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Le blog d'André Boyer

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ARMÉNIE

12 Mai 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

TABLEAU D'UNE PARTIE DU LAC SEVAN

TABLEAU D'UNE PARTIE DU LAC SEVAN

Avec des amis, je viens d’effectuer un voyage d’une semaine en Arménie. C’est l’occasion de jeter un regard sur ce pays.  

 

Petit pays de 29800 km2 (trois fois et demi la superficie de la Corse), peuplé d’environ trois millions d’habitants, citadelle montagneuse perchée au sud du Caucase, l’Arménie est entourée par la Turquie à l'ouest, la Géorgie au nord, l'Azerbaïdjan à l'est et l'Iran au sud. La frontière est fermée avec la Turquie et un état de guerre larvée subsiste avec l’Azerbaïdjan. 

Pour comprendre l’Arménie, il faut relier sa population à sa religion, sa géographie et son histoire. Située en Asie,l’Arménie est l’une des plus anciennes civilisations du monde et le berceau du christianisme, puisqu’elle fut la première société à l’adopter en 301 après J.C. 

Au premier siècle, le territoire de l’Arménie était dix fois plus étendu qu’aujourd’hui, mais, confrontés aux empires byzantin et perse, envahis par les turcs seldjoukides, transférés sur la côte méditerranéenne entre le onzième et le quatorzième siècle dans le royaume de Cilicie, les Arméniens ont eu du mal, c’est le moins que l’on puisse écrire, à garder leur indépendance et leurs territoires. Pendant quatre siècles, du XVIeau XIXesiècle, le plateau arménien fut sous contrôle des empires ottomans et iraniens jusqu’à ce que sa partie orientale soit intégrée à l’empire russe, tandis que la partie occidentale restait aux mains de l’empire ottoman. 

La société arménienne fournit une leçon à toutes les sociétés humaines.  Malgré toutes les vicissitudes qu’ils ont subies, les Arméniens ont toujours conservé leur civilisation, regroupés autour de leur religion construite autour de l’Église apostolique arménienne et de leur langue adossée à un alphabet de trente-huit lettres créé au début du Vesiècle. 

La guerre de 1914 fut une catastrophe pour les Arméniens situés dans l’empire ottoman. Déjà, entre 1894 et 1896, les Turcs massacrèrent entre cent et trois cent mille Arméniens vivant en Arménie occidentale. Puis, le 24 avril 1915, le gouvernement des Jeunes-Turcs décida d’en finir avec la minorité arménienne vivant dans l’actuelle Turquie. Dans ce but, il organisa la déportation et le massacre d’environ un million et demi d'Arméniens sur les deux millions d’Arméniens vivant sur son sol. 

Les Arméniens restés en Turquie durent se convertir à l’Islam pour avoir la vie sauve et disparurent en tant que société distincte de la société turque. Leurs descendants sont évalués aujourd’hui à trois millions, vivant sur le sol turc. 

Un débat ridicule subsiste sur la qualification que l’on peut donner à ce massacre, génocide ou « incidents armés », mais le fait qui subsiste, autre leçon à tirer de l’expérience arménienne, est qu’il est pour le moins difficile de cohabiter avec une société qui considère que vous n’avez pas le droit de vivre si vous n’épousez pas entièrement les us, coutumes et religion de cette dernière.  

Lorsque la Russie impériale s’est effondrée à partir de 1917, l’Arménie orientale s’est constituée en république indépendante jusqu’à ce qu’elle soit attaquée et battue par les troupes de Kemal Atatürk, ce qui la contraignit à accepter de devenir, le 29 novembre 1920, la République Soviétique d'Arménie. Pendant la période soviétique, même si la pratique religieuse fut réprimée et si Staline rattacha la région du Haut-Karabagh à l’Azerbaïdjan, la société arménienne resta préservée.

Après l’éclatement de l’URSS, l’Arménie accéda à l’indépendance le 21 septembre 1991, tandis que le Haut Karabakh (11400 km2, 150000 habitants) déclarait son indépendance, provoquant une guerre ouverte entre l’Arménie et l'Azerbaïdjan entre février 1988 et mai 1994, jusqu’à un cessez le feu, qui n’empêche pas la continuation d’une guerre larvée (voir mon prochain billet). 

On ne peut pas oublier ce contexte en visitant l’Arménie, un pays chrétien à 100%, où le souvenir du génocide est présent dans toutes les têtes, couvert de monastères, presque dépeuplé en dehors de la ville d’Erevan, les hommes ayant fui les campagnes pour travailler à l’étranger. 

Une population souriante, accueillante à des touristes où les Russes dominent, avec des Français et des Allemands assez nombreux, une population qui offre les ressources de son histoire religieuse comme de sa gastronomie, à Erevan comme dans ses montagnes couvertes d’arbres fruitiers irrigués par d’importantes ressources en eau, avec au centre du pays, le lac Sevan, réserve d’eau suspendue, qui représente 5% de la surface du pays. 

 

En territoire turc, à quelques dizaines de kilomètres seulement d’Erevan, symbole de l’Arménie chrétienne, derrière un rideau de troupes arméniennes et russes installées dans des miradors le long de la frontière, le mont Ararat, ce sommet de 5165 mètres ou vint s’échouer l’Arche de Noé, étale sa splendeur  avec effronterie…

 

 

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LE MONT ARARAT DANS LES NUAGES

LE MONT ARARAT DANS LES NUAGES

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LES CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE SAUVÉS?

3 Avril 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LES CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE SAUVÉS?

 

Je poursuis, à un rythme de publication plus espacé,  l’examen des aventures qu'a subi l'industrie française depuis l'an 2000.

 

En 2008, les Chantiers de l’Atlantique, situés à Saint-Nazaire, fleurons du patrimoine maritime français, sont vendus au Coréen STX Offshore & Shipbuilders, après avoir brièvement appartenu au groupe norvégien Aker Yards, à la suite de leur cession par Alstom. 

Les Chantiers de l’Atlantique ont notamment construit les célèbres paquebots Normandie, France, Queen Mary 2, Harmony of the Seas, sans mentionner des navires de guerre comme le porte-avions Foch. 

STX Offshore & Shipbuilders qui achète les chantiers de l’Atlantique au travers de STX Europe qu’elle détient à 66%, est issu d’une fonderie de construction navale créée à Busan, en Corée, en  janvier 1962. 

Or, cinq ans plus tard, en 2013, la société se trouve fortement endettée en raison de la chute des commandes de nouveaux navires, provenant elle-même de la crise financière de 2008. En mai 2016, STX Offshore & Shipbuildersse trouve même menacée d’une procédure de liquidation judiciaire. C’est ce qui conduit l’entreprise coréenne à mettre en vente STX France, en d’autres termes les Chantiers de l’Atlantique le 19 octobre 2016, sous la forme d’un appel d'offres international. 

Le ministère de l'industrie français essaie alors de constituer un tour de table français pour racheter la société STX France, mais en  vain. Il se tourne alors vers l'italien Fincantieri, un des leaders mondiaux de la construction navale civile et militaire et un accord est conclu en 2016 pour la reprise des 66 % du capital de STX France, détenus par STX Offshore & Shipbuilders. Il faut noter que Fincantieri est d’une part détenu par l’État italien et qu’il possède déjà, au travers de STX Europe racheté en 2013,  dix chantiers, en Norvège, en Roumanie, au Brésil et au Vietnam. De plus, Fincantieri a créé une filiale en Chine en commun avec China State Shipbuilding.

Cette liaison chinoise pousse Emmanuel Macron à remettre en cause l’accord signé avec Fincantieri et à nationaliser en juillet 2017 STX France pour « défendre les intérêts stratégiques de la France ». Enfin !

Cette nationalisation aboutit à un nouvel accord, le 27 septembre 2017, entre la France et l'Italie. Fincantieri devient propriétaire de 50 % des parts détenus par STX Europe dans STX France (Les Chantiers de l’Atlantique), tandis que l’Ètat français « prête » 1% des actions à Fincantieri pour 12 ans. En outre l’héritier des Arsenaux Français, Naval Group, un groupe industriel français spécialisé dans l’industrie navale de défense détenu à  62,49 % par l’État français et à 35 % par Thales, entre au capital de STX France avec l'objectif d'entamer les négociations pour une alliance avec Fincantieri. 

Mais l’accord n’a pas encore été avalisé par la Commission Européenne, qui s’est saisi de l’accord au nom du risque qu’il ferait à la concurrence, mais il est curieux que ce soit la France et l’Allemagne qui aient été à l’origine de la saisine de la Commission, à la grande fureur de l’Italie. 

Pour le moment, STX France a été nationalisé et est redevenu les Chantiers de l’Atlantique. Il est détenu à 84,3% par l’État Français et à 11,7% par Naval Group. Son carnet de commandes est rempli pour plusieurs années. 

 

À ce jour, les Chantiers de l’Atlantique ont été sauvés. Il reste le plus grand chantier naval d’Europe et emploie 2600 personnes. Mais il n’a été sauvé que par les difficultés financières provisoires des coréens STX Offshore & Shipbuilders et grâce aux négociations entre l’État français et l’État italien. 

 

Un modèle pour les autres groupes industriels stratégiques menacés ? 

 

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ARCELOR MITTAL, L'OTAGE DES FINANCIERS

13 Mars 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LAKSHMI  MITTAL

LAKSHMI MITTAL

En 2006, c’est au tour du numéro 1 européen de l’acier, Arcelor (ex Usinor) d’être racheté par le géant indien Mittal, après six mois de surenchères boursières qui plombèrent définitivement le groupe tout entier.  

 

Arcelor était un groupe sidérurgique européen ayant son siège social au Luxembourg. Il était né de la fusion, le 18 février 2002, de trois sidérurgistes européens, Aceralia (Espagne), Arbed (Luxembourg) et Usinor (France). La volonté des trois groupes européens était de mobiliser leurs synergies autour d'un projet commun pour créer un leader mondial dans l'industrie de l'acier. 

Un an plus tard avait déjà lieu un plan de restructuration, alors que le marché de l’acier subissait une profonde dépression. Cependant Arcelor restait rentable, mais le cours de ses actions, jugée trop cyclique,s'effondrait. Puis, à la surprise de tous, industriels et financiers, alors qu'il craignait des pertes en 2003, le groupe réalisait 14,5 milliards d'euros de bénéfice d'exploitation au cours des trois annéessuivantes, son chiffre d'affaires ayant fortement progressé, en partie grâce à la reprise des prix de l'acier. 

Arcelor dépassait alors les15 milliards d'excédent brut d'exploitation. Le groupe était le premier producteur mondial d'acier avec 42,8 millions de tonnes et 4,5 % du marché mondial. Il employait 98000 personnes dans 60 pays, dont 30000 en France. 

À nouveau à la surprise générale, le 28 janvier 2006, Mittal Steel Company annonçait une offre publique d'achat hostile sur Arcelor, qu’il se proposait d’acheter pour 18,6 milliards d'euros. Arcelor se défendit d’autant plus vigoureusement contre cette offre que Mittal se proposait de ne payer que le quart de cette somme en espèces, alors que les fonds propres d’Arcelor s’élevaient à 17,6 milliards d'euros et que les capitalisations boursières des deux groupes étaient quasiment identiques. S’il en avait eu la volonté, Arcelor aurait pu faire une offre identique pour racheter Mittal, d’autant plus qu’il avait un net avantage de trésorerie sur ce dernier. 

Aussi, le 26 mai 2006, dans le but de contrer l'OPA hostile de Mittal, Arcelor annonçait une fusion avec l'entreprise russe Severstal, ce qui devait renforcer encore sa stature de numéro un mondial de l'acier, mais un mois plus tard, en raison du mauvais accueil réservé à l'alliance avec Severstal, Arcelor capitulait et se résolvait à négocier l'OPA hostile de Mittal, qui acceptait de porter son offre à 26,9 milliards d'euros. La transaction était acceptée par le conseil d'administration d'Arcelor et entérinée par les actionnaires, ce qui donnait naissance au groupe ArcelorMittal.

Le groupe conservait son siège social au Luxembourg et il emploie toujours prés de 80000 salariés en Europe. Mais cet achat a été une victoire à la Pyrrhus pour le nouveau groupe. 

En effet, pour acheter ses concurrents, Lakshmi Mittal, l’Indien PDG d’ArcelorMittal a dû emprunter des sommes considérables, pour lesquelles il verse un taux d’intérêt colossal, de prés de 9% par an. 

De fait, sa dette est notée en catégorie spéculative par Standard & Poor's et par Moody's, car  les financiers arguent que le risque de faillite est considérable et ils en profitent grassement depuis 13 ans, s’abritant derrière l’orthodoxie financière qui considère que la production d’acier est une industrie très cyclique et qu’un producteur d’acier doit se contenter d'un endettement faible, voire négatif, pour limiter l'effet de levier. 

Or Mittal a fait exactement le contraire, il s’est fortement endetté pour acheter Arcelor et maintenant il ne reste plus à ArcelorMittal qu’à désinvestir pour faire baisser le niveau de son endettement. C’est ce qu’il fait en vendant des participations, en écoulant une partie de ses stocks et surtout en arrêtant progressivement laproduction de plusieurs sites, comme le haut-fourneau de Gandrange ou celui de Florange. 

ArcelorMittal bénéficie aussi, en fermant ses sites, du système des droits à polluer qu’il revend au fur et à mesure où il ferme des usines. Ces droits sont notamment achetés par les centrales électriques à charbon allemandes, grosses consommatrices de quotas de CO2, qui en profite pour acheter du charbon américain, déclassé par le boom du gaz de schiste. Le comble !

 

L’offre stupide de rachat d’Arcelor par Mittal, péché d’orgueil de Lakshmi Mittal, a surtout profité aux banquiers et accessoirement aux centrales à charbon allemandes. La France y a perdu une bonne partie de ses aciéries, leurs employés et leurs bénéfices. Faudra t-il attendre que Mittal s’effondre sous le poids de ses dettes et de son orgueil mêlés, pour arrêter le gâchis ? 

 

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PECHINEY ABSORBÉ ET DIGÉRÉ

9 Mars 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

PECHINEY ABSORBÉ ET DIGÉRÉ

En 2003, à la suite d’une OPE, notre géant industriel Pechiney, spécialiste de l’aluminium et de l’emballage, est absorbé par Alcan. 

 

En 1855, Henry Merle et Jean-Baptiste Guimet créent la Compagnie des produits chimiques d'Alais et de la Camargue pour produire de la soude à Salindres dans le Gard jusqu’en 1860, date à laquelle Henry Merle se lance dans l'aluminium. 

En 1877, à la mort d'Henry Merle, la société fusionne avec la société Alfred Rangod Pechiney et Compagnie. Ce groupe aura un périmètre très variable mais restera toujours centré sur l'aluminium. 

En 1950, le groupe se baptise Pechiney, et grâce à l'électrolyse qui fait chuter les coûts de production de l'aluminium mais demande beaucoup d’électricité, entreprend de se développer à l'étranger en ouvrant une première usine au Cameroun (1954). En 1965, la société se diversifie dans l'emballage puis dans la transformation des métaux non ferreux en rachetant Tréfimétaux. 

En 1971, Pechiney fusionne avec Ugine Kuhlmann, lui-même issu du regroupement d'Ugine et des Établissements Kuhlmann, pour devenir Pechiney-Ugine-Kuhlmann, PUK. À partir de 1974, ce conglomérat subit les chocs pétroliers et la concurrence des pays asiatiques et sa situation financière se dégrade. 

En 1981, le gouvernement socialiste se porte soi-disant au secours de PUK en le nationalisant et en finançant sa restructuration, ce qui conduit à l’abandon par le groupe de la chimie et des aciers spéciaux. Du coup, PUK reprend le nom de Pechiney et se lance à nouveau dans une stratégie expansionniste, sous la présidence de Jean Gandois. Il acquiert en 1988 le géant de l'emballage américain American National Can, ce qui donne lieu à un scandale politico-financier fondé sur un délit d'initié. Si l'entreprise, toujours nationalisée, double de taille, en contrepartie son endettement s'envole. 

En 1994, un nouveau PDG, Jean-Pierre Rodier, décide de recentrer le groupe sur son cœur de métier et de le désendetter en vue de le privatiser, ce qui intervient en 1995.

En 2000, un projet de fusion avec ses concurrents canadien Alcan et suisse Algroup est refusé par la Commission européenne pour risque d'abus de position dominante. Alcan reprend alors seul le suisse Algroup en 2001 et tente en juillet 2003 une OPA hostile sur Pechiney. En situation financière fragile, Pechiney ne peut résister et se fait absorber pour la somme de 4 milliards d'euros.

C’est alors la fin d’un fleuron de notre patrimoine industriel qui était devenu le premier groupe industriel privé français, présent dans l’aluminium, la chimie, le cuivre, le combustible nucléaire et les aciers spéciaux.

Alors que six grands producteurs d'aluminium dominaient historiquement le secteur, Alcoa, Alcan, Kaiser Steel, Reynolds, Alusuisse et Pechiney, il ne reste plus que le canadien Alcan et l'américain Alcoa en 2007. Tandis que l'américain tente de racheter le canadien, le conglomérat minier anglo-australien Rio Tinto coiffe Alcoa sur le poteau et rachète Alcan pour prendre le nom de Rio Tinto Alcan.

Désormais un duopole semble dominer dans l’industrie de l’aluminium, Rio-Tinto-Alcan et Alcoa. Les deux entreprises sont même en passe de constituer un monopole mondial, puisqu’elles ont  annoncé en 2018 la création de la coentreprise Elysis. Cette dernière est théoriquement destinée à rendre la production d'aluminium moins polluante, via une technologie réduisant les émissions de gaz à effet de serre lors de la procédure de fusion du métal, avec l'aide d'Apple. Mais les deux entreprises sont désormais déjà dépassées, en quantité de production, par le groupe China Hongqiao et le groupe russe Rusal : la course continue. 

 

La mondialisation est donc, dans le domaine de l’aluminium, synonyme de prise de contrôle global. Pechiney s'y est perdu. Une start-up va t-elle bientôt apparaître dans le Gard, consacrée à la production d’aluminium propre ? 

 

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TOTAL PREND LE LARGE

3 Mars 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'ACCORD ENTRE TOTAL SIGNÉ EN JUILLET 2017 ET ROMPU UN AN PLUS TARD SOUS LA PRESSION AMÉRICAINE

L'ACCORD ENTRE TOTAL SIGNÉ EN JUILLET 2017 ET ROMPU UN AN PLUS TARD SOUS LA PRESSION AMÉRICAINE

 

L’histoire de Total commence le 16 mars 1918, lorsque pour lutter (déjà) contre la dépendance de l’approvisionnement en pétrole de la France, le gouvernement français s’arrogea le monopole des importations de pétrole. 

 

Puis naquit la Compagnie française des pétroles (CFP), société mixte associant capitaux d’État et privés, le 24 mars 1924. Ensuite vint la découverte d’un champ de gaz dans le département de Haute-Garonnele 14 juillet 1939, puis, les recherches continuant dans le Sud-Ouest de la France, la société nationale des pétroles d'Aquitaine (SNPA) fut fondée en 1941 et c'est elle qui découvrit en 1951 le gisement de gaz de Lacq. Entre-temps, en 1945, avait été créé le Bureau de Recherches Pétrolières (BRP), un organisme public dont l’objectif était de mettre en place les conditions nécessaires pour aboutir à l’indépendance énergétique de la France

Sous son égide, en 1953, furent attribués les premiers permis de recherches à quatre grandes compagnies françaises dont la Société Nationale de Recherche et d’Exploitation des Pétroles en Algérie (S.N.REPAL). Cette dernière, au bord du découragement, s’obstinait à forer à Hassi Messaoud, lorsqu’une nuit de mai 1956, « à la fin d’une longue journée dans une tempête de sable qui ne s’était calmée que vers le soir, le grondement de la foreuse éclairée comme un arbre de Noël s’était brusquement atténué. L’interminable descente du forage à travers le sel venait de ralentir ; le trépan de MD1 avait heurté un niveau dur. »* Deux jours plus tard, les ingénieurs savaient qu’ils tenaient un gisement, un immense gisement. L’exploitation du pétrole du Sahara algérien commençait et l’espoir d’une totale indépendance pétrolière prenait corps, un espoir qui durera six ans. 

En décembre 1965, l’ERAP naissait de la fusion de plusieurs sociétés d’exploration pétrolières, de l'UGP (Union générale de distribution) et de la SNPA, cette dernière devenant la principale filiale de la nouvelle maison mère, ce qui se traduisit par le lancement, le 28 avril 1967, de la marque Elf.

Pendant ce temps la CFP donnait naissance, le 14 juillet 1954, à la marque de distribution « Total ». Total et Desmarais frères fusionnaient en 1965, jusqu’à ce qu’en 1993, erreur stratégique majeure de notre point de vue puisqu’elle aboutit à la perte de contrôle de notre approvisionnement pétrolier et gazier, une part importante des actions détenues par l'État était vendue à des investisseurs privés sur l'initiative du gouvernement Balladur. 

La suite est l'histoire classique de la combinaison d’une croissance non maitrisée et des mécanismes implacables de l’économie de marché globalisée à la sauce américaine. 

Le 14 juin 1999, Total se rapprochait de la société belge Petrofina pour devenir TotalFina, puis, moins d’un an plus tard, le 22 mars 2000, TotalFina acquerra Elf Aquitaine et deviendra TotalFina-Elf jusqu’à ce que TotalFina fusionne avec Elf Aquitaine pour  retrouver, le 6 mai 2003, sa dénomination d’avant 1999 : Total.

Au début de cette fusion, Albert Frère, un belge qui était le principal actionnaire de Petrofina lors de son rachat par Total, devint le plus gros actionnaire individuel de Total avec 5% du capital, à égalité avec les salariés de l’entreprise.

Puis Fin 2007, le fonds souverain chinois State Administration of Foreign Exchange (Safe) prit le contrôle de 1,6 % du capital de Total pour devenir le second actionnaire de Total. Son futur PDG, Christophe de Margerie reconnaissait avoir favorisé lui-même le processus d'entrée des Chinois dans le capital de Total, espérant naïvement développer en retour sa présence sur le marché chinois. Sans doute croyait-il à la reconnaissance des Chinois, mais ces derniers préférèrent, ô surprise, réserver leur marché à Petro China qui dépasse désormais Total en taille. Le même De Margerie appela en sus des investisseurs des pays du Golfe: l’inévitable Qatar devint en 2011 son troisième actionnaire devant Safe.

Aujourd’hui, Total SA est en 2014 le cinquième groupe pétrolier privé du monde, derrière ExxonMobil, Shell, Chevron Texaco et PetroChina. C'est aussi la première entreprise « française » en termes de chiffre d'affaires, elle qui emploie plus de cent mille salariés dont 30% en France, car Total n’est désormais plus qu’une entreprise française en trompe l’œil, car ce sont des actionnaires institutionnels étrangers qui détiennent 71 % des actions de Total.

À eux seuls, les actionnaires institutionnels américains détiennent 35% du capital de Total. Le premier actionnaire de Total, avec 6,3% du capital, est désormais Blackrock, une énorme société multinationale de gestion d'actifs dont le siège est situé à New York et dont les clients sont aux deux tiers des fonds de pension. Blackrock est soupçonné d’être impliqué dans la gigantesque fraude CumEx, système pratiqué par des fonds de placement et des banques consistant à se faire rembourser des impôts non payés sur les dividendes des actionnaires.

Avec 71% d’actionnaires étrangers et 35% d’actionnaires américains au minimum, en ne comptant que les investisseurs individuels, contre 29% d’actionnaires français au maximum, on ne s’étonnera pas que Total ait quitté l’Iran à la première injonction du gouvernement américain. 

Pour le moment, le siège de Total est à La Défense, les dirigeants et les membres du Conseil d’Administration de Total sont en majorité français et Total est toujours coté à la Bourse de Paris. Mais rien n’empêcheraient les actionnaires américains, pour peu qu’ils s’unissent, de prendre le contrôle du Conseil d’Administration, de transférer le siège à New York et sa cotation à Wall Street, faisant disparaître d’un trait de plume la nationalité française de Total. 

 

C’est ainsi que, pour obtenir des fonds à court terme, le gouvernement français a fait disparaître un instrument majeur de l’indépendance énergétique française. Total n’a plus eu ensuite qu’à suivre la pente naturelle des majors pétrolières pour devenir par étapes une multinationale contrôlée par des acteurs étrangers. Et maintenant, comment faire pour renationaliser Total ? Qu’en pensez-vous, Monsieur Balladur ? 

 

* André Rossfelder, « Le Onzième commandement » page 409, (Gallimard, 2000)

 

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ADIEU, LES CIMENTS FRANÇAIS

26 Février 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

ADIEU, LES CIMENTS FRANÇAIS

Heureusement, la balance des paiements, grâce au tourisme et aux services aux entreprises, n’accuse qu’un déficit de 16,6 milliards d’Euros en 2018. 

 

Car le tourisme a lui tout seul, génère 45 milliards d’euros de recettes, grâce à 90 millions de visiteurs en 2018. Il suffirait donc d’attirer 120 millions de visiteurs, en ouvrant par exemple deux ou trois Disneyland supplémentaires, pour faire disparaître le déficit de la balance des paiements. À terme, on peut même imaginer une sorte de  Disney France qui suppléerait avantageusement notre insuffisante activité de production industrielle, pourquoi pas ? Qu’en dites-vous les amis allemands ? 

 

En attendant de contempler cet avenir radieux, est-ce un hasard si nous perdons progressivement nos grands groupes industriels que nous avons construit durant la seconde moitié du XXsiècle ? Aujourd’hui même, deux prédateurs, l’un américain, Ford, ferme son usine de Blanquefort à la barbe d’un État français impuissant, l’autre, chinois, trompeusement appelé Casil Europe, veut vendre les 49,9% qu’il détient dans l’exploitation de l’aéroport de Toulouse Blagnac avec une plus-value de 62% en quatre ans...

 

Ce processus de désagrégation a commencé en 1992 par le rachat des Ciments français qui sont devenus une filiale d’Italcementi Group, à l’époque deux fois plus petit que son acquisition et à l’époque personne ne pressentait que cette prise de contrôle était un premier signal d’alerte.

Ce rachat résulte des agissements d’une banque française, Paribas, qui détenait 38,9 % du capital des Ciments français et qui les a cédé au groupe italien. Dommage pour les Ciments Français né en 1881 et en pleine croissance, qui couvrait 40 % du marché français. 

Le groupe Italcementi associé aux Ciments français et devenu Ciments Calcia, a poursuivi sa politique de croissance externe au Maroc, en Thaïlande, en Bulgarie, en Inde et en Égypte. Puis, Ciment Calcia, dont le siège social était à Puteaux, qui était dirigé par un Français et qui était coté à la Bourse de Paris pour 5,6 milliards d’Euros, a été radié de la cote le 15 juillet 2014, avant d’être racheté en 2016 par un géant allemand, HeidelbergCement, dont il est devenu une filiale détenue à 100%. 

5,6 milliards d’euros ont donc quitté le marché français pour se situer en Allemagne, le siège social  avec ses cadres s’est déplacé à Heidelberg, sauf ceux qui gèrent encore les  10 usines et les 1300 salariés français indispensables parce qu’il est couteux de transporter le ciment, compte tenu de son prix au kg. 

Dans l’affaire, Paribas a fait quelques bénéfices à court terme, mais à long terme il a privé la France d’un groupe industriel rentable et puissant. Désormais, les Ciments Français représentent en valeur quelques centièmes du groupe allemand HeidelbergCement, le leader mondial, c’est-à-dire quasiment rien. 

Les Ciments Français ont tout simplement disparu. Et savez-vous qui s’est finalement approprié les Ciments Français ? Ludwig Merckle, un financier allemand un peu dépressif de 54 ans  domicilié à Ulm, la 248efortune mondiale. C’est lui qui contrôle HeidelbergCement dont il possède encore 24% après en avoir vendu prés de la moitié après la crise de 2008, une crise qui a si fortement secoué sa famille que son père s’est suicidé. 

Reste à éclaircir la cause de la vente puis de la disparition des Ciments Français. 

L’une est stratégique, c’est la décision de Paribas, actionnaire avec Axa des Ciments Français depuis vingt ans, de réaliser une plus-value à court terme contre tous ses engagements, puisqu’il proclamait auparavant vouloir « arrimer la banque à l’industrie » : bien audacieux celui qui se fie à son actionnaire-banquier. 

L’autre est conjoncturelle et elle s’explique par la gestion aventureuse de son PDG, Pierre Conso, qui a été rapidement démis de ses fonctions après la fusion, suite à des malversations qui ont ultérieurement donné lieu à condamnation. Il s’agissait d’opérations de portage qui permettaient à Pierre Conso de financer la politique de forte croissance externe des Ciments Français. 

 

En résumé, une politique aventureuse pratiquée par un PDG autocratique, comme souvent en France, ajouté à une banque qui renie ses engagements à long terme pour des profits à court terme et une industrie française qui disparaît. 

 

Une bonne partie de la production française de ciment dépend désormais des choix stratégiques de Monsieur Ludwig Merckle. Et on fait comment pour reprendre le contrôle des ciments fabriqués en France ? Vous avez une idée, BNP Paribas ? 
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UN COMMERCE EXTÉRIEUR EN BERNE

20 Février 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'ÉQUILIBRE DU COMMERCE EXTÉRIEUR FRANÇAIS DE 1960 à 2011

L'ÉQUILIBRE DU COMMERCE EXTÉRIEUR FRANÇAIS DE 1960 à 2011

 

Bien qu'un peu meilleures qu'en 2011, les statistiques du commerce extérieur de la France ont été franchement mauvaises en 2018, avec 59,9 milliards d’Euros de déficit. 

 

Ce mauvais chiffre n’est pas accidentel, il succède à plusieurs années de déficit du même ordre, depuis qu’il est devenu négatif en 2004. En même temps, la France a vu sa part de marché dans les échanges mondiaux passer de 5% à 3% et l’industrie française littéralement s’effondrer, passant de 25% du PIB en 1975 à 10% en 2018, tandis que les effectifs du personnel employé dans ce secteur dépérissaient, diminuant de 6,2 millions à 2,7 millions de personnes. 
Nous en sommes rendus au point où la France n’est plus que le troisième partenaire de l’Allemagne avec 103,2 milliards d’euros d’importations et seulement 63 milliards d’exportations, générant un énorme déficit de 40,2 milliards d’Euros.
il n’y a donc aucun doute quant à l’affaissement de l’industrie française et quant aux conséquences catastrophiques qu’elle a entrainé : 
  • La désindustrialisation a fait baisser notre revenu par habitant, provoquant un niveau élevé de notre taux de chômage qui s’est traduit par un faible pourcentage de population active dans la population totale (44% contre 52% pour l’Allemagne). 
  • Elle est aussi à l’origine du  montant élevé de notre déficit commercial et de l’accroissement des dépenses publiques (de 34.6% du PIB en 1980 à 56.4% du PIB en 2018), en raison de la nécessité politique de soutenir les populations et les territoires touchés par la désindustrialisation.
Cet accroissement des dépenses publiques a engendré une augmentation des prélèvements obligatoires, impôts et charges. Mais comme les impôts ne sont jamais parvenus à suivre l’accroissement des dépenses publiques, dans la mesure où il est plus facile de voter une dépense nouvelle qu’un impôt nouveau, il en résulte un déficit permanent du budget de l’État depuis 44 ans, avec comme résultat une dette qui atteint aujourd’hui quasiment le montant annuel du PIB en 2018, avec des prélèvements obligatoires qui atteignent 47,6% contre 56.4% du PIB pour les dépenses obligatoires.

Ainsi, la France se trouve installée dans un cercle vicieux, où des prélèvements fiscaux et sociaux plus élevés qu’ailleurs provoquent une réduction de la valeur ajoutée des entreprises françaises et donc de leur compétitivité par rapport à leur concurrents. À son tour l’affaiblissement de la compétitivité entraine celui des entreprises françaises, d’où l’amenuisement du secteur industriel, d’où la diminution du nombre des emplois industriels et des emplois induits, ce qui nécessite, au plan politique, un accroissement des dépenses sociales qui provoquent une augmentation des impôts et de la dette : la boucle est  bouclée.   

 

Mais si l’on est aisément d’accord sur les effets de la désindustrialisation, on peut en revanche tout aussi facilement gloser sur les causes de cette dégradation. 

 

On peut invoquer des impôts trop élevés sur les entreprises industrielles qui affaiblissent leur compétitivité (selon la doxa libérale), la réduction du temps de travail à 35 heures (selon la doxa conservatrice), le niveau trop élevé de l’euro (selon la doxa nationaliste), mais aucun des « remèdes » envisagés n’est facilement applicable du point de vue politique. On peut même penser que c’est une fatalité liée à la mondialisation et au rattrapage des pays autrefois sous industrialisés, et dans ce cas, c’est encore plus simple, il n’y a qu’à regarder passer les trains. 

Cependant, s’il s’agit d’une fatalité, comment expliquer qu’elle touche spécifiquement la France tandis que d’autres pays européens industrialisés, comme l’Allemagne ou l’Italie, sans même mentionner la Suisse ou la Suède, n’ont pas subi la même désindustrialisation ? 

Dans ce billet et les suivants sur ce sujet, je vous dispenserai des jérémiades sur la mentalité française qui constituent une sorte de Ligne Maginot argumentaire : les Français n’aiment pas les riches, ils veulent trop d’égalité, ils veulent trop d’État, bref ils sont inadaptés au monde tel qu’il avance. 

Il faut choisir, nous explique t-on doctement, entre un monde libéral et un monde dirigiste et comme le premier domine le monde, la réponse est toute trouvée : que la France rentre dans le rang, avec plus d’inégalités, moins de protection sociale, moins de dépenses de santé et avec des salaires plus bas : le modèle espagnol au mieux, le modèle grec au pire. 

Mais ces « modèles » n’en sont pas et toutes ces solutions ne sont que verbiages inutiles, tant elles ne s’appuient que sur de fausses évidences, qui révèlent autant les a priori idéologiques de leurs auteurs que la faiblesse de leurs analyses. 

 

Car il faut commencer par regarder de face et de près ce que signifie  précisément la « désindustrialisation de la France ». De quelles entreprises s’agit-il ? Comment s’est passée la disparition de telle ou telle entreprise industrielle française ? Quels étaient les acteurs et quels étaient les enjeux ? Nous allons alors découvrir un monde effrayant ou se joue notre destinée collective, avant de suggérer des « solutions »…

 

À suivre

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LA FABRIQUE DE LA HAINE

17 Janvier 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

TIR AUX PIGEONS JAUNES

TIR AUX PIGEONS JAUNES

Je reproduis et je commente ensuite la lettre individuelle qu’adresse Maurice Grimaud, préfet de police à tous les policiers le 29 mai 1968, après des semaines de manifestations souvent violentes à Paris et en Province :

 

« Je m’adresse aujourd’hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l’emploi de la force.

Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c’est notre réputation.

Je sais, pour en avoir parlé avec beaucoup d’entre vous, que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez avec moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter.

Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d’outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.

Je suis allé toutes les fois que je l’ai pu au chevet de nos blessés, et c’est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu’au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement.

Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance.

C’est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l’ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d’accord, c’est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu’il s’agit de repousser, les hommes d’ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise.

Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.

Je sais que ce que je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j’ai raison et qu’au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez.

Si je parle ainsi, c’est parce que je suis solidaire de vous. Je l’ai dit déjà et je le répéterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d’elle dans les responsabilités. C’est pour cela qu’il faut que nous soyons également tous solidaires dans l’application des directives que je rappelle aujourd’hui et dont dépend, j’en suis convaincu, l’avenir de la préfecture de police.

Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites.

Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s’ils ne le disent pas.*

Nous nous souviendrons, pour terminer, qu’être policier n’est pas un métier comme les autres ; quand on l’a choisi, on en a accepté les dures exigences mais aussi la grandeur.

Je sais les épreuves que connaissent beaucoup d’entre vous. Je sais votre amertume devant les réflexions désobligeantes ou les brimades qui s’adressent à vous ou à votre famille, mais la seule façon de redresser cet état d’esprit déplorable d’une partie de la population, c’est de vous montrer constamment sous votre vrai visage et de faire une guerre impitoyable à tous ceux, heureusement très peu nombreux, qui par leurs actes inconsidérés accréditeraient précisément cette image déplaisante que l’on cherche à donner de nous.

Je vous redis toute ma confiance et toute mon admiration pour vous avoir vus à l’œuvre pendant vingt-cinq journées exceptionnelles, et je sais que les hommes de cœur que vous êtes me soutiendront totalement dans ce que j’entreprends et qui n’a d’autre but que de défendre la police dans son honneur et devant la nation. »

 

À un demi siècle de distance, la lettre de Maurice Grimaud rappelle aux policiers que commettre des actes violents contre des manifestants est indigne de leur mission et engendre un effet politique purement négatif en augmentant le niveau de colère et de frustration.

Aujourd’hui, il est remarquable que malgré les avantages matériels obtenus, les manifestations des Gilets Jaunes se poursuivent, alimentées par le refus de prendre en compte les changements politiques qu’il demandent et  une volonté manifeste de violence dans la répression. Le pouvoir politique s’est en effet dérobé durant neuf semaines derrière des tirs de flashballs qui ont eu comme effet, du fait des blessures graves qu’ils provoquent, de générer la haine. Désormais ce même pouvoir espère que le battage fait autour des prestations pédagogiques du Président Macron permettront d’occulter ou même de réduire les manifestations des Gilets Jaunes.

Mais cette entreprise d’enfumage ne peut pas occulter la fracture  profonde créée par la violente répression policière entre les Gilets Jaunes et leurs soutiens d’une part et d’autre part les Français qui estiment que les revendications de ces derniers ne justifient pas le désordre qu’elles engendrent, quelles que soient les responsabilités respectives des protagonistes des affrontements.

 

Cette fracture, voulue par le pouvoir politique, peut rendre à terme la France ingouvernable, à moins que les Français ne s’emparent du simulacre de débat qui leur est proposé pour renverser la table et se réconcilier entre eux, à la barbe du pouvoir.

 

 

* Ces paragraphes ont été soulignés par les soins du Préfet Grimaud.

TABLEAU DE CHASSE PARTIEL

TABLEAU DE CHASSE PARTIEL

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2019 ET APRÉS

2 Janvier 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

PLAN-RELIEF DE NEUF-BRISACH

PLAN-RELIEF DE NEUF-BRISACH

Pour l’essentiel, on sait ce qui va se passer : la France continuera, ce n’est pas un malaise social qui va l’abattre. Mais devant elle, une page blanche reste à écrire. 

 

Une page blanche, ce n’est pas arrivé souvent dans l’histoire et, de ce point de vue, 1848 est une assez bonne référence : Louis-Philippe s’enfuit et chacun, peuple comme politiciens, reste interdit. Que va-t-on faire ? Une République socialiste à la Blanqui ou restaurer le Roi ? Finalement l’alchimie des émeutes et de la répression portera un Louis-Napoléon Bonaparte au pouvoir. 

En ce mois de janvier 2019, Macron est toujours là, mais du point de vue politique, il a disparu. On ne l’écoute plus que distraitement, ce qui le rend incapable de faire avancer ses « réformes ». Quant aux revendications qui l’assaillent, soit il y cède et il précipite la France dans une spirale de déficits rapidement insoutenables, soit il s’obstine dans l’application de son programme et il enclenche une montée irrépressible de protestations qui submergeront l’État en peu de temps. 

S’il le peut, il lui faut donc rester immobile sur le front socio-économique et au contraire agir sur le front politique. À qui passer la main ? Personne ne s’affirme, ni à droite, ni à gauche, tandis que les gilets jaunes constituent une force de protestation d’où émerge une multitude de revendications. Aussi, n’ayant aucun espoir de remonter la pente, Macron peut essayer de durer, encore que je doute que cela soit possible en raison du ressentiment patent qu’il suscite, voire de la haine. 

Il me semble donc vraisemblable qui lui faudra remettre le pouvoir sous une forme qui reste à déterminer, la dissolution de l’Assemblée Nationale ou la démission pure et simple. Mais chacun pressent que l’écheveau politique ne sera pas démêlé pour autant. Le référendum d’initiative populaire, vers lequel penche l’opinion publique, fera sans doute monter les enchères, mais quoi d’autre ? Il reste qu’une fois l’épisode Macron achevé, ses pieds nickelés de conseillers partis et ses députés amateurs renvoyés à leur chère société civile, la page blanche sera toujours vierge. 

Qui réduira le chômage ? Qui rétablira les équilibres financiers et surtout l’équilibre des échanges ? En ce début d’année 2019, franchement, aucune idée. Si je connais, comme tout le monde, le résultat à atteindre, je sais aussi que pour résoudre le problème, il faut tenir compte, contrairement à Macron et à ses conseillers, de deux données fondamentales. 

Tout d’abord, la France ne peut pas être changée. Elle peut souffrir, elle peut même être torturée comme sous l’Occupation, mais elle ne sera pas changée. Les peuples ne changent pas de mentalités, même sur des durées de plusieurs siècles. 

Ensuite, il faut intégrer la donnée fondamentale de l’organisation de la France et donc du fonctionnement économique, social et politique du pays. Alors que les Anglais venaient de poser, avec la Magna Carta, les bases de la société individualiste que leurs épigones étasuniens essaient lourdement d’imposer au monde d'aujourd’hui pour vendre leurs produits, Les Français amorçaient à la fin du XIIIe siècle avec Philippe le Bel la construction de leur société autour de l’État, un État chargé d’assurer une répartition équitable des pouvoirs et des richesses et d’assurer sa protection. L’État devenait le garant d’une société inclusive et non pas le spectateur d’une société exclusive à l’anglo-saxonne, les Français étant invités à rêver d’une aventure collective et non pas d’une addition d’aventures individuelles. 

Si vous acceptez ces deux postulats, vous avez la clé de l’échec de Macron. Propulsé au pouvoir par un gang de milliardaires qui voulaient changer la France à leur profit en commençant par laminer l’État,  il a révulsé les Français par des « réformes » appuyées sur des discours provocateurs, des Français qui ne veulent pas voir l’État s’effacer pour les laisser seuls face à la jungle mondialisée et ses fauves. 

On le voit bien avec l’impact de l’annonce de la désindexation des retraites. Ce ne sont pas seulement les actuels retraités qui s’inquiètent de leur pouvoir d’achat immédiat, ce sont tous les actifs qui se demandent quelles seront leurs retraites futures. Il en résulte que toute la société française est négativement atteinte par une telle décision. Allez faire passer la « réforme » des retraites après cela. 

Les Français veulent préserver leur société, avec le soutien séculaire de leur État. S’attaquant à ce fondement central de la société française, les apprentis sorciers se sont disqualifiés. Aussi, je suis convaincu que le mot d’ordre politique qui va vite s’imposer tournera autour de la protection assurée par l’État : protection de l’État lui-même, protection sociale, protection économique, protection de l’agriculture, protection écologique, protection de l’industrie avant de la reconstruire. 

Une fois que la priorité de ce thème se sera imposée, je ne m’inquiète pas de la capacité de nos technocrates, aujourd’hui livrés au vertige de l’argent mondialisé, à trouver demain les moyens de l’assurer autour de la monnaie, de l’organisation du financement de l’État ou des protections douanières : l’intendance suivra les objectifs politiques. 

 

L’action politique d’aujourd’hui a montré sa vacuité dans le cadre de la société française de 2018. L’année 2019 devrait permettre de lui en donner un et de ce point de vue, il me paraît évident que le thème de la protection s’imposera.

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2018 ET AUPARAVANT

30 Décembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

2018 ET AUPARAVANT

L’année 2018 apparaitra probablement plus tard, comme une année charnière pour la France. Des changements importants devraient en résulter pour l’avenir. Mais n’anticipons pas. 

 

Le grand choix politique français s’est concrétisé durant le printemps et l’été 1962, lorsque chacun a compris que le gouvernement français avait décidé, ou accepté, la non application des accords d’Evian.  

Bien sûr, ce grand choix n’est pas tombé du ciel. Depuis la défaite de mai juin 1940, la France avait intégré l’idée quelle n’avait plus les moyens de tenir l’Empire et, à partir de là, il n’a fallu que 22 années pour qu’elle s’en débarrasse pour l’essentiel. 

D’ailleurs, le besoin d’Empire n’avait été lui-même qu’un choix stratégique destiné à éviter une confrontation directe de la France avec l’Allemagne, désormais trop puissante après la guerre de 1870. Si l’on cherche plus loin, il y avait longtemps que la France cherchait à définir son champ d’action, depuis les excès de Louis XIV. 

En 1962, ce fut un tournant. Si la France avait imposé les accords d’Evian, elle aurait continué à se tourner vers l’Afrique, à y investir, à développer son économie à partir des matières premières et de la croissance africaine. Mais elle a abandonné l’Algérie à son sort et l’Afrique avec, pour chercher  à s'intégrer en Europe et y constituer un nouvel espace de co-développement qui est devenu l’Union Européenne. 

Il faut convenir que tout l’y poussait, une grande lassitude intérieure qui l’encourageait à porter son regard vers d’autres et la pression des grandes puissances qui avaient hâte d’y remplacer la France. 

De Gaulle est donc allé dans le sens d’où soufflait le vent et la population française a suivie, assoiffée de modernité. 

Cependant, les puissances européennes n’avaient pas disparues et, comme on pouvait s’y attendre, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et leurs alliés d’Europe du Nord ont systématiquement imposé leur point de vue, créant une zone de libre échange ouverte à tous vents dans laquelle la France adossée à son État central s’est retrouvée progressivement en difficulté. Son industrie construite autour des commandes publiques a eu de plus en plus de mal à résister à la concurrence mondialisée, son agriculture, patiemment maintenue à partir de structures familiales, s’est effondrée face à l’agriculture industrialisée.  

Au fur et à mesure que la France s’ouvrait à l’Europe et au monde, les déficits se creusaient et le chômage augmentait. Ainsi le solde du commerce extérieur a été constamment négatif depuis 2003, la dette publique est passée de 30% du PIB en 1996 à 100% en 2018. Quand au chômage, 3% de la population active en 1976, il se situe à prés de 10% en 2018. 

Il est essentiel de noter que ces aggravations de déficit et de chômage n’ont nullement été observées en Allemagne et en Grande-Bretagne.

Seule la France a accentué sans cesse les déséquilibres de son économie, avec comme corrollaire une augmentation constante des prélèvements obligatoires, qui sont devenus aujourd’hui, ramenés au PIB, les plus lourds du monde. 

Une économie désaxée s’est donc installée en France depuis prés d’un demi siècle, malgré les efforts de tous les Présidents de la République, de Giscard d’Estaing à Hollande, qui se sont tous fait fort de réduire le chômage et les déficits. 

Tous ont échoué. 

Enfin est arrivé Macron qui prétendait connaître les vraies recettes pour résoudre ce problème lancinant. Réformant le statut de la SNCF, modifiant l’assurance chômage, baissant les charges des entreprises et des revenus du capital, il cherchait à rendre la France plus compétitive, en diminuant le coût du travail et en rendant les licenciements plus faciles. 

Las, il y avait des dommages collatéraux, qu’il a traité par le mépris : il continuait « en même temps » à faire régresser les services publics, à réduire les revenus des retraités et à abandonner toujours un peu plus les zones périphériques au profit des métropoles. 

Bref il voulait changer la France pour l’adapter aux règles anglo-saxonnes de la mondialisation, tout en renonçant aux précautions de Sioux prises par ses prédécesseurs. C’est alors que la colère est montée progressivement autour d’une multitude de petites mesures contraignantes et de provocations perçues, jusqu’à l’émergence des Gilets Jaunes. 

 

Et désormais tout est fini, Macron et sa politique menée dans la droite ligne de ses prédécesseurs, si bien que l’on se demande bien ce qui va se passer.  

 

À SUIVRE, ÉVIDEMMENT...

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