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Le blog d'André Boyer

histoire

L'INCROYABLE MOSSADEGH

29 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

L'INCROYABLE MOSSADEGH

Après la deuxième guerre mondiale, l’Iran lutte contre l’influence de l’URSS avec l’aide des États-Unis qui soutiennent l’armée iranienne.

 

C’est ici qu’intervient le rôle extraordinaire de Mossadegh, symbole du refus des ingérences étrangères, qui permet de mieux comprendre la position actuelle de l’Iran.

Mohammad Mossadegh (1882-1967) est le fils d’un riche dignitaire iranien.  

Trois ans après la mort de son père, il est nommé à l’âge de quinze ans inspecteur des finances de la province du Khorassan et en dix ans, il devint l'un des plus grands propriétaires fonciers iranien mais il échoue à devenir député pendant la révolution constitutionnelle iranienne, malgré l’intervention de son influente famille.

Le 23 juin 1908, le Chah fit bombarder le Parlement qui fut remplacé un Haut Conseil composé de 50 membres personnellement sélectionnés par le Chah dont Mohammad Mossadegh, qui obtint aussi l’autorisation de se rendre à Paris pour s’inscrire tout d’abord à l'École libre des sciences politiques puis ensuite en Suisse où il poursuit des études de droit à l’université́ de Neuchâtel, obtient sa licence en droit avant de passer une thèse qu’il soutient en juillet 1914 et de rentrer à Téhéran.

Il occupe plusieurs fonctions administratives puis, le 21 novembre 1921, devient ministre des Finances. En 1923, il est élu député, mais comme il s’oppose à la nomination de Reza Khan comme Chah, il doit se retirer pendant seize ans de la vie politique dans le village d'Ahmadabad dont il est originaire.

Revenu à la politique en 1942, Mohammad Mossadegh va se tailler progressivement, un rôle de tribun nationaliste, adversaire de toutes les ingérences estrangères, ce qui lui vaudra une très grande popularité́. Il commence par déposer un projet de loi visant à̀ empêcher l'URSS de prendre possession des exploitations pétrolières au nord du pays.

À l’époque, le pétrole iranien, concédé à la toute-puissante Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) ne rapporte que 10% des revenus à l'État  iranien. Mais en 1950, l'Arabian-American Oil Company (ARAMCO) accorde 50% des revenus pétroliers à l’Arabie Saoudite. L’Iran s’empresse de demander la même répartition des bénéfices à l’AOIC, agitant, en cas de refus, la nationalisation de l'industrie pétrolière.

Mais Mossadegh s’oppose à un accord avec l’AOIC, déclarant avec virulence  au Premier Ministre, Haj Ali Razmara : « ... Je jure devant Dieu, que le sang coulera, le sang coulera. Nous nous battrons, et nous pourrons nous tuer. Si vous êtes un militaire, je suis plus soldat que vous. Je vais tuer, dans ce Parlement je vais vous tuer ». Le 7 mars 1951, après un communiqué violent de Mossadegh contre le Premier Ministre Razmara, ce dernier est assassiné par un islamiste et, une semaine plus tard, le parlement adopte la loi sur la nationalisation de l'industrie pétrolière.

Le 29 avril 1951, Mossadegh devient Premier Ministre avec l'appui des religieux et des communistes. Mais l’AOIC rejette les termes de la nationalisation et fait appel à l'arbitrage de la Cour internationale de Justice de La Haye qui n’aboutit pas. Mossadegh ferme les consulats britanniques tandis que le Royaume-Uni organise efficacement le blocus naval des exportations pétrolières de l'Iran.

Mossadegh, qui veut les pleins pouvoirs, se heurte au Parlement et au Chah qui les lui refusent. Il décide donc de démissionner. Mais Mossadegh symbolisait l'orgueil national et les sanglantes manifestations qui succèdent à cette démission, avec l’appui du parti Tudeh et des dignitaires religieux, contraignent le Chah à le rappeler, le 20 juillet 1952.   

Pendant ce temps, la production pétrolière iranienne est devenue quasiment nulle. Mossadegh réussit cette fois à̀ obtenir un mandat de six mois pour faire adopter des lois par décision gouvernementale sans le consentement du Parlement, ce qui commence à susciter de fortes critiques.

Il utilise ses pouvoirs pour faire adopter une réforme agraire qui réduit de 20 % la part du revenu annuel des propriétaires fonciers. Le Sénat, dominés par les élites du pays s’opposent à sa politique intérieure. Mossadegh réagit contre cette opposition en demandant au Parlement la dissolution du Sénat,  que le Chah et le Parlement acceptent.

Alors que le boycott des exportations pétrolières entraine l’économie iranienne dans sa chute. Mossadegh poursuit sa politique intransigeante en rompant, le 23 octobre 1952, les relations diplomatiques de l’Iran avec le Royaume-Uni. Deux jours auparavant, il avait promulgué une loi interdisant toute grève, remplissant rapidement les prisons. Mozaffar Baghai, co-fondateur avec Mossadegh du Front national et l’ayatollah Kashani, président du Parlement s’opposent alors à lui, si bien qu’à la fin de l’année 1952, seules les forces du parti communiste Tudeh le soutenaient encore.

Le pouvoir de Mossadegh est fortement affaibli, lorsque, le 6 janvier 1953, il demande une prorogation pour continuer à statuer par décret, provoquant des batailles de rue à Téhéran entre les partisans et les opposants à Mossadegh, prorogation qui est finalement acceptée. Mais il reste parfaitement intransigeant. Fin janvier, Churchill et Eisenhower, font une nouvelle offre d'accord à Mossadegh, que ce dernier rejette.

Le Chah commence à juger sévèrement l’inaptitude de Mossadegh à négocier avec l'AIOC. Comme Mossadegh a vidé́ la cour de tous ses opposants réels ou supposés, le Chah et son épouse envisagent, avec l’accord du Premier Ministre, de partir pour l'étranger afin de fuir une capitale de moins en moins sûre pour eux.

 

Lorsque la nouvelle se répand, la rue se soulève en faveur du Chah, qui annule son voyage.  

 

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LA MONTÉE DU NATIONALISME EN IRAN

21 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

REZA SHAH PAHLAVI

REZA SHAH PAHLAVI

Au début du XXe siècle, le Chah était en butte à de plus en plus de contestations, notamment en raison de sa faiblesse face aux ingérences étrangères.

 

Il lui fallut accepter la création d’un Parlement, la Majles, en octobre 1906.  

Le pays est alors partagé en deux sphères d’influence, le nord aux Russes et le sud aux Britanniques en vertu de la convention anglo-russe de 1907. Lorsque les Britanniques essaient d’imposer un accord pétrolier anglo-persan en 1919, ce dernier est refusé par le Parlement : on constate que le mouvement nationaliste iranien est une constante du pays.

En 1921, un jeune officier de l’unité́ des cosaques, le général Reza Khan Mir Panj, effectue un coup d’État militaire, devient chef de l’armée et prend le nom de Reza Khan Sardar Sepah, renversant ainsi la dynastie kadjar.  

Reza Khan s’attribue tout d’abord le poste de premier ministre, envisage de faire de la Perse une république selon le modèle d’Atatürk, puis y renonce face à̀ l’opposition du clergé chiite et se fait nommer par la Majles, réunie en tant qu’Assemblée constituante, nouveau Shah de la Perse, sous le nom de Reza Shah Pahlavi, le 12 décembre 1925.

Reza Shah a des plans ambitieux pour moderniser la Perse. Il tente, sans grand succès de renégocier avec l'Anglo-Persian Oil Company un accord plus favorable à la Perse. Parallèlement, il cherche  à créer une industrie lourde, construit un chemin de fer national, le Trans-persan (aujourd’hui inscrit au Patrimoine mondial par l’Unesco)  créé un système d’éducation public, encore très performant aujourd’hui, améliore le système de santé, réforme la justice jusque-là̀ contrôlée par le clergé́ chiite et promulgue un Code civil.

En 1935, il interdit le port du voile pour les femmes et fait  obligation pour les hommes de porter un habit à l’occidentale. En même temps, il cherche à être moins dépendant de la Grande- Bretagne et de la Russie, en annulant les droits spéciaux accordés aux étrangers pendant l’époque Qajar. Symboliquement, le 21 mars 1935, il demande à la communauté́ internationale de ne plus désigner son pays par le terme Perse mais de l’appeler Iran, qui signifie « Perse » en iranien.  

Durant la Seconde Guerre Mondiale, Reza Shah proclame la neutralité́ de l’Iran, ce qui entraine, le 25 aout 1941, l’invasion du pays par la Grande-Bretagne et l’URSS qui forcent Reza Shah à abdiquer en faveur de son fils Mohammad Reza Pahlavi.

L’Iran est alors contraint de signer un traité avec la Grande-Bretagne et l’Union soviétique par lequel le pays accepte de livrer son pétrole aux alliés en échange de quoi ces derniers s’engagent à respecter l’intégrité́ territoriale de l’Iran et à retirer leurs troupes au maximum six mois après la fin de la guerre.

On ne s’étonnera donc pas aujourd’hui que, face aux dictats des grandes puissances, le sentiment nationaliste se soit encore renforcé en Iran.  

L’Iran, selon l’accord tripartie devait être évacué par les troupes soviétiques et anglaises au plus tard le 2 mars 1946, mais l’Iran demande une évacuation anticipée, le 19 mai 1945. Les Britanniques s’y plient partiellement, gardant leurs troupes dans la zone pétrolière du sud de l’Iran. En revanche, les Soviétiques refusent, restent à Téhéran et organisent en août 1945 une révolte du parti procommuniste Tudeh, fondée sur le séparatisme des Azéris. En même temps, le Parti démocratique du Kurdistan, un mouvement autonomiste, crée la République de Mahabad au Kurdistan iranien. Ces deux républiques autonomes bénéficient du soutien de l’URSS, tandis que des troupes soviétiques occupent des parties du Khorasan, du Gorgān, du Māzandarān et du Gīlān.

L'Iran porte alors la question de l’évacuation des troupes soviétiques devant le Conseil de sécurité́ des Nations unies de l'ONU et les négociations aboutissent le 4 avril 1946 à un accord russo-iranien sur le retrait des troupes soviétiques.

 

Le gouvernement iranien reprend alors le contrôle du pays, notamment sous la législature du Front national de Mohammad Mossadegh.

 

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L'IRAN RENAÎT, L'IRAN SE RÉFORME

9 Août 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

NADIR SHAH, LE CONQUÉRANT

NADIR SHAH, LE CONQUÉRANT

Du début du XVIe siècle remonte la renaissance d’un Iran autonome qui avait disparu pendant presque un millénaire, à partir des conquêtes arabes du VIIe siècle. 

 

Sous l’impulsion d’Ismail Ier, premier souverain safavide, l’Iran décida de se convertir au chiisme, afin de s’affirmer religieusement face à̀ la domination des Ottomans sunnites. Il fallut alors, comme aujourd’hui avec le régime des mollahs, faire cohabiter l’idéologie messianique du Chiisme avec les exigences administratives d’un État territorial.

Les Safavides durent faire face aux Ouzbeks, qui attaquaient le Khorasan et aux Ottomans qui se confrontaient aux Iraniens dans le Caucase et en Anatolie. Ce conflit avec les Ottomans se poursuivit jusqu’en 1639, date du traité de Qasr-i-Chirin qui a défini les frontières entre l’Iran et la Turquie jusqu’au début du XXe siècle.

L’apogée des Safavides fut atteinte sous le Shah Abbas Ier le Grand (1587-1629) qui parvint à réduire les menaces extérieures, à réorganiser l’armée et l’administration tout en soutenant les institutions religieuses. Il développa le commerce et les arts, notamment dans sa nouvelle capitale Ispahan qu’il dota de magnifiques palais et mosquées.

Puis vint, comme toujours en Iran, le déclin de la dynastie safavide, du fait de la faiblesse des souverains et avec ce déclin vinrent la défaite et l’occupation étrangère, face à des tribus afghanes qui prirent Ispahan après 1722. Mais le triomphe des afghans fut de courte durée.

Se substituant à la dynastie safavide, un chef de tribu nommé Tahmasp Quli chassa les Afghans et prit le pouvoir en 1736 sous le nom de Nâdir Shâh. Il reconquit alors le territoire iranien d’origine en englobant la Géorgie et l’Arménie comme l'Afghanistan, menant  campagnes militaires sur campagnes militaires qui le conduisirent jusqu’à̀ Delhi en 1739, dont il ramena des trésors fabuleux, tel le trône du Paon.

Mais Nadir Shah était impopulaire du fait des guerres incessantes et des lourds impôts qu’elles entrainaient. Il fut finalement assassiné en 1747, provoquant une période d’anarchie qui dura jusqu’en 1795, lorsque Mohammad Shah Qajar prit le pouvoir, installant la dynastie des Qâdjârs qui se maintint jusqu’en 1925.

Les guerres ottomano-persanes reprirent sporadiquement et sans résultat décisif jusqu'aux Traités d'Erzurum de 1823 et 1847, tandis que l'expansion de l'Empire russe provoquait quatre guerres russo-persanes entre 1722 et 1828 qui entrainèrent la perte des provinces du Caucase.

L’Iran retrouva progressivement l’indépendance, l’ordre, la stabilité́ et l’unité́ jusqu’à ce que, à la fin du XIXe siècle, les pressions de la Russie et la Grande-Bretagne s'exercent sur le pays. C’est alors que l’Iran fut obligé d’abandonner ses territoires en Asie centrale et que la Grande-Bretagne envoya des troupes en Iran pour l’empêcher de récupérer des territoires afghans perdus sous le règne depuis les Safavides.

L’interférence de la Russie et de la Grande-Bretagne dans les affaires internes de l’Iran se produisit alors que le pouvoir était, comme d’habitude, devenu faible. Elle eut pour effet de moderniser le système fiscal iranien et de réduire l’influence du clergé́ chiite sous l’impulsion du premier ministre Amir Kabir qui fonda en 1851 Dar-ol Fonoun, le premier établissement d’enseignement supérieur en Iran, avant d’être assassiné parce qu’il gênait la famille du Shah.

La réforme des institutions se poursuivit cependant. En 1871, Mirza Hosein Khan Moshir od-Dowleh, nouveau premier ministre du Shah, mit en place un gouvernement de style européen qui marqua fortement le début du mouvement de réforme en Iran.

 

Puis les souverains qâdjârs suivants provoquèrent la colère populaire par les concessions qu’ils firent aux puissances étrangères, comme celle du pétrole remis à une société anglaise, la Persian Oil Company, en 1901.

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LE DESTIN DU CANADA APRÉS LE RETRAIT FRANÇAIS

13 Juillet 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA REBELLION DES PATRIOTES

LA REBELLION DES PATRIOTES

Nous avons relaté le conflit qui a opposé la France et le Royaume Uni pour contrôler l’Amérique du Nord, et plus particulièrement autour de la Nouvelle France entre 1747 et 1783.

 

Après la conquête par les Anglais des territoires de la Nouvelle-France, l’histoire du Canada s’amorce. À cet égard, il est saisissant de constater que rien dans cette histoire du Canada ne révèle une volonté d’inclusion de la part des Canadiens anglais, ni des Amérindiens, ni des Canadiens français.

Les premiers seront éliminés démographiquement, avant que les survivants ne soient confinés dans des réserves et liquidés en détail, comme le montrent les découvertes récentes de sépultures des orphelinats amérindiens.

Les seconds, trop nombreux du fait de la séparation entre le Canada et les États-Unis, n’ont pu être ni déplacés comme les Acadiens, ni éliminés démographiquement. Les Canadiens Anglais ont donc tenté de les assimiler au plan juridique et pratique. N’y étant pas parvenus, ils les ont maintenus dans une position subalterne, mais en aucun cas ils ne les ont inclus dans leur propre société.

La Nouvelle-France a été placée sous un régime militaire anglais, avant que le Traité de Paris en 1763 n’attribue définitivement à la Grande-Bretagne l'Acadie, le Canada et la partie orientale de la Louisiane, entre le Mississippi et les Appalaches. Le Canada devint la « Province of Quebec », avec un gouverneur général reprenant les rôles du gouverneur et de l'intendant de la Nouvelle-France, sous l'autorité de la Couronne britannique.

Les institutions issues de la France furent abolies, privant officiellement les Canadiens français de la pratique de leur religion. En outre l'utilisation de la Coutume de Paris fut remplacée par la Common Law, droit coutumier britannique.

Mais en 1774, devant les menaces d'insurrection de la Province of Quebec concomitantes avec la révolte latente des Treize Colonies, le gouvernement britannique proclama « l'Acte de Quebec » qui élargissait les frontières de la colonie en y incluant les territoires de l’Ontario actuel et de la vallée de l’Ohio, et qui permettait aux Canadiens français de conserver le régime seigneurial, de pratiquer la religion catholique et d'utiliser la Coutume de Paris pour régir le commerce et les rapports civils, tout en maintenant le droit pénal britannique.

Mais pendant les années suivantes, les efforts des Canadiens anglais ont visé à faire disparaître progressivement les Canadiens français,  provoquant la révolte de ces derniers:

  • En 1791, l’arrivée de nombreux loyalistes britanniques dans les provinces of Québec et limitrophes conduisit à l'Acte constitutionnel qui divisait le Canada en deux, Le Haut-Canada, peuplé des loyalistes anglais et le Bas-Canada, peuplé des Canadiens français et qui accordait à chacune des deux colonies une Chambre d'assemblée soumise au veto du Gouverneur nommé par le Roi d'Angleterre.
  • En 1822, un projet d'union législative des deux Canadas est soumis au Parlement de Londres, afin d’obtenir que les francophones deviennent minoritaires. Mais de nombreux représentants bas-canadiens s’y opposent et le projet est abandonné devant leur résistance.
  • En 1828, les représentants du Parti patriote fondé par les Canadiens français déposent des pétitions à la Chambre des Communes britannique pour se plaindre des actes du gouverneur général George Ramsay à l'endroit des francophones.
  • En 1834, le Parti Patriote du Bas-Canada demande à Londres l'indépendance politique qui lui est refusée. Le Parti patriote organise alors de nombreuses réunions qui demandent le respect des droits de l’homme, proposent une lutte constitutionnelle, le boycott des produits britanniques et l'organisation paramilitaire des jeunes Patriotes, la Société des Fils de la Liberté.
  • En 1837-1838 se déroule la Rébellion des Patriotes qui dégénère en guerre civile dans le Bas-Canada. La Rébellion propose de déclarer d'indépendance du Bas-Canada et de promulguer la séparation de l'Église et de l'État afin de créer la République du Bas-Canada. La révolte est violemment réprimée par l'armée britannique. 
  • En 1840, Le rapport Durham recommande de réunifier les deux colonies afin d’assurer une présence plus importante de la culture britannique auprès des francophones. Le rapport donne lieu à la création du Canada-Uni, qui abroge une partie des droits octroyés aux Canadiens français par l'Acte de Québec de 1774. Dans les années qui suivent, de nombreux Canadiens français émigrent dans les États de la Nouvelle-Angleterre afin de fuir l'oppression anglaise (la Grande Hémorragie).
  • En 1848, la nouvelle colonie du Canada-Uni obtient la Responsabilité ministérielle et l'Institut canadien de Québec est créé afin de contrecarrer l'influence grandissante de la culture britannique.

 

À partir des années 1850, les riches familles anglaises du Canada s'établissent dans la ville de Montréal, fondent des entreprises avec des Canadiens anglais aux postes de contremaîtres et des Canadiens français comme ouvriers, tandis que la majorité de ces derniers, soutenus par l'Église catholique, vivent repliés sur eux-mêmes dans les activités agricoles.

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MOLLE VICTOIRE

9 Juin 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LOUIS XVI

LOUIS XVI

Avec des moyens inférieurs à ceux de son adversaire, Suffren refoule devant lui l’escadre anglaise dont le chef hésite à engager le combat.

 

Le 18 juin 1783, le blocus de Gondelour est levé sans avoir eu besoin de livrer bataille. Bussy fait transférer mille deux cent de ses hommes sur les vaisseaux de Suffren pour en renforcer les effectifs. Le 20 juin, Suffren impose le combat à son adversaire. La bataille, en ligne de file, se termine par la retraite de l’escadre anglaise qui a subi de gros dégâts. Il cherche à reprendre le combat mais l’escadre anglaise prend la fuite sur Madras. Gondelour est sauvée, mais le 29 juin 1783, la frégate anglaise Medea vient sous pavillon parlementaire apporter la nouvelle officielle des préliminaires d'un traité de paix, qui ont été  arrêtés le 30 novembre 1782. En attendant la signature du futur traité de paix, les hostilités sont suspendues.

Puis intervient, le 3 septembre 1783, la signature du traité de Paris et le même jour du traité de Versailles. Le traité de Paris permet aux Etats-Unis d’être reconnus par la Grande-Bretagne, de définir les frontières entre les États-Unis et les colonies britanniques d'Amérique du Nord : Grands Lacs au nord, Mississippi à l'ouest, 31eparallèle au sud et de garantir les droits des pêcheurs américains au large de Terre Neuve et du golfe du Saint-Laurent.  

Le traité de Versailles est composé de deux traités bilatéraux entre la Grande-Bretagne et la France d’une part et entre la Grande-Bretagne et l’Espagne d’autre part, qui sera complété par un autre traité de Paris signé entre la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies le 20 mai 1784.

En vertu des traités de Versailles, la Grande-Bretagne restitue une partie des possessions qu'elle avait acquise lors du traité de Paris de 1763, mais pas le Canada. L'Espagne récupère Minorque et les deux Floride, mais la Grande-Bretagne garde Gibraltar. La France récupère ses comptoirs en Inde, huit loges (Balassore, Cassimbazar, Yougdia, Dacca, Patna, Mazulipatam, Calicut et Surat. En Afrique, elle garde l'île de Gorée et le Sénégal. Aux Antilles, elle récupère Tobago et la Trinité, mais cède Saint-Vincent et les Grenadines à la Grande-Bretagne. En Amérique du Nord, elle garde Saint Pierre et Miquelon et obtient un droit de pêche étendu sur les Grand Bancs de Terre-Neuve. Mais elle ne récupère pas la Nouvelle-France qui est divisée en deux au niveau des Grands Lacs: la partie au nord (Québec et le futur Ontario) reste sous domination britannique, tandis que la partie au sud, la Louisiane française, allant du sud des Grands Lacs au golfe du Mexique reste coupée en deux par le Mississippi, avec à l'ouest la Louisiane espagnole et à l'est, les Etats-Unis. 

La guerre entre la France et la Grande-Bretagne, déclenchée le 6 février 1978, a duré plus de cinq ans. La France a soutenu à bout de bras ses alliés, les Etats-Unis, l’Espagne et les Provinces-Unies. Elle a été victorieuse à de nombreuses reprises, à Yorktown, dans les Antilles et aux Indes. La victoire de Yorktown a offert l’indépendance aux Etats-Unis et la guerre menée par Suffren a conduit les Britanniques au bord de la rupture en Inde. Certes, la flotte britannique reste redoutable mais la flotte française est désormais capable de la vaincre et elle dispose d’alliés.

Malgré des efforts militaires immenses, notamment navals, malgré les dépenses considérables engagées par le Trésor royal qui le contraindront à convoquer les États Généraux avec les conséquences que l’on connaît, malgré les victoires obtenues, malgré le nouveau rapport de force avec la Grande-Bretagne qui penche désormais en faveur de la France, le Roi de France ne demande rien. Ni la récupération de la Nouvelle-France, ni la main mise sur l’Inde, ni la restitution d'îles importantes dans les Antilles.

Concernant la Nouvelle-France, dés la signature du traité du 6 février 1978 avec les 13 colonies, la France s’était engagée à ne pas accroitre ses territoires en Amérique pour ne pas s’aliéner les colons américains, donc à ne pas reconquérir la Nouvelle-France. Mais cinq ans après, les rapports de force avaient changé car les Français seuls avaient imposés la création des Etats-Unis.

 

Louis XIII avait installé la France au Canada. Louis XIV y avait construit la Nouvelle-France que Louis XV avait défendu en vain mais avec détermination contre la conquête anglaise. Finalement, c’est la molle inconséquence de Louis XVI et de sa cour, vainqueurs sans buts, qui a conduit à abandonner la Nouvelle-France alors que la fortune des armes permettait de mettre un terme à la conquête britannique.

 

 

 

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GUERRE TOTALE EN INDE

29 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BATAILLE DE GONDELOUR

BATAILLE DE GONDELOUR

Mais le combat du 3 septembre 1782 se révèle tout aussi acharné et confus que les précédents.

 

Les Français ont beaucoup de mal à former leur ligne et à suivre les ordres de Suffren qui veut profiter de sa supériorité pour envelopper l’arrière-garde de Hughes, qui essuie de gros dommages mais fait retraite en bon ordre et sauve de nouveau son escadre.

L’explication qui s’ensuit entre Suffren et ses officiers provoque une deuxième purge dans l’état-major avec quatre démissions de capitaines.  

Cette première partie de la campagne des Indes montre un Suffren offensif, mais mal obéi ou compris à cause des insuffisances de ses subordonnés mais aussi de son caractère difficile.

Elle révèle aussi les qualités de Suffren qui, outre ses qualités militaires, sait s’improviser diplomate et logisticien. Il noue un partenariat stratégique avec le gouverneur néerlandais de Ceylan, Iman Willem Falk qui comprend qu’en combattant Hughes, il protège l’immense empire néerlandais des Indes. Suffren passe aussi des accords militaires avec le nabab Haidar Alî, qui apporte aux troupes françaises qui débarquent à Porto Novo, fourrage, vivres et argent.

Outre ces alliances, Suffren s’affirme comme le roi de la récupération et du bricolage, adaptant hommes et matériaux aux besoins de sa stratégie. Trinquemalay se transforme en chantier naval improvisé pour redonner de la voilure aux trois bâtiments endommagés lors du combat devant le port.

Suffren utilise aussi ses bâtiments les plus rapides pour ratisser les cô̂tes et capturer plus de cinquante navires de commerce, apportant à son escadre vivres, poudre, boulets et matériel divers. Cette active campagne corsaire permet à Suffren de vivre littéralement sur le dos des Anglais, au point de ne plus savoir quoi faire des prisonniers que l’on est contraint de confier à la garde d’Haidar Alî.

La question la plus délicate est celle de la gestion des équipages, dont on ne peut combler les pertes. Suffren résout le problème comme il peut en faisant tourner les équipages selon les missions et en embarquant des matelots tirés des navires de transport ou des soldats, voire des ouvriers du port et comme cela ne suffit pas, il utilise des marins locaux, les Lascars, ou les Cipayes que lui fournit Haidar Alî.

Suffren gère au mieux ses possibilités. Du 3 novembre au 20 décembre 1782, il fait hiverner sa flotte à Sumatra, dans le port d'Aceh, bien abrité, qui reçoit facilement  du ravitaillement des postes néerlandais voisins de Batavia et de Malacca et qui n’est qu’à vingt jours de navigation de la côte de Coromandel. Cette proximité lui permet de maintenir une pression maximum sur les Anglais. Le 8 janvier 1783, il est de retour sur les côtes indiennes et capture par ruse une frégate anglaise. Son absence n’a pas duré trois mois et sa campagne hors norme suscite l’admiration des Anglais.  

Les rapports rendus par Suffren montrent que la France peut espérer retourner la situation aux Indes à son profit et porter un coup terrible à l’économie anglaise qui tire de très gros revenus de cet immense pays. Aussi le ministre de la Marine, de Castries, s’active pour y expédier des renforts.

Mais l’acheminement de ces derniers connait de multiples déboires. Le premier convoi quitte Brest le 11 février 1782 et traverse l’Atlantique sans encombre. Le second convoi, beaucoup plus faiblement protégé, voit treize des dix-neuf transports ainsi que deux de ses trois vaisseaux capturés le 21 avril 1782, deux jours après leur sortie de Brest. De plus, la croisière doit s’arrêter longuement au Cap car une grosse épidémie s’est déclarée à bord et elle rallie difficilement l’Île-de-France, ne permettant de  faire passer à Suffirent qu'un petit effectif en août 1782, peu avant la prise de Trinquemalay.

Le plus gros des renforts arrive le 11 mars 1783, trente-cinq voiles portant environ 2 500 hommes de troupes escortés par trois vaisseaux et une frégate avec 5 millions pour le financement des opérations futures. Les soldats sont rapidement transférés sur la côte indienne, où les attend avec impatience TipûSâhib, qui a succédé à Haidar Alî, décédé.

Mais cette troupe, qui s’agrège à celle débarquée par Suffren un an auparavant, subit des aléas de commandement : le premier chef, le général Duchemin décède. Son successeur, M. d’Hoffelize, perd des mois en inaction. Le chef suivant, Bussy-Castelnau, est devenu en 1783 un vieillard impotent, qui reste inactif à Gondelour avec ses 5 000 hommes.

L'initiative repasse donc aux Anglais qui ont reçdes renforts et, au mois de mai 1783, une forte armée de 15000 hommes aux ordres du général Stuart engage l'offensive depuis Madras et vient mettre le siégé devant la place. Au large, les forces de Hughes assurent le blocus naval.

À Trinquemalay, l’escadre française est désormais inférieure à l’escadre anglaise. Hughes dispose maintenant de dix-huit vaisseaux, tous doublés de cuivre, alors que Suffirent n'en a que quinze, dont sept seulement sont doublés. En outre, Suffren n'a qu'une confiance incertaine dans les capacités de ses capitaines, et même s’il dispose désormais d’un bon chef d'escadre, les équipages manquent. 

 

Cela n’empêche pas Suffren de lancer son escadre à l’assaut de celle d’Hughes. Il lève l’ancre le 11 juin 1783 pour sauver l’armée de Gondelour pressée par terre et par mer ».

 

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SUFFREN EN ACTION

20 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

SUFFREN

SUFFREN

La campagne américaine se termine par de petits engagements où alternent succès et revers, tandis qu’en Europe, les derniers grands affrontements se déroulent lors du siège de Gibraltar.

 

Gibraltar tient bon depuis 1779 parce que la flotte espagnole s’est montrée incapable depuis trois ans d’intercepter les convois de ravitaillement escortés par la Navy. Les Espagnols, qui bénéficient de l’aide de douze vaisseaux français, en réclament en vain quarante à Louis XVI.  

Le commandement du siège de Gibraltar est confié à un Français, le duc de Crillon, qui retient l’idée de l’ingénieur militaire Le Michaud d'Arçon d’attaquer la place avec des batteries flottantes « insubmersibles et incombustibles ». Dix batteries sont mises en action à partir de septembre 1782, servies par 5200 hommes qui mettent en action 172 canons de 24 dont le déluge de feu doit venir à bout des fortifications anglaises.

Lorsque les batteries flottantes s’approchent du rocher de Gibraltar, soutenues par les quarante-huit vaisseaux franco-espagnols de Cordoba et Guichen, elles sont accueillies par l’artillerie anglaise qui ouvre le feu à boulets rouges depuis des galeries creusées dans la falaise. Contrairement aux espoirs de Le Michaud d'Arçon, le blindage de chêne n’y résiste pas : trois des machines flottantes, touchées dans leurs réserves de poudre, explosent en formant de terrifiants champignons de feu et de fumée et la panique s'empare des autres batteries. Toutes les batteries sont englouties au pied de la falaise, avec plus de 2 000 marins espagnols noyés ou brulés.

Ne reste plus comme solution pour obtenir la reddition de la forteresse britannique qu’à affamer la garnison en bloquant le dernier convoi de ravitaillement anglais, mais le 11 octobre 1782, Howe se joue de la flotte franco espagnole, si bien que la prise de Gibraltar est remise sine die.

En revanche, la campagne des Indes de Suffren est victorieuse. Lorsque Pierre André́ de Suffren appareille de Brest, le 22 mars 1781, il est à̀ la tête d’une division de cinq vaisseaux et d’une corvette chargée d’une opération de diversion. Cette petite force est chargée d'escorter huit navires de transports embarquant un millier de soldats à destination du Cap et cinq navires de commerce pour le Sénégal. Il s’agit de garder ouverte la route des Indes orientales.

Cette première mission est un succès, avec une victoire contre l’escadre de Johnstone qui se ravitaille dans les iles portugaises du Cap Vert, ce qui permet aux Français d’arriver avant les Anglais au Cap. Lorsque Johnstone se présente en juillet 1781 devant Le Cap, il est contraint de se retirer.    

La flotte française reste deux mois et demi en Afrique du Sud afin de réparer les vaisseaux, tandis que Suffren a reçu l’ordre de passer dans l’océan Indien et de joindre ses vaisseaux à ceux de l’Ile-de-France pour revenir en Inde, où le conflit est resté en sommeil après la chute des comptoirs français à l’automne 1978, malgré la défense énergique de Pondichéry par le gouverneur de Bellecombe. Depuis, la flotte française s’était repliée sur l’Ile-de-France où l’on semblait se résigner à attendre tranquillement la fin de la guerre en cours.

L’arrivée de Suffren à l’Île de France, le 25 octobre 1781, change radicalement la donne. L’addition de ses cinq vaisseaux aux six vaisseaux et trois frégates stationnés sur l’île donne aux Français leur plus puissante escadre jamais engagée en Inde, ce qui correspond à la volonté́ du ministre de Castries d’accentuer la guerre dans l’océan Indien. Les ordres sont d’attaquer les Anglais partout où ils se trouvent et de leur causer le plus de dégâts possibles, ce qui convient parfaitement au caractère offensif de Suffren.

L’escadre appareille pour l’Inde le 7 décembre 1781, accompagnée de dix navires de transports embarquant 3 000 hommes et un détachement d’artillerie. Elle est initialement placée sous les ordres de d’Orves qui décède en mer, laissant le commandement à Suffren.  En face, les forces navales sont dirigées par le contre-amiral Edward Hughes qui connait parfaitement les eaux indiennes et  s’appuie sur la base bien équipée de Bombay où il peut se mettre à̀ l’abri de la mousson et y réparer ses vaisseaux alors que Suffren, à deux mois de navigation de l’Ile-de-France, est presque coupé de tout et découvre les eaux indiennes.

Suffren veut détruire les forces anglaises pour rétablir la place que la France occupait en Inde avant les traités de 1763, avec l’aide d’un puissant nabab du sud du pays, Haidar Alî,  qui mène depuis des années une guerre impitoyable contre les Anglais à l’appui de laquelle il sollicite l’alliance française. Suffren dispose d’une nette supériorité́ navale sur Hugues qui n’a que neuf bâtiments  alors que son escadre en possède maintenant douze avec la capture d’un vaisseau anglais.

Suffren et Hughes s’affrontent pour la première fois le 17 février 1782 au large du petit port de Sadras, sur la côte de Coromandel. Suffren, qui cherche à envelopper l’arrière garde anglaise, obtient une réussite partielle qui oblige l’escadre anglaise à fuir, mais ce premier combat met en lumière le manque de cohésion des capitaines autour de Suffren.  

Un deuxième combat intervient deux mois plus tard, le 12 avril 1782, au large des côtes de Ceylan ou Suffren est venu se ravitailler après avoir débarqué́ à Porto Novo les troupes destinées à faire leur jonction avec celles d'Haidar Alî. Hughes est désormais presque à parité́ avec son adversaire. Après de longues manœuvres, le combat s’engage en ligne de file. Comme à̀ Sadras, une partie des vaisseaux seulement suivent les ordres de Suffren et la bataille tourne finalement à la confusion générale, alors que beaucoup de vaisseaux sont très endommagés des deux côtés.

Après cinq heures de canonnade acharnée, les deux protagonistes, les voiles en lambeaux, sont contraints de jeter l'ancre alors que se lève un violent orage tropical à la nuit tombante. Suffren tente pendant une semaine de reprendre le combat, mais Hughes se dérobe et le 19 avril, l’escadre française décroche pour aller réparer et se ravitailler à Batticaloa.

Le troisième affrontement se passe au large de Négapatam, le 6 juillet 1782, alors que Suffren cherche à reconquérir ce comptoir néerlandais. Le combat tourne à la mêlée générale, cette fois à̀ cause du vent qui tourne brutalement et disperse les navires. Trois vaisseaux anglais et deux  vaisseaux français sont gravement touchés. Trois navires français n’ont que peu ou pas participé à l’engagement, ce qui pousse Suffren à démettre de leur commandement  leurs trois capitaines et à remplacer un quatrième pour cause de sénilité.  

Hughes fait retraite et Suffren reste maitre des eaux entre la côte de Coromandel et Ceylan. Suffren appuie dans un premier temps sa logistique sur les petits ports de la région, Porto Novo et Gondelour sur la côte de Coromandel et Batticaloa sur l’ile de Ceylan. Pour tenir plus longtemps, il lui faut une base bien abritée, équipée et facile à̀ défendre. Il décide pour cela d’attaquer Trinquemalay, sur la côte est de Ceylan. L’opération est menée depuis le mouillage voisin de Batticaloa. Elle est montée avec 2 300 hommes combinant cipayes et troupes de marine. Le 26 août 1782, le débarquement se passe sans encombre et les deux forts qui défendent la rade capitulent rapidement,

 

Hughes arrive trop tard pour secourir sa base, mais provoque une quatrième bataille navale, car Suffren l’attaque immédiatement pour essayer encore une fois de l’anéantir.

 

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UNE GUERRE GAGNÉE QUI TOURNE COURT

9 Mai 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BATAILLE DES SAINTES (1782)

BATAILLE DES SAINTES (1782)

En Méditerranée, les Franco-Espagnols ont pris Minorque en aoû1781; en Inde, Suffren arrive sur les cotes en février 1782 avec pour objectif de reconquérir les comptoirs français et néerlandais saisis par la Navy. Cependant, c’est toujours dans les Antilles qu’ont lieu les opérations de grande envergure, tant elles sont essentielles au commerce colonial.

 

Leur défaite en Virginie a fait prendre conscience aux Anglais que les Treize Colonies étaient perdues. Un armistice de fait s’installe, préparatoire de négociations de paix qui libère la Royal Navy et lui permet de redresser la tête : en décembre, soit à peine deux mois après la victoire de Yorktown, Le convoi de Brest, mal escorté par Guichen est en partie capturé par Kempenfeld et prive Grasse d’un important ravitaillement alors que son escadre a reçul’ordre d’attaquer la Jamaïque, la plus forte possession anglaise du secteur. Pourtant Guichen n’est pas destitué, le faible Louis XVI l’absolvant de ses erreurs.

En février 1782, un autre convoi part de Brest avec des renforts pour les Antilles et les Indes, tandis que côté anglais l’effort de guerre s’intensifie : tous leurs vaisseaux sont maintenant doublés de cuivre et porteur de caronades, alors qu’aucun navire français ne dispose de cette arme. Insensiblement, la balance des forces navales penche à nouveau en faveur de l'Angleterre.

Quoi qu’il en soit, Grasse, qui dispose encore de la supériorité numérique, assure la protection des convois et cherche à passer à l’offensive avec les troupes de Bouillé. Il attaque Saint Christophe (Saint-Kitts). Le 11 janvier, l’escadre se présente devant la petite ile. Grasse, avec vingt-six vaisseaux, couvre le débarquement tandis que les troupes de Bouillé refoulent la garnison anglaise vers l’intérieur de l’ile. Le 25 janvier, Hood se porte au secours de la position avec vingt-deux navires, réussît à se glisser entre l’escadre française et l’ile, mais  Grasse attaque alors que les Anglais se disposent à jeter l’ancre. Hood réussît finalement à s’échapper, après avoir endommagé plusieurs vaisseaux français. La garnison anglaise capitule le 12 février et les iles voisines de Nevis et Montserrat sont saisies par Barras de Saint-Laurent. Simultanément à ces combats, le comte de Kersaint délivre les établissements néerlandais d'Essequibo et Démérara qui avaient été capturés par les Anglais en 1781. Le 22 janvier, il débarque aussi sur la cote guyanaise une petite troupe qui force les garnisons anglaises à la capitulation.

L’essentiel se joue ailleurs car Hood fait peu de temps après sa jonction avec Rodney qui arrive avec des navires neufs d’Angleterre et prend le commandement général. Ce dernier, qui dispose maintenant de trente vaisseaux concentre ses forces à la Barbade. Grasse regroupe ses unités à la Martinique, soit trente-cinq vaisseaux, et se décide à tenter la conquête de la Jamaïque, en coordination avec les forces espagnoles de l’amiral Don Solano qui dispose de douze vaisseaux et de 15 000 hommes.

Encombré d’un lourd convoi marchand, Grasse prend la mer le 7 avril 1782 pour Saint-Domingue et, le 9 avril, l’escadre anglaise est repérée à l’ouest de la Dominique. La bataille, à la suite d’une série d’incidents tourne à l’avantage des Anglais, tandis que les Français perdent sept grosses unîtes et que l’amiral De Grasse est fait prisonnier. Il sera libéré au bout de quelques mois.

Vaudreuil, qui commande l’arrière-garde ne peut que se retirer pour sauver le reste de l'escadre. Il prend le commandement et Bougainville le rejoint quelques jours plus tard avec l'avant-garde. Les deux hommes font sans encombre leur jonction avec la flotte espagnole et le convoi marchand qui suit, sain et sauf. Le bilan de la journée est extrêmement lourd : 2 000 morts, 7000 blessés et 5 000 prisonniers. C’en est fait du projet de débarquement sur la Jamaïque. La bataille des Saintes rend le sourire à l'amirauté anglaise, tandis que cette défaite provoque un sursaut côté français : le Roi ordonne de construire douze vaisseaux pour remplacer les sept qui ont été perdus.

La bataille des Saintes ne gèle pas totalement les opérations navales. Vaudreuil décide d’attaquer les établissements anglais de la baie d'Hudson, mais il est hors de question de se lancer à la reconquête du Canada, action qui serait perçue comme une rupture de l’alliance avec le gouvernement américain ! Quant à Lapérouse,  qui capture les établissements anglais de la Baie d’Hudson, il est loué  aussi bien pour le succès de l’expédition que pour le traitement humain des prisonniers…

Arrêtons-nous un instant sur la signification de ce petit évènement qu’est la prise de la Baie d’Hudson. Les Français se refusent à reconquérir le Canada pour de profondes raisons stratégiques, car ce dernier compte moins que les Antilles dans la France de 1782, mais aussi parce qu’ils ne veulent pas se fâcher avec les futurs Etats-Unis, qui pourtant leur doivent l’indépendance. D’autre part, on se loue à Paris de l’humanité de Bougainville envers ses prisonniers anglais, tandis que les Anglais maltraitent sans vergogne les cinq mille prisonniers de la bataille des Saintes, qui mourront presque tous du fait des mauvais traitements qu’ils subissent.

 

La France révèle ainsi la faiblesse de sa volonté stratégique alors qu'elle a les moyens d'agir, se couchant devant ses alliés américains, espagnols et hollandais et s'attendrissant sur le sort de ses prisonniers. On ne peut que constater que la grandeur morale de la France constitue une faiblesse majeure face à l'impitoyable détermination anglaise. 

 

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APRÉS YORKTOWN

28 Avril 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

REDDITION DE CORNWALLIS

REDDITION DE CORNWALLIS

Le blocus reprend aussitôt après le départ de la flotte anglaise. Grasse débarque deux mille cinq cents marins pour renforcer les trois mille deux cents hommes de Saint-Simon. Le 9 septembre, arrive Barras de Saint-Laurent avec ses douze vaisseaux et frégates accompagnés des dix-huit transports chargés de l’artillerie et des munitions pour le siège.

 

À New York, Clinton reste sans réaction, car il ne comprend pas la destination prise par Rochambeau et Washington. Lorsqu'il se décidera enfin un mois plus tard, le 17 octobre, à envoyer sept mille hommes en renfort vers le sud, il sera trop tard.

Cornwallis, qui n’a plus rien à̀ espérer de la mer, se retranche au bout de la presqu’ile, dans la petite bourgade de Yorktown. Le 29 septembre, les coalisés, onze mille Français et seulement trois mille six cents  Américains et commencent le siège. Washington doit laisser le commandement effectif aux Français. La place forte anglaise ne résiste pas au feu conjugué de l’artillerie terrestre et des pièces de marine et Cornwallis, qui n’a pratiquement plus de munitions et de vivres capitule sans conditions le 19 octobre 1781. Cette éclatante victoire laisse aux Franco-Américains deux-cent-quatorze canons, vingt-deux étendards et huit mille prisonniers.  

Pour être au plus près de l’histoire, La bataille de Yorktown n’est ni une victoire américaine obtenue par Washington, ni une victoire terrestre obtenue par Rochambeau, mais une victoire navale française remportée par l’amiral De Grasse.  Elle se traduit par la prise de deux-cent-quatorze canons, vingt-deux étendards et huit mille prisonniers.  

Une fois la victoire acquise, Grasse rembarque ses troupes et lève l’ancre pour les Antilles le 4 novembre, pour les Antilles. Le 26 novembre, Bouillé débarque sur l’île de Saint-Eustache, territoire néerlandais, force la garnison anglaise à la capitulation et restitue aux Néerlandais trois millions du butin accumulé par  Rodney.  

Par ailleurs, dans l’Atlantique,  Suffren a surpris le 16 avril au Cap-Vert, les forces de Johnstone au mouillage et leur a infligé de sérieux dégâts, ce qui lui permet d’arriver le premier au Cap, en juin 1781, d’y débarquer des troupes, de sauver la colonie néerlandaise de l’invasion anglaise et de maintenir ouverte la route des Indes.

En Méditerranée, la flotte française a également manœuvré avec succès au profit de l’Espagne comme après la prise de la Floride. Le 19 août, une flotte de vingt vaisseaux français sous les ordres de Guichen, rejointe par cinquante-et-un navires de transports de troupes espagnols et leurs dix-huit vaisseaux d’escorte, deux vaisseaux de bombardement et plus de vingt navires auxiliaires a débarqué́ une forte armée pour s’emparer de la base anglaise de Minorque. L’opération a parfaitement réussie, s’accompagnant de la saisie de plusieurs frégates, encore que la citadelle, assiégée par le duc de Crillon, tiendra jusqu’en janvier 1782.

Si 1781 apparaît comme une année de victoire, la flotte française atteint cette année-là les limites de ses possibilités, en raison des progrès techniques de la Royal Navy qui introduit l’utilisation du cuivre pour doubler les carènes dés 1775, ce qui lui permet  d’accélérer la vitesse des navires et de les protéger des algues, des coquillages et des vers. Il s’y ajoute la nouveauté de la caronade, apparue  en 1774 aux forges Caron, en Ecosse. Son feu déverse un torrent de boulets de tout calibre ou de mitraille qui balaye le pont adverse et pénètre jusque dans les entrailles du navire. L’arme a été adoptée par la Navy en 1779 sans que les Français ne réagissent.

Aux limites techniques de la Marine Royale en retard par rapport à la Royal Navy, s'joutent des limites financières. Louis XVI accorde à la flotte et au financement de ce conflit des crédits presque illimités. Le budget de la Marine passe de 17,7 millions de livres en 1774 à 189 millions de livres en 1782, bien au-dessus du budget de l’armée de terre.

Lors de la troisième année de guerre, la gestion de Sartine est discutée et les rapports avec Necker, le ministre des Finances, tournent peu à peu à l’aigre. La crise ministérielle éclate en septembre 1780 lorsque le trésorier payeur général de la Marine est mis en cause pour des emprunts émis sans accord du Ministère des Finances. Sartine est renvoyé le 13 octobre 1780, remplacé par De Castries qui va conduire la guerre à son terme victorieux.

Le financement du conflit se pose dans les mêmes termes au Royaume Uni et en France. Les deux pays ont recours à l’emprunt, mais les Anglais le finance en partie par l’augmentation de la fiscalité, tandis que les seconds y renoncent, sachant que cette augmentation ne serait pas acceptée alors que la Noblesse et le Clergé y échappent. Un rapport remis au roi en mars 1782 estime le coût des cinq années de guerre à un milliard deux cents millions de livres tournois, financés par des emprunts quasiment impossibles à rembourser et  qui seront l’une des grandes causes de la Révolution française.

 

La victoire de Yorktown ne signe donc pas la fin des hostilités. Le conflit va se poursuivre avec une haute intensité pendant toute l’année 1782 et au-delà̀ avec une Marine Royale qui va souffrir. 

À SUIVRE

 

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VICTOIRE NAVALE DEVANT CHESAPEAKE

8 Avril 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

VICTOIRE NAVALE DEVANT CHESAPEAKE

Grasse quitte Brest le 22 mars 1781. Le 28 avril, il arrive sans encombre à la Martinique, avec presque un mois d'avance sur le temps habituel de traversée. En face, se trouvent deux des meilleurs amiraux anglais, Rodney et Hood. Ce dernier, avec dix-huit vaisseaux, fait le blocus de Fort-Royal. Après quatre heures de canonnade, l’Anglais fuit et Grasse lui donne la chasse durant 30 lieues à l’ouest de Sainte-Lucie.

 

Le blocus levé́, Grasse entre à Fort Royal avec le convoi, puis passe à l’offensive de concert avec le gouverneur des îles, le marquis de Bouillé. Ils tentent un coup de main sur Sainte-Lucie qui échoue, mais prennent ensuite Tobago. On constate par ailleurs que toute la région s’anime d’une intense activité́ militaire, indépendamment de l’arrivée des forces du comte de Grasse.

Le 25 avril, La Motte-Picquet appareille de Brest avec six vaisseaux et trois frégates. Le 1er mai, il intercepte le gros convoi de Rodney chargé du pillage de Saint-Eustache : vingt-deux navires richement chargés sont capturés. Peu après, la Floride est visée par les Franco-Espagnols. Avec quatre vaisseaux et deux frégates, le chef d’escadre de Monteil, à la demande du gouverneur de Louisiane, vient soutenir l’attaque du poste anglais de Pensacola aux cotés de dix navires espagnols. Les troupes espagnoles renforcées de 700 Français s’emparent la place le 9 mai. C’est une belle victoire qui prive les Anglais de base dans le golfe du Mexique.

Sur les côtes américaines, on tente aussi l’offensive malgré́ l’absence de renforts. Les deux escadres, française et britannique, sont à̀ parité́. Ternay, décédé́ pendant l’hiver, a été́ remplacé par Destouches. Rochambeau et Destouches, sollicités par Washington, acceptent de tenter une opération dans le sud contre une petite armée anglaise retranchée à Portsmouth, en Virginie, une attaque qui échoue.

Le 5 juillet, Grasse appareille pour Saint Domingue en escortant un gros convoi qui doit ensuite partir pour la métropole. À ce moment, Grasse n’a pas d’ordres précis pour la suite des opérations, mais il est sollicité par Washington et Rochambeau qui lui proposent un plan qui relève d’un véritable coup de dés : attaquer et encercler les huit mille hommes de Cornwallis qui stationnent dans la péninsule de Yorktown (Virginie) en combinant une marche forcée des troupes franco-américaines avec un blocus naval qui doit tenir la Royal Navy au loin.

Grasse accepte ce plan audacieux, prend en main toute l’opération et en augmente les moyens. Il emprunte sous sa signature 500 000 piastres à des banquiers espagnols et fait embarquer les sept régiments destines à attaquer la Jamaïque, avec un petit corps de dragons et d’artilleurs : 3 200 hommes en tout, avec du matériel de siège, des canons et des mortiers. Le moral, stimulé par les victoires précédentes est très élevé́. L'escadre se sent forte au point de couper au travers des écueils du canal de Bahamas, jusqu'alors inconnu des flottes françaises.

Grasse joue alors sur les distances maritimes qui séparent les
différents théât
res d’opération pour créer la surprise, une surprise comme les Anglais aiment à en créer, afin d'obtenir une supériorité́ décisive face à̀ un ennemi qui ne s’y attend pas. Les troupes de Rochambeau, très éloignées de Yorktown, entament une marche vers le sud de plus de six cent km en laissant de côté́ l’armée anglaise de New York, alors que les quelques centaines de cavaliers de La Fayette et du général Waine remontent vers la baie jusqu’à̀ Williamsburg.

Mais l’essentiel vient de la mer : le 30 août, les vingt-huit navires de ligne et les quatre frégates de Grasse se présentent à l’entrée de la Chesapeake et jettent l'ancre dans la baie de Lynnhaven. Le débarquement des troupes commence aussitôt, sous les ordres du marquis de Saint-Simon. La situation des Français reste pendant plusieurs jours extrêmement aventureuse, car avec 8 000 soldats réguliers et 9 000 Américains loyalistes, Cornwallis dispose de forces très supérieures. L’armée de Rochambeau est encore loin, mais Grasse envoie quatre navires bloquer les rivières James et York.

Pour marcher plus rapidement, les troupes de Rochambeau ont laissé́ leur matériel lourd à Newport. Celui-ci est confié́ à la petite escadre de Barras de Saint-Laurent qui a pris la relève de Destouches et reçoit la tache délicate de transporter le matériel sans se faire repérer par l’escadre anglaise de New York qui, au printemps, avait fait échouer la tentative de Destouches.

Le 5 septembre, alors que l’opération de débarquement n’est pas encore achevée, une flotte se présente à l’horizon : ce sont les pavillons des Anglais Hood et Graves qui apparaissent, avec vingt vaisseaux et sept frégates. Pour ne pas se laisser enfermer dans la baie, Grasse stoppe aussitôt le débarquement, laisse filer les ancres et engage le combat avant que l’escadre anglaise ne bloque la baie entre les caps Charles et Henry. Il dispose de plus de vaisseaux que les amiraux anglais, même en n'engageant que vingt-quatre de ses vingt-huit vaisseaux et si plus de mille marins n'ont pas eu le temps de rembarquer.

Pour sa part, Hood, sûr de lui car il est du côté́ du vent, laisse passer sa chance en attendant que les Français se déploient pour ouvrir le feu. À cette première erreur s’ajoute une confusion dans la compréhension des signaux : l’avant-garde anglaise s’éloigne de son centre et de son arrière-garde alors que les Français commencent à tirer. Après quatre heures de canonnade, la nuit tombante sépare les combattants alors que la bataille est considérée comme indécise, même si l’escadre anglaise compte six vaisseaux très abimés.

Hood et Graves restent encore au large jusqu’au 9 septembre tandis que Grasse cherche à reprendre le combat, mais les deux chefs anglais finissent par rentrer sur New York pour réparer.

 

Cette retraite signe la victoire française à la bataille de la baie de Chesapeake. La nasse de Yorktown est désormais fermée : Cornwallis ne peut plus attendre aucun secours de la mer.

 

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