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Le blog d'André Boyer

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ENTRE LES MAINS D'ANGELA MERKEL

22 Janvier 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

 

Pour la première fois, Angela Merkel va être contrainte de choisir entre l’Europe et l’adaptation de l’Allemagne aux nouveaux défis du monde. Et nous, Français, nous allons attendre passivement qu’elle décide de notre destin pendant que les Anglais prennent, comme toujours, la direction du grand large.

 

2017 s’annonce comme une année passionnante, ou agitée si vous êtes pessimiste. Ainsi, l’interview accordé par Donald Trump à Bild et au Times est, pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, un message de défiance adressé à l’Allemagne par le président des Etats-Unis, d’origine allemande de surcroit !

Le choc a été rude. Il a obligé les éditorialistes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung ou de Die Welt à conclure que l’Allemagne allait devoir se défendre contre la politique agressive des Etats-Unis : s'attaquer à l'Allemagne, menacer BMW, impensable ! Naturellement, le gouvernement allemand cherche à calmer le jeu par le truchement du ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui « part du principe que notre partenaire étasunien s'en tiendra encore aux obligations internationales de l'OMC ». Quant à Angela Merkel, elle attend de « voir quels types d'accords nous pourrons atteindre » et réaffirme sa volonté de dialoguer avec la Maison Blanche.

Il reste que la nouvelle doctrine européenne de Washington place l'Allemagne, troisième puissance exportatrice du monde, juste derrière les Etats-Unis, dans une situation inconfortable, car elle est désormais sommée, pour se défendre de prendre clairement la direction de l’Union Européenne. Trump l’a brutalement affirmé : quand vous regardez l’UE, vous voyez l’Allemagne.

Pour Trump, l'UE n’est qu’un instrument de puissance au service de l'Allemagne contre lequel il compte instrumenter le Royaume-Uni en lui offrant un accord prioritaire en contrepartie du Brexit. On se souviendra que dans une position stratégiquement alignée sur l’Allemagne, Obama avait menacé le 23 avril 2016 de placer le Royaume–Uni en queue de la liste des accords commerciaux américains s’il sortait du Brexit. C’est donc un renversement stratégique total que propose aujourd’hui Donald Trump.

Voilà donc l’Allemagne contrainte d’assumer ouvertement son rôle de leadership économique et commercial, elle qui adorait se cacher derrière les conseils européens ou le faux « couple » avec la France, car elle savait que, si elle se mettait ouvertement en avant, elle devrait en payer la note en termes financiers, militaires et politiques.

Cette fois, elle ne pourra plus y échapper, car son modèle économique et sa sécurité sont en jeu : l'Allemagne, prise sous le double feu des Etats-Unis et de la Russie, est contrainte de s’appuyer sur la solidarité de ses partenaires de l’UE pour y résister. Ses avantages compétitifs résident dans le contrôle de son arrière cour centre européenne qui lui fournit une sous-traitance à bas prix et dans le maintien de la zone euro qui lui permet de neutraliser ses concurrents les plus dangereux au sein de l’UE comme la France ou l’Italie, tout en bénéficiant d'une monnaie sous-évaluée par rapport à un éventuel « Euro Deutsche Mark ».

Jusqu’ici, elle disposait de tous ces avantages sans bourse délier, pas même en dépenses militaires, s’offrant le luxe de traiter de haut ses partenaires qu’elle jugeait indisciplinés et allant jusqu’à punir cruellement la Grèce qui avait cru pouvoir la défier.

C’est l'Allemagne qui a imposé à la zone euro une stratégie de convergence budgétaire forcée, sur lequel elle se fonde pour exiger de ses partenaires des réformes toujours plus douloureuses.

C’est l’Allemagne qui refuse de réduire son excédent courant et d’accroitre son inflation interne afin de permettre à ses partenaires de rééquilibrer la zone euro. Au contraire, elle cherche sans cesse à renforcer la concurrence interne au sein de l'UE.

Lorsqu’Angela Merkel répond hardiment à Donald Trump que « nous, Européens, avons notre destin en main », elle sait que cette affirmation signifie un changement total de la politique allemande vis à vis de l’UE. Fini le blocage de toute avancée vers la solidarité européenne, fini le refus du troisième pilier de l'union bancaire par la garantie commune des dépôts, fini le rejet de l'union budgétaire par la création d'Euro bonds, fini l’obstruction à tout plan de relance et fini la négation d'une stratégie de défense européenne.

L'Allemagne va devoir assumer les inconvénients de l’UE si elle veut la rendre économiquement et socialement viable.

Si elle le veut bien.

Car Trump la met en demeure d’effectuer un changement ontologique, en se pensant comme une puissance ayant des responsabilités et des devoirs envers l'Europe entière, et non envers elle seule.

Un changement radical.

Or la tropisme allemand de poursuivre dans la même voie qu’auparavant rend tout changement radical de la stratégie allemande improbable. Un éditorial de Die Welt appelle l'Allemagne à « devenir plus consciente de sa puissance et à poursuivre ses propres intérêts ». En privilégiant le lien transatlantique sur le lien européen, puisque, après tout, les Etats-Unis sont des clients plus importants que la France, l’Allemagne se replierait sur l’Europe de Wolfgang Schäuble, celle du cercle restreint des pays européens capables de survivre à la compétition mondiale dont les règles sont plus que jamais dictées par les Etats-Unis.

Le maintien de la stratégie allemande implique que l’Allemagne se lance dans une nouvelle phase de libéralisation, en répondant à la baisse des impôts et au protectionnisme des Etats-Unis par la baisse des impôts allemands et la dérégulation des marchés. Au sein de l'UE, un tel scénario déclencherait une nouvelle course à la compétitivité sur les coûts que la majorité des pays qui la compose seraient incapables de supporter.

C’est ainsi que l’UE risque fort d’éclater, non sous les coups des eurosceptiques, mais sous ceux d’une Allemagne qui se refuserait à en assumer la charge.

On perçoit cette tendance en Allemagne lorsque l’éditorialiste du Frankfurter Allgemeine Zeitung estime qu'il est ridicule de penser que la chancelière pourrait être la « dirigeante d'un front anti Trump » et que « l'Europe a besoin d'un partenariat étroit avec les Etats-Unis ». 

Et la France dans tout cela? Alors que la prudence de Berlin laisse penser que les Allemands songent à abandonner l’Europe pour sauver leur peau, la France ne se demande même plus ce qu’elle devrait faire pour sauver la sienne, agitant vainement un drapeau européen en lambeau. D'ailleurs, la peau de la France n’intéresse plus personne, ni les Américains qui l’ignore, ni les Anglais qui la quitte, ni les Allemands qui se contentent de la sermonner tout en l'étranglant. 

 

Quant, à nous, les citoyens, nous avons été assez inconscients pour  laisser nos politiciens remettre les clés de notre avenir à Angela Merkel…

 

 

 

 

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ALEP ET L'HYPOCRISIE

20 Décembre 2016 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

 

Devant tant d’hypocrisie, tant de mensonges, tant de mauvaise foi, l’analyse et la sincérité en sont presque désarmées puisque, quoique l’on écrive, on le mettra en balance avec ces tombereaux de propagande qui se déversent sur nos têtes depuis mars 2011 avec une intensité redoublée depuis les quelques semaines qui ont vu le siège et la prise du quartier est d’Alep.

 

J’ai pour moi d’avoir décrit depuis juillet 2012 l’origine du conflit et prévu ce qui s’est passé depuis, à ceci prés que je n’étais pas convaincu qu’Assad tiendrait jusqu’au bout, du moins avant l’intervention des Russes à l’automne 2015 (VOIR EN ANNEXE MES ARTICLES SUCCESSIFS SUR LE SUJET).

Pourquoi tant de lamentations sur la prise d’Alep-Est, camouflée en gémissements humanitaires ? Camouflée en effet, car d’où provient la perte de trois cent vingt mille vies, la fuite d’un quart de la population syrienne et la destruction presque totale de l’économie du pays ? De ce que les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Arabie Saoudite et le Qatar ont fourni les armes et les munitions aux rebelles syriens et non syriens (y compris deux mille Français), démocrates sincères ou islamistes fanatiques pour qu’ils fassent à leur place le travail qu’ils leur avaient assigné, à savoir chasser Assad du pouvoir. Pour atteindre cet objectif épatant, peu importe les morts, les blessés, les réfugiés, les destructions !

Personne ne se demande combien la Syrie de Bachar El Assad compterait de morts si la coalition américano-saoudienne n’avait pas uni ses efforts pour encourager, former et financer la rébellion. On dispose pourtant d’un évènement comparable, celui de l’offensive des Frères Musulmans contre le régime laïc d’Hafez El Assad le 2 février 1982 à Hama. L’armée syrienne fit durant 27 jours le siégé de Hama, provoquant la mort de deux mille personnes selon le rapport de la Defense Intelligence Agency.

Deux mille morts, c’était une terrible répression, à laquelle les Etats-Unis ne trouvèrent à l’époque rien à redire. Trois cent vingt mille morts, que l’on aurait imputé exclusivement à Assad, leur a semblé par contre un prix acceptable pour renverser le régime syrien, dictatorial, laïc et protecteur de minorités alaouites, chrétiennes et druzes en faveur d’un régime islamiste sunnite tout aussi dictatorial, mais favorable aux intérêts économiques des Etats-Unis et de leurs vassaux.

Car l’enjeu syrien n’est en rien humanitaire pour les Etats-Unis, sinon ils auraient depuis cinq ans amplement eu le temps d’imposer un compromis entre le gouvernement de Damas et ses opposants. L’enjeu est celui du contrôle de la Syrie pour des raisons stratégiques, du fait de sa position centrale entre les gisements de production de l'Est et la Méditerranée orientale.

En novembre 2010, l'Arabie Saoudite et le Qatar ont demandé au Président Bachar El-Assad de pouvoir ouvrir des oléoducs et gazoducs d'exportation vers la Méditerranée orientale. La Syrie a refusé sous la pression de la Russie, qui y voyait un moyen de contrecarrer ses propres exportations vers l’Europe. Ce refus a été suivi par les premiers appels à manifester contre le régime syrien en février 2011, puis à le renverser avec les encouragements des services secrets américains, britanniques et français, complétés par l’ingérence de combattants islamistes financés par le Qatar et l'Arabie Saoudite. L’Iran répondait le 25 juillet 2011 à ces menaces contre le régime syrien par un accord pour le transport de son gaz via l'Irak, faisant de la Syrie son principal centre de stockage, mais le chantier du pipe line a été gelé à cause de la guerre. Depuis l’Iran finance le régime syrien.

De plus, depuis 2009, des bouleversements considérables se sont produits en Méditerranée orientale du fait de la découverte par la compagnie texane Noble Energy, partenaire d'Israël, du gisement de Tamar à 80 km d'Haïfa, bouleversements encore accentués en 2010 par la découverte du gisement Leviathan qui concerne non seulement Israël, mais aussi la Turquie, la Grèce, Chypre, le Liban et surtout la Syrie qui disposerait des réserves de gaz les plus importantes de tout le bassin méditerranéen oriental. Israël est désormais énergétiquement indépendant, ce qui n’enchante ni les Etats-Unis ni les pays du Golfe et la Syrie risque de devenir un pays doublement stratégique pour la production de gaz et son acheminement vers l’Europe.

Voilà l’enjeu, tout le reste n’étant qu’un brouillage humanitaire franchement nauséabond, aux odeurs de pétrole, d’islamisme, de morts par centaines de milliers, de millions de personnes déplacées et d’attentats en Europe. Il a fallu répéter ad nauseam qu’Assad n’était qu’un dictateur, un assassin, un criminel de guerre pour couvrir d’un misérable manteau humanitaire le plan stratégique qui consistait à s’emparer de la Syrie pour contrôler l’extraction du gaz et son transport vers l’Europe. Aujourd’hui, les gouvernants engagés dans cette opération et leur valetaille médiatique en sont réduits à redoubler de cris d’orfraie pour essayer de masquer leur échec.

En effet, avec la chute d’Alep, dernier gage tenu par les rebelles tenus à bout de bras par le bizarre consortium constitué par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne la France, la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite, la Syrie utile est à peu prés entre les mains de l’alliance entre la Russie et l’Iran. Le consortium a toujours les moyens de contrarier les plans de l’alliance comme l’a montré l’attaque de Palmyre planifiée par les Etats-Unis et exécutée par l’État Islamique, mais il n’a plus les moyens de s’emparer de la Syrie.

Avec le temps, j’ai remarqué que les faits étaient remarquablement têtus. Depuis 2011, on pouvait prévoir, comme je l’ai expliqué à l’époque, une très forte résistance d’Assad. De plus, l’enjeu stratégique syrien étant plus important pour les Russes que pour les Américains, les premiers se sont engagés plus à fond et ils ont gagné une première manche. La seconde peut consister à entretenir une forte rébellion à la périphérie avant de négocier un accord qui tienne compte des nouveaux rapports de force et des intérêts de toutes les parties prenantes.

 

Pourtant, quand je songe au profond cynisme et à l’insondable mépris pour les être humains de ces milliardaires américains et de ces princes saoudiens ou qataris confortablement installés dans de luxueux salons à bord de leurs immenses yachts, jouant avec la vie et la foi de milliers et de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes, les excitant, les payant pour tuer, tout en les gavant de bonnes paroles, la bouche pleine de feinte compassion mais ne songeant qu’à leurs milliards futurs, la colère me saisit, encore renforcée par la stupidité complice de tous ces pleureurs qui leur emboitent le pas sur les medias à leurs bottes…

 

ANNEXE: SYNTHÈSE HISTORIQUE DU CONFLIT SYRIEN

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LES MEDIAS DEMASQUÉS

11 Décembre 2016 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

Une des principales leçons de l’élection de Donald Trump, en attendant de pouvoir cerner sa politique, réside dans l’étonnant échec des médias.

 

Étonnant, car on pouvait s’attendre à l’élection triomphale d’Hillary Clinton, avec 98% des médias engagés en sa faveur. Il était cohérent en effet de créditer les médias d’une bonne connaissance des enjeux de l’élection, des programmes des deux candidats et de l’état de l’opinion publique américaine. Mais finalement, ce sont justement ces 98% qui sont révélateurs du rôle des médias dans l’élection américaine.

Normalement, les médias auraient dû approximativement partager leurs appuis entre les deux candidats, car on ne peut pas croire qu’ils étaient assez sourds et aveugles pour ne pas avoir compris que l’élection de Trump était possible. Mais ils ont jugé que l’accession au pouvoir du candidat républicain était dangereuse, soit pour les Etats-Unis, soit pour sa classe dirigeante, soit pour eux-mêmes et ils ont décidé en conséquence de s’y opposer au risque d’être désavoués par les électeurs. Il est remarquable en outre d’observer  que la quasi totalité des médias du monde aient  emboité le pas aux médias américains : tous anti Trump !

Le résultat spectaculaire de cette prise de position unanime des médias contre Trump a été leur désaveu par cinquante pour cent des électeurs américains, non seulement en raison de la rencontre entre l’opinion publique et la capacité de persuasion du candidat Trump, mais aussi du fait de leur propre engagement. Car l’opinion publique a perçu cet engagement des médias comme une sorte de déclaration de guerre contre elle : on lui déniait le droit de penser par elle-même (« les déplorables »).

Après cette démonstration éclatante, les médias apparaissent clairement comme les représentants de la classe dirigeante, comme l’a démontré le vote des électeurs du District of Columbia (Washington D.C.) qui se sont prononcés à 92,8% pour Hillary Clinton, ce qui signifie que les électeurs proches du pouvoir et les médias étaient en concordance parfaite.

C’est une situation nouvelle.

Si de tout temps, nombre de médias se sont fait les avocats du pouvoir en place, il a toujours subsisté une certaine diversité d’opinion et c’est pour cela qu’on les appelle « médias », des institutions ou des moyens impersonnels permettant une diffusion large et collective d’informations ou d’opinions, des opinions forcément contradictoires. Or, avec le temps, les médias ont été rassemblés au sein de groupes contrôlés par quelques financiers. Les journalistes de leur côté, de peur de perdre leur emploi, sont devenus de plus en plus dociles et ont dû remplacer, de gré ou de force, le souci de l’information par la volonté de commenter les évènements dans un sens favorable au pouvoir.

Pour prendre le cas de la France, les médias sont si étroitement sous contrôle qu’aucun journaliste français n’ose afficher de préférence partisane en dehors du « politically correct » qui correspond en gros à celui de SciencesPo Paris. On l’observe avec limpidité lorsque les journalistes se croient obligés d’interviewer avec une hostilité sous-jacente les représentants du FN, afin d’être disculpés de tout soupçon de complaisance pour des thèses qu’ils qualifient eux-mêmes de « nauséabondes ».

Aussi l’étonnement des médias face à l’opinion publique étonne. J’entendais tout récemment une sorte d’ombudsman interroger la rédaction de France Info au sujet du siège d’un quartier d’Alep. L’ombudsman s’étonnait lui-même que les auditeurs contestent la version de la guerre présentée par France Info qui consiste à attribuer toute la faute de la guerre et des massacres à Assad et à ses alliés russes et à présenter les rebelles comme des gentils. Le responsable de la rédaction a en gros répondu qu’il connaissait son métier et  que la version qu’il présentait était la bonne. En somme, « Circulez, il n’y a rien à voir »

Ce journaliste convaincu que ses raisons sont les bonnes et que les auditeurs se trompent confirme en retour ces derniers dans leur opinion envers les médias, considérés comme autistes et enrégimentés. L’arrogance médiatique a pour effet de créer une rupture entre les médias et l’opinion. S’il est impossible pour l’opinion d’être entendue des médias, il est en retour tout aussi impossible pour les médias d’influencer l’opinion, sinon négativement. Si bien que l’on constate de plus en plus souvent que les électeurs votent contre le camp des médias, ce qui pourrait bien expliquer, au moins en partie, les résultats des votes sur la constitution européenne en 2005 jusqu’à l’élection de Trump en passant récemment  par le referendum sur le Brexit.

C’est qu’en s’emparant des médias, les financiers, forcément proches du pouvoir, ont fait disparaître la pluralité des opinions, accélérant en conséquence la disparition programmée de l’autorité des médias (voir mon blog sur La fin des politiques). Cette autorité est morte, elle ne reviendra plus, l’opinion se forgeant désormais au travers de divers échanges sur Internet, que le pouvoir politique s’efforcera en vain de contrôler.

Les journalistes ne sont plus que des agents publicitaires du pouvoir et ils doivent en respecter les règles à commencer par celle qui consiste à ne pas provoquer l’hostilité des électeurs, à ne pas lui faire la leçon et à ne pas le mépriser ouvertement. Tant que les médias n’auront pas compris qu’ils sont ni plus ni moins crédibles qu’une annonce publicitaire, ils se fourvoieront dans un rôle qui ne leur sera plus jamais reconnu, celui d’intermédiaire entre le pouvoir et les citoyens.

 

Car derrière ce fiasco des médias, se profile l’avènement d’un nouveau type de pouvoir dont on commence à discerner les contours, plus direct, plus transversal, plus instable

 

 

 

 

 

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TRUMP'S LESSON

13 Novembre 2016 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

TRUMP'S LESSON

Le 21 septembre dernier, dans un blog intitulé « L’élection d’Hillary Clinton menacée par les déplorables », j’écrivais en introduction de mon blog : « À ce jour, il me paraît évident que Donald Trump est en capacité de remporter les élections US, n’en déplaise à l’ensemble des medias français qui le couvrent d’injures et de sarcasmes depuis qu’il a émergé en politique. »

 

C’est écrire qu'aujourd'hui je ne suis pas spécialement étonné de l’élection de Donald Trump à la Présidence des Etats-Unis.

Pourtant, il semblerait que cette victoire ait surpris les medias, mais je crois qu’il s’agit plutôt pour eux d’exprimer leur dépit, car la victoire d’Hillary Clinton était attendue et souhaitée par la totalité des bien-pensants, qui, certainement par hasard, sont aussi les détenteurs des pouvoirs politiques, économiques et médiatiques.

La fable des sondages qui auraient égaré les medias ne tient pas. Bien sûr, on ne pouvait pas savoir à l’avance que les sondages étaient biaisés, mais maintenant que le résultat du vote est tombé, on sait pourquoi : mettez vous un instant dans la peau d’un électeur de Trump (j’espère que ce n’est pas trop pénible pour vous) répondant à un sondage sponsorisé par un média américain. Il sait que 98% des medias sont hostiles à la candidature de Trump. Vous croyez qu’il va déclarer qu’il vote pour Trump, pour peu qu’il ait peur que cela ait un impact négatif sur lui ou qu’il veuille faire plaisir à l’interviewer ? C’est l’hostilité affichée des medias à Trump qui a provoqué sa sous estimation dans les sondages et non pas les sondages qui ont trompé les medias.

Je relève d’ailleurs que les journalistes français se sont gaiement joints à la meute. Ainsi dans une publication de L’Obs et de Rue 89, le 9 novembre 2016, c’est à dire après que soit connu l’élection de Donald Trump, une journaliste, Noiwen Le Blevennec, intitule explicitement son article : « Raciste, misogyne, complotiste : dix choses à savoir sur Donald Trump ». À quoi rime cette volée d’injures contre le Président élu des Etats-Unis sinon à se défouler ? En outre, l’article a, semble t-il, plu à ses 181 commentateurs qui ont affublé le Président élu de qualificatifs encore moins recommandables…

Pourquoi tant de haine ? Parce que la victoire de Trump apparaît comme celle de la populace ignare contre les élites éduquées, celles qui s’expriment dans les medias. Mais ces élites éduquées ont simplement oublié que la population ignare les haïssait aussi. Et comme ces élites éduquées n’ont pas été capables de trouver un candidat qui calme la population ignare, maintenant elles ont Trump sur le dos qui ne va surement pas les épargner.

Je comprends donc leur rancœur.

Par contre, je ne comprends pas leur surprise. Il était clair, deux mois avant le vote, que l’élection avait basculé en faveur de Donald Trump lorsque Hillary Clinton, le 9 septembre 2016, devant une audience LGBT, s’est fait applaudir à tout rompre en déclarant au sujet des partisans de Trump : « La moitié des électeurs de Donald Trump peuvent être regroupés dans un panier de gens déplorables, car ils sont racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes ! ».

Elle a ainsi, par ces qualificatifs méprisants, justifié pleinement la haine que les « déplorables » vouaient aux élites de Washington D.C. et qu’elle personnifiait parfaitement. Et les élites se sont comportées à l’unisson, en ayant un extraordinaire réflexe de classe. Savez-vous quel a été le pourcentage de vote en faveur d’Hillary Clinton dans le District of Columbia (Washington D.C.) ? Tandis que 3% allaient à Gary Johnson et Jill Stein, 92,8% (260223 votes) ont voté pour la chère Hillary contre 4,1% (11553 votes) pour l’horrible Trump ! Le pouvoir quasi unanime a choisi Clinton. Pour des raisons morales ? Réfléchissez à cela…  

 

Mais, allons plus au fond des explications. Après le Brexit, pourquoi la victoire de Trump ?

Tout le monde a compris maintenant que le processus de la mondialisation était en cause. Ajouté au déséquilibre démographique croissant en défaveur des pays occidentaux, personne n’a pu éviter qu’un certain nombre de pays, à commencer par la Chine, ne prennent leur envol.

Les Américains ont cru qu’ils avaient gagné le jackpot lorsque le système communiste s’est effondré en 1989, parce qu’ils estimaient ne plus avoir d’obstacles pour étendre leur influence au monde entier. Cela a semblé vrai pendant une vingtaine d’années, pendant lesquelles on croyait dur comme fer à la fin de l’histoire. Sous leur houlette, les élites américaines et européennes ont cru habile de passer un pacte qui favoriserait les exportations de produits fabriqués à bas prix par les filiales des grandes entreprises occidentales. Ils permettraient ainsi aux pays offrant des salaires bas comme la Chine de s’enrichir en exportant, tandis que les pays riches bénéficieraient de marchandises bon marché, conserveraient les productions à haute valeur ajoutée et accessoirement se débarrasseraient de leurs usines les plus polluantes. C’était la mondialisation heureuse, grâce à des centaines de millions d’esclaves enrôlés dans les nouvelles usines du monde. Des esclaves qui auraient au moins du travail, c'était l'excuse. 

Les multinationales gagnaient ainsi sur les deux tableaux, l’éthique et le profit. Du côté éthique, elles « aidaient » les pays à bas salaires et du côté profit, elles atteignaient des taux de rentabilité inégalés, puisque le taux autrefois fabuleux de 15% de rendement net des capitaux investis devint, avec la mondialisation, la norme pour les grandes entreprises cotées en bourse. Malheureusement, les multinationales américaines et européennes durent en même temps déshabiller leurs pays d’origine en délocalisant leur production vers la Chine, les dragons et autres tigres asiatiques, un déshabillage qu’elles justifiaient tranquillement par les nécessités de la concurrence…

À la tête de ces entreprises, de ces banques, et des États qui organisaient cette merveilleuse stratégie, les élites occidentales se sont habillées de pied en cap d’une idéologie mondialiste, libre échangiste et humanitaire qui leur a permis de profiter sans états d’âme de ce mouvement de transfert vers les pays émergents, en conservant leurs emplois hautement qualifiés, en augmentant leurs dividendes et leurs salaires avec les profits des multinationales, tout en faisant la morale à ceux qui payaient la note en termes de revenus, de chômage et de désordre.

C'est ainsi que la classe moyenne américaine a vu son niveau de vie baisser, tandis que celui des élites augmentait fortement. 

Les usines abandonnées, les banlieues à la dérive, la drogue omniprésente, les paysans désespérés, les petits boulots précaires, les files d’attente des chômeurs n’étaient vu et traités que comme des problèmes annexes à l’irrésistible mondialisation et ceux qui subissaient tout cela était tout d'un coup devenus invisible. Ils étaient peut-être devenus invisibles, mais ils avaient encore le droit de vote, ils l'ont utilisé. 

Du coup, les élites qui croyaient que cela allait durer toujours, viennent de découvrir que, comme d’habitude, elles se sont encore trompées pour Trump comme pour le Brexit, comme pour les Subprimes en 2008, comme pour la chute du mur de Berlin en 1989, comme  pour la crise du pétrole en 1973, et ainsi de suite en remontant dans le temps.

Simplement, un retour de balancier est en cours. À la mondialisation va succéder la fermeture, car en dehors des élites globalisées, tout le monde la réclame et, bien sûr, la classe dirigeante qui a présidé à la mondialisation sait qu’elle est disqualifiée pour procéder à sa fermeture, d’où sa hargne.

D’où le Brexit.

D’où Trump.

D’où la suite à venir.

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LA CÔTE D'IVOIRE, LES PAYS FRANCOPHONES ET LA FRANCE

10 Octobre 2016 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LA CÔTE D'IVOIRE CHAMPIONNE DE LA CROISSANCE

Aveuglés par des médias obnubilés par l’Europe, les Etats-Unis et la Chine, nous ne voyons pas les performances de nos proches voisins et amis africains et le rôle que la France devrait y jouer.  

 

L’Afrique francophone connaît en général une forte croissance et tout particulièrement la Côte d’Ivoire qui devrait atteindre une croissance de 8,5% de son PNB en 2016, selon le dernier rapport semestriel « Perspectives économiques mondiales» de la Banque mondiale, après avoir connu, tenez vous bien, une croissance annuelle de 9,3% sur la période 2012-2015 !

Qui en a entendu parler dans les medias non spécialisés ? Non seulement la Cote d’Ivoire réalisera en 2016 la plus forte croissance de tous les pays africains mais elle l’a déjà réalisé pour sa croissance moyenne durant les cinq dernières années !

La performance réalisée par la Côte d’Ivoire, un pays de 24 millions d’habitants légèrement plus grand que l’Italie, est particulièrement remarquable compte tenu de son niveau de développement (1400 dollars par habitant fin 2015).

Le processus de croissance s’est amorcé dès la fin de la grave crise politique des années 2000, avec l’engagement de la Côte d’Ivoire dans de profondes réformes économiques visant à mettre en place un environnement favorable à l’investissement.

De nombreuses mesures ont été prises afin de faciliter, sécuriser et mieux encadrer les investissements qu’ils soient étrangers ou locaux, comme la mise en place d’un nouveau code des investissements, d’un guichet unique de création d’entreprises et d’une plateforme d’échanges pour centraliser les appuis des partenaires au développement de l’environnement des affaires, tout en maintenant une faible pression fiscale, de l’ordre de 16,7 % du PIB pour l’année 2016.

Aussi la Côte d’Ivoire vient-elle d’être désignée comme étant l’économie subsaharienne la plus attractive pour les investissements, par le rapport 2015 du Nielsen Africa Prospects Indicateurs (API).

Les réformes accomplies par le pays, son économie diversifiée, les inquiétudes concernant un certain nombre de pays fortement dépendants de leurs ressources naturelles et sa monnaie particulièrement stable expliquent ce regain manifeste d’attractivité. De plus, le pays investit massivement dans l’éducation et la formation dont le budget a augmenté  de 22 % cette année.

Pris globalement, les pays francophones d’Afrique ont d’ailleurs réalisé cinq des dix meilleures performances continentales pour l’année 2016.

Avec une prévision de 6,6 %, le Sénégal se classerait cinquième, devançant trois autres pays francophones, Djibouti (6,5 %), la République démocratique du Congo (6,3 %) et le Cameroun (6,0 %). C’est un résultat d’autant plus remarquable que le Cameroun (1250 dollars par habitant) et le Sénégal (910 dollars par habitant) ont déjà un niveau de développement plus élevé que celui de la majorité de pays subsahariens.

L’Afrique subsaharienne francophone devrait à nouveau arriver en tête de la croissance africaine pour la quatrième fois en cinq ans avec une croissance globale annuelle de 5,1 % en moyenne, alors que la moyenne n’a été que de 3,7 % pour l’Afrique subsaharienne anglophone.

Face à cette Afrique francophone, amie et en pleine croissance, regroupant 370 millions d’habitants et s’étendant sur 14 millions de km2, soit plus de trois fois l’Union européenne, quel rôle joue la France ? Elle n’y a réalisé que 3,7 % de son commerce extérieur en 2014, Maghreb compris et seulement 1,1 % avec sa partie subsaharienne. Pour cette dernière, la Chine est désormais le premier fournisseur, devant la France avec une part de marché de 13,6 % contre 9,7 %.

En particulier, la France brille par son absence dans le désormais plus grand pays francophone du monde, la République Démocratique du Congo (RDC) et ses 74 millions d’habitants, dans lequel la France n’a que  3 % de part de marché. Elle vient même d’être dépassé par le Maroc en tant que premier investisseur étranger en Côte d’Ivoire en 2015. Bravo pour le Maroc, mais quid de la stratégie économique de la France.

 

 

Voici des pays en très forte croissance, plus que la Chine, francophones, amis et voisins, avec lequel nous avons des relations linguistiques, démographiques, historiques et culturelles profondes. La France ne devrait-elle pas leur accorder une priorité absolue pour ses investissements et ses échanges économiques? 

 

PS: ce blog est largement inspiré d'une tribune parue dans LES ECHOS du 2 août dernier, intitulée "La Côte d'Ivoire, championne de la croissance africaine" écrit par Ilyes Zouari, Secrétaire général adjoint de la Revue Population & Avenir. 

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L'ÉLECTION D'HILLARY CLINTON MENACÉE PAR LES "DÉPLORABLES"

21 Septembre 2016 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'ÉLECTION D'HILLARY CLINTON MENACÉE PAR LES "DÉPLORABLES"

HILLARY CLINTON EN DONNEUSE DE LEÇONS

À ce jour, il me paraît évident que Donald Trump est en capacité de remporter les élections US, n’en déplaisent à l’ensemble des medias français qui le couvrent d’injures et de sarcasmes depuis qu’il a émergé en politique.

 

Ces medias, à l’unisson de la grande majorité des medias américains, ont d’abord annoncé que Trump ne gagnerait jamais les primaires, puis une fois les primaires remportées, qu’il était loin derrière Clinton dans les sondages. Et ceci, jusqu’à la semaine dernière, quand en quelques jours Hillary Clinton a prononcé sa fameuse phrase sur les « déplorables » avant de littéralement s’affaisser devant une caméra sans doute tenue par un des «déplorables » qu’elle dénonce.

C’est alors que le rideau s’est brusquement déchiré.

Que se passe t-il donc devant nos yeux aveuglés par le discours médiatique ? C’est tout simplement le temps de la colère de l’opinion publique qui se manifeste, colère contre des politiciens qui mettent en danger la société formée de ces gens qui sont aussi des électeurs, malheureusement pour les politiciens.

Déjà en juin, le Brexit était la manifestation d’une rébellion de l’opinion publique contre l’idéologie mortifère de ses élites. Aujourd’hui, de l’autre côté de l’Atlantique, le même esprit de révolte anime le vote Trump.

En août, ignorant ce signal, la victoire de Trump était considérée comme hautement improbable par les commentateurs sophistiqués de Washington, car il n’était à leurs yeux qu’une « grande gueule » incapable d’entrer à la Maison Blanche. Par contraste, son opposante démocrate Hillary Clinton était dépeinte comme la candidate idéale, capable d’exprimer des opinions convenables et bourrée d’expérience.

En septembre, le tableau a totalement changé. Selon le dernier sondage du Los Angeles Times, Trump mène de six points devant Clinton au niveau national et il est en tête dans les deux États clés de Floride et de l’Ohio. Tous les jours, dix sondages donnent des signaux contradictoires, maisl il demeure que la perspective d’une victoire de Trump apparaît comme tout simplement scandaleuse pour les libéraux américains, tant ils restent convaincus de leur supériorité. Pour eux, un tel résultait représenterait la victoire de la populace ignare sur les élites éduquées.

Qu’ils s’y préparent donc à tout hasard, car un tel mépris illustre précisément à quel point ils ont été incapables de comprendre l’attrait de Trump pour ses électeurs, qui consiste à ramener de la détermination et du patriotisme à la présidence des Etats-Unis.

On a vu en effet les activistes pro-Hillary tellement englués dans le «politically correct » qu’ils ont applaudis à tout rompre quand, à une réunion LGBT destinée à réunir des fonds, Hillary Clinton a fait sa fameuse déclaration au sujet des partisans de Trump : « La moitié des électeurs de Donald Trump peuvent être regroupés dans un panier de gens déplorables, selon elle. Car ils sont, a t-elle déclarée, racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes ! ». Elle révélait ainsi son arrogance face à des millions d’Américains qui étaient coupables du crime de ne pas partager sa conception politique identitaire.

Nombre de déclarations de Trump ont soulevé de même des commentaires outragés, comme sa proposition d’interdire temporairement l’entrée des musulmans ou de construire un mur le long de la frontière mexicaine. Ces commentaires passaient par pertes et profits la peur des « déplorables » face au terrorisme et leur indignation face à l’anarchie provoquée par des millions d’émigrants illégaux.

Les détracteurs de Trump ont également dénoncé son manque d’expérience dans le domaine des affaires étrangères comme si le chaos qui régné au Moyen Orient était un bienfait engendré par l’expérience des dirigeants actuels, ce dont ne semblent pas convaincus les « déplorables » qui ont de plus vu Trump apporter adroitement son soutien au Brexit alors qu’Obama venait en Grande-Bretagne menacer en vain les électeurs britanniques.

Enfin, les « déplorables » conviennent que Trump, cas unique parmi les candidats modernes à la Présidence des Etats-Unis, n’a jamais été élu, tout en y voyant bizarrement un avantage car ils pensent qu’il n’a pas  été contaminé par la pensée unique qui paralyse le personnel politique.

La détermination qu’ils attendent du futur Président a été bien illustrée, selon eux, par la réaction de Trump aux bombes à New-York : « Il vaut mieux que nous soyons vraiment dur maintenant, les gars »,  une réaction simpliste certes, mais tout à fait opposée à celle d’Hillary Clinton qui a débité les platitudes habituelles au sujet de la nécessité d’attendre le résultat de l’enquête. Elle imagine vraiment que c’est ce que les «déplorables » veulent entendre ?

 

Alors, je vous en prie, ne perdez pas de temps avec les balivernes de medias qui vont à satiété vous répéter maintenant que l’élection est serrée et tournez désormais votre regard critique vers l’élection française : vous croyez toujours que le candidat désigné par les medias va être élu? 

 

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LA STRATÉGIE DE WILLIAM PITT

12 Septembre 2016 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LA STRATÉGIE DE WILLIAM PITT

WILLIAM PITT, LE BOURREAU DE LA NOUVELLE FRANCE

Avant de conter le déroulement des opérations en Amérique du Nord à partir de 1756, il me semble utile de présenter le point de vue britannique sur cette guerre. 

 

Il faut tout d’abord souligner l’énorme disproportion de peuplement entre les Français et les Britanniques au début de la guerre totale, ce qui suffirait largement à expliquer la victoire finale des seconds sur les premiers.

En Amérique du Nord, la disproportion des populations était importante, soixante mille habitants dans la Nouvelle France contre deux millions dans les treize colonies de la Nouvelle Angleterre. Cependant, cette disproportion était en partie compensée par l’appui de  presque toutes les tribus indiennes à l’exception des Iroquois, dont bénéficiaient les colons français.

Ce sont les colonies britanniques qui prennent clairement l’initiative de la guerre, après les escarmouches autour de Fort Duquesne et l’abjecte embuscade conduite par Washington. À cet égard, une réunion cruciale a lieu en 1755 entre le General Edward Braddock, le nouveau commandant en chef de l’armée britannique en Amérique du Nord et six des treize gouverneurs des colonies. Ils décident d’une offensive contre la Nouvelle France selon quatre axes.

Toutes échouent.  Le 9 juillet 1755, l’effort principal mené par Braddock aboutit à la bataille de Monongahela, sur laquelle nous revenons plus loin. Il perd la bataille et la vie. Puis toutes les opérations, ou presque, menées en 1755, 1756 et 1757 aux frontières de la Pennsylvanie et de New-York échouent. Cependant, en 1755, les forces britanniques capturent Fort Beauséjour à la frontière de l’Acadie, ce qui leur permet d’exécuter librement l’infâme expulsion et remplacement des Acadiens par des colons britanniques. Les Britanniques se défendent en disant qu’ils n’en ont pas pris l’initiative à Londres mais en Acadie même. Pure hypocrisie.

De même, en 1757, l’offensive contre Louisbourg sur l’île du Cap-Breton échoue. Pire, les forces britanniques perdent Fort William Henry sur le lac George, à 250 kilomètres au nord ouest de Boston.

C’est ensuite que le rapport de force bascula en faveur des forces britanniques. Jusque là, malgré leur infériorité quantitative, les forces françaises et indiennes s’étaient révélées largement plus efficaces que les Britanniques. Le changement de politique britannique initié par William Pitt (1708-1778), renversa progressivement la situation en leur faveur.

Pitt avait de nombreux adversaires au sein de la classe politique britannique mais il était avait l’image auprès de l’opinion publique d’un défenseur intraitable des intérêts britanniques. Sa politique consistait à immobiliser le plus possible de ressources françaises en Europe, tandis que la Grande-Bretagne exploiterait sa suprématie navale pour s'emparer des possessions françaises tout autour du monde.

Il la mit en œuvre en s’emparant successivement des comptoirs commerciaux français en Afrique de l’Ouest, comme le fort de Saint-Louis au Sénégal en avril 1758,  puis l’île de Gorée, la Gambie, la Guadeloupe. Il mit également en échec les troupes françaises en Inde (1759). Cette stratégie périphérique fut un plein succès, grâce au nombre et à la qualité de la British Navy qui s’en donna à cœur joie. 

Son adversaire, le Duc de Choiseul (1719-1785) menait une stratégie diamétralement opposée qui consistait à rester sur la défensive dans les colonies tandis qu’il visait à une victoire totale en Europe qui lui permettrait de récupérer ultérieurement les colonies. Il est donc faux de soutenir que la France a abandonné ses colonies et notamment la Nouvelle-France, mais il est vrai par contre que la stratégie de Choiseul a globalement échoué.

Choiseul espérait même pouvoir envahir la Grande-Bretagne afin de sortir  le Royaume-Uni de la guerre et de récupérer les colonies perdues. Il jouait gros. D’énormes ressources furent consacrées la construction d'une flotte d'invasion mais les défaites navales françaises le forcèrent à y renoncer, tandis qu’il ne parvenait pas à percer en Allemagne. Les Britanniques parvinrent même à s’emparer de Belle-Île-en-Mer.

Comme on le sait, la guerre dura sept ans, de 1756 à 1763, presque deux fois plus longtemps que la Guerre de 1914-1918.  Ce fut une guerre totale. Elle impliqua, outre la France et la Grande-Bretagne, l’Autriche, la Prusse, La Russie, la Suède et même l’Espagne, plus tardivement. Elle se déroula principalement en Europe et en Amérique du Nord, mais aussi tout autour du monde, des Caraïbes aux Philippines, en passant par l’Afrique de l’Ouest et l’Inde.

Les belligérants français et anglais y engagèrent toutes leur ressources mais à la fin ce fut la Grande-Bretagne qui remporta provisoirement la victoire.

 

Ce qui reste de cette guerre aujourd’hui oubliée est considérable : l’équilibre du monde en a été bouleversé, jusqu’à ce jour. 

 

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LE GRAND DÉRANGEMENT, PRÉLUDE À LA GUERRE TOTALE

9 Septembre 2016 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'IGNOBLE COMPORTEMENT DES AUTORITÉS BRITANNIQUES ENVERS LES ACADIENS

Il s’en faut encore de deux ans pour que la guerre soit officiellement déclarée entre le Royaume de France et celui de Grande-Bretagne, mais un état de conflit s’était de fait installé en Amérique du Nord.

 

Le défi est considérable pour la Grande-Bretagne qui  possède un empire colonial très peuplé en Amérique du Nord, quoique peu étendu. Si la Grande-Bretagne ne possède pas d’armée puissante, elle détient l’atout maitre de la Royal Navy qui lui permet de maîtriser le commerce maritime, de conquérir des colonies et de porter le conflit sur les côtes de ses adversaires.

Elle va utiliser à plein cet avantage décisif pour conquérir toute l’Amérique du Nord  aux dépens de la Nouvelle-France qui représente un adversaire redoutable avec ses milices et ses alliés amérindiens. Ces milices de la Nouvelle France  rassemblaient tous les hommes valides âgés de 16 et 60 ans, habiles à la guerre d'embuscade, dotés de leur propres équipements, fusils, plomb, poudre et mèches, complétés le cas échéant par les fournitures de l’intendance militaire des trois gouvernements régionaux de Québec, Trois-Rivières  et Montréal.

En outre, armées de couteaux, de haches et de fusils, presque toutes les nations amérindiennes combattaient avec les Français, ce qui montre par contraste l’impopularité des colons britanniques auprès des Indiens. Naturellement, les Indiens excellaient dans les embuscades et les attaques surprises.

 

Après « l’exploit » de Washington et ses suites, les troupes françaises avaient la main sur l’Ohio en ce mois de juillet 1754. Pour y répondre, les  Britanniques firent l’effort d’envoyer deux régiments en renfort puisés sur leur maigre armée et de fournir 2 000 mousquets et 10 000 £, afin de lever des troupes coloniales, les Rangers, utilisés pour monter des embuscades et les Colonial Pioneers, destinés à construire et maintenir les fortifications, batteries et campements britanniques. 

Une réponse politique à l’ouverture des hostilités fut également donnée par le congrès d’Albany en juin-juillet 1754. Son but était d’organiser les relations avec les Indiens, qui paraissaient stratégiques dans le conflit à venir. Si le plan qui fut retenu ne fut jamais appliqué, ses principes annonçaient ceux de la Confédération pendant la guerre d’Indépendance. 

Aussi l’année 1755 voit les escarmouches se multiplier entre les Français et les Britanniques. Dans l’Ohio, les Britanniques attaquent sans succès Fort Niagara et se confrontent aux troupes franco-indiennes autour de Fort Duquesne. Les soldats britanniques sont deux fois plus nombreux que les Français et les Indiens, 2000 contre 900, mais ils sont tout de même vaincus par les tactiques de guérilla de leurs adversaires. Dans la région du Lac Champlain, le commandant des troupes françaises en Nouvelle-France tente de s’emparer du Fort Edward, échoue et est fait prisonnier par les Britanniques.

Puis l’amiral Edward Boscawen établit un blocus à l'entrée du Golfe du Saint-Laurent avec 11 vaisseaux de guerre afin de tendre une embuscade au vice-amiral Dubois de La Motte partit de Brest le 3 mai 1755 avec une escadre de 22 vaisseaux et des troupes régulières en renfort pour la Nouvelle-France, qui n’est donc nullement abandonnée à son sort. Quelques navires français sont capturés. La tension s’accroit entre les deux royaumes qui va conduire à la déclaration de guerre officielle du printemps 1756.

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Mais le drame éclate ailleurs, en Acadie. La France a cédé le territoire aux Britanniques depuis le traité d’Utrecht en 1713, qui se nomme désormais la Nouvelle-Écosse. En 1754, les victoires françaises dans la vallée de l'Ohio inquiètent fortement les colonies  britanniques. Le gouverneur Charles Lawrence discute avec William Shirley, gouverneur du Massachusetts, de la possibilité de remplacer les Acadiens par des colons anglo-américains.

Il rencontre des délégués acadiens afin d’exiger d'eux un serment d'allégeance inconditionnel envers le roi d'Angleterre qui les contraindraient à servir dans l’armée britannique contre l’armée française. Les délégués des Acadiens refusent, ce qui est tout à leur honneur.

En conséquence, Charles Lawrence, honte à lui, ordonne en juin 1755 à ses subordonnés britanniques dans chaque district d'attirer les hommes français dans les ports, de les y arrêter et de les y détenir. Des navires  viennent les chercher pendant que d'autres troupes, les hommes partis, s’en vont lâchement arrêter les femmes et les enfants chez eux. Les déportés sont divisés par groupes, puis embarqués sur les navires à destination des différentes colonies britanniques.

Ce fut ce que les Acadiens appellent le Grand Dérangement, qui s’achèvera par l’installation, cette fois-ci volontaire, d’une partie des descendants des Acadiens en Louisiane, les Cadiens. En tout, ce furent dix à quinze mille Acadiens qui furent déportés, tandis que deux à trois mille parvenaient à s’échapper au Québec.

Cette  expropriation et déportation massive  des Acadiens constitue ce que l’on peut appeler aujourd’hui une opération de nettoyage ethnique  de grande envergure, compte tenu de la démographie de l'époque. Elle montre, au delà de leur fourberie, l’intensité de la détermination britannique à chasser à tout prix le pouvoir français d’Amérique du Nord.

 

Désormais, dès le printemps 1755, un an avant la déclaration de guerre officielle entre les Royaumes de France et de Grande-Bretagne, les deux protagonistes s’approchent rapidement de l’affrontement total, avec le blocus sans déclaration de guerre pratiqué par la Royal Navy envers une marine française qui veut maintenir l’accès à la Nouvelle-France pour soutenir ses colons. 

 

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L'INCENDIE DES PROPRIÉTÉS DES ACADIENS CHASSÉS DE CHEZ EUX POUR ÊTRE REMPLACÉS PAR DES COLONS BRITANNIQUES

L'INCENDIE DES PROPRIÉTÉS DES ACADIENS CHASSÉS DE CHEZ EUX POUR ÊTRE REMPLACÉS PAR DES COLONS BRITANNIQUES

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GEORGE WASHINGTON OUVRE LE BAL PAR UN ASSASSINAT

6 Septembre 2016 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

GEORGE WASHINGTON OUVRE LE BAL PAR UN ASSASSINAT

L'OFFICIER FRANÇOIS COULON DE JUMONVILLE ASSASSINÉ PAR DES VIRGINIENS COMMANDÉS PAR WASHINGTON

Les colonies britanniques d’Amérique du Nord étaient bloquées dans leur expansion par la Nouvelle France, ce qui était logiquement générateur de conflit. Elles devaient s’efforcer de détruire la Nouvelle France sous peine d’être absorbées par elle.

 

Le conflit couvait dés la guerre de Succession d’Espagne, qui s’était conclue en 1713 par le traité d’Utrecht. Ce dernier avait abouti à la cession à la Grande-Bretagne d’une partie de l’Acadie à l’exception de l’île du Cap-Breton, des territoires de la Baie d'Hudson et de Terre-Neuve et au protectorat britannique du territoire iroquois qui recoupait celui de la vallée de l'Ohio. 

Au début de la guerre, trois mille troupes de la marine défendaient la Nouvelle-France avec l’aide occasionnelle de milices locales. Du côté britannique, seule la Virginie possédait des troupes régulières, les autres colonies n’utilisant que des miliciens locaux.

Les constantes incursions anglaises sur le territoire de la Nouvelle-France sont à l’origine du conflit de l’Ohio. En juin 1747, le gouverneur de la Nouvelle France, Roland-Michel Barrin de La Galissonière,  charge Pierre-Joseph Céloron de conduire une expédition militaire de deux cent hommes pour réaffirmer les droits du Roi Louis XV, depuis les lacs Ontario et Erie jusqu’au confluent des rivières de l’Ohio et de Miami. Ce faisant, il alarma les colons britanniques qui se sentirent menacés par la démonstration de force française dans l’Ohio, d’autant plus qu’ils comptaient bien s’y installer.

En 1749, le gouvernement britannique donna  des terres à cent familles regroupées dans l’Ohio Company of Virginia qui finirent par construire en 1752 une enceinte fortifiée au débouché de la rivière Monongahela, sur le site de l’actuel Pittsburgh, alors qu’au même moment trois cent hommes des troupes de marine française attaquait le comptoir de Pickawillany, coupable de commercer avec les Anglais. Pour renforcer leur position, au printemps 1753, deux mille troupes de marine et d’indiens, sous les ordres de Paul Marin de la Malgue, furent charges de protéger la vallée de l’Ohio des incursions anglaises. Les Français construisirent une série de forts, Fort Presque Isle sur le lac Erie, Fort Le Boeuf, actuellement Waterford, Pennsylvanie),  Descendant vers le sud, il  capture et chassa des commerçants anglais, inquiétant le Gouverneur de Virginie, Robert Dinwiddie, qui était un des investisseurs de la Ohio Company et qui craignait de perdre de l’argent si les Français tenaient l’Ohio.

En octobre 1753, il envoya le jeune Washington rencontrer les Français pour leur demander de se retirer de l’Ohio, qu’il considérait comme étant un territoire appartenant à la Virginie. Le 12 décembre 1753, Washington rallièrent Fort Le Boeuf où ils furent reçu à diner par Jacques Legardeur de Saint-Pierre, le commandant en titre des forces françaises qui lui expliqua que les droits français sur la vallée de l’Ohio étaient supérieurs à ceux des Anglais, du fait de la découverte de la région par René-Robert Cavelier, Sieur de La Salle un siècle plus tôt.  Washington retourna en Virginie déconfit et inquiet des progrès des Français vers le Sud de l’Ohio.

D’ailleurs, sans même attendre le retour de Washington, le Gouverneur de Virginie, Robert Dinwiddie,  avait envoyé début 1754 une compagnie de 40 hommes construire un fort, sous le commandement de William Trent. Les Français arrivèrent en force, permirent à la petite compagnie de se retirer et leur rachetèrent leurs outils pour achever eux mêmes ce qui devint Fort Duquesne.

Pendant ce temps là, George Washington reçut l’ordre de renforcer Trent et c’est alors qu’il y eut le triste épisode de Jumonville Glen le 28 mai 1854. Il monta une embuscade contre un détachement français dirigé par Coulon de Jumonville qui avait pour mission de reconnaître si le territoire réclamé par la France avait été envahi, afin de délivrer le cas échéant aux Anglais présents une sommation de retrait des terres du roi Louis XV. 

Dans l’embuscade, neuf soldats français furent tués, vingt et un capturés et Coulon de Jumonville fut exécuté par les hommes de Washington dans des conditions troubles. Tandis que Washington se retirait, un soldat français rescapé parvint à prévenir de l’embuscade le commandant du Fort Duquesne, Claude-Pierre Pécaudy de Contrecoeur, qui envoya un détachement de 500 hommes dont il confia le commandement au propre frère de Jumonville, Louis Coulon de Villiers, avec pour mission de capturer Washington.

Les poursuivants trouvèrent les cadavres des soldats français livrés aux loups, avant de se lancer à la poursuite de Washington qu’ils rejoignirent là où il venait d’élever un nouveau fort, le Fort Necessity. Il fut battu et capturé par les troupes françaises à la bataille de Great Meadows, le 3 juillet 1754, mais il parvint non seulement à éviter l’exécution pour meurtre grâce à des aveux signés où il s’accusait être l'assassin de l'officier français, mais à être remis en liberté.

Si un milicien français avait assassiné un officier de l’armée britannique, il aurait été sans aucun doute exécuté. Ici, la « générosité » française révèle indéniablement une faiblesse dans la conduite de la guerre.

Cette affaire fit du bruit en Europe. Voltaire, tout anglophile qu’il était, s’indigna : « Je ne suis plus Anglais depuis que les Anglais sont pirates sur mer et assassinent nos officiers en Nouvelle-France  ». En Angleterre, le politicien Horace Walpole décrivit ainsi l’affaire : « The volley fired by a young Virginian in the backwoods of America set the world on fire. ».

 

C’est en effet  par cette traiteuse embuscade et cet assassinat que George Washington entra dans l’histoire en écrivant une page du prologue de  la guerre de Sept Ans (1756-1763) qui verra le siège de Québec, la conquête de la Nouvelle France par la Grande-Bretagne et la substitution de la prépondérance française par l’anglaise, une hégémonie anglo-saxonne sur le monde qui se maintient encore à ce jour.

 

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L'ÉTERNELLE BATAILLE DE QUÉBEC

28 Août 2016 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'ÉTERNELLE BATAILLE DE QUÉBEC

LES IMMENSES POSSESSIONS FRANÇAISES EN AMÉRIQUE DU NORD VERS 1750

Couramment appelée « La bataille des plaines d’Abraham », la bataille du 13 septembre 1759 reste un moment décisif pour l’identité des Québécois. Ce jour là, les troupes anglaises d’invasion du général Wolfe battent les troupes françaises dirigées par le marquis de Montcalm et occupent Québec.

 

La bataille ne s’est pas achevée avec la prise de Québec. Elle dure toujours.

Elle avait déjà commencé le 16 octobre 1690, lorsque les Anglais, ayant capturé Port Royal, tentèrent de prendre la ville de Québec par l’intermédiaire de la milice américaine et furent repoussé par les tirs de canon commandés par le comte de Frontenac depuis le haut de la falaise. 

Puis il y eut la guerre de Sept Ans (1756-1763), sous le règne de Louis XV. Cette guerre, la première que l’on puisse qualifier de « guerre mondiale », s’est déroulé sur plusieurs théâtres d’opération, l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Inde et les Philippines, entre les royaumes de France et d’Espagne, les États des Habsbourg et l’Empire Russe contre le royaume de Grande-Bretagne et le royaume de Prusse.

Cette guerre de Sept ans provient d’une part de la volonté de la Prusse d’arracher la riche province de Silésie et d’autre part des visées de la Grande-Bretagne sur la Nouvelle-France qui inclut l'Acadie, le Canada et la Louisiane, les Antilles et l’Inde française.

En Europe, les manœuvres de Fréderic II, le roi de Prusse ont contraint la France à un renversement complet d’alliance qui la conduit à rallier l’Autriche en 1756 et s’adjoindre la Suède en 1757, contre la Prusse et la Grande-Bretagne qui sont les puissances émergentes du XVIIIe siècle.

Mais la France reste au XVIIIe siècle, comme aujourd’hui encore, la première puissance militaire d'Europe. Elle possède une énorme armée de quatre cent mille hommes et une marine de très bonne qualité, quoique inférieure à celle des Britanniques.

Le gouvernement français s’inquiète de la situation en Amérique du Nord car l’immigration française reste trop limitée en nombre, ce qui ne lui permet pas d’assurer une défense efficace de son empire colonial. Or elle détient alors plus de la moitié de l'Amérique du Nord, avec une partie du Québec actuel et la plus grande partie de l'actuel centre des États-Unis. Sa frontière s’étendait en effet, au Nord, de la limite de l'actuel Labrador, faisait une parabole passant au-dessous de la baie James pour aller contourner le lac Manitoba et le lac Winnipeg, au centre de l'actuel Manitoba et descendait jusqu'au golfe du Mexique, en suivant le fleuve Mississippi.

L’ensemble formait un croissant bordé par un chapelet de fortins et de postes, réunissant le Canada aux possessions du sud, qui encerclait les treize colonies britanniques de la Côte Atlantique concentrées dans une bande d’une centaine de kilomètres. Les Français étaient fortement concentrés le long du Saint Laurent et en Acadie, mais un petit nombre vivait à la Nouvelle Orléans, le long du Mississipi et dans l’Illinois. Les trappeurs et les commerçants voyageaient sur les eaux du Saint Laurent et du Mississipi.

À l’est, les colonies britanniques vingt fois plus peuplées aspiraient à s’étendre à l’ouest. Entre les deux, de larges territoires étaient contrôlés par des tribus indiennes, avec lesquelles les uns et les autres passaient des accords, nettement plus nombreux avec les Français qu’avec les Anglais. De son côté, dans l’Est de l’Amérique du Nord, l’Espagne ne revendiquait que la Floride peuplée d’à peine quelques centaines d’habitants. 

 

Les possessions britanniques se trouvaient donc isolées à l’est des Appalaches et les colons anglo-américains étaient bloqués dans leur progression vers l’ouest du continent par les possessions françaises.

 

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