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Le blog d'André Boyer

histoire

QUÉBEC SE PRÉPARE AU SIÈGE

24 Février 2018 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

QUÉBEC SE PRÉPARE AU SIÈGE

Précédant d'un peu plus d'un an la fin de la Nouvelle-France, la ville de Québec est assiégée du 26 juin au 18 septembre 1759, jour de sa capitulation.

 

Après la campagne de 1758, qui a vu la perte de la forteresse de Louisbourg et de l’Ile Royale, le succès de la bataille de Fort Carillon ne peut masquer la situation désespérée de la Nouvelle-France, faute de renforts venus de France.

En effet, en 1759, trois attaques simultanées sont programmées par l’armée britannique commandée par l’ignoble général Jeffery Amherst, l’homme qui donna l’ordre de remettre aux Indiens des couvertures infectées par la variole. Au centre, il s’agit de s’avancer jusqu'à Montréal  via le Lac Champlain, mais l’on a vu que l’opération échoua (1759, la Nouvelle-France en peau de chagrin). À l’ouest, le brigadier général John Prideaux  doit monter une attaque contre le Fort Niagara qui réussira (Le siège de Fort Niagara et la suite), et à l’est la flotte britannique, commandée par le vice-amiral Charles Saunders doit s’avancer dans le fleuve Saint-Laurent jusqu'à Québec pour y faire débarquer une force de terre et faire le siège de la ville. James Wolfe, promu au grade de major-général, est chargé de conduire le siège. 

Durant l'automne et l'hiver 1758-1759, le gouverneur de la Nouvelle-France, le marquis de Vaudreuil et le commandant des troupes de terres métropolitaines, le marquis de Montcalm élaborent leur stratégie pour défendre la colonie. Ils ont des relations exécrables et des opinions opposées sur la stratégie de défense de la Nouvelle-France. Montcalm postule que l'armée britannique est trop nombreuse, qu’il faut donc en réduire le périmètre défensif.  Vaudreuil pense a contrario qu’il faut mener la guerre à toutes les extrémités de la colonie, parce qu’un petit nombre d'hommes suffira à occuper beaucoup d'ennemis.

Tous deux ont dépêché  des émissaires à Versailles pour demander des secours. Tandis que Vaudreuil réclame l'aide de la marine royale directement contre l'ennemi dans le golfe du Saint-Laurent et une diversion contre les colonies britanniques, Montcalm estime la situation si désespérée qu’il réclame sans y croire des renforts de soldats et de munitions et suggère comme Vaudreuil une diversion sur la côte de Virginie. En même temps, il demande à être rappelé pour des raisons de santé et des dettes à payer, c’est tout dire…

En définitive, les renforts  dépêchés par Versailles restent faibles, à peine quatre cent soldats, quarante canonniers et ingénieurs  et quatre navires de munitions. Montcalm n'est pas rappelé, mais au contraire promu au grade de lieutenant général des armées, en reconnaissance de sa victoire à Carillon. De plus, sa stratégie est avalisée aux dépens de celle qui est préconisée par Vaudreuil,  qui, bien que décoré de la grand-croix de l’ordre de Saint-Louis est subordonné à Montcalm pour toutes les questions portant sur la défense de la colonie, comme l'est Bigot, intendant de la Nouvelle-France.

Au printemps 1759, la British Navy ne parvient pas à assurer le blocus du Saint-Laurent, l'amiral Philip Durell ne réussissant pas à faire sortir sa flotte de dix vaisseaux de guerre et ses trois transports de troupes du port d’Halifax avant le 5 mai.

Pendant ce temps, une flotte de seize navires français atteint Québec le 16 mai et d'autres convois arrivent au cours des jours qui suivent, dont un navire de 430 tonneaux, La Chézine, qui transporte le célèbre Bougainville. Même si les secours envoyés sont largement insuffisants, ils sont tout de même porteurs d’espérance.

Six jours plus tard, le 22 mai, ayant appris qu’une expédition anglaise se préparait contre la ville par le Saint-Laurent, Montcalm rallie Québec pour diriger les travaux nécessaires à sa défense. 

Il faut se souvenir que Québec, qui domine de son promontoire le fleuve Saint Laurent au lieu où il se resserre, a l’habitude de devoir se défendre : Il a déjà été capturé par les frères Kirke en 1629 avant d'être rendu à la France en 1632, attaqué le 16 octobre 1690 par William Phips avec une flotte d’une trentaine de navires et plus de 2 000 hommes. C’est à cette occasion que le gouverneur Louis de Buade, comte de Frontenac, répondit au messager de Phips venu le sommer de rendre la ville: «Je nay point de reponse a faire a vostre general que par la bouche de mes canons et a coups de fuzil...». Les troupes de Phips furent repoussées, perdant un millier d’hommes par le combat et la maladie.

Québec constitue en effet la clé de voute de la Nouvelle-France. Sa position géographique permet de contrôler la colonie, avec son promontoire et sa falaise abrupte face au fleuve qui en fait une forteresse naturelle. La ville étant située au point de pénétration intérieure le plus avancé sur le Saint-Laurent, les navires qui proviennent d’Europe s’y arrêtent et elle est le point de convergence de la traite des fourrures Stratégiquement, l’étroitesse du fleuve devant Québec permet de contrôler la navigation, tandis que la baie de Beauport offre un havre aux navires,

Québec compte 8000 habitants, une population importante à l’échelle de l’Amérique du XVIIIe siècle. Les villages, les champs et les pâturages entourent une ville fortifiée, unique en Amérique du Nord, dotée d’une architecture monumentale, de riches maisons mais aussi de rues boueuses et insalubres bordées de bicoques. Son port fait partie d’un réseau d’échanges commerciaux entre la France, les Antilles, l’Acadie et Terre-Neuve, les navires exportant fourrures et bois tandis qu’ils importent des produits européens et antillais. 

 

C’est cette belle ville établie sur ce site depuis un siècle et demi que le général Wolfe s’apprête à détruire avec près de deux mille canons, pour que les Britanniques puissent enfin régner sans partage sur l’Amérique du Nord et à leur suite les Américains sur le monde…

 

À SUIVRE

 

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LA RACE PRÉDESTINÉE À EXPLOITER LE MONDE

4 Décembre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA RACE PRÉDESTINÉE À EXPLOITER LE MONDE

 

 

Le "modèle" britannique comme le "modèle américain" qui s’installe à la même époque, est exclusif, au sens où il est fondé sur la mise à l’écart de toutes les personnes inadaptées au système. Il faut en prendre conscience au moment où il s’impose aujourd'hui au monde entier.

 

Si l’on additionne les migrants, la plupart non volontaires, les personnes intégrées à l’armée ou enfermées dans les workhouses et les prisonniers, ce sont un million sept cent mille personnes qui sont mises à l’écart, soit plus de dix pour cent d’une population britannique qui ne dépasse pas seize millions d’habitants en 1831.

Au milieu du dix neuvième siécle, il en résultera des fractures sociales béantes dans les villes et les campagnes anglaises, tandis que dans les colonies, de petits groupes d’administrateurs, de commerçants, de planteurs et de militaires s’appuieront sur les élites locales pour exploiter, sous forme de travail contraint, les Chinois, les Indiens ou les peuples du Pacifique, envoyés dans les Caraïbes, en Afrique ou en Australie.

En Inde, ce système sera remis en question par la mutinerie de 1857.  En réaction au General Service Enlistment Act  du 25 juillet 1856, qui supprime les unités militaires composées de castes homogènes et impose l’utilisation de nouvelles cartouches enduites de graisse animale, ce qui révulse les hindous et les musulmans, quarante cinq régiments se mutinent sur les soixante quatorze que compte l’Inde. Pour châtier les mutins, les officiers britanniques ont spontanément recours à des traitements atroces, tels le tir au canon sur les condamnés, mais en même temps, avec un pragmatisme qui lui est coutumier, le gouvernement britannique procède à une réorganisation complète du gouvernement de l’Inde qui passe de la  Compagnie des Indes à la Couronne.

Puis l’Empire colonial britannique s’attaque à la Chine, à qui est imposée de force la politique dite de la « porte ouverte ». Après une première guerre de l’opium (1839-42), une seconde intervention en 1847 et une troisième entre 1856 et 1860, les Britanniques obligent l’Empire du Milieu à appliquer les nouvelles règles occidentales. Un nombre considérable de ports chinois sont ouverts au commerce européen tandis que des concessions jouissant de privilèges exorbitants sont implantées pour que les négociants européens y établissent leurs comptoirs et entrepôts. Des conseillers britanniques prennent même en charge certaines parties de l’administration chinoise, notamment les douanes et certaines administrations fiscales. On voit donc que l’ouverture de la Chine à l’Occident n’est pas une nouveauté.

La même politique d’ouverture commerciale est imposée à l’Empire ottoman, ce qui conduit à la banqueroute du gouvernement turc en 1875. Dominant le commerce extérieur et principal créancier du pays, le Royaume Uni finit par mettre l’Egypte sous tutelle financière en 1876, puis sous occupation militaire en 1882. En Afrique, la justification idéologique des interventions et de la conquête de futures colonies est celle de la lutte contre l’esclavage. On voit encore ici qu’il n’y a pas de nouveauté dans l’actualité récente, CNN assurant la relève des journaux britanniques de l’époque coloniale.  

Désormais, l’Empire fait partie intégrante de l’identité britannique. Joseph Chamberlain, secrétaire aux Colonies, proclame le 12 novembre 1895 : « je crois que la race britannique est la plus grande des races dirigeantes que le monde a jamais connue ». Quant à Cecil Rhodes, premier ministre d’Afrique du Sud et le fondateur de la Rhodésie, il en rajoute encore: « les Britanniques sont la meilleure race pour diriger le monde».  C’est apparemment toujours le cas, Washington ayant pris le relais de Londres.

Cette idéologie impériale s’appuie sur le darwinisme social : la réussite de l’Empire et la montée en puissance des Etats-Unis, sont la preuve « scientifique» de la supériorité des Anglo-Saxons qui se fonde sur une langue et une façon de vivre commune, l’attachement à la liberté et la volonté d’entreprendre. C’est toujours vrai.

Avec le temps, L’Empire voit grandir les menaces contre son hégemonie. À l’orée du XXe siècle, l’Allemagne dépasse la Grande-Bretagne pour la production d’acier et de charbon. Pire, elle oblige le Royaume Uni à une course aux armements épuisante pour maintenir sa supériorité navale. Pour le pouvoir britannique, l'Allemagne doit être mise au pas, comme le fut la France un siècle plus tôt.

De plus, à l’intérieur même du Royaume Uni, l’ordre politique libéral est fragilisé par l’incapacité de  Gladstone à mettre en place le Home Rule en Irlande, par la percée du nouvel unionisme parmi les ouvriers non qualifiés ainsi que par l’apparition de candidats travaillistes aux élections et par la montée du mouvement féministe.

La guerre d’Afrique du Sud (1899-1902) contre les Républiques boers, qui vise à établir une domination britannique stable sur une région stratégique pour ses richesses minières et pour sa fonction d’escale sur les routes orientales de l’Empire, permettra de resserrer les rangs. Cette guerre révèlera en effet l’existence d’une profonde fierté patriotique impériale qui montrera que la population britannique a intuitivement compris que la survie de l’Empire était essentielle pour le maintien de la puissance britannique.

Si la guerre impérialiste contre les Boers se veut une aide à la minorité britannique opprimée, la lutte contre l’Allemagne, rivale impériale potentielle avec l’expansion de sa flotte et de ses colonies, sera justifiée par l’invasion de la Belgique puis de la France.  Mais il s’agit toujours de préserver les fondations de la puissance britannique.

Avec la Première guerre mondiale, le monde britannique revit à l’échelle mondiale, la grande épreuve des guerres contre Napoléon, avec un effort humain et financier encore plus lourd qu’un siècle auparavant. L’Empire britannique n’en sort qu’en apparence renforcé, car ses anciennes fissures, en Irlande, en Inde et au Moyen Orient, se transforment en fractures et qu’un fort mouvement pacifiste s’implante au Royaume Uni.

 

 

L’Empire se repliera sur lui-même en attendant l’épreuve d’une seconde guerre contre l’Allemagne qui l’obligera à passer le relais à sa descendance, les Etats-Unis, qui évoqueront à leur tour, pour exploiter le monde sans complexe, une pseudo prédestination nationale à jouer un rôle mondial messianique.  

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LA VIOLENCE DE LA SOCIÈTÉ BRITANNIQUE

22 Novembre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA VIOLENCE DE LA SOCIÈTÉ BRITANNIQUE

 

 

En 1815, le Royaume Uni possédait à la fois le pouvoir absolu sur les mers et était devenu l’arbitre de l’Europe. De ce fait, il devint pour l’Europe, voire pour le monde entier, le modèle politique et économique à imiter.

 

Un modèle à imiter ? Le système anglais était au service d’une oligarchie qui combattait sur deux fronts :

  • un front extérieur, où l’industrialisation profitait des ressources procurées par des plantations coloniales soumises à un échange inégal avec la métropole, lui permettant d’exporter notamment des textiles bon marché. Encore que l’industrie exportatrice britannique se heurtait au protectionnisme de pays européens moins compétitifs, du fait de leur retard industriel et de l’absence de colonies, monopolisées par les Anglais. Ces derniers, adossés à leur idéologie libérale ad hoc, souhaitaient étendre le libre échange au plus grand nombre de pays possibles. Ils y parvinrent en 1860 grâce au traité franco-anglais qui ouvrit la voie à d’autres traités au sein de l’Europe et au développement rapide du marché américain.
  • Un front interne, où l’oligarchie britannique, estimant qu’elle était born to rule, mena une répression constante contre les récalcitrants.  En témoignent le massacre de Peterloo à Manchester en 1819, lorsque la cavalerie chargea une manifestation de soixante mille personnes qui demandaient une réforme de la représentation parlementaire, les condamnations à mort des luddites, entre 1812 et 1817, qui étaient des artisans opposés aux manufactures de textiles, la répression de la révolte du Capitaine Swing en 1830, nom mythique d'une révolte d'ouvriers agricoles en Angleterre,  appelée les Swing Riots.

En 1832, la réforme électorale (Reform Act) établit par l’oligarchie un système électoral censitaire au détriment des classes populaires, alors que Le Chartisme, fondé sur une Charte populaire adoptée à l'initiative de l'Association des travailleurs londoniens, réclamait le suffrage universel masculin, un juste découpage des circonscriptions électorales, l'abolition de l'obligation d'être propriétaire pour être éligible, des élections législatives annuelles, le vote à bulletin secret et une indemnité parlementaire. Pour appuyer ces revendications, trois grandes pétitions furent signées en 1838, 1842 et 1848 par des millions de britanniques, mais le Parlement refusa d’en tenir compte. À tous ces refus de réformes,  s’ajoutait la permanence de la répression contre la  rébellion irlandaise, l’Empire et les Etats-Unis servant de soupapes de sureté pour évacuer vers l’extérieur de la métropole les éléments indésirables, que ce soient les condamnés expulsés  de prisons surpeuplées et les pauvres les plus désespérés. Dans la métropole, la mise à l’écart de  « l’armée de réserve » en sous-emploi chronique s’accomplissait par la prison, l’armée de métier et les workhouses

L’institution des workhouses mérite que l’on s’y arrête. Depuis 1597, The Act for the Relief of the Poor de la reine Élisabeth mettait les indigents, les chômeurs, les mendiants et les vagabonds à la charge des paroisses. Or, après 1815, le nombre de pauvres explosa avec l’industrialisation. En 1824, il atteignait un 1,34 million de personnes, soit 8% de la population du Royaume Uni. C’était une situation intolérable pour les classes dirigeantes, non pas parce qu’elles étaient choquées par les conditions de vie des pauvres, mais parce qu’elles trouvaient qu’elles payaient trop d’impôts pour entretenir des « fainéants ». D’où la promulgation d’une  loi punitive envers les pauvres, The Poor Law Amendment Act (1834), qui mit fin à l'assistance à domicile des indigents pour les enfermer dans des workhouses, moins coûteux.

Les indigents y travaillaient 18 heures par jour dans des conditions de vie plus précaires que les ouvriers les plus mal payés, selon le principe de less eligibility qui ne doit pas encourager les « paresseux » à se faire entretenir dans les workhouses. Et en effet, la discipline y était très stricte, les châtiments corporels, la mise au cachot et la privation de nourriture étaient largement pratiquées et en conséquence le taux de suicide y était très élevé. Les familles étaient dispersées et, , les personnes âgées et malades étaient mises à l'écart pour des « raisons d'hygiène », les enfants travaillaient dans des manufactures voisines de la « workhouse », ou, lorsqu’ils étaient trop nombreux, expédiés au Canada ou en Australie. On se rappellera que Charlie Chaplin vécut avec sa mère Hannah et son demi-frère dans la workhouse de Lambeth en 1896 et en 1898, à l'âge de sept ans et neuf ans.

 

Lisez ce que Friedrich Engels écrit en 1844 sur les motifs des auteurs de la loi sur les pauvres de 1834, qui « n'hésitèrent pas un seul instant à jeter les pauvres dans le lit de Procuste de leurs idées et de les y traiter, selon celles-ci, avec la plus révoltante dureté ».

 

Un modèle à imiter, vraiment ?

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LE MERCANTILISME S'INSTALLE EN EUROPE OCCIDENTALE

7 Novembre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE MERCANTILISME S'INSTALLE EN EUROPE OCCIDENTALE

 

Le mercantilisme, dont j’ai présenté la doctrine dans un billet précédent, est contemporain de la colonisation du Nouveau Monde et du triomphe de la monarchie absolue qui s’opèrent entre le XVIe siècle et le XVIIIe siècle en Europe, jusqu’à ce que la montée en puissance du Royaume Uni impose la pensée d’Adam Smith.

 

Les bases du mercantilisme se fondent sur l’idée nouvelle que le pouvoir du Prince repose sur l’or et les impôts collectés et non sur la religion et la loyauté des vassaux. Aussi les débats économiques quittent-ils le champ théologique pour être animés par les conseillers du Prince et des magistrats qui ont partie liée avec des banquiers, des industriels  et des marchands qui ne recherchent que le profit.

Foin de la religion, foin de la morale, vive l’or ! Quoi de plus moderne que le mercantilisme ? le Nouveau Monde, le progrès technique et le développement des villes favorisent l’enrichissement et le commerce, la mise en place de la comptabilité, la création de sociétés par action et des banques en fournissent les outils.

Comme le prône Machiavel (1532), la raison d’État prime et le mercantilisme est une évidence pour un État qui se veut souverain, comme l’écrit Jean Bodin (1576). Les Anglais, qui rejetteront plus tard avec Adam Smith le mercantilisme parce qu’il contrarie leurs intérêts, sont les premiers à édicter des législations mercantilistes avec le Navigation Act (1651) de Cromwell qui permet à la Royal Navy de conforter leur prééminence de l’Angleterre sur le commerce maritime.

Les guerres anglo-hollandaise, franco-hollandaise et franco-anglaise sont le résultat du nationalisme économique qui anime ces trois pays, tandis que le colonialisme est fondé sur l’idée qu’une nation trouve sa force dans la prise de territoires qui lui donnent accès aux matières premières ou fournissent des  débouchés à ses activités.

Qui peut, dans ces conditions, prétendre que le mercantilisme est aujourd’hui disparu de la pensée des gouvernants ?

Aussi les politiques mercantilistes se répandent-elles à travers l’Europe :

  • En Espagne, le flux considérable d’or et d’argent provenant d’Amérique génère  le bullionisme, théorie selon laquelle  la possession de métaux précieux fait la richesse et la puissance des nations.
  • En France, le mercantilisme voit le jour au début du XVIe siècle. En 1539, un décret royal interdit l'importation de marchandises à base de laine d'Espagne et d'une partie de la Flandre. L'année suivante, des restrictions sont imposées à l'exportation d'or. Sous Colbert, le gouvernement français créé des Manufactures, dont certaines se perpétuent sous d’autres formes, pour accroître les exportations et favoriser le commerce intérieur en réduisant les droits de douane intérieurs et en construisant un important réseau de routes et canaux.
  • À partir de 1588, les Pays-Bas, en récupérant une partie importante de l’empire colonial portugais, détiennent le quasi monopole du transport maritime : en 1650, ils disposent de 16 000 bâtiments contre 4 000 anglais et 500 français, accompagnant leur activité commerciale d’une activité industrielle orientée vers l'exportation. Ils développent également les outils juridiques et financiers nécessaires à leurs affaires, en créant les premières sociétés par actions à responsabilité limitée, la Banque d'Amsterdam (1609) et la première Bourse (1609). Naturellement, ils revendiquent la liberté des mers, qui leur est si propice. 
  • En Angleterre, le mercantilisme atteint son apogée durant la période du Long Parliament (1640–1660).  L’agriculture doit utiliser les terres au maximum, tandis que les mercantilistes anglais, contrôlés par l’oligarchie, sont moins convaincus par un contrôle de l'économie intérieure qui ne leur profite pas que de celui du commerce international ; c’est pourquoi ils limitent par les Navigation Acts interdisent aux marchands étrangers de faire du commerce intérieur au Royaume Uni et n’autorisent les colonies qu’à produire des matières premières destinées exclusivement au Royaume Uni.

 

La nouvelle confiance induite par la découverte de l’Amérique accélère le progrès technique et réoriente la pensée économique vers le mercantilisme, les États prenant acte que l’industrie permet de conquérir les marchés extérieurs et que l‘appât du gain du commerçant permet au Prince d’accumuler la richesse qui assurera son pouvoir, liant ainsi pour la première fois leurs intérêts réciproques.

 

 

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NOUS SOMMES LES AMÉRINDIENS D'AUJOURD'HUI

3 Novembre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

NOUS SOMMES LES AMÉRINDIENS D'AUJOURD'HUI

 

 

Les colons américains repoussaient les Indiens en les tuant pour que les survivants s’enfuient plus vite et plus loin, jusqu’à leur disparition finale.

 

L'arrivée des Européens provoqua, à partir du milieu du XVIIe siècle, d'importantes migrations, comme celle des Sioux depuis les forêts de l’ouest du Wisconsin et du centre du Minnesota vers l’ouest et le sud, des guerres entre tribus pour le contrôle du commerce et bien sûr une profonde crise morale qui se manifesta par une vague de  suicides et une augmentation de la criminalité.

La volonté expansionniste des treize colonies britanniques, puis du gouvernement américain, conduisit à des guerres permanentes contre le Mexique et contre les Amérindiens. Parmi les guerres amérindiennes les plus connues, on peut citer les guerres séminoles en Floride (entre 1817 et 1858) et la guerre des Black Hills (1876-1877) contre les Sioux. On peut cependant porter au crédit de la Cour suprême des Etats-Unis la défense des droits des Amérindiens au XIXe siècle contre celui des États fédérés et le soutien de la cause indienne par quelques personnalités américaines, à l’instar de Thomas Paine, de Thomas Jefferson ou de Roger Williams.

Au XIXe siècle, les Amérindiens furent parqués dans des réserves et leur principal gibier, les troupeaux de bisons, exterminés sur incitation du gouvernement fédéral afin de les affamer.

C’est pourquoi on peut qualifier de génocide la politique qui a consisté à les affamer par la prime au massacre de bisons, à les spolier de leurs terres par la violence, à les priver de leur liberté de culte ou du droit de parler leurs langues et à user de la fourberie en ne respectant pas les accords signés.

Ainsi, la construction du premier chemin de fer transcontinental et l’arrivée des colons par les pistes de l’Ouest dévasta le territoire des Indiens des Plaines, provoquant la mort par désespoir de nombreux Amérindiens, comme les  Creeks.

Cette politique génocidaire a été instruite par le Bureau des affaires indiennes (1824) qui produisit six ans plus tard l’Indian Removal Act, dont l’expression se passe d’explication, afin de déplacer les populations indiennes toujours plus vers l’Ouest.

Président de 1827 à 1839, Andrew Jackson, l’idole de Donald Trump qui a installé son portrait dans le bureau ovale, fit voter une loi déportant les Amérindiens de l’est du Mississippi vers l’ouest afin d’exploiter l’or situé sur leurs territoires et d'installer les migrants venus d’Europe. Cette loi, déclarée anticonstitutionnelle par la Cour suprême, entraîna des guerres avec les Cherokees jusqu’en 1838. La « Piste des Larmes » correspond aux larmes de compassion que versèrent les colons américains en assistant à la déportation des Cherokees en 1838-1839, accablés par le froid, l’épuisement et la maladie.

Dans le Territoire indien qui leur fut attribué, les cinq tribus « civilisées » furent surveillées et encadrées par une série de forts construits par le gouvernement fédéral à proximité des réserves, tandis que pour achever le travail (sic), le Dawes Act (1887) permit la mise en vente des terres des tribus à des particuliers,  un texte qui fut maintenu en application jusqu'en 1934.

Lorsque les Amérindiens eurent pratiquement disparu au début du XXe siècle, puisqu’ils n’étaient plus que deux cent cinquante mille sur tout le territoire des Etats-Unis, le gouvernement américain s’offrit le luxe de prendre conscience de l’inégalité et du racisme que subissait la toute petite minorité indienne.

La citoyenneté américaine, ne leur fut accordée qu’en 1924, eux dont les ancêtres étaient présents sur le territoire des Etats-Unis des millénaires avant leurs spoliateurs, en reconnaissance (sic) des efforts des Cheyennes et des Iroquois durant  la Première Guerre mondiale : le cynisme des autorités américaines laisse pantois !  

En 1934, sous la Présidence de Franklin Roosevelt, l’Indian Reorganization Act mit enfin un terme à la privatisation des terres amérindiennes, alors qu'il ne restait pratiquement plus de terres indiennes à privatiser. Après 1944, les Amérindiens récupéreront dix mille km2 sur les dix millions de kmqu’ils occupaient à l’origine, soit 0,1% du total. La suite est une longue succession de règlements, de contestations et d’indemnisations portant sur les miettes concédées par le système américain, alors que   dans une ambiance les communautés amérindiennes, déstructurées, démoralisées, souffrent toujours de fléaux comme le sida, la violence, l’alcoolisme, la pauvreté et l’isolement.   

 

Ce blog est certes destiné à rappeler l’extermination de la plupart des Amérindiens et le calvaire qu‘ont subi les rares survivants jusqu’à ce que le gouvernement américain estime, il y a moins d’un siècle, que le problème indien était réglé et qu’il pouvait se montrer généreux à bon compte.

Mais il a un autre objectif qui s’adresse à vous, mes lecteurs : soit vous croyez, avec la pensée officielle, que les agissements du gouvernement et des colons américains est certes une histoire pénible, mais dont la société américaine a tiré les leçons de façon à ce que cela ne se reproduise plus,  soit vous pensez avec moi qu’il n’en est rien.

 

Nous, les Non Américains, nous sommes les Amérindiens du présent et du futur. C’est le même sort que celui des Amérindiens que les autorités américaines nous destinent, lorsque cela leur parait nécessaire. À l’appui de cette thèse, observez l’absence de compassion des Etats-Unis à Hiroshima et Nagasaki, en Corée, au Vietnam, en Afghanistan et en Irak, pour ne citer que les exemples les plus manifestes.

Et tirez en les conclusions.

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ÉLIMINER LES AMÉRINDIENS AU PLUS VITE

23 Octobre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

ÉLIMINER LES AMÉRINDIENS AU PLUS VITE

 

Avant de s'attaquer "sérieusement" aux Amérindiens, les Français et les Espagnols furent progressivement éliminés du pouvoir en Amérique du Nord.

 

Les Français réussirent cependant à survivre en tant qu’unité politique au sein du Canada parce qu’ils furent longtemps majoritaires par rapport aux populations d’origine anglaise et lorsqu’ils devinrent minoritaires, ils étaient encore trop nombreux pour être dissous dans un pays peu peuplé. Les Espagnols furent repoussés quant à eux au Mexique dont la partie nord fut conquise par les Etats-Unis. Mais ils ne furent pas massacrés.  

Les Indiens, oui.

Les Espagnols avaient commencé le travail. Dès 1784, une politique d'extermination des Apaches âgés de plus de sept ans (sic) fut mise en place, tandis que, côté britannique, les Amérindiens étaient refoulés vers l’ouest par la pratique du squatting, en d’autres termes l’accaparement des terres. En outre, involontairement et volontairement, les colons britanniques introduisirent des maladies inconnues des Amérindiens, même si les maladies infectieuses existaient avant 1492. Cependant les colonisateurs amenèrent avec eux la variole, la rougeole, la peste, le choléra, la fièvre typhoïde, la diphtérie, la malaria, la scarlatine, la fièvre jaune et des maladies vénériennes qui causèrent près d’une centaine d’épidémies majeures en cinq siècles.

La maladie qui causa le plus de ravages fut la variole qui s’installa en Amérique du Nord dès 1520 et balaya des groupes entiers de populations dépourvues de défenses humanitaires. Il ne s’agit pas de la simple conséquence malheureuse de la colonisation. Les colons américains se réjouissaient de l’affaiblissement des sociétés indiennes en considérant que la variole était envoyée par Dieu pour punir les Indiens et les récompenser, eux qui étaient si courageux et si pieux. Pire encore, comme je l’ai déjà relaté, ces maladies étaient volontairement répandues parmi les Indiens. La preuve la plus flagrante est l’ordre donné en 1763 par le général britannique Amherst à Fort Pitt (Pennsylvanie) de  « répandre la variole parmi la vermine », à quoi son subordonné, le colonel Henry Bouquet, répondit qu’il l’avait fait, au moyen de couvertures contaminées par la variole…

Aux maladies, il faut ajouter l’alcool qui permit aux trappeurs de déposséder les Indiens de leurs fourrures, de leur extorquer des traités iniques, quand il n’était pas tout bonnement utilisé pour les endormir et les tuer. Cette distribution libérale d’alcool aux populations indiennes fut un moyen privilégié d’affaiblir les sociétés amérindiennes, tandis que la distribution d’armes, de blé, d’objets en métal, de nouvelles plantes et de chevaux les dépossédaient de leur culture, comme aujourd’hui les Etats-Unis s’efforcent de le faire au travers de la « mondialisation » qui n’est autre que l’américanisation.

Au Texas actuel par exemple, le cheval renforça le nomadisme de plusieurs tribus et contribua à modifier leur répartition géographique ; les Navajos se mirent à élever des moutons, introduits par les Espagnols, les Cherokees, les Chicachas, les Chactas, les Creeks et les Séminoles furent considérés comme des tribus plus « civilisées » que les autres par les colons parce qu’elles avaient adopté nombre de coutumes importées par ces derniers, qui n'avaient par ailleurs aucune concession à faire aux Amérindiens. Tant mieux s’ils s’évangélisaient, c’est qu’ils allaient se fondre dans le melting pot.

 

D’une façon générale, les colons américains méprisaient des Amérindiens qu’ils considéraient au mieux comme de bons sauvages à « civiliser », au pire comme des démons à convertir, à réduire en esclavage ou à massacrer.

 

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LE ROYAUME UNI S'IMPOSE SUR LES MERS

10 Octobre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LE ROYAUME UNI S'IMPOSE SUR LES MERS

 

Jacques II, qui succède à Charles II, ne respecte pas l'habeas corpus et doit fuir en France à la suite de la Glorieuse Révolution.

 

Après l’invasion de l’Angleterre par une armée hollandaise, le Parlement offre en 1688 la couronne à sa fille Marie, protestante et épouse du stadhouder de Hollande, Guillaume III, qui s’engagent tous deux à respecter les droits (1689), ce qui aboutit à la limitation définitive du pouvoir du roi au profit du Parlement anglais qui se recrute au sein de quelques milliers de propriétaires terriens.

La Glorieuse Révolution reproduit le schéma hollandais de croissance  urbaine, financière, intellectuelle et maritime, en dépit de l’opposition française de Louis XIV qui n’en peut mais, malgré plusieurs tentatives d'invasion de l'Angleterre en 1692, 1708 et 1715.

En 1694 est créée la Banque d'Angleterre qui prête à l'État les fonds permettant de construire la Royal Navy, laquelle devient maîtresse des océans en une dizaine d'années.

En 1707, l'Acte d'Union scelle l'association de l'Écosse presbytérienne et de l'Angleterre, qui forment désormais le Royaume Uni. Cette union fut la conséquence des désastres qui avaient ruiné l’Écosse à la fin du XVIIe siècle, de la famine qui y sévissait et de la tentative d’installation d'une colonie écossaise à Panama qui tourna au désastre. L'Angleterre accepta d'indemniser les actionnaires de cette expédition en échange du rattachement de l'Écosse à l'Angleterre.

Les parlements d'Angleterre et d'Écosse furent abolis pour créer le Royaume-Uni avec un parlement unique. Le bénéfice de cette union pour l'Écosse fut substantiel car elle reçut des subsides, bénéficia du libre-échange avec l'Angleterre et devint partie prenante de son empire colonial. Quant à l'Angleterre, elle avait quasiment neutralisé la possibilité de débarquement sur son île.

Dés lors, en sus du Pays de Galles en 1536 et de l’Irlande, totalement contrôlée à partir de 1603, le Royaume Uni forma un ensemble homogène,  géographiquement protégé des conflits de l’Europe continentale. Il n’est donc pas étonnant qu’au XVIIIe siècle cet ensemble politique émerge comme une grande puissance. Grâce aux rivalités continentales qu’il attise et à la puissance de la Navy, le Royaume-Uni prend totalement le dessus sur la France dans sa rivalité coloniale en Amérique du Nord, aux Antilles et en Inde.

Le rôle de la Royal Navy est en effet déterminant dans la montée en puissance britannique. À partir du XVIe siècle, lorsque le roi Henry VIII créé une flotte permanente, la Royal Navy connait une croissance remarquable. En 1547, à sa mort, la flotte anglaise comprend 58 vaisseaux, financés en partie par les ressources provenant de la dissolution des monastères. En 1558, Élisabeth Ire trouve une flotte diminuée de 27 vaisseaux et plutôt que de financer sa reconstruction, elle s’appuie sur la piraterie, autour de John Hawkins et de Francis Drake pour repousser l’Invincible Armada  en 1588, avec l’aide des intempéries.

Charles Ier relance la construction navale pour disposer en 1633 de 50 vaisseaux royaux. Sous Oliver Cromwell, l'Angleterre fait un énorme effort de modernisation et de construction pour atteindre 102 bâtiments en 1652. Lorsque Charles II monte sur le trône en 1660, l'effectif de la Navy est déjà de 154 vaisseaux. Puis, à partir de 1689, grâce aux navy bills, des emprunts d'États contrôlés par le parlement et à la Land Tax qui représentera jusqu’à 52 % des recettes fiscales britanniques, l’effectif de la Royal Navy s’accroit rapidement pour atteindre 272 unités en 1702.

Une série de conflits quasiment ininterrompus opposent ensuite le Royaume-Uni à la France tout au long du XVIIIe siècle. Pendant ces conflits, le Royaume Uni, au contraire de la France, peut se concentrer sur l'obtention de la supériorité navale sans avoir à se défendre contre un envahisseur terrestre. Aussi obtiendra t-il presque systématiquement la victoire sur mer. À la fin des guerres napoléoniennes, la Royal Navy comptera 716 navires armés par 5 000 officiers et 145 000 marins, avec un budget trois fois supérieur à celui de la marine française.

Après un siècle d’affrontements sur mer, la supériorité de la Royal Navy sur tous ses rivaux lui permet, au sortir des guerres napoléoniennes, d’imposer la Pax Britannica sur son gigantesque empire colonial.

 

La puissance du Royaume Uni, à l’orée de l’ère industrielle est fondée sur la puissance militaire de la Royal Navy. Cette puissance lui permet d’imposer ses idées sur le monde.

 

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LA MONTÉE DE LA PUISSANCE ANGLAISE

5 Octobre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LA MONTÉE DE LA PUISSANCE ANGLAISE

 

Ce sont les Anglais, par leurs succès maritimes, qui ont imposé le système social qui prévaut aujourd’hui, fondé sur le travail : c’est la thèse que je présente dans ce billet, pour en tirer ensuite les conséquences.

 

Le XVIe siècle voient les règnes successifs d’Henri VIII et d’Elisabeth 1ere. Le premier promulgue l'Acte d'Union de 1536, par lequel le Pays de Galles devint une partie constituante de l'Angleterre, mais il est également le fondateur de la première flotte permanente de l'Angleterre, la Royal Navy. Ses « aventures » conjugales le conduisent à séparer l'Église d'Angleterre de celle de Rome, faisant émerger l'anglicanisme. L’union avec le Pays de Galles, la Royal Navy, l’Église anglicane,  Henri VIII a posé les premiers éléments de puissance et d’organisation d’une société originale, mettant l’Angleterre en route.

La seconde moitié du XVIe siècle est bien nommée « Ère élisabéthaine ». Florissante dans le domaine des arts et des lettres autour de Shakespeare, elle voit surtout l'affirmation de l'influence britannique dans le monde. La protestante Élisabeth Ire affirme la prééminence de l’Église anglicane sur l’Église catholique et soutient la cause protestante aux Pays-Bas contre l’Espagne. Hors d’Europe,  les activités des corsaires anglais ponctionnent le Trésor espagnol. Lorsque John Hawkins se lance dans le commerce transatlantique des esclaves avec des accréditions royales, les Espagnols considèrent, à juste titre, que les Anglais cherchent à briser leur monopole sur le commerce atlantique.

En réponse, Philippe II organise l'invasion de l'Angleterre et le renversement d’Elisabeth. La destruction de l'Armada espagnole en 1588 montre l’avantage stratégique de l’insularité britannique, mais en retour la flotte anglaise échoue à prendre Lisbonne, ce qui a contrario montre les limites de la puissance anglaise. Les Anglais se concentreront ensuite, adossés à leur île inexpugnable, à des raids visant à affaiblir leurs adversaires, au financement des ennemis de leurs ennemis et à l’installation de bases coloniales. 

Au XVIIe siècle, l'histoire de l'Angleterre est marquée par la lutte contre les tentatives absolutistes de la dynastie des Stuart, ce qui aboutit au renforcement des pouvoirs du Parlement. Les règnes de Jacques Ier et de Charles Ier aboutissent à une guerre civile et à la Révolution, car ce dernier souverain a voulu régner en monarque absolu pour se passer du consentement du Parlement contre les vœux des nobles, des marchands et des agriculteurs, auquel s’est ajouté un conflit entre le clergé anglican qui soutenait le roi et les puritains calvinistes qui soutenaient le Parlement. Charles Ier perd finalement le trône et sa tête. Il lui succède en 1649 le chef puritain Cromwell qui proclame la République avec le soutien de la bourgeoisie dont les intérêts économiques sont protégés. Après le règne de Cromwell, la tentative de Charles II de rétablir l’absolutisme échoue, aboutissant au vote par le Parlement en 1679 de l'habeas corpus.

 

Pendant ces aléas, l’Angleterre continue à étendre son empire colonial, à la Barbade, en Jamaïque et en Virginie, où s’installent de nombreux colons anglais qui développent l’esclavage par le commerce triangulaire.

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UN ELDORADO, SAUF POUR LES INDIENS ET LES AFRICAINS

27 Septembre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

UN ELDORADO, SAUF POUR LES INDIENS ET LES AFRICAINS

 

Après leur victoire contre les Français lors de la guerre de sept ans, les Anglais prennent possession de la ligne de fortifications françaises construite à la frontière de la Pennsylvanie.

 

Les terres à l’ouest de ces forts étaient convoitées depuis longtemps, non pas par la Pennsylvanie, mais par le gouverneur de la Virginie, Robert Dinwiddie et par le marchand John Hanbury III, allié aux frères de George Washington dans l’Ohio Company.

Les tribus de la vallée de l'Ohio, des Delawares, des Shawnees et des Mingos, y avaient émigré dés le début du XVIIe siècle pour échapper aux  Britanniques, aux Français et aux Iroquois. Rassurés par la Proclamation royale de 1763 qui interdisait la colonisation à l’ouest des Appalaches (et qui explique, répétons le, la guerre d’Indépendance des treize colonies) les Indiens signèrent une paix séparée avec les Britanniques à la condition que leurs troupes quittent la vallée. Or ces derniers renforcèrent au contraire les forts de la « Frontière sauvage » entrainant la « rébellion de Pontiac » des tribus indiennes de l'Ohio en 1763.

Les Pennsylvaniens de l'Ouest, estimant que le gouvernement anglais ne les protégeait pas assez des Indiens, créa le groupe dit « d'auto-défense » du village de Paxton en Pennsylvanie, appelé les Paxton Boys qui saisit l’opportunité de s’attaquer sans discernement aux Amérindiens dont la plupart vivent paisiblement, convertis au christianisme, dans des petites enclaves au milieu des implantations blanches de Pennsylvanie.

Ce bouillonnement des colons britanniques était ancien. Au tout début de la colonisation, le gouvernement anglais avait octroyé des chartes qui ont été ensuite supprimées en 1686, la Nouvelle-Angleterre devenant un dominion de la couronne, sous le nom de dominion de la Nouvelle-Angleterre en Amérique, administré par un gouverneur nommé et révocable par le roi. Suivent des années d’ébullition religieuse qui sont aussi politiques. À partir des années 1740, l’Église méthodiste américaine encourage la colonisation vers l’intérieur du continent, notamment vers l’Ohio, possession française, et  réclame plus de libertés en matière religieuse et fiscale.

Au total, la colonisation anglaise s’est portée essentiellement sur les côtes, depuis la Virginie jusqu’au Nouveau-Brunswick. Avec l’apport de nombreux colons allemands, elle forme une colonisation démographiquement dominante par rapport aux autres colonisations européennes, espagnole et française, pour ne pas mentionner les colonisations hollandaise et suédoise qui vont être absorbées par la colonisation britannique. Les colons ont, comme partout, la volonté de survivre puis de prospérer, mais ils revendiquent souvent une forte conviction religieuse, prétendant construire en Amérique une nouvelle société, avec des vues contradictoires puisque la colonie de la Baie du Massachusetts est une colonie puritaine, tandis que le Maryland est catholique.

Tous les colons britanniques, à l’opposé des colons français, s’entendent pour repousser les Indiens vers l’intérieur des terres, tandis qu’ils deviennent rapidement plus nombreux qu’eux. Vers 1740 les territoires britanniques d’Amérique du Nord comptent un million d’habitants. En 1790, le premier recensement fédéral fait état d’une population de 4 millions d’habitants, provenant de l'immigration mais aussi d’un taux de natalité particulièrement élevé, vingt pour cent au dessus de la natalité européenne.

Les mariages ont lieu en effet de plus en plus tôt, car la terre ne manque pas dans les colonies et il n’y a donc pas lieu d’attendre d’en disposer pour se marier. En outre, le taux de mortalité y est plus faible, du fait d’une meilleure alimentation en Amérique, d’un chauffage plus régulier grâce à l'abondance du bois et de la relative innocuité des épidémies en raison de la dissémination géographique des implantations coloniales.

Un eldorado.

Il suffisait de faire travailler les esclaves noirs dans les plantations du sud, tandis que les colonies du nord se tournent de plus en plus vers la manufacture et l’agriculture sans esclaves, tandis que les Indiens, inutiles au mieux, nuisibles au pire, étaient éliminés au fur et à mesure de l’expansion des colons américains vers l’Ouest.

 

Encore fallait-il éliminer les concurrents à l’exploitation de l’eldorado…

 

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LES COLONIES AMERICAINES FONT LE PLEIN DE DISSIDENTS

18 Septembre 2017 , Rédigé par André Boyer Publié dans #HISTOIRE

LES COLONIES AMERICAINES FONT LE PLEIN DE DISSIDENTS

 

 

À partir de 1664, les Iroquois financés par les Anglais étaient neutralisés par le régiment de Carignan-Salière envoyé par Louis XIV. Puis en 1689, les Iroquois, toujours aiguillonnés par les colons anglais, reprenaient le combat contre les Français.

 

L’Acadie est capturée en 1654 par une flotte anglaise, puis rendue aux Français en 1667 par le traité de Breda. Mais les Français perdent définitivement la péninsule acadienne au profit de l'Angleterre par le traité d’Utrecht de 1713, sauf l'île du Cap-Breton et l’île Royale.

Le sud de Terre Neuve est occupé par les Français en 1658 jusqu’à ce qu’ils conquièrent le nord de l’île sur les Anglais en 1696, avant de devoir céder l’ensemble de l’île lors du même traité d'Utrecht.

Le Pays d'en Haut, en d’autres termes l’intérieur du continent, est colonisé par les Français jusqu’à Détroit, ainsi que le Pays des Illinois qui constitue le grenier à blé de la Louisiane, fondée en 1699 mais finalement vendue aux États-Unis en 1803.

Au nord du  45e degré de latitude, qui marque les limites de la concession de la compagnie de Virginie, une centaine de puritains débarquent du Mayflower en 1620 pour fonder Plymouth dans le Massachusetts. Ils nouent des relations froides de voisinage avec des indigènes qui leur permettent pourtant de survivre en leur apprenant à cultiver le maïs ou le potiron et à élever le dindon qu’il célèbreront avec Thanksgiving. Ils sont rejoints par de nombreux protestants allemands qui fuient la misère et les persécutions religieuses. Tous se lancent dans le commerce triangulaire en achetant des esclaves en Afrique pour les revendre en Virginie, au Maryland et aux Antilles. Au milieu du XVIIe siècle, Boston, leur capitale, possède 3000 habitants, tandis que des anabaptistes et  des quakers, eux-mêmes persécutés au Massachusetts, se refugient dans des colonies voisines.

Dés que la colonie de Virginie devient colonie royale en 1624, les Indiens sont réduits en esclavage et condamnés à mort par les conditions de travail qui leur sont imposées jusqu’à ce qu’ils soient remplacés par des esclaves enlevés en Afrique Noire.

En 1632 la colonie du Maryland est fondée pour accueillir les catholiques persécutés en Angleterre, mais ils n’échapperont pas à la domination des protestants qui prennent le contrôle de la colonie à partir de 1689.

En 1638, par réaction, la colonie de Rhode Island est fondée que les bases   d’une charte de tolérance religieuse.

En 1664, les Anglais s’emparent de New York et de sa région, chassant les colons hollandais et suédois qui avaient tenté de s'implanter sur ces côtes.

En 1682 est créée la Pennsylvanie, qui mérite une histoire plus détaillée. La colonie était habitée par plusieurs tribus indiennes, les Delawares, les Iroquois, les Ériès et les Shawnees. qui finiront tous par se révolter avant d’être indistinctement massacrés par les colons. Ces Indiens subissent tout d’abord une colonisation suédoise installée sur les berges du fleuve Delaware entre 1638 et 1655.  

Mais le roi Charles II d’Angleterre avait contracté un prêt important auprès du père de William Penn. Pour solder cette dette, il offre en 1682 à son fils, William Penn des terres au sud-ouest du New Jersey, où il pourra exercer sa religion de quaker, que le roi appelle « Pennsylvanie » la forêt de Penn où il crée Philadelphie. Les quakers ne venant pas en assez grand nombre pour peupler sa colonie, William Penn fait appel à des mennonites allemands, des frères moraves, des amish alsaciens, des presbytériens écossais et des baptistes irlandais ou  gallois, avant que la guerre de Trente Ans (1618-1648) n’entraine la venue de luthériens allemands.

 

Du coup, la croissance démographique de la colonie ou affluent les Amish, les huguenots et les presbytériens écossais, est très rapide : 20000 habitants dés 1700, pour une population totale des colonies britanniques de 262000 habitants.

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