après 26 ans de pouvoir, une illustration caricaturale de cet anachronisme.

Aujourd’hui, l’utilisateur distrait des medias d’Europe occidentale pense que cette candidate dont il n’arrive pas encore à retenir le nom, Svetlana Tikhanovskaïa, aujourd’hui refugiée en Lituanie, a obtenu la majorité des voix à l’élection et que le seul obstacle à son accession au pouvoir est Poutine, fidèle soutien du dictateur Loukachenko.

Regardons-y de plus près.

Vous croyez Loukachenko au plus mal avec les Occidentaux? C’est vrai aujourd’hui, mais cela n’a pas été toujours le cas. Mais ce que vous ne savez probablement pas, c’est qu’il est surtout au plus mal avec Poutine.

Car Poutine a été de plus en plus exaspéré par le jeu de balance de Loukachenko entre la Russie et les Occidentaux. Alors qu’il recevait une aide financière considérable de la Russie, il n’a même pas soutenu l’annexion de la Crimée par cette dernière, prétendant même jouer les arbitres entre Kiev et Moscou dans les négociations de paix. Pire encore, il a refusé l’installation d’une nouvelle base militaire russe en Biélorussie en 2019, en appelant à l’Occident afin de défendre son indépendance !

Enfin, avec une belle inconscience, Loukachenko rejeta en février 2020, à quelques mois de l’élection, la création d’une confédération russo-bielorusse, grand projet de Poutine. Ce fut le casus belli qui déclencha la partie d’échec qui s’est organisée contre lui, pilotée par le FSB.

La Russie commença par couper tous les crédits à la Biélorussie. Le prix du pétrole et du gaz russes furent revus à la hausse. Puis la propagande entra dans la danse. NTV, la chaine russe contrôlée par Gazprom, diffusa une enquête à charge contre Loukachenko, intitulée « Le Parrain Batka ».

Le FSB se chargea ensuite d’organiser l’opposition biélorusse, afin de ne pas laisser le champ libre à des opposants antirusses. Viktor Babaryko, qui n’est autre que le représentant de Gazprom en Biélorussie, se présenta contre Loukachenko. Il fut accusé de corruption et arrêté. Puis se présenta un second candidat d’opposition, Valery Tsepkalo, ancien diplomate soviétique qui, pour ne pas être arrêté, se réfugia à Moscou avec sa femme Veronika Tsepkalo, figure de la révolution biélorusse,

C’est alors qu’émergea un troisième candidat, Sergueï Tikhanovski, homme d’affaires de réputation douteuse, propriétaire d’une société de production vidéo qui fait des affaires avec de grandes entreprises russes. Un an avant les élections, il revint en Biélorussie avec une forte somme dont il ne pouvait pas justifier la provenance, puis se lança tout à trac dans une campagne anti Loukachenko sur You Tube, dénonçant la corruption des élites et la misère du peuple. Loukachenko l’ayant fait écarter des candidats pour « violation de l’ordre public », il décida de présenter sa femme à sa place, Svetlana Tikhanoskaïa.

Loukachenko laissa faire. Il la connaissait et savait sa nullité en politique, si bien qu’elle pourrait bien lui servir de faire valoir. Mais il se tira une balle dans le pied avec ses résultats truqués qui transformèrent Svetlana Tikhanoskaïa en héroïne de la démocratie, une héroïne qui dû s’enfuir en Lituanie pour ne pas être arrêtée.

Pendant ce temps se constituait à Minsk un « Conseil de transition » composé de l’élite biélorusse, largement cornaqué par Gazprom, qui veille à ce qu’il n’y ait aucune composante anti russe dans l’opposition.

Pour sa part, Loukachenko quémande désormais l’aide de Poutine, ce qui l’a contraint à redevenir anti occidental et pro russe. Il accepte désormais de réviser la Constitution, ce qui impliquera ipso facto une nouvelle élection.

Quant à Poutine, il a maintenant deux fers au feu. Soit un Loukachenko qui accepte, contraint et forcé, la confédération russo-bielorusse, soit une opposition au pouvoir en Biélorussie qui s’empressera de vendre les pépites industrielles du pays aux oligarques russes.

 

Tel est l’enjeu de l’avenir politique et stratégique de la Biélorussie, loin des rêveries pseudo démocratiques de l’utilisateur distrait des médias d’Europe occidentale.

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 13:40
OÙ VA L'IRAN?

Le 8 mai 2018, Donald Trump se retirait de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, le rendant de fait inopérant. Dénonçant l’Iran comme « Le premier État sponsor du terrorisme », le chef de la Maison-Blanche avait promis d'appliquer « le plus haut niveau de sanctions économiques ».

 

Sur ce point, il a tenu parole, mais l’échec de cette politique de pression est patent dans la mesure où elle avait pour objectif de contraindre le régime iranien à négocier un accord plus contraignant que l’accord de 2015. Néanmoins, Trump espère toujours que l’Iran finira par céder, s’il est réélu. En attendant, il a réussi ce que réussissent toujours les États-Unis, c’est-à-dire à rendre la vie plus difficile aux Iraniens.

Il est vrai que la pression américaine sur l’économie iranienne est forte. L'Iran a fini par reconnaitre que les sanctions américaines avaient quasiment tari les revenus pétroliers, encore qu’il s’agisse peut-être d’une déclaration tactique destinée à détourner l’attention des livraisons restantes. Les échanges extérieurs de l’Iran sont très faibles, contribuant fortement à contracter l’économie du pays. La monnaie iranienne, le Rial, a perdu une grande partie de sa valeur, renchérissant les biens et produits importés. Le taux de chômage a augmenté et plusieurs millions d’Iraniens sont tombés dans la pauvreté.

Ces difficultés économiques n’empêchent pas le gouvernement iranien de développer ses technologies militaires, même s’il est freiné par les actions de sabotage principalement menées par Israël. Ainsi ce dernier a probablement détruit en juillet dernier un centre de construction de centrifugeuses pour l’enrichissement de l’uranium, auquel l’Iran a répondu en construisant de nouvelles installations.

En outre, l’Iran a lancé en avril un satellite militaire «Nour» (Lumière» en persan) qui orbite autour de la Terre à 425km d’altitude et il a développé un radar d’une portée de plusieurs milliers de kilomètres adapté aux drones à longue portée et aux missiles balistiques de précision. On peut aussi mentionner l’attaque conduite par les Houthis contre les raffineries saoudiennes qui a démontré la capacité des drones iraniens à se jouer des défenses anti-aériennes mises en place par les États-Unis

Tout récemment, avec 2100 kilogrammes d’uranium, l’Iran a accumulé un stock dix fois supérieur à la limite fixée par l'accord de Vienne signé en 2015, ainsi que l’a constaté l’inspection de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Mais la République islamique a toujours indiqué que, si ses partenaires ne l’aidaient pas à contourner les sanctions américaines, elle reprendrait l'enrichissement d'uranium, de manière toutefois transparente et contrôlée. L’Iran veut ainsi montrer qu'il n'est pas d'accord avec la situation actuelle et qu'il ne se laisse pas faire.

Après l’assassinat, le 3 janvier dernier, du général iranien Qassem Soleimani ordonné par Trump, le conflit se poursuit, essentiellement mené sur l’initiative des États-Unis et la plupart du temps au mépris du droit international. Ainsi, au cours de l’été, les États-Unis ont saisi en pleine mer la cargaison de quatre tankers transportant du pétrole iranien destiné au Venezuela.

Cependant la volonté des États-Unis de s’affranchir de toute règle a eu des effets négatifs, lorsque, à la suite d'une notification des États-Unis à l'ONU visant à rétablir des sanctions internationales contre Téhéran, 13 membres du Conseil de sécurité sur 15, sauf les États-Unis et la République Dominicaine, ont écrit à la présidence indonésienne pour rejeter sa validité, du fait que Washington ne faisait plus partie depuis 2018 de l'accord nucléaire conclu en 2015. Les États-Unis ont essuyé un deuxième échec lorsque le Conseil de Sécurité a également refusé d'enclencher le mécanisme de « snapback » prévu dans l'accord de 2015 destiné à rétablir toutes les sanctions contre l'Iran.

Les États-Unis ont enfin tenté récemment d’ériger un rempart économique et militaire contre l'Iran au Moyen-Orient, en persuadant les Émirats arabes unis de signer un accord avec Israël, qui cache essentiellement un accord défensif contre l’Iran. 

De son côté, l'Iran met en place une stratégie fondée sur l’isolement des Américains sur la scène internationale. Il s’agit de montrer que le régime est capable, à la différence des Américains, de tenir ses engagements et de répondre à un geste positif par un autre. Il s’y ajoute l’incertitude de la prochaine élection américaine. Toute cette bonne volonté, si le candidat démocrate Joe Biden est élu, pourrait aboutir à la fin progressive des sanctions économiques qui asphyxient l'Iran depuis deux ans.

En revanche, si Donald Trump est réélu, les sanctions perdureront. Or le régime ne peut se projeter dans le temps en promettant à la population un chômage permanent, une récession systématique et une politique de restriction des libertés publiques. L’Iran se prépare donc à cette éventualité en réduisant sa dépendance future vis-à-vis des États-Unis pour se rapprocher de la Chine. La signature du Lion-Dragon Deal en 2019, qui promet 400 milliards de dollars d'investissements chinois en Iran sur vingt-cinq ans, va dans cette direction. 

Au final, l’Iran n’a pas accepté de céder aux pressions américaines. Affaibli économiquement, il occupe en revanche une position inexpugnable au Moyen Orient fondée sur l’arc chiite et sur le ressentiment populaire à l'égard des actions américaines. En outre, l’avenir penche plus en sa faveur, du fait de sa population nombreuse et éduquée, que de celle de la coalition arabe dont il ne restera plus grand-chose lorsque l’exploitation du pétrole deviendra moins déterminante pour les revenus de sa population.

 

La politique de Trump, si elle se poursuit aura pour effet de pousser l'Iran vers une alliance avec la Chine. Aussi le pur réalisme commande t-il aux États-Unis de réintégrer pleinement l’Iran dans la communauté internationale. Si la lucidité manque pour y parvenir rapidement, les rapports de force l’imposeront un peu plus tard.

 

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