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Le blog d'André Boyer

histoire

LES UNS TUENT LES INDIENS, LES AUTRES MOINS

9 Septembre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LES UNS TUENT LES INDIENS, LES AUTRES MOINS

 

Exterminer les Indiens. Ce n’est pas l’idée centrale des Espagnols, mais plutôt l’esclavage, avant qu’ils ne comprennent que c’est vain.

 

Dans la première moitié du XVIe siècle, les Espagnols pénètrent sur  le territoire actuel des États-Unis depuis le Mexique, mais n’y restent pas.  La Floride est à peine aperçue par le navigateur Juan Ponce de León en 1513 puis explorée par Hernando de Soto qui s’engage vers les Appalaches et le Mississippi. Au cours de ce périple, Les Amérindiens rencontrés sont massacrés et certains sont réduits en esclavage pour être déportés dans les Caraïbes. D’autres aventuriers espagnols découvrent vers 1540 le Grand Canyon et Los Angeles.

Au nord, la Grande-Bretagne et la France explorent les côtes américaines entre 1520 et 1607, sans parvenir à s'y implanter. En 1534, Jacques Cartier débarque sur la côte est du Canada, qu’il baptise « Nouvelle-France ». Pendant un an, en 1541, Charlesbourg-Royal est le premier établissement européen en Amérique du Nord. Il s’ensuit une série d’implantations qui échouent.  En 1564, en Floride, la colonie française de Fort Caroline est défaite par la colonie espagnole de Saint Augustine. Dès 1580, le roi d’Espagne crée la Floride occidentale (l’Alabama actuel)  et la Floride orientale (la Floride actuelle).

La première tentative anglaise de colonisation en Amérique du Nord a lieu  en 1587 sur l'île de Roanoke, dans l’actuel État de Caroline du Nord. Elle échoue. Mais en 1606, le roi Jacques Ier fonde la compagnie de Virginie pour coloniser les territoires entre le 34e et le 45e degré de latitude nord. Les colons, chassés de Grande-Bretagne par les évènements politiques et attirés par la fertilité du sol auront rapidement des rapports tendus avec les Indiens.

Le plus ancien établissement fixe des Anglais est la ville de Jamestown qui rassemble une centaine d’habitants. Elle est fondée en juin 1607, sur les terres du chef Potomac Powathan. Pour ne pas mourir de faim, les colons se réfugient dans son village, jusqu'à ce que les Anglais se persuadent que ces colons sont retenus en otage et ils envoient, le 30 août 1608, les troupes du capitaine John Smith les « libérer ». Ils tuent 23 Indiens et repartent avec une vingtaine de femmes et d’enfants comme otages ainsi qu'avec les réserves alimentaires du village. Une fois en sécurité, John Smith fait égorger les femmes indiennes et noyer les enfants. Un brave homme.

Pendant ce temps, au Nouveau-Mexique, Santa Fe est fondée en 1610, entrainant le massacre de cinq cents Amérindiens (des Pueblos et des Navajos).

Au nord, les Français s’établissent à Tadoussac en 1599 et débarquent en 1604 à la frontière entre le Maine et le Nouveau-Brunswick. À partir de 1605,  ils explorent la côte sud jusqu’au cap Cod. En Acadie, Port-Royal est fondé la même année. Les contacts avec les Amérindiens, les Micmacs, deviennent très vite amicaux, puisqu’ils acceptent de fournir des provisions alimentaires à la colonie. À partir de 1629, s’installe aussi en Acadie  une colonie écossaise (la Nouvelle-Écosse).

Au Canada, Samuel de Champlain fonde Québec en 1608 puis conclut une alliance avec les Hurons contre les Iroquois, ce qui entraîne un état de guerre permanent entre colons français et Iroquois jusque dans les années 1630.

La ville de Trois-Rivières est établie en 1634, puis Ville-Marie, l'ancienne ville de Montréal, est fondée en 1642. Dans les années 1640, l'action missionnaire française se développe avec les Jésuites qui se rendent dans des tribus amérindiennes des Grands Lacs afin de les évangéliser. Ils  contribuent ainsi à l'expansion de la colonie vers l'ouest, en même temps que les coureurs de bois qui vont chercher les fourrures de castors. Les Jésuites installés chez les Indiens aux marges de la Nouvelle-France sont la cible des Iroquois. Ceux-ci reprennent la guerre contre les Hurons, puis contre les Français au début des années 1640, avec l’aide des Hollandais qui les fournissent en armes.  

 

En 1648, les Hurons se sont effondrés démographiquement face aux Iroquois, qui se mettent à lancer des raids contre les implantations françaises.

 

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LA LIQUIDATION DES INDIENS D'AMÉRIQUE DU NORD

23 Juillet 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA LIQUIDATION DES INDIENS D'AMÉRIQUE DU NORD

 

L’histoire de la colonisation de l’Amérique du Nord est celle de la liquidation des indigènes, à savoir celle des Indiens d’Amérique du Nord. Elle est révélatrice de l’idéologie, de l’attitude et du comportement des colons britanniques car elle est fondatrice de la politique américaine, constante des origines à nos jours.

 

La liquidation des Indiens d’Amérique du Nord s’inscrit dans le cadre du récit que j’ai entrepris de la guerre entre les Français, les Canadiens et les Indiens contre l’armée et les colons britanniques. Cette guerre de conquête du Canada, qui s’achève en 1760, est appelée par les historiens américains « The French and Indian War » : elle est donc menée contre les Français ET les Indiens associés. Elle continuera contre les Indiens seuls jusqu’au début du XXe siècle, au moment où ces derniers, presque exterminés, ne représenteront plus aucune gêne pour les colons américains.

L’histoire tragique des Indiens d’Amérique du Nord commence avec l’arrivée des premiers êtres humains sur le continent américain pendant la dernière ère glaciaire, lorsque le détroit de Béring, pris par les glaces, forma un passage terrestre entre l’Asie  et l’Amérique, qui fut sans doute emprunté par des populations asiatiques nomades.

La présence humaine est attestée en Alaska  vers 20000 av. J.-C, sur la côte est des États-Unis vers 16000 av. J.-C. et en Floride vers 10000 av. J.-C.. Les premiers occupants vivent de la chasse, de la pêche et du ramassage de coquillages. Puis le climat de l'Amérique du Nord devenant plus chaud et plus sec, les populations amérindiennes se sédentarisent. Des civilisations avancées se développent autour d’une agriculture de plus en plus diversifiée, d’un artisanat raffiné et de la construction de lieux de culte monumentaux. Mais ces civilisations s’éteignent bien avant l’arrivée des Européens, sans doute en raison de nouveaux changements climatiques.

Apparaissent alors les tribus que vont découvrir les Européens, entre lesquelles les guerres sont fréquentes : les Sénécas affrontent régulièrement les Cherokees, les Sioux  massacrent les Mandans et les Apaches s’attaquent fréquemment aux Pueblos, mais avec des armes rudimentaires, haches, tomahawks, flèches et arcs, massues, couteaux, qui limitent la portée des pertes humaines...

Vers 1500, à la veille de la conquête européenne, alors que  la population de la France compte 18 millions de personnes, celle de l’Espagne 8 millions d’habitants et celle de l’Angleterre 4 millions d’habitants, les historiens évaluent à environ 10 millions d’habitants le nombre d'Amérindiens en Amérique du Nord, qu’ils regroupent en huit aires culturelles principales en fonction du milieu naturel, et surtout en 300 à 500 tribus dotées de langues différentes. C’est alors que la catastrophe s’annonce pour eux, quand s’engage la course entre les puissances européennes pour l’exploration et la colonisation de l’Amérique du Nord, qui implique l’asservissement et l’élimination des Amérindiens d’Amérique du Nord.

 

Dans l’ordre chronologique, les Espagnols, les Français et les Anglais commencent à s’aventurer  prudemment en Amérique du Nord, les derniers arrivants, plus nombreux, finissant par expulser tous les autres et par exterminer les Indiens.

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LES PRISONNIERS DE FORT NIAGARA

2 Juillet 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LES PRISONNIERS DE FORT NIAGARA

 

 

Après la bataille de la Belle-Famille et la reddition de Fort Niagara, le traitement des prisonniers capturés en juillet 1759 est révélateur de la nature de la guerre au milieu du XVIIIe siècle.

 

Au cours de la bataille de la Belle-Famille, 116 français furent capturés et 250 tués, la plupart par les Iroquois. Sir William Johnson, le marchand irlandais qui était devenu un chef mohican et commandait maintenant les troupes anglaises, négocia avec les Iroquois. Ces derniers détenaient 150 scalps et avaient fait 96 prisonniers qu’ils refusèrent de rendre. On ne sait pas quelle proportion d’entre eux fut tuée, tandis que les autres étaient dispersés dans les campements iroquois pour servir d’esclaves et d’époux. On sait simplement que cinq prisonniers parvinrent à s’échapper.

Avec l’arrogance des vainqueurs, Sir William Johnson ne concéda que des conditions très dures pour la reddition des troupes françaises, négociée avec le Capitaine Pierre Pouchot qui commandait Fort Niagara : il n’accorda ni leur retour au Canada en échange de prisonniers anglais, ni les honneurs de la guerre qui  leur auraient permis d’être libres en échange de leur engagement de ne pas combattre.

Au contraire, il les conduisit tous en captivité jusqu’à Schenectady dans  l’État de New-York, à l’exception de 26 femmes et enfants, d’un prêtre et d’un serviteur qui furent  escortés jusqu’à une ile française à l’entrée du Saint-Laurent. Cependant 12 autres femmes décidèrent de suivre leurs époux en captivité, 9 prisonniers s’échappèrent en cours de route dont 4 furent recapturés et 10 prisonniers allemands changèrent de camp en s’engageant  dans les troupes du Royal American.

Le total des prisonniers français, hommes, femmes et enfants s’élevait à 634, ce qui était un nombre inhabituellement élevé. Ils furent aussitôt dispersés entre les États de New-York, du New Jersey et du Connecticut où les colons avaient l’intention de les faire travailler pour une somme si faible que 30 d’entre eux refusèrent de travailler, préférant aller en prison.

Les officiers furent mieux traités. On leur avança immédiatement 50$ pour leurs frais de subsistance,  encore que cette générosité fut ensuite prise en charge par la France.

Entretemps, une convention franco-anglaise concernant les prisonniers avait été signée en février 1759 à Sluis (Pays-Bas) applicable dans toutes les zones de conflit dans le monde puisque la guerre de Sept Ans était la première guerre mondiale de l’histoire. Selon cette convention, chaque partie en conflit acceptait de payer pour l’entretien de ses soldats capturés, à condition que soient respectés un certain nombre de conditions concernant la manière dont les prisonniers étaient traités. Ils ne devaient pas être contraints de travailler pour se nourrir et ils devaient être bien logés. Il était spécifié que la paille de leurs lits devait être changée tous les huit jours, qu’ils devaient recevoir la même ration de pain que le soldats en activité et un pécule quotidien, dont le montant était spécifié, pour acheter de la nourriture. En outre, les prisonniers ne devaient pas être sollicités pour s’engager dans l’armée ennemie et ils avaient la possibilité d’écrire une fois par mois pour décrire leur situation.

Les blessés et les malades devaient être soignés de manière appropriée et être libérés dés que possible en prenant le chemin sûr le plus court. En outre, les officiers devaient bénéficier de prêts qui  seraient remboursés par leur pays. Cette convention était rendue effective par un échange mensuel de comptabilité et un prompt règlement des dettes.

En Amérique, l’administration anglaise prit conscience qu’elle était loin de répondre aux exigences de la convention de Sluis. La liste complète des prisonniers était inexistante, les officiers avaient été séparés de leurs hommes, ces derniers avaient été mis en partie au travail et ils n’avaient pas reçu le penny et demi anglais par jour qui était prévu dans la convention.

Aussi le général en chef Amherst  envoya t-il ses officiers marchander avec les officiers français de plus haut rang pour accepter un arrangement qui éviterait des contestations ultérieures. Puis il négocia un échange de prisonniers avec le Marquis de Vaudreuil, le Gouverneur de la Nouvelle-France. Les Français libérèrent 270 prisonniers anglais, dont 68 civils, 48 territoriaux, 90 militaires anglais, 47 rangers et 16 officiers. Amherst laissa partir en échange 211 prisonniers français, dont 53 soldats, 35 troupes de marine, 107 soldats canadiens  et 16 civils.

Pour la plupart d’entre eux, leur captivité n’avait duré que quelques mois et ils furent de retour à temps pour Noel 1759, à temps pour participer à la défense désespérée de la Nouvelle-France en 1760.

 

Quand on songe à la barbarie des guerres du XXe siècle, on se dit, qu'à condition d'échapper aux Iroquois, ils étaient  vraiment bien traités, ces prisonniers des guerres du XVIIIe siècle !

 

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L'EMBUSCADE DE LA BELLE-FAMILLE

22 Juin 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

L'EMBUSCADE DE LA BELLE-FAMILLE

 

Prenant la tête de 450 hommes, Massey rejoignit ses troupes coloniales qui construisaient un barrage fait d’abatis en travers du portage de la Belle-Famille.

 

En outre, pour parfaire le piège, Massey déploya sur le flanc droit du portage 130 hommes du 46e régiment dans la clairière de La Belle-Famille. En avant de ce flanc droit, juste au dessus de la gorge, il plaça les grenadiers du 46e et un petit détachement d’infanterie du 44e. À la gauche du 46e, les compagnies du 44e, du 46e et le 4e bataillon du 60e régiment d’infanterie se mirent en place. Il ajouta à l’extrême gauche du dispositif un détachement du 44e et le Régiment de New-York. Tenant compte de ce que les troupes françaises comprenaient un grand nombre de troupes régulières, Massey ordonna à ses hommes de se mettre en position allongée et de fixer les baïonnettes au canon.

Bien que Pouchot ait conseillé à Lignery d’avancer sur la côte ouest du lac, Il avait aussi insisté pour qu’il utilise le portage. Ce qui surprend dans les évènements du 24 juillet 1759, alors que Lignery et Aubry connaissaient parfaitement les techniques de combat indiennes, est qu’ils avancèrent à proximité du fort sans prendre les précautions habituelles contre les embuscades, peut-être pressés d’arriver au contact de l’ennemi. Le fait est qu’ils s’avancèrent directement le 24 juillet dans le piège qui leur était tendu.

Dés qu’ils sortirent des bois pour surgir dans la clairière, ils découvrirent la présence ennemie, rompirent leurs colonnes pour se déployer en ligne et ouvrirent immédiatement le feu. De son côté, le commandement britannique donna l’ordre à ses hommes de se relever et de tirer, lorsque les Français furent très proches. Massey estima plus tard que ses hommes avaient tiré à 16 reprises pendant les combats, ce qui est considérable pour l’époque. Pendant ce temps, le feu nourri des grenadiers pris les Français en enfilade sur leur flanc gauche. Quand ces derniers se mirent à reculer face à ce feu nourri, les Anglais attaquèrent à la baïonnette, entrainant l’effondrement de la combativité des troupes françaises et la ruée des Iroquois sur les survivants. 

Les Français refluèrent alors en panique, poursuivis par les Britanniques sur 8 kilomètres. Les pertes françaises s’élevèrent à 376 tués et prisonniers, y compris Lignery qui ne survécu que quelques jours. La relation de la bataille par Johnson, qui n’y avait pas participé envenima le conflit entre ce dernier et Massey. Johnson raconta que le mérite de la victoire devait être partagé entre les troupes britanniques et les Indiens, et cette version des évènements fut reprise par les journaux. Massey réplique que les Iroquois s’étaient comportés avec la plus grande lâcheté, se contentant d’achever les blessés et de massacrer ceux qui voulaient se rendre.  

Ignorant des combats qui s’étaient déroulés à La Belle-Famille, Pouchot continua de résister dans le Fort Niagara. Il refusa de croire aux rapports que la colonne de secours avait été défaite, jusqu’à ce que les Anglais lui permettent de rencontrer Lignery blessé. Il accepta alors de se rendre, le 26 juillet 1759.

 

Pouchot n’obtint pas, comme il l’espérait, de se retirer à Montréal avec les honneurs de guerre, mais lui et ses officiers furent conduits à Albany, dans l’État de New York, comme prisonniers de guerre.

 

 

 

 

 

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LE SIÈGE DE FORT NIAGARA

11 Juin 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE SIÈGE DE FORT NIAGARA

Situé à l’embouchure de la rivière Niagara sur le lac Ontario, le premier « Fort Niagara » fut bâti en 1678 par René Robert Cavelier de La Salle et appelé Fort Conti.

 

Puis un nouveau fort, plus proche des chutes, fut érigé à partir du 31 juillet 1687, sur ordre du gouverneur de Nouvelle-France, le marquis de Denonville, dont il porta le nom. Ce qui ne lui porta pas chance, car presque toute la garnison, sauf 12 soldats et un officier, moururent du scorbut pendant l’hiver 1687-1688, ce qui conduisit à son abandon en août 1689.

En 1726, un nouveau fort, nommé Fort Niagara, fut construit sur le même emplacement. Le capitaine-ingénieur Pierre Pouchot, avec le Régiment de Béarn et le 2e bataillon du Régiment de Guyenne y fut envoyé en juillet 1755. En octobre 1757, il rejoint son régiment à Montréal mais revient à Fort Frontenac le printemps suivant, où il lui faut capituler le 27 aout 1758 (voir mon billet La mêlée grandit comme une flamme). Libéré, il rejoint son commandement de Fort Niagara en mars 1759.

Après sa défaite à la bataille de Fort Carillon en juillet 1758, le Major General James Abercrombie avait été remplacé par le Major General Jeffery Amherst ( le tueur d’indiens) qui avait pris Louisbourg, à la tête du commandement des armées britanniques en Amérique du Nord. Pour la campagne de 1759, Amherst avait établi son quartier général au sud du Lac Champlain et avait planifié une attaque contre Fort Carillon pour remonter vers le Nord jusqu’au Saint-Laurent. En outre, il avait donné l’ordre au Major Général Wolfe d’entrer dans le Saint-Laurent pour attaquer Québec.

À l’appui de ses deux offensives, c’est dire si l’armée britannique avait des effectifs supérieurs à ceux des français, Amherst avait également programmé des opérations complémentaires contre les forts situés à l’ouest de la Nouvelle-France. Parmi ces dernières, il avait ordonné au Brigadier General John Prideaux de rassembler des forces dans l’État de New York pour attaquer Fort Niagara, une place forte majeure pour contrôler la vallée de l’Ohio.

Au printemps 1759, le General en chef Louis-Joseph de Montcalm et le Gouverneur de la Nouvelle-France, le Marquis de Vaudreuil, envoyèrent à Fort Niagara un renfort de 2500 hommes en sus des 500 hommes qui avaient hiverné sur place. Le capitaine Pouchot, sur l’ordre de Vaudreuil, envoya mi-juin 1759 nombre de ces hommes au sud de Fort Niagara, notamment à Fort Machault, pour renforcer les fortifications françaises dans la vallée de l’Ohio et pour attaquer les forces britanniques à Fort Pitt.

Les troupes qui restaient pour défendre Fort Niagara comprenaient 200 hommes provenant des régiments du Royal Roussillon, du Languedoc, de la Sarre et du Béarn, 20 artilleurs et 300 troupes de la milice locale. L’armée britannique commandée par Prideaux était comme toujours beaucoup plus nombreuse. Elle rassemblait 2200 hommes issus des 44e et 46e régiments, deux compagnies issues du 60e régiment ainsi qu’une compagnie du Royal Artillery. Il disposait aussi de 2500 hommes des milices de New-York et de 700 hommes des milices de Rhode Island. Officier avisé, Prideaux rassembla ses troupes en secret, car il savait que si les Indiens apprenaient la destination de ses troupes, ils préviendraient les Français.

Ralentie par la crue de la rivière Mohawk et l’arrivée tardive de quelques compagnies de miliciens, l’expédition ne quitta Schenectady qu’à la mi-mai 1759 pour atteindre Fort Oswego le 27 juin ; elle y fut rejointe par Sir William Johnson et 600 Iroquois. Johnson était un administrateur colonial spécialisé dans les relations avec les Indiens et un chef expérimenté qui avait gagné la bataille du Lac George en 1755.

Souhaitant disposer d’une base sur ses arrières, Prideaux ordonna de rebâtir le fort et laissa une garnison conséquente sous les ordres du Lieutenant Colonel Frederick Haldimand pour exécuter les travaux nécessaires. Il quitta Fort Oswego le 1er juillet pour attaquer Fort Niagara avec 3500 hommes. Ils embarquèrent sur une flottille de bateaux qui navigua vers l’ouest le long de la côte sud du Lac Ontario et échappèrent à la vigilance des navires français pour arriver en vue de Fort Niagara le 6 juillet 1759.

Situé sur un surplomb rocheux, Fort Niagara disposait de 300 métres de fortifications appuyées sur trois bastions et doté d’un peu moins de cinq cent hommes, Indiens compris. Comme les défenses à l’est du fort étaient fortes, aucun effort de défense n’avait été fait de l’autre côté de la rivière. C’est pourquoi les troupes britanniques débarquèrent prés d’un marais, hors de vue du fort, descendant le long d’un ravin au sud du fort appelé « La Belle Famille » et transportant leur artillerie sur la rive ouest où ils installèrent immédiatement une batterie. Le jour d’après, elles établirent des lignes de siège en face des défenses du côté est de Fort Niagara.

Surpris de l’arrivée des anglais et sommé de capituler par Prideaux, le capitaine Pouchot organisa au contraire sa défense tout en appelant au retour des troupes envoyées dans le sud, mais il ne put empêcher la centaine d’Indiens Seneca présents dans le fort de négocier avec les Iroquois, alliés des Anglais, pour se retirer du combat sans être inquiétés. Les appels au secours du capitaine Pouchot atteignirent le capitaine Le Marchand de Lignery le 12 juillet, alors qu’il était en train d’organiser une expédition contre le Fort Pitt depuis le Fort Machault. Il s’efforçait aussi de convaincre un millier d’Iroquois de se joindre à ses forces, tandis que Johnson leur envoyait des messages inverses. Mais le capitaine de Lignery se révéla suffisamment convaincant pour que les Iroquois se joignent à lui. Il quitta alors Fort Marchault pour prendre à revers les assiégeants de Fort Niagara avec un fort contingent appuyé par les troupes de Charles Philippe Aubry, capitaine des troupes coloniales en Louisiane et défenseur de Fort Duquesne.

Le 17 juillet, la batterie anglaise située sur le lieu-dit de Montréal devint opérationnelle et ouvrit le feu sur le fort. Trois jours plus tard, Prideaux fut tué quand un baril explosif d’un de ses propres mortiers l’atteint à la tête. Sir William Johnson prit le commandement, quoique certains officiers des forces régulières, à commencer par le Lieutenant Colonel Eyre Massey du 44e régiment, aient contesté initialement sa légitimité, puisqu’il n’était pas un officier des forces régulières.

 

Avant que le conflit entre Johnson et Massey ne soit totalement résolu, les Anglais furent avertis de l’arrivée de Lignery accompagné de 1300 à 1600 hommes.

 

À SUIVRE

 

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1759, LA NOUVELLE-FRANCE EN PEAU DE CHAGRIN

28 Mai 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

1759, LA NOUVELLE-FRANCE EN PEAU DE CHAGRIN

 

Après la chute de Louisbourg, le cordon ombilical entre la France et la Nouvelle-France est coupé par la British Navy.

 

Dés l’été 1758, le transport des troupes venues de France est interrompu. La Nouvelle-France se prépare à un combat désespéré contre les troupes britanniques toujours plus nombreuses, dans l’attente d’un miracle qui les sauvera de la mainmise anglaise. Dans l’année, les Français ont perdu Louisbourg à l’est et Fort Frontenac à l’ouest. Seul le centre résiste, car la miraculeuse victoire de Carillon a bloqué provisoirement l’avancée britannique vers Montréal (voir mes billets sur L’incroyable victoire de Fort Carillon 1 et 2).

En février 1759, le ministre de la guerre français, le maréchal Belle-Isle  informe le général Louis-Joseph de Montcalm, général en chef de la Nouvelle-France qu'il ne recevra aucun renfort de France en raison de  la domination navale britannique sur l'Atlantique-Nord. Mais, en même temps, Belle-Isle souligne la nécessité de maintenir une tête de pont française en Amérique, sous peine de perdre définitivement la Nouvelle-France.

La réponse de Montcalm est sans ambiguïté : 

« À moins d'une chance inattendue ou de mettre en place une diversion quelque part en Amérique, le Canada chutera au cours de la prochaine campagne. Les Anglais ont 60 000 hommes, nous en avons 11 000 ».

La faiblesse de ses effectifs impose à Montcalm de concentrer ses forces au coeur du territoire de la Nouvelle-France, de Montréal à Québec et dans la vallée du Saint-Laurent. Il positionne notamment au sud de Montréal trois mille hommes issus des régiments de la Reine  et de Berry sous le commandement du brigadier-général François-Charles de Bourlamaque. La grande majorité d’entre eux, deux mille cinq cent hommes, est posté au Fort Carillon. Montcalm, appuyé par le marquis de Vaudreuil donne pour instruction à Bourlamaque de tenir Fort Carillon le plus longtemps possible avant de le faire sauter ainsi que le Fort Saint-Frédéric plus au nord sur le lac Champlain, avant de battre en retraite vers Montréal.

De son côté, le Secrétaire d'État britannique William Pitt  ordonne au général Jeffery Amherst, l’homme des couvertures empoisonnées, de diriger  son armée depuis Louisbourg vers le Canada en direction du Lac Champlain. James Wolfe, qui s’est distingué sous les ordres d'Amherst à Louisbourg, reçoit pour objectif de prendre la ville de Québec en remontant le Saint-Laurent. En outre, les gouverneurs des Treize Colonies sont chargés de mobiliser vingt mille miliciens pour appuyer les forces régulières britanniques. 

Face au Fort Carillon, la bataille de Ticonderoga commence le 22 juillet 1759. Une force de onze mille hommes dirigée par le général Sir Jeffery Amherst installe son artillerie sur une hauteur dominant le Fort Carillon où n’a été laissé qu’une garnison de quatre cent soldats français dirigée par le capitaine Louis-Philippe Le Dossu d'Hébécourt, tandis que Bourlamaque a retiré l’essentiel de ses troupes vers le fort Saint-Frédéric

Pendant trois jours, les Britanniques commencent à mettre en place des lignes de siège près du fort, mais  le sol est difficile à creuser et des sacs de sable sont nécessaires pour protéger les travaux, car les batteries françaises endommagent les positions britanniques.

Le 25 juillet, un petit détachement des Rogers’ Rangers perce le barrage établi par les Français pour empêcher les navires de se diriger vers le lac ; cinq membres du détachement sont tués et trente et un blessés.

Le 26 juillet, les Britanniques réussissent à positionner leur artillerie à moins de deux cent mètres des murs du fort. Le capitaine Le Dossu juge qu'il est temps de quitter la position. Ses hommes pointent les canons vers les murs de la formation, positionnent des mines et versent une traînée de poudre vers les magasins de munitions. Puis ils allument la mèche, abandonnent le fort après avoir baissé le drapeau français mais une unité d'éclaireurs français, non prévenus du départ de leurs camarades, est faite prisonnière. Le magasin des poudres  explose et les structures en bois sont détruites. L'incendie mettra deux jours à s’éteindre, mais les murs du fort ne soient vraiment endommagés.

Le 31 juillet, les forces françaises en retraite détruisent aussi le Fort Saint-Frédéric, ce qui oblige les Britanniques à réparer les deux forts et à  construire une flotte pour contrôler lac Champlain avant de continuer leur offensive.

Ce n’est que le 11 octobre que l'armée Amherst remonte vers le lac Champlain pour attaquer la position de Bourlamaque à l'île aux Noix  sur la rivière Richelieu. Lorsque l'un des navires français est capturé, Bourlamaque abandonne la position et incendie les autres navires pour qu'ils ne tombent pas aux mains des Britanniques et se retire vers Montréal.  

Alors que le lac Champlain commence à geler et que  l'engagement des miliciens prend fin le 1er novembre, Amherst décide d'annuler son attaque, de libérer les miliciens de leur service et de se retirer avec son armée dans leurs quartiers d'hiver.

 

La tactique défensive  des Français  a permis d'empêcher la jonction des onze milles hommes de l'armée d'Amherst avec les troupes de Wolfe.

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EXTERMINER LES INDIENS PAR LA VARIOLE

16 Mai 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

EXTERMINER LES INDIENS PAR LA VARIOLE

 

Tout le monde sait, plus ou moins confusément, que les Indiens d’Amérique ont été victimes de maladies importées par les Européens et on ne peut pas croire que ce fut en partie volontaire.

On se trompe.

 

À la fin de l’ère précolombienne, en l’absence de données fiables à l'exception du Codex Mendoza qui fournit la liste des tributs versés à l’Empereur des Aztèques en 1519, on évalue le nombre des Amérindiens pour l’ensemble de l’Amérique de quarante à cent millions et de sept à douze millions pour la seule Amérique du Nord.

Ces populations subissent à partir du XVIe siècle un choc viral d’une violence inouïe. Les épidémies de variole, de typhus, de grippe, de diphtérie, de rougeole, de peste, ainsi que des maladies telles que la coqueluche, la rougeole ou la variole auraient tué environ 80% de la population indigène. Aussi, on pourrait croire que seule la fatalité est en cause lorsque l’on apprend que cinq cent mille Amérindiens peuplaient le Nord Est de l’Amérique du Nord avant l’arrivée des colons britanniques mais qu’ils n’étaient plus que cent mille au début du XVIIIe siècle.

On aimerait le croire, mais lors de mon dernier billet, j’ai signalé le cas de Jeffrey Amherst, commandant en chef des troupes britanniques qui a fait distribuer aux Indiens des couvertures contaminées par la variole pour les éliminer. J’ai cherché des détails sur son comportement et voici ce que j’ai trouvé sur cette conspiration digne des nazis :

Henri Bouquet (1719-1765), un mercenaire suisse, est entré au service de l’armée britannique en 1756 avec le grade de lieutenant-colonel. À partir du mois de mai 1763, Pontiac, un chef de guerre des Outaouais, soulève les Amérindiens afin qu’ils ne soient pas chassés de leurs terres par les colons et s’empare de plusieurs forts tenus par les Anglais. Pour le combattre, Bouquet rassemble à la hâte cinq cent hommes, essentiellement des mercenaires écossais. Le 5 août 1763, il bat les Indiens à la bataille de Bushy Run, puis libère Fort Pitt.

À la suite de cette victoire, il est nommé commandant de Fort Pitt. Le général en chef britannique Amherst lui ordonne alors de «répandre la variole parmi la vermine», la «vermine» étant les Indiens pour Armherst, à quoi son subordonné, le colonel Henry Bouquet répondit qu’il l’avait fait au moyen de couvertures contaminées provenant de l'hôpital du fort. Et ca marche ! On constate en effet qu’une épidémie de variole s’est effectivement répandue au voisinage de Fort Pitt parmi les Amérindiens en 1764.

Voici le ton des lettres de Bouquet échangées avec Armherst, qui témoignent de la volonté d'exterminer la population amérindienne:

Bouquet à Amherst, le 25 juin 1764 : « I would rather chose the liberty to kill any Savage... »

Amherst au Sire William Johnson, Superintendent of the Northern Indian Department, le 9 juillet 1764 : « ...Measures to be taken as would Bring about the Total Extirpation of those Indian Nation

Amherst à George Croghan, Deputy Agent for Indian Affairs, le 7 août 1764 : « ...their Total Extirpation is scarce sufficient Atonement... »

Amherst à Johnson, le 27 août 1764 : « ...put a most Effectual Stop to their very Being ».

Les couvertures infectées de variole ne furent pas le fait d’initiatives excessives de subordonnés pris dans le feu des combats, mais un outil d'une politique murement réfléchie et ordonnée au plus haut niveau de l’armée britannique : obtenir «the total extirpation of those Indian Nation », arracher, détruire, faire disparaître les nations indiennes…D’ailleurs, pour récompense de ses « exploits », Bouquet est promu l’année suivante général de brigade et placé à la tête de toutes les forces britanniques dans les colonies du Sud. Mais un châtiment divin l’atteint presque instantanément, puisqu’il meurt au sud de la Floride le 2 septembre 1765, victime de la fièvre jaune. Il aura eu ainsi une idée intime de ce qu’il avait fait subir aux Amérindiens.

Dommage pour les Indiens que les Français n’aient pas pu conserver le Canada, car ils leurs auraient permis d’échapper à la volonté exterminatrice des Britanniques qui ont utilisé la méthode des couvertures infectées lors d’autres conflits, comme en Nouvelle-Zélande.

Concernant les seuls Etats-Unis, l'anéantissement des Amérindiens, le bombardement sans merci des civils allemands en 1944-1945, la destruction par l’arme atomique de deux villes pleines de civils japonais en 1945, les sept millions de tonnes de bombes utilisées au Vietnam et ses trois millions de morts, les Irakiens tués par centaines de milliers sans compter les Syriens et les Libyens, Trump utilisant avec fierté une bombe géante en Afghanistan, l’idée est toujours la même : soyons pratique, si nous faisons la guerre, utilisons tous les moyens à notre disposition pour gagner au moindre coût, quel que soit le nombre de victimes chez l’adversaire. La sécurité des Etats-Unis, utilisée à tout propos, justifie même l’assassinat, à l’aide de drones, de supposés terroristes à dix mille kilomètres du pays qu’ils sont supposés « menacer ». Elle justifie aussi, bien sûr, les mensonges, l’espionnage et les génocides, avec la meilleure conscience du monde.

À partir de cette affaire de couvertures infectées de variole traitreusement remises aux Indiens, on détient la clé de la vision du monde par les Etats-Unis, qui ne date pas d'hier.

 

You can’t be too careful!

 

 

 

 

 

 

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LOUISBOURG, L'ÉPILOGUE

11 Mai 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LOUISBOURG, L'ÉPILOGUE

On sait que le Premier Ministre anglais, William Pitt, avait compris que Louisbourg était le verrou qui bloquait la conquête de la Nouvelle-France. Comme son objectif était d’éliminer les colonies françaises en Amérique du Nord, le sort de Louisbourg était scellé. 

 

Il avait les moyens de remporter la victoire puisque l'Angleterre pouvait aligner à cette époque quatre fois plus de vaisseaux et cinq fois plus d'hommes que la France et qu'ill pouvait compter sur les crédits considérables qu’il avait obtenu du Parlement britannique pour entreprendre une guerre offensive.

En outre, les colons de la Nouvelle-Angleterre étaient fortement motivés pour l’appuyer pour la conquête de Louisbourg, car ils n'avaient pas oublié la forte concurrence de Louisbourg dans l'industrie de la pêche et ils avaient dû se résoudre avec beaucoup d’amertume d’avoir à rendre Louisbourg aux Français après le traité d'Aix-la-Chapelle de 1748.

On a vu (La Bataille de Carthagène) qu’une première expédition avait été organisée par les Britanniques en 1757 pour reprendre la forteresse, mais cette expédition resta confinée à Halifax car la France avait envoyé trois escadres composées de 18 vaisseaux de guerre et de cinq frégates armés au total de 1400 canons pour défendre Louisbourg.

L'année suivante, les Britanniques rassemblèrent davantage de moyens et organisèrent un blocus complet autour de Louisbourg avec pour objectif de compromettre les approvisionnements français en nourriture, en troupes et en navires de guerre. Ils y ajoutèrent le blocus des ports français de Rochefort et de Toulon, ce qui bloqua le secours de trois escadres françaises en 1758. Alors que la France avait du mal à envoyer 6800 soldats pour défendre la colonie de l'Île-Royale, William Pitt expédiait 32 000 soldats en sus des 20 000 miliciens de la Nouvelle-Angleterre.

L’attaque de Louisbourg par les Anglais s’est donc effectuée avec des moyens très supérieurs à ceux dont disposaient les Français. Que l’on en juge : en juin 1758, sous les ordres de l'amiral Edward Boscawen, une flotte anglaise de 40 navires de guerre équipés de 1842 canons et escortée de 127 vaisseaux transportant plus de 14 000 hommes de troupes et 12 000 marins, se présenta en face de Louisbourg qui comptait 13 vaisseaux, 400 canons, 3500 soldats, 3000 marins et des Indiens.

J’ai conté la bataille et ses conséquences dans quatre blogs, Les prémices du siège de Louisbourg, Louisbourg au bout de la résistance, La reddition de Louisbourg, La déportation depuis Louisbourg et l’île Royale.

Le siège commença le 8 juin avec un débarquement sur les plages autour de Louisbourg et se termina le 27 juillet 1758 par la capitulation de la forteresse. L'issue du combat était inscrite dans l’inégalité des effectifs en présence. À l’issue des combats, les soldats français devinrent des prisonniers de guerre et les colons furent déportés sans ménagement, provoquant la mort de trois mille d’entre eux. Le sort des Indiens fut particulièrement lamentable. Il révèle l’essence de la politique anglaise vis à vis des autochtones : les éliminer, au contraire de la politique française qui était de coopérer avec eux. Jeffrey Amherst, commandant en chef des troupes britanniques s'est servi, premier cas connu d’utilisation d’armes biologiques, de couvertures contaminées par la variole pour éliminer les Indiens, avec un plein succès puisque certaines tribus indiennes perdirent par cet odieux stratagème 90% des leurs !

À la fin, avec la chute de Louisbourg, les Anglais avaient les mains libres pour conquérir entièrement une Nouvelle-France asphyxiée.

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RECOLONISER L'ÎLE-ROYALE

2 Mai 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

RECOLONISER L'ÎLE-ROYALE

 

Puisque l’Île-Royale retournait à la France, il s’agissait de la recoloniser rapidement.

 

Les fonctionnaires se mirent à rameuter les colons pour les installer à l’Île-Royale. L’idée était de ramener dans l’île les colons qui en avaient été déportés. Il n’était cependant pas question d’y renvoyer les infirmes, les vieux et les indigents. Ils réussirent à faire revenir deux mille à l'été de 1749 et cinq cent de plus en 1752.

Concernant l'armée, l'administration renvoya à Louisbourg les soldats des Compagnies franches de la Marine, sans le régiment allemand de Karrer. Le nombre de soldats passa de 500 en 1745 à 3500 en 1752. La réinstallation dans l’Île-Royale s’inscrivait dans le plan de Roland-Michel Barrin, marquis de La Galissonnière, qui avait été désigné en mai 1747 gouverneur général de la Nouvelle-France. Ce dernier élabora une politique active d'expansion territoriale et de lutte contre l'influence anglaise, pour la vallée de l'Ohio en direction de la Louisiane, vers les Grands Lacs, l'Acadie et Louisbourg.

Quant à elle, l’Acadie donnait lieu à contestation concernant ses frontières. Pour la France, l'Acadie anglaise se limitait à la Nouvelle-Écosse tandis qu’elle incluait aussi une partie de l’actuel Nouveau-Brunswick et de l'île du Prince-Édouard pour la Grande-Bretagne. Une commission mixte vit ses travaux trainer en longueur jusqu’en 1755. À bout de patience, La Galissonnière, décida unilatéralement que la France possédait tout l'isthme de Chignectou près de la Nouvelle-Écosse ainsi que toute la baie Française et par la suite son successeur, le gouverneur de La Jonquière, allait ériger sur cette frontière les forts Beauséjour et Gaspéreau.

Car les Acadiens étaient pris entre deux feux. Depuis la signature du traité d'Aix-la-Chapelle en 1748, trois mille d’entre eux, encouragés par l'administration française, avaient émigré en Acadie française, soit au futur Nouveau-Brunswick, en Gaspésie, à l'île d'Anticosti, à l'île Royale et à l'île Saint-Jean. L'arrivée en Nouvelle-Écosse de deux mille colons britanniques et d'un fort contingent militaire avait en effet modifié l’équilibre démographique de la colonie, d'autant plus que le gouverneur Edward Cornwallis demandait à la population acadienne, qui refusa, de prêter inconditionnellement un serment d'allégeance à la Couronne britannique sous peine d'être expulsée.

Aussi, Charles Lawrence, qui succéda à Cornwallis, décida d'expulser tous les Acadiens du territoire de la Nouvelle-Écosse afin de faciliter le développement d'une colonie anglaise et protestante, fidèle au roi d'Angleterre. Il s'agissait d'une opération de nettoyage ethnique de grande envergure, car elle allait durer sept années, de 1755 à 1762, avec pour objectif d'exiler presque toute la population, soit de douze à quinze mille personnes.

La plupart des Acadiens furent envoyés en Nouvelle-Angleterre, d'autres furent déportés jusqu'en Angleterre d’où ils s’exilèrent en Guyane française, dans les îles Malouines et en Louisiane devenue espagnole, d’autres se réfugièrent dans le Nouveau-Brunswick. Des centaines d'Acadiens s'établirent également sur l'île Royale, si bien que la colonie comptera plus de quatre mille habitants en 1755.

Pendant ce temps, la guerre de Sept Ans avait commencé le 18 mai 1756 et la Grande-Bretagne se donnait pour objectif d’affirmer sa mainmise sur tout le continent, de la baie d'Hudson jusqu'aux Antilles.

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RÉCUPÉRER LOUISBOURG

18 Avril 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

RÉCUPÉRER LOUISBOURG

 

La formule fameuse de Voltaire au sujet du Canada, qui ne représentait que «quelques arpents de neige» exprime plus de dépit que de mépris pour la Colonie, car elle est contradictoire avec son opinion sur la prise de Louisbourg en 1745 par les Britanniques.

 

Voici ce que Voltaire écrivait à ce sujet:

« Je veux parler du siège de Louisbourg ; ce ne fut point une opération du cabinet des ministres de Londres, ce fut le fruit de la hardiesse des marchands de la nouvelle Angleterre. Cette colonie, l'une des plus florissantes de la nation anglaise, est éloignée d'environ quatre-vingts lieues de l'île de Louisbourg ou du Cap-Breton, île alors importante pour les Français, située vers l'embouchure du fleuve St Laurent, la clef de leurs possessions dans le nord de l'Amérique. Ce territoire avait été confirmé à la France par la paix d'Utrecht. La pêche de la morue qui se fait dans ces parages était l'objet d'un commerce utile, qui employait par an plus de cinq cents petits vaisseaux de Bayonne, de St Jean-de-Luz, du Havre-de-Grace & d'autres villes; on en rapportait au moins trois mille tonneaux d'huile, nécessaires pour les manufactures de toute espèce. C'était une école de matelots ; et ce commerce, joint à celui de la morue faisait travailler dix mille hommes et circuler dix millions de livres. »

L’évitable guerre de Succession d'Autriche conduisit finalement au statu quo ante bellum formalisé par le traité d'Aix-la-Chapelle de 1748 qui rendit à la France l'île Royale et l'île Saint-Jean.

Ce traité mécontenta fortement les colons de la Nouvelle-Angleterre qui avaient conquis Louisbourg et qui allaient répétant que la restitution de Louisbourg n'était qu'un prêt temporaire octroyé aux Français. C’est ce dont témoigne en décembre 1754, Pierre-Jérôme Lartigue, garde-magasin du roi, qui écrit à Michel Le Courtois de Surlaville, commandant des troupes à Louisbourg: «Je puis vous assurer que je leur ay souvent entendu dire qu'en nous rendant Louisbourg, ils ne nous avoient fait qu'un prest.»

L’Amérique du Nord restait donc potentiellement une zone de conflit entre les Anglais et les Français, ces derniers étant conscients que le nombre de colons était insuffisant pour assurer une défense efficace de la Nouvelle-France.

Tandis que les Français savaient dorénavant qu'ils pouvaient voir toute la Nouvelle-France leur échapper en perdant Louisbourg, les Britanniques s'étaient mis à craindre pour leurs colonies. Leur plan consistait à confiner le Canada au nord des Grands Lacs et du Saint-Laurent afin de permettre l'expansion de la Nouvelle-Angleterre, ce qui permettrait en outre de séparer le Canada de la Louisiane et de Louisbourg.

Le 9 juillet 1749, le général Edward Cornwallis fonda Halifax sur l’emplacement de Chibouctou, en langue micmac. La ville était destinée à concurrencer Louisbourg en Nouvelle-Écosse. Côté français, le nouveau gouverneur français de Louisbourg, Charles des Herbiers de La Ralière recevait quinze jours plus tard, le 23 juillet 1749, les clefs de la ville des mains du gouverneur britannique Peregrine Hopson.

La forteresse était en très mauvais état, il fallait la reconstruire et la renforcer. Il fallait aussi rétablir la pêche à la morue alors qu’il ne restait plus que sept cent habitants sur l'île Royale, des Acadiens pour la plupart.

Les Micmacs, eux, n’étaient pas contents de la fondation d’Halifax. Ils écrivirent, en version micmac et française, au gouverneur Edward Cornwallis: « Seigneur, l’endroit où tu es, où tu fais des habitations, où tu bâtis un fort, où tu veux maintenant t’introniser, cette terre dont tu veux présentement te rendre maître absolu, cette terre m’appartient ; j’en suis certes sorti comme l’herbe, c’est le propre lieu de ma naissance et de ma résidence, c’est ma terre à moi, sauvage; oui, je le jure, c'est Dieu qui me l'adonnée pour être mon pais à perpétuité [...] un ver de terre sçait regimber quand on l'attaque. Moy, sauvage, il ne se peut que je ne croye valoir au moins un tant soit peu plus qu'un ver de terre, à plus forte raison sçaurai-je me défendre si on m'attaque. Ta résidence au Port-Royal ne me fait pas ombrage. Car tu vois que depuis long temps je t'y laisse tranquille, mais présentement tu me forces d'ouvrir la bouche par le vol considérable que tu me fais. »

 

Cette missive adressée par des « sauvages » laissa les fonctionnaires britanniques de la Nouvelle-Écosse totalement indifférents. L’avenir leur montra qu’ils avaient eu tort.

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