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Le blog d'André Boyer

histoire

EN 1780, LA GUERRE DEVIENT MONDIALE

27 Mars 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

CHARLES EUGÈNE GABRIEL DE LA CROIX DE CASTRIES

CHARLES EUGÈNE GABRIEL DE LA CROIX DE CASTRIES

Cette opération de débarquement en Angleterre a manqué d’ordres clairs et c’est ainsi que l’escadre franco-espagnole a laissé passer une occasion exceptionnelle de défaire les Anglais qui avaient peu de troupes sur leur sol et aucun port fortifié.

 

Après cet échec que l’on peut qualifier de volontaire, s’ouvre une période de guerre périphérique. Tandis que les Espagnols, obnubilés par la reconquête de Gibraltar (ils le sont encore), y concentrent l’essentiel de leurs moyens, les  Français reportent leur attention sur les Amériques, avec deux axes d’action, l’aide aux « Insurgents » et la guerre dans les Antilles.

Au début de l’année 1780, les nouvelles qui arrivent des treize colonies en révolte sont mauvaises. La guerre s’enlise, les maigres troupes de Washington ne parviennent pas à faire face aux dizaines de milliers de tuniques rouges qui tiennent les principales villes. Le Congrès, miné par une puissante faction pro anglaise, risque à tout moment de trouver un compromis avec Londres en tournant le dos à l’alliance franco-américaine de 1778.

La Fayette plaide en cet hiver 1780 pour l’envoi d’un corps expéditionnaire que le Conseil du Roi décide finalement de créer en février 1780, en envoyant cinq mille cinq cent hommes prélevés sur les régiments concentrés en Normandie pour le débarquement en Angleterre. Ce corps expéditionnaire sera commandé par un vétéran de la guerre de Sept Ans, le comte de Rochambeau. Le 2 mai, les troupes quittent Brest sur vingt-six navires de transport escortés par sept vaisseaux de ligne et trois frégates commandés par Ternay, qui repousse au large des Bermudes, une tentative d’interception anglaise et débarque le 11 juillet 1780 dans le Rhode Island avec son artillerie et son matériel de siège.

Cependant, le rapport des forces restent favorable aux Anglais qui alignent cinquante mille hommes contre les quatorze mille hommes de Washington et les cinq mille cinq cent hommes de Rochambeau qui se retranchent dans l’île de Newport. 

La Royal Navy, qui n’a pu empêcher le débarquement français à Newport, mobilisée sur de trop nombreux théâtres d’opération,  perd la maitrise de l'Atlantique lors de l'intense guerre des convois que lui mène la Marine Royale. De leur côté, les grands convois commerciaux français naviguent sous l’escorte des grandes escadres, ce qui permet le passage des marchandises coloniales.

C’est d’ailleurs aux Antilles qu’ont lieu les affrontements importants. Guichen, qui croise Rodney à trois reprises au large de la Dominique les 17 avril, 15 et 18 mai 1780, montre que la Marine Royale est  désormais au même niveau que la Royal Navy en termes de manœuvre et de capacité de tir.

Puis, dans les premiers jours de juin, arrive une escadre espagnole de douze vaisseaux avec un énorme convoi portant dix mille hommes de troupes. Aussitôt, Guichen propose de combiner les forces françaises et espagnoles pour attaquer la Jamaïque, pièce maitresse du dispositif anglais dans les iles. Mais les Espagnols n’ont qu’une idée, se réfugier à La Havane sous escorte d’une escadre française.

L'opinion commence à gronder contre cette guerre interminable et ruineuse. Louis XVI doit renvoyer, en octobre, le ministre de la Marine, Sartine, et le ministre de la Guerre, Montbarrey. C’est que le poids de plus en plus élevé que ce conflit fait peser sur les épaules de la France, inquiète le Roi et l’opinion. L’Espagne se concentre sur la reprise de Gibraltar pour laquelle elle mobilise une grande partie de ses forces et les échecs qu’elle subit force la Marine Royale à détacher une quinzaine  de ses unités pour la soutenir.

Le nouveau ministre de la Marine et des Colonies, de Castries, redéploie une partie de ses navires pour tenir compte de la mondialisation du conflit. Comme la Royal Navy applique avec une rigueur renforcée le droit de visite et de prise, elle exaspère les Neutres, au point qu’à la fin de l’année 1980, la Russie, la Prusse, le Portugal, l’Autriche, le Royaume des Deux-Siciles et l’Espagne proclament une « Ligue de la neutralité armée », auxquelles la France se rallie aussi. Comme les Provinces-Unies envisagent d’y adhérer, l’Angleterre, ulcérée, fait monter les enchères en leur déclarant la guerre en décembre 1780 alors qu’ils étaient depuis longtemps alliés.

Aussi, pour la première fois au XVIIIe siècle, l'Angleterre se retrouve t-elle isolée. Les États Généraux des Provinces-Unies rallient l’alliance française en apportant le renfort de trente-deux vaisseaux et dix-sept frégates. Mais il en résulte que les colonies néerlandaises se transforment en proie pour la Royal Navy, aux Antilles, à Ceylan, en Indonésie et en Afrique du Sud.

Pour la campagne de 1781, on prévoit un effort militaire colossal des Français et des Anglais. Pour y faire face, le maréchal, marquis de Castries, le nouveau ministre de la Marine, déploie une vision globale des opérations à entreprendre.  Dans l'Atlantique, Guichen passe la main à De Grasse qui reçoit le commandement d'une grande escadre de vingt vaisseaux et trois frégates à destination des Antilles où se porte toujours l’essentiel de l’effort de guerre.

De Castries renonce à envoyer des renforts à Rochambeau pour ne pas trop alourdir le coût de la guerre. L'engagement auprès des « Insurgents » apparaît désormais comme une diversion. Suffren reçoit le commandement d’une division de cinq vaisseaux et une corvette pour escorter des troupes vers la colonie néerlandaise du Cap, prochaine cible de la Royal Navy.

 

Il est clair que le Roi, s’il y a vraiment songé, a renoncé aux projets d'invasion de l'Angleterre, installant, pour la première fois au XVIIIe siècle, le théâtre d'opération décisif hors d'Europe, en menant une stratégie de guerre périphérique.

A SUIVRE 

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ENVAHIR L'ANGLETERRE, UNE EXTRAVAGANCE?

14 Mars 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE COMTE D'ORVILLIERS APRÉS LA BATAILLE D'OUESSANT

LE COMTE D'ORVILLIERS APRÉS LA BATAILLE D'OUESSANT

D’Estaing revient à Brest et Toulon entre octobre et décembre 1779. Le bilan de sa campagne, quoique contesté, n’est cependant pas négligeable.

 

Les pertes infligées à l’Angleterre par sa flotte ne sont pas  négligeables: six frégates, détruites ou brulées, douze corvettes détruites, dix navires de guerre, quatre corsaires et cent six navires de commerce capturés. En outre, l’Espagne, constatant la bonne tenue de la Marine Royale, décide logiquement d’entrer en guerre contre l’Angleterre en 1779.

Cette entrée en guerre de l'Espagne s’accompagne aussitôt d’une divergence d’objectif entre les deux alliés. Madrid veut débarquer en Angleterre tandis que les Français renâclent, alors même que  les Anglais ont dispersé leurs escadres sur toutes les mers, ce qui rend possible une invasion franco-espagnole sur les côtes britanniques qui permettrait de conclure la guerre rapidement.

Ce refus français provient d’une erreur stratégique profonde du roi et de Vergennes qui n’ont pas pris conscience que l’Angleterre est le seul ennemi irréconciliable de la France, ce qui les conduit invoquer la nécessité de préserver « l’équilibre européen », en d’autres termes à préserver la puissance anglaise.

Vergennes déclare ainsi à son secrétaire : « Je pourrais annihiler l’Angleterre, que je m’en garderai comme la plus grande extravagance » ! Une « extravagance » qui aurait assuré la prééminence séculaire de la France sur l’Angleterre et la récupération de l’Inde et du Canada. Le monde aurait été durablement changé, jusqu’à aujourd’hui, par cette « extravagance ». Une convention d'alliance est toutefois signée entre la France et l’Espagne le 12 avril 1779 en vue d’un débarquement en Angleterre, alors que les désirs du roi et de son ministre consistent à ne pas respecter cette convention !

A Versailles, il existe en outre une profonde méfiance vis-à-vis de la marine espagnole qui comprend  soixante-quatre vaisseaux en bois de cèdre de La Havane, très solides mais très lourds,  donc lents et peu manœuvrants, avec des gréements fragiles et une artillerie composée de pièces de plus faible calibre que les navires français et anglais. De plus, nombre de ces canons s'enrayent au bout de quelques dizaines de coups et les officiers comme les matelots manquent d'entrainement.

La France s’est engagée à aider les Espagnols à reconquérir Gibraltar, Minorque et la Floride. Les Espagnols insistent pour commencer l’invasion de l’Angleterre. Le plan prévoit que les deux flottes doivent se rejoindre au large de la Corogne pour tromper l’ennemi,  puis forcer le passage dans la Manche et couvrir le départ d’une armada de 400 navires de charges portant 40 000 hommes, avec chevaux et artillerie au départ du Havre et de Saint-Malo, avec un débarquement prévu dans l’île de Wight.

Les opérations devaient commencer à la mi-mai, mais il y a comme toujours de nombreux aléas. La jonction des deux flottes ne s’opère que le 22 juillet, la coordination s’avère logiquement difficile. Au large d’Ouessant, la situation sanitaire de l’escadre française se dégrade.  Du coup, Versailles change de plan et donne ordre à l’amiral d'Orvilliers de se porter sur les côtes de Cornouailles, le débarquement devant se faire à̀ Falmouth. Le 16 aout, la flotte franco-espagnole mouille enfin devant les côtes anglaises. L’amiral anglais Charles Hardy n’a que trente-sept vaisseaux à opposer aux soixante-six vaisseaux franco-espagnols et se contente d’harceler la flotte combinée avant de se replier dans la baie de Plymouth.

Alors que la Manche est libre, l’état sanitaire de la flotte française s’aggrave :  sur les 28 000 hommes embarqués, on déplore 8 000 malades. D'Orvilliers, affecté par la mort de son fils emporté par l’épidémie, est remplacé par son second, le comte du Chaffault.

 

Entre-temps, l’escadre espagnole, épuisée, s’est repliée sur ses ports et le 11 septembre, les vaisseaux français doivent se résoudre à rentrer sur Brest à leur tour, avec des équipages exsangues qui n’ont pas combattu pendant trois mois de vaines manœuvres.

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LA MARINE ROYALE FAIT JEU ÉGAL AVEC LA ROYAL NAVY

27 Février 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA BATAILLE D'OUESSANT (1778)

LA BATAILLE D'OUESSANT (1778)

La guerre commence par une offensive anglaise : la puissante escadre anglaise de la Manche s’en prend le 17 juin 1778 à une petite division composée de deux frégates, d’une corvette et d’un lougre, qui patrouillent au large de Roscoff. La corvette réussit à s’enfuir et la frégate, la Belle Poule, livre cinq heures durant un combat acharné mais parvient à̀ regagner, ce qui soulève l’enthousiasme à Versailles.

 

Les données du conflit différent de la guerre de Sept Ans. L'Angleterre est contrainte de maintenir des forces navales et terrestres considérables en Amérique du Nord, ce qui lui fait perdre l’initiative dans ce conflit, laissant à Louis XVI, Sartine et Vergennes le choix de leur stratégie.

Sartine propose d’envoyer l'escadre de Toulon en Amérique du Nord et de faire combattre la flotte de Brest contre la flotte anglaise de la Manche. C’est obliger l’Angleterre à laisser des escadres sur la défensive à Halifax et à New York, tandis qu’il revient à la flotte de Brest de prouver que la Marine Royale est capable de tenir en échec la Royal Navy dans des eaux où cette dernière régnait en maitre depuis la guerre de Sept Ans.

Les ordres transmis par Sartine au comte d’Orvilliers, qui commande l’escadre de Brest, témoignent de la volonté́ offensive française :

« L’instruction de Sa Majesté́ qu’elle me charge expressément de vous faire connaitre, ainsi qu’à tous les officiers commandant, est que ses vaisseaux attaquent avec la plus grande vigueur et se défendent en toute occasion jusqu’à̀ la dernière extrémité́. »

Le 8 juillet 1778, les trente-deux vaisseaux et les huit frégates la flotte du Ponant quittent Brest à la recherche des trente vaisseaux et cinq frégates de Keppel que l’on sait croiser dans les parages. Après divers incidents, la puissance réelle de l'armée navale de Brest est réduite à̀ vingt-sept vaisseaux lorsque les deux escadres sont en vue l’une de l’autre le 23 dans l’après-midi, alors que la bataille est attendue avec anxiété́ par des Français qui n’ont pas accepté les défaites navales du conflit précèdent.

Le 27 juillet, après plusieurs jours d'approche, d'Orvilliers réussit à prendre le vent de son adversaire au large d'Ouessant, mais la météo se dégrade, ce qui donne une forte gite aux vaisseaux. Les vaisseaux français gitant vers l'ennemi, il leur faut fermer les sabords des batteries basses, qui sont les plus puissantes, tandis que les Anglais n'y sont pas obligés. Les Français ne peuvent donc engager que 1 934 canons contre 2 778 pour Keppel. La canonnade, violente, dure trois heures, mais Keppel s’estime en difficulté et fait retraite la nuit tombante, tous fanaux éteints.

En effet, les vaisseaux anglais ont beaucoup souffert, à commencer par le navire amiral, le HMS Victory, sévèrement bousculé par le Bretagne. Cette retraite peu glorieuse signe la victoire française :  Il y a eu 163 morts et 517 blessés côté français tandis que les Anglais ont perdu 407 hommes et 789 blessés, ce qui montre qu’avec 800 canons de moins, la flotte française a malgré tout fait jeu égal avec la flotte anglaise.

D'Orvilliers rentre à Brest pour y réparer ses avaries, avant de reprendre la mer le 17 aoutavec vingt-huit vaisseaux, tandis que la flotte anglaise reste dans ses ports. Le 18 septembre, l’escadre est de retour sur Brest tandis que La Motte-Picquet avec trois vaisseaux, longe les côtes anglaises et rentre le 25 novembre avec treize prises commerciales. L'absence de réaction à ces croisières de la Royal Navy montre que les Français ont acquis à l'été́-automne 1778 la maitrise des flots entre la Bretagne et le sud-ouest de l'Angleterre. Du coup, à Madrid, l’on accepte d'entamer les négociations en vue d'entrer dans la guerre.

Pour sa part, l’escadre de Toulon, douze vaisseaux et cinq frégates, doit franchir l’Atlantique afin d’obtenir un succès décisif qui pousserait l’Angleterre vers la table des négociations. Son commandement est confié́ à Charles Henri d'Estaing, qui bénéficie de la réputation qu’il a acquise grâce à ses victoires corsaires lors du conflit précèdent.

L'escadre appareille pour l’Amérique le 13 avril 1778, alors que la guerre n’est pas encore officiellement déclarée et D’Estaing dispose d’ordres qui lui laissent presque carte blanche. Mais la traversée est interminable. L’escadre met 33 jours pour atteindre Gibraltar puis encore 51 jours pour traverser l’Atlantique. Lorsque l’escadre arrive à̀ l’embouchure de la Delaware le 7 juillet, les équipages sont épuisés et l’effet de surprise est perdu et Howe s’est retiré́ le 28 juin.  

Le 29 juillet, la flotte se présente devant Newport. Le plan prévoit de bloquer la place par la mer tandis que les miliciens du général Sullivan doivent débarquer dans le Nord de l’ile de Rhode Island, mais ses troupes n’étant pas encore rassemblées, il faut se contenter d’assurer le blocus, tout en laissant Suffren et Albert de Rions entrer dans la baie le 5 aout pour détruire deux batteries côtières et cinq frégates anglaises. Mais l’arrivée des quatorze vaisseaux de Howe devant Newport oblige  D’Estaing à se replier à Boston, où les Français sont reçus avec méfiance.

En novembre, d’Estaing appareille vers la Martinique où il arrive le 9, après que le gouverneur général des Iles du Vent, le marquis de Bouillé, ait attaqué victorieusement l'ile de la Dominique.

D’Estaing, pour sa part, subit un sanglant échec devant Sainte Lucie, qui n’empêche pas un bilan positif sur la flotte de Toulon : l’Europe a pu constater qu’en 1778 les mers ne sont plus sous contrôle anglais, même si les premiers succès français ont lieu en 1779.

De janvier à mars 1779, Français et Anglais se disputent les iles secondaires. La guerre s’intensifie avec le renfort des divisions navales du comte de Grasse qui arrive de France, de Vaudreuil qui vient de s’emparer des établissements anglais sur la côte africaine et de La Motte-Picquet qui vient d’escorter jusqu’à̀ la Martinique un gros convoi marchand.

D'Estaing dispose au début de l'été́ 1779 de vingt-cinq vaisseaux et d'une dizaine de frégates, tandis que l’escadre anglaise du vice-amiral Byron dispose de vingt-et-un vaisseaux, sans compter les transports de troupes et les frégates. Avec ces forces, D'Estaing attaque l’ile de la Grenade le 2 juillet qu’il prend en deux jours, avant que ne se présente l’escadre de Byron qui engage un combat, connu sous le nom de la Bataille de la Grenade, qui tourne à son désavantage, puisqu’il perd quatre vaisseaux.    

Pendant ce temps, l’armée anglaise débarque en Géorgie, l’État le plus méridional des treize colonies. Avec vingt vaisseaux et 3 000 hommes, d’Estaing se porte devant Savannah pour aider les troupes du général Lincoln. Mais l’affaire se complique avec les ouragans et la résistance des troupes anglaises. Le 9 octobre, d’Estaing tente en vain un assaut contre la ville de Savannah Cependant son intervention annihile les menaces anglaises contre Charleston et la Caroline du Sud. Beaucoup plus au Nord, les Britanniques, inquiets du retour de d'Estaing auprès des Treize Colonies, ont évacué́ le Rhode Islaand, ce qui libère Newport.

D'Estaing quitte les eaux américaines en octobre 1779, mais la guerre se poursuit dans les Caraïbes. La Motte-Picquet parvient à sauver le plus gros d’un convoi qui arrive de France le 18 décembre, en attaquant avec trois vaisseaux et l’aide des batteries côtières, l’amiral Hyde Parker qui commande à treize vaisseaux.

La manœuvre, superbement menée, lui vaut une lettre de félicitations de la part de l'amiral anglais:

 

« La conduite de Votre Excellence dans l'affaire du 18 de ce mois justifie pleinement la réputation dont vous jouissez parmi nous, et je vous assure que je n'ai pas été́ témoin sans envie de la compétence que vous avez montré à cette occasion. Notre inimitié́ est passagère, et dépend de nos maitres, mais votre mérite a gravé sur mon cœur la plus grande admiration à votre égard.»

 

À SUIVRE 

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VERS LA REVANCHE DE LA GUERRE DE SEPT ANS

15 Février 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

CHARLES GRAVIER, COMTE DE VERGENNES (1719-1787)

CHARLES GRAVIER, COMTE DE VERGENNES (1719-1787)

Contrairement à Louis XV, Louis XVI accorde à sa Marine Royale des moyens qu'on n'avait plus vus depuis le règne de Louis XIV.

 

Le jeune roi, agé de 20 ans en 1774 à son avénement, veut laver les humiliations de la guerre de Sept Ans et refuse que le Royaume-Uni domine les mers. Il faut donc préparer une nouvelle guerre maritime contre la Royal Navy et s’en donner les moyens, comme le proposent les nouveaux ministres des Affaires étrangères, le comte de Vergennes, et de la Marine, Antoine de Sartine, mais auxquels s’oppose le ministre des Finances, Turgot qui craint qu'une nouvelle guerre ne mette à terre les finances de la monarchie.

Antoine de Sartine accomplit de nombreuses réformes afin de moderniser l’organisation de la Marine Royale. Il réorganise aussi les services d'espionnage pour disposer de rapports précis sur l'état des forces anglaises. Louis XVI suit avec attention les progrès accomplis et permet l’accroissement du budget de la Marine qui passe de 17,7 millions de livres en 1774 à 74 millions en 1778, l'année de l'entrée dans la guerre d'Amérique.

Le roi et son ministre se fixent comme objectif d’aligner quatre-vingt vaisseaux de ligne et soixante frégates. On s'active, « au prix d'un féroce entraînement », pour que les canonniers puissent égaler le rythme de tir de leurs confrères britanniques, mais il reste que la discipline n'est pas au niveau de la Royal Navy.

Louis XVI est très tôt averti du risque et des potentialités d’une guerre en Amérique. Dès la fin de la guerre de Sept Ans, Choiseul avait prédit dans un mémoire à Louis XV l’inéluctabilité d’une « Révolution d’Amérique », compte tenu des divergences croissantes entre les colons et le Royaume-Uni.  Louis XVI veillait à maintenir la paix en Europe continentale mais il cherchait aussi à contenir la volonté d’expansion mondiale de l’Angleterre. Il n’avait pas oublié la fourberie dont elle avait fait preuve pour endormir la France en 1754-1755, en faisant mine de discuter tout en préparant une guerre d’agression impitoyable qui avait jeté à terre l’empire colonial français. Il n’oubliait ni les centaines de navires raflés en pleine paix, ni les conditions de détention barbares sur les pontons qui avaient couté la vie à plus de 8000 matelots.

Le dossier de l’insurrection américaine arriva très tôt sur le bureau du Roi et de Vergennes. On se félicita en secret des difficultés anglaises qui ruinaient son commerce atlantique et lui coûtaient cher en hommes et en matériel. Cependant Louis XVI, soutenu par son Conseil, décida dans un premier temps de ne pas se mêler du conflit, d’autant plus qu’il était réticent à l’idée d’aider un peuple en révolte contre son roi légitime, et que, de toutes façons, en 1774-1775, la flotte n’était pas prête.

Mais dans les salons et cercles philosophiques, l’Amérique était à la mode et l’on poussait à la guerre ; de plus les pratiques dominatrices de la Royal Navy sur les mers faisaient évoluer la situation. Partout, de Terre-Neuve au canal des Bahamas, des Iles-sous-le-Vent aux côtes de Coromandel, on signalait les mêmes procédés outrageants sur les navires français, en violation des règles internationales les plus élémentaires et l’on constate ici que la pratique actuelle des sanctions extra-territoriales a des antécédents anciens.

Le 12 mai 1776, Louis XVI réagit à ces pratiques en ordonnant à ses navires de guerre de protéger les bâtiments des « insurgents » ou ceux des États neutres qui demanderaient la protection du pavillon français.

Au même moment, le débat sur l’opportunité d’une guerre ouverte contre le Royaume Uni fait rage au sein des ministères. Vergennes estime que si l’on ne fait rien, on court le double risque de voir les « insurgents » se réconcilier avec Londres, ou, si l’Angleterre perd la guerre, de la voir chercher à se dédommager en attaquant les îles françaises. Sartine et le ministre de la Guerre, Saint-Germain, appuient aussi l’idée d’aider les révoltés, mais pas le ministre des finances, Turgot, qui met en garde contre le coût de cette guerre et estime que de toutes façons les Américains vont conquérir leur indépendance avec ou sans l’aide de la France. Maurepas estime que l’Angleterre garde la maîtrise des mers, alors que le sort des armes reposera essentiellement sur les forces navales et que c’est seulement en additionnant les flottes françaises et espagnoles que l’on peut espérer l’emporter. Or Madrid se dérobe, car il craint les risques de contamination révolutionnaire dans l’immense empire espagnol.

Les Américains envoient en 1776 un premier émissaire vers la France, Silas Deane avec pour mission d’acheter des armes et du ravitaillement et, au début de 1777, trois navires chargés d’armes quittent la France, suivis de neuf autres en septembre. Bien que les autorités françaises aient interdit à tous les officiers de rejoindre les « insurgents », de nombreux jeunes seigneurs se portent volontaires pour partir outre-Atlantique, dont le marquis de La Fayette, qui quitte la France au printemps 1777.

Mais la situation militaire reste précaire pour les révolutionnaires américains. L’année précédente, New York a été prise par les trente-quatre mille hommes de William Howe, soutenus par la Royal Navy. L’armée de Washington en est réduite à une guerre d’usure, d’embuscades et de coups de main. Le Congrès américain, devant la gravité de la situation, envoie en Europe le responsable de sa diplomatie en personne, Benjamin Franklin, porteur d’une proposition de traité de commerce accolée à une alliance politique et militaire pour qui voudra bien la signer. Il arrive à Nantes le 17 décembre 1776, mais Louis XVI, qui garde une méfiance instinctive vis-à-vis de la rébellion américaine, ne le reçoit pas et reste pendant tout 1777 sur les positions définies l’année précédente, tandis que le débat continue au sein des ministères sur l’opportunité de la guerre. Sartine, boutefeu, estime que la flotte est prête désormais appuyé par le nouveau ministre des finances, Necker, qui assure au roi que la guerre peut être financée au moyen d'emprunts dont il garantit le succès sans qu'il soit nécessaire d'augmenter les impôts .

Le 4 décembre 1777, on apprend à Paris qu’une armée anglaise de plus de neuf mille hommes a capitulé avec toute son artillerie et son général à Saratoga, dans l’État de New York et que cette victoire a été obtenue, entre autres, grâce aux livraisons d’armes et de matériels français. À Londres, c’est la consternation.

Le gouvernement anglais fait des ouvertures de paix, alors que, devançant la France, les Provinces-Unies ont conclu depuis peu un traité de commerce avec la jeune République américaine mais ils n’en sont pas encore à une reconnaissance politique. Les Français craignent de plus en plus de voir les Anglais et les Américains se réconcilier. Si l’Espagne refuse toujours de soutenir les révoltés, Vergennes est désormais convaincu qu'il serait dommage de ne pas exploiter « la seule occasion qui se présentera peut-être au cours de bien des siècles de remettre l'Angleterre à sa véritable place » .

Après des semaines de négociations, les Français et les Américains signent deux traités, le 30 janvier et le 6 février 1778. Le premier, public, est un accord commercial mais dont le contenu est une véritable dénonciation des pratiques anglaises puisqu’il y est énoncé le principe de la liberté des mers et du droit des États neutres à commercer avec des nations en guerre, sauf pour des armes. Le roi de France y prend sous sa protection les navires américains, en cas d’attaque. Les deux nations se promettent d’accorder à l’autre la clause de la nation la plus favorisée et les Américains s’engagent à respecter les droits de pêche français sur les bancs de Terre-Neuve.

Cet accord commercial que la France va devoir faire respecter avec sa flotte de guerre constitue en soi un casus belli avec l’Angleterre. Le second traité, destiné à rester secret, est une alliance « éventuelle et défensive », au cas où une guerre éclaterait entre la France et la Grande-Bretagne. Une disposition importante prévoit qu’aucune des deux parties ne devra conclure de paix séparée avec la Grande-Bretagne sans avoir au préalable obtenu le consentement de l’autre, toutes deux s’engageant à ne pas mettre bas les armes avant que l’indépendance des États-Unis ne soit assurée. Il s’agit, par cette dernière clause, d’éviter une réconciliation anglo-américaine, la grande crainte de Louis XVI et de Vergennes.

Le 20 mars 1778, Benjamin Franklin, « ambassadeur des treize provinces unies » d’Amérique est reçu solennellement par le roi dans l’allégresse générale tandis que les relations sont rompues avec Londres. On apprit aussi que l'ancien Premier ministre William Pitt, artisan principal de la victoire anglaise pendant la guerre de Sept Ans, avait fait un malaise en pleine Chambre des Communes en apprenant la nouvelle de l'alliance franco-américaine et était décédé peu de temps après.

 

Pour la première fois de son histoire, la France s’engage dans une guerre exclusivement navale sans avoir à soutenir en même temps un conflit continental. Tout repose désormais sur les escadres françaises. Vont-elles tenir le choc ?

 

À SUIVRE


 

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CHOISEUL RECONSTRUIT UNE MARINE ROYALE EXSANGUE

31 Janvier 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE DUC DE CHOISEUL MINISTRE DE LA MARINE

LE DUC DE CHOISEUL MINISTRE DE LA MARINE

Le temps que le supplice de la guerre de Sept Ans s’achève, la guerre de course permet de compenser partiellement les déficiences de la Marine royale face à la Royal Navy.

 

Avec le blocus des côtes et des colonies, les ports français sont paralysés, mais Louis XV n’autorise pour autant à armer en course qu’en mai 1756, alors que la guerre est déjà commencée depuis presque un an.

Les ports de Dunkerque (premier port corsaire), Saint-Malo, Bayonne, Saint-Jean-de-Luz mais aussi Bordeaux, Nantes et La Rochelle, villes jusque-là dévolues au grand commerce atlantique, arment en course.

La guerre de course que livrent ces corsaires coutera à l’Angleterre 2 600 captures pour 90 millions de livres ; Il arrivera aussi que les corsaires remplissent des missions que n’assure plus la Marine Royale comme lorsque Bougainville vient chercher des renforts pour le Canada ou pour ravitailler certaines îles, comme la Martinique. Le corsaire breton Charles Cornic escorte douze convois sur les côtes de France et réussit à faire entrer sur Brest, malgré le blocus, de grosses cargaisons de chanvre néerlandais. Thurot, corsaire de Dunkerque, se voit chargé d'organiser une descente en Irlande. L'opération, menée avec une division de 5 frégates et un corps expéditionnaire de 1200 hommes contourne l'Angleterre par l'Est, débarque en février 1760 à Carrickfergus près de Belfast, et libère de nombreux prisonniers français.

Mais la course reste une activité aléatoire et dangereuse. Sur les 60 000 marins français capturés pendant le conflit, plus de 31 000 sont des corsaires. D'Estaing, malgré sa belle campagne dans l'océan Indien est capturé à son tour. Quant à Thurot, il ne peut inquiéter Belfast faute de troupes suffisantes et il est tué au retour dans un combat désespéré contre une division de frégates anglaises. Mais les succès des corsaires français exaspèrent les armateurs anglais, ce qui contribue à la démission de William Pitt en octobre 1761.

Reste, au delà des corsaires, à reconstruire la flotte française. En 1762, un an avant le Traité de Paris, la Marine Royale n’a plus que quarante-sept vaisseaux et vingt frégates contre cent quarante-cinq vaisseaux et cent trois frégates pour sa rivale anglaise. Choiseul est alors nommé ministre de la Marine Royale et il commence par réorganiser les services du ministère. Puis il s'appuie sur le sursaut patriotique du pays pour chercher de nouveaux financements, notamment en lançant le « don des vaisseaux » par les provinces, villes ou corps constitués, qui permet de rajouter à la Marine Royale dix-sept navires neufs et une frégate. Deux de ces vaisseaux, le Ville de Paris et le Bretagne, sont de redoutables trois-ponts de 100 canons.

Mais si le conflit, qui s'est achevé avec le traité de Paris (10 février 1763) a entériné la liquidation politique et militaire de la présence française en Inde et Amérique, il a aussi exacerbé en France lavolonté de laver les humiliations subies, volonté renforcée après la guerre par le retour des prisonniers qui font le récit des conditions de détention barbares qu'ils ont subies, entrainant 8500 morts sur 60000 marins capturés. Les survivants en garderont une haine durable vis-à-vis des Anglais.

Pour renforcer la Marine Royale, Choiseul modifie le recrutement des officiers et se donne pour objectif, dés le traité de Paris signé, de porter la flotte à quatre-vingt vaisseaux et quarante-cinq frégates. Du coup, tout semble bon pour trouver des navires. La Compagnie des Indes, qui va d'emprunts en emprunts pour reconstruire sa flotte et relancer ses comptoirs, est suspendue en 1769. Choiseul fait racheter quatre de ses vaisseaux et plusieurs de ses frégates, que la Marine Royale intègre dans ses rangs. Elle récupère aussi les installations de Lorient qui s'additionnent aux trois arsenaux dont elle dispose déjà à Brest, Rochefort et Toulon. Les bois, les agrès et les munitions étant hors de prix en temps de guerre, des stocks gigantesques sont constitués. Les réserves de bois de construction triplent entre 1764 et 1768.

En 1768, la flotte est revenue à son effectif d'avant la guerre de Sept Ans, avec cependant, pour des raisons d’économie, une plus faible puissance de feu. Entretemps Choiseul a aussi réorganisé l'administration coloniale en reprenant aux compagnies de commerce leurs établissements pour les placer sous l'administration directe du secrétariat d'État à la marine. En 1763, il nationalise l’île de Gorée, la Gambie et le golfe de Guinée. En 1767, c'est au tour des établissements de l'océan Indien, les Seychelles, l'Île-de-France et l'île de Bourbon et en 1769 il fait de même, à l'occasion de la suppression de la Compagnie des Indes, des comptoirs sur les côtes indiennes, Pondichéry, Mahé, Chandernagor, Karikal. Dans le même sens, les ordonnances de 1763 réglementent l'administration générale des Antilles, avec pour objectif de réaffirmer l'autorité de l'État  et de défendre les îles avec des troupes venues de métropole. Mais lorsqu’il tente une rapide colonisation de la Guyane, il échoue totalement.

En 1769, l’inspection générale de la flotte montre qu’elle est en état de reprendre de grandes opérations, et en décembre 1770, Choiseul, qui guette le moment de déclencher le conflit de la revanche, estime que l'heure est arrivée à l'occasion d'une crise diplomatique entre l'Angleterre et l'Espagne qui se disputent les îles Malouines. Choiseul soutient l'Espagne, avec l’espoir que les flottes additionnées franco-espagnoles puissent faire jeu égal avec la Royal Navy.

 

Mais Louis XV y met son véto absolu et renvoie son ministre de la Marine après lui avoir déclaré, le 22 décembre 1770 : « Monsieur, je vous ai dit que je ne voulais point la guerre ».

 

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L'EFFONDREMENT COLONIAL DE LA FRANCE

11 Janvier 2021 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

PONDICHÉRY APRÉS LE SIÈGE DE 1761

PONDICHÉRY APRÉS LE SIÈGE DE 1761

Peut-on avancer que la Royal Navy ait pris un ascendant psychologique sur la Marine Royale ? Les évenements de la fin de la Guerre de Sept ans peuvent le laisser croire.

 

Si la Marine Royale dispose encore d'une quarantaine de vaisseaux, ces derniers sont bloqués et sans équipage, en face d'une Royal Navy qui aligne cinq escadres complètes.

Grinçant, Louis XV se risque à faire de l’humour noir : "il n'y a plus en France d'autre marine que celle du peintre Vernet." Les Ministres de la Marine valsent. Machault d'Arnouville est renvoyé en février 1757, Peiresc de Moras exerce pendant seize mois et Massiac pendant cinq mois. Berryer reste en place de novembre 1758 à octobre 1761, mais c'est la période la plus noire de la Marine Royale car s’ajoutent aux défaites le quasi arrêt des lancements de navires à partir de 1758 .

C'est un ministère en pleine déroute que trouve le duc de Choiseul en 1761. Les comptoirs africains sont progressivement perdus : Saint-Louis tombe en avril 1758, avant les postes de traite échelonnés sur la rivière du Sénégal et plus au sud ceux de Gambie, celui de Ouidah et enfin Gorée en décembre 1758.

Les Antilles résistent plus longtemps. Quelques renforts ont été apportés par l'escadre de Bart en 1755, relayée par Perier de Salvert en 1756, puis celle de Bauffremont et de Kersaint en 1757. En janvier 1759, l'escadre anglaise de Morre débarque ses sept mille soldats sur la Guadeloupe, en subissant deux mille hommes, car l'île résiste.  

Bompar arrive dans les Antilles en mars 1759 avec huit vaisseaux et trois frégates, mais le gouverneur de la Martinique, Beauharnais, reste inerte pendant des semaines et lorsqu'il réagit pour secourir la Guadeloupe, il est trop tard, l’île vient de capituler en mai 1759 et les petites îles des Saintes, Marie-Galante et la Dominique tombent dans la foulée.

La révolte des esclaves de la Jamaïque explique le répit dont bénéficie la Martinique en 1760-1761, mais, le 7 janvier 1762, l’île est assaillie par trente-cinq vaisseaux qui pilonnent Fort-Royal et couvrent le débarquement de dix huit mille tuniques rouges. Or le successeur de Beauharnais, Le Vassor de La Touche, n’a que mille soldats à lui opposer. Le 28 janvier, il doit abandonner Fort-Royal. Replié sur Saint-Pierre, il signe une suspension d'armes le 13 février et se rend le 1er mars.

Choiseul a pourtant envoyé l'escadre de Blénac-Courbon avec huit vaisseaux et un fort renfort de cinq mille cinq cent soldats qui arrivent après la capitulation, mais ce renfort permet du moins de sauver Saint-Domingue.

Louisbourg étant tombée en 1758, le gouvernement français estime que la partie perdue au Canada et cesse pratiquement d'y envoyer des renforts. On a vu qu’en juin 1759, Québec était attaquée par une énorme flotte de vingt-deux vaisseaux, vingt-deux frégates et soixante-dix bâtiments de charge portant dix mille soldats embarqués, qui remonte sans encombre le Saint-Laurent alors qu'on pensait côté français que c'était presque impossible à cause des courants violents et des nombreux bancs de sable. Mais côté anglais on avait fait discrètement un relevé cartographique précis du fleuve, confiée à un jeune officier encore inconnu, James Cook.

On sait que Québec capitule en septembre 1759.

En avril 1760, un renfort symbolique de cinq navires marchands porteurs de vivres, de munitions et de quatre cent soldats escortés par une frégate de 26 canons quitte Bordeaux pour secourir le chevalier de Lévis qui tente de contre-attaquer devant Québec. Mais on a vu aussi qu'il n’y eut pas de miracle. Montréal, attaquée par trois armées anglaises capitule en septembre 1760.

Choiseul tente encore en 1762 un effort désespéré pour reprendre pied en Amérique du Nord afin de disposer de gages pour négocier la paix. Ternay, à la tête d'une division de cinq navires portant un corps de sept cent hommes réussit à atteindre Terre-Neuve et à débarquer à Saint-Jean en juin 1762. La ville est prise et Ternay détruit ou capture 470 navires de pêche provoquant un million et demi de livres de pertes pour les Anglais. Le petit corps expéditionnaire est finalement défait à la bataille de Signal Hill, marquant la fin du conflit en Amérique du Nord et la perte définitive du Canada Français. Reste cependant la Louisiane.

En Inde où parvient d'Aché au printemps 1758, ses renforts permettent à Lally-Tollendal de prendre Gondelour en mai, ce qui semble compenser la chute de Chandernagor. D'acné, qui dispose d'une division navale mixte, soit un 74 canons de guerre et huit navires de la Compagnie des Indes, renforcée de trois autres vaisseaux de 64 canons, il livre contre Pocock une bataille qu’il gagne difficilement dans les eaux de Négapatam le 3 août 1758. Comme d'Aché doit se retirer sur l'Île-de-France à l'approche de la mousson d'hiver, à l’inverse de l'escadre anglaise qui peut hiverner dans  sa base de Bombay, les forces françaises privées de soutien naval échouent à prendre Madras en février 1759, alors que les Anglais qui ont reçu d’importants renforts passent à l'offensive dans le Carnatic.

Pendant ce temps à l'Île-de-France, la Compagnie des Indes déploie des efforts gigantesques pour armer la division navale en faisant venir du ravitaillement de Madagascar et du Cap. Le 10 septembre 1759, d'Aché revient sur les côtes indiennes avec des renforts et de l'argent. Il livre un nouveau combat victorieux pour repousser Pocock, mais à peine a-t-il mouillé devant Pondichéry qu'il s'empresse, inquiet, de se réfugier dans les Mascareignes.  

La côte de Coromandel étant abandonnée à la Royal Navy, le sort des établissements français de l'Inde est scellé. Pondichéry, assiégé par seize vaisseaux et quinze mille hommes, capitule en janvier 1761 après dix mois de siège et la ville est ravagée de fond en comble. Mahé tombe le mois suivant. Ne reste plus à la France que l'archipel des Mascareignes où se sont repliés les vaisseaux français. Tandis que D'Aché rentre en mars 1761, d'Estaing fait, depuis l'Île-de-France, une brillante campagne corsaire avec deux navires dans le golfe Persique et à Sumatra, où il saccage de nombreux comptoirs anglais.

L'entrée en guerre de l'Espagne en 1761 sauve l'Île-de-France d'un débarquement anglais massif, mais la marine espagnole ne fait pas le poids car elle ne peut empêcher la Royal Navy de s’emparer de La Havane le 13 août 1762, de faire la conquête de la Floride, puis de prendre Manille le 22 septembre 1762.

 

La Royal Navy dominait le monde en 1763, lors du traité de Paris, et les prises furent en conséquence.

 

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1758-1759: LA MARINE ROYALE COULE

14 Décembre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

1758-1759: LA MARINE ROYALE COULE

Le pire est en effet pour Brest, ravagé par une épidémie de typhus qui s’était déclarée pendant le retour de l’escadre de Dubois de La Motte depuis Louisbourg. Le 23 novembre 1757, il avait débarqué́ 5 000 malades qui contaminèrent toute la ville et firent entre 10 et 15 000 morts.

 

Le désastre sanitaire de Brest entraine une quasi rupture des liaisons en 1758 avec le Canada, les Antilles et l'océan Indien. Sur les cinq divisions qui quittent Rochefort ou Brest, seule celle de Du Chaffault, chargée de renforts pour le Canada réussît à forcer le blocus anglais, à l’aller comme au retour.

Louisbourg, que la Marine n'est maintenant plus capable de défendre, est prise à l’été 1758 et les portes du Canada sont désormais ouvertes. La Royal Navy profite de la faiblesse de la Marine Royale pour ratisser les cotes françaises. Des essaims de frégates raflent méthodiquement pécheurs, caboteurs, navires coloniaux et autres corsaires imprudents, ce qui prive progressivement la marine de guerre de son réservoir d'hommes. Rien qu’en 1758, 14 000 sujets de Louis XV sont capturés en mer. Dans les centres de tri, s’entassent les occupants des navires marchands quel que soit leur âge, leur sexe et leur statut, marchands, artisans embarqués, domestiques, passagers, femmes et enfants.
En 1759, c’est plus de 50 000 marins qui croupissent dans les sinistres pontons anglais et 60 000 à la fin de la guerre, en 1763.

La marine anglaise fait aussi régner l'insécurité sur les cotes françaises par une série de raids de diversion. En juin 1757, la Royal Navy débarque à Bormes-les-Mimosas pour se ravitailler. L'ile d'Aix est brièvement occupée entre le 20 et le 30 septembre 1757. Le 18 juin 1758, ce sont 15000 Anglais qui débarquent à Cancale et à Paramé où ils détruisent quatre-vingt navires marchands. Le 7 aout, c'est Cherbourg qui est victime d'un raid dévastateur de 10 000 « tuniques rouges ». La ville est mise à sac et toutes ses installations portuaires sont détruites. En septembre 1758, les Anglais débarquent près de la cité corsaire de Saint-Malo, avec la claire intention de lui faire subir le même sort qu'à Cherbourg, mais la défense vigoureuse du gouverneur de Bretagne à Saint-Cast rejette les envahisseurs à la mer avec de lourdes pertes. En juin 1759, la Royal Navy canonne l'anse des Sablettes (Toulon) et en juillet c'est Le Havre qui est pilonnée pendant 52 heures. La ville est ravagée. En juillet 1760, un raid détruit les batteries françaises de l'embouchure de l'Orne. Au printemps 1761, c'est Belle-Île qui est saisie par les Anglais jusqu'à la fin de la guerre.

Le gouvernement anglais s'arroge aussi le droit de contrôler tous les navires neutres afin de saisir les marchandises françaises arrivant des colonies. Les tribunaux de la Jamaïque et de la Barbade couvrent les saisies en jugeant de bonne prise plusieurs dizaines de navires néerlandais et espagnols, au grand scandale des capitales concernées. C'est une des raisons qui expliquent le refus des Provinces-Unies d'entrer en guerre au côté de Londres et qui explique aussi le rapprochement entre Madrid et Versailles.

1759 est l'année des désastres, car Versailles ordonne à l'escadre de Toulon de rejoindre celle de Brest pour une nouvelle tentative de débarquement en Angleterre. Mais l’escadre de Toulon est défaite sur la côte espagnole et portugaise, réduisant d'un tiers l'escorte prévue. Malgré la saison très avancée qui rend périlleuse la concentration des navires de transports, Versailles maintient ses plans d’invasion. Conflans fait sortir sa flotte de Brest le 14 novembre, qui est repérée aussitôt par les forces de Hawke qui montent la garde devant le port breton.

Les Français sont rattrapés le 20 novembre au milieu d'une tempête dans un secteur parsemé de hauts-fonds dangereux où Conflans pensait que Hawke n'oserait pas s'aventurer. Deux vaisseaux anglais s'échouent et sombrent en effet, mais l'arrière-garde française, prise en tenaille, se fait laminer près des récifs des Cardinaux. Le 21 au matin, huit vaisseaux abandonnent leur chef pour se refugier à Rochefort. Le soir, c'est encore sept vaisseaux qui se sauvent à toutes voiles pour se refugier dans l'estuaire de la Vilaine. Restent deux bâtiments coincés au Croisic dont le navire-amiral, le Soleil Royal (80 canons). Il ne reste plus à Conflans, abandonné de tous, qu’à se résoudre à les incendier pour éviter leur capture.

 

Ces défaites, qui coûtent onze vaisseaux à la Marine Royale et dispersent le reste des unîtes jusque dans des ports étrangers, ruinent le plan d'invasion et achèvent de laisser à l'Angleterre triomphante la maitrise des mers.

 

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UNE GUERRE QUI COMMENCE BIEN, MAIS...

22 Novembre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

PRISE DE PORT-MAHON (MINORQUE)

PRISE DE PORT-MAHON (MINORQUE)

Lors des deux premières années du conflit, la France se défend bien grâce à̀ l'action déterminée du ministre de la Marine, Machault d'Arnouville qui a anticipé́ le conflit.

 

Malgré la rafle des navires civils français en 1755, la Royal Navy rate le début de cette guerre qu'elle a pourtant longuement préparée. Au courant des préparatifs de la marine anglaise en Amérique du Nord, Machault d'Arnouville réussit au début de 1755 à faire passer des renforts au Canada malgré́ le blocus du Saint-Laurent, puisqu’une flotte de dix-huit bâtiments commandés par Dubois de La Motte y achemine 3 000 soldats. Dès qu’il apprend les interceptions anglaises, Machault d’Arnouville arme aussitôtrois divisions à Toulon, Brest et Rochefort.

En 1756, de nouveaux renforts pour le Canada, 1 500 hommes, avec à leur tête le calamiteux Montcalm, sont escortés sains et saufs par les trois vaisseaux et les trois frégates de Beaussier de l'Isle. De son côté́, la division de trois vaisseaux et de trois frégates commandée par de Kersaint détruit les établissements anglais de la côte d'Angola puis passe aux Antilles et livre bataille à une division anglaise qui est forcée de se retirer. Du Chaffault, sur la frégate l’Atalante (36 canons), réussit même l'exploit de s'emparer, au large de la Martinique, d'un vaisseau anglais de 60 canons, le HMS Warwick, et de le ramener à̀ Brest.

En Méditerranée se déroulent les opérations les plus importantes, avec l'attaque de la grande base anglaise de Port-Mahon à Minorque. L'opération, préparée avec soin, est conçue comme des représailles aux rafles de navires civils en pleine paix. Une flotte de douze vaisseaux, cinq frégates et cent-soixante-seize bâtiments de transport commandée par La Galissonnière, quitte Toulon en avril 1755 sans avoir été́ repérée par les espions anglais. Elle réussit à faire débarquer sans encombre les 12 000 hommes du Marechal de Richelieu, puis repousse les vaisseaux de Byng accourus depuis Gibraltar pour secourir la place. La victoire est complétée par le débarquement en novembre 1756 de 3 600 hommes en Corse, pour mettre l'île à l'abri des tentatives de débarquement de La Navy.

Ces succès français, ressentis comme une humiliation à Londres, valent à Byng de passer en cour martiale et d'être condamné à mort. 

1757 reste encore une année favorable à la France. Les chantiers navals, permettent à la flotte de dépasser cette année-là le chiffre de cent vaisseaux et frégates, tandis que les opérations navales sont satisfaisantes dans l’Océan Indien et l’Atlantique: une petite division de navires de la Compagnie des Indes commandée par le comte d'Aché part en mai 1757 pour Pondichéry avec un renfort de 4000 hommes qui arrivent à̀ bon port l'année suivante. Début 1757, Québec et l'île Royale sont ravitaillées, puis Louisbourg est défendue victorieusement grâce à une importante concentration navale: alors que Londres a envoyé́ une escadre de dix-sept vaisseaux, seize frégates et 15000 soldats pour attaquer la place, Dubois de La Motte rassemble en face trois divisions dans le port, soit un total de dix-huit vaisseaux, quinze frégates et 11 000 soldats. Il en résulte que les Anglais n’osent pas attaquer la forteresse de Louisbourg.

Cependant la situation se dégrade en Méditerranée, car l’escadre de Toulon est minée par les désertions du fait du non-paiement des équipages depuis un an. Il en résulte que La Clue ne réussit à mobiliser qu'une petite division de six vaisseaux et deux frégates pour escorter des renforts vers les Antilles et le Canada. Il quitte Toulon en décembre 1757, mais n'ose pas franchir le détroit de Gibraltar barré par quatorze vaisseaux anglais et se réfugie à Carthagène, poursuivi par la Royal Navy. Un petit renfort de trois vaisseaux et une frégate venue de Toulon sous les ordres de Duquesne de Menneville est anéanti devant le port (voir mon billet : « La bataille de Carthage » http://andreboyer.over-blog.com/2016/12/la-bataille-de-carthagene.html). La Clue, poursuivi par Boscawen, rentre péniblement sur Toulon en mai 1758 alors que le port, en panne de matelots, reste inactif cette année-là̀.

 

Mais la situation est encore pire à Brest.

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LES PRÉPARATIFS DE L'ENTRE-DEUX GUERRES

1 Novembre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

WILLIAM PITT LE JEUNE

WILLIAM PITT LE JEUNE

Rien n'était règlé́. Le traité n'établissait pas une paix stable, si bien que la guerre de Sept Ans apparut comme une suite logique du conflit dit de la Succession d’Espagne.

  

Le traité de paix d’Aix-la-Chapelle en 1748 rendit Louisbourg à la France en échange de Madras, sans faire disparaitre la concurrence commerciale et coloniale entre Londres et Versailles, en Amérique du Nord et aux Indes.

La même année, Maurepas liquide le corps des galères, tout en conservant les condamnés dans les ports qui formeront la majeure part de la main d’œuvre de force de la Marine Royale jusqu’au XIXe siècle. Il demande au Roi de doter la France d'une flotte de guerre proportionnelle à son empire colonial : « Quoi qu'il en soit, il convient que les forces de la France soient réglées relativement à celles des autres États maritimes. Je ne prétends pas que l'on doive avoir cent-vingt-cinq vaisseaux depuis 50 jusqu'à 100 canons, comme il parait que les Anglais les ont. (...) Il suffit d'entretenir soixante vaisseaux de guerre, lesquels réunis à ceux des alliés pourront balancer la puissance maritime des Anglais, car je suppose que le Roi aura pour alliés quelques-uns des autres États maritimes. »

Louis XV n’en augmente pas pour autant les crédits et Maurepas est disgracié en 1749 à la suite d'une cabale de Cour. Cependant les ministres qui succèdent à Maurepas jusqu’en 1757, Rouillé et Machault d'Arnouville, suivent la politique de leur prédécesseur, tandis que la suppression du corps des galères a permis de dégager des marges de financement.

Grâce au rythme élevé́ des mises en chantier, quarante-trois vaisseaux sont mis à̀ l’eau entre 1748 et 1755 et les effectifs flirtent avec les soixante vaisseaux de ligne, soit quatre-vingt-deux navires au total en y ajoutant les vingt-deux frégates, ce qui correspond à̀ l'objectif énoncé́ quatre ans plus tôt par Maurepas. Machault d'Arnouville, qui pense la reprise de la guerre inévitable réussit même à constituer un stock de bois de construction.

Si la Marine française est plus jeune et plus puissante en 1755 qu'en 1748, elle souffre de plusieurs handicaps, comme la faiblesse de son entrainement, la négligence des questions sanitaires  mais pour en arriver là, il a fallu rogner fortement sur l'entrainement, notamment des enseignes de vaisseau ou des canonniers, tandis qu’aucun progrès n'a été́ fait sur les questions sanitaires et le sort des matelots qui sont moins bien nourris, soignés, habillés, payés et entraînés que les marins anglais.

De son côté, la Royal Navy essaie de corriger ses faiblesses en copiant les vaisseaux français de 74 canons. Elle développe un système de ravitaillement à la mer en produits frais pour vaincre le scorbut, ce qui lui permet de tenir l'Atlantique des mois devant Brest, y compris en hiver. Elle construit aussi des bases bien équipées dans les Antilles pour pouvoir réparer sur place ses escadres et faire reposer les équipages pour se prémunir des épidémies tropicales.

Mais le plus important est que Versailles a fait le choix de la paix, contrairement à Londres, qui porte au pouvoir en 1754-1755, des hommes comme William Pitt bien déterminés à briser l'expansion commerciale et coloniale de la France.

Visant un maximum d’efficacité (et de perfidie), Londres engage les hostilités sans déclaration de guerre. Les Anglais commencent par s'en prendre avec une extrême violence aux populations d'Acadie qui refusent de prêter serment de fidélité. Puis, toujours sans déclaration de guerre, ils s’en prennent aux navires de commerce français. Même si Duguay, avec neuf vaisseaux, permet à plusieurs convois d'Amérique de rentrer sains et sauf sur Brest, les amiraux anglais raflent de septembre à novembre 1755 trois cents navires de commerce français et 6 000 marins, alors que le nombre total de marins dont dispose la France ne dépasse pas 50000 marins. Les Anglais confisquent les marchandises dont ils tirent 30 millions de livres tournois, presque l’équivalent du budget annuel de la Marine Royale.

Cette situation semble irréelle, avec une France qui reste stoïquement en paix face à des Anglais conduits par William Pitt qui lui font la guerre.

 

Ce n'est qu'en décembre 1755 que Louis XV, ouvrant enfin les yeux sur l'agression anglaise, lance un ultimatum exigeant, en vain, la restitution des navires saisis et ce n’est qu’au printemps 1756 qu'il rappelle ses diplomates et déclare officiellement la guerre au Royaume-Uni.

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LA RESISTANCE DE LA MARINE ROYALE

7 Octobre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA BATAILLE DU CAP FINISTERRE (1747)

LA BATAILLE DU CAP FINISTERRE (1747)

Durant la guerre de Succession d’Autriche qui se termine en 1748 par le traité d’Aix-La-Chapelle, la Marine Royale résiste bien à une Royal Navy toujours supérieure en nombre.

 

Pendant ce conflit, l’escorte des convois marchands fut une des réussites majeures de la Marine Royale, face au blocus anglais. Sur les quarante-quatre vaisseaux disponibles en mai 1744, Maurepas en déploie vingt-et-un, soit presque la moitié, sous forme de petites escadres dans l’Atlantique ou aux Antilles pour protéger le commerce colonial. De plus, nombre de planteurs ont recours au pavillon neutre néerlandais pour fournir l’Europe, si bien que, ajouté à une politique réussie des convois, le commerce colonial français atteindra, à la fin de la guerre, 60% du trafic du temps de paix.

Il s’y ajoute la guerre de course. Il y aurait eu environ quatre cents armements corsaires qui ont permis d’obtenir mille quatre-cents prises et quatre-cent-cinquante rançons grâce aux corsaires basés en France métropolitaine, soit l'équivalent de deux ans de commerce colonial. À ces chiffres il faut ajouter l’émergence de la course antillaise, qui se développe à partir de Saint-Domingue et de la Martinique. De 1744 à 1747, cinquante corsaires martiniquais saisissent plus de trois-cent-cinquante navires pour 10 millions de livres tournois, permettent le ravitaillement des iles et gênent considérablement le commerce colonial anglais. Les Espagnols, qui pratiquent aussi la course, saisissent environ mille navires.

Finalement, plus de trois-mille-quatre-cents navires anglais seront capturés pendant le conflit pour une valeur minimale de 120 millions de livres tournois, tandis que la course anglaise se révèlera plus décevante : la guerre de course ne fut donc en rien une activité́ marginale durant la guerre de Succession d’Autriche.

En Méditerranée la situation évoluera aussi progressivement en faveur des Français même si les opérations y resteront secondaires. La Royal Navy mouille régulièrement sur les côtes provençales, mais sans pouvoir reprendre le blocus de Toulon levé́ en 1744.

Cette guerre fut donc très décevante pour l'Angleterre, qui ne parvint pas, malgré́ sa supériorité́ navale, à s'emparer des colonies françaises, hormis Louisbourg, et à étouffer son commerce. Mais en 1747, la Royal Navy changera d’amiraux et de stratégie, en mettant en place une nouvelle escadre, le Western Squadron, chargée de surveiller les côtes françaises de l'Atlantique et le port de Brest en particulier, ce qui aboutira à̀ de grandes batailles navales, les batailles du cap Ortegal en mai 1747 et du cap Finisterre en octobre 1747.

La première bataille mit aux prises les six vaisseaux de La Jonquière aux quatorze d'Anson, la seconde les huit vaisseaux de Létanduère aux quatorze de Hawke. Les deux divisions françaises succomberont après des combats acharnés, révélant au passage la qualité́ des nouveaux vaisseaux français de 74 canons alors que les Anglais essuyèrent de lourdes pertes. Ces deux batailles vont cependant avoir des répercussions considérables sur l'organisation de la Royal Navy et finalement, influer fortement sur la préparation du conflit suivant. Côté français, à la suite de ces bataille, Maurepas renforce l'escorte qui passe à huit vaisseaux, dont quatre de force (un 80 canons et trois de 74).

Début 1748, le rapport de force avec la Royal Navy est devenu trop déséquilibré pour être tenable. Avec vingt-trois vaisseaux et frégates pris, coulés ou naufragés, les deux dernières années de la guerre et malgré les lancements. La Marine Royale est passée de soixante-dix-neuf vaisseaux et frégates en 1745 à cinquante en 1748. En outre, vingt-sept vaisseaux sont en très mauvais état ou hors de service et 35000 marins français ont été capturés.

 

La paix d'Aix-la-Chapelle (18 octobre 1748) arriva juste à̀ temps pour empêcher un effondrement de la Marine Royale dont heureusement l'Angleterre n'eut pas conscience.

 

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