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Le blog d'André Boyer

histoire

LE CENTENAIRE DE LA GRIPPE ESPAGNOLE

2 Mars 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE CENTENAIRE DE LA GRIPPE ESPAGNOLE

En 1918-1919, la grippe dite « grippe espagnole », due à une souche de grippe (H1N1) virulente et contagieuse vient de Chine, avant de muter aux Etats-Unis. Elle a pris le nom de « grippe espagnole » parce que l’Espagne, non impliquée dans la guerre de 1914-1918, fut le seul pays à publier librement les informations relatives à l’épidémie.

Le virus de la première grippe, qui n'était pas encore appelée  "grippe espagnole" n'était pas mortel dans ses débuts. Il provenait sans doute de la région de Canton en Chine, pays où sévit une forte interaction entre les populations humaines, aviaires et porcines. 

Le virus aurait ensuite atteint les États-Unis par le biais d'un bataillon américain revenant de cette région chinoise vers une base de Boston, où il fit ses premiers morts recensés. Cette épidémie se répandit rapidement en Europe, par le biais des mouvements de troupes alliées. Si elle touche un grand nombre d’individus, elle est peu mortelle et quasiment éteinte en juillet 1918.   

Mais à partir de la mi-septembre 1918, les premiers cas mortels de ce qui va devenir « la grippe espagnole » sont signalés autour de Boston. Cette vague virale se caractérise par une mortalité 30 fois plus élevée que les épidémies grippales habituelles, soit un taux de mortalité moyen de 3 % des grippés. Du fait de sa grande contagiosité, elle se répand en quinze jours sur l’ensemble du territoire américain et atteint l’Europe par le biais des renforts américains venus aider les armées alliées. 

Une fois disséminée, le nombre de contaminés explosa, puisque 30 à 40% de la population étasunienne fut atteint, avec un taux de mortalité proche de 5%. Une infirmière sur quatre mourut. Bon nombre de villes américaines furent paralysées par le grand nombre de malades et le refus d’aller travailler.  

Suivant la même évolution qu'aux États-Unis, la maladie part du Nord-Est de la France vers le 15 octobre, conquiert rapidement le territoire français, atteint la Grande-Bretagne par les mouvements de troupes britanniques, puis, avec une à deux semaines de décalage, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne et l'ensemble des pays limitrophes. D’Europe, des bateaux, avec à leur bord des marins grippés, partent vers l'Afrique, l'Amérique du Sud, les Indes, la Chine et l'Océanie. 

L’épidémie devint alors pandémie. Les populations européennes, affaiblies par quatre ans de guerre et de pénuries, subirent des pertes plus grandes encore que celles des États-Unis. Les villes furent paralysées, autant par la maladie que par sa crainte. Mais aux États-Unis, après deux mois d’activité, l'épidémie perdit de sa force. Il en fut de même en Europe qui supporta un mois de propagation suivi d’un mois de morts, perdant de sa force en  décembre 1918. 

La censure de guerre limita l'information sur la pandémie, les journaux se contentant d'annoncer qu'une nouvelle épidémie touchait surtout l'Espagne, le seul pays neutre qui publiait librement les informations relatives à cette épidémie, alors que celle-ci faisait déjà des ravages en France.

À partir de début novembre 1918, le virus se répandit dans toute l'Afrique, l'Amérique Latine, les Indes, la Chine ainsi qu’en Océanie, le pourcentage de grippés oscillant entre 30 et 80 % de contaminés, parmi lesquels il y eut de 1 à 20 % de cas mortels, jusqu’à ce que les épidémies perdent de leurs forces en janvier 2019. L'Inde, à elle seule, aurait eu 6 millions de morts et la Chine autant. Puis,  durant l’année 1919, arriva une nouvelle vague de grippe espagnole dont les effets furent limités parce que l'ensemble des individus déjà atteints lors de la seconde vague de grippe étaient immunisés et ne pouvaient plus colporter le virus. 

À la fin, on estime qu'un tiers des 1,83 milliards d’êtres humains de l’époque, avaient été contaminés par la grippe espagnole et qu’elle avait provoqué 20,5 millions à 21,5 millions de morts qui s’ajoutaient aux 30 millions de victimes emportées par la guerre de 1914-1918. Régionalement, on compta  549 000 morts aux Etats-Unis, 408 000 en France et 220 000 au Royaume-Uni. Pour l’ensemble de l’Europe, il y eut 2 à 3 millions de morts,  6 millions de morts en Inde et autant en Chine. 

Ce virus de la grippe espagnole était de type H1N1. On a pu  en retrouver les caractéristiques génétiques, qui semblent être d’origine aviaire, grâce à la conservation de cadavres de malades inuits et norvégiens conservés dans le pergélisol. C'est en mutant aux États-Unis que sa virulence fut multipliée par trente. 

Les malades propageaient le virus durant les deux premiers jours de leur infection sans présenter de symptômes, qui se manifestaient ensuite pendant 3 à 5 jours par de la fièvre et l’affaiblissement des défenses immunitaires ; enfin apparaissaient des complications mortelles dans 3 % des cas, dues à une surinfection bronchique bactérienne contre laquelle on ne disposait pas d’antibiotiques, mais aussi à une pneumonie provoquée par le virus. 

 

Toutes les grippes actuelles proviennent du virus de 1918 à partir de combinaisons, mutations ou réassortiments, mais le COVID-19 fait partie d'une autre famille de virus souvent inoffensifs, comme l’était la grippe espagnole par rapport à la grippe ordinaire…

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LE DÉTESTABLE TRAITÉ DE PARIS

22 Février 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA BATAILLE DITE  "DE QUIBERON" OU "DES CARDINAUX", LE 20 NOVEMBRE 1759

LA BATAILLE DITE "DE QUIBERON" OU "DES CARDINAUX", LE 20 NOVEMBRE 1759

Aussi détestable soit-il, et il l’est, car il est l’un des plus catastrophique traité que la France ait jamais signé, le Traité de Paris semble inévitable en 1763 en raison des échecs considérables que la France a subi en Europe et dans le monde au cours de la Guerre de Sept Ans. Ce traité aurait pu être corrigé, sinon effacé, vingt ans plus tard. Or, il ne l’a pas été. 

 

La guerre de Sept Ans (1756-1763)  est le premier conflit d’envergure mondiale, puisqu’il se déroule simultanément en Europe, en Amérique du Nord et en Inde. Ce conflit a fait un million de morts, dont sept cent mille civils. Il a opposé  principalement le royaume de France et l'archiduché d'Autriche d’un côté, au royaume de Grande-Bretagne et au royaume de Prusse de l’autre côté, avec leurs alliés respectifs, l’Empire russe, le Royaume de Suède et l’Espagne aux côtés de l’Autriche et de la France et le Royaume du Portugal aux côtés de la Grande Bretagne. 

D’un point de vue économique, le bilan est catastrophique pour tous les pays, principalement pour la France et la Grande-Bretagne, tandis que du point de vue stratégique, si la Prusse a connu un demi-succès et l’Autriche un échec relatif, la France sort extrêmement affaiblie du conflit alors que l’Empire britannique triomphe, puisqu’il a réussit au cours de cette guerre à faire presque entièrement disparaître l’empire colonial français.  

Le premier ministre anglais William Pitt avait en effet déclaré devant la Chambre des Communes en 1756 : «  Toute notre politique étrangère consiste à empêcher la France de devenir une puissance maritime, commerciale et coloniale ». Il y a brillamment et durablement réussi. 

Quelles ont été les pertes de la France actées par le Traité de Paris du 10 février 1763 entre la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne ? 

La France, après avoir cédé l’Acadie à l’Angleterre par le traité d’Utrecht de 1713, ce qui a fragilisé  la sécurité de la Nouvelle-France, la France abandonne à l'Angleterre tous ses territoires au Canada, y compris les îles du Cap-Breton et de Saint Jean ainsi que la partie orientale de la Louisiane avec pour frontière la rive gauche du Mississipi. Elle doit aussi « confier » à l’Espagne la Louisiane occidentale, c’est à dire la rive droite du Mississipi. Dans les Antilles, elle cède aux Anglais la Dominique, la Grenade et Saint Vincent et Tobago. 

En Afrique, elle cède la ville de Saint-Louis et avec elle le Sénégal aux Anglais. En Inde,  les Anglais triomphent totalement alors que la France y avait une position prépondérante sept ans auparavant, ne laissant aux Français, avec interdiction de les fortifier,  que les cinq comptoirs de Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Karikal et Yanaon. En Europe même, la France rend l’île de Minorque pour récupérer Belle-Île.

L’opinion publique, bien représentée par Voltaire, approuva le Traité de Paris, trouvant qu’il était si délicieux de signer la paix à n’importe quel prix que l’abandon de quelques « arpents de neige» n’avait aucune conséquence. Pourtant, l’ampleur de la capitulation paraît inacceptable pour un pays aussi puissant que la France du milieu du XVIIIesiècle, l’un des plus peuplé du monde avec vingt millions d’habitants, plus peuplé que l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie réunies, l’un des plus industrialisé aussi, avec une organisation politique et militaire de premier plan.

Les défaites en Amérique, en Inde et en Afrique s’expliquent uniquement par la puissance insuffisante de sa Marine Royale par rapport à la Royal Navy, alors que les Anglais avaient concentré tous leurs efforts dans le domaine naval.  L’erreur stratégique de la France a consisté à ne pas avoir compris que son influence se jouait désormais à l’échelle du monde et non plus à celle de l’Europe. Elle a d’ailleurs fait la même erreur en 1962, avec les catastrophiques et trompeurs Accords d’Évian. Elle l'a fait encore aujourd'hui, alors qu'avec le Brexit la Grande-Bretagne a compris qu'il fallait encore et toujours se tourner vers le grand large, loin des misérables querelles qui agitent le bocal de l'Union Européenne. 

 

Comme l’écrit Julien Green, par le traité de Paris de 1763, « la Grande-Bretagne se trouva tout à coup placée à une incommensurable hauteur au-dessus des autres nations, que leur puissance continentale semblait condamner à ne plus jouer qu’un rôle secondaire dans l’histoire du monde ».

 

À SUIVRE

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APRÉS LA CAPITULATION DE MONTRÉAL, LA BATAILLE DE SIGNAL HILL

17 Janvier 2020 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

SIGNAL HILL ET SAINT JOHN AUJOURD'HUI

SIGNAL HILL ET SAINT JOHN AUJOURD'HUI

Je vous ai infligé le texte intégral de l’acte de capitulation de Montréal, car il m’a semblé utile de le connaitre, avant de le commenter ci-dessous. 

 

On constate, par exemple, que de nombreux articles précisent les conditions dans lesquelles les responsables de l’administration française renteront en France, car il s’agit d’une question diplomatique majeure à l’époque. Un article prévoit aussi ce qui se passera si, lorsque la paix sera signée entre la France et la Grande-Bretagne, la Nouvelle-France en tout ou partie retournerait sous la souveraineté française. C’était déjà arrivé, pour Québec longtemps auparavant et pour Louisbourg en 1748. A l’issue du conflit, il fut envisagé en effet de rendre à la France sa souveraineté sur la Nouvelle-France. Je reviendrais sur cette question ultérieurement. 

On a beaucoup glosé sur le refus d’Amherst, le général en chef anglais, de rendre les honneurs aux troupes françaises, provoquant le geste de mauvaise humeur de Levis, brûlant les drapeaux des régiments. Mais d’une part, la garnison française ne s’est pas battue et d’autre part il s’agissait d’une question d’honneur qui avait des effets sur la carrière future des militaires français. Un problème corporatiste, en somme. 

Par contre, on a peu insisté sur le refus anglais de reconnaitre le moindre droit aux Acadiens, comme s’ils étaient considérés par les Anglais comme des traitres à leur patrie, territoire britannique depuis 1713. On trouvera d’autres articles révélateurs dans cet acte de capitulation, comme le libre exercice de la religion catholique (Article 27), le maintien de la coutume de Paris comme principe de droit (Article 42) ou le maintien des Amérindiens alliés aux Français sur les terres qu'ils habitent (Article 40).

Quoiqu’il en soit, Montréal et avec cette ville, la Nouvelle France toute entière, passent sous la souveraineté anglaise. Le 9 septembre 1760, le général en chef Jeffrey Amherst en tire les conséquences, au travers des ordres qu’il adresse à ses troupes : les Canadiens sont devenus, par le fait de leur soumission, des sujets britanniques et ont par conséquent droit à la protection du souverain anglais. 

Le général Amherst imposa ensuite la loi martiale aux habitants du pays entre 1759 à 1763, le temps que la guerre se termine en Europe. Cependant, dans la région des Grands Lacs, Pontiac, le chef des Outaouais, comptait encore sur l'aide du roi de France et poursuivait le combat. Il obtint plusieurs victoires spectaculaires, subit l’horrible traitrise des couvertures contaminées par la variole offertes en guise de « gage de bonne volonté » par les Anglais et finira par signer le Traité de Paris.  Cette révolte amérindienne assez dangereuse incita le roi Georges III à signer une proclamation royale en 1763, qui donnait le droit aux Amérindiens de continuer à occuper leurs terres et qui est largement à l’origine de la révolte des treize colonies contre la souveraineté anglaise. 

Pendant que les Indiens de Pontiac bataillaient à l’ouest, la guerre se poursuivait à Terre-Neuve, jusqu’à la bataille de Signal Hill, le 15 septembre 1762, qui se révèlera être le dernier affrontement entre les troupes régulières françaises et anglaises sur le théâtre nord américain pendant la guerre de Sept Ans. 

Sur l’île de Terre-Neuve, les Français conduits par le colonel comte Joseph-Louis-Bernard d'Haussonville, se sont emparés de Saint-Jean le 27 juin 1762. Cette prise succède à une opération secrète organisée par le duc de Choiseul qui a chargé le Chevalier Charles-Henri-Louis d’Arsac de Ternay (dit le chevalier de Ternay) de « ravager » les côtes de Terre-Neuve, de prendre Saint-Jean et d’affaiblir la flotte britannique stationnant dans la région, afin de réaffirmer la présence française en Amérique du Nord et à terme d'attaquer le Canada.

Le Chevalier de Ternay commande à une flotte de cinq navires, avec à bord 750 militaires dont 161 Irlandais recrutés à Terre-Neuve. Il part de Brest le 8 mai 1762 avec deux vaisseaux de ligne, une frégate et deux flûtes. Il rejoint la ville de Saint-Jean en juin, qui est capturée par les troupes d'infanterie du colonel d'Haussonville. Il en fait sa base arrière, à partir de laquelle il mène à bien sa mission, détruisant systématiquement tous les établissements de pêche ennemis et capturant ou coulant 460 bateaux de toutes tailles.

Tandis que le colonel d’Haussonville consolide sa position à Terre-Neuve, en installant quelques postes avancés munis d'artillerie sur le pourtour de la colline du Signal (Signal Hill aujourd'hui), James Murray, toujours gouverneur de Québec, est averti de la prise de Terre-Neuve et décide d’envoyer une flotte et des troupes pour la reprendre. 

Le 13 septembre 1762, Ternay et Haussonville ne peuvent s'opposer au débarquement ennemi, à Torbay, quelques kilomètres au nord de Saint-Jean. Ils envoient alors un détachement garder le sommet dénudé de Signal Hill qui contrôle les environs, afin de gêner l'avance des Britanniques. Mais le 15 septembre 1762, au lever du jour, les Britanniques gravissent par surprise la colline tenue par les Français : les Anglais sont aujourd’hui encore les spécialistes de l’attaque surprise (la campagne des Malouines en 1982) et de la guerre psychologique (les Casques Blancs en Syrie, 2018-2019). Ayant avancé dans une zone non visible des Français, la surprise est totale sur la colline, l'engagement bref et meurtrier. Le commandant du détachement français, Guillaume Léonard de Bellecombe, est grièvement blessé et du côté́ britannique, le commandant MacDonell a sa jambe fracassée par une balle. 

Les Français se replient sur le fort de Saint-Jean que les Anglais dominent désormais depuis Signal Hill d’où ils commencent à bombarder Saint-Jean, ce qui force sa garnison à capituler trois jours plus tard, d’autant plus que Ternay, qui se retrouve face à̀ une flotte britannique supérieure en nombre, décide de quitter Terre-Neuve pour rallier l'Europe avec ses vaisseaux.

 

Poursuivi dans l'Atlantique par deux navires britanniques, il ne rejoint Brest que le 28 janvier 1763, après s'être refugié́ dans le port de La Corogne en Espagne. Il ne sera pas sanctionné, ayant sauvé sa flotte. 

 

À SUIVRE

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LES ARTICLES DE LA CAPITULATION DE MONTRÉAL

28 Décembre 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LES ARTICLES DE LA CAPITULATION DE MONTRÉAL

Le 8 septembre 1760, avant que les Britanniques n’entrent dans la ville, les Articles de capitulation de Montréal sont signés sous une tente du camp britannique entre Pierre de Rigaud de Vaudreuil, en tant que Gouverneur-général de la Nouvelle-France et Jeffery Amherst, en tant que major-général des troupes britanniques, au nom respectivement des couronnes française et britannique. 

 

Le document a été rédigé en français. Les articles de capitulation sont  reproduits ci-aprés, avec en italique* les rejets, les acceptations et les commentaires des Britanniques  au projet de traité de Vaudreuil.

Article 1 : Vingt-quatre heures après la signature de la présente capitulation, le général anglais fera prendre par les troupes de Sa Majesté britannique, possession des portes de la ville de Montréal, et la garnison anglaise ne pourra y entrer qu'après l'évacuation des troupes françaises.

Toute la garnison de Montréal doit mettre bas les armes et ne servira point pendant la présente guerre ; immédiatement après la signature de la présente, les troupes du roi prendront possession des portes et posteront les gardes nécessaires pour maintenir le bon ordre dans la ville.

Article 2 :Les troupes et les milices qui seront en garnison dans la ville de Montréal en sortiront par la porte de Québec, avec tous les honneurs de la guerre, six pièces de canon et un mortier, qui seront chargés dans le vaisseau où le marquis de Vaudreuil s'embarquera, avec dix coups à tirer par pièce ; il en sera de même pour la garnison des Trois-Rivières pour les honneurs de la guerre.

Référé à l'article précédent.

Article 3 : Les troupes et milices qui seront en garnison dans le fort de Jacques Cartier et dans l'Ile Sainte-Hélène et autres forts, seront traitées de même et auront les mêmes honneurs, et ces troupes se rendront à Montréal, aux Trois-Rivières ou à Québec pour y être toutes embarquées pour le premier port de France par le plus court chemin. Les troupes qui sont dans nos postes situés sur nos frontières du côté de L'Acadie au Détroit, Michilimakinac et autres postes jouiront des mêmes honneurs et seront traitées de même.

Toutes ces troupes ne doivent point servir pendant la présente guerre et mettront pareillement les armes bas, le reste est accordé.

Article 4 :Les milices, après être sorties des villes, forts et postes ci-dessus, retourneront chez elles, sans pouvoir être inquiétées sous quelque prétexte que ce soit pour avoir porté les armes.

Accordé.

Article 5 : Les troupes qui tiennent la campagne lèveront leurs camps, marcheront tambour battant, armes, bagages, avec leur artillerie, pour se joindre à la garnison de Montréal, et auront en tout le même traitement.

Ces troupes doivent comme les autres mettre bas les armes.

Article 6 : Les sujets de Sa Majesté britannique et de Sa Majesté très chrétienne, soldats, miliciens ou matelots, qui auront déserté ou laissé le service de leur souverain, et porté les armes dans l'Amérique septentrionale, seront de part et d'autre pardonnés de leurs crimes ; ils seront respectivement rendus à leur patrie, sinon ils resteront chacun où ils sont, sans qu'ils puissent être recherchés ni inquiétés.

Refusé.

Article 7 : Les magasins, l'artillerie, fusils, sabres, munitions de guerre et généralement tout ce qui appartient à Sa Majesté très chrétienne, tant dans les villes de Montréal et Trois-Rivières que dans les forts et postes mentionnés en l'article 3e, seront livrés par des inventaires exacts aux commissaires qui seront préposés pour les recevoir au nom de Sa Majesté britannique ; il sera remis au marquis de Vaudreuil des expéditions en bonne forme des dits inventaires.

C'est tout ce qu'on peut demander sur cet article.

Article 8 : Les officiers, soldats, miliciens, matelots et même les sauvages, détenus pour cause de leurs blessures ou maladies, tant dans les hôpitaux que dans les maisons particulières jouiront du privilège du cartel et seront traités conséquemment.

Les malades et blessés seront traités de même que nos propres gens.

Article 9 : Le général anglais s'engagera de renvoyer chez eux les sauvages indiens et moraigans qui font nombre de ses armées, d'abord après la signature de la présente capitulation ; et cependant, pour prévenir tout désordre de la part de ceux qui ne seraient pas partis, il sera donné par ce général des sauvegardes aux personnes qui en demanderont, tant en ville que dans les campagnes.

Le premier refusé ; il n'y a point eu de cruautés commises par les sauvages de notre armée, et le bon ordre sera maintenu.

Article 10 : Le général de Sa Majesté britannique garantira tout désordre de la part des troupes, les assujettira à payer les dommages qu'elles pourraient faire tant dans les villes que dans les campagnes.

Répondu par l'article précédent.

Article 11 : Le général anglais ne pourra obliger le marquis de Vaudreuil de sortir de la ville de Montréal avant le _______ et on ne pourra loger personne dans son hôtel jusqu'à son départ. M. le chevalier de Lévis, commandant les troupes de terre, les officiers principaux et majors des troupes de terre et de la colonie, les ingénieurs, officiers d'artillerie et commissaires des guerres, resteront pareillement à Montréal jusqu'au dit jour et y conserveront leurs logements ; il en sera usé de même à l'égard de M. Bigot, intendant, des commissaires de la marine et officiers de plume, dont mon dit sieur Bigot aura besoin ; et on ne pourra également loger personne à l'intendance avant le départ de cet intendant.

Le Marquis de Vaudreuil et tous ces Messieurs seront maîtres de leurs logements et maisons, et s'embarqueront dès que les vaisseaux du roi seront prêts à faire voile pour l'Europe, et on leur accordera toutes les commodités qu'on pourra.

Article 12 :Il sera destiné pour le passage en droiture au premier port de mer en France, du marquis de Vaudreuil, le vaisseau le plus commode qui se trouvera ; il y sera pratiqué les logements nécessaires pour lui, Madame la marquise de Vaudreuil, M. de Rigaud, gouverneur de Montréal, et la suite de ce général. Ce vaisseau sera pourvu de subsistances convenables, aux dépens de Sa Majesté britannique ; et le marquis de Vaudreuil emportera avec lui ses papiers sans qu'ils puissent être visités, et il embarquera ses équipages, vaisselles, bagages et ceux de sa suite.

Accordé, excepté les archives qui pourront être nécessaires pour le gouvernement du pays.

Article 13 :Si avant ou après l'embarquement du Marquis de Vaudreuil, la nouvelle de la paix arrivait et que par le traité le Canada restât à Sa Majesté très chrétienne, le Marquis de Vaudreuil reviendrait à Québec ou à Montréal ; toutes les choses resteraient dans leur premier état, sous la domination de Sa Majesté très chrétienne, et la présente capitulation deviendrait nulle et sans effetsquelconques.

Ce que le roi pourrait avoir fait à ce sujet sera obéi.

Article 14 :Il sera destiné deux vaisseaux pour le passage en France de M. le chevalier de Lévis, des officiers principaux et état-major général des troupes de terre, ingénieurs, officiers d'artillerie et gens qui sont à leur suite. Ces vaisseaux seront également pourvus de subsistances, et il sera pratiqué les logements nécessaires; ces officiers pourront emporter leurs papiers, qui ne seront point visités, leur équipage et bagage ; ceux des officiers qui seront mariés auront la liberté d'emmener avec eux leurs femmes et enfants et la subsistance leur sera fournie.

Accordé, excepté que M. le Marquis de Vaudreuil, et tous les officiers de quelque rang qu'ils puissent être, nous remettront de bonne foi toutes les cartes et plans du pays.

Article 15 : Il en sera de même destiné un pour le passage de M. Bigot, intendant, et de sa suite, dans lequel vaisseau il sera fait les aménagements convenables pour lui et les personnes qu'il emmènera; il y embarquera également ses papiers, qui ne seront point visités, ses équipages, vaisselles et bagages et ceux de sa suite; ce vaisseau sera pourvu de subsistance comme il est dit ci-devant.

Accordé, avec la même réserve que par l'article précédent.

Article 16 : Le général anglais fera aussi fournir pour M. de Longueuil, gouverneur des Trois-Rivières, pour les états majors de la colonie et les commissaires de la marine, les vaisseaux nécessaires pour se rendre en France, et le plus commodément qu'il sera possible ; ils pourront y embarquer leurs familles, domestiques, bagages et équipages ; et la subsistance leur sera fournie pendant latraversée sur un pied convenable aux dépens de Sa Majesté britannique.

Accordé.

Article 17 : Les officiers et soldats, tant des troupes de terre que de la colonie, ainsi que les officiers, marins et matelots qui se trouveront dans la colonie, seront aussi embarqués pour France dans les vaisseaux qui leur seront destinés, en nombre suffisant et le plus commodément que faire se pourra ; les officiers des troupes et marins qui seront mariés, pourront emmener avec eux leurs familles; et tous auront la liberté d'embarquer leurs domestiques et bagages. Quant aux soldats et matelots, ceux qui seront mariés, pourront emmener avec eux leurs femmes et enfants, et tous embarqueront leurs havresacs et bagages ; il sera embarqué

dans les vaisseaux les subsistances convenables et suffisantes, aux dépens de Sa Majesté britannique.

Accordé.

Article 18 : Les officiers, soldats et tous ceux qui sont à la suite des troupes, qui auront leurs bagages dans les campagnes pourront les

envoyer chercher avant leur départ, sans qu'il leur soit fait aucun tort ni empêchement.

Accordé.

Article 19 : II sera fourni par le général anglais un bâtiment d'hôpital pour ceux des officiers, soldats et matelots blessés ou malades, quiseront en état d'être transportés en France ; et la subsistance leur sera fournie aux dépens de Sa Majesté britannique ; il en serausé de même à l'égard des autres officiers, soldats, matelots blessés ou malades, aussitôt qu'ils seront rétablis; les uns et lesautres pourront emmener leurs femmes, enfants et domestiques : et lesdits soldats et matelots ne pourront être sollicités ni forcésà prendre parti dans le service de Sa Majesté britannique.

Accordé.

Article 20 : Il sera laissé un commissaire et un écrivain de roi pour avoir soin des hôpitaux et veiller à tout ce qui aura rapport au service deSa Majesté très chrétienne.

Accordé.

Article 21 : Le général anglais fera également fournir des vaisseaux pour le passage en France des officiers du Conseil supérieur, de justice,police, de l'amirauté et tous autres officiers ayant commissions ou brevet de Sa Majesté très chrétienne, pour eux, leurs familles,domestiques et équipages, comme pour les autres officiers, et la subsistance leur sera fournie de même aux dépens de Sa Majestébritannique ; il leur sera cependant libre de rester dans la colonie, s'ils le jugent à propos, pour y arranger leurs affaires ou de seretirer en France quand bon leur semblera.

Accordé, mais s'ils ont des papiers qui concernent le gouvernement du pays, ils doivent nous les remettre.

Article 22 : S'il y a des officiers militaires dont leurs affaires exigent leur présence dans la colonie jusqu'à l'année prochaine, ils pourront y rester, après en avoir eu la permission du Marquis de Vaudreuil, et sans qu'ils puissent être réputés prisonniers de guerre.

Tous ceux dont les affaires particulières exigent qu'ils restent dans le pays et qui en ont la permission de M. de Vaudreuil, seront permis de rester jusqu'à ce que leurs affaires soient terminées.

Article 23 : Il sera permis au munitionnaire des vivres du roi de demeurer au Canada jusqu'à l'année prochaine, pour être en état de faire face aux dettes qu'il a contractées dans la colonie relativement à ses fournitures ; si, néanmoins, il préfère de passer en France cette année, il sera obligé de laisser jusqu'à l'année prochaine une personne pour faire ses affaires ; ce particulier conservera et pourra emporter ses papiers sans être visités ; ses commis auront la liberté de rester dans le pays ou de passer en France, et, dans ce dernier cas, le passage et la subsistance leur seront accordés sur les vaisseaux de Sa Majesté britannique, pour eux, leurs familles et leurs bagages.

Accordé.

Article 24 : Les vivres et autres approvisionnements qui se trouvent en nature dans les magasins du munitionnaire, tant dans les villes de Montréal et des Trois-Rivières que dans les campagnes lui seront conservés; les dits vivres lui appartenant et non au roi ; et il lui sera loisible de les vendre aux Français ou aux Anglais.

Tout ce qui se trouve dans les magasins destinés à l'usage des troupes, doit être délivré au commissaire anglais pour les troupes du roi.

Article 25 : Le passage en France sera également accordé sur les vaisseaux de Sa Majesté britannique ainsi que la subsistance à ceux des officiers de la compagnie des Indes qui voudront y passer, et ils emmèneront leurs familles, domestiques et bagages. Sera permis à l'agent principal de la dite compagnie, supposé qu'il voulût passer en France, de laisser telle personne qu'il jugera à proposjusqu'à l'année prochaine, pour terminer les affaires de la dite compagnie et faire le recouvrement des sommes qui lui sont dues.L'agent principal conservera tous les papiers de la dite communauté, et ils ne pourront être visités.

Accordé.

Article 26 : Cette compagnie sera maintenue dans la propriété des écarlatines et castors qu'elle peut avoir dans la ville de Montréal ; il n'y sera point touché, sous quelque prétexte que ce soit; et il sera donné à l'agent principal les facilités nécessaires pour faire passer cette année en France ces castors sur les vaisseaux de Sa Majesté britannique, en payant le fret sur le pied que les Anglais le paieront.

Accordé pour ce qui peut appartenir à la compagnie ou aux particuliers; mais si Sa Majesté très chrétienne y a aucune part, elle doit être au profit du roi.

Article 27 : Le libre exercice de la religion catholique, apostolique et romaine subsistera en son entier, en sorte que tous les états et le peuple des villes et des campagnes, lieux et postes éloignés pourront continuer de s'assembler dans les églises, et de fréquenter les sacrements, comme ci-devant, sans être inquiètes en aucune manière, directement ni indirectement. Ces peuples seront obligés par le gouverneur anglais à payer aux prêtres qui en prendront soin les dîmes et tous les droits qu'ils avaient coutume de payer sous le gouvernement de Sa Majesté très chrétienne.

Accordé pour le libre exercice de leur religion ; l'obligation de payer les dîmes aux prêtres dépendra de la volonté du roi.

Article 28 : Le chapitre, les prêtres, curés et missionnaires continueront avec entière liberté leurs exercices et fonctions curiales dans les paroisses des villes et des campagnes.

Accordé.

Article 29 : Les grands vicaires, nommés par le chapitre pour administrer le diocèse pendant la vacance du siège épiscopal, pourront demeurer dans les villes ou paroisses des campagnes, suivant qu'ils le jugeront à propos ; ils pourront en tout temps visiter les différentes paroisses du diocèse avec les cérémonies ordinaires, et exercer toute la juridiction qu'ils exerçaient sous la domination française; ils jouiront des mêmes droits en cas de mort du futur évêque dont il sera parlé à l'article suivant.

Accordé, excepté ce qui regarde l'article suivant.

Article 30 : Si, par le traité de paix, le Canada restait au pouvoir de Sa Majesté britannique, Sa Majesté très chrétienne continuerait à nommer l'évêque de la colonie, qui serait toujours de la communion romaine, sous l'autorité duquel le peuple exercerait la religion romaine.

Refusé.

Article 31 : Pourra le seigneur évêque établir, dans le besoin, de nouvelles paroisses et pourvoir au rétablissement de la cathédrale et de son palais épiscopal ; et il aura, en attendant, la liberté de demeurer dans les villes ou paroisses, comme il le jugera à propos ; il pourra visiter son diocèse avec les cérémonies ordinaires et exercer toute la juridiction que son prédécesseur exerçait sous la domination française, sauf à exiger de lui le serment de fidélité ou promesse de ne rien faire ni rien dire contre le service de Sa Majesté britannique.

Cet article est compris sous le précédent.

Article 32 : Les communautés de filles seront conservées dans leurs constitutions et privilèges ; elles continueront d'observer leurs règles ; elles seront exemptées du logement des gens de guerre; et il sera fait défense de les troubler dans les exercices de piété qu'elles pratiquent, ni d'entrer chez elles; on leur donnera même des sauvegardes, si elles en demandent.

Accordé.

Article 33 : Le précédent article sera pareillement exécuté à l'égard des communautés des Jésuites et Récollets et de la maison des prêtres de Saint-Sulpice à Montréal ; ces derniers et les Jésuites conserveront le droit qu'ils ont de nommer à certaines cures et missions comme ci-devant.

Refusé, jusqu'à ce que le plaisir du roi soit connu.

Article 34 : Toutes les communautés et tous les prêtres conserveront leurs meubles, la propriété et l'usufruit des seigneuries et autres biens que les uns et les autres possèdent sur la colonie, de quelque nature qu'ils soient ; et les dits biens seront conservés dans leurs privilèges, droits, honneurs et exemptions.

Accordé.

Article 35 : Si les chanoines, prêtres, missionnaires, les prêtres du Séminaire des missions étrangères et de Saint-Sulpice, ainsi que les Jésuites et les Récollets, veulent passer en France, le passage leur sera accordé sur les vaisseaux de Sa Majesté britannique ; et tous auront la liberté de vendre en total ou partie les biens fonds et mobiliers qu'ils possèdent dans la colonie, soit aux Français ou aux Anglais, sans que le gouvernement britannique puisse y mettre le moindre empêchement ni obstacle. Ils pourront emporter avec eux ou faire passer en France le produit, de quelque nature qu'il soit, des dits biens vendus, en payant le fret (comme il est dit à l'article 26) et ceux d'entre ces prêtres qui voudront passer cette année, seront nourris pendant la traversée aux dépens de Sa Majesté britannique, et pourront emporter avec eux leurs bagages.

Ils seront les maîtres de disposer de leurs biens, et d'en passer le produit, ainsi que leurs personnes et tout ce qui leur appartiendra, en France.

Article 36 : Si par le traité de paix le Canada reste à Sa Majesté britannique, tous les Français, Canadiens, Acadiens, commerçants et autres personnes qui voudront se retirer en France, en auront la permission du général anglais, qui leur procurera le passage: et néanmoins, si d'ici à cette décision, il se trouvait des commerçants français ou canadiens, ou autres personnes, qui voulussent passer en France, le général anglais leur en donnera également la permission : les uns et les autres emmèneront avec eux leurs

familles, domestiques et bagages.

Accordé.

Article 37 :Les seigneurs de terre, les officiers militaires et de justice, les Canadiens, tant des villes que des campagnes, les Français établis ou commerçants dans toute l'étendue de la colonie de Canada, et toutes les autres personnes que ce puisse être, etc. conserveront l'entière paisible propriété et possession de leurs biens seigneuriaux et roturiers, meubles et immeubles, marchandise, pelleterieset autres effets, même de leurs bâtiments de mer ; il n'y sera point touché ni fait le moindre dommage sous quelque prétexte que ce soit. II leur sera libre de les conserver, louer, vendre, soit aux Français ou Anglais, d'en emporter le produit en lettres de change, pelleteries, espèces sonnantes ou autres retours, lorsqu'ils jugeront à propos de passer en France, en payant le fret (comme à l'article 26). Ils jouiront aussi des pelleteries qui sont dans les postes d'en-Haut, qui leur appartiennent, et qui peuvent même être en chemin de se rendre à Montréal ; et à cet effet il leur sera permis d'envoyer dès cette année ou la prochaine, descanots équipés pour chercher celles de ces pelleteries qui auront resté dans les postes.

Accordé comme par l'article 36.

Article 38 : Tous les peuples sortis de l'Acadie, qui se trouveront en Canada, y compris les frontières du Canada du côté de l'Acadie, auront le même traitement que les Canadiens et jouiront des mêmes privilèges qu'eux.

C'est au roi à disposer de ses anciens sujets ; en attendant ils jouiront des mêmes privilèges que les Canadiens.

Article 39 : Aucuns Canadiens, Acadiens ni Français, de ceux qui sont présentement en Canada et sur les frontières de la colonie, du côté de l'Acadie, du Détroit, de Michilimakinac et autres lieux et postes du pays d'en-Haut, ni les soldats mariés et non mariés restant en Canada, ne pourront être portés ni transmigrés dans les colonies anglaises, ni en l'ancienne Angleterre ; et ils ne pourront être recherchés pour avoir pris les armes.

Accordé, excepté à l'égard des Acadiens.

Article 40 : Les Sauvages ou Indiens alliés de Sa Majesté très chrétienne seront maintenus dans les terres qu'ils habitent, s'ils veulent y rester ; ils ne pourront être inquiétés sous quelque prétexte que ce puisse être, pour avoir pris les armes et servi Sa Majesté très chrétienne. Ils auront comme les Français la liberté de religion et conserveront leurs missionnaires ; il sera permis aux vicaires généraux actuels et à l'évêque, lorsque le siège épiscopal sera rempli de leur envoyer de nouveaux missionnaires, lorsqu'ils le jugeront nécessaire.

Accordé, à la réserve du dernier article qui a déjà été refusé.

Article 41 : Les Français, Canadiens et Acadiens, qui resteront dans la colonie, de quelqu'état ou condition qu'ils soient, ne seront ni ne pourront être forcés à prendre les armes contre Sa Majesté très chrétienne ni ses alliés, directement ni indirectement, dans quelque occasion que ce soit ; le gouvernement britannique ne pourra exiger d'eux qu'une exacte neutralité.

Ils deviennent sujets du roi.

Article 42 : Les Français et Canadiens continueront d'être gouvernés suivant la coutume de Paris, et les lois et usages établis pour ce pays ; et ils ne pourront être assujettis à d'autres impôts que ceux qui étaient établis sous la domination française.

Répondu par les articles précédents, et particulièrement le dernier.

Article 43 : Les papiers du gouvernement resteront, sans exception, au pouvoir du marquis de Vaudreuil, et passeront en France avec lui ; ces papiers ne pourront être visités, sous quelque prétexte que ce soit.

Accordé, avec la réserve déjà faite.

Article 44 : Les papiers de l'intendance, des bureaux du contrôle de la marine, des trésoriers anciens et nouveaux, des magasins du roi, du bureau du domaine et forges de Saint-Maurice, resteront au pouvoir de M. Bigot, intendant ; et ils seront embarqués pour France dans le vaisseau où il passera ; ces papiers ne seront point visités.

Il en est de même de cet article.

Article 45 : Les registres et autres papiers du Conseil supérieur de Québec, de la prévôté et amirauté de la même ville, ceux des juridictions royales des Trois-Rivières et de Montréal, ceux des juridictions seigneuriales de la colonie, les minutes des actes des notaires des villes et des campagnes, et généralement les actes et autres papiers qui peuvent servir à justifier l'état et la fortune des citoyens, resteront dans la colonie, dans les greffes des juridictions dont ces papiers dépendent.

Accordé.

Article 46: Les habitants et négociants jouiront de tous les privilèges du commerce, aux mêmes faveurs et conditions accordées aux sujets de Sa Majesté britannique, tant dans les pays d'en-Haut que dans l'intérieur de la colonie.

Accordé.

Article 47: Les nègres et panis des deux sexes resteront en leur qualité d'esclaves en la possession des Français et Canadiens, à qui ils appartiennent: il leur sera libre de les garder à leur service dans la colonie ou de les vendre ; ils pourront aussi continuer à les faire élever dans la religion romaine.

Accordé, excepté ceux qui auront été faits prisonniers.

Article 48: Il sera permis au Marquis de Vaudreuil, aux officiers généraux et supérieurs des troupes de terre, aux gouverneurs, états majors des différentes places de la colonie, aux officiers militaires et de justice, et à toutes autres personnes qui sortiront de la colonie ou qui en seront déjà absents, de nommer et établir des procureurs pour agir pour eux et en leur nom dans l'administration de leurs biens, meubles et immeubles, jusqu'à ce que la paix soit faite ; et si par le traité des deux couronnes, le Canada ne rentre point sous la domination française, ces officiers ou autres personnes, ou procureurs pour eux, auront l'agrément de vendre leurs seigneuries, maisons et aucuns biens fonds, leurs meubles et effets, et d'en emporter ou faire passer le produit en France, soit en lettres de change, espèces sonnantes, pelleteries ou autres retours, comme il est dit en l'article 37.

Accordé.

Article 49 : Les habitants et autres personnes qui auront souffert quelque dommage en leurs biens, meubles ou immeubles, restés à Québec sous la foi de la capitulation de cette ville, pourront faire leurs représentations au gouvernement britannique, qui leur rendra la justice qui leur sera due contre qui il appartiendra.

Accordé.

Article 50, et dernier: La présente capitulation sera inviolablement exécutée en toutes ses articles de part et d'autre, et de bonne foi, nonobstant toute infraction et tout autre prétexte par rapport aux précédentes capitulations, et sans pouvoir servir de représailles.

Accordé.

Post scriptum :

Article 51: Le général anglais s'engagera, en cas qu'il reste des sauvages après la reddition de cette ville, à empêcher qu'ils n'entrent dans les villes et qu'ils n'insultent en aucune manière les sujets de Sa Majesté très chrétienne.

On aura soin que les sauvages n'insultent aucuns des sujets de Sa Majesté très chrétienne.

Article 52: Les troupes et autres sujets de Sa Majesté très chrétienne, qui doivent passer en France, seront embarqués quinze jours au plus tard après la signature de la présente capitulation.

Répondu par l'article XI.

Article 53: Les troupes et autres sujets de Sa Majesté très chrétienne, qui devront passer en France, resteront logés et campés dans la ville de Montréal et autres postes qu'ils occupent présentement, jusqu'au moment qu'ils seront embarqués pour le départ ; il sera néanmoins accordé des passe-ports à ceux qui en auront besoin pour les différents lieux le la colonie, pour aller vaquer à leurs affaires.

Accordé.

Article 54: Tous les officiers et soldats des troupes au service de France, qui sont prisonniers à la Nouvelle-Angleterre, et faits en Canada, seront renvoyés le plutôt qu'il sera possible en France, où il sera traité de leur rançon on échange, suivant le cartel ; et si quelques-uns de ces officiers avaient des affaires en Canada, il leur sera permis d'y venir.

Accordé.

Article 55: Quant aux officiers de milices, aux miliciens et aux Acadiens qui sont prisonniers à la Nouvelle-Angleterre, ils seront renvoyés sur leurs terres.

Accordé, à la réserve des Acadiens.

Fait à Montréal le 8 septembre, 1760

(Signé) Vaudreuil

Fait au camp devant Montréal, le 8 septembre, 1760.

(Signé) Jeffery Ahmerst

 

*En vert, les articles approuvés par les Britanniques, en orange ceux qui sont approuvés en partie seulement, en rouge, les articles qu’ils rejettent. 

 

Nous analyserons les termes de ces Articles de capitulation dans le prochain billet consacré à la Nouvelle-France.

 

À SUIVRE

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LA CAPITULATION DE MONTRÉAL

11 Décembre 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA CAPITULATION DE MONTRÉAL
Je dois donc me résoudre à décrire la chute de Montréal qui entraine aussitôt l’effondrement de la résistance de la Nouvelle-France à l’invasion britannique.
 
Donc, le 6 septembre 1760, le Major-General Amherst est arrivé tout prés de Montréal à Lachine. Il reste à décider, soit de livrer une dernière bataille, à vrai dire un baroud d’honneur compte tenu du déséquilibre considérable des forces en faveur des Anglais, soit à négocier les conditions d’une capitulation plus ou moins honorable. 
Du côté des Anglais, il ne fallait pas compter sur leurs cadeaux, surtout au moment où ils triomphent. Le fair-play n’est pas leur fort, contrairement à ce qu’ils prétendent hypocritement. Vaudreuil, dans la nuit du 6 septembre 1760, convoqua un conseil de guerre auquel assistèrent les officiers supérieurs et Bigot, l’intendant de la Nouvelle-France. Ils s’accordèrent tous à juger la situation sans espoir et discutèrent des conditions à demander à Amherst pour la capitulation du Canada, de l’Acadie et des postes de l’Ouest, aussi éloignés au sud que le pays des Illinois. 
Vaudreuil en rédigea ensuite les clauses avec grand soin, ayant à l’esprit deux objectifs principaux : d’abord, la protection des droits des Canadiens concernant leur religion, leurs biens et leurs lois, même dans l’éventualité où le Canada ne serait pas rendu à la couronne française à la fin de la guerre. Puis il demanda les traditionnels honneurs de la guerre aux troupes sous son commandement et leur passage, en toute sécurité, en France. 
Le 7 septembre 1760 au matin, Bougainville fut envoyé auprès d’Amherst pour demander une trêve jusqu’au 1er octobre. Si, à cette date, on n’avait pas reçu la nouvelle du rétablissement de la paix en Europe, les Français capituleraient. La journée entière du 7 septembre se passa en négociations. Amherst refusa de suspendre les armes jusqu’à la fin du mois mais il accepta la plupart des conditions proposées par Vaudreuil. Il répondit cependant d’une façon équivoque à quelques-unes, sur la question de la religion en particulier. Au plan militaire, il insista pour que les soldats de l’armée régulière comme ceux des troupes de la Marine ne servissent plus au cours de cette guerre et il leur refusa même, avec une forte incivilité, les honneurs de la guerre. 
Toute la journée du 7 septembre, Bougainville fit l’aller retour d’un camp à l’autre, Vaudreuil essayant toujours d’obtenir d’Amherst des conditions plus généreuses, mais sans résultat.
À la fin de la nuit, quand Lévis et ses officiers supérieurs apprirent l’intransigeance d’Amherst à propos des honneurs de la guerre, ils protestèrent violemment auprès de Vaudreuil, tant verbalement que par écrit. Lévis demanda la rupture des négociations et la permission de faire une sortie sur l’ennemi avec les 2 400 hommes qui leur restaient ou à tout le moins l’autorisation de se retirer dans l’île Sainte-Hélène, près de la ville, pour y défier Amherst, plutôt que d’accepter des conditions qui priveraient la France de dix bataillons, sans mentionner la ruine de leurs propres carrières. Il s’appuyait sur l’ordre qui avait été donné à  Vaudreuil et Montcalm par la Cour de Versailles de sauvegarder à tout prix l’honneur de l’armée, après que de Drucourt ait rendu Louisbourg à des conditions jugées humiliantes.

Vaudreuil avait maintenant à prendre une cruelle décision. Soit donner le champ libre à Lévis, ce qui sauverait l’honneur de l’armée et plairait à Louis XV mais au prix du massacre de ce qui restait des troupes régulières, de la destruction de Montréal et de souffrances supplémentaires d'un peuple canadien abandonné à la merci de l’ennemi. Or ce dernier avait prouvé, en Irlande, en Écosse et en Acadie, à quel point il pouvait être impitoyable. En somme, la cruauté des Anglais faisait peur. 

Faisant montre à la fois de sens commun et de force de caractère, Vaudreuil se décida à rejeter la demande de Lévis et à lui ordonner de se soumettre aux conditions d’Amherst. C’est alors que, dans un dernier geste de défi, avant que ses troupes ne déposassent leurs armes sur le Champ de Mars, Lévis donna l’ordre de brûler les drapeaux des régiments et refusa de rencontrer l’État-major britannique. 

 

Ce même jour, le 8 septembre 1760, les Britanniques entraient à Montréal, mettant fin à la Nouvelle-France au Canada…

 

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L'IRAN ENTRE ARABES ET MONGOLS

26 Novembre 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

L'IRAN VERS L'AN MILLE

L'IRAN VERS L'AN MILLE

La civilisation sassanide n’attendait rien de la société arabe, qu’elle côtoyait et combattait depuis longtemps. Cédant à la force, elle adopta l’Islam et l’écriture, tout en s’employant à rejeter son pouvoir.

  

Peu à peu, les tribus arméniennes et iraniennes furent soumises à une imposition différentielle qui privilégiait les Arabes. La résistance aux envahisseurs diminua avec l'arabisation de l'administration effectuée par des fonctionnaires sassanides complices, qui revendiquaient pour eux-mêmes un statut d’arabisés. Même les émissions de drachmes sassanides se poursuivirent, montrant ainsi concrètement la continuité entre l’administration sassanide et le pouvoir arabe. 

Puis la révolte iranienne survint. 

Le Khorassan, la partie orientale de l’Iran, appuyée par les syro iraniens et une partie des tribus arabes, se souleva vers 740 et porta au pouvoir le petit-fils d’Ibn Abbas, un cousin de Mahomet. Cette faction perso-arabe, appelée abbasside s’empara aussi de l’Irak, prit Damas et massacra les omeyyades qui avaient conquis l’Iran. L’administration sassanide, impavide, transmit alors ses pratiques à la nouvelle administration abbasside.  

Les Iraniens reprirent du coup toutes leurs forces. Ils s’imposèrent dans l’éducation, la philosophie, la littérature, l’histoire, la géographie, la jurisprudence, la médecine et les  sciences. L’armée abbasside, composée majoritairement de Khorassaniens et complétée par des éléments arabes, fut dirigée par un général iranien, Abû Muslim : soixante-dix ans après la conquête arabe, les Iraniens avaient repris le pouvoir. 

Les Abbassides établirent leur capitale à Bagdad et intégrèrent des tribus guerrières nomades turcophones qui prirent progressivement le pouvoir, là où elles s’établirent. Des dynasties locales firent alors leur apparition dans diverses parties de l’Iran, dont, à partir de 875, les Samanides originaires de Boukhara en Ouzbékistan, qui conquirent l’est de l’Iran. Mais malgré les vicissitudes de la distribution du pouvoir politique et militaire, l’indépendance par rapport aux Arabes entraina un renouveau de la langue et de la vie intellectuelle persanes.  

Renforçant cette indépendance, un nouveau groupe turc originaire de l’Amou Darya, les Seldjoukides, prit progressivement le pouvoir central en Iran. En 1055, le calife de Bagdad reconnut leur autorité sur l’est de l’Iran, qui vécut alors une renaissance culturelle et scientifique, symbolisée par la création d’un observatoire à Ispahan, où Omar Kayyam inventa le calendrier doté d’une année bissextile.

 

C’est alors, au début du XIIIe siècle, que l’Iran subit l’invasion mongole. 

 

La conquête mongole débuta en Perse en 1219. L’empire Mongol de Gengis Khân voisinait alors avec les frontières iraniennes de l’Empire iranien, gouverné par Shâh Alâeddin Mohammad. 

À l’origine, Gengis Khan ne visait pas, semble-t-il, l’invasion de l’Iran, mais la signature d’un traité commercial. En effet, il était déjà en guerre contre la dynastie Jin en Chine septentrionale et il souhaitait éviter l’ouverture d’un second front. 

En vue de ce traité commercial, il envoya une forte ambassade de cinq cents personnes, des commerçants mongols, en Perse, mais la caravane fut emprisonnée, soupçonnée d’être composée d’espions. Gengis Khan envoya alors une seconde ambassade composée de trois personnes pour demander la libération de la première ambassade, mais le Shâh prit si mal cette demande qu’il fit exécuter tous les membres de la première caravane, décapiter l’un des ambassadeurs de la seconde et tondre les deux autres avant de les renvoyer chez Gengis Khan.

 

Ce dernier décida alors d’attaquer la dynastie iranienne. Les Mongols traversèrent les montagnes de Shan (ou Tian) et atteignirent la frontière de l’empire iranien en 1219. 

 

À SUIVRE

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LE MARQUIS DE VAUDREUIL

21 Novembre 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE MARQUIS DE VAUDREUIL
C’est la fin de la Nouvelle-France. Chacun le sent, à commencer par son premier défenseur, le Marquis de Vaudreuil. C’est donc le moment où jamais de dresser son portrait, avant de baisser le rideau sur son ère.
 

Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial est le seul gouverneur né dans la colonie de la Nouvelle-France. Quatrième fils de Philippe de Rigaud, il est né le 22 novembre 1698 à Québec et mort à Muides (Loir-et-Cher) le 4 août 1778. 

Enseigne dans les troupes de la marine avant 10 ans, il reçoit le brevet de lieutenant avant 14 ans, promu capitaine à 17 ans et lieutenant de vaisseau à 28 ans. Il a donc une sérieuse expérience militaire, lorsque, à 35 ans, il devient gouverneur des Trois-Rivières (1733) puis de la Louisiane, où il débarque en 1743, par la Nouvelle-Orléans. 

Il a laissé un bon souvenir aux mille cinq cent habitants de la ville, parce qu’il a réussi à faire venir des troupes régulières et à achever les fortifications, d’autant plus que sa femme, la fille d’un notable de Montréal qu’il venait d’épouser et qui ne lui donna pas d’enfants, adorait les fêtes et parvint à constituer une petite cour élégante qui faisait venir de Paris des carrosses. 

Vaudreuil se montra un administrateur entreprenant, dans une situation peu favorable. D’une part la colonie défendue par quelques forts était faiblement peuplée, avec quelques villes, La Nouvelle-Orléans, Baton-Rouge, Saint-Louis du Missouri, des fermes dispersées le long du Mississippi jusqu'au Pays des Illinois et des postes de traite de fourrures. Sa situation au centre du continent faisait qu’elle était entourée par d'autres puissances coloniales et par diverses nations indiennes,  ce qui limitait les communications avec la Nouvelle-France, comme avec la France, et rendait le ravitaillement de la colonie difficile. 

Pour protéger la colonie, Vaudreuil obtint l'envoi de 1 850 soldats en 1750 et s'efforça de rattacher les Indiens à la cause française. Ainsi, à titre d’exemple, un conflit oppose Vaudreuil au printemps de 1746 à Soulier Rouge, le chef d'une faction chacta favorable aux Britanniques. Soulier Rouge appelle les autres nations à faire la paix entre elles et à se rallier aux Anglais et tue trois Français. À titre de représailles, Vaudreuil offre une récompense pour la tète de Soulier Rouge et de deux Anglais, têtes qu’il obtient.  

Vaudreuil développa le commerce avec les colonies espagnoles proches, comme Cuba et le Mexique, encourageant la production et l'exploitation des peaux, du tabac, du riz, de l'indigo. Lorsque débute la Guerre de Sept ans, le Roi le nomme, le 1er janvier 1755, gouverneur général de la Nouvelle-France avec le baron de Dieskau comme commandant en chef des troupes régulières françaises et de leurs alliés indiens. Quatre nouveaux bataillons sont affectés à la Nouvelle-France, mais Dieskau se débrouille d'être battu, blessé et fait prisonnier le 8 septembre au lac Saint-Sacrement (Lac George) par le colonel William Johnson. 

Aussi, devant l’incapacité des officiers venus de France à mener une guerre adaptée au contexte de la Nouvelle-France, Vaudreuil est réticent à accueillir un autre officier général, mais le Ministère de la Marine n’en a cure et envoie le marquis de Montcalm, qui reste subordonné à Vaudreuil et est reçu à ce titre le 26 mai 1756 à Québec. 

Vaudreuil mène alors une guerre de partisans et remporte des victoires importantes avec des troupes mélangées de réguliers, de partisans et d’Indiens conduits par De Rigaud et Montcalm. Vaudreuil reproche à Montcalm son manque d’audace, notamment contre le fort Edouard, ce qui lui a fait manquer une victoire décisive. Cependant Montcalm parvient encore, au printemps de 1758, à remporter la campagne de Carillon.  

Lorsque vient le siège de Québec, Vaudreuil fait recenser et mobiliser toutes les forces de la Nouvelle-France, en dehors des troupes régulières et des Indiens, soit quinze mille trois cent hommes valides. Il rejoint Québec, mais entretemps, hélas, Montcalm a obtenu du Ministère de ne plus être subordonné à Vaudreuil.  

Alors que Montcalm réussit à se faire battre par des troupes anglaises, qui s’étaient pourtant elles-mêmes piégées sur les plaines d’Abraham, Vaudreuil retraite jusqu’à Montréal, une fois Montcalm mort. Il engage M. de Lévis, en qui il a beaucoup plus confiance qu’en Montcalm, à livrer aux Anglais la bataille de Sainte Foy le 28 avril 1760, une victoire incomplète puisqu’elle ne permet pas de récupérer Québec. 

Dés le 15 mai, avec l'arrivée d'une flotte anglaise, il faut à nouveau retraiter sur Montréal. La suite logique de l’histoire, nous allons le voir, c’est la capitulation du 8 septembre 1760, le retour de Vaudreuil à Paris, son emprisonnement pendant huit mois à la Bastille jusqu’à ce que sa responsabilité dans la perte de la Nouvelle-France soit complètement dégagée. Le 8 mai 1764, M. de Choiseul lui écrivait : « Le roi a reconnu avec plaisir que la conduite que vous avez tenue dans l'administration qui vous a été confiée a été exempte de tout reproche et vous accorde une pension de 6,000 livres ». Il vécut le temps de sa retraite avec son frère, Pierre-François, au château de Muides dans le Loir-et-Cher où il mourut le 4 août 1778. 

 

Vaudreuil connaissait bien la Nouvelle-France où il était né et où il avait servi. Il savait comment la défendre par le biais d’une guerre de partisan plutôt qu’à l'aide d'une guerre à l’européenne. Finalement il a défendu la Nouvelle-France jusqu’au bout du raisonnable…

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L'INVASION DE L'IRAN PAR LES ARABES

6 Novembre 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BATAILLE D'AL QADISYYA

BATAILLE D'AL QADISYYA

L’invasion de l’Iran* par les Arabes au VIIsiècle s’explique par la montée en puissance des seconds qui coïncida avec une période de faiblesse sans précédent du premier. 

 

L’empire perse sassanide était épuisé par des décennies de guerre contre l’empire byzantin. Le Roi des Perses Khosrow II avait vaincu les rébellions au sein de son propre empire, avant de consacrer son énergie à la lutte contre l’Empire Byzantin, ce qui lui permit d’étendre les frontières perses jusqu’à Antioche, Damas et Jérusalem, avant que les Byzantins ne contrattaquent, le battent à la bataille de Ninive en 627, reprennent la Syrie et pénètrent dans les provinces perses de Mésopotamie (Irak). Ces défaites expliquent sans doute l’assassinat de Khosrow II l’année suivante, en 628. Les prétendants au trône se succédèrent alors à vitesse accélérée, dix en quatre ans, ce qui provoqua une guerre civile entre les différentes factions. Mais l’un des facteurs principaux de la chute de l’Empire Sassanide réside dans la conquête qu’il fit de la tribu arabe des Lakhmides, en 602, lorsque Khosrow II déposa et tua le premier roi chrétien des Lakhmides, qui contestait la suzeraineté de la Perse sur sa tribu. 

La conquête arabe de la Perse commença après la mort de Mahomet en juin 632. Abou Bakr lui succéda en prenant le titre de calife de Médine. Il dut alors livrer les guerres dites d’apostasie, en pratique destinées à contraindre toutes les tribus à lui payer l’impôt, qui durèrent jusqu’en mars 633.

Débutèrent ensuite les guerres de conquêtes. Les premières razzias en Mésopotamie permirent de recueillir un important butin, grâce à la mobilité de la cavalerie légère qui permettait d’attaquer les villes à proximité du désert pour s’y réfugier ensuite. Abou Bakr commença alors à penser en termes de conquêtes. Pour attaquer la Perse, il constitua une armée d’invasion composée de volontaires et dirigée par son meilleur général, Khalid Ibn Al-Walid, qui parvint à prendre la ville frontalière d’Al-Hirah en Mésopotamie. Cet excellent stratège battit ensuite en Mésopotamie toutes les troupes sassanides au cours de l’année 633, jusqu’au moment où il fut rappelé en Syrie, ce qui permit aux Sassanides de contre-attaquer sous l'autorité d'un nouveau roi et de remporter une victoire importante à la bataille du Pont en octobre 634.

Puis, en Syrie, les Arabes battirent les Byzantins à la Bataille de Yarmouken 636 et le second calife, Omar, put alors transférer des troupes à l'Est et reprendre l'offensive contre les Sassanides, tandis que Rostam Farrokhzād, général de Yazdgard III, commettait l’erreur de conduire une forte armée au bord du désert arabe au lieu d’attendre les Arabes sur la rive opposée de l’Euphrate. Aussi fut-il battu lors de la bataille dite d'Al-Qadisiyya(la victoire des victoires) par des Arabes pourtant largement inférieurs en nombre.

Les troupes arabes poussèrent alors leur avantage jusqu'à la capitale sassanide, Ctésiphon, qui fut évacuée après un bref siège, puis continuèrent sur leur lancée vers l'Est, poursuivant Yazdgard IIIet ses troupes. Battant encore les  Sassanides à la bataille de Jalūlā', ils prirent ainsi toute la Mésopotamie. 

Yazdgard III rassembla alors une nouvelle armée pour repousser les envahisseurs. En 642, il fut à nouveau battu à Nahavandet progressivement tout le plateau iranien fut pris par les Arabes. En 674, ils avaient conquis l'Afghanistan, la Transoxiane et une partie de l'Inde. Leurs victoires successives peuvent être attribuées à leur union structurée par le premier calife, face à un Empire sassanide, supérieur en nombre mais désorganisé.

Pour conserver leur cohésion, les occupants arabes s’installèrent alors dans des villes de garnison. Les populations perses, majoritairement zoroastriennes, mais aussi juives et chrétiennes, furent autorisées à pratiquer leur foi sous la contrainte de payer un impôt spécial, la jizya, et de respecter diverses restrictions ayant trait à leur occupation, à la pratique limitée de leur culte et à l'habillement, provoquant un lent processus de conversion à la religion arabe, l’Islam prenant ainsi tout son sens de « soumission ». En outre, les envahisseurs arabes imposèrent l'arabe comme première langue à leurs sujets, mais cette fois la langue persane résista malgré le remplacement de l'alphabet pahlavi-araméen par une version modifiée de l'alphabet arabe.  

Il faut enfin souligner le rôle de l’administration sassanide, clientélisée, arabisée et islamisée, qui se donna pour tâche de répandre la propagande omeyyade en confondant soumission à son joug et adhésion à la religion coranique. Cependant une grande partie de la population iranienne agro-pastorale resta attachée au zoroastrisme traditionnel, malgré l’imposition de la jizya, réservée aux non musulmans.  

 

On aurait pu croire qu’avec la conquête de la Perse, l’histoire, d’une certaine manière, était achevée. Mais il n’en fut rien, car, peu à peu, la Perse se libéra des Arabes et reprit son autonomie millénaire. 

 

* Nous emploierons indifféremment dans ce billet et les billets ultérieurs les termes de Perse et d’Iran. 

 

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MONTRÉAL ENCERCLÉ

1 Novembre 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

MONTRÉAL ENCERCLÉ

 

 

Après la bataille des Mille-Îles, les forces d'Amherst sont restées au fort Lévis pendant quatre jours avant de continuer vers Montréal, tout en perdant au moins quatre-vingt-quatre hommes noyés dans les rapides du Saint-Laurent. Puis Amherst a fusionné ses forces avec celles qui venaient de Québec et du lac Champlain pour encercler Montréal. 

 

Plus de dix-huit mille hommes convergent vers Montréal par trois voies fluviales : l'armée de Murray et ses trois mille huit cent hommes remontent le Saint-Laurent à partir de Québec, trois mille quatre cent soldats sous le commandement de Haviland passent par la rivière Richelieu venant du Fort Ticonderoga (Fort Carillon), après avoir pris le Fort Chambly et la force principale d’Amherst et ses onze mille hommes arrive par le Saint-Laurent à partir du Lac Ontario et de Fort Frontenac (aujourd’hui Kingston). 

James Murray, gouverneur militaire du district de Québec depuis septembre 1759, ordonne aux armées britanniques de tout brûler sur leur passage, fermes et maisons pour empêcher les miliciens canadiens de rejoindre l'armée française et pour les pousser à la désertion. 

En août 1760, il s’y ajouta la défection prévisible des Sept Nations, au nom du réalisme. 
Ces dernières vivaient dans des « réductions » ou des réserves. Chaque Nation était indépendante, ou selon la métaphore autochtone, avait son propre Feu, avec un Feu principal qui se trouvait à Kahnawake. Leur alliance était fondée sur des liens de parenté, liens selon lesquels les Hurons de Lorette qui détenaient l'honneur le plus élevé, étaient connus comme les oncles et tous les autres groupes étaient des frères. 
Le gouverneur et le Roi de France étaient les pères qui avaient le droit d'arbitrer les différends entre les nations alliées. Les Français entretenaient aussi des alliances dans l'arrière-pays, particulièrement avec la Confédération des Trois Feux, ces nations étant considérées comme des neveux par les Sept Feux. Les négociations avec les nations plus au Nord étaient menées par les Algonquins de Kanesetake, tandis que les négociations avec la Confédération iroquoise à New York étaient menées par les Mohawks de Kahnawake. Avant d'entreprendre une campagne conjointe, entre les Sept Nations et la Nouvelle-France, le gouverneur français et les officiers de haut rang  les visitaient toujours et participaient à la danse de guerre.
C’est ainsi que les Sept Nations avaient participé, en tant qu’alliées des Français, à la guerre de Succession d'Autriche (1744-1748) et aux premières campagnes de la guerre de Sept Ans. Mais en 1760, constatant la force croissante des Anglais, les Sept Nations entreprirent des négociations visant à établir leur neutralité dans le conflit qui opposait les Anglais et les Français. Elles obtinrent les garanties qu'elles demandaient lors du traité d’Oswegatchie d’août 1760, lequel traité était ensuite confirmé par le conseil de leur Feu principal à Kahnawake en septembre de la même année. Cette entente entre le Roi d’Angleterre et les nations indiennes était une bombe à retardement, car il fut, à mon sens, le motif principal de la volonté d’indépendance de la plupart des treize colonies britanniques. 

 

Finalement, le 6 septembre 1760, le Major-General Amherst arriva à̀ Lachine, à proximité immédiate de Montréal. Le même jour, le gouverneur Vaudreuil convoqua un conseil de guerre...

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LES GUERRES DE L'IRAN AVANT L'INVASION

17 Octobre 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

L'EMPIRE SASSANIDE

L'EMPIRE SASSANIDE

Héritier de la Perse, l’Iran a livré dans le passé de nombreuses guerres. Pour comprendre la tension actuelle entre l’Iran d’une part et l’Arabie saoudite, Israël et les États-Unis d’autre part, il m’a paru nécessaire de la situer dans le cadre historique des rapports entre l’Iran et ses voisins depuis des siècles, voire des millénaires.  

 

Sans remonter au Paléolithique, l’Iran entre dans l’histoire avec le royaume élamite, à la fin du IIImillénaire av. J.-C. En se libérant du pouvoir assyrien, Cyrus 1erfonde en 559 av. J.-C. le premier empire iranien, celui des Achéménides. Au sommet de sa puissance au Vesiècle av. J.-C., sous le règne de Darius Ier dit le Grand, les souverains achéménides régnaient alors sur un immense territoire, qui constitua même le plus grand empire de l’Antiquité, puisqu’il comprenait les contrées actuelles de l’Iran, de l’Irak, de l’Arménie, de l’Afghanistan, de la Turquie, de la Bulgarie, de la Syrie, de l’Égypte, d’une partie de la Grèce et de la plupart des territoires qui composent aujourd’hui le Pakistan, la Jordanie, Israël, la Palestine, le Liban, le Caucase, l’Asie centrale, la Libye et le nord de la péninsule arabique. Cette ancienne puissance reste vivace dans la mémoire iranienne, ce que les États-Unis, puissance arriviste, ne saisissent peut-être pas très bien, mais que ses voisins ont parfaitement intégré. 

Les souverains iraniens ont souvent été décentralisateurs et libéraux : on peut ainsi attribuer à Cyrus II la première déclaration des droits de l’Homme. Ils étaient donc peu capables de mobiliser rapidement leurs peuples contre des menaces immédiates et c’est ainsi que l’empire achéménide fut conquis par Alexandre le Grand en 330 av. J.-C, entrainant la destruction de ses plus beaux achèvements, comme Persépolis. 

La partie asiatique de l’empire ressuscita dès la mort d’Alexandre le Grand, car l’un de ses généraux, Séleucos Ier Nicator, s’en empara pour fonder l’empire séleucide, qui devint multiculturel. Il comprenait en effet des Perses, des Juifs, des Mèdes et bien sûr des Grecs dont étaient issus ses souverains. L’Empire séleucide avait du mal à résister à la puissance dominante de l’époque, la République Romaine. Il perdit notamment contre Rome la bataille des Thermopyles en 191 av. J.-C. et la dynastie s’éteignit en 64 av. J.-C., lorsque Pompée s’empara de la Syrie, entrainant la chute d’Antiochos XIII Asiaticus. Il faut noter ici, pour faire le lien avec la période contemporaine, que le contrôle de la Syrie a souvent été déterminant pour le pouvoir iranien. 

L’Empire parthe lui succéda, dont le nom provient des Parsis, une tribu iranienne qui contrôla progressivement tous les territoires à l’est de la Syrie. Ils perdront le pouvoir en 224 après J.C., cette fois-ci en raison de déséquilibres internes du pouvoir, au profit d’Ardachîr Ier, fondateur de la dynastie des Sassanides, du nom de son fondateur légendaire Sassan, un empire qui se maintiendra plus de quatre siècles, jusqu’en 651, date du début de l’invasion arabe. Les Sassanides appelèrent leur empire Eranshahr ou Iranshahr, qui signifie «La terre des Aryens». 

Les Sassanides étaient plutôt impérialistes. À l’est, ils se heurtèrent aux nomades Kouchans, puis aux Huns qui finirent par se fixer en Transoxiane. À l’ouest, ils affrontèrent les Romains puis son successeur, l’Empire byzantin, mais parvinrent à s’étendre en Arabie méridionale, en Syrie en Égypte et en Palestine, qui correspond assez bien à la zone de conflit actuelle. 

L’empire sombra progressivement dans l’anarchie, ce qui explique largement la conquête arabe (637-751) qui aboutira à la conversion d’une partie très majoritaire des peuples iraniens de la religion zoroastrienne vers la religion musulmane, encore qu’une partie de la population, fuyant l’arabisation et l’islamisation, se refugia en Inde pour constituer le peuple des Parsis. 

Depuis le Ier siècle av. J.-C., la frontière entre l'Empire byzantin et l'empire perse avait été́ l'Euphrate. Côté perse, ou iranien, la plupart des batailles et donc des fortifications étaient concentrées dans les régions du nord, puisque le désert syrien protégeait les deux empires, byzantins et sassanides, des raids arabes venant du sud. En outre, deux principautés arabes clientes des Byzantins et des Perses, respectivement les Ghassanides et les Lakhmides, servaient d’États tampons face aux razzias montées par les bédouins.

 

L’invasion de l’Iran par les Arabes au VIIesiècle s’explique par la montée en puissance des seconds qui coïncida avec une période de faiblesse sans précédent du premier. 

 

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