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Le blog d'André Boyer

actualite

Notre salut dépend de leurs profits

16 Mai 2009 Publié dans #ACTUALITÉ

Dans un texte écrit en 1938, Éric Ambler fait dire à son héros :

-       Et après ? demandai-je d’un ton indifférent. Ces armements, il faut bien que quelqu’un les fasse, non ?

Zaleshoff eut un rire amer.

-       C’est bien la réponse que dicte au populo l’évangile de la Sainte Galette. L’industrie n’a qu’un seul but : enrichir les affairistes. Comme il faut rétribuer les capitaux, la demande devient sacro-sainte. Qu’il s’agisse de bombes destinées à massacrer des civils ou d’engrais chimiques, d’obus ou de casseroles, de machines à traiter la jute ou de poussettes d’enfants, peu importe. La demande doit être satisfaite. L’homme d’affaires est déchargé de toute responsabilité, hors celle de réaliser des bénéfices, pour lui d’abord, pour ses actionnaires ensuite. 

-       Tout cela ne me concerne pas.

-       D’accord, mais vous êtes de ceux qui rendent la chose possible, voilà tout. Mais peut-être serez-vous aussi de ceux que qui seront ratatinés le jour où ces bombes et ces obus  serviront…

 

Ce n’est pas un texte qui a vieilli, loin s’en faut. Notons le point de départ : « L’industrie n’a qu’un seul but : enrichir les affairistes ». Elle n’a donc pas celui de satisfaire les besoins des gens, en tout cas l’industrie ne commence pas par là. Elle installe d’abord sur un piédestal une demande qui ne lui reste plus ensuite qu’à satisfaire, et avec la meilleure conscience du monde en plus, puisqu’elle est sacrée. Le consommateur est roi ! Bien sûr, si le roi-consommateur n’a pas de sous, l’industrie le dépose aussitôt. Les exemples fourmillent, depuis le téléphone portable devenu indispensable que l’on place sur un piédestal de plus en plus imposant puisqu’il est hautement rentable, jusqu’aux soins médicaux pour les déshérités que l’on ignore, faute de capitaux disponibles. 

Or, nous traversons une période assez anxiogène pour les capitalistes : il se trouve qu’en ce moment, les consommateurs achètent moins. Les aléas financiers ont fini par déclencher chez eux une crise de confiance qui a fait boule-de-neige avec les licenciements que les capitalistes n’ont pas manqué de pratiquer en masse, pour sauver leurs sacro-saints taux de profit. La question est maintenant de savoir comment relancer la machine car, derrière les errements financiers, cette crise a finalement été provoquée par une forte spéculation sur des biens dont on pressentait qu’ils allaient manquer à terme, à cause de la croissance de la population, comme le pétrole, les minerais, les céréales, en attendant les terres et l’eau. Il ne s’agit donc pas de reprendre le même chemin, c’est-à-dire la même croissance de destruction des matières premières, parce qu’il y aurait aussitôt  reprise de la spéculation, hausse des prix et crise à nouveau.   

Ce qu’il faudrait pour que l’industrie reparte vraiment, c’est organiser la décroissance de la production en remplaçant une bonne partie de notre consommation matérielle par du virtuel, peu coûteux en énergie et en matières premières. En d’autres termes, il devient urgent, pour les profits en premier lieu et accessoirement pour la survie de l’humanité, d’inventer une demande humaine compatible avec les ressources de la planète. Fini l’abondance de viande, fini le gaspillage d’énergie, fini l’eau disponible en quantité illimitée.

C’est ce qu’il faudrait, mais il s’agit aussi de ne désespérer ni les consommateurs, ni surtout  les capitalistes car ce sont ces derniers qui ont les moyens de changer le cours de la croissance, pas les consommateurs. Eux, les moutons n’auront qu’à suivre le mouvement comme d’habitude. Mais les capitalistes, il s’agit de les allécher avec des investissements aussi rentables et même plus rentables qu’avant, mais avares en matières. Car les détenteurs de capitaux ne connaissent qu’un langage, celui du taux de rentabilité. Il faudrait donc leur offrir des rendements élevés dans le virtuel, dans les services psychologiques ou dans l’alimentaire, économes en terres, en eau, en air et en énergie. Que l'investissement soit d’autant plus rentable que le « produit » sera fortement immatériel. Alors l’économie repartirait, dopée par l’enthousiasme des capitalistes heureux de sauver la planète et leurs profits, ou l’inverse.

À charge pour les  capitalistes ensuite de faire oublier aux consommateurs les temps barbares de l’abondance des biens, en les faisant d’autant plus rêver de produits que ces derniers seraient immatériels. À bas la matière, vive le spirituel, le virtuel, l’imaginaire. C’est avec eux que l’on fera les produits et les profits de demain.

Et ne croyez pas que ce soit hors de la portée des capitalistes. Ils savent déjà nous vendre de vulgaires dérivés de pétrole et des monceaux de cadavres d’animaux qui sont, nous expliquent-ils avec une conviction fortement contagieuse, nécessaires à notre bonheur. Il ne leur sera pas bien difficile de nous convaincre de l’inverse, en faisant de la pénurie la source profonde de notre satisfaction et de leur profit.
Yes, the capitalists, you can! Do it!


Je ne suis pas un héros, Rivages Noir 2007, page 171. L’édition originelle date de 1938.

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Millenium Force 4

17 Avril 2009 Publié dans #ACTUALITÉ

Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous conseille de lire les trois tomes de Stieg Larsson, Millenium 1, 2 et 3, vous y apprendrez pas mal de choses, sur la Suède, sur les hackers et sur les rapports entre la tyrannie et la liberté. Si je fais référence au roman de Stieg Larsson, c’est que ce que l’on vient d’apprendre des révélations faites par Abdülkadir Aygan fait irrésistiblement penser à ce roman.

Dans son édition du 13 avril 2009, Le journal « LE MONDE » nous raconte qu’Abdülkadir Aygan vit reclus dans un village en Suède, sous la protection des services secrets du pays. Ancien membre de la rébellion kurde du PKK, il a ensuite été retourné par l'armée turque dans les années 1990 pour collaborer avec le Jitem, une cellule clandestine de la gendarmerie chargée de la lutte antiterroriste. Pendant dix ans, il a pris part aux crimes perpétrés par l'armée contre les rebelles kurdes. Il a quitté la Turquie en 2003 et aujourd’hui, il parle, enfin.

Il raconte les séances de torture et les exécutions sommaires dont il fut le témoin. Des centaines de meurtres et d'enlèvements auraient été commis dans le sud-est de la Turquie entre 1987 et 2001. Les aveux d'Abdülkadir Aygan ont par exemple permis de retrouver le corps de Murat Aslan, un jeune de 25 ans dont le cadavre brûlé a été déterré sur ses indications. Abdülkadir Aygan raconte : « Nous l'avons enlevé dans un café après une dénonciation et conduit au local du Jitem, Un caporal expert en torture l'a accroché au plafond par les mains, avec des poids aux pieds. Il le battait. Il est resté trois ou quatre jours sans nourriture. » Finalement mené au bord du Tigre, « On lui a mis un bandeau sur les yeux et des menottes. Le sous-officier Yüksel Ugur a tiré et Cindi Saluci l'a arrosé d'essence et a mis le feu. C'est grâce à mon témoignage que son corps a pu être retrouvé par sa famille et identifié grâce à un test ADN». Il décrit également des cuves de la compagnie pétrolière d'Etat Botas, dans lesquelles des corps auraient été jetés après avoir été dissous dans l'acide.

La justice turque enquête et réclame en même temps, l'extradition de l’ex-tortionnaire repenti qui craint pour sa vie. Certains commencent cependant à parler en Turquie depuis qu’une enquête a été lancée sur le réseau Ergenekon « infiltré » dans l'appareil d'Etat turc et soupçonné d'avoir fomenté putschs et assassinats. 142 personnes sont en cours de jugement à ce titre. Le Jitem n’était en effet pas le seul à commettre ces meurtres, « d'autres services de police, de gendarmerie ou de l'armée, voire même par le MHP, le parti d'extrême droite nationaliste » étaient aussi impliqués, précise le repenti.

LE MONDE ajoute que c’est peut-être « la fin de l'impunité pour ces crimes perpétrés jusque très récemment ». Mais il ajoute aussi, énigmatique, que le colonel Abdulkerim Kirca, l’assassin présumé d’une douzaine de Kurdes dans les années 1990, a été  récemment retrouvé avec une balle dans la tête avant de pouvoir être interrogé. Officiellement, un suicide. Tout le gratin de l'état-major turc assistait à ses funérailles.

Voici tout d’abord ce que le journal Le MONDE et toutes les bonnes âmes veulent nous faire croire : cela s’est passé dans les années 90, cela ne pourrait plus se passer aujourd’hui. Les crimes ont été commis par des membres d’organisations « d’extrême droite », mot fétiche comme le mot secte. Le parti actuel au pouvoir, issu de la mouvance islamiste a été lui-même persécuté, il n’est donc pas susceptible de commettre les mêmes crimes. D’ailleurs la justice enquête, ce qui prouve que la démocratie existe dans ce pays. Enfin, on peut aussi bien en tirer la conclusion qu’il faut aider la Turquie à devenir vraiment démocrate en l’accueillant dans l’Union Européenne que d’en déduire qu’il faut se garder d’être trop proche d’un peuple qui est susceptible d’être dirigé par des tortionnaires.

En ce qui me concerne, je n’accepte aucune de ces « vérités suggérées ». Je crois que cela pourrait encore avoir lieu aujourd’hui et même demain. Je ne crois pas que seule « l’extrême droite » soit susceptible d’exactions et de tortures. Je ne crois pas non plus que cela ne puisse pas se passer en Europe. Pour appuyer mes dires, je vous rappelle que l’on torture en Algérie, juste en face de chez nous et en ce moment même, que les USA viennent d’avouer que la CIA torturait, et chez nous, quand je vois l’instrumentation de la police par notre président de la République à Strasbourg, l’état ignominieux de nos prisons, je me dis qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que nous basculions dans un État policier, ce qui entraînerait immanquablement, avec la culture du résultat, arbitraire, violence, torture et meurtre.

Turquie, Algérie, USA, Europe, il n’y a pas de sanctuaires dans lequel nous puissions être certain d’éviter les tortionnaires, qui savent bien qu’ils bénéficieront partout de  « l’abjecte patience de l’opprimé », comme la qualifie Aldous Huxley.

 

 

 

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Big Brother

31 Mars 2009 Publié dans #ACTUALITÉ

La France est un pays démocratique. Il faut toujours rappeler ce que cela veut dire. Le terme, inventé dans la cité-État d'Athènes du Ve siècle av. J.-C., provient du grec ancien δημοκρατία qui signifie « souveraineté du peuple ». On n'oublie pas qu'il ne fonctionnait que pour un nombre limité de citoyens. La formule d'Abraham Lincoln : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » a été introduite dans la constitution de 1958 de la Cinquième République française. Même si elle offre des possibilités d'interprétations, même si sa mise en oeuvre concrète présente de grandes difficultés, elle est assez claire. Officiellement, la démocratie française est un système politique dans lequel la souveraineté est attribuée au peuple qui l'exerce de façon indirecte en élisant des représentants et parfois  de manière semi-directe en statuant sur certaines lois par référendums.
En pratique, que d'entorses à ce système! Les citoyens français n'élisent pas DES représentants pour décider à leur place mais UN représentant dont tout découle. Le président décide de tout, sans que les assemblées ne puissent s'y opposer, puisque les membres de la majorité sont désignés par lui. Et comme l'Assemblée est élue en même temps que lui, comment les électeurs pourraient-ils voter à la fois pour le Président et pour une Assemblée qui lui soit opposée? Seul le Sénat conserve quelque indépendance par rapport au Président. Les maires, les conseillers départements et régionaux de la majorité lui sont de même inféodés, puisque leur investiture dépend du Président. Et comme les partis, en fonction du nombre de voix qu'ils obtiennent sont financés par l'Etat et que la double élection présidentielle et parlementaire octroie par définition au Président le parti majoritaire, c'est ce dernier qui a le plus d'argent pour financer les campagnes électorales. Il reste malgré tout des régions, des départements et des villes qui sont dirigées par des partis, ou plutôt par le parti d'opposition. Mais la puissance de l'État centralisé les contraint à se plier largement aux décisions de l'État. Comme enfin, les élus peuvent être indéfiniment réélus et occuper plusieurs postes, on voit bien que la politique est une carrière professionnelle dont le succès dépend de la capacité de celui qui la choisit à obéir à long terme au parti qu'il a choisi et à court terme aux injonctions du Président.
Voilà pour la structure du pouvoir qui échappe grandement aux citoyens, sauf à choisir une sorte de Gorbachev décidé à casser tout le système. Car un Président classique n'a qu'une idée en tête, renforcer son pouvoir dans le cadre d'un système qu'il cherche à pérenniser. Les conséquences sont nombreuses et facilement observables. Dans les jours derniers, on a pu observer que l'Ile de Mayotte est devenue le 101eme département français sans que les citoyens français n'aient été consultés, qu'Yvan Colonna a été condamné pour le meurtre du préfet Erignac sans que le tribunal n'est daigné accepté de vérifier la totale vraisemblance de l'accusation en procédant à une reconstitution de l'assassinat, que la ville de Strasbourg a été transformée en zone militaire pour le sommet de l'OTAN, que le Parlement sur injonction du Président s'apprête à voter une loi absurde sur les téléchargements de films et de musique. On se rappellera l'obstination du Président à vouloir vider de son contenu le vote négatif du référendum sur la Constitution Européenne, sa décision personnelle de supprimer la publicité à la télévision publique et de nommer directement son PDG. On mesurera l'omniprésence de la propagande dans les médias en faveur des directives de la Présidence, l'arrogance de la police face à la population et en particulier vis à vis des automobilistes.
En bref, la France est un pays dont tout l'effort de ses dirigeants consiste à contraindre les citoyens à accepter que le rapport de subordination des dirigeants au peuple soit renversé. Derrière le paravent des lois votées par ceux à qui les citoyens ont donné délégation, il faut que le peuple obéisse à la classe dirigeante afin que cette dernière puisse se maintenir au pouvoir tout en étant légitimée   par l'onction démocratique. Big Brother veille pour que vous obéissiez.
Ce dernier a bonne conscience: c'est théoriquement vous qui l'avez désigné. La question qui se pose reste pourtant la suivante: qui d'autre que Big Brother, qu'il se prénomme Nicolas ou Segolène, auriez vous pu en pratique désigner? Il vous reste la possibilité d'écrire ce que vous pensez, comme je viens de le faire. Mais comme cela n'a aucun impact sur le pouvoir du Président et de ses affidés, la démocratie française peut s'en accommoder. Mieux encore, elle démontre ainsi à peu de frais qu'elle est...démocratique!

Merci, Big Brother, de m'avoir autorisé à me défouler. Vous êtes trop bon avec le peuple. Merci encore.
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Le petit Nicolas joue avec des allumettes sur un baril de poudre

14 Mars 2009 Publié dans #ACTUALITÉ

 Le petit Nicolas est content de lui. C’est lui qui a gagné les élections et pas la méchante fée Ségolène. Tout le monde lui obéit et il croit qu’il sait mieux que les autres comment gouverner le pays. En tout cas, c’est lui le chef, donc c’est lui qui décide et de tout. Maintenant c’est à son tour de commander et aux autres de s’exécuter. Il peut régler ses comptes à tout le monde, y compris au roi fainéant qui l’a précédé ou au berger corse qui l’a défié. Cela commence à lui faire pas mal d’ennemis, cette manière vindicative qu’il a d’agir avec tous ceux qu’il considère comme ses rivaux.

Il fait semblant de croire qu’il a été élu pour réformer la France à sa guise, alors que les Français pensent qu’il l’a été pour gouverner et ils estiment aussi qu’il serait bien avisé de les écouter plutôt que de s’agiter dans toutes les directions. De nombreux indicateurs montrent qu’il commence à leur pomper l’air gravement, qu’ils aient voté pour ou contre lui.

Depuis le début de l’année 2009, après avoir offensé les sénateurs avec la loi sur la télévision appliquée avant d’être votée, il a tout de suite insulté l’ensemble de la communauté universitaire, provoquant une indignation générale et une grève. On attend toujours un correctif de sa part, mais c’est au-dessous de sa dignité. Son ego avant l’intérêt collectif, mauvais signal. Il s’est lancé dans une inquiétante réforme des hôpitaux. Avec l’université, le point commun est de remplacer toute évaluation fine des performances par une mesure comptable. Bonjour le progrès. Il n’a pas su ou voulu traiter rapidement la révolte des départements d’outre-mer. À part cela, il cherche à provoquer au maximum les jeunes avec sa loi sur la répression des téléchargements.

Pour amuser la galerie, à moins que ce soit pour se donner de l’importance, il fait joujou avec les affaires étrangères, sauf que personne ne s’intéresse à son action au Moyen-Orient et que ses partenaires européens, d’évidence, ne semblent pas fascinés par ses prises de position sur les questions économiques, d’autant plus qu’il ne manque pas de les insulter pour se faire mousser. De plus, on cherche en vain les avantages diplomatiques et politiques que génère son idée géniale de réintégrer complètement l’Otan.

Tout cela n’aurait pas d’importance si les Français n’étaient pas inquiets. Le petit Nicolas n’ignore pas qu’il y a une crise économique. Il sait aussi qu’en France les événements peuvent dégénérer d’un coup, puisqu’il n’existe pas d’autre moyen que la révolte pour des individus, soi-disant citoyens, qui n’ont aucune possibilité de se faire entendre par un Etat dominateur, sourd et impotent.  Tant qu’ils pensent que le Président est capable de faire face à la crise, ils ne bougeront pas, parce que rien d’autre ne compte vraiment à leurs yeux que de garder leurs emplois, leurs salaires et leurs maisons. Qui les en blâmerait ? Les petites agaceries que leur fait l’omnipotent Président ne comptent pas. Mais s’ils ont le sentiment que le petit Nicolas peut mettre en danger avec ses frasques les fondements de leur vie quotidienne, ils sauront le chasser.

Or, inexorablement, la crise enfonce le pays dans l’inquiétude. Tôt ou tard, il faudra un exutoire à tous ces gens désemparés. Heureusement, le petit Nicolas est disponible pour jouer le rôle de martyr, avec toutes ces allumettes qu’il gratte sans cesse au-dessus de la poudrière. 

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Le syndrome guadeloupéen

7 Mars 2009 Publié dans #ACTUALITÉ

Il ne me paraît généralement pas bon d’écrire un article à chaud. Dans le cas guadeloupéen, je pense l’inverse, parce que les tares du système franco guadeloupéen sont provisoirement étalées devant nos yeux, avant qu’on ne les escamote. Regardez bien les différentes couches, vous allez comprendre :

-       Une couche étatique : le 4 février, le LKP avait exposé au secrétaire d'Etat à l'outre-mer, Yves Jego, un cahier de doléances dont la plupart des revendications sont aujourd'hui satisfaites.
Le 8 février au matin, après vingt heures de négociations, un préaccord avait été trouvé entre le patronat et le collectif LKP (qui veut dire Collectif contre l'exploitation outrancière) sur une hausse des bas salaires. Il était prévu que les 80 000 salariés du privé devraient recevoir 200 euros pour les salariés percevant jusqu'à 1,6 fois le SMIC et  3% d’augmentation pour les mieux rémunérés. Le patronat était d’accord à condition que l’Etat mette une centaine de millions d’Euros dans la balance. Mais un peu tard, le Ministre s’apercevait qu’il restait un blocage sur « les modalités techniques et juridiques, ainsi que le montant financier de mise en œuvre d'un accord salarial interprofessionnel ». En d’autres termes, il était désavoué. Le soir, Yves Jego quittait précipitamment l’île, déclarant, bagages à la main, « Mon départ n'est pas un abandon, je fais un saut à Paris et puis je reviendrai avec des propositions concrètes. » Jusqu'ici, il n’est jamais revenu. Prés de quatre semaines plus tard, un discours du Président de la République, l’île bloquée mais des crédits bien plus importants débloqués, l’Etat parvient au même accord, en plus cher.

Première leçon : mépris des gens, incapacité de négocier, gâchis matériel, peur panique de l’émeute, ces gens à la tête de notre Etat sont-ils des responsables à qui vous confieriez sans hésiter votre sort ? Ce sont pourtant eux qui prétendent gérer nos intérêts…

- Une couche démocratique : le Président apparaît, il annonce toute une série de mesures nouvelles en faveur de la population guadeloupéenne, mise en place du revenu supplémentaire temporaire d’activité, revalorisation des actions pour les entreprises et l’emploi, abondement du fonds exceptionnel d’investissement, prime de 200 Euros, service militaire adapté, billets d’avions à prix réduit, revalorisation de l’action logement, mesure de relance du logement social, aide aux intrants et aux extraits, soutien aux personnes âgées et aux personnes handicapées, augmentation de 20% de la prestation de restauration scolaire,   pour un total de 847,9 millions d’Euros (notez la précision illusoire du chiffre). C’est lui qui a décidé ? il n’y a plus de Parlement en France, ou bien il vote automatiquement ce que décide le Président? si c'est la deuxième réponse qui est la bonne, alors qui nous représente, nous les citoyens ? le Président tout seul? Dans ce cas à quoi sert le Parlement ? le Conseil d'Etat ne serait-il pas suffisant? 

Deuxième leçon : si nous l’avions oublié, c’est le moment d’observer à quel point le Parlement français n’est qu’une simple chambre d’enregistrement.

- Une couche sociétale : et maintenant que va t-il se passer ?

Bien sûr le même accord va être étendu aux autres départements d’outre-mer. Des personnes avec de bas salaires vont voir leurs salaires augmenter. Du côté de la métropole, la charge va s’alourdir. Pour payer l’effort qui vient d’être décidé par le chef de l ‘Etat, chaque contribuable français va consacrer en moyenne l’équivalent d’un plein d’essence ou d’un bon repas  annuel. Une générosité obligatoire qui s’ajoute aux 5000 à 8000 Euros (Le chiffre est forcément imprécis, dans la mesure où l’Etat français cache soigneusement le coût budgétaire des DOM) que reçoit chaque année chacun des habitants des îles de la part des contribuables français. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cet argent déversé contribuera à détériorer encore un peu plus la situation des îliens. Tout d’abord l’attractivité de l’île a fortement diminué. Qui a envie de prendre ses vacances au milieu d’un piquet de grève potentiel ? Ensuite les coûts vont augmenter avec l’accroissement des charges, y compris les prix que l’on voulait bloquer. Le nombre de chômeurs aussi, pour les mêmes raisons. La population active en Guadeloupe est de 160000 personnes, dont 50% de fonctionnaires. Les premières estimations prévoient la disparition d’un millier d’entreprises et  de dix mille emplois sur les 80000 emplois du secteur privé. La structure de l’emploi sera d’ici peu la suivante : 50000 employés dans le privé, 40000 fonctionnaires et 30000 chômeurs. 

Troisième leçon : les guadeloupéens représenteront une charge encore plus importante pour la métropole à l’avenir et, oh paradoxe apparent, ils seront encore plus malheureux qu’aujourd’hui.

-       Une couche de prospective : dans la logique actuelle du couple que forme le LKP et l’Etat, il n’y aura bientôt plus que des fonctionnaires, des personnes assistées et quelques commerçants pour les servir. Je suggère que l’on nationalise aussi les commerces pour éviter tout affrontement à l’avenir. L’ennui, c’est que, quelque part, des gens doivent produire des marchandises et des services pour permettre à la Guadeloupe de fonctionner en circuit fermé. Pourquoi faire ? parce que l’ile confèrent aux dirigeants de la République Française un statut de grande puissance. Pas pour leur bien être, ni celle des guadeloupéens, ni celles des citoyens de la métropole.

Quatrième leçon : tant que les citoyens de ce pays accepteront que leurs dirigeants se préoccupent plus du statut de la France que de leur bien être, la situation perdurera…




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Crise, crisis, krise, crisi, kris, krize, kriz, 危機, кризис, 危机, الأزمة

1 Mars 2009 Publié dans #ACTUALITÉ

Une crise, nous dit le Petit Robert, est une phase grave dans l’évolution des choses, des événements, des idées. Je crois que la crise a déjà eu lieu, le 15 septembre 2008 lors de la chute de la banque Lehman Brothers et que nous en sommes désormais à la succession logique d’événements prévisibles, au moins dans l’ordre financier et économique, et dans une moindre mesure dans le domaine social, politique et stratégique.

Dans l’ordre financier, il reste bien sûr à remettre en route le système bancaire, notamment en obligeant les établissements financiers à publier des bilans sincères et fidèles. Mais, pendant que l’on ausculte le moteur, la machine financière continue à dévaler la pente. Malgré des taux d’intérêt proches de zéro, la valeur boursière des actions continue de baisser. Encore que les obligations risquent de voler la vedette aux actions, en matière de baisse. La banque centrale chinoise et d’une façon générale les banques centrales asiatiques détiennent l’arme absolue en cette matière. Les liquidités mondiales qu’elles reçoivent sont recyclées auprès du système américain. Or la crise des exportations qui atteint ces pays réduit leur excédent et les contraint à utiliser leurs liquidités pour financer leurs entreprises et relancer leur marché intérieur. Il est probable qu’elles vont souscrire des montants décroissants de Bons de Trésor américain, au moment même où le gouvernement Obama lance un plan de relance de près de deux mille milliards de dollars qui implique une énorme émission de ces Bons. Si de plus le  gouvernement américain finit par lâcher le dollar pour relancer son économie, les achats asiatiques de Bons du Trésor non seulement se ralentiront, mais s’inverseront, provoquant un effondrement du dollar. La zone Euro en subirait les conséquences, mais ce ne serait qu’un deuxième choc qu’il est présomptueux de vouloir décrire à l’avance.

Si on se place du point de vue des détenteurs de monnaie, c’est le dilemme absolu. Ils peuvent se ruer sur l’immobilier avec la certitude de voir la valeur de revente des biens achetés baisser sur le moyen terme, avec l’espoir de regagner sur le long terme, mais quel long terme ? dix ans, vingt ans ? Ils peuvent acheter des actions en partant du postulat que le marché a atteint un plancher, mais rien ne leur garantit que l’effondrement continu des Bourses ne se poursuive pas. Ils peuvent acheter des obligations qui risquent fort de s’effondrer si le niveau de risque croissant puis l’inflation probable à terme font encore monter les taux d’intérêt. Et s’ils décident d’acheter de l’or, ils se livrent à une pure spéculation. Quant à  conserver des liquidités, c’est le risque de les voir fondre en cas d’inflation. Quel que soit le scénario, il est vraisemblable que les détenteurs de capitaux  seront probablement moins riches à la fin 2009 qu'au début de l’année.

D’autant plus que sur le plan économique rien n’est joué. On peut toujours croire que les plans de relance vont réussir ou à tout le moins ne pas aggraver la situation et que l’économie redémarrera bientôt. Mais la relance peut aussi échouer et l’inflation en sera à la fois le symptôme et la conséquence. On voit bien que les États et les banques centrales, effrayés par la déflation et ses risques sociaux politiques, sont prêts à faire tous les plans de relance imaginables, à injecter autant d’argent que possible y compris en nationalisant les banques pour pouvoir prêter à guichet ouvert. L’inflation pointe donc son nez à l’horizon, d’autant plus que les banques centrales, traumatisées par la fragilité du système financier, ne remonteront pas leur taux tant qu’elles n’auront pas constaté un retour des bénéfices des banques et l’absorption complète des titres toxiques. Dans le passé, on a toujours observé que les phases de baisse de taux se terminaient par de l’inflation, en raison de l’incapacité des banques centrales à resserrer assez rapidement le crédit pour la freiner.

À moyen terme, on peut s’attendre à ce que l’Europe et les Etats-Unis subissent longtemps, une décennie peut être ou plus, une croissance zéro et une forte inflation pour digérer les excès d’endettement passés, présents et futurs. Les conséquences sociales et politiques en sont faciles à décrire dans leurs grandes tendances. C’est une période de grandes tensions qui s’annonce dans le monde entier. La tentation stratégique pour les dirigeants politiques de se servir de ces mouvements pour conforter pour quelques décennies la prééminence des Etats-Unis ou redistribuer les cartes en Asie ou partout où surviendront les crises est grande. Y compris l’idée luciférienne qui rode dans le cortex des peuples, celle de faire une guerre pour sortir de la crise.

Vous voilà prévenu : la décennie risque d’être agitée. Il ne vous reste plus qu’à en tirer les conséquences de votre choix: se mettre en position de combat, se claquemurer ou s’en moquer…

 

    



La lecture de l’ouvrage de Naomi Klein, La Stratégie du Choc, est instructive à cet égard.

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Quand la Chine se déglinguera...

11 Février 2009 Publié dans #ACTUALITÉ


Lorsque j’ai séjourné en Chine la première fois en 1984, assez longtemps pour humer l’atmosphère, lorsque j’ai vu le décalage considérable entre la soif de développement, de consommation et de bien-être et le niveau de vie de la population rurale et urbaine, lorsque j’ai perçu l‘orgueil humilié des chinois, j’en ai aisément déduit que la Chine était à l’aube d’un puissant démarrage économique. Il était facile de prévoir que la Chine avait vocation à devenir l’une des toutes premières puissances du monde, peut-être la toute première. Il suffisait que les nouveaux mandarins qui dirigeaient le pays d’une main ferme et habile ouvrent les portes de la modernité. Or ces derniers n’avaient guère d’autre choix que de plonger avec prudence la Chine dans le grand bain de la mondialisation, à moins de régner sur une Chine en constante ébullition. Le chemin qui mène jusqu’à la Chine de 2008 était donc tout tracé.

Lorsque j’ai dû me rendre à Pékin en juin 1989 pour sauver l’école de gestion que nous venions de créer avec la FNEGE, il m’est paru tout aussi évident que la libération politique ne signifiait pas forcément l’abandon du pouvoir par le Parti Communiste Chinois au profit d’on ne sait quelle nouvelle classe politique. C’est ce que croyaient pourtant de naïfs analystes abusés par de faciles analogies avec la chute de l’URSS. C’est que la chute du PCC aurait entraîné la désintégration de la Chine, et ce n’est pas la piqûre d’épingle de la place Tian’anmen qui aurait pu déstabiliser la bureaucratie au pouvoir.

Néanmoins, les taux de croissance colossaux de la production chinoise atteints ces dernières années m’ont surpris. Je sais bien qu’ils s’expliquent par la capacité de l’appareil de production chinois, rapidement équipé en machines et robots du monde entier et alimenté par une main d’œuvre aussi inépuisable que frugale à offrir les produits que le monde entier attendait à des prix considérablement inférieurs à ses concurrents. Ainsi la Chine procurait un pouvoir d’achat supplémentaire à ses clients par des prix bas, tout en faisant disparaître ses concurrents. La fin du processus aurait été atteint lorsque la Chine, en position dominante sur la scène de l’économie mondiale, se serait accaparée de l’essentiel de la plus value que lui dispute encore les importateurs puis se serait vu contrainte d’accorder des prêts à ses clients affaiblis pour qu’ils puissent lui acheter.

Mais j’avoue que je n’ai jamais cru à un tel scénario de la Chine montant jusqu’au ciel, tant son histoire alterne les périodes de remarquable réussite et de descente aux enfers. Depuis le début de l’histoire de la Chine contemporaine du moyen empire égyptien, l’Empire chinois a naturellement connu des hauts et des bas. Tantôt l’Empire se concentre, tantôt il  se fragmente. C’est la révolte contre les envahisseurs étrangers, les Mongols qui met en selle en 1368 la dynastie Ming, celle du voyage en Afrique et du petit paysan propriétaire. À cette époque, la Chine était le pays techniquement le plus avancé du monde. Mais elle ne résista pas à l’implosion plus de trois siècles. À nouveau, les nomades mandchoues installèrent la dynastie Qing, contemporaine de Louis XIV, et ce sont eux  qui s’emparèrent du Xinjiang, du Tibet, de la Mongolie et de Taiwan. La grande Chine a moins de quatre siècles d’existence.  Du milieu du XIXe siècle à la mort de Mao Tsé-toung en 1976, la Chine  a connu une longue période d’agitation sociale, de stagnation économique, une croissance démographique explosive et l’ingérence  des puissances occidentales puis de celle du Japon.

Depuis 1979, la Chine est entrée dans l’ère du socialisme de marché avec le succès que l’on sait. Combien de temps ? Le fait nouveau est que sa prospérité dépend désormais de ses échanges avec l’étranger, provoquant des mouvements économiques et sociaux très brutaux. 210 millions de paysans sont devenus des mingong, des ouvriers migrants qui envoient une bonne partie de leurs salaires à la campagne. En ce début 2009, 40 millions d’entre eux, touchés par les fermetures d’usines dans le sud du pays, viennent de regagner leurs villages d’origine. Le revenu annuel des 800 millions de ruraux ne dépasse pas 500 € par an. Il est cinq fois inférieur à celui des habitants des villes et il va encore se réduire. Quand on visite les petits villages de la Chine de l’intérieur, on découvre des retraités qui dépendent entièrement de leurs enfants partis travailler à la ville, puisqu’ils n’ont aucune retraite. Si les enfants sont mis au chômage…

Pour relancer une production agricole qui régresse et des paysans qui n’hésitent plus à manifester leur mécontentement, le gouvernement envisage désormais  d’octroyer aux paysans la quasi-propriété des terres qu’ils cultivent. Ce serait une révolution. Mais le gouvernement central ne contrôle plus le rythme des changements, c’est l’évolution de la demande mondiale qui en décide  désormais, c’est elle qui détermine le nombre de travailleurs nécessaires dans l’industrie, la survie de la paysannerie et le revenu de chaque chinois. Et il n’y a pas d’amortisseurs à la crise, ni indemnités de chômage, ni retraites ou presque, ni aides de gouvernements locaux déficients.

Que ceux qui croyaient autrefois la Chine incapable de croître et qui la croient  aujourd’hui invulnérable à la crise ouvrent les yeux : la Chine entre dans un univers inconnu, celui de la dépendance. Dans la tradition historique chinoise, elle commence par s’y fracasser avant d’en émerger plus unie contre les barbares et de reprendre sa marche en avant. Mais elle commence par s'y fracasser...

 

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Le New Deal, un modèle pour Obama? un modèle de quoi?

2 Février 2009 Publié dans #ACTUALITÉ

N'oublions pas, c'est aux États-Unis que les événements économiques sérieux se passent, pas en France. Et la-bas, les critiques fusent. Obama s’apprête à lancer mille, voire deux mille, milliards de dollars dans l’économie américaine. Vieilles recettes, lancent ses adversaires, qui étaient valables au temps du New Deal mais qui ne sont plus valables  aujourd’hui.

Cela laisse croire que le New Deal  aurait réussi à l’époque, mais l’histoire montre qu'il n’a pas eu un impact très positif sur l’économie américaine, malgré l’avalanche de mesures volontaristes, de subventions et d’impôts qu’il a lancé entre 1933 et 1935.

Alors Obama, même échec programmé ? Jetons un coup d’œil dans le rétroviseur…

Le 4 mars 1933, Franklin Roosevelt devient Président des Etats-Unis d’Amérique. La situation est autrement plus noire qu’aujourd’hui, mais il est vrai que Roosevelt est élu quatre années après le krach de 1929 et que les efforts de Herbert Hoover pour enrayer la baisse des salaires et des prix comme pour relancer le crédit ont échoué. Le chômage est monté, entre 1929 et 1933, de 5% à 37% de la population active. La situation à laquelle doit faire face Barack Obama est plutôt celle d'Herbert Hoover un an après son élection que celle dont hérite Roosevelt.  Ce dernier est élu triomphalement contre Hoover sur la base de son fameux New Deal, fondé sur une juste répartition des richesses et la chasse à la spéculation. Il dispose de la majorité au Congrès pour son parti, le parti démocrate naturellement. Le 9 mars, cinq jours après son élection, il présente son Emergency Banking Act qui consiste à accorder des prêts fédéraux aux banques et indemniser à 85% les déposants des banques qui ont fait faillite. Il suspend aussi l’étalon or, ce qui entraîne la dévaluation compétitive du dollar par rapport aux monnaies européennes, l’allégement du poids de la dette et la baisse des taux d’intérêt. Il fait voter le National Industrial Recovery qui incite les industriels à s’entendre (oui à s’entendre !) pour remonter les prix et arrêter en conséquence la déflation. En compensation de prix plus élevés, les syndicats sont autorisés à négocier des conventions collectives, un salaire minimum est créé et la durée de travail est plafonnée à 40 heures. Pour l’agriculture, il lance l’Agricultural Adjustement Act qui vise à redresser les prix des produits agricoles en subventionnant, entre autres, la destruction de cultures. Enfin, pour lutter directement contre le chômage, il lance des grands travaux d’infrastructure, dont le plus connu est la Tennesse Valley Authority. Le programme d’Obama s’inspire, dans son état d’esprit plus que dans sa lettre, des mesures prises par Roosevelt pour relancer l’activité bancaire et économique.

À l’époque, en 1933-1935, les résultats de tous ces efforts ne se révèlent pas probants sur le plan économique. Les prix montent mais les coûts de production aussi. Les conflits avec les syndicats sont très violents. La destruction des cultures par les propriétaires terriens provoque l’exode des métayers, « les raisins de la colère ». La politique interventionniste de Roosevelt suscite l’opposition des libéraux et des partisans de l’autonomie des États fédérés et la Cour Suprême des Etats-Unis, dominée par ces derniers, annule finalement en 1935 l’essentiel des mesures du New Deal.

Roosevelt se lance alors dans un second New Deal, à dominante plus sociale qu’économique. Il fait voter le Wagner Act sur les relations du travail et le Social Security Act qui crée un système de retraite par répartition pour les plus pauvres. Grâce à ce programme social, il est réélu en 1936. Mais l’économie retombe en récession en 1937. Le chômage, qui avait régressé entre 1933 et 1937 de 37% à 21 % de la population active, remonte à 27% en 1938. Rappelons nous, il était à 5% neufs ans plus tôt. Le réarmement, la guerre et le départ de 15 millions d’hommes sur les deux front auront définitivement raison de la crise. Le taux de chômage ne retrouve les 5% qu'en 1946, 17 années après le début de la crise et après trois années de guerre. 

Et durant tout ce processus, la politique du New Deal a eu des effets économiques discutables, en tout cas très insuffisants pour inverser la tendance, mais des effets sociaux positifs sur la population la plus menacée.

On verra si celle d’Obama suivra le même chemin, en espérant naturellement qu’il pourra se passer de s'engager dans une troisième guerre mondiale pour mettre  fin au chômage. Mais avant de céder au catastrophisme, n’oublions pas que la situation  actuelle est plus comparable à celle de 1929 qu'à celle de 1933, si l’on s’en rapporte au simple indice du nombre des chômeurs. Obama a quatre ans d'avance sur le New Deal. Le processus de descente aux enfers qu'a vécu l'Amérique de Hoover est à peine entamé. 

De quoi ne pas trop céder à la sinistrose, en attendant que les faits rendent leur verdict. 

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La manifestation et l'oligarchie

29 Janvier 2009 Publié dans #ACTUALITÉ

Aujourd’hui il y a eu beaucoup de manifestations. Certains pensent qu’elles sont inutiles, ce ne sont pas elles qui vont résoudre la crise, et nuisibles, parce qu’elles perturbent la vie du pays et qu’elles créent beaucoup de difficultés pour les gens qui vont travailler. Ceux qui manifestent ne sont pas de cet avis. Ils crient leur colère, leur frustration et leur peur.

Colère de voir que les « riches » reçoivent des aides. Comment faire autrement leur rétorque le gouvernement ? Vous préférez que nous laissions les banques faire faillite et que le système financier dans son ensemble s’effondre ? D’ailleurs, tous les gouvernements ont fait de même dans le monde. Frustration d’être sans défense contre une situation qui leur échappe. Sur ce point, personne n’ose leur dire qu’ils ont choisi de ne pas prendre de risque en devenant salariés pour ne pas tomber dans un débat sans fin sur l’absence de choix réel qu'offre la société d’aujourd’hui. Peur de perdre son emploi ou au mieux de voir son niveau de vie menacé et sur ce point non plus personne ne répond parce qu’il n’y a rien à répondre, parce que ce n’est que trop vrai.

En désespoir de cause, les opposants aux manifestations ajoutent que les Français sont les seuls qui manifestent dans le monde. Ce n’est pas tout à fait exact si l’on songe à l’Espagne par exemple, mais il est vrai qu’il y a une spécificité française à faire grève et surtout à manifester.
Pourquoi donc ? Parce que les Français sont bizarres, qu’ils ont une culture spéciale consistant entre autres à manifester à tout bout de champ ? Je n’en crois rien. C’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas d’autre moyen de se faire entendre de l’oligarchie. Alors ils descendent dans la rue, avec le vague espoir de se faire entendre, la certitude minimale de se défouler en défilant et le sentiment rassurant de ne pas être isolés puisqu’ils se retrouvent des milliers à faire de même. La fête, la chaleur humaine, la possibilité de crier des slogans hostiles à des gens dont on est convaincu qu’ils ne vous écoutent pas mais qui, face à la foule qui gronde, rembarrent leur morgue et se terrent dans les palais de la République au moins pour quelques heures, avant de reprendre les commandes du petit écran.

C’est que l’exclusivité du pouvoir que s’attribue l’oligarchie a de dangereuses conséquences pour la société française. Elle secrète un sentiment d’exclusion qui n’est pas limité aux banlieues : toute la société française est évincée par cercles concentriques du pouvoir. En temps ordinaire, faute de pouvoir accéder à d’autres fonctions, chacun élève des barrières, se claquemure dans son statut afin de préserver ce qu’il a obtenu parfois de haute lutte, parfois par piston. Tout est fermé, protégé, barricadé, pour éviter la concurrence. Du sommet de l’État jusqu’au plus modeste Rmiste, le mot d’ordre est à la défense des positions acquises. Observez comment depuis 1945, aucun pouvoir, de droite ou de gauche, n’a osé remettre en cause le pouvoir de la même CGT sur le comité d’entreprise d’EDF. C’est qu’en retour le pouvoir attend de la CGT la non remise en cause du statu quo social. Donnant, donnant.

Mais lorsque la pression est trop forte, on se retrouve pour quelques heures « tous ensemble » pour se donner l’illusion, au moins une après-midi, d’être tous solidaires face aux « gros ». Alors on  peut crier sa frustration devant le mur infranchissable que dresse devant soi une oligarchie verrouillée à double tour, une oligarchie qui s’offre alors le luxe chic de quelques frissons de peur et même de se mêler au peuple et plus fort encore, de faire semblant de crier avec lui . Puis les vulgaires, les croquants, les manants, ces malappris, ces pedzouilles, parmi lesquels se sont glissées quelques canailles, reprennent vaille que vaille le chemin de leurs petites niches douillettes, en espérant que le message est correctement passé la-haut: pas touche aux avantages acquis, compris ?


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Imaginer un Barrack Obama français...

25 Janvier 2009 Publié dans #ACTUALITÉ

J’ai présenté dans le blog du 19 janvier dernier les carrières comparées de Barack  Obama et de Jacques Chirac, en insistant sur l’opposition de leurs deux parcours. Mais, alors que j’ai détaillé la carrière de Jacques Chirac, je n’ai quasiment rien dit de celle d’Obama, me contentant de qualifier sa carrière de « celle  d’un noir américain issu d’un milieu assez modeste, sans appui politique particulier et n’appartenant pas à « l’élite » américaine ».  Il est temps de donner plus de détails en invitant mes lecteurs français à essayer d’imaginer la carrière qu’aurait pu faire un « Obama français » dans des circonstances analogues.

Barack Hussein Obama est né le 4 août 1961à Honolulu (Hawaii) de parents étudiants. Son père, Barack Obama Sr., est kenyan et sa mère, Ann Dunham, vient du Kansas avec des origines irlandaises, écossaises et cherokees. Ses parents se séparent alors qu'il n'a que deux ans et Barak Jr. ne reverra son père qu'une seule fois avant le décès de ce dernier en 1971. Sa mère s'est entre-temps remariée avec un étudiant indonésien ; la famille s'installe à Jakarta en 1967 où naîtra Maya, la demi-soeur de Barack. Quatre ans plus tard, Barack  retourne à Hawaii chez ses grands-parents maternels pour faire ses études. Après le lycée à Honolulu, il étudie deux ans à Los Angeles à l'Occidental College puis à l’université Columbia à New York, une des meilleures universités américaines, dont il sort diplômé en science politique et relations internationales en 1983. C’est indiscutablement un étudiant brillant qui arrive sur le marché du travail en tant qu’analyste financier avant de choisir de travailler comme animateur social dans le South Side, le  quartier noir de Chicago, pour aider les églises à organiser des programmes de formation pour les résidents de ces quartiers pauvres. On peut difficilement imaginer un travailleur social devenir président de la République en France…

Jusqu'en 1987, il arpente le South Side pour aider les résidents à s'organiser dans la défense de leurs intérêts, pour obtenir le désamiantage des logement sociaux et l'ouverture de bureaux d'embauche. Il se rapproche alors de la Trinity United Church of Christ. Il quitte ensuite Chicago durant trois ans afin d’étudier le droit à Harvard Law School à Cambridge où il côtoie l’élite intellectuelle des Etats-Unis. À l'été de 1989, son charisme impressionne aussi  bien Michelle Robinson, avocate associée chez Fidley and Austin, le cabinet d'avocats où il fait son stage que ses collègues de la prestigieuse revue de droit Harvard Law Review dont il devient le premier rédacteur en chef afro africain. Il sort de Harvard Law School diplômé magna cum laude en 1990. Il revient alors à Chicago pour devenir entrer dans un cabinet juridique spécialisé dans la défense des droits civiques tout en enseignant le droit constitutionnel à l'université. Le 18 octobre 1992, il se marie avec Michelle Robinson à l'église de la Trinity United Church of Christ. Le couple aura deux filles, Malia Ann et Natasha, nées respectivement en 1999 et 2001.

En 1996, Barack Obama réussit à se faire élire sénateur de l’Illinois en tant que représentant de la circonscription du South Side de Chicago. En 2000, il ne parvient pas à se faire désigner candidat à la Chambre des représentants des Etats-Unis lors des primaires démocrates, mais quatre ans plus tard il récidive au Sénat, saisissant l’occasion de la retraite du Sénateur démocrate sortant. Son charisme joue à plein, puisqu’il est élu Sénateur le 2 novembre 2004 avec plus de 70% des voix face à son adversaire républicain, devenant le seul homme de couleur à siéger au Sénat. Son charisme et sa couleur jouent désormais ensemble en sa faveur et il devient à la mode. À partir de ce moment, son ascension aurait aussi été possible en France.

Lors d'une collecte de fonds pour les primaires démocrates en 2004, il rencontre John Kerry, qui lui demande d'intervenir durant la Convention démocrate de Boston. Le 27 juillet 2004, il prononce un discours programme qui enflamme les délégués du parti démocrate. La large couverture offerte par les médias nationaux lui ouvre la voie de la célébrité et le décide à briguer l’investiture du parti, investiture qu’il obtient le 28 août 2008 au terme d'une élection primaire longuement disputée avec Hillary Clinton. Il est élu, comme chacun le sait, par 53% des voix le 4 novembre 2008, avec un taux de participation exceptionnellement élevé de 66% des électeurs inscrits.

La suite de cette élection reste à écrire. Mais ce qui devrait troubler un citoyen français, c’est la possibilité offerte par le système américain à un Barak Obama issu d’une famille modeste et nullement représentative de l’Amérique profonde d’émerger depuis Hawaï. C’est celle de pouvoir progresser rapidement à partir une fonction d’animateur social jusqu’à une brillante carrière de juriste et d’être propulsé par  les électeurs de l’Illinois d’un poste équivalent à celui de conseiller régional à celui de Sénateur et de candidat à la Présidence des Etats-Unis. Même s’il est aussi avocat, s’il n’est pas non plus représentatif du Français moyen et s’il possède d’indéniables qualités personnelles, il a fallu beaucoup plus de fées sur le berceau de Nicolas Sarkozy pour qu’il soit élu Président de la République Française…

Bien sûr, vous ne croyez pas au fond de vous à un conte de fée aussi charmant, concernant Barrack Obama. Et vous avez raison. Nous en reparlerons dans quelques jours. Retenez juste un nom: Brezjinski. 

 

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