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Le blog d'André Boyer

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INSURRECTION

9 Décembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

INSURRECTION

 

Le 30 janvier 2011, je publiais, dans un billet déjà intitulé « Insurrection », le texte suivant : 

 

« Ici, en France, dans le pays le plus centralisé du monde, arc-bouté sur un système de privilèges et de connivence qui date de plus d’un demi-siècle, on ferait bien de s’interroger sur le soulèvement en gestation de populations auxquelles on ne promet que privations et brimades au nom d’une pyramide pseudo démocratique de pouvoirs dont on a confisqué toutes les clefs.»

Ce texte date de presque huit ans. Je ne veux pas m’ériger en prophète mais simplement remarquer que chacun pouvait voir depuis des années l’origine du mal, à savoir la centralisation extrême du pouvoir qui génère les privilèges et la connivence, pour en conclure que forcément les populations qui, en retour, se sentaient privées, brimées et j’aurais dû aussi écrire méprisées, allaient un jour se soulever.  

C’était évident et maintenant nous y sommes. 

Fondamentalement, il faut comprendre que les gilets jaunes ne vont pas rentrer dans le rang

Si vous ne saisissez pas cela, vous ne pouvez pas comprendre ce qui va se passer. Pourquoi ne vont-ils pas rentrer dans le rang ? Parce qu’ils en ont gros sur le cœur, des années d’abaissement, de privations perçues comme injustes et d’humiliations ressenties face à l’arrogance des gens du pouvoir. 

Maintenant, ils mettent tout cela sur la place publique et pour se débarrasser de ce fardeau, il faut qu’ils le remettent à quelqu’un. À qui ? À personne d’autre qu’au pouvoir en place. D’où le rejet violent de Macron, d’où la haine !

De plus, chaque jour ils se sentent plus forts, forts du combat qu’ils ont eu le courage de mener, forts des amitiés, voire des réseaux qu’ils ont constitués, forts de l’appui d’une opinion publique sensible à leur sort.

Aussi, ce pouvoir n’a aucune autre solution que de capituler. Après tout, il n’est justement en place que grâce à l’affaissement progressif de ce même pouvoir dont les commanditaires de Macron ont voulu s’emparer en faisant croire que ce dernier allait tout changer. Les électeurs ont cru que ce changement se ferait en leur faveur jusqu’à ce que nombre d’entre eux découvrent qu’ils étaient les dindons de la farce.   

Bien sûr, habitué à l’arrogance du pouvoir en place, on l’imagine organiser toutes sortes de ruses pour survivre. Mais l’on se trompe, le pouvoir est désarmé. Que Macron fasse des discours, que le pouvoir organise le « dialogue », qu’il change de Premier Ministre, qu’il accorde des augmentations de salaire, qu’il ouvre des négociations, rien de tout cela ne fera rentrer les gilets jaunes au bercail : le désordre permanent sera la règle tant que le pouvoir ne capitulera pas. 

De ce point de vue, toute la question est de savoir selon quel processus cette capitulation aura lieu. On peut espérer que ce sera avec un minimum de violences physiques et de dégâts matériels.

Ensuite, on discutera de tout, en matière politique de la répartition des pouvoirs, de la décentralisation, de la suppression des privilèges, en matière économique de la dette, de l’Union Européenne, de la mondialisation, en matière sociale des salaires, des impôts, des migrants et j’en passe…

Puis, lorsque tout un chacun se sera lassé de parler, un nouveau pouvoir se mettra en place. On n’échappera pas aux referenda d’initiative populaire, à la proportionnelle, à la suppression de quelques symboles comme l’ENA ou de certains avantages acquis. 

Une nouvelle pyramide de pouvoirs émergera où les petits, les sans grades auront, on peut l’espérer, plus d’occasions de s’exprimer, ce qui permettra de faire passer des décisions plus difficiles. 

 

Voilà ma vision de la succession d’événements qui nous attendent, fondée, je le répète, sur le postulat que les gilets jaunes ne rentreront pas de sitôt dans le rang. 

 

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L'ESPÉRANCE DE VIE, ICI ET LÀ

5 Décembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'ESPÉRANCE DE VIE, ICI ET LÀ

 

Il est bon de se rappeler que l’espérance de vie est l’une des mesures clés du bien-être d’une nation, exprimant la qualité de son style de vie et l’efficacité de son système de soins médicaux ainsi que de l’organisation de ses services sociaux.

 

Le classement des espérances de vie, sans entrer dans la question de la différence de plus en plus réduite entre l’espérance de vie masculine et féminine, exprime qu’il est plus facile de survivre ici que là, même si la signification d’un nombre  synthétique peut toujours être discuté.

Les chiffres ci-après concernent l’année 2015 et proviennent des données de l’OMS :

Le premier pays du monde pour l’espérance de vie est, sans surprise, le Japon, avec 85,25 années. Sans surprise, parce que le style de vie, l’alimentation, la philosophie de vie et le niveau technique du Japon plaident tous pour une forte espérance de vie. Tant pis pour les contempteurs (jaloux) du Japon.

Le Japon est suivi d’assez prés par Singapour, l’Islande, l’Italie, la Suède, l’Australie, la Suisse, le Canada et la France, où l’espérance de vie est encore de 82,4 années. L’Espagne suit de très près.

Mais l’Allemagne et la Grande-Bretagne n’ont que 81 ans d’espérance de vie, les Etats-Unis n’en sont qu’à 78,8 ans et désormais leur espérance de vie est en baisse : elle n’atteignait plus que 78,6 années en 2016 et les dernières données indiquent une nouvelle baisse. On peut en général attribuer ces différences d’espérance de vie à des styles de vie différents, à l’alimentation, mais dans le cas des Etats-Unis, la cause serait à chercher dans la consommation des opiacés. Le nombre de surdoses de drogues et de médicaments est en effet passé aux Etats-Unis de cinquante deux mille en 2015 à soixante trois mille en 2016 et deux surdoses sur trois impliquent des opiacés, une catégorie de stupéfiants englobant des médicaments Au total, on estime qu’il y aurait entre 2 et 2,5 millions d’Américains dépendants des opiacés.

Certains économistes, comme le Prix Nobel Angus Deaton, attribuent l’accroissement des décès aux États-Unis à la disparition au cours des dernières décennies de nombreux emplois non qualifiés mais bien rémunérés, qui ont plongé une partie de la classe moyenne ouvrière américaine dans le désespoir, provoquant une augmentation importante du nombre de décès liés aux surdoses, mais aussi à l’alcool et aux suicides.

Quoi qu’il en soit, les États-Unis se retrouvent-ils tout juste au-dessus du Brésil, 76,2 années et de la Chine 76 années, tandis que l’on trouve beaucoup plus bas la Russie, 70,5 années et l’Inde, 65 ans.

Il reste que l’espérance de vie la plus faible se trouve dans les pays africains où elle est comprise entre 48 ans en Sierra Leone et 59 ans et demi en Mauritanie. Un bébé qui nait dans ce dernier pays, aurait, selon ces statistiques, trente sept ans de moins d’années à vivre que s’il naissait au Japon. Et s’il nait aux Etats-Unis, presque sept ans de moins d’années à vivre qu’au Japon.

 

Je vous laisse en tirer les conclusions que vous voulez sur l’injustice  de naitre ici ou là et sur la qualité variable de la vie en fonction des pays…

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ÉTATS-UNIS VERSUS IRAN

19 Novembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

ÉTATS-UNIS VERSUS IRAN

Officiellement, sans se préoccuper le moins du monde du sort de la population iranienne, les États-Unis veulent mettre à genoux les dirigeants iraniens.  

 

En effet, le 21 mai dernier, le secrétaire d’État Mike Pompeo a énuméré douze conditions pour que les États-Unis, à terme, mettent progressivement fin à leurs sanctions contre l’Iran : sur le volet nucléaire, l'Iran doit cesser tout enrichissement d'uranium, fermer son réacteur à eau chaude et donner aux inspecteurs internationaux accès sans conditions à tous les sites du pays. En outre, l’Iran doit mettre fin à la  construction, au développement et aux essais de missiles balistiques. Enfin, la République islamique doit se retirer de Syrie, cesser de s'ingérer dans le conflit du Yémen, cesser de soutenir le Hezbollah, le Jihad islamique palestinien, les talibans afghans et Al-Qaïda, cesser de s'ingérer dans les affaires de l’Irak et du Liban et cesser de menacer Israël et l'Arabie saoudite.

En résumé, l’Iran doit cesser d’être une puissance régionale et se contenter de faire ce que lui dictent les Etats-Unis, tout en consommant du Coca Cola et du Mac Donald.

Mike Pompeo a tout de même reconnu, dans le même discours, que les douze conditions précédentes pouvaient sembler irréalistes, mais il compte officiellement sur un changement de régime et officieusement sur le chaos provoqué en Iran par les difficultés économiques qu’engendreront les sanctions pour les imposer.

En pratique, son discours s’appelle un ultimatum, qui ne peut pas par mener à des négociations et à un compromis. Il n’est donc destiné qu’à justifier des sanctions appliquées ad vitam aeternam, car qui croit vraiment que ces dernières permettront aux Etats-Unis d’obtenir satisfaction?

Pour cela, il faudrait que les Etats-Unis envahissent et occupent l’Iran, comme ils l’ont fait pour l’Irak. Car l’impact de sanctions financières est bien trop faible pour obtenir la reddition de l’Iran. Depuis l’avènement du régime en 1979, ses dirigeants ont su faire face à des menaces autrement redoutables : une guerre de huit ans particulièrement meurtrière déclenchée par l’Irak avec l’aval des  gouvernements des Etats-Unis et de la France, la fuite de ses capitaux et de ses cerveaux, son isolement quasi-total accompagné de sanctions et de pressions étasuniennes permanentes jusqu’en 2015, qui viennent tout simplement de reprendre en ce mois de novembre 2018.

Or la situation a changé depuis 2015.

Les Etats-Unis ne peuvent plus se prévaloir du droit international puisque les Iraniens ont négocié, signé et respecté un Plan d’action commun approuvé par les Etats-Unis eux-mêmes. En sortant unilatéralement d’un accord multilatéral qu’ils ont signé avec l’Iran, les quatre autres membres permanents du Conseil de Sécurité et l’Allemagne, les Etats-Unis se sont mis en marge de tous les autres signataires, avec la volonté d’imposer leur point de vue unilatéralement, non seulement à l’Iran mais aussi aux autres signataires et de facto au reste du monde.

Ce faisant, ils obligent les pays qui commercent avec l’Iran soit à se soumettre à leur volonté, soit à la contourner, soit à s’y opposer frontalement. Si l’on peut supposer que, dans un premier temps, la grande majorité des pays concernés par le commerce avec l’Iran se plieront de mauvais gré et à minima aux desideratas étasuniens, il reste que l’emploi de la contrainte est globalement perçu négativement, excepté en Arabie Saoudite et en Israël.

Par conséquent, la souffrance infligée du fait des sanctions au peuple iranien apparaitra d’abord injuste puis insupportable. Les Etats-Unis devront en assumer la charge, comme celle de soutenir leur principal allié dans cette querelle, l’Arabie saoudite, dont les agissements récents ont soulevé l’indignation du monde entier. D’ailleurs, toutes proportions gardées, les Etats-Unis se sont déjà trouvés dans la même position de faiblesse morale au Viêt-Nam et cela s’est terminé par un sauve-qui-peut honteux depuis leur ambassade à Saigon. Et cette position de faiblesse morale n’est pas de nature à convaincre le gouvernement iranien de céder, lui qui se trouve enfin du bon côté, celui de la morale.

Au plan intérieur, même s’il est classiquement accusé par l’opposition d’incompétence et de prévarication, il est aisé à ce gouvernement de refuser le diktat des Etats-Unis en rappelant celui que le pays a subi de 1958 à 1979, le renversement du gouvernement de Mossadegh par la CIA, l’humiliante loi iranienne de 1964 sur le statut des forces américaines en Iran et l’ingérence américaine permanente dans les décisions économiques et stratégiques du pays pendant le règne du chah, une ingérence qu’il a toléré et qui explique en bonne partie sa chute.

Au plan extérieur, l’Iran est la victime et il suffit au gouvernement iranien pour entretenir sa bonne image, malgré la répression interne, de se plaindre auprès du monde entier de l’attitude déloyale des États-Unis et du manque de courage de ses partenaires commerciaux.

Dans cette situation, les sanctions seront de plus en plus contournées avec le temps comme c’est toujours le cas dans l’histoire des systèmes de sanctions. Pour les Etats-Unis, il va donc falloir en rabattre à terme, car leur obstination leur coûtera de plus en plus cher. Par exemple, elle pourrait engendrer plus rapidement que prévu la perte de la suprématie du dollar sur le marché pétrolier ou le contournement du système SWIFT.

Il leur reste donc à trouver un compromis. On a bien compris que les Etats-Unis n’ont jamais accepté l’humiliation de la prise des otages à l’Ambassade américaine en 1979, renforcée par le fiasco de l’opération de leur libération par Jimmy Carter qui explique en partie sa défaite contre Ronald Reagan quelques mois plus tard. On a donc bien compris qu’en conséquence, ils veulent se venger en humiliant à leur tour l’Iran et en renversant son régime.

Mais cet aspect passionnel de la politique américaine devra être tempéré par les données stratégiques. De ce point de vue, les Etats-Unis livrent un combat frontal contre la montée en puissance de la Chine et c’est incontestablement leur combat majeur, auprès duquel celui qu’ils conduisent contre l’Iran n’est que secondaire.  

Or l’Iran ne demande pas mieux que de se réconcilier avec les Etats-Unis à condition de sauver la face et d’y gagner sur le plan économique, tandis que ces derniers peuvent difficilement se permettre, pour tenter de remporter une confrontation relativement mineure pour eux, d’affaiblir leur position morale, d’irriter leurs partenaires et de pousser à la constitution d’un front commun contre eux.

 

Aussi, une fois dissipé le phantasme de la chute du régime iranien, toute la question, en particulier pour le peuple iranien qui souffre de ces sanctions, est d’accélérer le processus qui permettra d’obtenir un accord entre les Etats-Unis et l’Iran. Cela pourrait se révéler plus rapide qu’il ne semble, notamment en raison de la fragilité du pouvoir saoudien et du réalisme profond que nécessite la survie d’Israël.

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LES NATIONALISTES DE RETOUR AU QUÉBEC

3 Novembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LES NATIONALISTES DE RETOUR AU QUÉBEC

Le premier octobre dernier, les électeurs ont donné à la Coalition avenir Québec (CAQ) dirigée par François Legault une large majorité des sièges à l’Assemblée nationale du Québec.

 

Avec un taux de participation de 66,45 %, qui est particulièrement faible, la CAQ a obtenu 74 sièges sur 125 avec 37,4 % des voix au scrutin uninominal majoritaire à un tour.

Derrière la CAQ, le Parti Libéral du Québec (PLQ), dirigé par Philippe Couillard qui était au pouvoir, a obtenu 31 sièges avec 24,8 % des voix, ce qui correspond à un étiage très bas de son score électoral habituel.  Le PLQ devient tout de même le seul parti à obtenir le statut de parti d'opposition officiel à l'Assemblée nationale. Pour  sa part, le Parti québécois  (PQ) n’a obtenu que 17,1 % des voix, son score le plus bas depuis sa première élection en 1970, ce qui lui donne 10 sièges. Enfin, Québec solidaire (QS), un parti marqué à gauche comme son nom l’indique, a obtenu 16,1 % et 10 sièges, faisant pratiquement jeu égal avec le PQ.

Voilà le résultat des urnes, qui n’est globalement pas une surprise puisque la CAQ était donnée gagnante depuis des mois par des sondages, un peu inférieurs, il est vrai, à son score réel. À la tête de la CAQ, François Legault, en tant que Premier ministre du Québec, possède des atouts pour rassurer les Québécois face à Justin Trudeau, le Premier Ministre du Canada, au profil de playboy.

Né le 26 mai 1957 à Sainte-Anne-de-Bellevue, à la pointe ouest de l’île de Montréal, ainé de trois enfants et issu d'une famille modeste, il a effectué à HEC Montréal une maitrise en administration des affaires pour devenir comptable agréé. D’abord administrateur de Provigo, une chaine de distribution alimentaire québécoise, puis vérificateur chez Ernst & Young, il est entré chez Quebecair à 29 ans, qui était proche d’être privatisé.

Avec trois associés et un groupe de pilotes de Quebecair qui s’étaient battu pour maintenir l’utilisation du français dans les conversations avec les tours de contrôle, il contribua au lancement d’Air Transat en 1986 dont il était au départ l’un des principaux actionnaires, mais dont il a vendu les actions en 1998, ce qui lui permet aujourd’hui de déclarer un patrimoine de 10 millions de dollars canadiens.    

La même année 1998, Lucien Bouchard (Parti Québécois) l’a choisi comme ministre de l'Industrie, deux ans après que le Parti Québécois ait perdu in extremis le  deuxième référendum sur la souveraineté du  Québec avec 50,58 % de « non ». Il a été ensuite élu député du Parti Québécois en 1998, pour devenir ministre de l’Éducation puis ministre de la Santé.

Progressivement en désaccord avec la direction du Parti Québécois, François Legault recommandant de ne pas proposer à court terme aux électeurs la perspective de l’indépendance du Québec, il a fini par créer son propre parti politique en 2011, la Coalition avenir Québec (CaQ), qui obtint 27% des voix aux élections provinciales de 2012, puis 23% en 2014 et finalement 37% en 2018.  

En regardant son parcours, on comprend bien que François Legault se présente comme un nationaliste réaliste. L’aspect « réaliste » de son programme  se situe dans la priorité  de remettre « l'argent dans le portefeuille des Québécois», de réformer l'éducation afin de repérer les difficultés d'apprentissage dès le plus jeune âge,  de faciliter l'accès aux médecins de famille et de réformer le mode de scrutin.

Mais, lors de cette campagne électorale, il a adopté un discours ouvertement nationaliste, axé sur la défense des valeurs québécoises, proposant notamment une réduction de 20 % de l'immigration au Québec et l'imposition d'un test de valeurs et de français aux immigrés, afin d'attester leur bonne intégration à la société québécoise. S’il refuse toujours de prôner un referendum sur l'indépendance du Québec, il rejette le fédéralisme, proposant mystérieusement une troisième voie qui, par définition, est toujours une fuite pour escamoter le débat.

Déjà, il se heurte au Premier Ministre Libéral du Canada, Justin Trudeau, en faisant état de sa volonté de retirer aux juges et aux fonctionnaires d’autorité le droit au port de signes religieux, il se propose de repousser de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis dont l’usage vient d’être autorisé au Canada et il veut l’interdire dans tous les lieux publics.

Prenant connaissance de son programme, la plupart des commentateurs le qualifient de droite ou de nationaliste modéré, soulignant qu’il a renoncé au referendum sur l’indépendance du Québec. À mon avis, ils ne voient pas l’essentiel : le gouvernement de François Legault est nationaliste.

En Europe, on le qualifierait de populiste. Il va se heurter sans cesse avec l’État Fédéral et l’on va alors voir se reformer deux camps au Québec, les mondialistes représentés par le Parti Libéral et Québec Solidaire et les nationalistes représentés par la CAQ et le Parti Québécois. 

 

Pour résumer ma pensée de manière schématique, le Parti Québécois est de retour au pouvoir, sous un autre nom. À suivre…

 

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ODE À L'AUDE

18 Octobre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

ODE À L'AUDE

Le département de l’Aude vient de subir une catastrophe climatique. La ville  de Trèbes a été particulièrement touchée avec neuf victimes d’une inondation trop tardivement signalée, cette  même ville qui avait déjà été victime en mars dernier d'un attentat islamique dans son supermarché, avec  quatre morts et quinze blessés, dont le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame.

Or, il y a quatre ans, j’avais consacré un billet au département de l’Aude que je venais de visiter avec des amis et j’avais déjà perçu les attraits culturels et les meurtrissures économiques de ce département. C’est pourquoi je reprends ici l’essentiel de mon récit du 8 juillet 2014.

 

Nous avions décidé de visiter l’Aude en raison de ses attraits gastronomiques, vinicoles et artistiques, dans l’ordre. Nous avons naturellement commencé par Carcassonne, ville de carte postale. Puis plongeant dans l’Aude profonde, nous avons visité un domaine viticole. Ces vignobles n’ont vraiment connu le succès qu’à partir de celui de la blanquette de Limoux, inventée en 1531 par les moines de l’abbaye de Saint-Hilaire qui se sont fait « chiper » la technique de vinification par Dom Pérignon, un moine d’Hautvillers, qui en a assuré le triomphe avec le champagne.

Après avoir partagé un repas bucolique au sein du village fortifié de Pieusse, nous avons trouvé refuge le soir à Alet-les-Bains dans un pittoresque hôtel qui se trouve au sein même de l’ancien évêché. Curieuse ville qu’Alet-les-Bains, fortifiée et presque abandonnée, avec quelques résurgences de vie, une exposition ici, un musée là, un casino ailleurs.

Le lendemain, un fort périple automobile nous attendait, qui a commencé par le chemin cathare conduisant aux pentes escarpées entourant le môle arrondi de Montségur, le dernier refuge de ces pauvres Cathares, déjà victimes à l'époque de la fureur des centralisateurs royaux.

Puivert, où nous avons déjeuné, montre bien l’état d’abandon de nos villages. De là, nous avons traversé les paysages désertiques qui séparent l’Aude des Pyrénées Orientales.  Nous avons alors vu les montagnes changer brusquement d’aspect, les sommets dénudés succédant aux pentes couvertes de forêts auxquelles nous avait accoutumée la riante Aude. Il était perceptible que la Méditerranée étendait désormais son influence sur les panoramas qui s’offraient à nous, jusqu’à ce que nous nous arrêtions à Maury, aux vignobles enfin gorgés de soleil.

Il fallut pourtant nous résoudre à faire demi-tour pour rejoindre Quillan, où les deux visages de la ville, qui n’étaient autres que les deux visages du département, voire de la France tout entière, nous attendaient.

Certes Quillan détient encore un trésor, sa charcuterie, mais il a perdu une industrie qui l’avait rendu célèbre, le Formica. Depuis, la ville se meurt, ce que démontre la chute de son équipe de rugby, autrefois championne de France, aujourd’hui en Fédérale 3. Le club peine à recruter dans le désert industriel quillanais, car il est difficile de trouver un emploi pour d'éventuelles recrues, sauf par l’entremise ultime de la mairie. Lorsque nous partagèrent notre désolation avec un limonadier de Quillan, adepte du jeu à XIII entre amateurs gérés par des bénévoles, il nous asséna cette pensée définitive qui nous laissa coi : « L’avenir, Monsieur, il est ce que l’on en a fait… ».

Pas « ce que l’on en fait », notez la nuance, « ce que l’on en a fait » : le futur jaillit directement du passé.

À Quillan, dans l’Aude et dans toute la France, qu’est-ce que l’on en a fait de l’avenir? Est-ce que l’on s’en est vraiment occupé? Alors, l’avenir, il se construit quand même autour des usines vides et du tourisme, ultime espoir. Suffira t-il à faire vivre ces villes et ces campagnes avec l’aide de la vigne, des fonctionnaires, des retraités et des chômeurs indemnisés? Car des industries, il n’en reste rien, absolument rien.

Nous sommes retournés à notre hôtel situé dans l’ancien évêché d’Alet, avec son jardin romantique qui entoure des ruines grandioses. Est ce que le tourisme permettra de sauver cet hôtel au charme unique, plombé par son isolement et les exigences des normes?

Le dernier jour de notre périple, nous nous sommes repliés sur Limoux. Le marché remplissait ses rues et ses parkings, offrant victuailles et produits de l’artisanat, dont on ne savait s’il  provenait de l’Aude ou de la Chine. Ce jour là, la ville jouait à être prospère, mais on sentait bien, au nombre d’étals et de clients, que le cœur n’y était pas.

Pourtant, observant une propriété viticole à Brugairolles, prés de Limoux, centrée sur une belle demeure surmontée d’un restaurant, je me disais que le métier de vigneron présentait de nombreux attraits, celui de vivre entouré de la nature, de travailler en sortant de chez soi et de maitriser tout le cycle de production jusqu’à la bouteille de vin, ce produit « noble ».

Mais, à observer la condition de vigneron, il ne me semblait pas que la rentabilité de ce métier soit si facilement accessible que cela. Acheter un vignoble, vivre heureux et mourir ruiné assis sur un capital immobilier que l’on se refuserait jusqu’au bout à céder, était-ce là le destin des vignerons?

 

Quittant l’Aude pour parcourir la route de Limoux à Revel et sa magnifique place du marché, en passant par Castelnaudary transformé en ville dortoir toulousaine, avant de redécouvrir Narbonne la délaissée, je songeais mélancoliquement combien l’Aude était belle, dans son agonie.

 

 

 

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L'ANTI MODÈLE MONDIAL

12 Septembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

L'ANTI MODÈLE MONDIAL

Pour Nietzsche, la volonté de puissance est une surabondance de force que l’on a besoin d’extérioriser.

C’est cette volonté de puissance que les Etats-Unis ont exprimé depuis l’origine, tout d’abord aux dépens des Amérindiens et des Noirs comme l’avait observé Tocqueville dès 1835, de l’Amérique du Sud avec la doctrine Monroe en 1823, du Japon avec l’Amiral Perry en 1853, puis aujourd’hui aux dépens de l’ensemble du monde. C’est la leçon que les Etats-Unis ont retenu des Britanniques, se mettre dans une position inexpugnable afin d’imposer sa volonté à tous ceux qui sont en position de faiblesse.

Cependant, observe également Nietzsche, imposer sa puissance signifie donner un sens aux évènements et aux choses. De ce point de vue, les Etats-Unis ont  longtemps imposé l’idée que le monde était divisé entre les tenants de la liberté, de la démocratie et du marché, dont ils étaient les champions, et les autres qui devaient être vaincus.

Or, en 1989, ils ont gagné. Même si les faux semblants sont nombreux, le monde  tout entier est aujourd’hui officiellement converti au respect de la démocratie, des droits de l’homme et de la globalisation de l'économie de marché, ce qui prive les Etats-Unis de cette justification pour exercer leur domination et la rend immanquablement odieuse.

Désormais, les États-Unis ne soutiennent la mondialisation que dans la mesure où elle les arrange, ils imposent le dollar comme monnaie mondiale tout en prétendant en faire un outil de pression politique et ils ne veulent imposer leurs intérêts stratégiques qu'en les justifiant par leur puissance militaire. Les voilà désignant tour à tour comme ennemis, soit économiques soit politiques, l’Union Européenne, la Chine, la Russie, l’Iran, la Turquie, le Venezuela  et même le Canada !

Aussi, tandis que leur force reste considérable, leur autorité est en voie d’effondrement. En effet, sans qu’ils en soient le moins du monde les acteurs, un nouveau monde émerge dont la question centrale est écologique et démographique, puisque, pendant le siècle qui vient, le nombre d’humains ne cessera pas de s’accroitre, posant le problème lancinant de l’utilisation et du partage des ressources naturelles sur Terre, telles que l’air, l’eau, l’alimentation, l’énergie, le vivant, les matières premières.

Or les Etats-Unis tournent le dos à cette problématique. Ils proposent au contraire au monde un modèle qui prétend accroitre sans cesse la consommation des ressources de la Terre, ce qui conduira forcément à en exclure la plus grande partie de l’humanité.   

Ainsi, le transport des produits d’un bout du monde à l’autre permet de fournir les fruits et légumes de toutes les saisons aux consommateurs fortunés, la livraison individuelle de toutes sortes d’objets à domicile est développée par des entreprises comme Amazon, entrainant la circulation d’une noria de véhicules et l’utilisation d’une profusion d’emballages, le tourisme aérien à travers le monde prévoit de croitre fortement, Internet, la téléphonie mobile et les robots demandent de plus en plus d’énergie, comme l’usage des climatiseurs qui s’étend rapidement. Pour répondre à la demande croissante d’énergie qu’ils provoquent eux-mêmes en promouvant leur modèle, les États-Unis se livrent à une exploitation forcenée de leurs ressources en pétrole issues des schistes bitumineux, contribuant à la baisse du prix du pétrole et donc à une consommation encore accrue de cette source d’énergie.

Les effets de cette implacable mécanique sont innombrables, mais rien n’est plus révélateur que l’ambition de Monsanto de contrôler les semences tout en offrant les pesticides qui permettent de  produire des céréales au prix de la santé des agriculteurs et des consommateurs et de la destruction de l’écosystème. Ils mettent ainsi le progrès scientifique et  technique, non pas au service de l’humanité mais à celui du modèle de société qu’ils veulent imposer au monde.

Ils montrent de la sorte qu’il est erroné de prétendre que la science résoudra toutes les difficultés puisque la recherche est pilotée par le modèle dominant. À terme, on entrevoit un monde ravagé par la surexploitation des ressources naturelles où les multitudes seront à la merci des maitres de la finance et de la technologie.

Et nous qui sommes requis de collaborer à ce système mortel, nous devons finir par comprendre, même si c'est un triste constat, que les États-Unis ne veulent pas diriger le monde mais l'exploiter purement et simplement, y compris au prix de sa destruction.  

Vivant aujourd'hui une situation identique à celle de l'URSS d'avant 1989, les États-Unis, aveuglés par leur force, ne se sont pas encore rendu compte, eux les chantres de l'économie de marché, qu'ils ne disposent plus dans leur magasin idéologique que d'un produit invendable, la destruction des ressources de la Terre et de son environnement au profit d’une minorité...

Good luck!  

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LA MISSION DOMINATRICE DES ÉTATS-UNIS

3 Juillet 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LA MISSION DOMINATRICE DES ÉTATS-UNIS

 

Si, en 1777, il y avait eu cent millions d’Indiens et deux millions de Français sur les frontières des dix colonies de l’Amérique, on aurait observé une toute autre idéologie étasunienne que celle qui a prévalu.

 

Cette idéologie, la liberté individuelle alliée à la volonté de conquête adossée à une prétention universaliste, a été déterminée par une situation géopolitique où les puissances hostiles fortes, nombreuses ou organisées autour des dix colonies avaient disparu. Au Canada, les Français avaient été muselés par la conquête britannique, en Louisiane ils étaient trop peu nombreux pour résister à une future conquête et les Espagnols étaient trop faibles pour résister à la poussée étasunienne.

Face à la mécanique idéologique qui équipait les cinq millions d’étasuniens en 1800, les Amérindiens divisés, démoralisés et en voie d’affaiblissement occupaient un espace qui ne demandait qu’à être conquis.

Naturellement, les Amérindiens furent exclus du système pseudo universel étasunien, qui n’était en pratique qu’un système prédateur. Le génocide des Amérindiens s’inscrivit dans la logique de la mission divine du nouveau peuple élu, au point que les Amérindiens n’obtinrent la nationalité étasunienne que le 15 juin 1924, un siècle et demi après l’indépendance des Etats-Unis, tandis que leur nombre s’était dramatiquement réduit pendant cette période de dix millions à deux cent cinquante mille personnes.

De même, il a fallu un siècle pour que l’abolition de l’esclavage aboutisse à la reconnaissance officielle des droits civiques des Noirs américains, tant leur inclusion dans la société américaine reste piteuse.

Les vagues successives d’immigration ont également joué leur rôle dans le renforcement de la communautarisation de la société étasunienne. D’une part, compte tenu des circonstances de leur départ de leur pays d’origine les immigrants ont été contraints à adhérer à l’idéologie étasunienne tandis qu’en pratique il leur fallait rester dans leur communauté d’origine pour parvenir à survivre.

Une fois établi leur domination sur l’Amérique du Nord, puis sur l’Amérique toute entière, les Etats-Unis ont saisi l’opportunité de la « guerre civile européenne » de 1914-1945 pour étendre à la planète entière leur projet de réaliser l’œuvre que « Dieu leur avait ordonné d’accomplir », à savoir une société mondiale où les Etats-Unis imposerait leur domination dans les domaines militaire, politique, économique, financier, monétaire, culturel et désormais dans celui des communications.

Pour réaliser cet objectif de contrôle mondial, ils se considèrent justifiés à utiliser les plus extrêmes formes de violence chaque fois que cela leur parait nécessaire, comme à Hiroshima et Nagasaki, en Corée, au Vietnam, en Afghanistan et en Irak, pour ne citer que les exemples les plus manifestes.

Pour les non étasuniens, parler leur langue, imiter leurs comportements, adopter leurs usages signifient que l’on reconnaît leur domination et que l’on cherche à capter par cette reconnaissance une partie de leur pouvoir.

Les Etats-Unis s’imposent donc comme un modèle de société, à l’instar de la Grande-Bretagne en son temps, non pas parce qu’ils forment une société modèle, mais parce qu’ils dominent le monde.

 

Mais il se trouve que désormais, leur société, loin d’apparaître comme un modèle à suivre dans le cadre de la mondialisation, de la croissance démographique et de la montée des difficultés écologiques, semble devenir un anti modèle.

 

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LES ÉTATS-UNIS, UNE SOCIÉTÉ D'EXCLUSION

16 Juin 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LES ÉTATS-UNIS, UNE SOCIÉTÉ D'EXCLUSION

 

Les Etats-Unis ont une conception particulière des notions de communauté et de solidarité, qui diffère de toutes les autres sociétés du monde. 

 

Selon le « rêve américain », l’idéal réside dans l’égalité des opportunités. Chacun a une chance de participer à la course au mérite, mais seuls les gagnants en tirent les bénéfices et non pas les perdants, naturellement. C’est ainsi que les gagnants amassent des fortunes dont le montant est au-delà des capacités d’imagination de la multitude : en 2017, Bill Gates, 86 milliards $; Warren Buffet, 75,6 milliards $; Jeff Bezos, 72,8 milliards $; Amancio Ortega (Espagne), 71,3 milliards $; Marc Zuckerberg, 56 milliards $ ; Carlos Slim Helu (Mexique), 54,5 milliards $; Larry Ellison, 52,2 milliards $ ; Charles Koch et David Koch, 48,3 milliards $ chacun; Michael Bloomberg, 47,5 milliards $.

Quant aux perdants, selon le « rêve américain », la responsabilité de leur échec doit leur être imputée car, tout simplement, ils ne disposaient pas des qualités individuelles nécessaires pour réussir.

Un tel satisfecit accordé à l’exclusion économique est unique  au monde. Il provient d'un mécanisme d’exclusion fortement inscrit dans la construction originelle du système étasunien, alors qu'actuellement, du fait de la mondialisation, cette vision étasunienne de la société influence de plus en plus fortement les autres sociétés.

Il est donc nécessaire de chercher à comprendre quelle est l’origine du système étasunien afin de juger de sa légitimité à s’imposer au monde.

Pour ce faire, on peut toujours prendre à la lettre la Déclaration d’Indépendance ou celle de Lincoln en 1863 : « L’Amérique est une nation, conçue dans la liberté, et dédiée à la proposition que tous les hommes sont créés égaux », encore que les évènements qui ont ponctué l’histoire étasunienne nous semblent plus révélateurs du système étasunien que les déclarations de principe. La culture d’un pays est le produit de son histoire et celle des Etats Unis est marquée par des spécificités qui tranchent avec celles du continent européen : la fondation de la Nouvelle Angleterre par des groupes protestants divisés, le génocide des Indiens, l’esclavage des Noirs, le déploiement d’un communautarisme associé aux vagues successives de migrations.  

Les groupes protestants qui ont été encouragé à émigrer de l’Angleterre du XVIIe siècle vers l’Amérique avaient développé une interprétation exclusive du christianisme, qui les a autorisé à partir à la conquête du continent nord-américain tout entier en éliminant les Indiens.

En 1763, après la conquête de la Nouvelle-France, les treize colonies hétérogènes régies par la Grande-Bretagne furent bornées par la Proclamation Royale, qui avait pour objectif de pacifier les relations avec les Amérindiens, en interdisant aux habitants des Treize colonies de s’installer et d’acheter des terres à l’ouest des Appalaches. Cette limite était un chiffon rouge agité devant des coloniaux avides de terres à s'approprier et brûlant de tuer le plus d'Indiens possible. Lorsqu’en outre le Parlement britannique décida, pour répartir le fardeau de la guerre livrée aux Français, d’imposer une série de taxes aux colons à partir de 1764, tout était réuni pour que les élites des treize colonies se révoltent.

Il restait à cacher cette soif sanguinaire de puissance derrière le brouillard des bonnes intentions; Que l'on en juge: lorsque le Congrès de Philadelphie se réunit le 5 septembre 1774, Thomas Jefferson proclama dans son Récapitulatif des droits de l’Amérique que la liberté du commerce était un droit de nature. Le 22 mars 1775, Edmund Burke prononça son célèbre discours sur la liberté : « Chez les Américains, l’amour de la liberté est la plus grande des passions ». Leur liberté, pas celle des autres, surtout pas celle des Indiens. Dans le Sens Commun (1776), Thomas Paine proclamait que la cause de ce qu'il appelait l’Amérique était « la cause de l’humanité toute entière », ce qui constitue encore aujourd’hui le credo officiel des Etats-Unis ; dans le même sens, en 1777, la Constitution de Virginie était précédée d’un Bill of Rights  qui se voulait à portée universelle : « tous les hommes naissent naturellement et également libres et indépendants, et possèdent certains droits inaliénables. Ce sont : la jouissance de la vie et de la liberté, l’accession à la propiété, la quête du bonheur et de la sécurité. ».

Tout le monde était beau et était gentil, mais en pratique, ce Bill of Rights ne concernait que les citoyens des treize colonies, et surtout pas les Indiens ni les esclaves provenant d’Afrique.

 

On le voit, les sources de l’idéologie étasunienne trouvent leur fondement dans une conviction messianique, à leur usage exclusif, puisée dans le puritanisme des Pères Pèlerins : ce nouveau monde était une nouvelle Jérusalem et les États-Unis un nouvel Israël qui était appelé à transformer le monde.

À SUIVRE

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LE MONDE POST-MODERNE DES ÉTATS-UNIS

31 Mai 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

SHANGHAÏ

SHANGHAÏ

 

Les Etats-Unis prétendent disposer d’une supériorité morale sur tous les autres pays du monde, provenant de la supposée supériorité de leur modèle de société qu’ils se croient autorisés  à imposer au monde. 

 

Leur problème, le notre par conséquent, est qu’ils ont modifié le modèle de société qu’ils proposent, un modèle moins attractif du point de vue social que le précédent.

Le projet du modernisme consistait à inclure toutes les personnes dans une société, par le truchement d’un contrat social fondé sur la citoyenneté qui comprenait non seulement des droits légaux et politiques mais aussi des droits sociaux tels que l’emploi, un minimum de revenus, l’éducation, la santé ou le logement. La société moderne était une société inclusive.

Le passage de la modernité à la postmodernité, voulu, conçu et imposé par les Etats-Unis a entrainé un mouvement inverse qui vise à fabriquer une société exclusive, par la transformation du marché du travail. Cette inversion a créé une société instable et provoqué la montée de l’individualisme.

En effet, le modernisme, dans son acception économique qu’est le Fordisme*, impliquait une production de masse avec un marché du travail de plein emploi et des situations professionnelles sûres. La croissance continue de la consommation constituait tout à la fois le marqueur du succès individuel et du progrès économique de la société.

Or l’économie postfordiste d’aujourd’hui conduit à la contraction quantitative du marché du travail, qui fait émerger une classe de personnes sans emploi, ou ne disposant que d'emplois partiels et provisoires. En réaction à ce marché du travail déstabilisé, monte un individualisme demandeur de plus de citoyenneté et d’égalité, qui cherche à résister à la montée d’un système méritocratique calqué sur le modèle américain de société. Ce système provoque en effet l’accroissement des inégalités** et engendre un sentiment de frustration chez les plus pauvres et un sentiment d’anxiété chez les personnes mieux loties.

Or, un tel système de société est instable***, puisque « travailler dur » n’est plus justifié par la sécurité de l’emploi et que  la culture de l’individualisme s’impose pour affronter la précarité économique et le sentiment croissant de frustration qu’il entraine.

Emerge alors une société pluraliste engendré par le déficit d’objectif personnel provoqué par une demande de travail de plus en plus aléatoire. Se pose en effet la question lancinante de la capacité de l’individu à s’insérer dans une société qui est de moins en  moins disposée à rémunérer ses services. 

Ce pluralisme provoque le questionnement permanent des croyances établies et une perpétuelle confrontation avec une diversité de croyances et de mondes. Une telle situation créé une insécurité individuelle de l’être, dont les systèmes de protection sont affaiblis et dont le sens de la normalité est désorienté par le relativisme des valeurs qui l’entourent.

Ainsi l’exclusion sociale produit une crise d’identité, qui en retour génère des groupes refuges. L’illustre la propension actuelle des élites à diffuser ce que l’on appelle la « pensée unique » ou le « politically correct », qui implique une faible tolérance aux pensées déviantes, une obsession du comportement comme du « parler » correct et la tentation d’une politique fondée sur des principes moraux.

Il est logique en effet qu’une société exclusive provoque des tensions internes croissantes en son sein et corrélativement des tentatives pour réduire ces tensions, ce que révèle clairement un indicateur tel que celui de la criminalité. En effet, en France, le taux de criminalité, à savoir le rapport entre le nombre de crimes et de délits constatés par les policiers et les gendarmes et la population observée, est passé de 14,06 pour mille habitants en 1949 à 54,64 en 2012.

 

En imaginant, en voulant et en impulsant la mondialisation, les Etats-Unis ont imposé dans le cadre global un modèle post-fordiste, correspondant à leur vision de la société. Ce faisant, ils proposent au monde d’adopter leurs conceptions très particulières de la communauté et de la solidarité.

 

* Sur le post fordisme, voir Boyer R., Durand J.P. (1998), L'après-fordisme, Paris, Syros.

** Sur les inégalités, voir Piketty T. (2013), Le Capital au XXIe siècle, Le Seuil.

*** Sur l’instabilité des sociétés post-modernes, voir Giddens A. (2000), Les conséquences de la modernité, L’Harmattan.

 

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LES ÉTATS-UNIS, UN PAYS EXCEPTIONNEL

15 Mai 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #ACTUALITÉ

LES ÉTATS-UNIS, UN PAYS EXCEPTIONNEL

Alors que l’influence des Etats-Unis dans le monde est en perte de vitesse, Mike Pompeo, le futur chef de la diplomatie étasunienne a fait une éclatante démonstration du sentiment d'exceptionnalisme qui règne envers et contre tout à Washington, lors de son audition au Congrès, le 12 avril 2018.

 

Pour ce dernier en effet, les Etats-Unis ont une supériorité morale sur le reste du monde, ce qui est une idée ancienne puisqu’elle remonte à la publication du pamphlet de Thomas Paine, Commun sense, le 10 janvier 1776.

C’est aussi un point de vue qui a toujours été contesté.

À titre d’exemple, dans un article datant de 1951, l’excellent historien Jacques Duroselle, analysant la politique étrangère des Etats-Unis, observait que les scientifiques étasuniens se posaient la question de savoir si la politique étrangère des Etats-Unis devait être inspirée par des considérations idéalistes ou par le sens de l’intérêt national dégagé de toute considération morale.

Il concluait son article* en citant George Frost Kennan, le père du concept du concept de containment pendant la guerre froide, qui écrivait ceci :  « Nous aurons, dit-il, la modestie d’admettre que notre propre intérêt national est tout ce que nous sommes réellement capables de connaître et de comprendre et le courage de reconnaître que si nos objectifs et nos entreprises particuliers ne sont pas abêtis par l’arrogance ou l’hostilité à l’égard d’un autre peuple ou par l’illusion de notre supériorité, alors la poursuite de notre intérêt national nous conduira infailliblement vers la réalisation d’un monde meilleur. »

C’est la même modestie et le même courage qu’il faut souhaiter à Mike Pompeo pour conduire la politique étasunienne, encore que je me place du point de vue des non étasuniens dont je suis et qui représentent 95% de la population mondiale.

De ce dernier point de vue, il semble avéré que les Etats-Unis veulent a minima dominer le monde, voire le façonner à leur avantage. S’il est vraiment nécessaire de démontrer cette évidence, voici quelques « faits » :

  • Avec 622 milliards de dollars de dépenses militaires en 2018, que le Président Trump souhaite accroitre encore de 84 milliards de dollars supplémentaires pour répondre aux menaces d’un monde « dangereux », le budget militaire étasunien représente 40% des dépenses militaires mondiales. En outre, deux cent mille hommes sont installés dans plus de 800 bases réparties sur tous les continents.
  • Au plan juridique, d’une part les Etats-Unis prétendent imposer leurs lois au reste du monde, comme le montre leur volonté d’interdire à tout pays tiers de commercer avec l’Iran, du moment qu’ils ont décidé que pour leur part, ils ne commerceraient pas avec ce pays ; d’autre part ils ont choisi de s’affranchir de nombre de contraintes juridiques internationales comme le montre leur refus de ratifier la Cour Pénale Internationale (CPI), la sortie du Pacte mondial sur l’environnement ou les agressions qu’ils se permettent de mener en dehors des règles de l’ONU, comme celles de l’Irak.
  • Il s’y ajoute, sans entrer dans les détails, les autres actions destinées à contrôler le monde, telles que l’utilisation du dollar à des fins de domination financière ou économique, l’utilisation systématique du soft power ou l’énorme effort de renseignement.  

Inutile donc de s’étendre sur la volonté et les moyens de domination, tant il s’agit d’un fait avéré que chacun peut observer quotidiennement au travers des actualités, de sa vie quotidienne et de l’histoire. C’est ce que l’on appelle en termes diplomatiques l’unilatéralisme étasunien, qui ne date pas de Donald Trump mais qui prend avec lui une forme abrupte.

 

Il s’agit  plutôt ici de s’interroger sur la question de savoir si les Etats-Unis évoquent à raison une supériorité morale sur le reste du monde, en d’autres termes de juger du bien fondé de leur volonté de domination du monde, vu par les non-étasuniens

 

*Duroselle Jean-Baptiste (1952), La politique étrangère des Etats-Unis, Revue française de science politique, 2 année, n°3. pp. 610-617.

 

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