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Le blog d'André Boyer

histoire

SUR MER, LA GUERRE DE SUCCESSION D'AUTRICHE

17 Septembre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

PRISE DE MADRAS

PRISE DE MADRAS

La guerre de Succession d’Autriche qui commence en 1744 mobilise une Marine royale préparée à la guerre depuis 1739, par l’appui qu’elle apporte à l’Espagne contre l’Angleterre dans la guerre de l'Oreille de Jenkins.

 

Fleury double le budget de la marine qui passe de 9,4 millions de livres tournois en 1739, à 15,4 millions en 1740, puis 19,3 millions en 1741. On lancera en moyenne huit navires chaque année pendant le conflit, ce qui reste malgré tout modeste par rapport à ce dont dispose la Royal Navy.

La Marine royale dispose en 1744 de cinquante et un vaisseaux et de vingt-sept frégates pour faire face aux cent-vingt vaisseaux anglais, avec comme stratégie d’escorter les convois marchands, de transporter des troupes et de maintenir l'ouverture des lignes maritimes, tout en évitant tout engagement direct avec un ennemi qui dispose de plus de moyens.

En février 1744, une escadre de dix-neuf vaisseaux quitte le Ponant pour protéger le débarquement du prétendant Stuart accompagnée d'une forte armée, mais rebrousse chemin devant Calais à cause du mauvais temps et d’une force anglaise très supérieure. Le même mois, la victoire (22 février 1744) du cap Sicié met fin à vingt-deux mois de blocus anglais et libère l'escadre espagnole refugiée dans Toulon. Une bataille en ligne oppose les vingt-huit vaisseaux franco-espagnols de Court La Bruyère et Navarro aux trente-trois voiles et neuf frégates de Matthew. La victoire laisse trois vaisseaux anglais hors de combat, dont le navire amiral.

Maurepas en profite pour demander une forte hausse des dépenses pour la marine afin de protéger les îles françaises et le commerce colonial: « J’ai trop souvent entendu dire par des ministres étranger que notre marine était trop négligée, qu’il vaudrait mieux que le roi eût 50 000 hommes de moins et cinquante vaisseaux de plus, qu’on ne pourrait imaginer l’effet que cette augmentation de vaisseaux produirait sur les cours étrangères, que se serait le moyen le plus sûr de se faire craindre et respecter, de se procurer des alliés et de prévenir les guerres que l’agrandissement de notre commerce et la faiblesse de nos forces navales nous occasionne. »

Louis XV n’accorda pas tous les crédits demandés, mais il organisa avec les moyens dont disposait la Marine royale une nouvelle tentative de débarquement en Angleterre. Un corps expéditionnaire fut rassemblé sous les ordres du duc de Richelieu pour aller soutenir le prétendant Charles Édouard Stuart qui avait réussi à débarquer en Écosse en 1745. Mais la Royal Navy bloqua la côte française et attaqua les navires de débarquement, obligeant à renoncer au débarquement en mars 1746.

En septembre 1746, la Royal Navy décida de monter un raid de représailles sur Lorient, le grand port de la Compagnie des Indes, mais, surpris par la facilité du débarquement, les Anglais craignirent un piège et rembarquèrent sans avoir rien tenté alors que la côte française était presque sans défense.

En Amérique du Nord, Louisbourg était, selon l’opinion des Anglo-Américains un « pistolet braqué sur le cœur de la Nouvelle-Angleterre ». Ces derniers montèrent donc une expédition pour attaquer la place. 4000 hommes portés par 68 vaisseaux se rassemblèrent à Boston en mars 1745 (4 000 hommes de troupes et des milices), débarquèrent sans encombre et prirent la forteresse en 49 jours, mal défendue par une garnison en révolte.

Cette défaite, qui permit la capture de nombreux vaisseaux marchands et ouvrit les portes de la Nouvelle-France à l’invasion entraina une réaction énergique de Maurepas : il monta l’année suivante une expédition de reconquête avec cinquante-cinq à soixante bâtiments de charge portant 3 500 hommes de troupe escortés par dix vaisseaux, trois frégates et trois navires à bombarde. Il prévoyait même de détruire Boston en représailles.

Cependant à Brest l’on n'avait pas vu de tels armements depuis des décennies on eut de la peine à̀ rassembler rapidement les moyens requis. Aussi l’expédition, confiée au duc d’Anville, partit tard dans la saison, traversa lentement l’Atlantique à cause de vents contraires aux Açores et n’arriva devant Louisbourg qu’à l’automne 1746. Bousculée par les tempêtes, ravagée par les épidémies, il lui fallut rentrer sans avoir combattu. Cette expédition ratée illustre les limites logistiques et sanitaires de l’époque quant à̀ la conservation des aliments frais et à la lutte contre les maladies contagieuses, problème auquel était aussi confrontée la Royal Navy.

Heureusement, l’échec de la tentative de reprise de Louisbourg ne se révéla pas catastrophique car les Anglo-Américains se montrèrent incapables d’exploiter leur succès. Le Canada français restera inviolé́ jusqu’à̀ la fin de la guerre malgré́ l’inertie de son gouverneur.  

Aux Indes, la situation tourna à l'avantage des Français, avec la prise en 1746 de Madras, le « Londres indien ». L'opération fut orchestrée avec brio sur terre par Dupleix et sur mer par La Bourdonnais avec une poignée d'hommes et de navires. Ce dernier réussit à armer une petite escadre de fortune de neuf bâtiments dont un seul, l'Achille (70 canons), était un véritable vaisseau de guerre, les autres entant des bâtiments de la Compagnie des Indes armés en flûte. Il livra une difficile bataille devant Négapatam aux six vaisseaux de guerre de l'Anglais Peyton (juillet 1746) qu’il mit en fuite. Cette victoire donna aux Français le golfe du Bengale, assura la protection de Pondichéry, puis le blocus et la prise de Madras, faiblement défendue par une maigre garnison équipée d'une artillerie obsolète. C'était un coup très dur pour le commerce anglais en Inde. Dupleix écrasa avec 1 000 hommes, dont 300 européens et 700 cipayes, les 10 000 indiens arrivés en renfort à la solde des Anglais.

La victoire fut en partie gâchée par la violente dispute qui opposa Dupleix à La Bourdonnais au sujet du sort de Madras, le premier voulant conserver la ville ou la détruire, le second voulant la rendre contre rançon aux Anglais. La Bourdonnais dut céder et rentrer avec ses vaisseaux sur l'Isle de France alors que Dupleix rasait la ville. Pour venger cette offense, l'amirauté́ anglaise dépêcha une flotte avec 6 000 soldats, alors que Dupleix n'avait plus de soutien naval. En vain. Pondichéry fut copieusement bombardée, mais Dupleix repoussa les assiégeants et Madras resta entre les mains des Français.

 

Dans les Antilles, les Anglais s’emparèrent de quelques petites iles, tandis que la France s’abstenait d’attaquer la Jamaïque qu’elle aurait pu prendre. Tacitement, les belligérants ne souhaitaient pas entreprendre une guerre acharnée aux Antilles à cause des épidémies tropicales qui décimaient souvent les escadres.

 

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DÉROUTE BRITANNIQUE À CARTHAGÈNE

6 Septembre 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

DÉROUTE BRITANNIQUE À CARTHAGÈNE

La première cible britannique de cette guerre inique fut Portobelo, petit port de la Nouvelle Grenade, actuellement au Panama. Le 1er décembre 1739, six vaisseaux de ligne sous le commandement de l’amiral Edward Vernon écrasèrent une bourgade mal défendue et prise au dépourvu, qui fut ensuite mise à sac. 

 

Les Anglais célébrèrent cette facile victoire sans retenue, tandis que les Espagnols se réorganisaient pour résister aux attaques britanniques : ils mettaient en alerte leurs troupes coloniales, renforçaient les défenses de leurs ports, décentralisaient le transport des métaux et prenaient la route du Sud, par le cap Horn. 

Encouragée par le succès du raid sur Portobelo, la Grande-Bretagne décida d’attaquer les colonies espagnoles du Pacifique, avec pour objectif de capturer le « galion de Manille ». Le commodore George Anson prit la tête d'une flotte composée du navire de ligne HMS Centurion, de quatre frégates, d'un sloop et de deux navires de transport. Après d’extraordinaires difficultés et d’immenses pertes, l’obstination de George Anson fut récompensée. Le 20 juin 1743, il finit par capturer le galion chargé d’argent La Nuestra Señora de Covadonga, et il le ramena triomphalement en Grande Bretagne le 15 juin 1744. 

Mais l’affrontement majeur eut lieu à Carthagène et il se traduisit par une déroute britannique. 

Les Anglais avaient en effet décidé de prendre Carthagène, parce qu’elle constituait, avec Vera-Cruz et La Havane, l'un des trois grands ports d'où̀ étaient exportés les métaux précieux vers l'Espagne. En outre la ville n'était défendue que par six vaisseaux de ligne et 3 300 hommes. Sans lésiner sur les moyens, le gouvernement britannique envoya une expédition dotée de moyens énormes, 186 navires, dont 29 vaisseaux de ligne portant 2 620 canons et 31 000 hommes, marins et hommes de troupe. 

La flotte britannique commença par bombarder Carthagène pendant deux semaines avant de lancer ses vagues d'assaut le 5 avril 1741, utilisant des centaines de chaloupes qui déversèrent sur les plages des assaillants dotés d’artillerie légère. Face à ce déferlement, les Espagnols reculèrent en combattant pied-à-pied, sabordant deux de leurs vaisseaux pour boucher le chenal ce qui brisa l'élan des Britanniques. Une deuxième tentative d'attaque côté́ mer, associée à une attaque de diversion côté terre, échouèrent de même. 

Car Carthagène était défendue par un excellent officier, le commandant Don Blas de Lezo, borgne, manchot et unijambiste. Il avait choisi de pratiquer une défense élastique autour de la ville, comptant sur l’aide de la saison des pluies qui avait justement commencé début avril. Il s’aidait aussi d’un terrain défavorable aux attaquants, du fait de plages basses de sable mou, de marécages et d’une lagune peu profonde.

Le déroulement du siège montra que Don Blas de Lezo ne s’était pas trompé de stratégie. Le temps passant, les Britanniques éprouvèrent de plus en plus de difficultés à̀ approvisionner leurs hommes et à entretenir leurs bateaux. Avec l’arrivée des pluies tropicales, la chaleur, l'humidité́, les moustiques accrurent l'insalubrité́ du camp britannique inondé de trombes d'eau, la boue paralysa l'artillerie et des fantassins lourdement équipés, tandis que les maladies tropicales décimaient leurs troupes. 

Face à̀ une garnison espagnole à l'abri derrière ses remparts, habituée au climat et soudée derrière son chef, le corps expéditionnaire britannique ne tarda pas à̀ offrir le spectacle de vaisseaux mal entretenus ou à l'abandon faute de personnel, d’hommes de troupe affames, malades et démoralisés. Les pertes moyennes du fait du climat et des maladies afférentes atteignirent rapidement trois cents hommes par jour. 

Pour le malheur des Britanniques, il s’ajoutait aux difficultés précédentes un conflit personnel entre l'amiral Vernon et le général Wentworth. Lorsque ce dernier voulut lancer un assaut général contre Carthagène, l'amiral trouva un prétexte pour lui refuser l'appui-feu des canons de ses navires. La désorganisation ajouta à la confusion : un assaut, lancé dans la nuit du 14 avril 1741, échoua parce que les échelles étaient trop courtes, ce qui permit aux assiégés de tirer à bout portant sur la masse des assaillants empêtrés dans les douves au pied des remparts et de faire une sortie pour massacrer tous les survivants. 

Les Britanniques enrageaient d’une aussi forte résistance opposée par une aussi faible garnison. Ils s’obstinèrent à leur habitude, n’aboutissant qu’à accroitre leurs pertes. Lorsque les pluies s'intensifièrent, transformant leur camp en bourbier, ils se replièrent sur leurs bateaux où la promiscuité provoqua un nouvel accroissement du nombre de malades. 

Ce ne fut qu’à la mi-mai 1741, au bout de 67 jours de siège, que l'amiral Vernon et le général Wentworth convinrent que leurs énormes pertes, 18000 hommes sur 31000, montraient qu’ils risquaient d’être totalement décimés à terme. Complètement démoralisées, les troupes britanniques abandonnèrent le siège pour se replier à la Jamaïque. Comble d’humiliation, ils durent se résoudre à détruire cinquante navires qu’ils étaient incapables de ramener avec eux.   

Le plus curieux est, qu’alors que le désastre était presque achevé, la nouvelle d'une écrasante victoire parvint en Grande-Bretagne. La Cour exulta, des médailles commémoratives furent frappées, la presse se répandit en louanges…jusqu’à l’annonce de la catastrophe et d’un nouvel échec de Wenworth dans une tentative de débarquement à Guantanamo (18 juillet 1741).

Les Britanniques tentèrent alors de porter le conflit en Méditerranée, mais ils échouèrent de même, lorsque deux flottes anglaises rassemblées furent vaincues lors de la bataille du cap Sicié en février 1744, par une escadre espagnole appuyée par une escadre française. Ils échouèrent aussi en Floride, qui resta espagnole après diverses tentatives d’invasion. 

Les Britanniques finirent par reconnaitre leur échec face aux troupes espagnoles lors du Traité d'Aix-la-Chapelle en 1748 et jamais au cours du XVIIIe siècle, ils ne parvinrent à conquérir de colonies espagnoles. Mais leur obstination fut récompensée à la fois par des victoires navales contre les flottes franco-espagnoles du cap Saint-Vincent (1797), de la baie d'Algésiras (1801), du cap Finisterre et de Trafalgar (1805) et par la prise de colonies françaises en Inde et au Canada. 

 

Comme l’ont montré les Espagnols, il a donc manqué à la France plus de constance dans sa politique coloniale pour faire face à l’obstination britannique. En tout cas, si Québec avait été défendu par le vieux commandant Don Blas de Lezo, jamais la France n’aurait perdu le Canada. 

 

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L'OREILLE DE JENKINS

28 Août 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

JENKINS MONTRE SON OREILLE AU PREMIER MINISTRE, WALPOLE

JENKINS MONTRE SON OREILLE AU PREMIER MINISTRE, WALPOLE

Les Anglais ne peuvent pas accepter les succès français dans les colonies, en Inde, aux Antilles et au Canada. Manifestement, ils se préparent à la guerre contre leur seul concurrent, la France coloniale. 

 

La Compagnie des Indes avait un pouvoir important. Elle avait le droit, au nom du roi de France de conclure des traités avec les princes indiens, de battre monnaie et de rendre la justice, en s'appuyant sur une force armée navale et terrestre. Lorient, siège de la Compagnie, bénéficiait de la prospérité́ de celle-ci, mais les autres grands ports atlantiques comme Nantes et Bordeaux voyaient leur trafic s'envoler grâce aux bénéfices du trafic triangulaire entre l'Europe, l'Afrique et les Antilles.

Notamment, l'essor de ces dernières est spectaculaire. Entre 1715 et 1740, on constate à la fois l'augmentation de la population blanche, du nombre d'esclaves, de la production de sucre et du commerce atlantique. À Saint-Domingue, la production de sucre brut décuple entre 1714 et 1742. 

Pendant la même période, le commerce franco-américain connait une croissance moyenne de 22 % l'an, alors que le commerce anglo-américain ne connaît qu'une expansion de 6 % l’an : la France rattrape son retard rapidement sur le Royaume-Uni dans le commerce colonial.

Or, au XVIIIesiècle, la marine française se retrouve seule face à̀ la marine anglaise après l'effacement de la marine néerlandaise. Cette dernière, qui avait mobilisé́ aux côtés de la Royal Navy des flottes de cent vaisseaux contre les escadres de Louis XIV, ne cesse de décliner. Elle n’a plus que trente-trois vaisseaux en 1745, puis vingt-huit en 1760. Les Provinces-Unies ont accepté́ les prétentions anglaises au contrôle militaire des mers, et vivent désormais à l'ombre de leur ancienne rivale. L'Espagne fait de son côté́ un grand effort de réarmement naval, mais la flotte espagnole, peu manœuvrante et mal équipée, n'est guère en mesure d'inquiéter la Navy. La rivalité franco-anglaise sur les mers ne peut qu’engendrer la guerre et c’est ce que prévoit un auteur anonyme en 1734 qui publie un Mémoire sur les moyens de faire la guerre à l'Angleterre d'une manière qui soit avantageuse à la France, ou pour prévenir que le roi d'Angleterre ne nous la déclare. Il observe en effet que si l’Angleterre entretient depuis les traités de paix de 1712-1713 une coûteuse flotte de plus de cent vaisseaux, sans compter les frégates, c’est pour faire la guerre à son seul ennemi potentiel, qui ne peut être que la France.

Cependant, durant les années 1720-1730, les campagnes navales françaises sont limitées à quelques engagements contre les Barbaresques et à quelques démonstrations dans la Baltique, en raison d’une politique très prudente du cardinal de Fleury. En effet, la guerre de Succession de Pologne (1733-1738) force le gouvernement à envoyer dans la Baltique une petite force de neuf vaisseaux et cinq frégates, porteuse de 1 500 hommes de troupe pour appuyer le nouveau roi de Pologne qui vient d’être élu avec le soutien de la France contre le candidat des Russes et des Autrichiens. Mais sous la pression russe, le nouveau roi, Stanislas 1er doit se réfugier à Dantzig puis en France et l’aide de la flotte française restera symbolique. 

La guerre, qui deviendra ensuite la guerre de Succession d’Autriche reprend dés 1739 avec la guerre dite de l’ « Oreille de Jenkins » entre l'Espagne et l'Angleterre. Cette guerre est un pur produit de l’impérialisme anglais. 

Les Espagnols ne pratiquent pas eux-mêmes la traite des Noirs mais achètent un nombre important d’esclaves d’origine africaine pour leurs colonies. Lors du Traité d’Utrecht de 1713, l’asiento pour les colonies espagnoles, à savoir le monopole de la traite des Noirs, a été concédé à la Grande-Bretagne pour une période de trente ans. Par ailleurs, l’importation de marchandises britanniques dans les colonies espagnoles est contingentée, à raison d’un navire britannique de marchandises par an. Or les Anglais organisent la contrebande qui est théoriquement réglementée par le traité de Séville de 1729, selon lequel tout bateau espagnol, même privé, peut inspecter tout bateau de commerce britannique croisant dans les eaux espagnoles. Ce « droit de visite » n’est accepté que du bout des lèvres par les Britanniques. 

Aussi, lorsqu’en 1731, un navire contrebandier britannique, le Rebecca, est arraisonné dans les eaux espagnoles par un navire espagnol et que son capitaine saisit au collet le capitaine britannique, Robert Jenkins et lui tranche une oreille en lui disant : « Porte-la à ton roi, et dis-lui que je lui ferai la même chose si je le vois par ici ! », les Britanniques y voient une humiliation inacceptable pour un sujet britannique, même contrebandier.

Les parlementaires tories n’hésiteront pas, huit ans après l’incident (sic), à faire comparaitre Jenkins devant la Chambre des Communes pour qu’il raconte son histoire et montre le bocal contenant son oreille. On imagine aisément les parlementaires poussant des cris d’indignation, exigeant que l’honneur britannique soit lavé de cet insupportable affront fait à un contrebandier anglais, et sous le coup de l’émotion savamment simulée, obtenant du premier ministre Walpole, pourtant partisan de la paix, de déclarer la guerre à l’Espagne, le 30 octobre 1739. 

 

Les Anglais n’ont jamais eu peur de la plus grossière manipulation pour arriver à leur fin. Le général Colin Powell, brandissant une soi-disant fiole d’anthrax à la tribune des Nations Unies n’est que leur digne successeur. 

 

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LES PROGRÈS DE LA MARINE ROYALE ET DE LA COLONISATION

25 Juillet 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE SOLEIL ROYAL CONTRE LE ROYAL GEORGE, 1759

LE SOLEIL ROYAL CONTRE LE ROYAL GEORGE, 1759

Pendant la première moitié du XVIIIesiècle, la Marine Royale perfectionne et uniformise ses techniques de construction de navires de guerre. 

 

Maurepas, avec l’aide de Duhamel du Monceau, a substitué à la formation théorique, ponctuelle et locale donnée dans les arsenaux, un enseignement institutionnalisé et uniforme au sein d’une école implantée à Paris. Sous son impulsion, réalisant le rêve de Colbert, la marine de guerre va progressivement éliminer les vieux modèles et entrer dans l’uniformisation des séries de vaisseaux.

Forts de leurs nouvelles expertises, les ingénieurs cherchent à̀ augmenter la manœuvrabilité́ et la puissance de feu des navires, ce qui les oblige à̀ se détourner des trois-ponts trop peu manœuvrants et hors de prix. Grâce à un nouveau mode de construction, les ingénieurs augmentent la longueur des vaisseaux et donc le nombre des sabords, donnant naissance à une nouvelle catégorie de vaisseaux à deux ponts plus puissants. 

Après quelques essais, tous les petits vaisseaux, dits de troisième rang, construits avant la guerre de Succession d’Autriche vont être percés à 13 sabords avec un calibre de 24 sur la batterie principale. Puis les expérimentations se portent sur les vaisseaux plus grands, pour donner les deux types de navires les plus représentatifs de la deuxième moitié du XVIIIesiècle : le 74 et le 80 canons, avec des calibres de 36 sur la batterie principale. 

Les expérimentations et perfectionnements touchent aussi les petits modèles, comme les frégates. Au Levant (en Méditerranée), on invente des frégates mixtes, dont la batterie couverte possède une alternance de sabords pour les canons et d’ouvertures pour les avirons, qui permettent de compenser les effets des calmes méditerranéens comme de faciliter l’approche des côtes. Au Ponant (en Atlantique), les innovations sont multiples, donnant lieu à huit modèles de frégates qui voient le jour à Brest, Rochefort, Bayonne et au Havre, desquels se dégagent deux modèles,  les frégates de 8 livres et de 12 livres, percées à 13 sabords, qui atteignent 25 unités en 1744, début de la Guerre de Succession d’Autriche.

Les nouveaux vaisseaux français sont aussi en mesure de dominer les trois ponts anglais qui ont une ligne de flottaison trop basse sur l'eau, ce qui les empêche d'utiliser leur batterie basse, la plus puissante, par gros temps. Toutes ces innovations donnent une avance technique spectaculaire aux navires de guerre français, si bien qu’un nouveau deux-ponts français de 74 canons peut aisément tenir tête à un trois-ponts anglais de 90 canons, encore que peu de nouveaux navires soient construits pendant les années qui précédent la guerre de Succession d'Autriche (1741-1748). 

En outre, les arsenaux sont réorganisés. L’arsenal de Rochefort reçoit de grands hangars pour conserver les bois de construction à l’abri des intempéries. À Brest, de 1738 à 1746, trois cales de construction sont aménagées, tandis que sont construites des forges, le grand magasin aux fers, la menuiserie, le magasin général ou la corderie. À Lorient, on installe une étuve pour courber les bordages. 

Le mouvement scientifique qui souffle sur la Marine trouve son aboutissement avec la création de l’Académie de marine à Brest, le 30 juillet 1752, où tous les sujets sont abordés, la construction, l’architecture navale, la santé des équipages, l’hydraulique, l’hydrographie, l’astronomie nautique, la géographie, la physique, les mathématiques pures et appliquées, les manœuvres, l’arrimage des vaisseaux et l’amélioration de l’artillerie. 

Cette modernisation assez discrète s’effectue dans un contexte de forte croissance coloniale à partir des années 1720, avec une Compagnie des Indes qui exerce au départ un monopole vers les « Isles » des Antilles et l'océan Indien avant de se recentrer sur le trafic avec les Indes orientales, axé sur les cotonnades, la porcelaine ou le thé, tous produits de luxe de l’époque. 

La Compagnie des Indes n'est pas vraiment une affaire privée puisqu'elle est sous la férule du Contrôleur général des finances et que ses plus gros actionnaires sont le Roi Louis XV et la noblesse de Cour. Mais elle a aussi beaucoup de succès auprès de la noblesse de robe ou d'épée, les banquiers parisiens, les grands négociants et dans les milieux les plus divers, puisque  Voltaire est également un des actionnaires de la Compagnie. 

La Compagnie française des Indes se hausse rapidement au niveau de la Compagnie anglaise, sans atteindre le niveau de la Compagnie hollandaise. Elle parvient à distribuer d’énormes dividendes à ses actionnaires, 41 millions de livres en 1731, soit trois fois le budget de la Marine Royale. En Inde, les succès militaires des troupes de la Compagnie des Indes permettent au Roi de France, sans l'avoir vraiment cherché, de se trouver progressivement en position de force, alors que, par comparaison, les affaires de l'East India Company stagnent. 

À l’ouest, la construction de la place de Louisbourg sur l’ile de Cap-Breton destinée à compenser la perte d’Annapolis (prés de Washington) représente un cout gigantesque pour la marine, mais lui permet de contrôler l'estuaire du Saint-Laurent et de protéger l'accès au Canada en abritant une forte escadre. En termes de temps, Louisbourg se trouve à mi-distance de la métropole et de la Nouvelle-France et est le dernier port libre des glaces en toute saison : il enregistre le passage de cinq cents navires par an. 

L'exceptionnelle croissance maritime de la France durant la moitié du XVIIIesiècle n’est pas vraiment perçue par l’opinion française, mais elle frappe les observateurs étrangers comme le roi de Prusse, qui note en 1746 que celle-ci est « l'objet de la jalousie des Anglais et des Néerlandais». 

 

Née de la période de paix du début du XVIIIesiècle, l’expansion coloniale apporte une forte expansion à la France avant de devenir un facteur de guerre, du fait de l'hostilité croissante de l'Angleterre. 

 

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LE RENOUVEAU DE LA MARINE ROYALE

12 Juillet 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

Jean-Frédéric Phélypeaux de MAUREPAS

Jean-Frédéric Phélypeaux de MAUREPAS

Énorme bourde stratégique que d’aider les Treize Colonies à devenir indépendantes du Royaume-Uni, en échange de…Rien. L’énorme effort militaire consenti par la France à cet effet aurait dû être employé au profit du Royaume, plutôt que pour des chimères.  

 

Pour expliquer la décision française de soutien aux Treize Colonies, il nous faut revenir à la question centrale des Marines française et anglaise comparées, qui explique toutes les décisions militaires prises par les deux belligérants. 

Réduite à peu de chose en 1715, la Marine Royale se reconstruit lentement dans les années 1720-1740 et se montre même très innovante pour tenter de compenser la supériorité de la Royal Navy issue des dernières guerres louis-quatorziennes. 

Louis XV, qui reprend la politique de paix avec l’Angleterre héritée de la période de la Régence, n’accorde pas à sa flotte la totalité des crédits que lui demandent ses ministres, ce qui fait plafonner le nombre de vaisseaux, maintient un déficit en frégates et limite souvent à peu de chose l’entraînement à la mer.

Si la guerre de Succession d'Autriche (1744-1748) n’est pas déshonorante pour la marine française qui réussit presque à faire match nul avec la Navy, celle de la guerre de Sept Ans (1756-1763) est absolument catastrophique, se soldant par des défaites humiliantes et la perte du premier empire colonial français.

Louis XVI, passionné de questions navales et d’explorations, entreprend alors, avec l’aide de ses ministres, de développer et de réorganiser sa marine. Celle-ci, par la qualité de ses bâtiments et leur puissance de feu, retrouve le niveau de ce qu’elle était sous Louis XIV et offre à la France l’occasion d’une « revanche » contre l’Angleterre lors de la guerre d’Amérique (1776-1783). C’est alors que, pour la première fois dans l’histoire du pays, le budget de la Marine dépasse celui de l’armée de Terre (1782) et le système de ports-arsenaux développé depuis le XVIIsiècle trouve son aboutissement avec le lancement des travaux de Cherbourg en 1784. 

Même si le pays reste indifférent aux questions navales et coloniales au XVIIIecomme au XVIIsiècle, il connait une maritimisation de son économie avec le succès du trafic vers les Islesà sucre des Antilles et celui de la Compagnie des Indes vers l’Asie. Cette évolution oblige la Marine royale à intervenir sur des théâtres d’opération de plus en plus lointains. Cependant, cette puissance nouvelle reste fragile, car le nombre de marins ne dépasse pas cinquante mille. En outre, le pays est ouvert sur deux façades maritimes, Méditerranée et Atlantique, ce qui constitue un handicap pour la marine royale lorsqu’elle veut regrouper ses forces.  Néanmoins, en 1789, grâce au colossal effort naval issu de la guerre d’Amérique, la France possèdera la seule marine de guerre capable d’affronter la Royal Navy.

Auparavant, durant la Régence (1715-1726) et sous la minorité de Louis XV, le jeune roi, sans jamais avoir vu la mer, est étranger aux questions navales. En outre, après la guerre de Succession d'Espagne, si le Royaume de France et le Royaume Uni ont fait le choix de la paix, tandis que Londres maintient un effort naval important pour conserver l'avance acquise lors du conflit précédent, le budget de la Marine Royale  reste à un bas niveau : en 1720, sur un budget de l'État annuel de 200 millions de livres, le ministère de la Guerre en consomme un tiers et la marine 5%. Beaucoup de vaisseaux pourrissent à quai. En 1720, les ateliers et magasins de Brest, Toulon et Rochefort sont presque à l'abandon. Il faut jongler avec les crédits pour assurer quelques lancements ou construire la coûteuse forteresse de Louisbourg.

En 1721, l'effectif global de cette flotte est de trente et un navires. Du fait de la chute des constructions, l’âge moyen des vaisseaux est passé de 12 ans en 1702 à 24 ans en 1720. Le corps des officiers, au nombre de mille deux cent,  est issu des guerres de Louis XIV, et il est heureusement maintenu en fonction par le Ministère de la Marine. Mais il manque d’entrainement faute de crédits, alors que la Royal Navy maintient une forte présence à la mer. Cette situation va perdurer jusqu’à l’avènement de Louis XVI.

Mais la marine a cependant la chance de disposer d'un  excellent ministre, Jean Frédéric Phélypeaux de Maurepas, nommé à l'âge de 22 ans « alors qu'il ne savait même pas de quelle couleur était la mer ».  Maurepas recrute Duhamel du Monceau, membre de l’Académie des sciences, qu’il nomme inspecteur des constructions en 1732 puis inspecteur général de la marine en 1739. 

Duhamel du Monceau multiplie les déplacements et les observations, notamment en Angleterre. Il renseigne Maurepas sur les aspects essentiels au développement des forces navales, qualité des approvisionnements, valeur des rades, amélioration des techniques de production, formation des constructeurs de marine. 

Maurepas y ajoute l’espionnage. Il envoie Blaise Geslain, un jeune constructeur, en Angleterre en 1729 pour s’instruire « des principes que les Anglais suivent pour la coupe de leurs vaisseaux». Il lui demande expressément de se procurer des tableaux, des mémoires et tous les documents nécessaires pour se faire une idée des proportions et des rangs de chaque type de navire de la flotte britannique. Il doit s’efforcer de dresser des plans où « il distinguera par des lignes de différentes couleurs les changements qu’il y aura entre les gabarits anglais et ceux de France, avec les observations particulières des principes sur lesquels elles sont fondées».

En 1737, c’est le constructeur Blaise Ollivier qui est envoyé aux Provinces-Unies et en Angleterre pour « y prendre des principes plus certains que ceux que l’on suivait en France». Blaise Ollivier a déjà fait preuve de ses excellentes capacités en rédigeant en 1727, à bord du vaisseau l’Achille un mémoire sur la construction navale dans lequel il aborde les qualités et les défauts des vaisseaux français et en suggérant des solutions pour les améliorer. 

Son séjour de six semaines aux Provinces-Unies et de trois mois en Angleterre lui permet de rédiger des « mémoires sur la marine des Anglais et des Néerlandais». Il y énumère et classe tous les vaisseaux de la flotte anglaise, y décrit tous les grands arsenaux et leurs caractéristiques comparées aux infrastructures françaises. Il y analyse aussi les principes et les méthodes de construction de ces deux nations maritimes. En 1739, Blaise Geslain retournera encore aux Provinces-Unies sous un faux nom pour le même motif d’espionnage.

Les conséquences de cette politique de renseignement et d’éducation donne des résultats presque immédiats. Blaise Ollivier adapte à ses vaisseaux certaines pratiques observées. Devant les résultats positifs obtenus à Brest, Maurepas ordonne le séjour systématique auprès d’Ollivier des constructeurs des autres ports « afin de s’instruire à fond de leur art ». Ils retournent ensuite dans leur arsenal d’origine, où ils sont tenus d’appliquer leur nouveau savoir.

 

Ce rôle éducatif d’Ollivier est déterminant dans l’uniformisation des méthodes de construction navales dans les arsenaux français.

 

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BOURDE STRATÉGIQUE EN AMÉRIQUE DU NORD

28 Juin 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BOURDE STRATÉGIQUE EN AMÉRIQUE DU NORD

Ce n’est pas seulement l’enthousiasme en faveur de l’Indépendance des Treize Colonies qui est la cause de l’engagement de la France aux côtés des Insurgents, mais aussi le désir de tirer quelque avantage des difficultés du gouvernement britannique. 

 

Dans les milieux militaires, l’envie de venger la perte du Canada était manifeste, comme chez le marquis de la Rouërie qui avait rejoint l’armée de Washington en 1776. Mais la Cour n’avait aucunement envie de s’engager dans une opération aussi lourde que la réoccupation du Canada. Elle en avait fait son deuil. 

Aussi, non seulement le traité d’alliance et d’assistance militaire signé avec les Insurgents contenait-il explicitementle renoncement de la France à toute reconquête en Amérique, mais une clause secrète prévoyait même que la Province de Québec devait demeurer sous la souveraineté britannique. 

Le machiavélisme à la petite semaine de Vergennes perce dans la note secrète qu’il adressa au sieur Gérard, Ambassadeur de France à Philadelphie, selon laquelle le Canada devait « demeurer colonie britannique, afin de constituer dans le voisinage des États-Unis une menace permanente qui les contraigne à rester fidèles à l’alliance et permettre à la France de jouir de son assistance politique et militaire, c’est-à-dire l’acquisition du plantureux commerce que la Grande-Bretagne aura perdu par l’indépendance américaine. » 

Que de calculs subtils pour habiller la capitulation de la France face aux Insurgents qui ne voulaient à aucun prix du retour de la France au Canada ! 

C’était pourtant le momentum parfait pour négocier le retour de la France au Canada en échange de l’aide qui permettrait aux treize colonies de devenir indépendantes. Mais d’une part il ne fallait attendre aucune complaisance de la part des colons, Washington en tête, qui s’étaient révélés être les pires ennemis des Canadiens,  et d’autre part la volonté de reconquête manquait totalement du côté de la Cour de France.  

S’ils avaient su tout cela, les Amérindiens auraient été profondément déçus, eux qui attendaient tant du retour du Grand Onontio, qui seul pouvait leur permettre de faire barrage à l’expansion anglo-américaine. Ils le crurent un moment, mais lorsqu’ils apprirent que la France s’était alliée aux Colonies contre les Anglais, ils jugèrent qu’elle s’était trompé d’alliés, car les colons américains n’avaient pas changé d’idée à l’égard des Amérindiens : ils cherchaient toujours à les exterminer et l’Indépendance avait entres autres pour but de les tuer sans entraves. 

Il y avait mieux à faire pour la France que de signer un traité léonin en faveur des Insurgents, car sa marine redevenue puissante ajoutée à l’alliance espagnole, lui offraient le choix des objectifs et des moyens pour saisir l’occasion d’un Royaume Uni empêtré dans une guerre avec ses colonies américaines. 

Tout d’abord, l’aide aux Insurgents ne pouvait se concevoir sans la reconnaissance de la souveraineté sur la Nouvelle-France reconstituée, du Canada jusqu’à la Louisiane. 

Si les Insurgents s’y refusaient, comme c’était probable, il fallait que le Royaume de France refuse de les aider, tout en saisissant l’opportunité de l’affaiblissement britannique pour reprendre au moins une partie des Colonies cédées en 1763 au Royaume Uni : en Amérique du Nord, les îles du Cap-Breton et de Saint Jean, la partie orientale de la Louisiane jusqu’à la rive gauche du Mississipi, aux Antilles, la Dominique, la Grenade, Saint Vincent et Tobago, en Afrique, Saint-Louis du Sénégal, en Inde, reprendre la position prépondérante qu’elle avait abandonné et en Europe, l’île de Minorque. 

Le Royaume de France avait les moyens d’une revanche sur la guerre de Sept Ans, comme le révélèrent les victoires de sa Marine aux Antilles et devant Yorktown. Ainsi la guerre aurait eu un objectif recevable pour le Royaume : récupérer ses colonies au lieu de livrer une guerre à moitié idéologique en faveur de la liberté et à moitié intéressée pour affaiblir le Royaume Uni. 

C'est ainsi que Louis XVI s’alignant sur le Marquis de Lafayette pour soutenir l’indépendance des États-Unis me rappelle Sarkozy se mettant dans les pas de Bernard Henri Levy pour détrôner Kadhafi en Libye. Dans les deux cas, faute de vision stratégique, ce furent des bourdes phénoménales. 

 

Pour nous en convaincre, voyons l’énormité de l’effort militaire gracieusement consenti par le Royaume et les coûts considérables qu’il a engendrés pour le Trésor Royal, entrainant la convocation des États Généraux en 1789 et la Révolution…

 

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CAMPAGNES INDÉCISES EN AMÉRIQUE DU NORD

5 Juin 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

CAPITULATION DU GENERAL BURGOYNE À SARATOGA

CAPITULATION DU GENERAL BURGOYNE À SARATOGA

Lorsque, le 10 mai 1774, Louis XVI accède au Trône pour un règne qui s’achèvera le 21 septembre 1792 et qui le conduira à la guillotine le 21 janvier 1793, la rébellion américaine est en route.

 

La guerre d’Indépendance était-elle jouée d’avance ? Le Congrès disposait de 40 à 45 % d'opinions favorables dans la population des Treize Colonies, alors que les loyalistes, partisans du roi George III, représentaient 15 à 20 % de la population et qu’un tiers de la population, au moins, ne voulait pas s’impliquer dans ce conflit. Plus spécifiquement Les descendants des Puritains de Nouvelle Angleterre, les planteurs du Sud et les gens de l'arrière-pays soutenaient les patriotes, tandis que les immigrants récents d'Angleterre, les marchands Écossais, et les Highlanders étaient du côté des loyalistes et que les Quakers de Pennsylvanie restaient pacifistes.

Au départ, les insurgés n'avaient qu'une petite armée de cinq mille hommes, tandis que l'essentiel des forces reposait sur des milices. Aussi les Britanniques ne voyaient-ils les forces étasuniennes que comme des rebelles désorganisés, qu’une victoire décisive mettrait à bas, tandis que le but de Washington, nommé commandant en chef de l’armée des rebelles, était justement d’éviter cette lourde défaite. Au mieux, les troupes des insurgés atteignirent quatre-vingt-dix mille hommes,  une armée mal organisée, peu disciplinée, payée de manière aléatoire et subissant de nombreuses désertions. 

Washington avait été accusé d’assassinat plus de vingt ans plus tôt par la France lors de l’embuscade de Jumonville Glen (voir mon billet du 6 septembre 2016, « George Washington ouvre le bal par un assassinat »), ce qui retarda l’aide de la France aux Insurgents.   

L'armée britannique disposait en Amérique du Nord d'environ cinquante mille soldats auxquels s'ajoutaient trente mille mercenaires allemands.

Si les Afro-Américains participèrent à la guerre dans les deux camps, en revanche la plupart des Amérindiens s’opposèrent aux Insurgents, sachant fort bien que leurs terres étaient menacées par la farouche volonté d'expansion des colons. On estime que treize mille guerriers amérindiens combattirent  au côté des Britanniques. 

Les débuts du conflit furent en faveur des indépendantistes, lorsque leurs milices battirent le 19 avril 1775 à Lexington un détachement britannique et que le général Thomas Gage fut assiégé dans Boston. Les indépendantistes américains firent aussi une expédition dans la Province du Québec, espérant convaincre les Canadiens français de se joindre à eux. Ces derniers, relativement neutres au début, changèrent de camp lorsqu’ils découvrirent que les Insurgents ne voulaient pas payer leur soutien logistique et que, concomitamment, les renforts britanniques affluaient au Québec. Les Étasuniens occupèrent quelques mois Montréal, mais furent incapables de prendre Québec, ce qui les obligea à mettre fin à leur campagne canadienne en décembre 1775. 

Après la prise de Boston par les Insurgés le 17 mars 1776, Washington dirigea son armée sur New York, tandis que l’objectif de l’armée britannique était de tenir les villes de la côte afin de pouvoir accueillir des renforts depuis la métropole.  

Une déclaration d'indépendance fut votée le 4 juillet 1776, tandis que l’armée britannique enregistrait à son tour des succès en reprenant New York et Rhode Island et en obligeant  Washington à se retirer au-delà du Delaware, avant qu’il ne contre-attaque et obtienne des succès locaux, comme à Princeton le 3 janvier 1777. 

Mais c’est la victoire des insurgés le 7 octobre 1777 à Saratoga qui marqua un tournant dans la guerre d'Indépendance, car ils y récupèrent une artillerie nombreuse, des armes et dix mille prisonniers.

 

Et c’est cette victoire de Saratoga qui montra aux ennemis européens de la Grande-Bretagne que la guerre pourrait bien finir en faveur des Insurgés, ce qui entraina l’engagement à leurs côtés de la France, suivie de l'Espagne et des Provinces-Unies.

 

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L'INEVITABLE CONFLIT ENTRE LES COLONS AMÉRICAINS ET LA COURONNE BRITANNIQUE

17 Mai 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BOSTON TEA PARTY

BOSTON TEA PARTY

Le Quebec Act verrouillait à nouveau la frontière entre les Colonies et le Québec au profit des « papistes », au grand dam des colons américains. 

 

Car le rétablissement de la Nouvelle-France, même sous souveraineté britannique, provoqua la colère des colons anglo-américains. Ils avaient déjà été fortement indisposés par la proclamation royale du 7 octobre 1763 qui créait, pourtant à titre temporaire, un Territoire indien au delà des Appalaches empêchant les colons de s’installer à l’Ouest, puisque toute terre achetée aux amérindiens devait obtenir au préalable l’accord de la Couronne britannique. 

Pour sa part, la Couronne française, frustrée d’avoir été éjectée du Canada, observait avec attention l’évolution des relations entre le Royaume Uni et ses colonies nord-américaines, notamment à l’aide d’espions chargés de sonder l’opinion dans les Colonies britanniques. Or, la situation évolua plus rapidement que ne l’avait prévu Choiseul lors de la signature du traité de Paris le 10 février 1763, puisque les premiers coups de feu furent tirés à peine douze ans plus tard, simultanément à Lexington et à Concord au Massachusetts, le 19 avril 1775. 

Les tensions entre l’Angleterre et ses treize colonies d’Amérique avaient commencé presque immédiatement après la victoire britannique au Canada car la Guerre de Sept Ans (1756-1763) avait obligé le Royaume-Uni à contracter une forte dette qu’il entendait faire payer en partie à ses colonies, contre leur gré.

Ainsi les efforts de l’administration du premier ministre George Grenville (1763-1765) de taxer les colonies se traduisirent parfois par des émeutes, tandis que la forte armée britannique de dix mille soldats entretenue par les colonies faisait monter les tensions. 

Ainsi aussi en 1767, le vote par le parlement britannique des Townshend Duties qui imposait aux colons de payer les salaires des juges et des fonctionnaires chargés d’administrer les territoires, provoqua des réactions de fureur au sein de l’opinion publique coloniale. 

En 1768, il s’y ajouta encore la décision de Londres de faire stationner des soldats réguliers dans Boston, épicentre de l’opposition coloniale,  ce qui provoqua le massacre tout relatif de Boston du 5 mars 1770 qui vit la garnison britannique ouvrir le feu contre la foule, tuant cinq colons et en blessant huit autres. 

En 1773, lorsque l’administration du premier ministre Lord North voulut augmenter ses revenus en levant une nouvelle taxe sur le thé, le Tea Act, elle produisit en réaction la fameuse Boston Tea Party le 16 décembre de la même année au cours de laquelle des colons jetèrent par-dessus bord des cargaisons de thé, et en retour, le vote par le parlement britannique en 1774 de quatre Coercive Acts destinés à raffermir l’autorité royale : 

- La loi sur le gouvernement du Massachussetts qui décidait que le conseil de la colonie était désormais choisi par le roi, les officiers nommés par le gouverneur et les town-meetings soumis à autorisation.

- La loi sur l’administration impartiale de la justice, par laquelle les gouverneurs pouvaient renvoyer les procès en Angleterre. 

- La loi sur le port de Boston, selon laquelle le port était fermé jusqu'à ce que le préjudice provoqué par la Boston Tea Party soit remboursé.

- La loi sur le cantonnement des troupes qui décida que les maisons inoccupées seraient réquisitionnées pour héberger les soldats anglais. 

Dans ce contexte tendu, la nomination du Lieutenant-général Thomas Gage, commandant des forces britanniques d’Amérique en  tant que gouverneur du Massachusetts fut interprétée comme une provocation. La proclamation des quatre Coercitive Acts engendra une opposition unifiée qui se manifesta lors du Premier Congrès continental à Philadelphie en septembre 1774, suivi par un second Congrès, le 10 mai 1975, qui décida carrément d’opposer une résistance militaire au gouvernement britannique, avec George Washington, un colonel de la milice de Virginie, à la tête des forces qui devaient aller  faire le siège de Boston. 

Mais en juin 1775, dans cette même ville de Boston, débarquèrent d’importants renforts britanniques commandés par les généraux Sir William Howe, John Burgoyne et Sir Henry Clinton jusqu’à ce que, le 23 août 1775, le roi George III proclama que les treize colonies étaient en état de rébellion.

 

La guerre d’indépendance des États-Unis était officiellement commencée et la France allait pouvoir jouer sa partie. En faveur de la Nouvelle-France ? 

 

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LE DESTIN DE LA NOUVELLE-FRANCE

28 Avril 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE DESTIN DE LA NOUVELLE-FRANCE

 

Le Traité de Paris avait été signé en 1763 et la révolte des Amérindiens avait fait long feu. Qu’allait devenir ce qui restait de la Nouvelle-France ?

 

Qu’en restait-il d’ailleurs ? Pour répondre à cette question, il nous faut revenir au Traité de Paris, qui a mis fin à la présence française en Amérique du Nord. La France abandonnait à l’Angleterre le Canada jusqu’au Pacifique, les pêcheries de Terre-Neuve et du Golfe de Saint-Laurent, mais aussi toutes ses possessions à l’est du Mississipi. 

Quant à ses possessions à l’ouest du Mississipi ainsi que la Nouvelle-Orléans, elles furent cédées secrètement à l’Espagne au cours des négociations préliminaires de Fontainebleau. Le duc de Choiseul voulait en effet que l’Espagne cédât la Floride, à l’époque le territoire compris entre le Mississipi et la Géorgie, à l’Angleterre, pour qu’elle puisse récupérer en échange l’île de Cuba que les Anglais avaient conquis. 

La France renonçait explicitement à toute prétention sur l’Acadie et ne conservait que l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon. Dans les Antilles, elle conservait Saint Domingue, la Guadeloupe conquise par les Anglais en 1759, la Martinique, conquise en 1762 et Sainte Lucie, tout en perdant Marie-Galante, la Désirade, la Dominique, Saint-Vincent, Grenade et Tobago. 

Choiseul préférait préserver le marché de la canne à sucre, donc la Guadeloupe, plutôt que le Canada. Il se rengorgea même, lors de la signature du Traité de Paris où il aurait déclaré : « Nous les tenons. Il n’y aura que la révolution d’Amérique qui arrivera, mais que nous ne verrons probablement point, qui remettra l’Angleterre dans l’état de faiblesse où elle ne sera plus à craindre en Europe » *. Quant aux Anglais, ils avaient hésité avant le traité entre le Canada et la Guadeloupe, riche île à sucre, d’autant plus que certains d’entre eux étaient partisans de restituer le Canada à la France.  Ils voyaient en effet le risque, comme James Murray, le gouverneur de Québec, de voir l’Amérique anglaise trop riche et trop populeuse pour être gouvernable d’aussi loin, mais le Roi Georges III voulait de son côté éviter la possibilité pour la France de jamais reprendre pied en Amérique du Nord. Il fallait donc garder le Canada.

La période qui suit le traité de Paris est donc marquée par l’intégration du Canada, par la lente prise en main de la Louisiane occidentale par les Espagnols, puis par la Révolution Américaine. Sous Louis XV, on envisageait le retour de la Nouvelle-France, plutôt en Louisiane qu’au Canada. C’est ainsi que Madame de Pompadour écrivait qu’il n’existait aucune autre nation « qui possède si bien l’art de se faire haïr que les Anglais »**, ce qui laissait espérer que le retour éventuel des Français serait bien accueilli par les Amérindiens. Elle disait vrai pour les Anglais ; encore ne pouvait-elle pas deviner que les Étasuniens sauraient bien cultiver cet art ultérieurement, mais les Français ne revinrent pas, même à l’occasion de la guerre de Pontiac qui s’acheva en 1766 et que j’ai relaté dans le billet précédent. 

Finalement les Canadiens (français) se retrouvèrent seuls face aux Anglais, tandis que leurs élites les quittaient. Outre les militaires, forcés de s’embarquer pour la France du fait des clauses de la capitulation de Montréal, s’ajoutaient les administrateurs civils, soit au total près de quatre mille personnes qui quittèrent le Canada avant 1764. Restèrent donc les petites gens, dont fort peu, quatre cent seulement, choisirent de revenir en France plutôt que de devenir sujet britannique. 

Le 7 octobre 1763, le Canada, amputé des Pays d’en Haut pour être ramené à la vallée du Saint-Laurent, devint la « Province du Québec ». Les Canadiens qui voulaient occuper des fonctions publiques devaient abjurer le catholicisme en faveur du protestantisme, selon le serment du Test. Les Canadiens s’y refusèrent et les Anglais, qui espéraient assimiler rapidement les Canadiens en leur imposant leur langue, leur religion et leurs coutumes, durent déchanter. Ils déchantent encore en 2020, puisque le Québec est toujours debout, se tenant distant de la vision anglo-saxonne du monde. 

Dés 1774, compte tenu de cet échec de l’assimilation des Canadiens, les Anglais, toujours réalistes, décrétèrent le Quebec Act qui accordait aux Canadiens un certain nombre de garanties, comme le culte catholique et donc l’accès aux fonctions publiques, la Coutume de Paris, c’est-à-dire l’application des lois civiles françaises et le maintien du régime seigneurial. Le Quebec Act étendit également la Province de Québec à tout l’ancien Canada, soit du Labrador à l’Ohio et au Mississipi. 

 

La Nouvelle-France était rétablie, mais sous souveraineté britannique. Ces mesures furent très mal reçues par les colons nord-américains anglophone, justifiant les prédictions de Choiseul. 

 

*Trudel M. (1976), La Révolution américaine : pourquoi la France refuse le Canada, 1775-1789, Les éditions du Boréal, p.50.

** Lettres de la Marquise de Pompadour 1753-1762, 1773, vol 1, p 22.

 

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LA RÉVOLTE DES AMÉRINDIENS, CETTE "VERMINE PERNICIEUSE"

12 Mars 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA RÉVOLTE DES AMÉRINDIENS, CETTE "VERMINE PERNICIEUSE"

À Michillimakinac en 1761, un commerçant anglais camouflé en trappeur français, Alexander Henry, est démasqué par les Indiens. Alors qu’il craint pour sa vie, un chef ojibwa s’approche et lui fait une déclaration mémorable. 

 

Il lui dit : « Anglais ! Vous avez vaincu les Français, mais vous ne nous avez pas encore vaincus ! Nous savons que notre père, le roi de France est vieux et infirme ; nous savons que, fatigué de vous faire la guerre, il s’est endormi. Son sommeil vous a permis de conquérir le Canada. Mais son sommeil touche à sa fin. J’entends déjà notre père s’éveiller et s’informer du sort de ses enfants, nous les Indiens. Et quand il va se réveiller, que va-t-il advenir de vous ? Il vous détruira complètement ! »

Cette interpellation se passait à Michillimakinac, un fort français proche d’une ile située entre le lac Huron et le lac Michigan, aujourd’hui appelée Mackinac Island (Michigan, États-Unis), qui était un important centre commercial entre Amérindiens et Canadiens (français). 

Les rumeurs d’un retour de la France au Canada s’avérèrent sans fondement, hélas pour les Indiens et les Français, mais elles révèlent l’état d’esprit des Amérindiens. Il ne faisait pas bon commercer dans le Haut Canada quand on était identifié comme « anglais », les Anglais n’octroyaint plus de crédits, ne faisant plus de cadeaux aux Amérindiens. L‘attitude haineuse du général Amherst était évidemment un facteur aggravant, car ce dernier, loin de vouloir approvisionner les Amérindiens, était déterminé à les détruire, les traitant de « vermine pernicieuse » contre laquelle « il faudrait lâcher les chiens ». 

La nouvelle du Traité de Paris au début de l’année 1763 poussa les Amérindiens à déterrer la hache de guerre. Pourtant, le Roi d’Angleterre avait produit une Proclamation Royale tout de suite après le traité de Paris, en mai 1763, qui accordait une réserve indienne et qui est largement à l’origine de la Guerre d’Indépendance américaine. 

Ce n’était pas suffisant pour les Amérindiens qui n’acceptaient pas qu’Onontio* puisse céder leur territoire aux Anglais, dont ils perçaient à jour la volonté profonde de les exterminer ! Obwandiyag, que les Français prononçaient « bwon-diac », d'où son nom francisé de Pontiac, né vers 1720 dans la tribu des Outaouais près de la rivière Détroit va conduire la guerre contre les Anglais, d’autant plus volontiers qu’il s’était souvent associé auparavant aux Français pour les combattre.

Après la capitulation de Montréal, le 8 septembre 1760, Armherst avait envoyé à une mission pour s'emparer des forts de la Vallée de l'Ohio et de la région des Grands Lacs auparavant occupés par les Français. Mais dès le Traité de Paris connu, en avril 1763, le soulèvement commença. Le génie de Pontiac fut de rallier à la guerre contre les Anglais la plupart des membres de sa tribu, les Outaouais, mais aussi les Hurons, les Objiwas, les Delawares, les Shawnees, les Miamis, les Poutéouatamis, les Tsonnontouans et d’autres tribus moins importantes. C’est écrire aussi à quel point les Anglais étaient détestés !

Dans les Pays d’en Haut, vers les Grands Lacs, les Amérindiens capturèrent une dizaine de navires anglais avec leurs équipages et leurs provisions, les forts Miami, Saint-Joseph, le fort Ouiatanon dans l'Indiana, le fort Michillimakinac, le fort Venango (aujourd'hui Franklin en Pennsylvanie), le fort de la Rivière au Boeuf (Waterford, Pennsylvanie) et le fort de la Presqu'île (Érié, Pennsylvanie). Trois forts seulement, entre la Baie des Puants et l’Ohio échappèrent aux Amérindiens, Detroit, Niagara et Fort Pitt (Pittsburgh). 

Plusieurs Canadiens participèrent à la révolte, soit en approvisionnant les Amérindiens, soit en se tenant à leurs côtés, comme Robert Navarre qui joua le rôle de secrétaire de Pontiac qui réussit aussi à gagner à sa cause quelques centaines de Canadiens français, rassemblés autour de Zacharie Chiquot, tandis que d’autres Français se joignaient aux vainqueurs anglais. 

Les autorités de la Louisiane jouèrent également un rôle en faveur de la révolte dans le Haut-Mississipi où Fort de Chartres demeura un centre de la Pax Gallica, dont le commandant, Neyon de Villiers, écrit en octobre 1763 : « Les sauvages s’applaudissent de me voir encore ici ». Pontiac se rendit à Fort de Chartres pour solliciter l’aide des Illinois et des Français, mais Neyon avait pour instruction de respecter le Traité de Paris en attendant l’arrivée des Anglais pour leur céder la place et non de leur faire la guerre. Il ne put donc que décliner l’offre de Pontiac de se joindre à la révolte. 

En février 1765 encore, au Fort de Chartres où quelques officiers anglais s’étaient rendus pour évaluer la possibilité de leur installation, le lieutenant John Ross fut accueilli en ces termes par un chef indien : « Pourquoi toi Anglais ne restes-tu pas sur tes terres, toutes les nations rouges restent sur les leurs, car nous les tenons de nos ancêtres. Va-t’en et dis à ton chef que tous les hommes rouges ne veulent pas d’’Anglais ici ». Ross obtempéra et prit la poudre d’escampette. 

Comme Onentio* (les français) ne revenait toujours pas et que les marchandises européennes manquaient, les Amérindiens commençaient à envisager de faire la paix avec les Britanniques. Finalement, entre le 23 août et le 4 septembre 1765, des conférences entre le commandant anglais de Détroit et les représentants de plusieurs nations indiennes des Pays d’en Haut permirent de mettre fin au conflit, encore que la méfiance était telle du côté des Amérindiens que le traité de paix ne fut signé que le 25 juillet 1766. 

Les Anglais occupèrent progressivement les postes de l’Illinois. Dès le 9 octobre 1765, cent Highlanders du capitaine Thomas Sterling arrivèrent pour investir le Fort de Chartres, où, deux ans et demi après le traité de Paris, flottait encore le pavillon à fleur de lys d’Onentio. Le commandant Saint-Ange de Bellerive, qui avait succédé à Neyon de Villiers en juin 1764 abandonna le fort avec ses troupes mais il n’alla pas bien loin. Ils traversèrent le Mississipi pour s’établir à Sainte-Geneviève et à Saint-Louis qui étaient désormais en territoire espagnol.

 

Pontiac ne les oublia pas. Il rendit visite à Saint-Ange dans la bourgade de Saint-Louis en avril 1769, vêtu d’un uniforme français qu’il avait reçu en cadeau du marquis de Montcalm. Repassant sur la rive gauche du Mississipi à Cahokia, il fut assassiné le 20 avril par un Indien péoria qui, parait-il, voulait venger la grave blessure infligée par Pontiac à son oncle, trois ans auparavant…

 

 

* « Onontio », qui signifie grande montagne en Huron, était le titre qui était donné aux Gouverneurs de la Nouvelle-France. Le Roi de France était surnommé « Onontio Goa » ou « La plus grande montagne sur terre »  

 

 

 

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