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Le blog d'André Boyer

actualite

Avant la chute des el-Assad

1 Août 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Aujourd’hui 1er août 2012, ce blog est le 300e que je publie depuis le 1er janvier 2009. Ils ont donné lieu jusqu’à ce jour à trente-cinq mille consultations.

Compte tenu de la guerre menée par les monarchies sunnites du Golfe contre les Alaouites dirigés par la famille el-Assad, une guerre voulue et coordonnée par les Etats-Unis pour des raisons stratégiques qui me paraissent particulièrement machiavéliques, on ne voit pas comment les el-Assad vont pouvoir résister indéfiniment avec pour faibles alliés, l’Iran, la Russie et vaguement la Chine.

bachar-el-assad-et-sa-femme-asma.jpgAvant cette chute programmée par les puissances anglo-saxonnes et ses probables sanglantes conséquences, jetons un dernier coup d’œil sur la montée au pouvoir des el-Assad.

Hafiz ibn Ali ibn Suleyman el-Assad, l'homme qui a pris la tête de la longue lutte qu’ont menée les Alaouites pour le contrôle de la Syrie, est né le 6 octobre 1930 à Qardaha, dans le fief des Alaouites que constitue le djebel Ansarieh au sud de la Turquie.

Enfant, Hafiz s’est révélé un bon élève qui a pu d’intégrer en 1940, sous le mandat français, le Collège de Lattaquié. En 1944, il changea son nom de Wahsh, qui signifie «bête sauvage» en celui d’el-Assad, qui signifie «le lion». En 1950, il s’inscrit à l'Académie militaire d’Homs dont il est diplômé en 1952, puis à  l'école de l'air d'Alep dont il sort pilote de combat en 1954.

Dés l’âge de quinze ans, el-Assad s’était déjà engagé dans l’action politique puisqu’il préside le Comité des étudiants au Collège de Lattaquié, puis l'Union nationale des étudiants. C’est ainsi qu’il rejoint le parti Ba'th peu de temps après sa création en 1947, à l’âge de 17 ans !

Compte tenu de son engagement politique, les dirigeants au pouvoir l’obligent à donner sa démission de l’Armée en 1961 et à accepter un poste mineur au ministère des Transports. En réponse, il se joint à la tentative suivante (et manquée !) de coup d’État, ce qui l’oblige à fuir au Liban d’où il est extradé sans trop de conséquence puisqu’il se joint au coup d’État d’après (il y en avait sans cesse à cette époque) qui a lieu en 1963 et qui, lui, réussit. Il en profite, non seulement pour réintégrer les rangs de l’armée, mais pour prendre le commandement de l'armée de l'air, si bien qu’en février 1966, le coup d’État suivant s’effectue avec le soutien décisif d'Assad. C’est ce coup d’État qui porte pour la première fois les Alaouites au pouvoir. Nommé aussitôt ministre de la Défense, il prend le contrôle de l’ensemble de l’armée puis, par un dernier coup d’État jusqu’à aujourd’hui, il prend la direction de l’État syrien en novembre 1970, en s’appuyant totalement sur les Alaouites.

Ce n’est pas le lieu de faire l’histoire de son règne mais de prendre conscience de la capacité à durer du système de pouvoir mis en place par la famille el-Assad entourée par les Alaouites. Lorsque, âgé de moins de 70 ans, Hafiz el-Assad décède le 10 juin 2000, son fils cadet, Bachar el Assad, est aussitôt intronisé chef de l’État syrien le 20 juin 2000.

Ce dernier est né le  11 septembre 1965 à Damas où il fait ses études à l'école franco-arabe al-Hurriyet avant d’entreprendre une formation en médecine. Il exerce le métier de médecin pendant quatre années, de 1988 à 1992, dans un hôpital militaire proche de Damas puis s’installe à Londres pour se spécialiser en ophtalmologie. Il y  fait la connaissance de sa future femme, Asma al-Akhras, musulmane de confession sunnite.

On l’a compris, Bachar el-Assad n’avait aucune vocation pour la politique, au rebours de son père Hafiz. C’est le décès accidentel  dans un accident automobile de son frère aîné, Bassel el-Assad, en 1994, qui le contraint à quitter Londres à la demande pressante de son père, et à entrer à l'Académie militaire d’Homs. En 1999, il devient colonel avant de succéder à son père à la tête de l’État syrien quelques mois plus tard. 

Il est élu Président de la République par un référendum qui s'est tenu le 10 juillet 2000, le peuple syrien, qui n’avait guère le choix, espérant qu’il démocratiserait le pays, ce qu’il a effectivement tenté jusqu’en 2003, avant de revenir à une politique plus répressive.

Comme on le sait, une vague de contestation balaie depuis mars 2011 le régime syrien. Aux manifestations a succédé une lutte armée de plus en plus violente qui menace radicalement le régime alaouite au pouvoir en Syrie depuis quarante-deux ans. L'appartenance ethnique et religieuse est déterminante dans ce conflit, camouflée sous des oripeaux démocratiques et comme les Sunnites représentent près de soixante-dix pour cent de la population syrienne, on peut considérer comme inévitable que les Alaouites, qui constituent une petite minorité méprisée, finiront par perdre le contrôle du pouvoir. Mais d’un autre côté, les Alaouites redoutent d’en subir des conséquences particulièrement sanglantes, c’est pourquoi ils s’accrochent au pouvoir avec l’énergie du désespoir, regroupés autour de la famille el-Assad.

 

 

J’aime ce pays et ses peuples, sunnites, alaouites, druzes, ismaéliens et bien sûr chrétiens, d’autant plus que j’ai enseigné à Damas et que j’ai visité la Syrie, du majestueux Krak des Chevaliers à l’émouvante Palmyre en passant par Homs la turbulente. Je crains que ce conflit ne devienne de plus en plus sanglant et que, comme en Irak, la violence ne redouble lorsque les Alaouites céderont sous la pression…

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Les Alaouites à la conquête du pouvoir

26 Juillet 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Dés leur prise de pouvoir en Syrie, les Sunnites abolissent l'Etat alaouite, dissolvent les unités militaires alaouites, suppriment les sièges des Alaouites au Parlement ainsi que les tribunaux qui appliquaient les lois alaouites au statut personnel.

Hafez-el-Assad.jpgDe leur côté, les Alaouites, ayant compris que leur avenir se situait irrévocablement au sein de la Syrie, s’organisèrent pour accéder au pouvoir.

L'armée restait un refuge pour les minorités. Pour les grandes familles de l'aristocratie sunnite, l'Académie militaire d’Homs n’était bonne que pour accueillir les paresseux ou les classes subalternes. En outre, craignant que l’armée ne soit un outil pour faire des coups d’États, les dirigeants sunnites se sont efforcés de déconsidérer la carrière militaire. Mais pour les ruraux qu’étaient les Alaouites, l’armée, dont ils n’avaient d'ailleurs pas les moyens de s’exempter, restait un moyen de vivre décemment.

On ainsi vu les Alaouites constituer la majorité des soldats et les deux tiers des sous-officiers de l’armée syrienne. Pour les officiers, les Sunnites ont cru habiles de se réserver les postes de haut rang. Cette politique discriminatoire les a desservis au cours du temps, car ces officiers supérieurs se sont consacrés à s’éliminer entre eux au cours des nombreux coups d'Etat militaires qui ont eu lieu entre 1949 et 1963. Progressivement, les officiers alaouites les ont remplacés, et au fur et à mesure où ces derniers montaient en grade, ils ont fait entrer leurs parents dans l’armée.

Les Alaouites ont pratiqué la même politique d’entrisme dans le parti Ba'th, d’autant plus qu’ils adhéraient volontiers à son idéologie, sociale et laïque.

À partir de 1963, en trois coups d’État, celui de mars 1963 initié par le parti Ba’th, celui de 1966 organisé par les Alaouites et le dernier dirigé par Assad en novembre 1970, les Alaouites se sont progressivement installés au pouvoir. En 1963, si le président nommé par le parti Ba’th, Amin al-Hafiz, était un sunnite, il n'a pas pu empècher les Alaouites de devenir majoritaires parmi les officiers, avec le soutien des Druzes et des Ismaéliens. Dés cette époque, certaines unités furent uniquement  constituées d’Alaouites. En même temps, les Alaouites sont entrés en nombre dans le parti Ba’th, au point que les nouvelles adhésions alaouites firent quintupler en un an le nombre des adhérents au parti.

Inquiet de cette stratégie d’infiltration, le président Amin al-Hafiz a fini par décider en février 1966 d'éliminer 30 officiers alaouites, mais c’était trop tard. Par un nouveau coup d’État particulièrement sanglant, les Alaouites  s’emparèrent du pouvoir le 23 février 1966 en poursuivant l'élimination des officiers sunnites. Cette main-mise alaouite sur le pouvoir provoqua des révoltes de la part des autres communautés syriennes, alors même que deux rivaux alaouites se disputaient le pouvoir, Salah Jadid et Hafez el Assad. La guerre de septembre 1970 entre l'OLP et le gouvernement jordanien et la défaite de l’armée syrienne offrirent à Hafez el-Assad l’opportunité de l’emporter par un dixième coup d'Etat militaire en dix-sept ans, qui pour une fois ne donna pas lieu à un bain de sang.

Depuis 1970, toutes les tentatives de coup d’État ont échouées. Jusqu'à ces derniers temps où les monarchies du Golfe financent la révolte des Sunnites syriens avec le soutien des américains et des européens qui invoquent les Droits de l'Homme, le pouvoir en Syrie semblait solidement tenus par les Alaouites regroupés autour de la famille el Assad. 

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Grâce à la France, les Alaouites relèvent la tête

23 Juillet 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Lorsque la France s’est fait, en 1922, confier par la Société des Nations le mandat du Liban et de la Syrie, elle proclama, sous l’autorité du Général Henri Gouraud, la création d’un Grand Liban multiconfessionnel et elle découpa la Syrie en plusieurs entités aux statuts différents pour respecter l’identité de ce que l’on appelait les « minorités compactes ».

timbre-alaouites.jpgLa Syrie fut constituée en Fédération, formée  de deux États, l’État de Damas et l’État d’Alep, tous deux à majorité sunnite, et de deux territoires autonomes, l’État des Alaouites et le Djebel Druze, auquel s’ajouta l’année suivante le Sandjak d’Alexandrette peuplé d’une minorité turque qui sera cédé à la Turquie dés 1939. Les Chrétiens, dispersés dans tout le pays, ne bénéficièrent d’aucun statut séparé.

L'État alaouite, créé le 1erjuillet 1922, disposait d'une faible imposition basse et d'une importante subvention française. Les Alaouites profitèrent rapidement de leur statut en termes de développement comme au plan juridique. Sur les 6500 km2 de leur petit territoire furent construits le port de Lattaquié, des hôpitaux, des écoles, des routes. Ils échappèrent au droit musulman en disposant de leurs propres tribunaux pour ce qui relevait du statut personnel. 

Les Alaouites ont accepté ces changements avec enthousiasme et, en échange, ont contribué à maintenir la domination française. Ils se sont déplacés en grand nombre lorsque la plupart des Syriens ont boycotté les élections de janvier 1926 parrainées par la France. Ils ont fourni la moitié des huit bataillons d'infanterie constituant les Troupes Spéciales du Levant, servant de police et de service de renseignement. Ils ont brisé les manifestations sunnites, arrêté les grèves et réprimé les révoltes.

Ils étaient persuadés (ils ne connaissaient pas les détours de la politique française) que le mandat de la France déboucherait sur la reconnaissance définitive d’un État alaouite qui leur permettrait d’échapper à l’éternelle persécution de la part des Sunnites. Or, à partir de 1930, la France sacrifia l’intérêt des minorités alaouites et druzes à ses propres intérêts politiques. En effet, les militants sunnites qui revendiquaient l’indépendance de la Syrie étaient prêts à signer un traité d’amitié avec la France à condition que les Alaouites et les Druzes soient rattachés à la future Syrie indépendante.

Les Alaouites protestèrent énergiquement contre ce projet. C’est ainsi qu’en 1936, six notables alaouites, y compris le grand-père d’Hafez al-Assad, envoyèrent une lettre à Léon Blum dans laquelle ils lui faisaient observer que les Alaouites différaient des Sunnites religieusement et historiquement et qu’ils refusaient d'être rattachés à la Syrie car elle était un État dirigé par les Sunnites qui les considéraient comme des non-croyants. La même année, 450.000 Alaouites adressaient au gouvernement français une pétition dans laquelle ils déclaraient notamment que « Les Alaouites croient qu'ils sont des êtres humains, pas des bêtes prêtes à l'abattage. Aucune puissance au monde ne peut les forcer à accepter le joug de leurs ennemis traditionnels et héréditaires en étant leurs esclaves pour toujours.» Mais les Alaouites eurent beau attirer l’attention de Paris sur les risques de ce rattachement et demander, à défaut de leur indépendance, leur rattachement au Liban, rien n’y fit. Le 9 septembre 1936, le gouvernement français signait un traité franco-syrien qui rattachait le territoire des Alaouites à la Syrie.

En avril 1946, lorsque les Anglais évacuèrent la Syrie, les Alaouites retombèrent donc  sous la coupe des Sunnites.

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Les Alaouites. Vous avez dit les Alaouites?

20 Juillet 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Pour comprendre les enjeux de la guerre en Syrie, il est nécessaire de faire l’effort de comprendre qui sont les Alaouites et pourquoi ils suscitent une forte hostilité religieuse de la part des musulmans sunnites, plutôt que d’écouter passivement les déclarations de nos idiots officiels, BHL en tête, qui ne voient dans la chute promise de Bachar El-Assad que celle d’un tyran.

pano_4_g.jpgEn effet, nos « idiots officiels » nous empêchent de voir que la guerre civile en Syrie est une guerre menée par les Sunnites de Syrie soutenus par les Sunnites du Golfe contre les Alaouites et non pas une guerre visant à promouvoir les Droits de l’Homme en Syrie. Pour cela, ils nous cachent que le pouvoir de la famille El-Assad n’est pas exclusivement celui d’un clan familial, mais avant tout celui d’un groupe religieux et ethnique, les Alaouites, menacés de massacre si le régime actuel s’écroule.  

Pendant de nombreux siècles, les Alaouites ont été les personnes les plus faibles, les plus pauvres, les plus méprisées, les plus arriérées de Syrie. Or ils forment aujourd’hui son élite dirigeante, ils dominent le gouvernement et détiennent les postes militaires clés.

Comment cette transformation est-elle arrivée ?

Les Alaouites constituent un groupe d’environ un million trois cent mille personnes, dont un million vivent en Syrie. Ils constituent environ 12 pour cent de la population syrienne et les trois quarts d’entre eux vivent dans la province de Latakieh au nord-ouest de la Syrie, où ils représentent près des deux tiers de la population. Ils pratiquent l’Alaouisme, une religion qu’eux-mêmes considèrent généralement comme musulmane, mais que les musulmans sunnites rejettent comme hérétique.

Le mouvement religieux des Alaouites date du IXe siècle. Son fondateur, Mohamed Ibn Noçaïr, un musulman chiite natif de Bassora dans l’Irak actuel), a développé une doctrine éloignée des principes fondamentaux de l’Islam. L’Alaouisme érige en effet Ali, gendre de Mahomet, au sommet d’une trinité comprenant Mahomet et son compagnon Salman al-Farisi, un perse zoroastrien à la recherche de la Vérité. Il emprunte dans son livre fondateur, El Kitab madjmou El A’Ayad (le Livre recueil des Fêtes), à certains rites chrétiens et païens et réserve à des initiés exclusivement masculins la connaissance de ses dogmes et de ses pratiques.

Par exemple, l'Alaouisme permet de boire du vin, célèbre de nombreuses fêtes chrétiennes et honore des saints chrétiens. Mais on ne sait pas tout de l’Alaouisme, dont les rites doivent rester secrets, sous peine de mort pour les contrevenants. Les femmes ne sont jamais admises dans ces secrets religieux ; elles n’ont pas l’obligation de se voiler et ont généralement plus de liberté de mouvement que les femmes musulmanes. Comme les Alaouites rejettent la charia, ils ignorent les restrictions alimentaires et les rituels religieux, accordent peu d'attention au jeûne, à l'aumône, et au pèlerinage à la Mecque qu’ils considèrent comme une forme d'idolâtrie. Ils n’ont même pas de lieux de culte, les prières ayant lieu dans des maisons privées, ordinairement chez les chefs religieux.

Même si la religion alaouite n’est rattachée à l’Islam qu’en apparence, les Alaouites ont l’habitude de revendiquer l'Islam quand cela leur convient. C’est ce qu’ils appellent la taqiya (la dissimulation religieuse) destinée à leur éviter d’être persécutés. Car, plus que le judaïsme ou le christianisme, les Alaouites suscitent l’hostilité des musulmans sunnites qui les considèrent comme des apostats qui n’acceptent pas le principe clé de l’Islam, à savoir que la dernière révélation de Dieu est allée à Mahomet. Les Chiites sont plus indulgents à leur égard, les taxant simplement de dépasser les limites dans leur déification d’Ali. 

C’est pourquoi les Alaouites ont toujours été persécutés par les Sunnites, ce qui les a contraints à se retrancher dans les replis montagneux du djebel Ansarieh situé entre le Nord Liban et la Turquie. Ils ont toujours vécu en circuit fermé et ne se sont livrés à aucun prosélytisme envers quelque population que ce soit. Des siècles d'hostilité à leur égard leur a donné la réputation de montagnards féroces et indisciplinés, attaquant les étrangers, pillant les villageois sunnites dans les plaines et se refusant à payer des impôts.

 

Jusqu’au début du XXe siècle, en total antagonisme avec la bourgeoisie sunnite des villes, les Alaouites étaient les plus pauvres parmi les pauvres. Leur ascension sociale date de l’arrivée des Français en Syrie, vers 1920.

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Contre le sport

27 Juin 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Comme après le dernier match calamiteux de l’Équipe de France de football à l’Euro 2012, nous sommes souvent surpris voire agacés par la place prise par le sport dans nos medias. Dans les journaux, des cahiers entiers sont consacrés au sport et leurs pages locales débordent des moindres exploits sportifs des équipes de quartier ou de village.

 

super durandAujourd’hui, il est en effet tout aussi impossible d’échapper au sport qu’il était jadis chimérique d'esquiver la propagande en URSS. Cette omniprésence médiatique du sport usurpe la place des autres formes de la création humaine. Où sont les pages quotidiennes des medias sur la poésie, le théâtre, l’opéra, la philosophie, l’architecture, la peinture, les mathématiques ?

Plus grave encore, l’emprise sportive ne s’exerce pas que sur nos pensées, elle s’exerce aussi sur nos corps. Du berceau au trépas, notre société prétend nous contraindre à avoir une activité sportive. On voit de jeunes enfants déformer leurs corps par la pratique asymétrique du tennis ou des vieillards s’efforcer de hâter leur fin en se forçant à courir chaque matin des quelques jours que Dieu leur a généreusement octroyés. 

De fait, le sport est une idéologie qui nous oblige à faire de la compétition et de la performance l’alpha et l’oméga de nos existences. Il s’empare des oripeaux de la religion comme en témoignent l’institution d’un calendrier cyclique, l’annuel Tour de France, les Jeux Olympiques toutes les années bissextiles, le championnat de  France de Football impatiemment attendu fin juillet, la communion des foules dans les stades, la ritualisation de la compétition, les coupes soulevées tels des calices…

Le sport se revendique aussi comme une morale de la vie en société. Ce n’est pas par hasard s’il exalte la loi du plus fort et le mépris des faibles ou si on y célèbre la tricherie selon le principe du « pas vu pas pris », au point que même notre Président de la République a glorifié la main de Thierry Henry qualifiant iniquement l’équipe de France de football aux dépens de celle d’Irlande.

Enfin le sport exalte des valeurs comme celles du désir de domination, de l’enflure du moi et de la cupidité. C'est ainsi que personne ne s’étonne, en matière de sport, de voir des mercenaires immatures et voraces tapant dans un ballon élus au rang de divinités, tandis que les poètes, les penseurs, les savants, les peintres, les sculpteurs sont repoussés dans la marginalité. 

 

Alors contre le sport ?

Oui, contre le sport comme idéologie, comme religion, comme morale. Contre le sport excessif que nous pratiquons parce qu’il serait malséant de ne pas être sportif.

Si vous partagez ce point de vue, voici quelques citations utiles lorsque vous jugerez bon d’affronter le totalitarisme sportif de vos contemporains endoctrinés :

- Si vous voulez parler d’autre chose que du sport, citez Amélie Nothomb: « Pour la plupart des gens, aimer est un détail de l'existence, au même titre que le sport, les vacances, les spectacles. »

-Si vous voulez lancer une discussion sérieuse, citez Georges Orwell : « Pratiqué avec sérieux, le sport n'a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d'autres mots, c'est la guerre, les fusils en moins. » 

- Si vous voulez susciter la réprobation générale, citez Georges Bernard Shaw : « Le seul sport que j'ai jamais pratiqué, c'est la marche à pied quand je suivais les enterrements de mes amis sportifs. » 

- Si vous voulez avoir le mot de la fin, citez Winston Churchill, qui, lorsqu’il approchait de son 90e anniversaire, déclara au journaliste qui l’interrogeait platement sur le secret de sa longévité : « Sport…I never, ever got involved in sport. »

 

Vous voilà armé pour le débat : ça va être du sport !

PS : ce blog m’a notamment été inspiré par l’ouvrage du philosophe Robert Redeker « L’emprise sportive », François Bourin éditeur, 2012. 

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Aider les débiteurs

24 Juin 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

La conclusion provisoire de la crise politique grecque par la constitution d’un gouvernement d’union entre la Nouvelle Démocratie et le Pasok permet l’entame d’une négociation qui conduira par nécessité l’Europe à prendre en charge la dette grecque. L’article ci-dessous devrait nous permettre de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre, derrière les conclusions à l’emporte-pièce consistant à observer que Monsieur Samaras n’est qu’un vieux cheval de retour, que les Grecs ne veulent pas payer d’impôts ou que l’Euro va disparaître.

12293691448E2pGU5Dans l’histoire des crises, on observe que les débiteurs sont toujours plus sévèrement touchés que les créanciers par une crise financière. La capacité des créanciers, composés de banquiers fortement organisés sur le plan politique, est en effet bien plus efficace face au législateur que les millions de débiteurs inorganisés : depuis 1914, qui a osé s’attaquer aux intérêts des banquiers new-yorkais sans y laisser la vie, à commencer par le Tsar Nicolas II ? 

Mais il reste que les données historiques montrent que la protection des droits des créanciers est contradictoire avec la sortie de la crise économique. En termes plus brutaux, la reprise s’appuie sur la spoliation des créanciers, pratiquée sans discontinuer depuis un siècle par le biais de l’inflation, méthode qui a l’avantage d’éviter la confrontation politique directe entre créanciers et débiteurs.

En outre, spolier les créanciers n’est pas aussi inique sur le plan économique que l’on peut le croire. Lors d’une crise financière, les prêteurs deviennent plus exigeants pour accorder de nouveaux crédits, ils demandent des garanties de plus en plus étendues, arguant que la valeur des actifs détenus par les emprunteurs s’est réduite. Quel banquier prêterait aujourd’hui avec pour garantie des appartements vides de la côte espagnole ? Il en résulte que la baisse de la valeur des actifs sur le marché entraîne une baisse générale des investissements, même s’il existe toujours autant d’investissements potentiellement rentables. Il faudrait donc  transférer des ressources aux débiteurs pour relancer les investissements.

En outre, comme leurs capacités de paiement et leurs liquidités sont réduites, les débiteurs sont forcés de réduire leur consommation. Sur le plan collectif, cela n’aurait pas d’impact si, en compensation, les créditeurs consommaient plus, ce qui en général malheureusement pas le cas. C’est ainsi que les deux tiers du chômage pendant la crise de 1929 résultaient de la baisse de la demande provoquée par les ménages endettés et qu’aujourd’hui la demande d’un pays débiteur comme la Grèce s’effondre lorsque le pays est obligé de réduire les salaires des fonctionnaires, les retraites et les autres dépenses publiques pour faire face à une crise de la dette souveraine. Il faudrait qu’en compensation, les pays créditeurs comme l’Allemagne proposent une demande compensatoire de tourisme ou d’achats immobiliers, sans quoi l’économie grecque ne peut que s’effondrer dans la récession. Or on observe que, par peur des désordres ou par rancœur, la demande touristique  des étrangers, en particulier des Allemands, baisse de manière tout à fait contreproductive.   

Pour accroître la consommation collective, il ne reste plus dans ces conditions qu’à organiser des transferts de revenus en faveur du pays débiteur. Mais la montée des tensions politiques provoquées par la crise financière aboutit à des blocages qui limitent la réforme. On a observé en effet que les crises financières entraînent la fragmentation des partis et l’installation de gouvernements moins modérés qui s’appuient sur des coalitions plus faibles qu’avant la crise. En face, les oppositions grossissent, mais se fragmentent, l’ensemble de ces facteurs conduisant à des impasses politiques.

La leçon de ces observations est donc que, pour sortir d’une crise économique, on ne peut pas faire confiance aux acteurs directs, mais à l’action politique pour une fois réhabilitée. Il reste que l’action politique implique une opinion publique rassemblée dernière un gouvernement fort pour sortir rapidement  un pays de la crise, justement plus difficile à obtenir alors qu’elle est singulièrement nécessaire.    

 

À ce titre, les acteurs politiques susceptibles de contribuer efficacement à une sortie de crise sont facilement identifiables : n’en font partie ni la Grèce, ni à l’autre bout de la chaîne l’Union Européenne, mais le quatuor formé de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et de l’Espagne apparaît  aujourd’hui comme le seul acteur crédible du mouvement.

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Comment sortir de la crise?

14 Juin 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Une récente étude fondée sur des articles  scientifiques fait la synthèse des conséquences des crises financières sur la croissance économique (1). Les auteurs de cette étude observent que le partage des pertes entre créanciers  et débiteurs permet de sortir plus rapidement d’une crise financière que lorsque toute la charge de la crise est supportée par les emprunteurs. Il m’a inspiré les réflexions suivantes :

solutions.jpgLa crise des pays du sud de l’Europe, auxquels s’ajoute l’Irlande, tourne autour de leur capacité à rembourser leurs dettes. La Grèce a bénéficié d’une remise conséquente de ses dettes, mais ces dernières restent si importantes que l’on doute fort qu’elle pourra jamais les rembourser. On presse les Grecs de mettre en place des réformes qui permettent de rembourser plus de dettes tout en sachant que la croissance déjà négative va en pâtir et donc réduire leur capacité de remboursement. On imagine des réformes structurelles qui permettraient d’accroitre la production grecque, mais sans accroitre la consommation, comme si l’augmentation de leur pauvreté pourrait être la solution. Enfin l’odieux le dispute au ridicule lorsqu’on les menace de mesures de rétorsion s’ils ne votent pas en faveur des partis qui prônent des mesures d’austérité, comme a cru le faire Christine Lagarde ou François Hollande dans de récentes adresses aux Grecs.

Or l’on sait que l’annulation des dettes et l’inflation permettent de sortir plus rapidement d’une crise économique que le remboursement des dettes ou la stabilité des prix. Tout le problème se situe dans le processus politique qui permettrait de transférer la charge de la dette des débiteurs aux créanciers. Comment l’Union Européenne peut-elle se résoudre à annuler les dettes de la Grèce ? Impossible sans mettre en danger tout le système financier européen qui ne pourrait plus trouver de prêteurs. Impossible sans transférer la charge sur les contribuables européens, d’où les appels à la mutualisation des dettes largement relayés par les créanciers, une solution qui ne reviendrait qu’à diffuser la crise et non à en sortir.

En définitive, tout le monde sait, pressent ou devine que la sortie de la Grèce de la crise passe par la quasi annulation de sa dette et par l’inflation.

Mais personne aussi bien en Grèce qu’en Europe n’est prêt à en assumer la charge, parce que les crises de l’endettement et des monnaies, les difficultés des banques et l’inflation conduisent à des conflits idéologiques qui entrainent le fractionnement voire l’éclatement des forces politiques. Aussi, quel que soit le résultat des élections du 17 juin 2012, la faiblesse de la coalition politique au pouvoir la met dans l’impossibilité d’agir. Aucune réforme, d’aucune sorte, n’est possible et les compromis entre forces politiques deviennent presque impossibles.

Les études historiques citées dans l’article en référence montrent que le blocage politique après une crise financière est la norme plutôt que l’exception. Les conflits politiques proviennent de l’impact des crises sur les croyances des électeurs vis à vis des solutions économiques qui leur sont proposées. La mondialisation, le libéralisme qui ont permis une telle crise sont-ils toujours la bonne, la seule solution aux problèmes économiques d’aujourd’hui ?

De plus la crispation de débiteurs qui se trouvent dans l’impossibilité de rembourser comme celles des créanciers qui ressentent l’impérieuse nécessité de se faire rembourser dans des situations de crise rendent les solutions de compromis particulièrement délicates à faire accepter par les deux parties. Cette montée des conflits entre créanciers et débiteurs s’observe aujourd’hui entre l’Allemagne et le Sud de l’Europe, mais aussi aux Etats-Unis avec le mouvement de protestation « Occupy Wall Street ». Elle a aussi caractérisé la grande crise de 1929, opposant fascisme et socialisme jusqu’à la guerre de 1940-1945.

On a vu dans un passé récent les créanciers de l’Argentine après sa faillite lui refuser pendant plusieurs années tout accès au crédit international  de peur d’une contagion du non remboursement des dettes. On a vu, avec moins de succès, l’Islande subir les mêmes menaces et aujourd’hui la Grèce essuyer les mêmes foudres si jamais elle s’avisait de cesser de rembourser ses dettes.  Et pourtant l’annulation des dettes argentines et islandaises, pour ne citer que ces deux pays, a indubitablement favorisé leur redémarrage économique. Mais n’allez pas demander aux créanciers d’acquiescer!

Le risque est donc que l’absence d’accord de compromis n’approfondisse et ne prolonge la crise économique qui succède à la crise financière, entrainant dans un cercle vicieux des tensions politiques qui rendent encore plus difficiles la mise en place d’une solution de compromis entre créanciers et débiteurs. Jusqu’à quel séisme qui rassemble enfin les protagonistes autour d’une solution de survie commune ?



(1) « Resolving Debt Overhang: Political Constraints in the Aftermath of Financial Crises », Atif Mian, University of California, Berkeley and NBER,Amir Sufi, University of Chicago Booth School of Business and NBER, Francesco Trebbi, University of British Columbia, CIFAR, and NBER January 2012, American Economic Association 2012. Vous pouvez trouver cet article en telechargement sur Internet.

 

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Sainte Ioulia Timochenko, martyre

28 Mai 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

 

On se demande pourquoi l’Union Européenne, le Parlement Européen et la Commission Européenne défendent avant autant de conviction Ioulia Timochenko. 

 

686904_6_2d55_viktor-iouchtchenko-et-ioulia-timochenko-en.jpgCondamnée à sept ans de prison pour abus de pouvoir, Ioulia Timochenko multiplie les gestes de protestation pour mobiliser l’opinion européenne. Vous remarquerez que les medias français n’expliquent jamais pourquoi elle a été condamnée. Ils relatent seulement le fait qu’elle est en prison et qu’elle proteste. Et de fait, les dirigeants  et le Parlement Européen, relayés par les medias, multiplient les gestes de soutien à son égard comme si elle était victime d’une horrible injustice en étant condamné à la prison pour abus de pouvoir. On nous explique que sa vie est en danger et qu’elle subit une injustice de la part d’un pouvoir dont on nous laisse entendre qu’il est arbitraire.

Revenons donc vers quelques données factuelles.

Tout d’abord  Ioulia Timochenko est belle, avec son visage de madone slave auréolée d’une couronne de tresses blondes. Cela joue beaucoup dans la sympathie qu’elle provoque et qui fait qu’on lui donnerait le bon Dieu sans confession.

Mais qui est Ioulia Timochenko ?

D’origine russo-arménienne, Ioulia Hryhian, aujourd’hui  Ioulia Timochenko est née le 27 novembre 1960 dans la ville industrielle de Dniepropetrovsk. En 1979, elle épouse Oleksandr Timochenko, fils du responsable politique de la région de Dniepropetrovsk, avec lequel elle a une fille, Eugenia, née l'année suivante.

Elle obtient en 1984 un diplôme en économie et cybernétique de l'université d’État de l’Oblast, puis elle entame sa carrière professionnelle à l'Usine Lénine de construction mécanique. En 1988, elle ouvre avec son mari Oleksandr un magasin de location de vidéos, lancé avec 5 000 roubles soviétiques qu'ils ont empruntés. De 1989 à 1991, elle travaille en tant que directrice commerciale du centre de jeunes « Terminal » de Dniepropetrovsk.

Elle est ensuite nommée directrice de la société Ukrainian Oil Corporation  en 1991, car elle a fait la connaissance de Pavel Lazarenko, gouverneur de la région, avec qui elle se lie d’amitié. En 1995, ce dernier devient Premier ministre et propulse sa jeune protégée à la tête de la compagnie privée “United Energy Systems of Ukraine” (UESU). C'est alors qu'elle et son mari deviennent très vite riches: les contrats pleuvent, les pots de vin aussi et le couple Timochenko devient l’une des premières fortunes du pays. En 1999, Pavel Lazarenko, reconnu coupable d’escroquerie et de blanchiment d’argent, est arrêté. Ioulia, elle, n’est pas inquiétée car elle a senti le vent tourner et a su s’éloigner de lui à temps pour se rapprocher de Leonid Koutchma, le président de la République. 

La même année, elle se décide à entrer en politique. Elle est  élue députée de la région de Kirovohrad et  se voit proposer par le nouveau Premier ministre, Viktor Iouchtchenko, le poste de vice-Premier ministre et le portefeuille de l’Énergie.

Au gouvernement, la « princesse du gaz », comme on la surnomme, parvient à restructurer le secteur de l’énergie et à éponger la dette ukrainienne contractée auprès de la Russie. Son succès lui donne des ailes et elle ne tarde pas à critiquer ouvertement les autres membres du gouvernement.

Las de la voir interférer dans ses affaires, le président Leonid Koutchma finit par la limoger en janvier 2001. Ioulia Timochenko, poursuivie pour falsification de documents et contrebande, est alors incarcérée. Quand elle sort de prison, un mois plus tard, elle est victime d’un accident de voiture dont elle sort indemne  mais qui lui permet de crier à l’attentat et de fédérer l’opposition.

Symbole de la révolution orange de 2004, Ioulia Timochenko devient Premier ministre après l’investiture du candidat Iouchtchenko à la présidence de la République. Limogée en 2005, elle reprend ses fonctions en 2007, avant de se présenter en 2010 à l’élection présidentielle. Battue par Viktor Ianoukovitch, Ioulia Timochenko voit alors son gouvernement renversé par le nouveau président de la République.

Reconnue coupable d’abus de pouvoir, l’ancienne icône glamour est condamnée, en octobre 2011, à une peine de 7 ans de prison. Elle comprend alors qu’elle ne peut plus jouer de sa féminité. Désormais, c’est l’image d’une victime qu’elle veut renvoyer.

En se posant en martyr de la démocratie, il semblerait bien que Ioulia Timochenko, qui souffre en Ukraine d'une large impopularité essaie de faire oublier le « Machiavel en jupon » et la milliardaire qu'elle est.

 


Mais pourquoi donc l’Union Européenne, ses dirigeants, ses medias la soutiennent-ils avec autant d’acharnement ? mystère….

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Moved by the Iron Lady

19 Mai 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Au cours d’un long trajet aérien, j’ai eu récemment la chance de voir le film « Iron Lady » qui donne une représentation de la vie de Margaret Thatcher.

 

margaret-thatcher_1725675c.jpgJ’avoue que le film m’a tiré des larmes, oui des larmes, lorsqu’il montre la faiblesse insigne de cette femme atteinte de la maladie d’Alzheimer, tellement loin de l’image triomphante de celle qui fut la Dame de Fer. Sic transit gloria mundi. Comme la faiblesse est proche de la force, aussi assurée parait-elle en l’instant!

L'objet du film est de cerner la personnalité de Margaret Thatcher et de montrer les conditions dans lesquelles elle a exercé ses tâches de Premier Ministre. Son fil conducteur est constitué par la mémoire de Maggie, qui va et vient entre ses années de grandeur et le crépuscule de sa vie actuelle. Saluons la fine mise en scène de Phillyda Lloyd et la remarquable performance de Meryl Streep qui a su incarner Margaret Thatcher de saisissante manière.

Encore qu’ « Iron Lady » soit avant tout un film sur la solitude, l'isolement et la vieillesse, j’aurais été fortement déçu que les critiques bobos aient trouvé le film à leur goût. En effet, rien dans ce film ne pouvait leur plaire, ni le sujet, ni l’héroïne du film, ni le courage. Heureusement, aucun d’eux ne l’a aimé…

Le film nous montre donc une Margaret Thatcher si violemment haïe des mineurs en grève ou des Irlandais prêts à mourir de faim pour briser sa volonté inhumaine, mais qui n’est plus aujourd’hui qu’une pauvre femme étroitement surveillée. Évanouie sa fierté de fille d’épicier éduquée à la dure, disparu son amour pour le séduisant Denis Thatcher, oubliées ses homériques batailles électorales, périmée sa résistance opiniâtre face aux grandes grèves des mineurs, dépassée son incroyable détermination pour reconquérir coûte que coûte les Falkland, pardonnée la trahison de ses pairs qui la précipitent à terre le 19 novembre 1990!  

Lorsque l’on voit dans la première scène, une petite vieille voûtée dans un imperméable beige, fichu noué sous le menton, un cabas à commissions en plastique bleu à la main, faire la queue dans un petit magasin après avoir trompé la vigilance du personnel chargé de sa sécurité, on a peine, aux deux sens du terme, à imaginer qu’il s’agit de la même Maggie intraitable qui malmenait les syndicats dans les années 1980. Une Maggie qui se souvient des déchirements engendrés par cette bataille permanente que fut sa vie, qui revoit  ses jumeaux essayant en vain de la retenir à eux à l'aube de sa carrière politique, qui entend encore son mari lui reprocher son excessive ambition...

Finalement, elle a toujours été seule, Maggie, envers et contre tous, seule à prendre les décisions, cherchant résolument à mettre en œuvre ses idées, supportant stoïquement son impopularité, seule avec son credo: « Watch your thoughts, for they become words. Watch your words for they become actions. Watch your actions, for they become habits. Watch your habits, for they become character. Watch your character for it becomes your destiny! What we think, we become! (1)»

Où est passée cette fille d'épiciers fière de l'être et toute aussi fière d'avoir accompli ses études à Oxford, cette battante, cette politicienne de conviction ? Eh bien, elle n’a pas disparu, tant son courage et sa volonté surnagent dans son naufrage. Du début à la fin, elle ne fit que lutter: « I've done battle every single day of my life ». Alors elle continue à lutter, non pas contre des politiciens veules et corrompus ni contre les syndicats, mais contre ses propres  hallucinations.

Laissons Maggie à ses derniers combats pour nous mesurer à l’essentiel, son œuvre. Un bilan qui fait pâlir tous les impuissants qui nous gouvernent, pour lesquels rien n’est possible, fors les promesses.

 

Un an avant l'arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir, ça n’allait pas très fort en Grande-Bretagne. À l’aube de la mise en place d’un gouvernement socialiste en France, il n’est pas inutile de se souvenir qu’une décennie de gouvernement travailliste avait laissé le Royaume-Uni exsangue, en proie à une crise économique sans précédent. C’est alors qu’arriva « The Winter of Discontent »…

 

(1) Attention à vos pensées, Surveillez vos mots, ils deviennent des actes. Surveillez vos actes, car ils deviennent des habitudes. Veillez à vos habitudes, qui forgent votre caractère. Surveillez votre caractère, car il forge votre destin. Ce que nous pensons, nous le devenons.

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Surlendemain d'élection

8 Mai 2012 Publié dans #ACTUALITÉ

Drôle d’impression. Une sorte de vide après le tohu-bohu, les discours, le matraquage médiatique, l’avalanche des sondages, le faux suspense des derniers jours. Puis tout s’est arrêté. La poussière est retombée sur le duel. L’un s’est retiré, dignement, l’autre se prépare à occuper le palais, tout aussi dignement.

 

Sarkozy-Hollande.jpgLe système électoral a coupé les électeurs en quatre. 51,68% des votants sont plus ou moins contents. Maintenant leur joie s’atténue doucement et ils deviennent vaguement inquiets. Le système financier, le principe de réalité et la logique politique ne vont-ils  pas réduire les promesses du candidat à des insignifiances, des symboles vite oubliés ? Le plaisir de voir Nicolas Sarkozy quitter la scène et d’y avoir participé ne peut pas être un sentiment durable. Bref, après l’ivresse, la gueule de bois les  guette.

48,32% des votants en sont encore à cuver leur défaite, plus ou moins inquiets de lendemains qui devraient déchanter. Que va devenir la France désormais dirigée par celui qu’ils ont combattu, contre lequel ils ont voté et dont ils ont vilipendé le programme ? Ils se disent aussi que le système financier, le principe de réalité et la logique politique vont agir dans le bon sens pour limiter les effets nocifs des promesses du candidat François Hollande. Et ils s’apprêtent à supporter stoïquement les visages de ces futurs ministres qu’ils détestent d’avance.

Mais il ne faut pas oublier les 5,85% qui ont voté blanc. Eux ont voulu marquer qu’aucun des deux candidats ne leur paraissait digne de présider la France. Aujourd’hui comme le jour du vote, ils se bouchent le nez, n’attendant rien de bon de François Hollande comme ils n’auraient rien attendu de bon non plus de Nicolas Sarkozy. Pour eux, la critique sera facile, en attendant que le candidat de leur cœur ne revienne dans le jeu.

Reste enfin les 18,74% d’électeurs inscrits qui n’ont pas voté et qui, peu ou prou, ne votent jamais.  Eux se sont placés au-dessus de la mêlée, ils ne s’intéressent pas à ces questions subalternes et n’acceptent aucune responsabilité dans les décisions qui seront prises. Ils se contentent de les subir.

Ces quatre morceaux de France vont donc, tous ensemble, devoir accepter les décisions que prendra le nouveau Président de mai 2012 à avril 2017. Auront-elles tant d’effet que cela sur leurs vies ? N’était ce pas beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?

Sans sous-estimer l’importance des décisions prises par les Présidents précédents, je n’ai pas souvenir qu’elles aient changé ma vie ou celle de mes proches. Certes, individuellement, des personnes ont été fortement affectées par les décisions des différents Présidents de la République. Parmi eux, celui qui a le plus fortement changé la vie des Français fut certainement Charles De Gaulle lorsqu’il a décidé d’évacuer l’Algérie dans les conditions que l’on connaît. Mais les autres ? ils ont pris des décisions économiques, sociales qui s’imposaient plus ou moins d’elles-mêmes compte tenu de l’état de la société française. Certaines décisions ont été inversées, comme la nationalisation des grandes entreprises industrielles, d’autres maintenues comme les 35 heures ou l’ISF. La gauche a abrogé certains textes de lois sur la sécurité. Au total, le chemin s’est parfois infléchi, mais le cap a si peu changé que l’on a pu se référer à un État UMPS.

Il ne changera guère, à mon avis, avec le nouveau Président de la République et sa majorité soucieuse de gérer au mieux son confortable capital politique.

D’ailleurs, au cours de ma vie, ce ne sont pas les « grands » changements politiques comme l’avènement de la Ve République ou l’introduction de l’Euro qui l'ont changé, mais la technologie, l’automobile, l’avion, l’ordinateur ou le téléphone portable. J’ai vu aussi le niveau de vie des Français s’accroître constamment, les agriculteurs disparaître, les familles éclater, les comportements changer et le pays devenir multiculturel. Jusqu’ici, tous ces changements ne m’ont semblé en rien liés à l’élection présidentielle…

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