Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog d'André Boyer

histoire

BOUGAINVILLE, LE PESSIMISTE EN SECOND

30 Janvier 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

BOUGAINVILLE, LE PESSIMISTE EN SECOND

 

 

Lors de son arrivée en Nouvelle-France, Bougainville prit, pour la première fois de sa vie, une part active à des opérations militaires. 

 

En juillet et août 1756, il participa à la prise d’Oswego qui assurait le contrôle du lac Ontario. Montcalm le couvrit d’éloges. Il participa aussi en août 1757 aux opérations qui conduisirent à la reddition  de Fort Henry, que Montcalm se révéla incapable d’exploiter. 

Bougainville partageait les préjugés de Montcalm à l’égard des Canadiens et des Indiens, estimant qu’ils n’avaient « point de courage et de constance. »

En juillet 1758, Bougainville fut blessé au cours de la bataille de Carillon, qui se solda par une « accablante défaite » pour les Britanniques. Mais  Vaudreuil et Montcalm conservèrent des opinions divergentes sur les mesures à prendre pour faire face à la menace britannique qui ne faiblissait pas. 

En septembre 1758, Vaudreuil et Montcalm décidèrent d’expédier en France un officier chargé d’annoncer la victoire de Montcalm à Carillon, de faire un rapport sur l’état de la colonie et de demander des secours. Ils choisirent d’envoyer Bougainville, auquel Vaudreuil adjoignit le major Péan pour tempérer la vision systématiquement pessimiste de Bougainville. Ce dernier quitta Québec à bord de La Victoire le 5 novembre 1758 et débarqua à Morlaix au début de 1759. 

Pendant la traversée, Bougainville rédigea les quatre mémoires qu’il remit à Nicolas-René Berryer, secrétaire d'État de la Marine, dans lesquels on retrouve la vision pessimiste de Montcalm. Il y surestime fortement les forces de l’adversaire en écrivant: « 10 000 hommes, manquant de munitions de guerre et de bouche, ont a défendre trois frontières pour ainsi dire ouvertes, contre 60 000 au moins, à portée de les attaquer en même temps toutes trois par la supériorité excessive de leur nombre et l’abondance des moyens en tout genre. » En conséquence, il recommandait de n’envoyer au Canada que « l’absolu nécessaire à une défense plus longue. » 

Promu colonel et chevalier de Saint-Louis, Bougainville repartit de Bordeaux le 28 mars 1759 sur le Chézine et débarqua à Québec le 10 mai. Or, en raison de son diagnostice pessimiste, il avait naturellement suscité peu d’enthousiasme à Versailles pour l’envoi de renforts, ce qui  fait que l'on peut considérer que Bougainville fut l’un des principaux fossoyeurs de la Nouvelle-France, aprés Montcalm toutefois. 

Alors que son  arrivée annonçant celle de renforts, « ranima le cœur de tout un peuple qui, pendant le cours d’un hiver des plus dur avoit été réduit à un quarteron de pain et demy-livre de cheval » et bien que plus de vingt navires de ravitaillement fussent parvenus à Québec en même temps que le Chézine, la France n’avait pas envoyé plus de trois cent hommes pour soutenir la colonie en péril.

Bougainville prit le commandement du camp de Beauport en juin 1759, puis après le combat du 31 juillet où les Britanniques attaquèrent sans succès le camp de Montmorency, Bougainville avec cinq cent hommes sous ses ordres, fut chargé de défendre les communications entre Québec et Montréal. Il suivit les mouvements de la flotte britannique jusqu’à Pointe-aux-Trembles où, le 8 août, il repoussa à deux reprises une tentative de débarquement. Le 17 août, il refoula un débarquement à Deschambault et il empêcha plus tard les Britanniques de descendre à Saint-Augustin, jusqu'à ce que, le 13 septembre, les Britanniques réussissent à prendre pied à l’Anse au Foulon. 

Montcalm ne donna pas l’ordre à Bougainville de prendre Wolfe entre deux feux et Bougainville, dont le dispositif était très étiré le long du fleuve, se trouva dans l’impossibilité de rassembler son monde et de participer à temps au combat des plaines d’Abraham.

Nous n’évoquerons que brièvement la suite de la carrière de Bougainville, ces articles étant consacrés à la lutte franco-anglaise en Amérique du Nord. 

Bougainville participa ensuite à la défense de la Nouvelle-France, jusqu’à la capitulation de Montréal en septembre 1760. 

De retour en France, Bougainville conçut le projet d’un voyage d’exploration et de découverte autour du monde, qui reçut l’approbation de Choiseul. Il quitta Brest le 5 décembre 1766 pour une expédition qui allait durer 28 mois et qui devait le mener à Montevideo, aux îles Malouines, à Rio de Janeiro avant de franchir le détroit de Magellan puis de faire escale à Tahiti. L’expédition explora ensuite les Nouvelles-Hébrides, les îles Salomon, la Nouvelle-Irlande et la côte nord de la Nouvelle-Guinée. Bougainville rentra enfin en France en passant par les Moluques, Batavia, l’île de France et Le Cap. Il débarqua à Saint-Malo le 16 mars 1769, ayant eu très peu de pertes, sept morts et réalisant le premier tour du monde de la marine royale. 

 

Il participa ensuit à de nombreux combats avec des fortunes diverses et mourut chargé d’honneurs le 31 aout 1811 à Paris. 

Lire la suite

LOUIS-ANTOINE DE BOUGAINVILLE

14 Janvier 2019 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LOUIS-ANTOINE DE BOUGAINVILLE

 

Beaucoup d’entre vous connaissent le voyage autour du monde de Bougainville, le même qui, le 13 septembre 1759 en fin de matinée, arrive à marche forcée à proximité du champ de bataille.  
 

Il est en effet l'un des principaux adjoints de Montcalm, qui l’a envoyé avec 2200 hommes pour assurer la défense de la rive nord, entre Québec et la rivière Jacques-Cartier, une zone qui comprenait l'Anse-au-Foulon. La veille du débarquement anglais, 280  de ses soldats étaient cantonnés dans une série d'avant-postes entre l’Anse des Mères et la Rivière du Cap Rouge.

C’est donc logiquement que Bougainville commence par envoyer une centaine de volontaires essayer de reprendre la batterie de Samos et l'Anse au Foulon. Mais  ses efforts sont contrariés par l'action de Towshend, qui a hérité du commandement de l'armée britannique après la mort de Wolfe et qui vient à peine de rassembler ses soldats sur les plaines d’Abraham. Lorsqu'il apprend l’arrivée de Bougainville, il ordonne au 35e et au 48e régiments de marcher à sa rencontre avec les deux canons de York, ce qui entraine l’échec de l’opération tentée par Bougainville, qui apprend en même temps que l’armée conduite par Montcalm a été défaite.  Il ordonne alors  à ses troupes de se replier et envoie demander les ordres de Vaudreuil.

À ce moment de la bataille, On mesure l’énormité de l’erreur tactique qui a consisté à attaquer Wolfe sans coordonner les actions des différentes troupes disponibles : le résultat fut tout bonnement la perte du Canada et à terme de la Louisiane. Le rapport de force, en nombre d’hommes, en pièces d’artillerie et en mobilité penchait très fortement en faveur des troupes françaises, canadiennes et indiennes. Il aurait été facile de harceler et d’exterminer les troupes de Wolfe encerclées sur les plaines d’Abraham ! 

Mais avant d’aller plus loin dans le récit de la bataille, il me semble utile de se pencher sur la carrière de Bougainville, l’un des aides de camp favoris de Montcalm, qui a sans doute fait pencher la balance à Paris en faveur de ce dernier et qui est donc en partie responsable du désastre.  

Louis-Antoine de Bougainville est né à Paris le 12 novembre 1729. Son père est notaire au Châtelet et échevin de la ville. Sa mère, Marie-Françoise d'Arboulin est liée au cercle de Madame de Pompadour par son frère Jean Potentien, administrateur général des Postes en 1759. À cinq ans, Louis Antoine perd sa mère et est placé sous la protection de Madame Hérault de Séchelles à Versailles, qui est la fille d’un contrôleur général des finances et qui  devient sa mère de substitution et éducatrice. Tous gens d'influence.

Il fait ensuite des études au collège de Beauvais où il montre des aptitudes particulières pour les études mathématiques sous la direction de D'Alembert et Clairaut, si bien qu’il publie deux volumes d'un Traité de calcul intégral, à 25 ans, alors qu’il est entretemps devenu avocat au Parlement de Paris et qu’il a commencé une carrière militaire en s’inscrivant tardivement, à 21 ans, aux mousquetaires noirs. Trois ans plus tard,  il est aide-major dans le régiment de Picardie, puis il sert comme aide de camp à l’officier général François de Chevert avant de passer en octobre 1754 en Angleterre en qualité de secrétaire du maréchal de Lévis-Mirepoix, nommé ambassadeur extraordinaire à la cour de Londres à la suite des incidents survenus dans la vallée de l’Ohio.  Il revient en France en février 1755 où il reprend ses fonctions auprès de Chevert. Le 8 janvier 1756, en raison de ses travaux mathématiques, il est élu membre de la Royal Society à Londres.

 

Il reçut une commission de capitaine le 27 février suivant et quand Louis-Joseph de Montcalm fut promu commandant des troupes régulières françaises du Canada, Bougainville fut attaché à son service comme aide de camp. Ils quittèrent Brest sur la Licorne le 3 avril 1756.

 

À SUIVRE

Lire la suite

LES COMBATS APRÈS LA DÉFAITE DE MONTCALM

27 Décembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA RIVIÈRE SAINT-CHARLES À L'EST DE QUÉBEC

LA RIVIÈRE SAINT-CHARLES À L'EST DE QUÉBEC

 

Un officier des troupes de la marine note que « la déroute ne fut totale que parmi les troupes réglées. Les Canadiens, accoutumés à reculer à la manière des Sauvages et à retourner ensuite à l'ennemi avec plus de confiance qu'auparavant, se rallièrent en quelques endroits et, à la faveur des petits bois dont ils étaient environnés, ils forcèrent différents corps à plier, mais enfin il fallut céder à la supériorité du nombre. »

 

Les miliciens canadiens avaient peu de chance de survie dans un combat corps à corps contre leurs poursuivants, car ces derniers avaient des baïonnettes et des épées alors qu'eux n'avaient que des mousquets. Il leur fallait tirer au fusil puis s’enfuir. 

Lorsque les troupes britanniques chargèrent, les francs-tireurs amérindiens et canadiens commandés par Dumas étaient toujours occupés à se battre contre le 15e régiment et l'infanterie légère commandés par Townshend, complétée ensuite par le deuxième bataillon du 60e.Il espérait par ce mouvement garder l'adversaire sur sa droite. Mais Dumas contraria cette manœuvre anglaise en déplaçant ses hommes vers l'est jusqu'au coteau Sainte-Geneviève en bas du versant nord des Buttes-à-Neveu, là où s'étaient ralliés plusieurs Canadiens. En effet, derrière le coteau, plus au nord, il y avait l'hôpital général et surtout les retranchements autour du pont qui croise la rivière Saint-Charles.

Pendant ce temps, Vaudreuil s’approchait du champ de bataille avec deux bataillons de la milice de Montréal, venant de Beauport. Lorsqu’il entendit le bruit de la bataille, il fit accélérer les chevaux qui tiraient sa voiture et rejoignit la rivière Saint-Charles avant ses troupes. Il y rencontra le major-général Montreuil à qui il ordonna de rallier ses troupes pour contre-attaquer, mais ce dernier estima qu'il était préférable de se retrancher de l'autre côté de la rivière Saint-Charles et refusa d'obéir. Le défaitisme continuait à faire ses ravages parmi l’état-major de Montcalm.

Vaudreuil poursuivit alors donc sa route, seul, jusqu'à Québec, traversa la ville et en ressortit par la porte Saint-Louis. Il tenta de rallier les soldats et les miliciens qui s'étaient réfugiés sous les canons des remparts. Il parvint à rassembler 1 000 à 1 200 hommes, principalement des Canadiens, qui allèrent rejoindre les francs-tireurs sur les Buttes-à-Neveu. Il croyait être en mesure de fournir du renfort à Dumas avec les compagnies de milice qui le suivaient, qui n'arriveront jamais car Montreuil leur a donné l'ordre de s'arrêter au passage du pont de la rivière Saint-Charles.

En ordonnant au 78e de se replier et d'attaquer l'ennemi sur le flanc nord, Murray envoya des hommes qui avaient abandonné leurs fusils et brandissaient des épées contre des francs-tireurs qui se positionnaient derrière des arbres, ou se couchaient dans les broussailles. Aussi le régiment écossais subit-il de lourdes pertes qui l’obligèrent à se replier à deux reprises. Lorsqu'il se lança à l'attaque une troisième fois le 78e, aidé cette fois-ci par le 58e et le 2e bataillon des Royal Americans, dont les soldats portaient toujours leur fusil. 

Pendant ce temps, plus au sud, les 28e et 43e régiments, commandés par le lieutenant-colonel Hunt Walsh Hunt étaient aux prises avec un autre groupe de francs-tireurs.

La fusillade qui opposa les deux camps dura environ 90 minutes. Les Britanniques finirent par repousser les Canadiens et les Amérindiens vers la vallée de la rivière Saint-Charles, tandis qu’ils se rapprochaient des canons des navires français échoués délibérément dans la rivière, ce qui les obligea à se replier sur le coteau Sainte-Geneviève.

Les combats cessèrent vers midi. La bataille frontale avait duré un quart d’heure, celle des francs-tireurs deux heures. Les deux armées avaient subi approximativement le même nombre de pertes, 658 du côté britannique infligés par les francs tireurs et 644 du côté français, survenus au cours de la bataille rangée initiale.

 

Montcalm par son défaitisme profond, son refus de manœuvrer, sa  précipitation et finalement sa mort, avait livré le Canada aux troupes britanniques. 

Lire la suite

UNE BATAILLE PERDUE D'AVANCE

2 Décembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

UNE BATAILLE PERDUE D'AVANCE

 

Les premiers soldats français s'arrêtent à cent vingt mètres de la ligne adverse d’où ils se mettent à tirer sans ordres, à une distance trop grande pour avoir un impact.

 

Les premiers soldats français à avoir rechargés leur arme, foncent sur l'ennemi à nouveau et s'arrêtent à 25 ou 35 mètres de la ligne adverse. Pendant quelques minutes, les deux lignes se regardent sans tirer. Du côté français, cette pause permet aux hommes les plus en arrière de rattraper les plus en avant. Ils ne parviennent cependant pas à reformer leurs rangs initiaux et restent organisés en trois groupes compacts, deux à l'extrémité nord et un au sud de la ligne britannique, ce qui fait que les 43e et 47e régiments, au centre de la ligne britannique, n'ont toujours pas de soldats français en face d'eux.

À l'approche des Français, les lignes britanniques se préparent à tirer. Wolfe avait mis au point une méthode de tir qui prévoyait que le centre, en l’occurrence les 43eet 47erégiments d'infanterie, devait faire feu lorsque l’ennemi s’approcherait à moins de vingt sept mètres. Wolfe a aussi ordonné à ses soldats de charger leurs mousquets avec deux balles. 

L'armée française envoie une première salve à une distance suffisamment rapprochée pour être mortelle. Ce faisant, les soldats français concèdent l'avantage aux soldats d'en face qui ont le temps de bien viser pendant que les autres rechargent leurs fusils.

Le Capitaine John Knox, servant avec le 43erégiment, écrit dans son journal que, lorsque les Français sont à portée de main, le régiment « leur a envoyé avec le plus grand calme, la plus forte décharge proche que j'ai jamais vue. Après ce premier tir, les lignes britanniques ont avancé de quelques pas vers les troupes françaises encore sous le choc et leur ont envoyé une deuxième décharge, qui a entrainé leur repli. 

Au centre, les 43e et 47e régiments s'avancent et tirent respectivement sur la gauche et sur la droite. Les deux lignes ennemies échangent des tirs pendant un quart d’heure. À l'approche de l'infanterie française, les canons de York positionnés aux extrémités de la ligne britannique cessent de lancer des boulets et les remplacent par de la mitrailledans un grand nuage de fumée.

Rapidement, au nord de la ligne, les soldats du Languedoc et de La Sarre se replient, suivis par ceux de la Guyenne et du Béarn. Le Royal-Roussillon bat aussi la retraite par la suite.

Wolfe s’était positionné avec les Grenadiers du 28erégiment et de Louisbourg sur une colline pour observer la bataille. Mais ils étaient harcelés par les troupes canadiennes et indiennes qui les visaient de flanc.  Il avait été touché au poignet au début du combat, mais il avait enveloppé la blessure et continué. Le commandant du régiment de Louisbourg, James Henderson, rapporte qu’après avoir donné l’ordre d’ouvrir le feu, Wolfe a été touché par deux coups de feu, l’un au bas de l’estomac et l’autre à la poitrine et il est mort rapidement.  

Wolfe mort et plusieurs officiers importants blessés, les troupes anglaises se sont lancées dans une poursuite désordonnée des soldats français qui battaient en retraite. Ils tirent leurs dernières balles, fixent leurs baïonnettes et se lancent à la poursuite de leurs adversaires. Le 78eHighlanders, qui n'ont pas de baïonnettes, jettent les fusils au sol et sortent leurs épées claymores, mais sont stoppés par des tirs intenses provenant d’une batterie flottante qui protégeait le pont sur la rivière Saint Charles.  

Au Nord, les soldats qui ne courent pas assez vite sont faits prisonniers ou tués à coup d'épée. Les 47e et 58e régiments chargent les fuyards français avec le 78e jusqu'au-delà des Buttes-à-Neveu. 

Au sud, les 28e et 43e chargent jusqu'aux remparts de Québec, mais sont arrêtés par l’artillerie de la ville qui tire à  mitraille.

En outre, les soldats du 78e Highlanders doivent se replier pour faire face aux Canadiens et Amérindiens qui continuent à tirer depuis la lisière des bois au Nord autour de la Butte-à-Neveu. 

 

En effet, tous les hommes ne fuient pas jusqu'aux portes de Québec...

Lire la suite

MONTCALM LIVRE BATAILLE POUR LA PERDRE

15 Novembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

MONTCALM LIVRE BATAILLE POUR LA PERDRE

Au fur et à mesure que les troupes régulières arrivent, le lieutenant-colonel de Fontbonne les positionne en ligne de bataille face aux Anglais au pied du versant ouest des Buttes-à-Neveu, à environ cinq cents mètres de la ligne britannique, jusqu’à ce que Montcalm le rejoigne pour approuver ses ordres et prendre les commandes.

 

Montcalm envoie Magnan et Montreuil informer Vaudreuil pour accélérer l'arrivée des troupes et il ordonne à Bernetz de lui fournir cinq canons. Convaincu qu'il est impossible que Bougainville ne soit pas au fait de ce qui se passe, il ne prend pas la peine de lui envoyer un messager.

La ligne française qui se déploie face à la ligne britannique, sur le versant ouest des Buttes-à-Neveu, est composée, du nord au sud, des régiments de La Sarre, du Languedoc, de Béarn, de Guyenne et du Royal-Roussillon.

Des détachements des soldats réguliers des troupes de la Marine et de la milice canadienne sont postés aux extrémités nord et sud de la ligne. Sur le flanc nord, l'adjudant-général Jean-Daniel Dumas commande l'unité mixte de neuf cents hommes, composée de troupes de la Marine, de la milice de Québec et des guerriers amérindiens, alors que le capitaine Louis-Frédéric Herbin commande huit cents autres francs-tireurs au sud.

Au total, les troupes françaises qu’alignent Montcalm comprennent, selon les évaluations, entre trois mille et trois mille six cents hommes selon les évaluations, aussi les deux lignes de bataille qui se font face sont-elles comparables, de l’ordre de deux mille hommes.  

Lorsque la pluie cesse vers dix heures, Montcalm prend la décision d'attaquer avec les seules troupes immédiatement disponibles, contre l’avis de Vaudreuil et à l’opposé des conseils de Montreuil et de Montbeillard, ses principaux officiers à ses côtés sur le terrain. En effet, il est le seul à penser que le temps presse pour attaquer avant que les Britanniques aient eu le temps de se retrancher.

Or, dans les murs de Québec, deux mille cent soldats réguliers de la marine, miliciens et matelots s’y trouvent encore pour assurer la défense de la ville. De son côté, Bougainville, à la tête de deux mille cent soldats d'élite, miliciens et cavaliers, a quitté Cap-Rouge vers huit heures et avance à marches forcées vers le champ de bataille, tandis que Vaudreuil a quitté le camp de Beauport à la tête de mille cinq cents hommes de la milice de Montréal et marche aussi vers les plaines d’Abraham. Tous ces hommes n’auront pas le temps de se joindre à la bataille.

Or l’attaque est non seulement précipitée, mais elle est aussi désorganisée. Montcalm place ses meilleures troupes sur trois rangs, les médiocres sur six rangs et les troupes les plus faibles en colonne. Il se positionne à la tête des régiments de Guyenne et du Béarn, monte sur son cheval noir, tire son épée dans un geste martial et ordonne de battre la charge.

Mais, à peine l'armée a-t-elle fait vingt pas en avant que la gauche prend du retard et le centre prend les devants. Les soldats descendent un terrain couvert de longues herbes mouillées, de blé en pied, de ravins, de flaques d'eau et de clôtures à enjamber.

Rapidement, la ligne se défait en trois groupes. Un premier groupe d'environ mille hommes, troupes de la Marine, milice, régiments de La Sarre et de Languedoc, dérive vers la droite, face à l'extrémité nord de la ligne britannique. Au centre, un deuxième groupe avec Montcalm à sa tête, composé de quatre cents soldats des régiments du Béarn et de Guyenne ainsi que de miliciens, marche à peu près dans la même direction. Le troisième groupe au sud dérive sur sa gauche en se dirigeant vers l'extrémité sud de la ligne ennemie, si bien que personne finalement ne fait face au centre de la ligne britannique.

Progressivement, ces groupes de soldats qui avancent à des vitesses différentes voient leurs rangs se désagréger pour prendre la forme de colonnes incapables d'affronter le feu d’une armée rangée en ligne de bataille. Aussi la décision de livrer bataille dans ces conditions constitue l’erreur ultime de Montcalm, une erreur parfaitement prévisible compte tenu de son état d’esprit.

 

Pris de cours, Montcalm imagina d’improviser une bataille à l’européenne alors qu'il ne disposait pas d'une armée adaptée. Pire encore, il ne se donna même pas le temps de rassembler et d'organiser ses troupes. Le malheur fut que son incompétence et son manque de sang-froid conduisirent la Nouvelle-France à sa perte.

Lire la suite

LES TROUPES DE WOLFE SE METTENT EN PLACE

29 Octobre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

Les troupes sur la plaine d'Abraham

Les troupes sur la plaine d'Abraham

 

 

Nous avons quitté les troupes françaises en train de réagir à l’installation en ordre de bataille des troupes de Wolfe, tandis que Montcalm prenait enfin conscience de la situation, à 7 heures du matin ce 13 septembre 1759.

 

Qu’avaient fait les Anglais depuis leur débarquement et la prise de la position de Vergor au sommet de la falaise ?

Wolfe avait fait débarquer quatre mille quatre cent hommes au total. Dans un premier temps, l’armée de Wolfe formait une ligne plus ou moins continue qui s’allongeait depuis l’Anse-au-Foulon. Une fois le terrain reconnu, Il avait constitué une ligne de bataille principale comprenant deux mille cent soldats. Les deux mille trois cent hommes restants étaient positionnés pour défendre ses flancs sud et nord, en réserve ou pour garder l’Anse-aux-Foulons.

Sur la ligne de bataille se positionnent les 58e, 78e, 47e, 28e régiments et les grenadiers de Louisbourg faisaient  directement face à la ligne française sur une longueur de huit à neuf cent mètres. Les unités étaient disposées sur deux rangs, sauf le 78e régiment qui avait pu être disposé sur trois rangs.

L'aile nord et l'aile sud disposaient chacune d’un canon de six livres. Le flanc nord était défendu par le 15e  régiment et le bataillon des Royal Americans alors que le flanc sud l'était par le 35e régiment. Le 48e  régiment était positionné en réserve, avec des soldats de l'infanterie légère qui protègaient. L’aile droite s'appuyait sur les sommets escarpés qui dominent le Saint Laurent et l’aile gauche était accrochée aux falaises et à un bois au-dessus de la Rivière Saint-Charles.

Alors que les troupes régulières françaises commençaient à s’approcher depuis Beauport et Québec, les troupes canadiennes et les tireurs d’élite indiens attaquèrent le flanc gauche britannique, depuis les arbres et les broussailles. Ils s’y maintinrent tout au long de la bataille et y restèrent même pendant  la retraite générale des troupes de Montcalm pour tenir finalement le pont sur la rivière Saint-Charles. Les Canadiens avaient commencé par chasser les Britanniques des habitations, puis repoussés à leur tour, avaient mis le feu à plusieurs maisons pour maintenir les Anglais à distance. La fumée de ces incendies a fini par masquer la partie gauche du front britannique et a peut être trompé Montcalm quant à l’étendue du déploiement  des troupes anglaises.

Face à ces quatre mille quatre cent hommes en ordre de bataille, Montcalm disposait dans la forteresse, sur le flanc et à l’arrière de l’ennemi d’une masse de treize mille quatre cent hommes, composée de troupes régulières, de Troupes de la Marine et de Canadiens auxquelles s'ajoutaient deux cent cavaliers, de deux cent artilleurs, cent quarante volontaires  acadiens et trois cent Indiens. Il était donc loin d'être en position de faiblesse, même si une partie des ses troupes était trop inexpérimentée pour participer à une bataille rangée.

Montcalm, en découvrant les troupes de Wolfe alignées sur la plaine d’Abraham, constata de visu l’échec complet de ses hypothèses sur l’impossibilité des Anglais à débarquer et celui de sa stratégie du refus du combat frontal. Il était brutalement contraint de livrer bataille et là où il avait exclu de le faire.

Aussitôt, et c’est pourquoi on peut lui imputer un manque de sang-froid, sans consulter son état major et sans attendre les nombreux renforts dont il disposait, comme les troupes de Bougainville qui s’approchent à marche forcée, il décide de livrer bataille sur le champ comme s’il fallait effacer aussitôt cet affront fait à son autorité.

Il se contenta d’expliquer à Montbelliard, un officier artilleur : « Nous sommes contraints à l’action. L’ennemi est en train de se retrancher. Il dispose déjà de deux pièces de canon. Si nous lui laissons le temps de s’installer solidement, nous ne serons jamais capable de l’attaquer avec les troupes dont nous disposons »

 

À cet instant crucial, Montcalm continuait donc à sous-estimer la qualité de ses propres troupes, ou, ce qui revient au même,  à  se refuser de les utiliser en fonction de leurs capacités propres…

Lire la suite

MONTCALM: LE DERNIER INFORMÉ

22 Octobre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

MONTCALM: LE DERNIER INFORMÉ

 

 

Montcalm comprit très tard, vers sept heures du matin, le 13 septembre 1759, qu’il se passe quelque chose d’anormal à l’ouest de la ville.

 

Toute la nuit, il s’est laissé abuser par les ruses des Anglais, qui, il est vrai, sont des maitres en la matière, encore aujourd’hui. Vers 1 heure du matin, des sentinelles postées sur la côte de Beauport entendent des bruits qui laissent donnent penser que des embarcations sont proches : Montcalm place aussitôt ses troupes en état d’alerte.

Puis, vers trois heures du matin, un canot signale avoir vu des navires britanniques devant Beauport : Montcalm positionne un détachement de milice et un canon de campagne sur la grève et fait envoyer un canot en reconnaissance. Mais, au moment où le canot revient vers la grève sans avoir rien vu, la ville de Québec transmet un signal d'alerte. À Beauport, on croit que cette alarme concerne l’assaut qu’ils appréhendent contre eux-mêmes et personne ne bouge.

Cependant, peu avant l'aube, Montcalm entend tout de même des tirs d'artillerie semblant venir de Québec en amont du fleuve. Mais il se rassure en estimant  que ce sont les bateaux de Cadet destinés à l’approvisionnement de Québec  qui ont été découverts par les Anglais. Comme il ne reçoit aucune autre information alors que le soleil se lève et qu’il n’aperçoit aucun vaisseau britannique à l'horizon, Montcalm renvoie ses soldats à leurs bivouacs.

Alors que les soldats sont au repos, un deuxième homme arrive en courant pour prévenir Montcalm du débarquement anglais, le premier ayant été éconduit par un de ses aides de camp. Il lui dit qu’il est le seul survivant du détachement qui se trouvait près de l'Anse-au-Foulon, que les Britanniques ont débarqués et qu’ils sont en train de former leurs lignes de batailles sur les hauteurs de Québec.

Sur le coup, Montcalm  reste  incrédule.

Mais pendant ce temps, un autre rescapé de l'Anse-au-Foulon  est intercepté par l'adjudant General Pierre-André Gohin, comte de Montreuil, qui prend, lui, le message au sérieux et ordonne en conséquence à deux détachements du Régiment de Guyenne de marcher en direction de l'Anse-des-Mères et d'attaquer l'ennemi, quelle que soit sa force. Il monte ensuite sur son cheval pour prévenir Montcalm.

On se rappelle aussi qu’avant quatre heures du matin Vergor a prévenu le Chevalier de Bernetz, commandant du second bataillon du régiment Royal-Roussillon, qui commande la garnison de Québec, que les Anglais effectuaient un débarquement à l’Anse-au-Foulon. Dés qu’il reçoit le courrier de Vergor, Bernetz lui envoie immédiatement un détachement et alerte Vaudreuil à Beauport à cinq heures quarante-cinq pour lui donner son avis sur ce débarquement : il estime que des Anglais ont bien débarqué à l’Anse-au-Foulon mais qu’ils auraient ensuite réembarqué.

Pendant ce temps, un détachement de trente hommes, conduit par le capitaine Jean-Baptiste Magnan, arrive tout d’abord à l'Anse-des-Mères  où il ne voit aucun débarquement britannique mais seulement vingt Canadiens qui montent la garde. Magnan poursuit son investigation vers l'ouest jusqu'aux Buttes-à-Neveu au sommet desquelles il aperçoit la ligne de bataille britannique en train de se former. Malgré l'évident surnombre de l'ennemi, il décide d’agir pour ralentir l’avance des soldats britanniques vers Québec. Il positionne quelques hommes au pied des Buttes-à-Neveu et envoie un groupe prendre les maisons qui se trouvent le long du chemin Sainte-Foy au nord, mais ses hommes doivent retraiter aux Buttes-à-Neveu sous la pression de l'infanterie légère britannique. Au même moment, un détachement du régiment de La Sarre, commandé par le capitaine Laurent François Lenoir de Rouvray, attaque également les soldats britanniques sur le champ de bataille. Rouvray est blessé par balle et fait prisonnier.

Tous ces évènements se déroulent sans que Montcalm en ait pris connaissance. Il est en effet plus de sept heures lorsque Montcalm et son aide de camp James Johnstone, un Ècossais rallié aux Français, se décident à quitter sous la pluie Beauport en direction du quartier général de Vaudreuil pour comprendre quelle est la cause des bruits de canons et de mousquets qu'ils entendent toujours en amont du fleuve.

 

Lorsque Montcalm atteint les hauteurs de l’autre côté des murs de la ville et qu’il aperçoit l’armée anglaise en rangs de bataille, il en est complètement atterré.

Lire la suite

WOLFE ROULE MONTCALM DANS LA FARINE

7 Octobre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

WOLFE ROULE MONTCALM DANS LA FARINE

 

Les soldats français postés sur la grève et sur la falaise ne parviennent donc pas à empêcher les troupes britanniques de débarquer. 

 

Bougainville qui était en charge de la défense d’une grand espace entre le Cap Diamant et le Cap Rouge, se trouvait en amont au Cap Rouge dans la nuit du 12 septembre, ce qui fait qu’il n’a pas vu les nombreux navires qui se déplaçaient en aval de sa position.

Le Gouverneur Vaudreuil, comme d’autres, s’était inquiété de la vulnérabilité de l’Anse-Au-Foulon, mais Montcalm, avec sa suffisance habituelle, avait clos la discussion en observant que cent hommes suffiraient pour retenir une armée entière jusqu'au jour, notant « qu’on ne peut pas imaginer que les ennemis aient des ailes pour pouvoir dans la même nuit traverser la rivière, débarquer, escalader un chemin obstrué et des murs qui nécessiterait qu’ils apportent des échelles avec eux » 

Ce n’est pas ce qui s’est passé: alors que les soldats de Vergor tirent toujours en direction des chalands, l'infanterie légère anglaisecommandée par Howe réussit à escalader le promontoire sans se faire repérer. Les 24 soldats de DeLaune arrivent en vue de la tranchée et de l'abattis qui entravent le chemin de l'anse, sans avoir à combattre. Ils parviennent même (dans l’obscurité) à tromper une sentinelle grâce au bon français du capitaine Donald MacDonald. La montre de DeLaune indique 4 h 20 lorsqu'il rejoint Howe au sommet, pour tomber sur les troupes de Vergor et les cerner. 

Vergor ordonne alors à ses hommes de faire volte-face. Mais il est blessé par une balle à la jambe et une autre à la main, et fait prisonnier avec la moitié environ de ses troupes. L'autre moitié de ses hommes se replie sous le commandement de son lieutenant, poursuivis dans les champs de blé des plaines d'Abrahampar les soldats britanniques qui parviennent à les capturer presque tous. Les autres réussissent à s’échapper en longeant la falaise vers l'est où ils rejoignent de petits groupes de soldats qui continuent à tirer sur les embarcations au dessous d’eux. On sait que deux des Canadiens qui se sont échappés courent jusqu'au camp de Beauport.

Wolfe arrive sur le lieu de débarquement une heure après. Quand lui et son adjudant-général, le major Isaac Barré, mettent pied à terre à l'Anse au Foulon, les prisonniers et les blessés français descendent déjà des hauteurs par le chemin de l'Anse.

Le soleil se lève à 5 h 34. 

Vers 6 h, les vaisseaux HMS Lowestoft, HMS Seahorse, HMS Squirrel, HMS Laurel  et HMS Adventure  rejoignent le HMS Hunter devant Sillery pour débarquer le gros des troups. La batterie de Samos atteint le HMS Squirrel avant d'être neutralisée par un détachement de grenadiers envoyé par Wolfe. 

C’est alors qu'il se met à pleuvoir, jusque vers 10 heures du matin. 

Le plateau se retrouve sans défense, une fois le camp de Vergor capturé, car  Vaudreuil avait ordonné à un régiment français qui s’y trouvait de s'installer à l'est de la ville peu de temps avant le débarquement. Or, si les soldats français avaient été plus nombreux sur la plaine d’Abraham, les Britanniques auraient probablement été incapable de s’y déployer. 

Pour ajouter un petit détail qui a pu se révéler important pour le succès de Wolfe, un officier français qui aurait du normalement patrouiller le long des falaises, n’a pas pu le faire dans la nuit du 12 septembre car un de ses chevaux avait été volé et ses deux autres étaient boiteux.  

En outre la toute première information sur le débarquement est venue d’un soldat qui était parvenu à fuir le camp de Vergor, mais l’aide  de camp qui l’a reçu a estimé que l'homme n’était pas dans son état normal et, après l’avoir renvoyé, il s’est recouché.

 

Pendant ce temps, de l’autre côté de la ville, Montcalm est en état d’alerte depuis 1 heure du matin en raison de la diversion organisée par Saunder au large de Montmorency,  qui faisait tirer sur le rivage et qui organisait l’embarquement de troupes, dont  beaucoup avaient été extraites des hôpitaux. 


 

Lire la suite

LE DÉBARQUEMENT À L'ANSE-AU-FOULON

28 Septembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE DÉBARQUEMENT À L'ANSE-AU-FOULON

 

Il y eut un petit aléa en ce qui concerne l’arrivée des barques vers l’Anse-au Foulon, qui ne remis cependant pas en cause le succès du débarquement.  

 

La marée poussa les embarcations de soldats plus loin que Wolfe l'avait prévu, ce qui fait qu’elles touchèrent la rive un peu en aval de l'Anse-au-Foulon. Le chaland de tête, commandé par le lieutenant Gordon Skelly, toucha terre le premier.

Il était précisément 4 h 07. Un premier détachement de 24 soldats volontaires de l'infanterie légère mit pied à terre. Ils coururent sur la grève en direction de l’ouest pour rejoindre le chemin de l'Anse près du ruisseau Saint-Denis, tandis qu’un autre groupe, conduit par le lieutenant-colonel William Howe et Simon Fraser, escaladait la falaise pour surprendre le groupe de Vergor.

L'Anse-au-Foulon  et l'Anse des Mères sont deux petites anses  situées au pied de ravins, le long desquels se trouve un chemin qui monte du fleuve jusqu’en haut des falaises, hautes de 55 mètres. De là, on atteint les plaines d'Abraham, à 20 minutes de marche de la ville de Québec.

Les deux anses ont été reconnues par les défenseurs de la ville comme de possibles lieux de débarquement. En juillet, l'officier Lapause inspecte l'Anse-au-Foulon et suggère un épaulement  traversant le chemin de part en part pour défendre le lieu. L'endroit demeure sans défense jusqu'au 19 juillet, date à laquelle des sentinelles aperçoivent les quatre navires de guerre britanniques qui sont passés à l'ouest de Québec durant la nuit.

Cela amène une réaction des Français : le matin du 20 juillet, quelque 1200 soldats réguliers et miliciens, épaulés par 200 cavaliers sont stationnés sur le promontoire de Québec. Le capitaine François-Marc-Antoine Le Mercier, ingénieur et commandant d’artillerie, est dépêché sur les lieux avec deux canons et un mortier qu'il utilise pour monter une batterie à Samos, à l'ouest de l'Anse-au-Foulon. La batterie est mise à l'essai le jour même et les artilleurs réussissent à toucher le HMS Squirrel. Cette batterie est ensuite renforcée : en septembre, elle comprend trois canons de 24 livres et un mortier de 13 pouces servis par 30 soldats du Régiment du Languedoc commandés par le capitaine François-Prosper de Douglas.

De plus, à partir du 7 août, le colonel Louis-Antoine de Bougainville  est chargé de la défense de la rive nord, entre Québec et la rivière Jacques-Cartier, une zone qui comprend l'Anse-au-Foulon. Des renforts lui sont envoyés  le 3 septembre, lorsque Montcalm constate l'évacuation du camp de Montmorency par les Britanniques. Bougainville se trouve alors à la tête de 2 200 hommes.

Le 12 septembre, 280 soldats sont cantonnés dans une série d'avant-postes entre l’Anse des Mères et la Rivière du Cap Rouge. Plus précisément, à l'entrée du chemin, la Coulée Saint-Denis, qui descend vers l'Anse-au-Foulon, le capitaine Louis du Pont Duchambon de Vergor, le même qui a fait face sans succès aux Anglais quatre ans auparavant au fort Beauséjour, commande un avant-poste d’une centaine d’hommes, qui sont réduits à une quarantaine cette nuit là en raison des moissons. À l'anse des Mères même, un jeune homme, Lafontaine est à la tête de 15 ou 20 hommes et le chemin qui descend jusqu'à la grève est barré à 35 mètres au-dessus du fleuve par un abattis et une tranchée.

Au moment où le groupe de barques transportant la première vague de soldats, arrive à proximité de l'Anse-au-Foulon, les soldats français postés au sommet des falaises tirent dans l'obscurité en direction des barques échouées sur la grève, puis, peu de temps après, l'artillerie de Samos entre en action.

 

Les soldats français ne restèrent donc pas inactifs, mais ils ne parvinrent pas à éviter, ni que les Anglais débarquent à l’Anse-au-Foulon, ni  qu’ils atteignent les plaines d’Abraham... 

 

 

Lire la suite

VERS L'ANSE-AU-FOULON

9 Septembre 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

TROUPES DE MARINE FRANÇAISES

TROUPES DE MARINE FRANÇAISES

 

Wolfe a des renseignements et des convictions. Il sait que les positions qu’il va attaquer sont faiblement gardées parce que Montcalm estime l'Anse-au-Foulon impraticable en raison de l'escarpement et du boisement de la rive.

 

Il sait, par la bouche d'un déserteur que le commandement français ne s’inquiète pas des récents déplacements de ses troupes en amont du fleuve, estimant que ces mouvements ont pour objectif la destruction des habitations et des campagnes de la région et non une tentative de débarquement du côté ouest de Québec.   

Le même déserteur lui affirme aussi que Montcalm ne se laissera pas convaincre d'abandonner ses positions à l’est de Québec, car il croit que l’essentiel de l'armée britannique s’y trouve toujours. C’est pourquoi il décide de tenter une attaque surprise.

Le 12 septembre 1759 à 21 heures, les premiers soldats britanniques s’installent dans des barques à fond plat qui doivent les transporter jusqu'à l'Anse-au-Foulon. Vers 2 heures du matin, lorsque la marée descendante atteint la vitesse de 2,4 nœuds, huit barques sont mises à l'eau, portant quatre cent soldats de l'infanterie légère  sous les ordres du lieutenant-colonel William Howe.

Vers 3 heures du matin, ces barques joignent le sloop HMS Hunter devant Sillery. Son capitaine informe les officiers aux commandes des barques que deux déserteurs français ont abordé son vaisseau quatre heures plus tôt (ça fait beaucoup de déserteurs, mais c’est ce qu’il advient lorsqu’on garde inactive une troupe trop longtemps : elle est gagnée par la peur). Les déserteurs ont informé le capitaine de l’arrivée prochaine de 19 bateaux de ravitaillement pour Québec. En réalité, Bougainville a annulé le transport des vivres pour plus tard, mais il a omis d'en informer les avant-postes, d’où proviennent les déserteurs. 

Aussitôt, ces informations sont utilisées par les Britanniques : vers 4 heures du matin, les huit chalands chargés de troupes anglaises passent devant les avant-postes français de Samos et de l'Anse-au-Foulon. À Samos, le capitaine français Douglas aperçoit les embarcations et un de ses soldats leur crie de s’identifier. D'après le compte-rendu d'un officier des troupes de la marine, les Britanniques répondent correctement en indiquant (en français, je suppose) qu’il s’agissait de « 19 bateaux chargés de farine qui partent du Cap Rouge.» 

Douglas les laisse passer et charge une estafette  d'informer les sentinelles qui sont postées plus à l'est. Lorsque les embarcations britanniques sont en vue de l'avant-poste au sommet du chemin qui descend jusqu'à l'Anse-au-Foulon, Vergor, qui commande un détachement en haut de la falaise, ordonne à un soldat de demander leur identification et il obtient la même réponse «correcte», comme disent les Québécois. Mais il constate peu après que les embarcations se dirigent vers la rive nord pour débarquer au lieu de poursuivre vers Québec. Aussitôt, il ordonne à ses hommes de prendre leurs armes pour attaquer les troupes  qui vont débarquer et il envoie un message à Bernetz, qui commande la garnison de Québec en remplacement de Jean Baptiste Nicolas Roch de Ramezay, pour l'informer que l'ennemi effectue un débarquement à l'Anse-au-Foulon.

Contrairement à une rumeur qui court au travers des siécles, l"Anse-au-Foulon était gardée et il n’y  a pas eu de défaillance côté français. Les soldats étaient vigilants, ils ne dormaient pas, ils ont réagi tout de suite. 

La surprise vint du manque d’information en aval. Montcalm ne savait pas où étaient les soldats anglais, il en était réduit à faire des hypothèses qui l’ont conduit à faire un mauvais choix en concentrant toute son attention sur la défense de Québec par l’est, du côté de Beauport. En revanche côté anglais, l’encerclement des forces françaises donnait à Wolfe la liberté de manœuvre et comme toujours les Anglais étaient les maitres en matière de renseignement et d’intoxication de l’adversaire. 

 

En outre, Wolfe bénéficiait des inévitables informations fournies par des déserteurs qui exprimaient à leur manière la situation désespérée dans laquelle se trouvait enfermée la Nouvelle-France et il lui était facile de s’organiser en conséquence.  

 

À SUIVRE

 

 


 

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>