Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog d'André Boyer

histoire

Une double proximité de lieu et de temps

22 Avril 2009 Publié dans #HISTOIRE

Dans mon blog du 10 avril dernier, je vous proposais une explication terre-à-terre au monopole de la vérité revendiquée par la pensée unique, en avançant que cette dernière n’est pas du uniquement au contrôle financier, bien réel, exercé par l’État sur les medias. Cette explication réside surtout dans la proximité sociologique qui rassemble les journalistes, les hommes politiques au pouvoir, les intellectuels reconnus et les artistes, une proximité incroyablement physique.

La France est le seul pays dont les journalistes vedettes sont couramment mariées ou sont les amies des ministres. On en rappellera à peine que le Président de la République Nicolas Sarkozy est marié à une vedette du show-biz. Personne ne s’étonne qu’il ne soit pas marié avec une fonctionnaire une cadre d’entreprise, ou une femme au foyer. Non, une chanteuse, normal. Des présentatrices vedettes de télévision Christine Ockrent, Anne Sinclair et Béatrice Schönberg se sont respectivement mariées à des Ministres, lorsqu’ils étaient en fonction ou qu’ils étaient bien prés de le devenir, comme Bernard Kouchner, Dominique Strauss-Kahn  et Jean-Louis Borloo. La productrice Dominique Cantien est la compagne de Philippe Douste-Blazy, l’ancien Ministre des Affaires Etrangères. On s’émerveilla de ce que Marie Drucker, nièce du producteur Michel Drucker, ait renoncé à la présentation de « Soir 3 » durant la durée de la campagne pour l’élection présidentielle française à la suite de la révélation de sa relation avec François Baroin, ministre de l’Outre-mer. L’émerveillement fut tel, au sein de l’oligarchie politico-médiatique, qu’on lui a attribué à Courchevel, quelques jours après l’annonce de ce retrait provisoire, le Trophée des Femmes en Or 2007, dans la catégorie Communication.

Il n’y a donc plus lieu de s’étonner  de voir débarquer dans les medias les fils de ministres, d’anciens ministres, de journalistes et d’animateurs qui se retrouvent tous ensemble dans les salles de rédaction. L’osmose parisienne des journalistes et des politiques s’explique sans doute par leurs nombreuses opportunités de rencontres. Leur proximité est d’abord géographique, en raison de la centralisation du pouvoir. Il ne viendrait à l’idée d’aucun journal régional de rédiger un article sur la politique nationale depuis sa ville de province. Les rédactions nationales de tous les medias sont à Paris, à portée de taxis des ministères. Les journalistes et les hommes politiques se voient tous les jours, dînent dans les mêmes restaurants, habitent dans les mêmes quartiers, prennent souvent leurs vacances ensemble, viennent chercher leurs enfants dans les mêmes écoles. Les politiciens tiennent à décorer les journalistes qui, de leur côté, n’écrivent rien sans avoir les commentaires off des premiers.

En sus de la proximité s’ajoute la fascination du pouvoir, qui agit comme un miroir aux alouettes. En France, de par sa nature pyramidale, le centre du pouvoir se situe précisément au 55 Rue du Faubourg Saint Honoré, dans le VIIIe arrondissement de Paris, en d’autres termes au Palais de l’Elysée. Ce pouvoir est immense puisque à l’exception de quelques dictatures, le Président de la République Française détient des prérogatives inconnues ailleurs qui lui permettent de tenir en laisse tous les autres pouvoirs qu’ils soient politiques, juridiques, militaires, économiques ou journalistiques. Les medias sont attirés par le rayonnement de ce soleil dont ils essaient de s’approcher afin de  comprendre ses ressorts et profiter de ses rayons. C’est la course aux réceptions, aux petits-fours, aux rencontres en petits comités, aux confidences. Il suffit de connaître quelques centaines de personnes, qui ne changent que très rarement de niveau de responsabilité sinon de poste, pour tout savoir du pouvoir, ses rumeurs, ses ragots, ses scoops.

Comme la carrière de presque tous les membres du bocal politique à l’instar de Giscard d’Estaing, Mitterrand ou de Chirac s’étale souvent sur un demi-siècle, ce sont des amitiés, des complicités qui se forment durablement. Par exemple, au sein du personnel politique de niveau intermédiaire, député, sénateur, tout le monde connaissait dans les medias Lucien Neuwirth, dont la femme est journaliste au Figaro. Aujourd’hui retraité, il est bien représentatif de ce personnel politique qui prétend gouverner pendant un demi-siècle ou plus, si Dieu lui prête vie. Élu député de 1958 à 1975, sa fonction la plus importante fut celle de Questeur de l’Assemblée Nationale de 1962 en 1975 et sa principale action fut d’avoir proposée la loi sur le contrôle des naissances en 1967. Il réussira à poursuivre sa carrière politique en présidant le Conseil Général de la Loire de 1979 à 1985, ce qui lui permettra d’être élu en 1983 sénateur, fonction qu’il parviendra à conserver durant deux mandats jusqu’au 30 septembre 2001, date à laquelle il se retira malgré lui à l’age de 75 ans après 54 ans de vie politique, victime d’un oukase de Chirac.

Faire une carrière de journaliste politique, c’est rencontrer des dizaines de fois et même des centaines de fois des hommes comme Lucien Neuwirth dans les enceintes politiques, dans les multiples réceptions qui rythment la vie de l’oligarchie, dans les manifestations culturelles où ils adorent utiliser leurs privilèges d’élus. Bref, c’est connaître intimement les détenteurs du pouvoir, leur demander des services et leur en rendre. Aussi est-ce une banalité de constater la symbiose entre le monde politique, les hauts fonctionnaires, les grands chefs d’entreprise, les artistes connus, les journalistes et les animateurs : ils vivent ensemble, ils se renvoient l’ascenseur, ils se chamaillent, ils se font des confidences, ils forment un monde à part où le renouvellement est rare. Il est de fait que la proximité géographique qui rassemble l’ensemble de l’oligarchie à l’intérieur de quelques arrondissements parisiens que l’on peut parcourir à pied en moins d’une heure, renforcée par le non renouvellement du personnel politique, contribuent ensemble à créer un groupe fusionnel.

C’est une société de connivence, somme toute naturelle, que je qualifie d’oligarchie depuis le début de ce blog, parce qu’elle s’autoproclame classe dirigeante, en veillant avec succès à écarter toute concurrence.

 

 

Lire la suite

L'extraordinaire convergence entre les journalistes et les politiques

10 Avril 2009 Publié dans #HISTOIRE

 Dans mon blog du 20 fevrier dernier, je vous présentai la fable de la Fontaine intitulée « Le loup et le Chien » que je dédiais tout spécialement aux journalistes qui officient dans la presse écrite, à la télevision et à la radio. Je concluais en observant que sauf sur Internet et dans l’édition, on ne trouve plus guère de loups dans les medias.Qu’est ce qui rassemble donc les journalistes et les hommes de pouvoir ?

La merveilleuse convergence des journalistes et du pouvoir n’est pas le fruit du hasard. Autrefois, les journalistes des chaînes publiques se plaignaient de recevoir des instructions du ministre de l’information. Aujourd’hui cela n’arrive plus, paraît-il, mais tout se passe comme si chacun recevait le même message subliminal que l’on a fini par qualifier de pensée unique, un fait observé par chacun d’entre nous de manière si indiscutable qu’il nous paraît moins nécessaire de le démontrer que d’en rechercher l’explication.

La justification première de la pensée unique, qui fait la gloire des penseurs officiels, est tout simplement que l’union de nos penseurs patentés croit détenir la vérité. Ils savent ce qui est bien et ce qui est mal. Ils ont compris la complexité des événements, des raisons de la Crise aux subtilités de la pensée de Barak Obama en passant par les complexes équilibres de la société française. Il nous suffit de nous rallier à leur opinion. Lorsque nous sommes d’avis contraire, c’est parce que nous sommes soit de mauvaise foi, soit mal informés. Ils en concluent que nous avons besoin de plus de « pédagogie ». 

Pourtant, quand on y pense avec quelque recul c’est une prétention extravagante que de revendiquer la vérité en matière d’opinion politique et de morale. D’autant qu’il est assez difficile d’accepter qu’une actrice ou qu’un chanteur, dont on connaît parfois la vie torturée, vienne nous exhorter à nous aligner sur ses opinions simplement parce qu’elle a une plastique avantageuse ou qu’il a une belle voix, et qu’il nous est plutôt pénible d’entendre un animateur dont on connaît les honoraires mirobolants nous donner des leçons de générosité sur les ondes que nous finançons de nos impôts. Il nous est encore plus douloureux de supporter qu’un homme politique qui a passé sa vie à trahir ses engagements nous demande de le croire.  Quant à l’objectivité des journalistes, il suffit d’observer leur attitude face aux puissants qu’ils flattent de leurs questions complaisantes et de la comparer avec celle qu’ils prennent avec les boucs émissaires médiatiques qu’ils lardent de leurs critiques acerbes, puisque tout le mal vient de ces pelés, de ces galeux. Se tournant vers leurs auditeurs et téléspectateurs, s’arrogeant le monopole de la parole comme si l’une et l’autre n’appartenaient de droit qu’au cercle étroit de l’oligarchie à laquelle ils appartiennent, nos commentateurs n’estiment pas incongru de les exhorter à penser comme eux. D’un côté, le monopole de la vérité, de l’autre côté le silence.

Il existe une explication terre-à-terre de ce monopole de la vérité revendiquée par la pensée unique, qui dépasse celle du simple contrôle financier exercé par l’État sur les medias. Elle réside dans la proximité sociologique qui rassemble les journalistes, les hommes politiques au pouvoir, les intellectuels reconnus et les artistes, une proximité quasiment physique.

 

Lire la suite

Quand on crie au loup: l'affaire Marie Leblanc

19 Mars 2009 Publié dans #HISTOIRE

Un nouveau film sort sur les écrans, « On a retrouvé la fille du RER D » d’André Téchiné. On pouvait espérer qu’il traite de la manière dont les politiques et les medias se sont emparés du mensonge de Marie Leblanc pour en faire une affaire de racisme qui les arrangeait bien. Mais non, il semblerait qu’André Téchiné se soit intéressé à la genèse du mensonge et à ses conséquences politiques, plutôt qu’à la manière dont les hommes politiques cherchent à nous manipuler.

Contrairement à André Téchiné, j’aurais tendance à croire qu'il est plus important pour nous de comprendre pourquoi et comment nous sommes manipulés que de décortiquer les affabulations d’une jeune femme . Rappelez vous, en 2004, de nombreuses agressions de juifs avaient été répertoriées, le plus souvent commises par des jeunes d’origine arabe. On les expliquait par le conflit aigu qui opposait la Palestine et Israël, incitant des exaltés à « venger » leurs frères palestiniens aux dépens de passants israélites rencontrés aux abords des écoles, dans les rues et les transports publics.

Dans ces conditions, le pouvoir politique se trouvait dans l’obligation de dégager sa responsabilité face à ces actes d’agression. Une technique classique consistait à dénoncer tous les actes de violence « d’où qu’ils viennent » et à dénoncer pêle-mêle le racisme et l’antisémitisme. C’est ce que fit de manière routinière le Président Jacques Chirac le jeudi 8 juillet 2004, en prononçant un discours largement relayé par les medias qui fustigeait les agressions racistes et antisémites.

En conséquence, personne ne s’étonna le lendemain qu’une jeune femme porta plainte à la suite d’une agression antisémite qu’elle aurait subie dans le RER. Alors que l’on croyait y voir une illustration providentielle des paroles du Président de la République, on ne savait pas que c’était exactement l’inverse qui s’était produit. La jeune femme avait instrumentalisé le discours du président à son propre usage.

L’information sur la supposée agression tomba sur le fil de l’Agence France-Presse le samedi 10 juillet 2004 à 19h42. Deux heures après, sans perdre de temps ni s’embarrasser de précautions, le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Dominique de Villepin, fut le premier à réagir pour condamner cette ignoble agression. Quelques minutes plus tard, le Président Jacques Chirac lui emboîta le pas en faisant part de son « effroi » et de son souhait de voir les auteurs de l’agression jugés et condamnés avec toute la « sévérité » qui s’imposait. Les medias relayèrent immédiatement et largement les communiqués indignés des responsables politiques. Aussitôt, toute la classe politique relayée par les milieux associatifs se joignit à l’indignation générale. La LICRA parla des « nazis de banlieue » qui défiaient la France. Les syndicats réclamèrent plus de personnel sur les lignes de banlieue, l’opposition parlementaire demanda des moyens supplémentaires : chacun était dans son rôle. Le Premier Ministre, Jean-Pierre Raffarin, se joignit à la meute en fustigeant la « lâcheté » des Français qui avaient assisté passivement à cette agression et qui tardaient à apporter leur témoignage : notez cette tendance à fustiger spontanément le « peuple ». Après cette salutaire admonestation, il invita ses compatriotes au « courage citoyen ». La secrétaire d’État aux Droits des victimes, Nicole Guedj, se fit un devoir de recevoir la « victime » qu’elle trouva avec perspicacité « sincère et choquée ». Trois jours plus tard, l’Assemblée Nationale craignant d’être en retard d’une posture démagogique, suspendit ses travaux afin de permettre aux députés de participer à la manifestation qu’organisait le Parti Communiste contre le racisme et l’antisémitisme.

Pendant ce temps, la police judiciaire de Versailles enquêtait. Elle ne trouvait aucun indice qui aurait corroboré la pseudo agression. Comme elle discernait des contradictions dans les déclarations de Marie L., cette dernière fut contrainte, le mardi 13 juillet 2004, d’avouer que son agression était pure invention de sa part. Elle n’avait nullement été victime d’une agression antisémite. Simplement, elle avait à régler le paiement d’une voiture d’occasion qu’elle avait acheté sans en avoir les moyens financiers. Comme elle avait entendu le président Chirac fustiger le racisme et l’antisémitisme, elle avait eu l’idée de monter un scénario d’agression qui lui éviterait de régler la somme due, au moins provisoirement. Dans le passé, elle avait déjà porté plainte pour des agressions sexuelles qui n’avaient jamais été vérifiées. Cette fois-ci, lorsqu’elle affirma avoir été victime le vendredi 9 juillet 2004, sur la ligne D du RER d’une agression commise par six jeunes maghrébins et Africains qui avaient, la croyant juive, lacéré ses vêtements, coupé une mèche de ses cheveux et dessiné au marqueur une croix gammée sur son ventre, elle ne se doutait pas que son stratagème déclencherait une affaire d’ampleur nationale.

On vit donc qu’à force de passer en boucle tous les soirs à la télé des croix gammées peintes sur des tombes, d’appuyer le trait en complétant les images par des discours réprobateurs du président de la République, quelqu’un finirait par avoir l’obligeance de mettre en scène les événements racistes que l’oligarchie attendait comme pain béni afin de pouvoir dénoncer avec la dernière énergie des comportements ignobles qui apportaient la démonstration que son analyse était juste. L’oligarchie a en effet besoin de racistes et d’antisémites patentés pour montrer au peuple français ses mauvais penchants, justifier les lois qui répriment non seulement les actes mais les propos qualifiés de racistes. Par contraste, l’oligarchie, elle, n’est pas raciste. Elle est généreuse. La preuve réside dans la dénonciation inlassable du racisme par les hommes politiques, les intellectuels, les artistes et les medias. Il reste bien sûr à démontrer au peuple qu’il est raciste pour que l’oligarchie puisse se doter d’une légitimité morale. La tentation est grande de fabriquer de toutes pièces une société ad hoc. C’est ainsi que l’affaire Marie L. qui se voulait illustrative, a fini par tourner à la confusion du monde politique et des medias pris la main dans le sac à bourrer les crânes de leurs concitoyens.

 

Lire la suite

Pourquoi la pensée unique?

3 Mars 2009 Publié dans #HISTOIRE


Dans un blog récent sur l’indépendance des journalistes, j’écrivais qu’il n’y avait plus beaucoup de loups dans les medias.
Bien que j’imagine que beaucoup d’entre ces journalistes enragent secrètement, l’efficacité du contrôle sur les discours des journalistes est spectaculaire. On a pu le vérifier avec éclat lors du dernier et rare referendum portant sur la constitution européenne. Dans notre grande démocratie française cent pour cent des éditorialistes se sont prononcés pour le « Oui ». Aucun media national ni régional, à l’exception de l’Humanité qui suivait les consignes du PCF, ne s’est prononcé pour le « Non ». Il est regrettable pour l’efficacité du système que le résultat de ce bourrage de crâne n’ait pas été à la hauteur des espérances de l’oligarchie.
Cette merveilleuse convergence des journalistes et du pouvoir n’est pas le fruit du hasard. Autrefois, les journalistes des chaînes publiques se plaignaient de recevoir des instructions du ministre de l’information. Aujourd’hui cela n’arrive plus, paraît-il, mais tout se passe comme si chacun recevait le même message subliminal que l’on a fini par qualifier de pensée unique, un fait observé par chacun d’entre nous de manière si indiscutable qu’il nous paraît moins nécessaire de le démontrer que d’en rechercher l’explication.
La justification première de la pensée unique, qui fait la gloire des penseurs officiels, est tout simplement que l’union de nos penseurs patentés croit détenir la vérité. Ils savent ce qui est bien et ce qui est mal. Ils ont compris la complexité des événements, de la guerre en Irak aux subtilités de la politique économique de la Banque Centrale Européenne en passant par les complexes équilibres de la société française. Il nous suffit de nous rallier à leur opinion. Lorsque nous sommes d’avis contraire, c’est parce que nous sommes soit de mauvaise foi, soit mal informés. Ils en concluent que nous avons besoin de plus de « pédagogie ».
Pourtant, quand on y pense avec quelque recul c’est une prétention extravagante que de revendiquer la vérité en matière d’opinion politique et de morale. D’autant qu’il est assez difficile d’accepter qu’une actrice ou qu’un chanteur, dont on connaît parfois la vie torturée, vienne nous exhorter à nous aligner sur ses opinions simplement parce qu’elle a une plastique avantageuse ou qu’il a une belle voix. Il nous est également plutôt pénible d’entendre un animateur, dont on connaît les honoraires mirobolants, nous donner des leçons de générosité sur les ondes que nous finançons de nos impôts. Il nous est encore plus douloureux de supporter qu’un homme politique, qui a passé sa vie à trahir ses engagements, nous demande de le croire.  Quant à l’objectivité des journalistes, il suffit d’observer leur attitude face aux puissants qu’ils flattent de leurs questions complaisantes et de la comparer avec celle qu’ils prennent face aux boucs émissaires médiatiques qu’ils lardent de leurs critiques acerbes, puisque tout le mal vient de ces pelés, de ces galeux. Se tournant vers leurs auditeurs et téléspectateurs, s’arrogeant le monopole de la parole comme si l’une et l’autre n’appartenaient de droit qu’au cercle étroit de l’oligarchie à laquelle ils appartiennent, nos commentateurs n’estiment pas incongru de les exhorter à penser comme eux. D’un côté, le monopole de la vérité, de l’autre côté le silence.
Mais il existe une explication plus terre-à-terre de ce monopole de la vérité revendiquée par la pensée unique, en dehors du contrôle financier exercé par l’État sur les medias. Elle réside dans la proximité sociologique qui rassemble les journalistes, les hommes politiques au pouvoir, les intellectuels reconnus et les artistes, une proximité quasiment physique.
Lire la suite

Messires les journalistes, par le collier attaché...

20 Février 2009 Publié dans #HISTOIRE

Aujourd’hui, je souhaite vous livrer une ode à la liberté, écrite dans un style percutant par Jean de la Fontaine. Je la dédie à tous ceux qui sentent la marque de la chaîne qu’ils ont autour du cou, et en particulier aux journalistes. Car ils sont fermement enchaînés au pouvoir politique, les pauvres.

Il se trouve en effet que tous les medias reçoivent des subventions du pouvoir politique. Le 27 janvier dernier encore, réunissant avec une familiarité gourmande les directeurs de journaux, le Président Sarkozy leur a donné de quoi manger dans sa main : 600 millions d’euros de subventions supplémentaires sur trois ans pour « aider » les journaux papier et sur Internet, auquel s’ajoutera 20 millions d’euros de « dépenses de communication institutionnelles » supplémentaires par rapport à 2008. Il a même eu l’idée d’offrir à chaque jeune de 18 ans un abonnement gratuit d’un an à un quotidien.

La Presse, vous vous en doutez, n’a pas protesté.

Si l’on sait que les les télévisions sont contrôlées, que les journaux sont subventionnés par l’État, on sait moins que toutes les radios dites « libres » le sont également, ce qui montre clairement que l’une des préoccupations prioritaires de l’État est de contrôler les medias comme il contrôle la culture dans son ensemble, avec les impôts que nous lui versons.

Les radios associatives sont libres en effet, à l’exception de quelques détails…

Il leur faut tout d’abord obtenir l’autorisation d’émettre, accordée par des commissions nommées par l’État. Ensuite, il leur faut s’engager à ne pas percevoir plus de vingt-cinq pour cent de recettes publicitaires, ce qui les autorise à solliciter auprès de l’État des subventions d’équipement et de fonctionnement. En 2002, l’État a encore renforcé son contrôle en publiant un décret qui confie directement au ministre de la Culture le pouvoir de distribuer les subventions aux radios dites associatives. C’est ainsi qu’en 2005, cinq cent soixante-deux radios ont dû à la bienveillance du ministre de recevoir vingt-quatre millions deux cent mille Euros, soit une aide moyenne de quarante et un mille sept cent euros. Aussi n’est ce qu’un extraordinaire hasard s’il n’existe en France aucune radio dissidente, indépendantiste ou royaliste sur les 552 radios dites « libres ». 

Je ne puis m’empêcher de vous faire relire la fable de Jean de la Fontaine « Le Loup et le Chien », que je dédie à nos amis journalistes réduits à la servitude volontaire ou involontaire :

Un loup n'avait que les os et la peau,

Tant les chiens faisaient bonne garde.

Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,

Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.

L'attaquer, le mettre en quartiers,

Sire loup l'eût fait volontiers ;

Mais il fallait livrer bataille,

Et le mâtin était de taille

A se défendre hardiment.

Le loup donc l'aborde humblement,

Entre en propos, et lui fait compliment

Sur son embonpoint, qu'il admire.

« Il ne tiendra qu'à vous beau sire,

D'être aussi gras que moi, lui repartit le chien.

Quittez les bois, vous ferez bien :

Vos pareils y sont misérables,

Cancres, hères, et pauvres diables,

Dont la condition est de mourir de faim.

Car quoi ? rien d'assuré ; point de franche lippée ;

Tout à la pointe de l'épée.

Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. »

Le loup reprit : «  Que me faudra-t-il faire ?

- Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens

Portants bâtons, et mendiants ;

Flatter ceux du logis, à son maître complaire :

Moyennant quoi votre salaire

Sera force reliefs de toutes les façons,

Os de poulets, os de pigeons,

Sans parler de mainte caresse. »

Le loup déjà se forge une félicité

Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant, il vit le col du chien pelé.

« Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? Rien ? - Peu de chose.

- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut-être la cause.

- Attaché ? dit le loup : vous ne courez donc pas

Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?

Il importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte,

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. »

Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encore.

 

Sauf sur Internet et dans l’édition, on ne trouve plus guère de loups dans les medias et ce n’est pas le ministre de la  Culture qui songerait à en réintroduire quelques-uns. Les moutons peuvent dormir tranquille.

 



Voir la Loi n 86-1067 du 30 septembre 1986, ironiquement qualifiée de loi « relative à la liberté de communication ». On croirait lire du George Orwell.

Décret n° 2002-1545 du 24 septembre 2002

Selon les déclarations de Renaud Donnedieu de Vabres,13e congrès annuel du CNRA, Conseil national des radios associatives à Rochefort, le samedi 13 mai 2006.

Lire la suite

Une extraordinaire convergence

15 Février 2009 Publié dans #HISTOIRE

Récemment, notre ministre des Affaires Etrangères a été critiqué dans un livre écrit par un méchant écrivaillon qui s’était déjà attaqué au Président Mitterrand et au Journal Le Monde. Avant même de connaître le contenu de l’ouvrage qui était encore tenu secret, le Ministre s’est contenté de pousser des cris d’orfraie relayés par toutes les ondes possibles et imaginables et les journalistes ont mystérieusement cessé de s’intéresser à l’affaire…

Oui, il nous faut accepter l’idée regrettable que, pour l’essentiel, les medias servent à nous conditionner afin que nous obéissions à l’oligarchie au pouvoir. Bien entendu, les journaux et les bulletins d’informations diffusés à la radio et à la télé nous donnent tout de même des nouvelles. La météo, le sport, les accidents et les faits-divers, dans une certaine mesure, sont d’abord destinés à informer le public. Mais jamais de manière purement factuelle. Lorsque l’information devient insistante que ce soit à propos de la consommation de tabac, des accidents automobiles, des catastrophes naturelles comme le tsunami ou que ce soit à propos des événements sociaux, comme les crimes et délits, les sans abris, les sans papiers, la propagande pointe son faux-nez. Parfois pour notre bien, afin de nous inciter à moins fumer ou à conduire plus prudemment. La plupart du temps pour nous faire voter Mitterrand, Chirac, Sarkozy ou pour nous convaincre que telle ou telle opinion est la bonne. Pour notre bien aussi ?

Chacun sait bien que les medias dépendent du pouvoir politique pour disposer de l’autorisation d’émettre et pour leurs ressources financières, subventions et budgets publicitaires. Si les journalistes et les présentateurs ne sont pas à priori des poupées aux mains du pouvoir, ils sont en général suffisamment proches de l’oligarchie pour adhérer à ses valeurs et à ses objectifs, s’ils ne sont pas contraints d’obéir sous peine de rejoindre les placards médiatiques ou, pire, la cohorte des chômeurs. Aussi, la véritable liberté d’opinion se trouve t-elle infiniment plus sur Internet que sur les plateaux de télévision, dans les studios des stations de radio ou dans les salles de rédaction.

Il me semble qu’il n’est nul besoin de consacrer de longues démonstrations à ce fait. Chacun peut en effet observer l’extraordinaire convergence sur la forme et sur le fond des informations diffusées par les journaux, les radios et les télévisions. Sur la forme, les medias utilisent les mêmes mots, accordent la même importance aux événements, traitent les sujets dans le même ordre, comme si chacun n’avait qu’une seule source. C’est souvent le cas d’ailleurs, lorsque les journalistes se contentent de lire les dépêches de l’Agence France-Presse ou de lire Le Monde de la veille dont ils reprennent les sujets. Mais souvent, ils se contentent de poser un regard quasiment identique sur les événements. Sur le fond, il est bien rare de noter la moindre divergence d’opinion entre les éditorialistes de l’ensemble des medias français. À l’exception de quelques journaux marginaux, du Monde au Figaro, de Libération à La Croix, de La Voix du Nord à Nice Matin en passant par Le Républicain Lorrain et Ouest France, de TF1 à France 2, ARTE, M6, de France Inter à Europe 1 sans oublier RTL, Nostalgie Fun Radio ou les radios musicales qui comprennent curieusement presque toutes des bulletins d’information, chaque media reprend sur son propre canal le même avis, la même impression, le même jugement.

Étonnant, non ?

 

Lire la suite

Les porte-voix de l'oligarchie

7 Février 2009 Publié dans #HISTOIRE

 

Hier soir, nous avons écouté notre Président de la République face à quelques journalistes « triés sur le volet » comme on dit  des graines sur un tamis. Nous sommes habitués à ces grands messes convenues pendant lesquelles nos chefs font ce qu’ils appelent de la « pédagogie », c’est à dire qu’ils essaient de nous convaincre que leur décisions sont bonnes,qu’in fine, nous avons eu raison de les élire et que nous aurons bientôt toutes les raisons de les réelire. Tout cela est bel et bon, il est naturel que les hommes au pouvoir essaient de nous endoctriner et de nous convaincre de les y garder. C’est le jeu. Mais quel est le rôle des journalistes dans tout cela ? Sont-ils les honnêtes courtiers, intermédiaires entre le pouvoir et les citoyens ? Que nenni. Je commence aujourd’hui une série d’articles pour vous montrer à quel point ils ne sont que les porte voix de l’oligarchie et qu’il ne peut pas en être autrement, comme vous allez hélas le constater avec moi.

Il suffit d’allumer la radio ou la TV. Aussitôt, on vous fait la morale non seulement dans les bulletins d’information mais dans les moindres émissions de variété. On ne sait pas trop si les employés des medias sont des anges, convaincus d’agir pour le bien de l’humanité et le vôtre, minable auditeur paumé dans vos délires, où s’ils ont ordre de transmettre les consignes d’en haut. Enfin, il vous suffit d’appuyer sur le bouton pour bénéficier de leurs leçons. Écoutez-les :

Il y a d’un côté des pauvres, des sans-abri, des  sans-papiers, des homosexuels discriminés, des locataires que l’on veut expulser, des personnes licenciées de leurs emplois, de l’autre côté des types qui écrasent les piétons avec leurs grosses voitures, des gens qui fuient les impôts, des patrons qui délocalisent, des commerçants qui vendent des produits avariés, des racistes bouffis de haine recuite. Les premiers subissent l’injustice, ils méritent notre soutien moral et financier, les seconds sont odieux, ils encourent notre désapprobation, notre juste colère et des sanctions financières et pénales. Et chaque fois, miracle, aussitôt interviewés, nos hommes politiques abondent dans le même sens. Bien sûr, ils sont du côté des pauvres, des malheureux, des déshérités, et pas du tout de celui des riches, des exploiteurs, des égoïstes. Tous font assaut de bons sentiments. On croirait que ces journalistes et ces hommes politiques se sont arrachés quelques instants à leur sainte vie tout entière dévouée à améliorer le sort de leurs prochains afin de faire savoir à leurs concitoyens qu’ils étaient bien à leur côté, qu’ils soutiennent sans réserve face à leurs immenses difficultés dont ils viennent juste de prendre conscience grâce au travail des journalistes prompts à traquer l’injustice, à dénoncer les délits, et à défendre la veuve et l’orphelin…

Oh, mais il ne faut pas croire que les journalistes les croient sur parole ! Non, ces derniers se font les interprètes de leurs concitoyens anxieux, qui attendent des actes. Mais heureusement, nos hommes politiques ne se font pas prier. Ils nous annoncent aussitôt, s’ils sont au pouvoir, qu’ils vont modifier la loi afin de créer de nouvelles prestations pour secourir les malheureux et renforcer les sanctions contre les exploiteurs. Et s’ils appartiennent à l’opposition, ils sont encore plus à l’aise pour expliquer que tous ces problèmes résultent de la mauvaise politique du gouvernement en place, mais que dés qu’eux seront au pouvoir, ils prendront les mesures qui…

Un conte de fées. Exceptés les enfants de tous âges qui veulent bien croire encore au Père Noël, plus personne ne prête foi à ces bavardages. Les citoyens ne croient ni les journalistes ni les hommes politiques, les enquêtes d’opinion qu’ils commandent et les élections le démontrent surabondamment. Les journalistes ne croient pas les hommes politiques et inversement. Plus personne ne croit que quiconque y croit. Comment pourrait-on encore dénicher des dupes ? Les privilèges dont bénéficient les uns, le cynisme des autres ont depuis longtemps décrédibilisé les discours martelés à l’envi dans les medias.

On fait semblant de s’inquiéter de la perte de confiance dans la finance, l’économie ; la société, alors que l’hypocrisie trône, souveraine au milieu des ondes qui submergent nos sens. 

Lire la suite

L'affaire Battisti/Bruni

23 Janvier 2009 Publié dans #HISTOIRE

Très récemment, nous avons appris que le gouvernement brésilien avait accordé l’asile politique à Cesare Battisti. Les médias français ont mentionné l’affaire brièvement, mais l’opinion, la presse et la classe politique italienne se sont enflammées. L’affaire Battisti menace de devenir un incident diplomatique entre l’Italie, le Brésil et la France. Carla Bruni risque d’être poursuivie par les tribunaux italiens pour avoir œuvré afin de soustraire un condamné à la justice italienne.

Que s’est-il passé et surtout pourquoi un tel acharnement à soutenir Cesare Battisti de la part des cercles les plus élevés de la nomenklatura française ?

Rappelons nous les faits qui fondent cette affaire. Cesare Battisti, un ancien dirigeant du Mouvement des Prolétaires Armés pour le Communisme (PAC),   a été condamné pour quatre meurtres. Il a été jugé et condamné en mars 1993 à la réclusion à perpétuité par contumace lors de trois procès par la Cour d’Assise de Milan. L’absence de l’accusé au procès ne l’a cependant pas empêché, selon la loi italienne, d’être défendu par des avocats qui ont deux fois interjeté appel. Les Cours d’Appel ont confirmé les jugements rendus en première instance. Avant que ne commencent ses assassinats, Cesare Battisti avait déjà purgé une peine de prison pour des délits de droit commun. Caché à Paris, il est devenu gardien d’immeuble et surtout auteur de romans policiers, ce qui l’a introduit auprès de Fred Vargas, l’écrivaine bien connue de romans policiers.

C’est alors que François Mitterrand, pour se donner l’image d’un homme de gauche et de cœur, décide un jour de protéger les terroristes italiens réfugiés en France. Le 20 avril 1985 au congrès de la Ligue des Droits de l’Homme, il fait la déclaration suivante : « Prenons le cas des Italiens : sur quelque trois cents qui ont participé à des actions terroristes avant 1981, plus d’une centaine sont venus en France, ont rompu avec la machine infernale, le proclament et ont abordé une deuxième phase de leur vie. J’ai dit au gouvernement italien que ces Italiens étaient à l’abri de toute sanction par voie d’extradition… » .

On notera l’extraordinaire mépris de la loi professée par l’ex-avocat Mitterrand, alors Président de la République Française : « j’ai dit ». Ce « j’ai dit » suffira pour protéger Cesare Battisti : il avait été adoubé par le Président de la République, il faisait désormais partie de l’oligarchie, sa personne était sacrée. L’avocat Jean-Pierre Mignard, conseil de Mitterrand pour les réfugiés italiens, affirmera : « il s’agit d’une politique de l’État, qui a engagé la République, plusieurs ministres, les services de la justice, de la police, sous les gouvernements Mauroy, Fabius, Chirac, Rocard, Cresson, Bérégovoy, Balladur, Juppé, Jospin. Soit deux présidents de la République, trois septennats et neuf Premiers ministres. » Alors, peu importe la loi, pensez donc !

Entre-temps, l’Italie a demandé l’extradition de Battisti dés 1991. Les arguties juridiques commencent en France, toutes en faveur de Cesare Battisti. La Chambre d’accusation française refuse l’extradition au motif qu’elle est fondée sur des mandats d’arrêt et non sur une condamnation définitive. Cette dernière arrive finalement et le Garde des Sceaux demande au Parquet Général de Paris l’arrestation de Battisti, qu’il n’obtient pas. En février 2004, Battisti est finalement arrêté, puis remis en liberté sous contrôle judiciaire. Le 30 juin 2004, il comparait libre devant la Cour d’Appel de Paris qui ordonne son extradition. Battisti fait appel devant la Cour de Cassation, qui rejette son pourvoi. Du coup, il décide de se cacher jusqu’à ce qu’on le retrouve au Brésil où il est finalement arrêté, dans l’attente de son extradition. Entre-temps on n’avait pas consacré de gros efforts en France pour le retrouver.

Avec la recommandation de Nicolas Sarkozy, Fred Vargas s’adresse à Ignacio Lula da Silva Lula, le président du Brésil, puis comme cela ne suffit pas, Carla Bruni  intervient elle-même auprès du Chef de l'Etat brésilien. On imagine que l’affaire a été définitivement bouclée lors du voyage au Brésil du couple Sarkozy à la fin de l’année 2008 et le gouvernement brésilien, qui le détenait depuis mars 2007, a soudainement accordé « l’asile politique » à Cesare Battisti, comme si ce dernier était persécuté par une dictature !

La popularité de Carla Bruni  dans les cercles de l’oligarchie française en sort  heureusement renforcée. En outre, Elle a démontré aussi qu’elle était capable d’influencer son mari, assez pour qu’il accepte d’en subir les effets négatifs sur les relations avec l’Italie et d’en payer le prix auprès du Brésil, sans doute sous la forme de transferts technologiques.  Il faut convenir que cela vaut le coup, tant l’affaire Battisti suscite de passions au sein de nos élites. Alors il vaut mieux se fâcher avec l’Italie et céder au Brésil plutôt qu’être boudé par des gens que l’on fréquente quotidiennement.

Car ils sont furieusement entichés de ce terroriste romantique, nos oligarques ! Souvenons-nous : lorsque la Cour d’Appel de Paris demande l’extradition de Cesare Battisti, le 30 juin 2004, c’est un tollé général. Libération a raconté la scène : Jacques Bravo, le maire du XIe arrondissement est décomposé.  Fred Vargas est en larmes ; il faut dire qu’elle a écrit un livre pour défendre Battisti. Guy Bedos déclare que « le gouvernement vient de se déshonorer en faisant ce cadeau à Berlusconi ». Dominique Grange et Lola Lafon chantent, le poing levé. Un peu à l’écart, Philippe Sollers et Bernard Henry Levy s’indignent. Ils sortent du Théâtre de l’Oeuvre où les personnes citées s’étaient réunies avec, en autres, Danielle Mitterrand, les chanteurs Georges Moustaki et Lio et l’actrice Miou-Miou : tout un peuple indigné par la condamnation qui frappe l’un des leurs. Ils sont appuyés dès le lendemain par un communiqué des Verts qui «demandent solennellement au Premier Ministre de ne signer en aucun cas le décret permettant l’extradition de Cesare Battisti »

 C’est que l’un des membres coopté par l’oligarchie est en danger. L’Etat français et maintenant l’État brésilien, que l’on indemnisera au besoin, doivent voler à son secours. Dans une telle situation, l’État français n’a de compte à rendre à personne, ni à l’État italien, ni aux principes du droit. Nicolas Sarkozy s’inscrit dans cette tradition. Il a cru habile de se défausser sur le Brésil, la suite de l’histoire montrera si cette habileté fera long feu ou non.

Mais l’essentiel de cette histoire se situe dans l’obligation qu’il a, lui et son épouse, de rassurer l’oligarchie française. Il faut dire à ces gens qu’on les écoute même lorsqu’ils s’entichent pour un assassin. Il faut qu’ils sachent que, tant qu’ils font partie de l’élite et qu’ils ne trahissent pas le pouvoir en place, ils seront toujours protégés.

Après avoir écrit l’article ci-dessus, j’ai vérifié ma documentation et j’ai découvert l’article suivant de Cesare Martinetti, du Journal La Stampa, écrit dans le Monde du 16 janvier 2009, sous le titre « Cesare Battisti bientôt libre, l'Italie à nouveau offensée ». Je vous en livre quelques extraits, qui expriment bien ce que pensent la presse italienne :  « Après le président français Nicolas Sarkozy (qui, le 12 octobre, a refusé l'extradition de la brigadiste Marina Petrella), c'est au tour d'Ignacio Lula da Silva, président du Brésil, d'offenser l'Italie en refusant l'extradition d'un terroriste condamné à des sentences passées en jugement, à l'issue de procès réguliers tenus devant des jurys populaires et validés par la Cour de cassation. (…) Derrière l'opération Battisti, en effet, comment ne pas deviner la main de Sarkozy ? Depuis que le président s'est marié avec Carla Bruni, il n'est plus le même qu'avant. L'ex-mannequin italien, désormais première dame de France, a introduit à l'Elysée le virus de ce milieu intellectuel, bourgeois et gauchiste qui a accueilli, protégé et flatté les réfugiés italiens avec une fraternité inconnue aux quelques terroristes autochtones. (…) Quand, enfin, les juges ont accordé son extradition (été 2004), Battisti a été mis en condition de s'échapper. Quand, enfin, il a été arrêté au Brésil, Sarkozy a demandé à Lula de hâter la sale besogne (...) Cesare Battisti, un assassin condamné, peut recouvrer la liberté. La justice italienne est mortifiée. Les librairies du boulevard Saint-Germain se préparent à accueillir le nouveau roman du terroriste-écrivain. »

Monsieur Martinetti, vous oubliez qu’en France, la loi n’est contraignante que pour les faquins. Battisti, tout assassin qu’il est, a été adoubé par notre Président de la République: il peut dormir tranquille.



Libération du 1er juillet 2004, pages 4,6 et 7.

Lire la suite

Vous voulez faire partie de l'élite, pauvre hère?

22 Janvier 2009 Publié dans #HISTOIRE

Je signalais dans mon Blog de lundi 19 janvier, les trajectoires opposées des carrières politiques de Barak Obama et de Jacques Chirac. J’ai choisi l’exemple de ce dernier parce que son mode d’accès au pouvoir illustre jusqu’à la caricature la fermeture des élites françaises, par comparaison avec l’émergence d’un Barak Obama surgi des profondeurs de la société américaine. J’aborderai plus tard l’explication historique de la fermeture, et naturellement les possibilités d’évolution du système français de répartition des pouvoirs.

J’invoque la fermeture des élites. Imaginez un instant que vous, pauvre hère, vous donniez pour objectif d’entrer dans le cercle merveilleux des oligarques afin d’y vivre à votre aise, célèbre et célébré, sinon heureux. Il existe trois voies pour en approcher : le pouvoir politique central, la gloire, qu’elle soit artistique ou scientifique, ou l’argent. Mais, quelle que soit la nature de vos mérites, il vous sera indispensable de soutenir l’oligarchie par vos actes et par vos déclarations si vous voulez qu’elle ne vous élimine pas brutalement. Coluche l’a mesuré, Dieudonné le constate aujourd’hui. Pour être agréé, il est indispensable de ne pas scier la branche sur laquelle l’oligarchie est assise. N’attaquez pas le fonctionnement des institutions politiques. Ne vous offusquez pas du faible pouvoir du Parlement, de l’inutilité du Sénat, de l’omniprésence du Président, de la partialité du Conseil Constitutionnel. Trouvez les institutions de la République plutôt bonnes, même si vous pouvez toujours déclarer qu’elles sont perfectibles, bien sûr. C’est une remarque qui ne choquera personne.

En un mot, soyez Républicain.

Ne vous avisez pas de dénoncer les combines qui lient le pouvoir politique, le pouvoir économique, les medias et les célébrités. Emmanuelle Béart, Claude Bébéar sont de bonnes âmes. La speakerine Béatrice Schönberg a fait un mariage d’amour avec le Ministre Jean-Louis Borloo ; l’un et l’autre font leurs métiers respectifs en toute indépendance. Criez avec les loups, signez les pétitions, allez manifester pour les justes causes, celles qui consistent à dénoncer les injustices extérieures au système comme la faim dans le monde, les ségrégations, la lutte contre les maladies, l’intolérance. Alors vous aurez rempli quelques-unes des conditions nécessaires pour être accepté par l’oligarchie.

Ce n’est naturellement pas suffisant. Pour y pénétrer vraiment, il faudra en outre disposer d’amis d’école, habiter depuis longtemps dans les bons quartiers, avoir rendu des services et être en position d’en rendre de nouveaux. Au sein de l’oligarchie, chacun veille à ce qu’aucun trublion issu d’une lointaine province ou d’une quelconque entreprise ne vienne troubler le jeu. On sait comment les hommes politiques issus de la base comme Pierre Bérégovoy ou René Maunoury ont dû composer, limiter leurs ambitions et capituler face au noyau oligarchique central. Bernard Tapie a cru pouvoir y entrer en force ; sa manière d’agir n’a pas plu, et il s’en est trouvé exclu jusqu’au moment où il a accepté de se limiter au rôle d’amuseur public et où il a rencontré un ami puissant à la tête de l’Etat qui lui a permis de toucher le jackpot.

Une fois entré dans le cercle, il n’existe quasiment aucun risque d’en être ensuite éjecté. Certes, le combat entre les membres de l’oligarchie ne cesse pas pour autant. Il consiste à écarter les rivaux pour la fonction que l’on guigne. Pour les plus ambitieux, le pinacle peut être envisagé qui consiste à obtenir les postes de Ministre, de Premier Ministre voire de Président de la République. Les membres plus modestes du cénacle peuvent toutefois envisager des fonctions plus circonscrites, comme la présidence d’une organisation publique par exemple, qui ont tout de même le mérite de fournir des avantages substantiels et qui ne nécessitent pas de batailles trop farouches. Car si l’on veut s’approcher du cœur battant du pouvoir, la férocité est la règle et le combat occupe presque entièrement les esprits des oligarques qui s’y risquent.

Une oligarchie verrouillée à double tour, donc. Pour survivre, il lui faut se défendre collectivement, ce qui signifie qu’elle se doit de protéger ses membres lorsqu’ils sont attaqués. Et elle le fait avec une rare énergie même pour ses membres les plus indignes. En observant l’acharnement qu’elle y met, on peut mesurer la hauteur de la barrière qu’elle dresse entre elle et le peuple, un rempart qu’elle élève entre l’assassin défendu par « l’élite », l’escroc qui détourne des dizaines de millions d’Euros et n’est condamné qu’à une peine avec sursis, le haut fonctionnaire qui dilapide des milliards d’Euros et jouit tranquillement de la retraite, et ceux qui doivent acquitter tout de suite leurs contraventions pour excès de vitesse même si leur compte en banque est vide, qui perdent leur emploi parce qu’un imbécile a fait une erreur stratégique, ou à qui on inocule du sang contaminé pour faire des économies. Un mur infranchissable, vraiment.

J’en donnerai un exemple dans mon prochain blog, avec l'affaire BRUNI /BATTISTI avant d’en aborder les conséquences.

 


Lire la suite

Obama et Chirac, deux styles opposés d'accession au pouvoir

19 Janvier 2009 Publié dans #HISTOIRE

L’élection de Barack Obama suscite d’immenses espoirs, trop grands sans doute pour qu’ils ne soient pas déçus. Mais laissons l’espoir vivre encore un peu, un espoir qui provient de la nouveauté de cette élection, celle  d’un noir américain issu d’un milieu assez modeste, sans appui politique particulier et n’appartenant pas à « l’élite » américaine. Il est bien possible qu’un jour, la France ait un président de couleur ou issu de l’immigration, mais ce sera pour l’image, comme lorsque Nicolas Sarkozy est allé chercher le directeur d’Audencia, kabyle d’origine, pour en faire avec un succès mitigé, un préfet. C’était pour l’image. De même a t-il choisi Rachida Dati pour le symbole. Mais c’est lui qui l’a choisie, pas Rachida Dati qui s’est imposée à lui, encore que l’image commence, semble t-il, à échapper à son inventeur.

En France, on trouve déjà remarquable que Nicolas Sarkozy soit Président de la République alors qu’il n’est même pas Énarque. Mais il est tout de même issu du sérail. Il a fait ses classes auprès de Jacques Chirac tout jeune, à 22 ou 23 ans, et il a gravi depuis toutes les marches du pouvoir, sauf les toutes dernières, cornaqué par Chirac puis Balladur. Aussi serait-il extravagant qu’un outsider tel que Barack Obama devienne Président de la République Française sans avoir été au préalable adoubé par le haut personnel politique. Il faut en effet prendre conscience de la fermeture du système politique français. Lorsque l’on n’y est pas né, il n’est pas simple d’entrer dans cette oligarchie qui constitue une forme particulière de regroupement familial. La plupart du temps, on y accède à la naissance ou au plus tard à l’âge de vingt ans. Dans ce dernier cas, c’est l’accession aux grandes écoles qui ouvre la porte, à condition d’avoir aussi des relations dans l’oligarchie. Aujourd’hui, l’E.N.A. a pris la suite de l’Ecole Polytechnique, qui a glissé d’un corps d’ingénieurs à un corps de managers à dominante scientifique. L’E.N.A. sert de  paravent  à Sciences-Po Paris qui fournit comme par hasard l’essentiel de ses élèves, et dont on voit d’ailleurs le rôle éminent accordé par le pouvoir politique à son directeur, considéré comme une sorte de gourou.  C’est Sciences-Po Paris qui constitue le vivier des cadres du pouvoir politique français d’aujourd’hui et cette ambition ne serait pas outrecuidante si elle ne visait pas à éliminer toute concurrence. Essayez donc de devenir Directeur du Trésor sans être Enarque...

Pour illustrer par un exemple concret la fermeture du système politique français, il suffit d’observer l’ascension vers le pouvoir de l’un quelconque de nos présidents de la Ve République. J’ai choisi le cas de Jacques Chirac qui est encore frais dans nos mémoires sans être toutefois encore en place, ce qui nous évitera de tomber dans une actualité politique trop brûlante. Si vous croyez que Jacques Chirac est un enfant corrézien qui est monté à Paris, vous vous trompez du tout au tout. Il est issu d’une famille aisée qui habitait dans l’un des quartiers les plus huppés de Paris. Il a fait ses études aux Lycées Carnot et à Louis le Grand, l’un des lycées de l’élite parisienne où, dés l’adolescence, il a fait la connaissance de ses futurs condisciples de la haute société politique, administrative et économique. Il s’est inscrit  à l’IEP de Paris où il a retrouvé ses  condisciples du Lycée Louis le Grand, entre autres.

L’IEP de Paris constituait le marchepied idéal pour réussir l’ENA et pour y faire l’opportune rencontre d’une jeune fille dont la famille était très influente. Bernadette Chodron de Courcel, sa camarade de classe de l’Institut d’études politiques de Paris et sa future femme, est en effet l’une des nièces de l’aide de camp du Général De Gaulle pendant la guerre. Sortant de l’ENA à vingt-sept ans après son service militaire en Algerie, Jacques Chirac est nommé auditeur à la Cour des Comptes. Marcel Dassault prend alors en main la carrière politique du jeune Chirac qu’il connaît depuis l’enfance. En effet, les familles Bloch Dassault et Chirac étaient très amies depuis les années trente et le père de Jacques Chirac avait été le directeur général d’une des sociétés de Marcel Dassault. Il faut convenir que Marcel Dassault avait une bonne intuition politique puisqu’il avait confié en 1935 une partie de ses affaires à Edmond Giscard d’Estaing dont le  fils deviendra aussi Président de la République, comme par hasard. Pour le moment, Marcel Dassault s’engage à obtenir pour le fils Chirac un poste de secrétaire d’État à l’Aviation, comme par hasard aussi. L’opération n’aboutit pas, mais il obtient en compensation que Jacques Chirac soit nommé chargé de mission à l’aéronautique, aux transports, à la construction et à l’aménagement du territoire dans le cabinet du Premier ministre Pompidou, à l’age de trente ans. Beaucoup de jeunes gens de trente ans aimeraient qu’on leur confie seulement le centième des responsabilités que la République Française, confiante, octroya les yeux fermés au jeune énarque. 

Il ne lui restait plus qu’à recevoir l’onction du suffrage universel. Le cabinet du Premier Ministre, où il officiait, n’eut pas trop de mal à lui en trouver un, en le faisant d’abord entrer au conseil municipal de Sainte-Fereole sans même qu'il se soit présenté, puis en l’envoyant au combat contre l’opposition dans la circonscription d'Ussel en Corrèze. Bénéficiant du soutien de Marcel Dassault et de son journal, il battit en mars 1967 son adversaire communiste Georges Émon, en bénéficiant de la neutralité bienveillante d’Henri Queuille et du maire d'Égletons, le socialiste Charles Spinasse. Auréolé de cette belle victoire, il fut immédiatement appelé au poste de Secrétaire aux Affaires Sociales dans le gouvernement de Georges Pompidou. À 35 ans, n’ayant jamais eu aucune responsabilité au sein d’une entreprise ou d’une administration, il était chargé de l’ensemble des affaires sociales du pays. Un an plus tard, en mai 1968, il conduira sous la houlette de Georges Pompidou les négociations de Grenelle. Protégé par Marcel Dassault et par Georges Pompidou, Jacques Chirac était désormais en mesure de faire valoir son dynamisme, son appétit et sa capacité à écarter les concurrents de son chemin. Il ne décevra pas ses mentors.

L’ensemble du personnel politique français se reconnaîtra aisément dans le parcours de Jacques Chirac, car ils ont tous suivi, avec des fortunes diverses, le même processus d’accession au pouvoir que lui. Ce processus ne laisse pas beaucoup de place à des outsiders du genre de Barack Obama, de petits avocats de province (l’expression « province » est déjà éclairante) qui se feraient  élire députés puis brigueraient la Présidence de la République  sans avoir été adoubés par le Président de la République en place ou par les dirigeants du principal parti d’opposition. Je montrerai dans l’article suivant quelques-unes des  conséquences que cette fermeture des élites provoque sur la société française, sur son bien être et sur ses complexes.

  Mais pour aujourd’hui cela suffit. Réjouissons nous avec les Américains qu’un homme sans appuis ait réussi, par chance et par mérite, à devenir Président des Etats-Unis d’Amérique. C’est déjà ça. 

Lire la suite
<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 > >>